‹ Abrege de geographieChapitre 262 sur 454 · TURKESTAN · texte numérisé non relu

TURKESTAN

bitans se compose de mahomèlans sunnites. Les habitans du pays de Dervazeh sont idolâtres. Il y a en outre quelques milliers de Juifs et un nombre encore moindre d'individus qui professent d'autres religions.

gouvernement. Il est plus ou moins despotique dans presque tous les khanats ; mais la rigueur de l'arbitraire y est adoucie par l'influence de la religion et par les habitudes nomades d'un grand nombre de leurs habitans. Celui du khanat de Boukhara peut être regardé comme une aristocratie théocratique. Les lois du Coran y sont plus strictement observées qu'en aucun autre état mahométan.

industrie. Les habitans du khanat de Boukhara se distinguent sur tous leurs voisins par leur industrie et par les belles étoffes de coton , de soie , par les bonnets, les papiers et autres articles qu'ils savent fabriquer. On peut dire en général que dans toutes les grandes villes des khanats entre lesquels le Turkestan est partagé, l'industrie est assez florissante, et que la plupart de leurs nombreux habitans s'adonnent à l'agriculture; plusieurs cantons même sont si bien cultivés qu'ils ressemblent à des jardins. Dans ces contrées , que bien des géographes représentent encore comme des déserts stériles , les canaux d'arrosement sont aussi multipliés que dans les parties les mieux cultivées du royaume Lombard-Vénitien. L'éducation du bétail et le pillage sont les principaux moyens de subsistance des peuples entièrement nomades.

commerce. Peu de nations sont plus adonnées au commerce que les Boukhares. Ils mettent autant d'intelligence et d'activité dans leurs opérations commerciales que de parcimonie dans leur manière de vivre. Les marchands boukhares parcourent toute l'Asie pour se livrer à leur trafic; aussi onùils formé de nombreuses colonies en Chine , en Russie et dans les états limitrophes du Turkestan. Ils font leurs plus importantes affaires avec la Russie par Orenbourg, avec la Chine par Kachgar, avec Kaboul par Baikh, et avec l'Inde par Kachemir.

Leur commerce avec les autres contrées est moins important. Les principaux articles d'EXPORTATioi* sont :

coton, coton filé , toiles et étoffes de co-

ton, bonnets, étoffes de soie, chevaux, turquoises , lapis-lazuli , peaux de renards, peaux d'agneaux avortés, fruits secs , pistaches , semences de vers à soie, or en poudre. Les principaux articles d'iMPORTATiow sont : thé, étoffes de soie, rhubarbe, porcelaine et autres articles de l'empire Chinois ; indigo , châles de Kachemir, étoffes de soie et de coton de l'Inde; en outre plusieurs articles produits du sol et des fabriques des royaumes de Kaboul et de Perse , et surtout de l'empire de Russie. La plus grande partie de ces marchandises est exportée vers les pays avec lesquels les Boukhares ont des relations commerciales et auxquels elles conviennent. Les féroces Kirghiz et plusieurs tribus de Turkomans font de temps immémorial l'abominable commerce des esclaves. Les villes les plus commerçantes sont : Boukhara , Khokand , Tochkend, Balkh , Nouvelle-Ourghandj et Khiva.

DIVISION POLITIQUE et TOPOGRAPHIE.

Le Turkestan depuis long -temps n'est plus soumis au môme souverain; mais il est partagé en un grand nombre d'états, dont l'étendue et la population sont très différentes. Le khanat de Boukhara , et ensuite ceux de Khiva, de Koundouz et de Khokand sont actuellement les puissances prépondérantes de cette contrée.

Viennent ensuite les khanats de Hissar et de Chersebz, et les autres états et pays que nous indiquons ci-dessous d'après les relations les plus récentes.

Khanat de Boukhara. C'est le plus riche, le plus peuplé et le plus puissant. Il comprend les plus belles contrées du Turkestan ; mais sa partie cultivée occupe à peine le dixième de sa surlace qui consiste en vastes déserts. Tout le khanat est actuellement divisé en 9 provinces, qui prennent le nom de leur chef-lieu, à l'exception de celles de Minkal et de Lubiab : ces provinces sont : Boukhara; Karakoul; Kermina; Minkal (chef-lieu , Kutta-Kourgan) ; Samarcande; Juzzak; toutes dans la vallée du Kohik ou Zer-Afchan ; Karchi (Kurshee); Labiak (cheflieu , Tchardjoui) , le long des rives de l'Amou- Daria ; et Balkh avec les districts au sud de ce fleuve , parmi lesquels on doit comprendre les cidevant khanat d'Ankoï et de Meïmameh. Voici ses villes les plus remarquables :

Boukhara, grande ville, bâtie au milieu d'une plaine très bien cultivée et traversée par un grand canal dérivé du Zer-Afchan , est la capitale de cet état, et la résidence ordinaire du khan. Peu de villes répondent plus mal que Boukhara à l'impression agréable produite par son extérieur -, car , à l'exception des bains , des mosquées et des

ASIE

medressés, on ne voit que des maisons en terre de couleur grisâtre, entassées sans ordre et formant des rues étroites, tortueuses, sales et tracées au hasard. Ces maisons, qui ont leurs façades sur des cours, n'offrent du côté des rues que des murs uniformes, sans fenêtres, sans rien qui puisse fixer l'attention ou récréer les regards des passans. Un mur en terre , de 4 toises de haut, flanqué de tours rondes avec des bastions, environne cette ville. La population de Boukhara parait s'élever au-dessus de 100,000 âmes ; dans ce nombre près des trois quarts ou près de 60,000 sont Tadjiks ; le reste se compose d'Ouzbeks qui sont la nation dominante; de Juifs, qui sont ici plus nombreux que dans aucune autre ville de l'Asie-Centrale ; de Turks, d'Afghans , de Kalmouks et d'autres peuples beaucoup moins nombreux. L'édifice le plus remarquable de Bouhkara est XArk ou le palais du khan ; on le dit bâti dans le ixe siècle; il est sur une éminence et entouré d'un mur haut de 10 toises; il n'y a qu'une seule porte d'entrée. On doit citer immédiatement après, le minaret de Mirghharab, regardé comme le monument le plus beau sous le rapport ûe l'architecture ; il ressemble à une grande colonne. Viennent ensuite quelques-unes des 36o mosquées que compte Boukhara et plusieurs des 60 medressés (collèges) construites ordinairement vis-à-vis des mosquées ; celle de Kokallach est regardée comme la plus grande ; sa partie nommée Elnassar-Eltchi a été bâtie aux frais de Catherine IL Enfin le caravanseraï d' A bdullah-Djansaraï qui est le plus grand édifice de ce genre ; et dans les environs immédiats de Boukhara la medressé, le couvent et le cimetière de Tcheharbekr, réputé le plus bel édifice de cette métropole. Boukhara a un grand nombre de fabriques et de manufactures, et son commerce est très étendu, étant pour ainsi dire le rendez-vous de toutes les nations commerçantes de l'Asie. On doit ajouter que, quoique cette ville ne soit plus ce qu'elle était sous la dynastie des Samanides (de 896 à 998), elle est encore un des principaux foyers de lumières pour tous les peuples mahométans, qui envoient de l'extrémité de l'Asie leurs enfans étudier, dans ses écoles célèbres, la théologie mahométane et la médecine ; M. de Meyendorf porte le nombre des étudians et des écoliers de cette ville à environ 10,000.

Samarkand ou Samarcande, sur le Kouwan , grande ville , autrefois florissante et capitale du vaste empire de Tamerlan. On sait que ce conquérant voulant la rendre la première ville du monde, y amena de toutes les contrées de l'Asie les artisans les plus habiles avec les objets les plus précieux. Clavijo, qui la visita à cette époque, porte leur nombre à 150,000, et dit qu'elle n'était pas plus grandie que Séville , mais beaucoup plus peuplée et avait des faubourgs immenses avec de grands jardins et des vignobles. Quoique très déchue de sa grande splendeur elle est encore très importante par ses fabriques de papier de soie , par ses étoffes de soie et de coton, par son commerce et par ses écoles mahométanes , rivales de celles de Boukhara. Plusieurs de ses bàtimens témoignent

de son ancienne splendeur. Trois de ses collège* sont parfaitement conservés , entre autres celui où le fameux Ouloug-Beg avait établi son observatoire; c'est le plus beau : il est orné de bronzes et revêtu d'émail ou de peintures. Le tombeau de Tamerlan et de sa famille est d'une conservation parfaite ; les restes de ce conquérant reposent sous un dôme très élevé , dont les parois sont ornés d'agates. Outre ce beau monument, oii doit encore citer les tombeaux de deux autres personnages illustres : celui de Khodjek-Abdoullah- Ahrar , et celui d'Aboul-Mansour- Matouridi , auteur du Bedaya. On trouve à Samarcande des basars bien approvisionnés, et trois grands caravansei aïs pour les marchands de l'intérieur de la Boukharie. Les nombreuses bourgades qui entourent cette ville, la plaine fertile qui la sépare de Boukhara, et ses jardins délicieux ont fait passer la riante vallée dans laquelle elle est située , pour un des quatre paradis terrestres que les Orientaux placent en Asie. Nous réduisons, avec M. Burnès, à 8 ou tout au plus 10,000 habitans, les 50,000 qu'un autre voyageur moderne accorde à cette ancienne métropole du Turkestan. Khan a t d'Ankoï, vers la frontière méridionale et au nord -ouest de Balkh. Ankoï, ville qu'on dit contenir 4000 maisons , en est la capitale.

Khanat de Meïmameh, au sud d'Ankoï.

Meïmameh ou Meïmend , ville d'environ 1000 maisons, en est la capitale.

Balkii, une des villes les plus anciennes de l'Asie, jadis des plus grandes et des plus populeuses, mais dont la population est aujourd'hui réduite à environ 2000 habitans ; elle possède encore quelques manufactures et un commerce assez étendu. Balkh fut dès la plus haute antiquité, la capitale d'un royaume qui se forma sur les bords de l'Oxus , et devint plus tard , sous le nom de Bactra, la résidence des rois de la Bactriane. Balkh rivalisait alors avec Ninive, Babylone et Séleucie, servant d'intermédiaire pour les communications qui avaient lieu entre la Chine et l'Inde, et les pays riverains de la mer Caspienne , de la mer Noire et de la mer Méditerranée. Sa position dans la plaine arrosée par l'Oxus, fleuve dont elle n'est éloignée que d'environ 25 milles et qui parait avoir été jadis en communication avec la mer Caspienne , favorisait singulièrement les entreprises de ses marchands. Il paraît que de plus cette ville donna naissance àZoroastre, et que dans ses murs s'éleva le premier temple érigé au culte du feu. Tout porte à croire que dans ces temps reculés Balkh était un foyer de civilisation , l'entrepôt du commerce de l'Asie Centrale , l'anneau qui unissait les peuples de l'Orient avec ceux de l'Occident.

Nous nommerons encore dansleKhanat de Boukhara les villes suivantes: Karchi (Kurshee)près du Karchi , avec un fort , un grand bazar et près de 10,000 habitans. Kaka-kool (Kara-kool), près du Zer-Afchan , petite ville d'environ 4000 âmes. Tchardjoui (Charjooee) peu éloignée de la rive gauche de l'Amou-Daria , importante par sa position et par la mine de sel qu'on y exploite ; elle peut avoir 2500 habitais»

Khanat de Koundouz. Il embrasse tous les pays situés dans le bassin du haut Oxus et une petite partie de la Kama affluent du Kaboul. Cespays sont : le Koundouz proprement dit avec les districts de Koundouz, de Khouloum, de Heïbuck, de Gori, d'Inderab, de Talikhan (Taligban) et de Houzirout-imam; \eB a dak ficha n (Budukshan) où l'on exploite des mines de rubis-, le Koulab (Bulgeewan); le C haghnan (Chughnan); le Wakhan (Wukhan); le Dervazeh (Durwaz), si remarquable par sa position très élevée; le Tchilral dans la vallée delà Kama, dans le Kaferistan proprement dit. On doit remarquer cependant que plusieurs des derniers pays que nous venons de nommer ne sont que vassaux, et que le Tchitral , ainsi que le reste du Kaferistan sont plutôt le théâtre des incursions de Mourad-Beg, que des provinces de son royaume. Les habitans de ce dernier pays se distinguent parleur beauté, par leurs usages etparleur idolâtrie, ce qui leur a valu le nom de Kafres ou infidèles, et a fait nommer Kaferistan leur pays. Dans toutes les contrés que nous venons de nommer il n'y a aucune ville qui mérite une description par son importance commerciale ou industrielle , ou par sa population considérable. Nous en nommerons cependant quelques-unes qui plus que les autres nous paraissent devoir être mentionnées , en commençant par celle qu'on pourrait regarder comme la capitale du khanat ou du royaume.

Koundouz, dans une vallée , ville très malsaine, jadis grande , mais aujourd'hui tellement déchue que sa population ne s'élève qu'à 1500 habitans; elle a un fort; Mourad-Beg n'y séjourne que pendant l'hiver. Khouloum (Khooloom), située sur le Khouloum , au commencement de la grande plaine du Turkeslan ; quoiqu'elle ne compte que 10,000 habitans , on pourrait la regarder comme la ville la plus peuplée des états de Mourad-Beg. Badakhchan (Fyzàbàd) sur le Badakhchan , assez grande ville très déchue est très dépeuplée , naguère capitale du florissant royaume de ce nom. Koulab remarquable par sa population, qui nous parait pouvoir être évaluée à 7 ou 8000 âmes.

Khanat de Khokand. C'estle deuxième état du Turkestan pour la population et le troisième pour l'étendue. Depuis 1805 il a réuni le khanat de Tachkend, et depuis 1815 celui de Turkestan. Khokand ou Khokhan, située sur un petit affluent et à quelques milles de la gauche du Syr-Daria, en est la capitale. C'est une ville industrieuse et commerçante, qui parait être aussi grande et aussi peuplée que Boukhara. On dit qu'elle possède 100 écoles et 500 mosquées, et que la littérature persane y fleurit. Le cbâteau du khan est sa seule fortification. Les trois bazars en pierre, les vastes écuries du khan, bâties en briques , sont , avec son château et quelques mosquées, ses édifices les plus remarquables. Toutes les maisons sont en terre. Les autres villes les plus importantes du kbanat sont : Marghalan et Khodjend, qui selon MM. deMeyendorf et Nazarov sont aussi grandes que Khokand. Khodjend est située sur le Syr-Daria, ainsi que Ouratoupa , qu'on dit être grande

et très peuplée. Tachkend, sur des canaux dérivés du Tchirtchik, ville marchande, mais peu industrieuse , jadis capitale du khanat de ce nom; on lui accorde au moins 3000 maisons. Turkestan, jadis florissante lorsqu'elle était la capitale du khanat de ce nom ; on dit qu'elle ne contient aujourd'hui qu'un millier de maisons en terre. On doit encore mentionner Oucn, Nemengan et Andedjan, qui comme les précédentes à l'exception de Turkestan, sont les chefs-lieux des gounemens dans lesquels est partagé tout le khanat, KhanatdeKhivaoud'Oa rghe n dj. G'est le plus étendu de tout le Turkestan, mais presque toute sa surface est occupée par des déserts. C'est à Mohammed Rahim , père du sultan actuel, que cet état est redevable de sa puissance. Ce prince , aussi heureux qu'entreprenant , est parvenu à soumettre plusieurs hordes de Turkomans et à se faire reconnaître suzerain par les Karakalpaks , les Araliens} et plusieurs autres tribus. Khiva , sur un canal dérivé de l'Amou-Daria, au milieu d'un territoire fertile, en est la capitale; elle paraît avoir 6000 habitans perma ( nens. C'est le plus grand marché d'esclaves de tout le Turkestan. Les autres villes les plus remarquables sont : Nouvelle-Ourchendj , sur un canal de l'Amou-Daria; elle peut avoir 12,000 habitans permanens. C'est la ville la plus commerçante du khanat et l'entrepôt du commerce entre Boukhara et la Russie. Konrat, sur la rive gauche de l'Amou-Daria ; c'est le chef-lieu de la tribu la plus nombreuse des Jraliens, qui, suivant l'habitude d'autres hordes nomades, l'habitent pendant l'hiver et l'abandonnent pendant l'été.

Le Pays des Karakul pak s , le long du Syr-Daria, habité par des tribus de ce nom , nomades en été et sédentaires en hiver, et une partie du Pays des Turkomans y sontvassaux du khan de Khiva, et n'offrent aucune localité assez remarquable pour être mentionnée dans cet Abrégé. Parmi les pays vassaux de ce khanat, on doit mentionner aussi les deux vastes et fertiles oasis de C h a r a k h s et de Me r v e. Grâce aux nombreuxcanaux alimentés parleMourghâb, l'oasis de Merve avait acquis une fertilité proverbiale ; ses villes et ses villages se distinguaient par leur richesse et par leur nombreuse population. Cette prospérité a été détruite en 1787 par Mourad roi de Boukhara ; la plupart des habitans furent enlevés et conduits dans la capitale du vainqueur; le reste se réfugia en Perse, ce qui ruina entièrement Merve , Merou-Roud ettous les villages de cette oasis , qui n'offrent plus qu'une vaste solitude parcourue par des Turkomans nomades. L'oasis de Charakhs , traversée par le Tedjend, est très fertile et a pour chef-lieu Charakhs (Shuruks) , siège des Salore , tribu turkomane regardée comme la plus noble de cette nation: M. Burnes lui accorde 2000 familles. En 1832 le khan régnant y a établi une douane ainsi qu'à Merve, où l'on lève des droits sur les caravanes qui y passent. On doit ajouter qu'une grande partie de la côte orientale de la mer Caspienne , et surtout les envii ons de la Baie de Balkan„ doivent être regardés comme compris dans ce

ASIE

khanat, à cause de leurs habitaiis nomades qui reconnaissent la suzeraineté du khan de Khiva.

Parmi les états moins puissans de cette vaste région nous nommerons encore les suivans ;

Le Khanatde Chersebz, enclavé dans les limites de celui de Boukhara dont il a été détaché en 1751. C'est un des plus peuplés et des plus fertiles. Chersebz (Chehrisebz , Shur-Subz) , est la résidence du khan. On la regarde comme la plus forte place du Turkestan, à cause de la nature marécageuse du pays qui l'environne. C'est la patrie du fameux conquérant Tamerlan.

Le Khanat de Hissar , au sud du précédent. C'était un des plus puissans et le plus riche après ceux de Boukhara et deKhokand; mais sa puissance est bien déchue depuis qu'il est partagé entre les trois chefs qui le régissent. Hissar, à quelques milles de la rive gauche du Saridjouï ou Kafer-nihan, en est la capitale-, on lui accorde 3000 maisons. Deïnaou parait être la seconde ville du khanat, et Tirmez , peu loin de l'Oxus, la troisième.

Il nous reste encore à faire mention de deux vastes contrées habitées par des tribus turques nomades, régies par un grand nombre de chefs, formant chacune un état indépendant ; ce sont:

Le PaysdesKirghizde la grande Horde, qui paraît occuper une grande partie du Turkestan moyen et septentrional , depuis les environs de la mer d'Aral et de la mer Caspienne, vers

iUang-kichlak, jusqu'au lac Issi-koul, dans l'empire Chinois. Ils se nomment eux-mêmes Kaissak ou Kasak, et la plupart sont de redoutables voleurs. Ils n'ont point de chef suprême ; ils sont sous la dépendance de divers sultans, dont quelques-uns se mettent tantôt sous la protection de la Russie , tantôt sous celle de la Chine , afin d'en obtenir des présens. Leur vaste territoire est traversé par le Sara-sou et le Tchouï. Il parait que la tribu des Ousoun, qui erre dans les environs du Sara-sou, est la plus puissante parmi celles qui habitent vers l'Ouest, tandis que celles des Tchongbag et des Bourout-Occidentaux se distinguent parmi celles qui errent vers l'est. Pays des Turkomans, compris entre la mer Caspienne, la mer d'Aral et le khanat de Khiva. Il est partagé entre un grand nombre de tribus dont le gouvernement est entièrement démocratique. La partie qui avoisine la baie de Mang-kichlak parait avoir été conquise , il y a quelques années, par des tribus des Kirghiz de la Grande-Horde. La plus grande partie du territoire qui s'étend vers le Sud et surtout les environs de la baie de Balkan doivent être regardés comme compris dans le khanat de Khiva. Le reste parait conserver encore son indépendance. On doit ajouter que la Baie de Mang-Kichlak est devenue depuis quelques années l'entrepôt d'un commerce assez considérable entre les Russes et les habitons du khanat de Khiva.

Celte vaste contrée, dans les limites que lui accordent les géographes, portait anciennement chez les peuples qui l'habitent les noms généraux de Djamboudwipa, Pile de l'arbre Djamboti (Eugenia Djambou), et de Bharatakhatida , Je pays de Bharata. Ils la divisent en Pays Septentrional (Ouditchya-desa), Moyen (Madhya-desa) et Méridional (Dakehinadesa). Ils regardent la partie septentrionale et la moyenne, ou tout le pays compris entre l'Himalaya et les monts Vindhya comme la véritable patrie de leurs ancêtres. Tout ce qui est hors de ces frontières était réputé pays impur, même l'Inde-Méridionale au sud des Vindhya.

Dans les anciens livres de Zoroastre, l'Inde porte le nom de Ferakh-kand.

La dénomination qu'on lui donne communément à.' Inde en deçà du Gange est on ne peut plus inexacte, parce que ce fleuve passe au travers , mais ne forme pas la limite orientale des provinces d'Allahàbâd, de Behar et de Bengale, qui fcn sont indubitablement des parties intégrantes et principales. La qualification

de péninsule, que lui donnent quelques géographes, ne saurait convenir tout au plus qu'à la partie de l'Inde qui s'étend au sud de la Nerbuddah, et qu'on connaît depuis long-temps sous le nom de Dekkan ou Pays du Midi.

Les limites naturelles de l'Inde sont au nord, l'Himàlayaj à V ouest, la chaîne qu'à la page 65 1 nous avons proposé de nommer Soliman-Brahouik ; à Vest , les monts Khamli, les hauteurs qui séparent les affluens du Brahmapoutra de ceux de l'Irraouàddy ; ensuite la chaîne de montagnes qui traverse l'Arakan. La mer des Indes achève le contour de cette magnifique région. Dans ces limites tracées par la nature, l'Inde comprendrait YAssa?n, le Pays des Garrows, le Katchar, tout le Tiperâ, la plus grande partie du Kathi ou Kassay et XArakan , pays que l'usage place dans rinde-Transgangétique, ou dans la presqu'île au-delà du Gange ; le Sindh, le Pendjab et le pays compris entre les bords occidentaux de l'Indus et les monts Soliman-Brahouik.

Il est bon aussi de faire observer que

•ïbkatr r, A VAUT s

INDE

lorsqu'on parle du commerce des Indes , on comprend souvent non-seulement le commerce de l'Inde- Transgangètique , mais aussi celui de la Chine, du Japon, et des prétendues Iles Asiatiques ou de la Malaisie. On l'appelle le commerce des Indes-Orientales pour le distinguer de celui des Indes-Occidentales ou de ['Amérique. Quelquefois on appelle le premier le commerce des Grandes- Indes par opposition à celui de l'Amérique qu'on nomme des Petites-Indes.

position astronomique. Longitude , entre 65° et 90°. Latitude, entre 8° et 35°. confins. Au nord, le Tibet et autres contrées comprises dans l'empire Chinois. A Vest, l'Inde-Transgangétique. Au sud, l'Océan-Indien. A Youest, le Beloutchistan et le royaume de Kaboul.

fleuves. Peu de régions de l'Ancien- Continent offrent un plus grand nombre de fleuves que l'Inde; elle en possède même deux qui figurent parmi les plus grands du globe. C'est à ces vastes et puissans courans qu'elle doit sa grande fertilité. Voici les fleuvesque notre cadre rétréci nous permet de mentionner; nous les rangeons en deux classes selon les mers différentes auxquelles ils aboutissent.

Le GOLFE D'OMAN reçoit : I'Indus , qui, selon Je capitaine Burnes, est formé par la réunion de deux branches principales , savoir : le Schyouk (Shyook) ou branche Orientale qui vient du lac Mansurour, el le fleuve de Ladak ou la branche Septentrionale qui descend des monts Tsoungling ou Kara-Koroum. Ce fleuve court d'abord sous la dénomination de Sind et passe près d'iskardo; franchissant ensuite l'Himalaya, il sépare les deux royaumes actuels de Kaboul et de Làhore, traverse ce dernier et les principautés du Sindby en passant dans ce long cours par les villes d'Attock, de Miitun, de Rori et Bakkar , de Sihouan , de Hala , de Muttari , d'Haïderàbâd et de Tàttà. Selon le même voyageur au-dessous de cette dernière ville, l'Indus se divise en deux branches : celle de droite , nommée Baggar (Buggour), et celle de gauche, nommée Sata; le Baggar baigne Mirpour. La Sata se subdivise en sept autres branches, dont la plus considérable est nommée Ouanyani (Wanyanee ; Wangunee) ou Goka. A ces neuf branches permanentes il faut en ajouter deux autres que M. Burnes regarde comme temporaires, car elles n'ont de l'eau que pendanl3mois-, cesontle Syp. (Seer) nommé Pinyari dans sa partie supérieure ; cette branche se détache de l'Indus aux environs de Darrack (Iurruck), et passe par Mughribi .au-dessous de laquelle ville elle prend le nom de Goungra. L'autre branche est le Foullali (Fullalee-, Gonee); elle passe par Haïderàbâd, prend ensuite le nom de Fourraoun et enfin celui de KoRY(Koree) à son embouchure ;

c'est la plus large et la plus profonde de toute» les branches de l'Indus ; elle passe par Lukput , mais malheureusement un vaste banc de sable en barre l'entrée. C'est à cette branche que venait se joindre celle qui se détachait de l'Indus dans le voisinage de Bakkar en traversant le désert et en passant peu à l'ouest de la célèbre forteresse d'Oumercote. Les principaux affluens de l'Indus à la droite sont : \e Kaboul, grossi à la gauche par la Kamay grande rivière qui traverse le Kaferistan ; à la gauche: le P andj nad , formé par la réunion de cinq rivières qui donnent le nom au Pendjàb ou province de Lahore; ces rivières sont le Dj h e la m (Jliylum, YHydaspc des anciens) nommé aussi Behat, qui reçoit, selon M. Hamilton, le Tchenàb (,Jcesines)elU Ravel {Hydraotes) et le Setledje (Sutledj< YHesudrus) qui prend le nom de G h a rra apret avoir reçu le Bedja (Byas, VHyphasis). Le Set* ledje est le plus remarquable des affluens de l'Indus par la longueur de son cours et par l'énorme élévation à laquelle se trouvent les lacs de RawanetMana Sarovara , qu'on regarde comme sel sources. D'autres géographes et M. le capitaine Burnes considèrent le Tchenàb, comme la branche principale à laquelle ils font aboutir le Djhelam et le Setledje ; c'est aussi notre opinion.

La Narmmadà ou Nerbuddah prend sa source dans un petit lac, sur le plateau d'Omerkantak dans le Gandwàuà, court à l'ouest en traversant cette province et celles de Màlwà, de KandeicU et de Guzerate, en passant par les villes de Màndlah, Garràh, Hindia et Barotch, et finit au golfe de Kambaya. Ses affluens sont trop peu considérables pour nous engager à les mentionner; mais nous rappellerons que c'est au sud de ce fleuve que la plupart des géographes font commencer le Dekkan.

Le Tapty nait dans le Gandwânâ , court de l'est à l'ouest presque parallèlement à la Nerbuddah, traverse les provinces de Berar, de Màlwà , de Kandeich et de Guzerale, et, après avoir passé par Bourhànpour et Surate, entre dans le golfe de Kambaya.

Le GOLFE DU BENGALE reçoit:

Le Kâvery; ce fleuve nait dans les Gates Occidentales, traverse le Maissour, le Koïmbatour et le Karnatik, passe par Eroad, Seringapatam , Tritchinopoly , et par plusieurs branches se rend dans le golfe du Bengale. C'est sur ces branches que se trouvent Negapatam , KarikaI et Tranquebar.

Le Pannar a sa source sur le plateau de Maissour, court au nord sur ce dernier, traverse Balaghàt et dans le Karnatik se rend à la mer.

Le Kistnah ouKrichna prend sa source dans les Gates Occidentales dans le Bedjapour, traverse cette province, celle d'Haïderàbâd et, dans les Circars du Nord , entre dans le golfe du Bengale, par deux branches principales ; celle du Noun dite aussi Kistnah passe près de Masuîipatam ; celle du Sud, qui est la plus large, prend le nom de Sippelek. On doit remarquer avec M, Hamilton que ce fleuve, plus que tout autre courant de I'Inde, est riche en diamans et autres pierres précieuses. Ses principaux affluens à Ui

4ft

ASIE

droite sont : la Mâlparbdet\a Toumbadrâh (Toombudra); cette dernière est regardée par quelques géographes comme une des trois branches dont selon eux se forme le Kistnah; la Toumbadràh reçoit à la droite le Vâdâwatty, qui vient du centre du plateau du Maïssour. Les principaux affluens du Kistnah à la gauche sont : la Bimâ grossie par la Sina et autres rivières; et le Moussy qui passe par Haideràbàd.

Le Godavery, naît dans les Gates Occidentales dans l'Avrangâbâd , le traverse ainsi que les provinces de Bider , de Berar et les Circars du Nord. C'est dans ces derniers que ce fleuve entre dans la mer par plusieurs embouchures qui portent différens noms, et dont une vers le nord retient la dénomination de Godavery. Ce fleuve passe par Nâdere et Mangapett. Ses principaux affluens sont à la droite :1a Mandjera; à la gauche : la Pourna,\a Wardâ grossie par la Païn-Ganga , la Bain-Ganga et le S ilair .

Le Màhânaduy ou Kattak (Cuttac), descend des montagnes du Bandelkand , traverse le Gandwânà et l'Orissa , baigne Senepour et Kattak, et, après avoir formé un large delta composé de plusieurs branches, entre dans la mer.

Le Gange est le fleuve principal de l'Inde. Il est formé dans le Gherwàl par l'union des deux branches le Bhàgirathy, qui est regardé comme le vrai Gange, et I'Alâknandâ. Le Bhâcirathy sort du flanc de l'Himalaya au-dessus de Gangotri à la hauteur de 13,800 pieds anglais au-dessus du niveau de la mer. Mais selon M. Hamilton , le Dauli , étant plus considérable et venant de plus loin, devrait être regardé comme la source principale. Le Bhàgirathy et l'AIàknandà se réunissent dans un lieu nommé Devaprayaga, où s'élève un temple qui est un des sanctuaires les plus célèbres parmi les Indiens. Après Hardwàr le Gange entre dans la vaste plaine de l'Hindoustan , traverse les provinces de Delhi, Agra , Aoudh , Allahàbàd , Bebar et Bengale, en passant par Farrakhâbàd, Allahàbàd, Mirzapour, Benares, Ghazipour, Patna , Ràdjàmahal. C'est dans le Bengale que ce fleuve forme un delta immense composé d'ungrand nombre de branches, sur lesquelles se trouvent Mourchidàbàd, Kassim-bazar , Dakka et autres grandes villes. Les branches principales sont : I'Hougly, qui passe par Calcutta et Chandernagor; elle est toujours navigable et traversée par les vaisseaux qui font le commerce avec la capitale de l'Inde Anglaise -, ses eaux sont réputées sacrées par les Brahmines. Ces prêtres de Brahma jurent devant les tribunaux sur ses eaux, comme les mabométans jurent sur le Coran et les chrétiens sur l'Evangile. Viennent ensuite I'Hocringottâ, qui est aussi toujours navigable; et le .. Gange proprement dit : l'Houiingotta confond ses eaux avec celles du Megna ou Brahmapoutra audessous de Lakipour. Les principaux affluens du Gange sont à la droite : la Kalli-Naddy (Calini), la Djamnâ (Jumnah) dont les sources se trouvent dans le Gherwàl à l'ouest de celles du Gange ; elle passe par Delhi. Agra et Allahà-

bàd, et reçoit le Tchamba l(Chumbu\), la Betwah et la Kiane;\di Sorte qui passe par Daoudnagar. Les principaux affluens à la gauche sont : la Râmganga , qui passe à Moràbàd; la Goumty (Goomty), qui arrose Lucknow ; la Gogra , qui nait sur le versant méridional de l'Himàlaya dans le Népal, forme la célèbre cascade de Kanar, passe par Feïzàbâd et Aoudh, et reçoit le Kali, le Tchauka, le Rapty et le Petit- Gandak; le Gandak (Gunduk), qui est le plus grand fleuve du Népal et dont les sources se trouvent selon les uns dans le Tibet, selon d'autres près du Dhawalaghiri, la plus haute montagne connue du globe; le B âgmatty (Bogmutty), qui nait près de Khatmandou, capitale du Népal; le K ouss j-(Kosi, Cosah), qui prend sa source sur le versant méridional de l'Himàlaya, reçoit VArun et le Tombao dans le Népal, et le Gogary dans le Behar.la Mâh âmada, grossie par le Parnâbabah; le TistahÇïetstah) : c'est le dernier des granas affluens du Gange; il nait dans le Tibet, sépare la principauté de Sikkim du Boutan, passe par Dinàdjpour et partage inégalement le tribut de ses eaux entre le Gange et le Brahmapoutra.

Le Brahmapoutra (Burrampooter); sur l'autorité de Rennell et de Turner les géographes représentaient ce fleuve comme la continuation du grand courant qui traverse le Tibet sous le nom de Zzangtsiou; mais l'exploration faite en 1827 par les lieutenans Wilcox et Burlton a démontré que le Brahmapoutra nait dans le pays de Borkhamti au pied des Langtan , montagnes neigeuses qui s'élèvent à l'est de l'Assam et au nord de l'empire Birman. Ce fleuve traverse le pays des Mismi, le royaume d'Assam et le Bengale oriental , et après avoir reçu une branche du Gange et quelques-unes de celles de son affluent Tistah, le Brahmapoutra prend la dénomination de Megna, passe par Lakipour, et au-dessous de cette ville il confond ses eaux avec celles du Gange. Ces deux fleuves réunis arrivent au golfe du Bengale, où ils forment un vaste delta. Les principaux affluens du Brahmapoutra , dont le cours supérieur appartient , selon les divisions arbitraires des géographes, à l'Inde-Transgangétique , sont à la droite : le Goddado , qui vient du Boutan; à la gauche : le Brak, qui traverse le Kassay occidental et le Katchar dans l'Inde- Transgangétique, et le Silhct dans le Bengale; le Goumli (Goomty), qui traverse le Haut- Tiperah dans l'Inde-Transgangétique et le Bas- Tiperah dans le Bengale.

religions. Les Hindous sont très inégalement partagés sous le rapport de leurs croyances religieuses. Le Brahmanisme est professé par plus des s?pt huitièmes de la population de cette contrée. Les princes Maharattes, les rois de Maïssour, de Trevankore, les princes radjepoutes d'Adjmlr, etc., etc., appartiennent à cette religion. Le Bouddhisme est professé par une grande partie des habitans de Cey-

INDE

lan, par les Tibétains (Bhotias) dans le Kemaoun , dans le Népal, la principauté de Sikkim. La croyance des Djaïnas , sectaires établis dans le Dekkan et peu nombreux comparés avec les adorateurs de Brahma , est une dégénération du Bouddhisme. La religion de Nanek, réformée par Gourou-Gowind, qui nous parait tenir le milieu entre le Brahmanisme et l'Islamisme, est professée par les Seïkhs, peuple guerrier et dominant dans la confédération de ce nom.

La plupart de ses disciples vivent dans le Lahore et dans la partie occidentale de la province de Delhi ; le célèbre Randjit-Singh était attaché à ses dogmes. L'Islamisme compte après le Brahmanisme le pins grand nombre de croyans ; c'est la religion professée par les prétendus Mongols, et celle qui dominait dans l'Inde lorsque la plus grande partie de cette contrée formait le grand empire, dont le souverain était connu sous le titre de Grand -Mogol. C'est aussi la religion <jue professent encore les souverains des royaumes du Dekkan ou d'Haïderàbàd , d'Aoudh, les princes Bhatties dans l'Adjmtr, les radjas de Bopàl, les princes du Sindh, etc., etc. La religion des Mages ou de Zoro astre est professée par les Parsi ou Guèbres , dont le plus grand nombre vit à Bombay, à Surate et autres villes du Guzerate. Le Christianisme compte plusieurs milliers de fidèles surtout dans l'île de Ceylan, dans le Malabar et dans le Canara. Les Catholiques sont les plus nombreux; viennent ensuite les Jacobites , les Protestants , les Arméniens, et les soi-disant chrétiens de St-Thomas. La religion de Moïse, donton atantexagéré len//iLbre des croyans, ne compterait, selon (es calculs approximatifs des meilleurs auteurs qui ont écrit sur l'Inde, qu'env'ron 100,000 âmes : c'est dans le Malabar qu'on les trouve en plus grand nombre.

gouvernement. Tous les nombreux princes indigènes qui régnent encore sur une grande partie de l'Inde jouissent d'une autorité absolue sur leurs sujets, quoiqu'elle soit différemment modifiée dans quelques états. Dans la confédération des Seikbs, dans les états des princes Maharattes, dans ceux de l'Adjmir, aussi bien qu'en plusieurs autres principautés tributaires des Anglais, le gouvernementpeut être regardé commeféoda! .

La Compagnie anglaise des Indes-orientales , qui partage avec le roi d'Angleterre la souveraineté sur presque tous les pays qui forment l'empire Anglo- Indien, quoique jouissant de tous les droits annexés à la royauté, n'en a pas le titre ; son autorité n'est que temporaire, et doit, de temps à autre, être confirmée de nouveau par le parlement d'Angleterre, dont elle reconnaît toujours la suzeraineté, et devant lequel les gouverneurs généraux et les autres employés sont directement responsables. L'administration du gouvernement de l'Inde est partagée entre la Compagnie et un bureau de contrôle. Un appel à la loi commune et aux tribunaux ordinaires de l'Inde a toujours existé contre les membres et les agens de la Compagnie, dans le cas d'illégalité et d'oppression. La Compagnie compte 3579 propriétaires dont le capital est de 6 millions de liv. sterl. L'intérêt de ce capital est assuré sur les revenus du pays. 2600 propriétaires volent dans les assemblées générales et choisissent 24 directeurs chargés de gérer les affaires de l'Inde. Quand un ordre des vingtquatre a été sanctionné par le bureau de contrôle , les propriétaires n'ont plus le droit d'intervenir. Le président et les autres membres du bureau de contrôle sont nommés par le roi. Il y a dans l'Inde trois gouverneurs ; le gouverneur général, demeurant à Calcutta, a seul le droit, de faire la guerre et la paix. Des conseils permanens aident de leurs avis les gouverneurs, et ont le droit d'insérer dans les registres des procès-verbaux, les remontrances qu'ils jugent à propos de leur faire. La justice est administrée par trois degrés de juridiction , savoir : par des juges indigènes; par des juges anglais , choisis parmi les employés de la compagnie ; enfui par des avocats anglais, qui sont nommés juges royaux, et qui jouissent d'une pleine indépendance D'après la nouvelle charte la Compagnie a perdu le monopole du commerce de l'Inde et de la Chine; car, à partir du 22 avril 1834, elle a cessé ses opérations commerciales, et depuis lors tous les sujets anglais peuvent faire le commerce avec les pays situés au-delà du Cap de Bonne- Espérance jusqu'au détroit de Magellan.

L'avant-dernière charte octroyée en 1813 n'avait ouvert aux sujets anglais que certains ports dans l<\s possessions de l'Inde,

ASIE

et il leur était presque impossible de former des établissemens industriels dans l'intérieur «des terres. Dans ses possessions immédiates la Compagnie a laissé subsister les lois du pays ; seulement on a introduit plusieurs améliorations dans le mode d'administrer la justice et dans tout ce qui concerne la police. Le grand-mogol Akbar 11 existe encore à Delhi, où il vil richement pensionné par la Compagnie ; mais au milieu des égards qu'on lui témoigne et de la pompe royale dont il est environné, il n'en est pas moins un véritable prisonnier, n'ayant pas la liberté de sortir de son palais. La Compagnie fait placer son nom et son protocole en tète de quelques-uns des édits qu'elle rend pour l'administration de la justice dans la partie de ses vastes possessions situées dans les anciens états de ce prince.

Les princes qui régissent les pays médiats ou vassaux de la Compagnie, n'en sont guère que les souverains nominaux pour tout ce qui ne concerne pas l'administration intérieure de leurs territoires; pour tout le reste l'autorité réelle appartient aux résidens anglais accrditéés à leur cour. Une foule de petites principautés enclavées dans les provinces immédiates de la Compagnie doivent être regardées plutôt comme de grands fiefs que comme des territoires vassaux; et tous les états radjepoutes dans la vaste province d'Adjmlr, forment depuis 1818 une confédération particulière sous la protection des Anglais.

Le gouvernement du Sindh offre un véritable phénomène politique. Trois branches de la famille Talpouri, beloutchi d'origine , occupent simultanément le trône d'Haideràbàd. Parle traité qu'elles ont stipulé en 1809 à la mort de Mir Fattih-Ali, l'ainé mâle de chaque famille hérite par tiers du royaume du Sindh, de manière cependant que le plus âgé des trois ainés a la prééminence; la moitié du territoire est censée lui appartenir ; il preud la titre d'Amir et se trouve à la tète du gouvernement. Le plus âgé après lui occupe la seconde place , et le plus jeune la troisième. La formidable association connue sous le nom dePindaries, qui pendant une longue suite d'années a ravagé régulièrement tous les ans plusieurs provinces de l'Inde, a été entièrement détruite par les Anglais en 1818.

Dans la même année ils ont mis fin à la

puissante confédération des Maharatles.

Quelques années auparavant ils avaient détruit plusieurs établissemens de pirates sur la côte occidentale de l'Inde, et depuis ils ont fini de purger ces parages ainsi que ceux du Gange, des corsaires qui les infestaient encore. Mais la plupart des Bhtls (Bheels), les Sondies , les Minahs (Meenahs), les Gadjars (Gu« djurs) , les Koulies , les Kitchaks ou Gidurmars , les Tchohans (Chohans), les Thougs , les Gôtids et autres peuples dans l'Inde, les Bedahs ou Waddahs dans l'île de Ceylan, errent sur de vastes espaces à-peu-près déserts et vivent encore sans lois et dans l'état sauvage. Nous ajouterons que les Bhinderwas , tribu de Gônds qui habitent dans les montagnes d'Omerkantak dans le Gandwànà , sont incontestablement antropophages par suite d'une horrible superstition, qui leur fait croire que c'est une action agréable à Kali et un acte de miséricorde envers leurs parens que de les tuer et de les manger, lorsqu'ils sont attaqués d'une maladie grave regardée comme incurable, ou bien lorsque quelque individu de la famille , arrivé à un âge avancé , devient faible et infirme. Cet horrible festin , dit le lieutenant Prendegast, qui en 1820 visita cette peuplade, est partagé par tous les parens et amis qu'on a soin d'inviter dans ces occasions.

industrie. Depuis bien des siècles l'Inde est renommée par l'industrie et l'adresse de ses habitans dans les arts. Les toiles de coton qu'on appelle communément indiennes, parce que de temps immémorial elles ont formé un article principal des exportations de l'Inde, les étoffes de soie, les draps et les châles de laine, les tapis et les nattes sont les articles dans lesquels se distinguent les Indiens. On peut même dire que par la combinaison et les heureux mélanges de différentes espèces de coton qui conviennent par leur force, leur souplesse et leurs qualités variées au tissage des différentes mousselines, et à force de recherches et d'observations faites par les ancêtres, et transmises de père en fils , les Hindous sont venus à perfectionner les arts de la main et à les porter tous à un degré de perfection que les nations les plus industrieuses de l'Europe n'ont pu atteindre que dans ces dernières années. On ne compte pas moins de 124 espèces diffé-

INDE

rentes étoffes de colon que ces peuples savent travail ier. Vizagapatam , les environs de Mazulipalam , Paliakate, Madras, etc., plusieurs villes de l'Orissa et du Bengale sont les lieux qui en fournissent la plus grande quantité et les qualités les plus estimées. Les soieries brochées d'or et d'argent de Surate ; les étoffes de soie de Mourchidàbàd , Rassim-nazar et autres villes du Bengale ; les draps et surtout les châles de Kachemir qui sont encore supérieurs à tous ceux qu'on a fabriqués hors de ce pays, et les tapis de Patna sont, avec les ouvrages en filigrane et en natte et les armes blanches , les autres objets dans la fabrication desquels se distinguent éminemment les peuples de l'Inde.

commerce. Les productions du sol aussi variées que précieuses et abondantes , et les produits de l'industrie ont attiré, depuis la plus haute antiquité, les nations commerçantes dans cette contrée , qui a toujours été le centre d'un grand commerce. Les Hindous sous le nom de Banianes , et ensuite les Arméniens et les Parsi ou Guèbres, font les plus grandes affaires avec les places intérieures, et les deux derniers prennent part même aux plus vastes spéculations du commerce maritime. Ce dernier peut être regardé comme étant aujourd'hui presque tout entre les mains des Anglais. Après eux viennent les Anglo-Américains, les Portugais, les Français, les Hollandais et les Danois. Celui des autres nations de l'Europe est encore moins considérable. Le traité de commerce conclu il y a quelques années par les Anglais avec Randjit- Singh et avec les princes du Sindhy , les arrangemens pris pour remonter V Indus et le Setledje, ainsi que la navigation à vapeur établie régulièrement par Suez et Malle entre Calcutta , Madras Bombay et l'Angleterre, et les essais tentés pour descendre et remonter l'Oronte et l'Euphrate avec des bateaux à vapeur, donneront un grand développement à ce commerce déjà très important. Les principales exportations sont : outre les toiles de coton , les étoffes de soie , les châles, les tapis et les autres objets mentionnés dans l'article de l'industrie, les nombreux produits du sol, savoir: opium, coton, riz, sucre, nitre, poivre, bois de sapan et surtout bois de sandal, gomme-

laque, indigo, cannelle, soie, cochenille diamans et autres pierres précieuses, perles, poissons, peaux de tigres et autres objeis. Les principaux articles d'importation sont : draps , velours , fer, cuivre rouge, plomb , armes à feu , vins, eau-de-vie, dentelles, fil d'or, galons , coraux, papiers, fruits secs et confits, drogues et produits de l'Amérique, montres , miroirs et quincaillerie , tous objets importés par les nations européennes. L'Arabie y envoie du café, des encens, des coraux, des dattes et des chevaux ; la Chine , beaucoup de thé par le moyen des vaisseaux européens ; l'empire Birman, beaucoup de bois de teck; les Moluques, le clou de girofle et la noix muscade ; le Tibet et la côte d'Afrique, beaucoup de coquillages très recherchés des Hindous pour leur parure.

Les principales villes commerçantes dans l'intérieur sont : Farakhâbâd , Agra , Delhi, Mirzapour , Allahâbâd , Be- 'nares , Patna, Dakka , Oudeypour, Indour , Nagpour , Soumboulpoiir , Bourhânpour , Haïderâbâd , Amretsir, Lâhore, Palli, Hârdwâr pendant le pèlerinage, Chikarpour, Bahaoulpour, etc., etc. Parmi les villes maritimes nous nommerons : Calcutta , Bombay, Madras et Surate; ensuite Kambâya , Mangalore. , Broatch , Goa , Kalikut, Kotchih , Paliakate, Pondichéry , Negapainam , Vizagapatam , Koringa , Mazulipalam , Colombo , Koratchi , etc., etc. Une partie du commerce extérieur se fait aussi par le moyen des caravanes, ce qui a lieu surtout avec les royaumes de Kaboul et de Perse, et avec le Turkeslan.

divisions. Afin de rendre plus facile l'étude de celte partie de la géographie, nous ferons précéder le tableau des divisions politiques actuelles de l'Inde par le tableau de ses divisions géographiques coordonnées aux anciennes divisions politiques. Ces dernières se rencontrent dans tous les livres d'histoire et de voyages, et sont encore mentionnées par les naturels et par les Européens, toutes les fois qu'il est question des pays qui font partie de l'Inde. Elles ne sauraient donc être ignorées sans inconvénient ; nous avons résumé les principales dans le tableau suivant.

ASIE

Page 1