‹ Abrege de geographieChapitre 27 sur 454 · CLIMATS DES MOIS · texte numérisé non relu

CLIMATS DES MOIS

Leur nombre.

Mois

Le climat physique, ditMalte-Brun, comprend la chaleur , le froid , la sécheresse , l'humidité et la salubrité dont jouit un lieu quelconque du globe. Ces climats physiques, bien différens des climats astronomiques, sont des parties de la terre, rarement des zonesterrestres , dans lesquelles régnent une égale chaleur et des phénomènes atmosphériques à-peu-près semblables.

Les causes du climat physique sont au nombre de neuf : 1° l'action du soleil sur l'atmosphère-, 2° la température propre du globe; 3° l'élévation du terrain au-dessus du niveau de l'Océan ; 4° la pente générale du terrain et ses expositions locales ; 5° la position de ses montagnes relativement aux points cardinaux; 6° le voisinage des grandes mers et leur situation relative ; 7° la nature géologique du sol ; 8° le degré de culture et de population auquel un pays est parvenu ; 9° les vents quiy régnent. Ces causes agissent ensemble ou séparément, et déterminent les caractères qui constituent les climats chauds et humides , chauds et secs, tempérés et humides, tempérés et secs , froids et humides, froids et secs, etc., etc. Nous regrettons que notre cadre ne nous permette pas d'entrer dans les détails qu'exigerait l'explication de ces termes. Nous nous bornerons à quelques applications des principes que nous venons d'établir.

Si nous voulons les appliquer à la partie septentrionale de l'Ancien-Continent, nous verrons que la diminution énorme de chaleur qu'on observe en s'avançant vers l'est, sous les mêmes latitudes, est due en grande partie à la forme et à la position

de cette masse de terre. La partie occidentale est échauffée par le voisinage de l'Afrique, qui, semblable à une immense fournaise , communique sa chaleur à l'Arabie , à la Turquie d'Asie, à l'Europe. Au contraire , l'Asie , dans ses extrémités du nordest , éprouve des froids extrêmes ; c'est , en partie , parce que, là, elle n'a point déterres qui s'étendent vers l'équateur. Si le Groenland, déjà sous le 60e parallèle , malgré son exposition méridionale et le voisinage des mers, a un climat plus rigoureux que la Laponiesous le 71e parallèle , dans une exposition septentrionale, c'est, parce que la Laponie est isolée des terres arctiques par une vaste mer, tandis que le Groenland s'étend probablement en s'élargissant Vf rs le pôle, ou du moins yersle 82e degré de latitude. L'Amérique-Septentrionale a peu de terres situées dans la zone torride ; elle a peu de communication avec l'Amérique* Méridionale; enfin, la disposition de ses montagnes la laissant ouverte aux vents froids polaires, ceux-ci la balaient d'un bout à l'autre, et rendent sa température beaucoup plus froide que celle des contrées placées à des latitudes égales dans la partie occidentale de l'Ancien-Continent.

Il résulte encore de ces principes une conséquence générale pour les contrées de la zone torride. Les vents alizés, en soufflant continuellement de l'est par-dessus la mer, contribuent à rendre toutes 1rs côtes maritimes orientales plus froides que ne le sont les côtes exposées au couchant. D'un autre côté , plus un continent est large de l'est à l'ouest, plus ces vents s'échauffent en passant par-dessus

ZONIS ET CLIMATS.

des terres brûlées par le soleil. Voici pourquoi les lies Antillesjouissentd'une température modérée, tandis que la Sénégambie et la Guinée doivent être rangées parmi les régions du globe tourmentées par la plus excessive chaleur. Le Congo est plus chaudqueleZanguebar.Sile climat des montagnes du Pérou est plus froid que celui du Brésil , c'est que l'élévation du terrain, ou toute autre circonstance locale , peut souvent avoir assez d'influence pour anéantir l'effet d'une cause générale.

Jetons maintenant un coup-d'œil sur la température des cinq zones qui servent à diviser le globe.

La zone torride n'a que deux saisons : l'une sèche et l'autre pluvieuse. La première est regardée comme l'été , et l'autre comme l'hiver de ces climats; mais elles sont en opposition directe avec l'été et l'hiver célestes ; car la pluie accompagne toujours le soleil; ainsi, lorsque cet astre se trouvedanslessignesseptentrionauxjes contrées au nord de la ligne ont leur saison pluvieuse. 11 parait que la présence du soleil au zénith d'une contrée y échauffe et raréfie continuellement l'atmosphère; l'équilibre est rompu à chaque, moment; l'air froid des contrées plus voisines des pôlesy est à chaque instant attiré ; il y condense les vapeurs suspendues dans l'atmosphère ; aussi y tombe-t-il des pluies presque continuelles. Les contrées de la zone torride où il ne s'élève point de rapeurs ne connaissent pas de saison pluvieuse. Mais les chaînes de montagnes qui sont assez hautes pour arrêter ou détourner les moussons et les vents, influent tellement sur les saisons physiques de la zone torride , que souvent , dans l'espace de quelques lieuès, on passe d'une chaleur excessive à une température très froide. En d'autres endroits , il y a deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches , qu'on distingue par les dénominations de grande et de petite.

La chaleur est presque toujours la même à 10 ou 15 degrés de la ligne équinoxiale. Mais, vers les tropiques, on ressent déjà une différence entre la température qui règne au moment où le soleil est au zénith , et celle qui a lieu lorsque, dans le solstice opposé , les rayons de l'aslre du jour tombent sous un angle qui est de 47 degrés plus obtus; aussi pourrait-on, avec Polybe, diviser la zone torride en trois autres. La zone équatoriale proprement dite est tempérée , si on la compare à la zone du tropique du Cancer , presque entièrement composée des contrées les plus chaudes et les moins habitables de la terre. La zone du tropique du Capricorne contient peu de terres ; mais il parait qu'elle est exposée à des chaleurs momentanées extrêmes.

Les anciens, pour la plupart, méconnaissant l'observation de Polybe, crurent que la chaleur allait en augmentant du tropique vers l'équateur. Ils en conclurent que le milieu de la zone torride était inhabitable. On sait aujourd'hui que plusieurs circonstances concourent à y établir une température supportable. Les nuages, lesgrandes pluies, les nuits naturellement très fraîches , leur durée égale à celle des jours ; une forte évaporation , la vaste étendue des mers, la proximité de montagneitrès hautes et souvent couvertes déneiges éternelles; les vents alizés et les inondationspé-

riodiques, contribuentà diminuer la chaleur. Voila pourquoi, dans la zone torride, on rencontre toutes sortes de climats : les plaines sont brûlées des feux du soleil, tandis que les côtes orientales des grands continens, battues par les vents alizés, jouissent d'une température douce. Les contrées élevées sont même froides; un éternel printemps règne dans la vallée de Quito, ainsi que sur les plateaux les plus élevés de l'intérieur de l'Afrique.

Rien n'égale la beauté majestueuse de l'été dans la zone torride. Le soleil s'élève verticalement; il traverse , en un instant, les nuages brûlans de l'orient, et remplit la voûte des cicux d'une lumière éblouissante dont aucune trace d'ombre n'interrompt la splendeur. La Lune brille ici d'un éclat moins pâle; les rayons de Vénus sont plus vifs et plus purs, la Voie lactée répand une clarté plus scintillante. A cette pompe des cieux il faut ajouter la sérénité de l'air, le calme des flots, le luxe de la végétation , les formes gigantesques des plante/5 et des animaux . toute la nature plus grandiose , plus animée, et cependant moins inconstante. .

Les zones (empérées sont dédommagées par les charmes doux et variés du printemps et de l'automne, par les chaleurs modérées de l'été et les rigueurs salutaires de l'hiver: cette succession de quatre saisons n'est point connue au-delà du tropique , ni vers les pôles. La partie même de la zone tempérée boréale qui s'étend entre le tropique et le 35e degré de latitude ressemble, en beaucoup d'endroits , à la zone torride. Jusque vers le 40e degré , la gelée , dans les plaines , n'est ni forte ni de longue durée; il est également rare d'y voir tomber de la neige. Les contrées élevées ressentent toute la rigueur de l'hiver; et les arbres, même dans la plaine, perdent leur feuillage, et restent dépouillés de verdure dans les mois de novembre ctde décembre. C'est depuis le 40e jusqu'au 00e degré que la succession des quatre saisons se montre la plus régulière et la plus sensible, sans toutefois compromettre la santé de l'homme. Mais ici c'est l'homme lui-même qui a créé en grande partie ces climats salubres; la France , l'Allemagne et l'Angleterre ressemblaient, il y a 20 siècles, au Canada et à l'Asie centrale, contrées situées, comme l'Europe, à une distance moyenne du pôle et de l'équateur.

Au-delà du 60e degré , et jusqu'au 78e , limite des terrains habitables dans l'hémisphère boréal, on ne connaît, en général, que deux saisons : un hiver long et rigoureux, auquel succèdent brusquement quelquefois des chaleurs insupportables. L'action des rayons solaires, faible en raison de l'obliquité de leur direction, s'accumule pendant les jours extrêmement longs , et produit des effets auxquels on ne s'attendrait que dans la zone torride. Dans l'hiver, au contraire , on voit l'eau-devie se congeler dans des chambres chauffées, et une croûte de glace couvrir jusqu'aux draps de ht. On a trouvé la terre gelée à loo pieds de profondeur, et le mercure, figé dans le thermomètre, laissait le degré de froid indéterminé. Les expositions méridionales, ou le voisinage de la grande mer, adoucissent le climat jusqu'à un degré qui paraîtra incroyable aux esprits prévenus. A Bergen, en Norwègc, et sur toute la

PRINCIPES GÉNÉRAUX. CH. VI

cote de ce pays, entre 60 et 62° de latitude , l'hiver est très pluvieux , mais rarement on y aperçoit cle la neige ou des gelées; cette saison est moins rigoureuse ,eton use moins de combustible dans ces paysqu'à Cracovie , à Prague, à tienne en Autriche , sous 50 à 48° de latitude. La zone froide jouit d'un calme atmosphérique inconnu dans la région tempérée : point d'orages, point de grêle, rarement une tempête. L'éclat des aurores boréales, réfléchi par la neige , dissipe les ténèbres de la nuit polaire; les jours de plusieurs mois, quoique

d'une magnificence monotone, accélèrent d'une manière étonnante les progrès de la végétation ; en moins de trois jours la neige est fondue , et les fleurs s'épanouissent. Mais afin de compléter l'aperçu que nous venons de donner sur les climats physiques, qui sont d'une si grande importance pour le géographe, nous emprunterons au tableau des bandes isothermes de M. de Humboldt, inséré dans notre statistique du Portugal , les principaux élémens relatifs à la température observée sur plusieurs points à différentes latitudes.

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