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TRIE ET DE PRATIQUES SUPERSTITIEUSES

les croyances des anciens Mandchoux, de quelques tribus de Toungouses, celles des Soyotes , et celles des peuplades sauvages qui occupent l'intérieur de la Chine , de 111e d'Hai-nan et la partie orientale de celle de Formose. Le Christianisme compte parmi les Chinois plusieurs milliers de croyans, qui presque tous appartiennent à VEglise catholique. Dans le xvne siècle ces néophytes étaient très nombreux; mais ils ont beaucoup diminué, surtout dans ces dernières années, à cause des persécutions qu'ils ont endurées. Quelques Protestans ont essayé plus récemment de répandre leur religion à la Chine, par la traduction de la Bible; mais ils n'ont jusqu'ici fait aucun progrès dans l'esprit des Chinois. Le Judaïsme est professé par quelques milliers des habitans de la Chine ; c'est une colonie de Juifs qui y ont passé très anciennement des provin-

ces les plus orientales de la Perse. On y trouve aussi des Manichéens et des Parsi, restes des élablissemens que ces reiigionnaires ont eus autrefois dans l'Asie-Centrale.

gouvernement. Le gouvernement chinois a long-temps passé pour despotique.

On sait à présent, dit M. Abel Rémusai, qu'il est limité par le droit de représentation donné à certaines classes de magistrats, et plus encore par l'obligation où est le souverain de choisir ses agens , d'après des règles fixes , dans le corps des lettrés. Ceux-ci forment une véritable aristocratie qui se recrute perpétuellement par les examens et les concours. Les jeunes gens de toutes les conditions sont admis indistinctement à concourir au 3egrade littéraire. Ceux qui l'ont obtenu concourent entre eux pour le 2e grade, qui est exigé de ceux qui doivent exercer des fonctions publiques. Du 2e grade on peut, par le même moyen , s'élever au 1er , qui conduit aux charges les plus élevées. Cette institution qui, sous sa forme actuelle remonte au vne siècle, tient lieu de noblesse, et a beaucoup contribué à la longue durée de l'empire, et à y maintenir l'ordre et la tranquillité. Il n'y a du reste de titres héréditaires que pour les princes de la famille impériale et pour les descendans de Confucius, ainsi que ceux de Mencius et de Lao-kiun ; mais on accorde souvent des titres rétrogrades qui anoblissent les ancêtres de l'homme qu'on veut récompenser, et le préjugé chinois fait attacher un grand prix à cette marque d'honneur. Le pouvoir suprême est exclusivement exercé par l'empereur qui prend le titre de fils du ciel et iïaugusle empereur. La couronne est héréditaire, et la succession est fixée depuis long-temps dans la ligne masculine ; mais l'ordre de primogéniture n'y est pas toujours suivi. D'après les idées reçues en Chine, tout prince étranger qui envoie une ambassade à l'empereur se reconnaît son vassal. Cet usage a induit et induit encore en erreur beaucoup de géographes. Le système de la subdivision des fonctions a prévalu depuis long-temps.

L'administration des provinces est partagée entre plusieurs officiers qui n'ont pas de contrôle les uns sur les autres , et qui doivent porter à la cour les affaires sur lesquelles ils ne peuvent pas s'accorder. Le gouverneur-général, que les Européens nomment vice-roi j a ordinairement doux

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provinces sous son administration. 11 y a en outre un intendant de la province, un surintendant des lettres, un directeur des finances, un juge criminel et deux intendâns, l'un pour les salines, l'autre pour Ses greniers publics. Chaque département, chaque arrondissement et chaque district ont encore des magistrats particuliers qui exercent concurremment des fonctions administratives et judiciaires. L'empereur nomme à tous les emplois, d'après une présentation triple du conseil du personnel. Beaucoup de rapports, de décrets et d'autres documens officiels sont donnés sous la forme d'instructions adressées aux magistrats ou au peuple. On les imprime régulièrement dans la Gazette officielle, dont des extraits sont repris et publiés de nouveau dans les gazettes provinciales qui s'impriment dans les principales villes. Lorsque l'empereur prend une mesure ou promulgue une loi à laquelle il peut supposer que l'opinion publique ne sera pas favorable , il déduit dans la gazette susmentionnée les motifs qui ont déterminé sa résolution; et, ce qui est bien plus remarquable, c'est que l'empereur se croit responsable envers ses sujets de toutes les calamités qu'ils éprouvent, telles que famines, épidémies, tremblemens de terre, etc.; dans ces cas il s'accuse publiquement d'avoir irrité le ciel en négligeant ses devoirs, et il s'impose des pénitences, qui consistent en retraites plus ou moins longues, en jeûnes, en prières extraordinaires, etc.

Le gouvernement du Tibet et du Boutan estime véritable théocratie. La constitution politique des Mongols, des Kalmuks etdesKirghiz ressemble à celle d< s royaumes de l'Europe dans le moyen âge. Le gouvernement de la Corée et de l'archipel de Lieou-khieou paraît être despotique.

Le Dalaï-lama et le Bantchan-erdeni envoient annuellement une ambassade à Péking avec des présens, qui consistent en draps et en étoffes fines de laine, en bâtons d'odeur , en petites colonnes ou obélisques d'argent, en idoles et autres objets relatifs au service divin du lamisme, eti chapelets de corail ou de succin. Toute la valeur des présens du Dalai-lama est estimée à 60,000 roubles en argent, ou à 240,000 francs. II parait que le Deb-radja, «juiest moins soumis aux Chinois, n'envoie rien à Péking. Le roi de Corée reçoit l'investiture de son royaume de l'empe-

reur de la Chine , auquel il envoie des présens comme gage de sa fidélité ; mais il en reçoit réciproquement, quoique d'une valeur beaucoup inférieure. Le roi de Corée paie également un tribut en or aux Japonais. Selon M. Golovnin, le roi de Lieoukhieou paie aussi un tribut aux deux empereurs de la Chine et du Japon, mais paraît être encore plus dépendant de ce dernier que du premier. Les khans des Mongols , au lieu de payer un tribut, reçoivent de forts appointemens comme généraux au service de l'empire, ainsi que des présens considérables en étoffes de soie et en riches habillemens. Les empereurs Mandchoux leur donnent souvent en mariage leurs filles, leurs sœurs et leurs nièces pour les attacher à leur dynastie. Depuis plusieurs années les principautés de la Petite-Boukharie (Thianchan-nan-Iou) sont administrées comme une province de l'empire.

industrie. L'industrie des Chinois est merveilleuse en tout ce qui concerne les aisances et les commodités de la vie. L'origine de plusieurs arts se perd chez eux dans la nuit des temps, et l'invention en est attribuée à des personnages dont l'existence historique a souvent été mise en doute. Ils ont toujours su préparer la soie et fabriquer des étoffes qui ont attiré chez eux les marchands d'une grande partie de l'Asie. La fabrication de la porcelaine a été portée chez eux à un degré de perfection qui n'a été dépassé en Europe que depuis peu d'années. Le bambou leur sert à faire des milliers d'ouvrages de toute espèce. Leurs toiles de coton sont renommées dans le monde entier.

Leurs meubles, leurs vases, leurs instrumens et outils de toute espèce, sont remarquables par une grande solidité, jointe à une certaine simplicité ingénieuse qui mériterait souvent d'être imitée. De tout temps ils ont su travailler les métaux , faire des instrumens de musique, polir et tailler les pierres dures. La gravure en bois et l'imprimerie stéréotype remontent chez les Chinois au milieu du xe siècle. Ils excellent dans la broderie , la teinture, les ouvrages de vernis et l'art de découper l'ivoire; les éventails qu'ils en font sont admirés de tout le monde. Leurs ouvrages en filigrane sont fort beaux ; leurs Heurs artificielles n'ont pas encore été surpassées, et nous leur devons l'usage des papiers de tenture. On n'imite qu'ini-

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parfaitement en Europe certaines productions de leur industrie, telles que leurs couleurs vives et-inaltérables, leur papier à-la-fois fin et solide , leur encre et une infinité d'autres objets qui exigent de la patience, du soin et de la dextérité. Ils se plaisent à reproduire des modèles qui leur viennent des pays étrangers ; ils les copient avec une exactitude scrupuleuse et une fidélité servile. Ils fabriquent même tout exprès pour les Européens des objets qui sont du goût de ces derniers , comme des magots ou des figurines en stéatite , en porcelaine, en bois peint ; et la main d'œuvre est à si bon marché chez eux , qu'il y a souvent de l'avantage à leur commander des ouvrages que des artisans européens ne pourraient exécuter qu'à grands frais.

Sous le rapport de l'industrie on peut ranger les Coréens avec les Chinois ; ils se distinguent surtout dans la fabrication d'une étoï'fe de coton connue sous le nom de nankin et dans celle du papier à écrire. Les Tibétains sont beaucoup moins industrieux, quoique leurs tissus de laine aient un grand débit dans la Chine, dans l'Inde et dans la Mongolie. Les Tibétains égalent les Chinois dans la fabrication de plusieurs objets en métaux et dans les ornemens de tête des femmes.

Les Boukhares dans le Thian-chan-nanlou paraissent être sous le rapport de l'industrie, supérieurs aux habitans du Tibet ; ils excellent surtout dans l'art de polir le jade oriental et dans la fabrication du drap d'or et d'argent , ainsi que dans celle des étoffes de soie et de la toile. -Les Kalmuks, les Mongols et les Kirghiz reçoivent des peuples que nous venons de nommer tous les articles de luxe, et quelquefois même quelques-uns de ceux de

iiremière nécessité. Les grandes villes et es gros bourgs qui se distinguent sur tous les autres par leur industrie , sont : Pékin g et Tliiau-tsin , dans le Tchyii; Canton et Fou-chan , dans leKouangtoung ; Tchang-tcheoii et Fou-tcheou, dans le îou-kian ; Hang-tcheou et Ningplio, dans le Tche-kiang; Kiang-ning, Xou-lcheou , Soung-kiang et Yangtcheou dans le Kiang-sou; King-tetching et Kan-tcheou , dans le Kiangsi; Kachkarct Yarkand, dans leThianclian-nan-lou et Iflassa (Lassa) dans le Tibet.

commerce. Le commerce intérieur de

la Chine l'emporte de beaucoup sur le commerce extérieur ; il se fait par les rivières et les canaux, et consiste principalement en échange de productions naturelles ou industrielles des diverses provinces. La Chine est un pays si vaste et il règne tant de variétés dans ses productions , que ce trafic suffit pour occuper la partie de la nation qui peut se livrer aux opérations mercantiles. Cette circonstance a contribué à faire négliger par les Chinois leur commerce maritime , qui s'étendait autrefois jusqu'à la mer Rouge. Cependant leurs marchands visitent encore les principaux ports de la Malaisie (Archipel Indien), de i'Inde-Transgangétique et quelques-uns du Japon et de la Popouasie (Nouvelle-Guinée).

Dans le commerce étranger on doit dis tinguer le co?nmerce maritime et le commerce -par terre. Le premier est beaucoup plus considérable que le secondson entrepôt principal avec les nations étrangères est le port de Canton, qui est le plus fréquenté par les nations maritimes de l'Europe et par les Anglo-Américains. Ces derniers et les Anglais y font à eux seuls presque les trois quarts de toutes les affaires. Le gouvernement chinois, non content d'avoir limité les lieux où les marchands européens peuvent être admis, le lieu où ils peuvent habiter et la durée du séjour qu'ils peuvent faire à Canton, ne leur a pas seulement laissé la liberté de choisir les commerçans chinois avec lesquels ils peuvent négocier; iî a confié le monopole du commerce européen à des négocians privilégiés, dont le nombre a été fixé à 12 jusqu'en 1792, où il a été porté à 18. Ces négocians que les Français nomment hanistes et les Anglais hong, d'un mot chinois qui signifit magasin, sont les intermédiaires obligés dans toutes les opérations commerciales ; ils fournissent des garanties , des cautionnemens et des répondans, et leurs fonctions s'étendent souvent à une sorte d'intervention politique dans les difficultés qui s'élèvent fréquemment entre les négocians étrangers et les autorités locales. Après le port de Canton vient celui «le Chang-hai, dont le mouvement est encore plus considérable, et qui d'après les dernières relations nous parait être la première et la plus grande place commerçantemaritime de V Asie, quoique aucune géographie n'en lasse mention,

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telle de M. Ritter exceptée. Viennent ensuite les ports de Hiamen ou Emouy , de Fou-tclieou, de Ning-pho, de Tchangtcheou et de Tchao-hing. Les Espagnols de Manille ont seuls le droit de trafiquer à Tchang-tcheou dans le Fou-kian.

Le commerce étranger par terre a lieu sur cinq frontières principales : 1° Sur les confins de la Sibérie, où Maïmatchin vis-à-vis de Kiakhta est la place principale. Ou a beaucoup exagéré l'importance de ce commerce ; selon M. Klaproth le prix de toutes les marchandises qu'on y échange surpasse rarement la somme de 8 millions de francs par an , et ne s'élève souvent qu'à 6 millions. 2° Sur les confins du Ttirkestan, où Yarkand est le pi'incipal entrepôt ; Kachkar sur la frontière, et Aksou dans l'intérieur sont aussi des places qui y prennent une grande pari. 3o Sur les confins de l'Inde , où Leh dans le Petit-Tibet , ïakakote sur la frontière et Lassa , dans l'intérieur du Tibet , sont les principaux entrepôts.

4° Sur les confins de V empire Birman, où Young-tchhang-fou est la place principale. 5° Sur les confins de Y Empire dAn-nam où le commerce se fait par les négociant de Kueï-lin-fou.

Les villes de l'empire que l'on peut regarder comme ses principales places de commerce , outre celles que nous venons de nommer et celles qui ont été menlionlïées dans l'article industrie, sont :

Tchhang-kia-kheou, en Mongol Khalgan , dans le Tchy-li; Lin-thsin- 'tcheou , dans le Chan-toung; Wou- Ichhang , dans le Hou-pe; Yo-tcheou, dans le Hou-nan ; ISan-kang , dans le Kiang-si ; Gouldja ou Ili, dans la Dzoungarie ; Ourga ou Kouren, dans la Mongolie.

Les principaux articles exportés sont:

thé, toiles de nankin, porcelaine , rhubarbe, squine, musc, gingembre, badiane, mercure, zinc, borax, soie, châles, nacre de perle , écaille de tortue et les objets mentionnés dans l'article industrie. Nous ferons observer que le thé est celui qui dépasse de beaucoup tous les autres, puisque les Anglais seuls en ont acheté 29,345,775 livres pesant en 1826 , et que les 27,478,813 livres qu'ils ont exportées en 1823 représentent une valeur de 1,924,738 livres sterling. Les principaux articles importés sont : draps et autres lainages, fourrures de la Sibérie et de

l'Amérique du Nord, fils d'or et d'argent, cannetilles et paillettes , glaces et verres de Bohême, plomb, corail, cochenille, bleu de Prusse, cobalt, vinsde Champagne, ouvrages d'horlogerie , ébène , poivre , bois de sandal et de calambac , ivoire , étain, cuivre, ailerons de requins, holothuries, nids de salangane, écaiileet nacre de perle, benjoin , camphre, encens et tabac. Quoique le gouvernement Chinois prohibe l'introduction de l'opium sous les peines les plus sévères, il n'en est pas moins l'objet d'un très grand commerce , qui tend même tous les ans à s'accroître : tous les habitans se montrent passionnés pour ce narcotique. Cet article constitue aujourd'hui plus des deux tiers du commerce qui se fait entre l'Inde et la Chine. La valeur moyenne de l'opium introduit à Canton de 1821 à 1825 inclusivement s'est élevée à environ 8,000,000 de dollars ou à plus de 40,000,000 de francs. Celle de l'opium importé de 1832 à 1833 s'éleva à la somme énorme de 81,368,000 francs. La valeur moyenne des nids d'oiseaux , regardés comme une friandise par les Chinois et importés à Canton, s'est élevée dans ces dernières années à 280,000 livres sterling ou à 7,000,000 de francs.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES et TOPO- GRAPHIE. Dans les nombreux et vastes pays dont Fensemble forme l'empire Chinois, il faut d'abord distinguer les pays entièrement soumis , les pays tributaires et les pays vassaux ou protégés. La première classe comprend : La Chine proprement dite : c'est le noyau de l'empire ; elle forme avec une fraction du Pays des Mandchoux , qui est le pays natal de la famille régnante, et une partie de la Pelite-Boukharie , les dixhuit provinces de la Chine. Dans le tableau suivant on a rangé ces dernières en cinq groupes géographiques, afin d'aider le lecteur à les retrouver sur les cartes. Les autres pays compris dans cette classe sont la Dzoungarie ou le Thian-chanpe-lou et le Trtan-chan-nan-lou ou la Petite -Boukharie ; depuis 1760 ces pays forment une province de l'empire.

Dans la seconde classe il faut ranger la Mongolie proprement dite, le Pays des Mongols du Khoukhounoor, une partie du Pays des Kirgiiiz-Kaïsak ou de la Grande-Horde et du Pays des Bourout. La troisième classe comprend les royaumes de Corée et de Lieou-

EMPIRE CHINOIS

khieou , le Tibet et le Pays du Debradja, improprement nommé Boutan ou Bhotais par les Européens. Le Thianchak-pe-lou ou la province au nord des monts Célestes, et le Thian-chan-nanlou ou la province au sud des monts Célestes , forment réunis ce que les Chinois appellent Sin-Kiapïg ou la Nouvelle-Frontière; tous les deux dépendent du gouverneur-général militaire qui réside à Ili. A l'égard du Tibet , qui n'est ni un royaume, ni une province de l'empire Chinois, comme le décrivent nos géographes, mais bien une vaste région géographique, nous le partagerons avec M.KIaprolh en quatre provinces, ou pour mieux dire en quatre grandes contrées , subdivisées chacune en plusieurs étals dont le plus grand nombre paie un petit tribut au Dalaï-lama ; celui-ci, de même que leBogdo/amaou Bantchanlama, et les autres sont sous la protection de l'empereur de la Chine. Les résidens de ce monarque auprès des cours des lamas souverains ont acquis depuis quelques années une si grande influence dans l'administration intérieure du pays, qu'on pourrait le regarder comme entièrement dépendant de la Chine. Nous ajouterons que dans la Chine proprement dite il y a plusieurs peuplades qui ne sont soumises «lue de nom, mais qui de fait sont entièrement indépendantes, comme quelques tribus des M ien ting et des Miaolse ; les Lolos ne sont que vassaux.

Nous venons de voir que la Chine proprement dite avec une partie de la Petite- Boukharie et du Pays des Mandchoux , sont partagées en provinces ; chaque province est subdivisée en départemens (fou); ceux-ci sont subdivisés en arrondissemens (tcheou) et en districts (hiari). Il y a de plus un certain nombre d'arrondissemens et de districts qui ne dépendent d'aucun département , mais qui relèvent immédiatement du gouvernement de la province ; on nomme ces derniers tchy-li ou mouvances directes. Dans le ta-

bleau suivant on a écrit leurs noms en caractères romains. Dans ce même tableau on a donné, d'après MM. Klaproth et Abel Rémusat, tous les départemens, tous les tchy-li et tous les cantons immédiats de la Chine proprement d;te et ceux de la partie de la Petite-Boukharie qui lui a été incorporée , parce que ces divisions donnant presque toujours leurs noms aux villes qui en sont le chef-lieu, c'était le moyen de faire connaître ces dernières. On a mis un * avant le nom de celles qui ne sont le chef-lieu d'aucune des divisions sus-mentionnées , afin d'éviter toute confusion. Nous citerons comme un fait remarquable que les villes chinoises n'ont pas de nom ; on les désigne par le nom du département, de l'arrondissement ou du district dont elles sont les chefs- lieux. On dit la ville du département de Kouang-loung (Canton), la ville du département de Kiangning (le Nan-king de nos caries), etc.

La ville où réside actuellement la cour, chef-lieu du département de Chun-thian, dans le Tchy-li, n'a pas elle-même d'autre nom que King-szu , la capitale.

Lorsqu'il y a eu en Chine plusieurs dominations simultanées ou que la cour a changé de résidence, on a donné aux diverses villes où elle s'établissait des noms qui marquaient leur position : Pé-king, cour du nord; Nan-king, cour du midi ; Toung-king, cour orientale , etc., etc.

Ces dénominations n'ont rien de spécial , et peuvent s'appliquer à toutes autres villes que celle que les Européens ont coutume de désigner de cette manière; cet usage a été et est encore une source inépuisable d'erreurs graves dans lesquelles sont tombés les plus savans géographes, lorsque, ignorant le chinois, le mandchou et autres langues, ils n'ont pas eu recours aux savans orientalistes qui pouvaient seuls les guider dans la description de ces contrées éloignées et encore si mal connues.

Pays et Provinces. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

CHINE proprement dite.

Provinces Septentrionales.

Tchy-li Chun-thian ou Pékin; * Toung-tcheou (immenses magasins impê-

(l'ancien Pe-tcliy-U avec riaux de sel) ; Haï-lian, * Yuen-ming-yuen; Pao-ling, résidence du une t raction du Pays des gouverneur du Tchy-li ; Young-phing; Ho-kian; T/uan-tsîn; Tching- Mandchoux). ting; Chun-le; Kouang-phing ; Taï-ming ; Siuan-hoa ; * Tchang-

kia-kheou ou Khalgari; Tching-le (Je-lio ou Gè-liol). Les cantons immédiats de Tsun-hoa, Yi-tcheou, Ki, Tcliao, Tcliin, Ting

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Pays et Provinces. Chefs-Lieux, .Villes et Lieux les plus remarquarles.

Chan-si Thaï-youan-, Phing-yang; Phou-tcheou; Lou-'an; Fen-tcheou;

Thse-Lclieou; Ning-wou; Taï-thoung; Sou-phing. Les caillons immédiats de Phing-ling, Hin , Taï, Hou, Kiaï, Kiang,Thsin, Liao , Pao-te , Clii. La ville de Koueï-hoa , dont relèvent six cantons.

Cuen-si Si-'an (Singan); Yan'an; Foung-lhsiang; Han-tchoung; Yu-lin;

Ring- an; Thoung-lcheou. Chang; Khian; Pin; Feou; Souï-te.

K an-sou Lan-tcheou; Koung-tchang; Phing-liang; Khing-yang; Ning-

(la partie occidentale de la hia; Kan-tcheou; Liang-tcheou; Si-ning; Tchin-si (Bar-kol) ; *Typrovince de Chen-si et houa-cheou (Ouroumtsi) ; * Toung-ou; * Cha-cheou. Les cantons partie de la Petite-Bou- immédiats de King , Thsin , Kiaï, Sou, 'An-si, Ti-hoa. kharie).

Provinces Occidentales.

Szu-tchouan Tching-tou; Tchoung-khing; Pao-ning; Chun-khing; Siut-cheou,

Khouei-tcheou (dans les montagnes de son territoire vit un peuple sauvage) ; Loung'-am Ning-youan; Ta-tcheou; Kia-ting; Thoungtchouan. Les cantons immédiats de Meï , Khioung , Lou , Tseu , Mian , Meou , Tha, Tclioung, Si-yang, Siu-young , ïsoung-lan, Chi-tcliu, Tsa-kou , Argou , Meï-no (Grand et Petit-Kin-tchhouan).

Vuri-HAa Yun-nan; Kio-tsing ; Lin-' an ; Tchhing-kiang ; Kouang-nan

Khai-hoa; Toungtchhouan ; Tchao-thoung ; Phou-eul; Tai-li. Tlisou Iiioung; Young-tchhang; Chun-ning; Li-kiang. Les cantons immédiats de Kouang-si, Wou-ting , Youan-kiang , Tchin-youan, Young-pe, Meng-hoa , King-toung. Le Pays des Lolos, partagé en plusieurs fiels vassaux de l'empire; et le Pays des Mienting, beaucoup moins considérable.

Provinces Méridionales.

Kouang-si Koueï-lin-, Lieou-tcheou ; Khing-youan; Ssc-'en; Sse-tchhing ,

Phing-lo; Ou-lc/ieou ; Thsin-lcheou ; Nan-ning: Thaï-phing . Tchin-an. Le canton immédiat de Yo-ling. Le Pays des Miaolse.

Kouang-toung Ko u a n g- te li c o u (Canton); Chao-tcheou ; Nan-hioung ; Hoeï-

tcheou; Tchhao-tcheou ; *Tching-hai-hian (Tinghaï; l'île INanngao (Namao); Tchao-khing ; Kao-tcheou; Lian-tcheou; Louï- Icheou; * Fou-cha/i; * Hianchanghien; Khioung-tcheou (dans l'île d'Hai-nan, si importante par sa population , ses salines et plusieurs produits précieux, et dont l'intérieur est occupé par des sauvages indépendans). Les cantons immédiats de Lo-ting, Lia», Kia-ying. Varchipel des Larrons occupé encore par quelques pirates, restes de ceux qui , sous la conduite de Ching-yih, qui s'intitulait souverain des mers et sous celle de sa veuve et de Paou son amant , lurent la teneur de la marine chinoise et de tout le midi de l'empire depuis I8l2jusques en 1825 , où ils firent leur soumission. Ching-yih était parvenu à rassembler 70,000 hommes et 800 navires armés eii course, outre mille autres embarcations. Ces flibustiers Asiatiques ont donné une trop grande célébrité à ces parages par leurs audacieux exploits et par leurs étonnans succès , pour que nous.puissions nous résoudre à les passer sous silence.

Provinces Orientales et Maritimes.

Fou-KiAN Fou-tcheou; Hing-houa; Thsiuan-tcheou; Tchang-tcheou; *Hia-

men (Emouy, Amoy); Yan-phing; Kan-ning; Chao-wou; Tengtchcou; Fou-ning; Thai-wan (dans l'île de Formose , si remarquable par son étendue et si importante par ses beaux ports , ses bois de constructions et autres produits ; la partie orientale est habitée par des sauvages indépendans; et la partie sud-ouest depuis I805 paraît être occupée par des pirates). Les cantons immédiats de Young-clihun, Loung-yan. L'archipel Plienghu (Pescadores des Européens) , composé de 36 îlots ; le plus grand offre un port excellent avec un fort et une garnison de Chinois. Cet archipel a été souvent un nid de corsaires, et il est une station très importante pou>' les flottes de l'empire, pour les nombreux navires marchands et pour les bateaux pécheurs qui fréquentent ces parages sujets à de t'réquens et terribles ouragans.

Tche-kiang lia ng-tcheou; Kia-hing; Hou-tcheou; Ning-pho; Chao-hing; Tai-

tcheou; Kin-hoa; Kl liu- te lie ou; Yan-lcheou; Fen-tcheou; Tchou* tcheou. L'archipel des 400 îlots dont Kintatn (Hinlong des Anglais,) et Tcheou (Chusain des Anglais) sont les principaux-, Tcheou est très peuplée et commerçante.

Kiang-sou Kiang-ning (Nan-king) ; Sou-lcheou : * Chang-hai-hien ; Soung-

(la partie orientale de l'an- kiang; Tchang-tcheou; Tchin-kiang ; Hoei-'an; Yang-tcheou; cien kiang-nan). Sin-tcheou. Taïthsang , Haï , Thoung. L'île Thsong-ning avec d'im-

menses salines et si remarquable par sa population très concentrée et pai1 l'étendue toujours croissante de son sol aux dépens de la mv.v.

EMPIRE CHINOIS

Pays et Provinces. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

Cu an-toung Tsi-nan; Yan-cheou; Toung-tchhang; *Lin-thsin-tcheou; Thsing-

tcheou; Teng-tcheou, une des stations de la flottille ; Laï-tcheou, aussi l'une des stations de la flottille; Wou-ting; Yi- tcheou; Thaï-'an; Tsao-tcheou. Tsi-ning , Lin-tlising.

Provinces Intérieures.

Ho-nan. ... Khaï-fung; Koueï-te; Tchang-te; Weï-hoï; Hoaï-khing; Ho-nan,

regardée comme la ville centrale de la Chine ; Nan-yang; Ju-ning; Tchin-tcheou. Hiu , Jou, Clien, Kouang.

Wn-hoeJ 'An-khing; Weï-tcheou; Ning-koue; Tchi-tcheou; Thaïphing;

(la partie occidentale de Liu-tcheou; Foung-yang; Ying-tcheou. Tchhu, Ho, Kouang-te, l'ancien Kiang-nan). • Lou-'an, Szc.

Hou-pe Wou-tchhang; Han-yang; Hoang-tcheou; 'An-lou; Te-an;King-

(la partie septentrionale tcheou; Siang-yang; Yun-yang; Yi-tchhang. de l'ancien Hou-kouang).

Kiang-si Nan-tchhang; Jao-lcheou; *King-te-chin ; Kouang-sin; *Wou-

tchin, bourg immense , entrepôt du commerce de la Chine-Méridionale avec la Chine-Septentrionale -, Nan-khang; Kieou-kiang; Kiantchhang; Fou-tcheou; Lin-kiang; Ki-'an; Chouï-tcheou; Youantcheou; Kan-tcheou; Nan-an. ISing-tou.

Hou-nan . . . , Tchhang-cha; Pao-khing; Yo-tcheou; Tchang-te; Heng-tcheou;

(la partie méridionale de Young-tcheou; Tchin-lcheou; dans les montagnes de sou territoire l'ancien Hou-kouang). vivent plusieurs tribus de Miaolse, indépendans de fait quoique soumis de nom; Yuan-lcheou; Young-chun. Foung; Tchin; Tsing; Koueï-yang.

Koueï-tcheou Koueï-yang; 'Jn-chun; Phing-youei; Tou-yun; Tchin-youan ;

Szu-nan; Chi-thsian; Szu-tcheou; Thoung-jin; Li-ping; Taï-ting; Nan-loung; Tsun-yi.

PAYS DES MANDCHOUX, partagé en trois départemens;

Cking-ring Ching-yang ou Moukden; Foung-thian; *Kin-tcheou\ *Kaï-

(Liao-toung*). tcheou; l'arciiipel du Liao-toung ou de Jean Potocki, composé

d'environ 20 îles fréquentées par les navires qui font le cabotage entre la Chine et la Corée.

Ghirin. 00 Ghirin; Bédounê; Ningouta; Tondon, lieu d'exil pour les criminels chinois.

Sakhalien-odla Sakhalien-oula-khoton-, Tsitsikar; Kaïlar. La partie septentrionale de l'île Tarrakai ou Tchoka, où se trouve la baie Nadeshda, si importante pour un établissement de pèche ; elle est occupée par des Mandchoux.

MONGOLIE, où il faut distinguer :

Le Pays des Mongols subdivisé en Kortsin , où se trouvent les ruines des villes Almatou et Si.bë; Tourbet; Djalaït , où se trouve Tcholkhotb; Gorlos, où l'on voit les ruines des villes Loung-ngan, 'Jo-khotà et Bar-khotà ; Arou-Kortsin -, Toumet. où est la ville ruinée de Khara-khotà; Karatsin, où l'on voit les ruines de plusieurs villes anciennes, et le temple bouddhique Kou-yuan-ming-szu, avec des inscriptions du temps delà dynastie mongole de Yuan; Aokiian ; Naîman ; Oungniout, avec les ruines de Jao-tcheou; Khalkha (aile gauche); Djarout, où est situé un célèbre temple du bouddha S'akiamouni; Abakiiaï; Abakhanar; Khaotsit ; Oudjoujioutsin; Barin , oùl'on trouve Barinkhoto, et les tombeaux des empereurs Khitans. Kesikten ; Souniout, Dourbon-koeboeiin ; Khalkha (aile droite); Toumet de Koukou-kiiotô, où se trouvent Koukou-khoto (en chinois Kouei-boua-tcbhing), résidence d'une incarnation divine; Ourat, où il faut placer l'ancien pays de Tendue ou Thian-te mentionné par Marco Polo , et où se trouvent plusieurs temples célèbres; Ordos; Tchakiiar ou Mongols de la frontière , voisins de la province chinoise de Chan-si ; on y voit les ruines de plusieurs anciennes villes; Districts des huit pati'rages appartenant au gouvernement chinois , où il y a la ville de Tchao-naircan-soume , nommée aulieïois Khai-phing, qui est selon les savantes recherches de M. Klaproth le Clemenfou de Marco Polo, résidence d'été des khans mongols de la dynastie de Yuan. Plus tard cette ville reçut le nom de Chang-ton} ou de résidence supérieure ; elle fut détruite sous les Ming.

Le Pats des Khalkha qui se compose de l'ancien Pays des Khalkha, d'une partie du désert de Gobi, du Pays des Ouriangkhaï et d'une portion de celui des Eleuts ou Oelet. Ses villes les plus remarquables sont : Ourga ou Kourè ; Maï-tma-tchin ; Ouliasoutaï, où réside un général mandchou commandant en chef les troupes du Pays des Khalkha. Plusieurs hordes de Kalmuks errent dans cette région élevée. Dans l'Ouriangkhaï vivent les Soyotes qui par fois sont antropophages. Selon les recherches de M. Klaproth , c'est dans cette partie de l'empire et proprement sur la rive gauche de î'Orkhon, peu loin des sources de

mo

Pays et Provinces. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

fleuve, qu'on doit placer Karakhorin ou Caracorum. Cette ville qui, suivant Kubriquis, témoin oculaire, n'était, au temps même de sa gloire, pas plus grande que St-Denis, servait de point de ralliement aux innombrables hordes de la Tartane ; elle était cependant la résidence ordinaire des premiers successeurs de Tchinghiz-khan , et par conséquent la capitale du plus vaste empire qui aitjamais existé. C'est dans son enceinte que Koublaï et Argoun reçurent les ambassadeurs de toutes les puissances de l'Asie, et ceux d'une grande partie de l'Europe et de l'Amérique.

TIHAN-CHAN-PE-LOU , où il faut distinguer:

La Dzou.ngarie*. subdivisée en trois divisions militaires qui prennent le nom de celui de

leurs chefs-lieux respectifs. ///' ou Gouldja {Hoeï-yuan-tchliing des Chinois); Kour-khar a-ous sou et Tarbagalai (ile Sountsing-tchhing des Chinois).

Le Pays des Kirghiz . . . qui comprend une partie du territoire des Kirghiz de la Grande- Horde, qui errent aux environs du lac Balkachi, et une partie de celui des Bourout aux environs du lac Dzaïsang.

Le Pays des Torgots . . qui comprend le territoire le long du Haut-Ili, assigné par l'empereur de la Chine aux restes des Torgots, qui en 1770 quittèrent les bords du Volga pour se retirer sous la protection de l'empire Chinois.

THIAN-CHAN-INAN-LOU (Petite-Boukkarie) , partagée autrefois en 8 principautés tributaires de l'empire, et maintenant en 10 principautés entièrement soumises. Elles portent ia même dénomination que leurs chefs-lieux respectifs, que nous nommerons pour faire connaître les uns et les autres, savoir: KlIAJIIL OU HAMI , PlDJAN , KlIAUACIIAR, KOUTCIIÉ , SaIRAM , Ak-

sou, Oughi. Kaciigiiar ou Kaciikar, Yarkand et Khotan. Aksou pourrait être regardée comme la ville capitale, étant le siège du commandant en chef de toutes les troupes de cette division de l'empire. Nous rappellerons que c'est dans cette province et surtout dans les principautés de Kachkar et de Yarkand , que depuis quelques années des princes turks se sont révoltés et font la guerre aux Chinois. Malgré les défaites qu'ils ont éprouvées , il parait que l'insurrection n'est pas entièrement éteinte.

PAYS DES MONGOLS DU KHOLiKHOU-NOOR , partagé, selon M. Klaproth , en 30 bannières; ils habitent dans la contrée montueuse et très élevée sur laquelle se trouve le lac Khoukhou-noor ; ce sont à proprement parler des Kalmuks. C'est dans les montagnes de celte Suisse de l'Asic-Centrale que le Houang-ho prend sa source , et sur leur versant méridional sont celles du Kin-cha-kiang, du Thalouenctdu Menam-kong qui figurent parmi les plus grands fleuves du monde.

TIBET ou Sl-ZZANG , subdivisé en :

Oui Il ' I a s s a (Lassa) ; Bolala; Jigagounggar.

Zz anc Jikadze, à laquelle M. Klaproth donne 30,ooo habitans; Djachi-loum-

bo (Tissou-loumbou), résidence du Bantchan-lama ; Ghiandze; Pliari, petite forteresse non loin du mont Chamoulaii; Tcliakakote, ville commerçante de 1000 maisons, près du Dhawalaghiri ; Baldlii.

K'uam Bathang-, Tsiamdo; Sourmang ou Sourtnan; Souk; il paraît que

la partie orientale de celte province a été réunie à la province chinoise de Sse-tchouan.

Ngari ■ Elle comprend plusieurs petits états, tributaires du Dalaï-lama , dont

les villes principales sont : Tchournarte; Bourang-dakla; Deba, capitale de l'Undes ou Urna-Desa, et résidence d'un lama; Toling, résidence d'un grand-lama. Ladak ou Leï, capitale du Ladakou Pelil- Tibet-, Garlou ou Golorpe, avec un poste militaire chinois. La partie orientale de cette province est occupée par des tribus mongoles nommées Khor ou Charaï-gol.

PAYS DU DEB-RADJA (Boutan ou Bhotan), subdivisé en :

Pays du Deb-radja .... Tassisudon; Pounakha, résidence du Deb-radja en hiver; Ouandipour; Ghassa; Mouritchom; Bouxedaouar.

Principauté de Bisni . . . Bisni, siège d'un prince tributaire du Deb-radja, et payant aussi un tribut aux Anglais pour la partie de son territoire comprise dans les limites du Bengale.

ROYAUME DE CORÉE . . H a n -yang-lchhing; Kiang-ling ; Houang-tcheou ; Tchoungtcheou et le port Majorikani-bank ; Thsiouantcheou; King-tcheou et le port de Fou-chan; Hïan-hing; Phing-jang. On doit ajouter que ce royaume nous parait être la partie du globe la plus inabordable que l'on connaisse, car les Européens qui ont voulu y pénétrer, ont trouvé des obstacles encore plus grands que ceux que leur ont opposés les Chinois et les Japonais. Aussi est-il encore une des parties les moins connues du monde civilisé. L'A rchipel de Corée, découvert il y a quelques années par le capitaine Maxwell; il remplace unp partie considérable du continent imaginaire que les cartes antérieures

EMPIRE CHINOIS

Pays et Provinces. Chefs-Lieux , Villes et Lieux les plus remabquables.

à sa découverte accordaient à cette presqu'île. Cet archipel comprend plus d'un millier d'îles de différentes grandeurs, réparties en quatre groupes principaux, savoir: de James Hall, au nord; de Clifford, au milieu-, et de Amherst, au sud. Ces trois groupes se développent le long de la côte occidentale. Nous proposons d'appeler groupe de Brougthonle quatrième, qui s'étend le long de la côte Méridionale et partie de l'Orientale jusqu'au port de Chosan-, ce dernier groupe parait être le plus peuplé et contient l'île qui semble être la plus étendue de tout l'Archipel. La grande île de Ouelpaert (Musc des Coréens) , remarquable par son haut pic et importante par sa nombreuse population, sa fertilité et ses villes, dépend de la Corée , et pourrait être regardée comme une dépendance géographique de ce groupe.

ROYAUME DE L1EOU-KHIEOU , qui comprend l'archipel de ce nom divisé en deux groupes : Groupe de Lieou-kieou , dont les iles principales sont : Lieou-khieou ou la Grande-Lieou-khieou (Loochoo des Anglais); on y trouve : King-tching (Schoui), bâtie sur une colline ; c'est la résidence du roi ; et Napakiang, qui en est le port. Mous nommerons encore à cause de leurs volcans : Lieouhouang-chan(i\e de Soufre), avec une montagne qui fume; Komisang, remarquable par un volcan qui paraît brûler encore. Groupe de Madjicosima , dont les îles principales sont : Typinsan, la plus grande du groupe ;

Palchousan et Rochoukoko, qui viennent après pour l'étendue ; Koumi, la plus occidentale de tout l'archipel.

Pékijng, située dans une grande plaine sur le Yu-ho, petit affluent du Pe-ho, ville immense, dont le circuit, sans comprendre les faubourgs , est de 52 li ou 15,400 toises. C'est la capitale du Tchy-li et de tout l'empire. On y arrive du côté de l'est par une superbe avenue longue d'environ 4 milles, pavée dans une largeur de 30 pieds avec des dalles de granit qui ont depuis 6 jusqu'à 16 pieds de long; elle est annoncée par un grand arc de triomphe construit en pierre et d'une architecture très riche. Péking se compose de deux villes entièrement distinctes : celle du nord , nommée Kingtehhing ou la Ville- Impériale , dite aussi la Ville-Tatare, parce qu'elle a été fondée par les Tartares ou Mongols ; on devrait la nommer Ville-Mandchoue , parce qu'elle est actuellement habitée surtout par les Mandchoux. C'est presque un carré parfait. La ville du sud , nommée Lao-tchhing ou Vieille Ville, ou Wdi-lo-tchhing ; on l'appelle aussi la Ville- Chinoise , parce que de tout temps elle a été habitée par les Chinois ; elle a la figure d'un carré oblong. Les deux villes sont environnées de hautes murailles ; celles de la Ville-Tatare sont de briques , hautes de 40 pieds et assez larges pour qu'on puisse s'y promener à cheval. Les portes de la Ville-Tatare , au nombre de neuf, sont dépourvues d'ornemens, mais elles offrent des tours élevées à plusieurs étages et d'un aspect imposant. Devant chaque porte est une esplanade de plus de 360 pieds, enclose d'un mur demi circulaire, et formant

comme une place d'armes. Les rues du King-tchhing sont très longues , larges , tirées au cordeau et très propres: les principales ont environ 20 toises de largeur. Celle qui est nommée Tchhangngan-kiai (rue du repos perpétuel) a 30 toises de large. C'est la plus belle de Péking; elle va de l'est à l'ouest; au nord elle est bordée en partie par les murs du palais impérial , et au sud pai plusieurs palais et tribunaux. Les maisons de Péking sont très basses et n'ont souvent qu'un rez-de-chaussée; quelquefois ce dernier est surmonté d'un étage. Elles sont assez mal bâties sur le devant ; mais l'éclat et la variéié des marchandises exposées aux yeux des passans dans les boutiques , les enseignes de celles-ci et dos frontispices resplendissant de sculptures dorées, qui selon M. El lis sont d'une très belle exécution, forment dans plusieurs quartiers un coup-d'œil satisfaisant. Les rues et les maisons de la Ville-Chinoise sont fort inférieures à celles de la Ville- Tatare sous tous les rapports. Dans la plupart des maisons, dans toutes les boutiques et même dans le palais de l'empereur, des sentences remarquables des philosophes ou des poètes célèbres sont écrites sur les papiers qui tapissent les murailles. Chez les gens riches les portes et les cloisons sont en bois précieux, tels que le camphrier, le cyprès , etc., et ornées de sculptures ; les tables et les chaises, faites d'un bois choisi, brillent par îe vernis dont elles sont revêtues; mais le papier remplace partout le verre que nous mettons aux fenêtres. Les grandes maisons

ASIE

se distinguent par une longue suite de

pièces; une galerie couverte, à colonnes, se prolonge devant ces appartenons, et donne entrée dans les chambres qui n'ont pas d'autre communication entre elles.

Outre la Ville-Mandchoue et la Ville- Chinoise, Péking a 12 vastes faubourgs d'environ 2 milles de long chacun. Les missionnaires et les Anglais ont beaucoup exagéré la population de celte ville. Malgré l'autorité de M. Timkovski, qui, sur les traces du père Gaubil , lui accordait il y a quelques années 2,000,000 d'habilans, nous n'hésitons pas à la réduire à 1,300,000, nombre qui, tout calculé, nous paraît devoir s'approcher de la vérité.

Le King-lchhing ou la Ville-Tatare est composé de trois villes , renfermées l'une dans l'autre; et chacune de ces trois villes a son enceinte particulière. L'enceinte intérieure se compose du palais impérial ou du Tsu-kin-tchhing; c'est peut-être la plus vaste demeure royale qui existe au monde. Même en ne comprenant que le palais proprement dit sans les immenses jardins et les trois grandes cours qui y mènent et qui appartiennent à la seconde enceinte, sa circonférence est de 6 li ou de 1776 toises. Sa forme est une espèce de carré un peu plus long que large. 11 est environné de fortes murailles crénelées , construites de briques et couvertes de tuiles de couleur jaune. Sur chacune des quatre portes il y a un pavillon vaste et élevé ; des pavillons semblables se trouvent aussi aux quatre coins de l'enceinte. Un large fossé revêtu de pierres de taille en fait le tour. Le dedans du palais , dont l'architecture ne saurait être jugée d'après les règles de notre art de bâtir, est une enfilade de cours environnées de colonnes et de salles ou appartenons qui semblent se disputer le prix de la beauté et de la magnificence. Parmi les nombreux édifices , dont l'ensemble compose ce palais , on doit mentionner surtout le troisième portail nommé Touan-men ; les deux temples Thaï-miao, où I on rend un culte religieux aux tablettes des ancêtres des empereurs mandchoux, et le Che-tsuthan , élevé à l'esprit qui fertilise les champs; la belle porte Ou-men{du Midi); la cour de Thaï-ho-tian terminée à droite et à gauche par des portes, des portiques et des galeries ornés de balcons et soutenus par des colonnes; la superbe

salle du Thaï-ho-tian (de la grande unité), où l'empereur assis sur son trône reçoit dans les grandes solennités les grands de l'empire et les ambassadeurs étrangers ; enfin l'appartement particulièrement destiné à l'empereur et appelé demeure du ciel serein : c'est le plus haut, le plus riche et le plus magnifique de tous. Derrière ce logement il y a un vaste jardin nommé le jardin impérial.

Dans le Houang-tchhing , qui est le palais extérieur et qui forme la seconde enceinte, on voit d'autres jardins beaucoup plus grands, où se trouvent de grands lacs creusés de main d'hommes ; le beau temple de Foe avec une statue de ce dieu en bronze doré qui a 100 bras et 60 pieds de haut ; le vaste temple mongol de Soung-tchhou-szu , habité par le koutoukhtou, le premier des trois grands prêtres de la religion lamaique résidant à Péking, et près duquel est placée l'imprimerie pour les livres de prières en langue tibétaine ; c'est aussi dans le Houangtchhing que se trouvent les magnifiques appartenons, les salles de spectacle et de concert construites par l'Empereur Khianloung ; et les cinq collines artificielles , dont la King-chan ou la Montagne resplendissante est la plus élevée. C'est sur cette colline que l'infortuné Hoaitsoung, dernier empereur de la dynastie Ming, après avoir tué sa fille, se pendit à un arbre pour éviter de tomber vif entre les mains du rebelle Li-tsu-tchhing.

Les successeurs de Tchhing-tsoung ont concédé à des particuliers divers emplacemens du Houang-tchhing ; ils ont permis que quantité de marchands vinssent s'y établir ; ils y louent même actuellement un grand nombre de boutiques.

Cette enceinte est en général habitée par des gens employés au service de la cour. Notre cadre ne nous permet pas d'indiquer les autres édifices du Houangtchhing et les parties les plus remarquables de la troisième enceinte. Nous ajouterons seulement que les temples ou miao, les tribunaux, les palais et en général tous les bàlimens publics sont plus ou moins dignes d'être observés .

et que dans la seconde enceinte se trouve un vaste palais , entouré drun large canal qu'on traverse sur un pont de jaspe noir d'une construction extraordinaire ; selon le père Magalhaens, il représente un dragon, dont les pieds forment les piles.

EMPIRE CHINOIS

Les lieux les plus considérables du Waï-lo-tchhing ou de la Ville- Chinoise sont : le temple du Ciel ou Thianthan ; sa muraille extérieure a 9 li ou 2664 toises de circonférence ; l'empereur s'y rend chaque année le jour du solstice d'hiver pour y offrir un sacrifice au ciel. Les bàtimens dont il se compose sont regardés comme des chefs-d'œuvre de l'architecture chinoise, pour la beauté et la magnificence des ornemens. Ses principales parties sont : un temple circulaire qui représente le ciel; l'intérieur est occupé par une vaste salle ornée de 82 colonnes ; l'or et l'azur y brillent de tous côtés ; le toit a trois étages ; le supérieur est bleu céleste, l'intermédiaire jaune et l'inférieur vert; les tuiles en sont vernies. Un autre temple Ail aussi la Salle ronde; on y conserve la tablette sur laquelle est écrit le nom du souverain seigneur du ciel. Un massif rond a trois étages avec des escaliers et des accessoires superbes; on y place sous une tente ronde la tablette du Chang-ti , devant laquelle l'empereur sacrifie. Enfin le Tchaï-koung ou palais de retraite et de pénitence , où loge l'empereur pendant les trois jours de jeûne qu'il observe pour se préparer à la cérémonie du sacrifice. Cinq cents musiciens sont attachés au service de ce temple magnifique et y ont leurs demeures. Le Sian-nong ~than ou le temple de Vinventeur de l'agriculture, situé à l'ouest du Thian-lhan; il est également entouré d'une haute muraille , dont la circonférence est de 6 li ou de 1776 toises. L'empereur s'y rend tous les printemps pour y labourer la terre et offrir un sacrifice au ciel.

On ne doit pas oublier dans la Ville- Mongole , le fameux temple du Tiwaugmiao f où sont les tablettes des plus illustres empereurs de la Chine, depuis Fou-hi, fondateur de la monarchiejusqu'à la dynastie Tsing, actuellement régnante; deux grands arcs de triomphe en bois peint et doré accompagnent l'entrée. Un autre temple , non moins remarquable , situé dans le collège Impérial, est celui où l'on offre à Confucius ( Cong-fou-tzeu ) des hommages et des sacrifices sanglans au nom de tout l'empire. La salle est au fond de la seconde cour ; elle contient la tablette du philosophe avec cette inscription : lieu où Von honore l'ancien et très sage maitre Confucius. Un peu

plus avant, de chaque côté, sont les tablettes de JVîencius(Meng-tzeu)etdetrois autres de ses principaux disciplesqui sont regardés comme des sages du second ordre. Encore plus avant sont les tablettes de dix autres de ses disciples , honorés comme sages du troisième ordre. Enfin, dans des salles qui régnent autour de la même cour, sont les tablettes de 97 personnages illustres par leur sagesse et leur vertu. L'entrée de ce temple est flanquée de deux paysan g; c'est ce que les Européens appellent, d'après leur forme, des arcs de triomvhe, mais dont la destination est d'honorer les personnages des deux sexes qui ont laissé des souvenirs glorieux de leurs vertus, de leur science ou des services considérables rendus à l'état. L'empire renferme un grand nombre de ces monumens. De telles institutions présentent , sous l'aspect le plus favorable, la théorie du gouvernement chinois; mais on dit qu'à la Chine, comme ailleurs, il y a bien loin de la pratique à la théorie.

Dans un des faubourgs , au nord de la Ville Tatare, se trouve le magnifique fcmple du Ti-than, dont l'enceinte a environ 200 pas en carré. On y admire surtout le temple proprement dit ou la salle carrée, et le massif devant lequel l'empereur sacrifie à la vertu de la terre. Nous ajouterons que, dans les différens quartiers de Péking, il y a des cloches qui servent à indiquer les veilles de la nuit. Les sept principales se ressemblent; elles ont chacune, selon le père Verbiest, 12 pieds de hauteur sans compter l'anse de suspension qui en a trois, il de diamètre intérieur et 40 de circonférence; elles pèsent 120,000 livres. Leur forme est celle d'un cône allongé, on les frappe avec un marteau de bois.

Péking se distingue des autres capitales et des grandes villes de l'Asie par ses constructions et plus encore par une foule d'institutions qui rappellent la civilisation des grandes villes européennes , malgré les différences énormes qu'offrent la manière de bâtir des Chinois et leurs usages. Nous nous bornerons à en citer quelques-unes : le Han-linyuan ou le tribunal de l'hisloirê et de la littérature chinoise. Tous les savans de la Chine, toutes les écoles, tous les collèges dépendent de ce tribunal, qui choisit et nomme les juges el les examina-

ASIE

leurs des compositions qu'on exige des lettrés, avant de les promouvoir aux grades. Les lois lui confient l'éducation de l'héritier du trône ; et il est chargé d'écrire l'histoire générale de l'empire et de composer des livres utiles. Le Kouetsu-kian ou collège impérial, où plusieurs professeurs enseignent à bien composer en chinois et en mandchou. Vobservatoire impérial, bâti en 1279; ce n'est qu'une tour commune. Les anciens instrumens construits sous la dynastie des Mongols (Yuen) en ont été retirés et remplacés par de nouveaux qui ont été fabriqués en 1673 sur les dessins du père Verbiest, habile astronome et président du tribunal mathématique.

Ils sont en bronze et magnifiquement ornés ; le plus exact est le globe céleste qui a 6 pieds de diamètre et qui pèse 2000 livres. L'exécution des autres a été un peu négligée par les artistes chinois. Dans cet édifice on conserve aussi les beaux instrumens que le roi d'Angleterre a envoyés en présent à l'empereur Khianloungen 1793. L 'imprimerie , d'où sortent les meilleurs livres et principalement les livres historiques, que les libraires de Péking et des autres villes achètent à un prix fixé par le gouvernement. Celte imprimerie publie également tous les deux jours une gazette contenant les évènemens extraordinaires qui arrivent dans l'empire , les ordonnances et surtout la liste des promotions, les grâces accordées par l'empereur, telles que des robes jaunes et des plumes de paon , ce qui équivaut aux ordres de chevalerie en Europe; la punition des mandarins qui ont malversé, etc., etc. Il y a en outre un tribunal pour les médecins , une maison d! enf ans trouvés , une autre pour Vi/ioculation de la vaccine et plusieurs autres institutions philantropiques. Les écoles publiques y sont très nombreuses, et la bibliothèque impériale est sans contredit la plus grande qui existe hors de l'Europe. M. Abel Rémusat nous a assuré qu'elle contient au moins la matière de 300,000 de nos volumes in-8°. Nous ne devons pas oublier les immenses cabinets d'histoire naturelle de l'empereur ; chaque tiroir est accompagné d'un cahier de peintures représentant les objets qui y sont placés. Les objets y sont représentés avec une scrupuleuse fidélité. On en conserve également une

copie à Moukden. Le père Grimaldi et d'autres jésuites y ont travaillé. Ce n'est qu'à la cour, dit M. Klaproth, qu'il y a des théâtres permanens. La scène y est double et triple, c'est-à-dire à deux ou trois étages, où les acteurs, répartis d'après l'action représentée, jouent une seule et même pièce dans le même temps, avec un tel accord de musique et de paroles, qu'ils ne sauraient mettre plus d'ensemble sur une seule scène. Les autres théâtres ne sont que des échoppes ouvertes , transportables et sans décorations ; on y joue presque tous les jours depuis midi jusqu'au soir des tragédies et des comédies mêlées de chants et de musique. Les rôles de femme y sont remplis par des jeunes gens , qui s'en acquittent très bien.

Péking communique avec le grand canal impérial , ce qui facilite beaucoup son approvisionnement et rend très actif son commerce. Près de chaque porte de la ville on trouve des ânes sellés pour le service du public On monte ces animaux pour aller d'une porte à l'autre, ou pour transporter des fardeaux peu pesans. La course se paie 10 thsian équivalant à environ 4 copèques de cuivre ou 16 centimes.

Dans les environs de Péking et à la distance d'environ 20 li ou Cooo toises de France, près de Haï-tian, on voit Yuan- ming -yuen , c'està-dire, le jardin rond et resplendissant, superbe résidence impériale d'été. Le palais , selon un exceîlent observateur, le frère Atliret , est au moins de la grandeur de Dijon, et l'appartement de l'empereur et de l'impératrice est plus étendu que la ville de Dole. Ce palais est composé d'un grand nombre de bàtimens, disposés avec une belle symétrie et séparés par descours, des jardins et des parterres. La façade de chacun éclate d'or , de vernis et de peintures , et l'appartement impérial est orné de tout ce que la Chine, le Japon, les Indes produisent de plus précieux, et même des chefs-d'œuvre de plusieurs des arts de l'Europe. Les jardins de ce palais sont encore plus admirables. Sur une surface de GO,ooo acres anglais s'élèvent des collines de 20à6opieds de haut, couvertes d'arbres à fleurs , séparées par des vallons où serpentent des rivières artificielles, bordées de rochers que la nature semble y avoir placés, et que traversent des ponts embellis de balustrades sculptées, de kiosques et d'arcs de triomphe. Ces rivières se rendent dans des lacs artificiels , sillonnés par des barques magnifiques Chacun de ces vallons a sa maison de plaisance ou son palais d'une architecture différente des autres-, on en compte plus de deux cents. Leurs frontispices à colonnade, leur charpente dorée, peinte et vernissée, leurs toits couverts de briques

EMPIRE CHINOIS

\ernies, rouges, jaunes, bleues, vertes et violettes, figurant des dessins agréables , leurs escaliers rustiques , composés de rochers , les font ressembler à des palais de fées. Le cèdre , la brique et le marbre ont servi à leur construction. Du centre d'un lac , d'une demi-lieue de diamètre en tous sens, s'élève une île de rochers qui soutient un palais d'une beauté que le goût européen même est forcé d'admirer; il renferme plus de cent chambres et salons. De ce palais la vue se promène sur les bords du lac , où l'art s'est épuisé à des édifices et à des imitations de la nature qui produisent des effets les plus pittoresques. Sur la montagne de Thian-cheou, à environ il milles au nord de Péking, se trouvent les treize mausolées des empereurs de la dynastie des Ming. Le père Roux , qui les a visités en 1787, dit que cinq jours suffiraient à peine pour les bien examiner. On y admiresurtout une grande salle, dont les colonnes, de bois de nanmouet d'une seule pièce chacune , ont 50 pieds chinois de haut et 10 de circonférence. La salle dite de Young-lo a 180 pieds chinois de long sur 83 de large.

Beaucoup plus loin, dans un rayon d'environ 100 milles, on trouve : Tin-tsin, ville immense, située sur le Peï-ho ; son commerce avec l'intérieur de l'empire dépasse celui de Canton , et sa population pourrait bien être égale à celle de cette dernière ville ; c'est le grand entrepôt du sel, dont on y voit des masses énormes, ainsi qu'à Takou, gros village, placé beaucoup plus bas. Tchangkia-kheou {en mogol Khalgari), petite ville du département de Siuan-hoa , forte et très peuplée , remarquable par son commerce et plus encore par le voisinage de la grande-muraille qui forme une partie même de son enceinte. Ce monument, qui est peut-être le plus grand ouvrage exécuté parla main des hommes , existe depuis environ vingt siècles. Sur une longueur de plus 1300 milles, depuis l'extrémité occidentale du Chen-si jusqu'à l'extrémité orientale du Tchy-li, ce rempart extraordinaire passe sur de hautes montagnes et traverse des vallées profondes. 11 est composé de deux murs parallèles; l'intervalle en est rempli de terre et de gravier. Les fondations consistent en grandes pierres brutes; le reste du murestenbriques.Sa hauteur est de 24 pieds, son épaisseur d'environ 13. Des tours, dans lesquelles se trouvent beaucoup de canons en fonte , s'élèvent à loo pas à-peu-près l'une de l'autre. Inabordable pour la cavalerie des belliqueux nomades de l'Asie-Centrale , cette immense muraille n'a pas été assez forte pour arrêter les conquérans qui ont envahi plusieurs fois la Chine. Tchhing-te-tcheou (Jeho), château impérial , situé au-delà de la grande muraille, dans la partie de la Mongolie réunie à la grande province du Tchy-li. 11 a été bâti en 1703, sur le plan du palais de Péking, pour servir de pied-àterre à l'empereur, pendant la saison de la chasse. Ses jardins ont été décrits par un connaisseur du goût le plus éclairé, lord Macartney ; ils offrent, dit cet ambassadeur, une succession de tableaux enchanteurs ; le sublime y domine etlagaité met en harmonie l'ensemble du paysage ; les cabinets, les pavillons, les pagodes sont parfaits dans leur

genre : les uns d'une simplicité élégante, les autres superbement décorés; ils ornent toujours la partie du jardin où ils sont, tandis que tout autre la défigurerait. Ce château est bien distribué et tout y est simple et analogue aux localités. Parmi ses nombreux temples, on doit mentionner le Phou-tho-lsoung-ching-miao, au nord du château, construit en 1770 sur le modèle de celui de Botala, auquel on prétend qu'il ne cède rien en magnificence. On y voit 500 statues dorées représentant des lamas morts en odeur de sainteté et auxquels on a donné les attitudes contraintes et pénibles qu'ils s'étaient imposées pendant leur

Resserré par l'espace, nous nous bornerons à décrire quelques-unes seulement des villes les plus remarquables qu'offrent la Chine proprement dite, le Tibet, le fioutan laBoukharie et la Dzoungarie, parce qu'i nous semble que ce sont les pays qui inspirent le plus d'intérêt. Dans leur description on a suivi l'ordre adopté dans le tableau des divisions administratives , auquel nous renvoyons pour tout ce qui concerne les villes principales des autres parties de l'empire Chinois. Voyez aux pages 777 à 781.

Dans le Chen-si, nous nommerons Si-'an (Singan), située sur le Wei-ho; c'est une des plus grandes villes de la Chine. On loue surtout quatre de ses portes, qui sont magnifiques et d'une hauteur extraordinaire , ainsi que les trois ponts sur lesquels on passe la rivière. C'est une des places fortes de l'empire, et sa garnison est toujours très nombreuse. On ne sait rien de positif sur sa population , qui pourrait bien s'élever au-delà de 300,000 âmes. Nous ferons observer que cette ville possède une collection d'anciens monumens, parmi lesquels on distingue une copie authentique de l'inscription de Vu, dont l'original est gravé sur une montagne près des sources du Houang-ho ; elle est destinée à transmettre à la postérité les immenses travaux par lesquels Yu, ministre d'Yao, et après lui le fondateur de la dynastie des Hia, vers l'an 2200 avant l'ère chrétienne, ouvrit un libre cours aux eaux du fleuve Jaune et de plusieurs autres grands courans,qui auparavant inondaientla plusgrande partie du territoire chinois et le menaçaient d'une submersion totale. M. Klaproth a publié une nouvelle interprétation de ce monument, accompagnée d'un commentaire critique. C'est aussi près de Si-'an qu'en 1625 , en creusant les fondemens d'une maison, on trouva une table de marbre avec une inscription en caractères chinois, des mots syriaques et une croix gravée au-dessus. Ce monument se rapporte au christianisme introduit dans la Chine parles nestoriens venus de Perse et de Syrie l'an 635 de Jésus-Christ.

Dans le Kouang-loung, nous citerons Canton , situé entre le Tchu-kiang, nommé Tigre par les Européens, et le Pe-kiang ou Tchhing kiang, très grande ville défendue par cinq forts

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et par une muraille sur laquelle on a placé quelques canons. Comme Péking, Singan et autres villes de la Chine, elle est partagée en deux parties distinctes et séparées par une muraille ; on les nomme la Fille-Chinoise et la Ville-Tatare. Les rues de Canton sont bien alignées, pavées et ordinairement très propres, mais très étroites. Les maisons n'ont qu'un étage et sont bâties en briques; elles ont deux ou trois cours, sur lesquelles donnent les magasins et les appartemens des femmes. Toutes les rues sont bordées de boutiques; plusieurs ne sont affectées qu'à une seule espèce d'ouvriers ou de marchands. Les plus beaux édifices de Canton sont les temples, dont plusieurs sont richement ornés de statues et d'arcs de triomphe , et les maisons des Européens. Ces dernières sont toutes sur une même ligne, dans le faubourg méridional , sur le bord du Tchukiang ; on les appelle Chy-san-hang ou les treize comptoirs. Elles sont belles et construites avec goût, ce qui contraste d'une manière frappante avec celles des Chinois. Sur un espace d'environ cinq milles , le Tchu-kiang, à Canton, ressemble à une ville immense composée de navires de toute grandeur rangés en lignes parallèles , entre lesquels il ne reste qu'un passage très étroit pour les vaisseaux. Chaque propriétaire de ces embarcations qu'on porte à 10,000 y habite avec toute sa famille , qui ne vient presque jamais à terre. Il y a des auberges et des restaurans comme sur la terre ferme ; les innombrables lampes de différentes couleurs qui éclairent toutes ces barques pendant la nuit , forment un coup-d'œil magnifique. Le terrible incendie du 1" novembre 1823 a consumé 10,000 maisons et tous les comptoirs étrangers; mais cet immense désastre était déjà entièrement réparé en 1824. Nous avons vu ailleurs l'importance et l'étendue du commerce de cette ville , qui , sous ce rapport, tient une des premières places parmi les villes les plus commerçantes de l'Asie. Dans ces dernières années on y a publié deux gazettes anglaises et un almanach anglais-chinois, rempli de renseignemens utiles et pratiques. M. Gutzlaff y publie aussi depuis quelque temps un journal en chinois, quiestdéjà répandu dans les principales villes de l'empire et qui est de la plus haute importance pour la géographie de ces contrées éloignées. Sans adopter les calculs exagérés des missionnaires , qui portent la population de Canton à 1,500.000 âmes, et sans admettre les estimations évidemment trop basses de Cooketde Malte-Brun, nous croyons qu'on pourrait accorder à cette ville 500,000 habitans, sans crainte de s'éloigner beaucoup de la vérité. Dans les environs de Canton on trouve: Houang-phou (JVhampou) , avec un port, où sont les douanes pour les navires européens qui ne remontent pas le Tchukiang plus haut et restent à l'ancre. Fou-chan bourg immense , bien bâti et très industrieux , dont la population , estimée à un million par les missionnaires, ne s'élèverait qu'à 200,000 âmes selon M. Deguignes. On y fabrique une immense quantité d'étoffes de soie et de coton, et une infinité d'articles en cuivre , fer et acier ; il possède aussi de grandes raffineries de sucre et

des manufactures de porcelaine. C'est le sièg» d'un grand commerce ; il nous parait identique à la ville de Façon , visitée par le capitaine Purefoy, à laquelle ce marin n'est pas éloigné d'accorder un million d'habitans. Plus loin sur une île est Ma cao , que nous décrirons dansl'Asie Portugaise. Enfin L in-ting , entrepôt du commerce interloppe de l'opium, devenu de nos jours le principal article des importations des Européens dans la Chine.

Dans le Fo u-k tang on trouve : Fou-tcheoi , sur le Si-ho , non loin de son embouchure. C'est une des villes les plus grandes et des plus peuplées de la Chine, aussi remarquable par son grand commerce que par son industrie et par la multitude de lettrés dont elle est le séjour ordinaire. Parmi ses constructions les plus remarquables, on doit surtout mentionner le grand pont sur lequel, dans un de ses faubourgs, on passe le Tchang au-dessous de son confluent avec le Si-ho ; il est tout construit en pierres blanches, orné d'une double balustrade sur toute sa longueur, et ne compte pas moins de cent arches : c'est sans contredit un des plus grands et plus beaux ponls du monde. Siouen-tcheou , grande ville , bien bâtie, remarquable par ses beaux édifices publics, ainsi que par l'activité de son commerce. Dans ses environs, près delà ville de Ho-yang, on admire un pont qui est peut-être le pont en pierre le plus long qui existe. Le père Martini , qui l'a décrit , dit que la partie principale consiste en plus de 300 piliers. 11 n'a point d'arches. Cinq pierres , chacune de la longueur de 18 pas ordinaires , occupent l'intervalle entre chaque pilier. (1 est construit en pierres noirâtres, avec des gardefous ornés de lions de la même pierre. Humen (Amoy, Emouy) , grande ville populeuse , dont les habitans sont très adonnés au commerce et à la navigation et possèdent un grand nombre de grandes jonques ou navires chinois ; c'est le grand entrepôt commercial du Fou-kian.

Dans le The-kiang, on trouve Hang-tcheoi;, sur le Thsian-thang et sur le lac Si-hou , ville très grande, très commerçante et industrieuse, avec des fortifications, une nombreuse garnison, un port et peut-être 600 à 700,000 habitans. Ses rues sont larges et pavées. Parmi ses monumens , ou remarque quatre grandes tours à neuf étages . et plusieurs arcs de triomphe. Nous rappellerons que cette ville est la fameuse Kinzaï (King szu) de Marco-Polo , la capitale de l'empire des Song ou de la Chine-Méridionale. A quelques milles à l'est était la ville de Canfou du même voyageur , où les Arabes faisaient un commerce maritime très considérable dans le ix* siècle. Robertson et d'autres ont conjecturé qu'il s'agissait de la ville de Canton ; mais M. Klaproth a dé montré la véritable position de Canfou. Son port est comblé et la ville n'existe plus. Dans le lac Sihou, qui s'étend à l'ouest de la ville, il y a trois îlots sur lesquels s'élèvent des temples, des arcs de triomphe, des maisons de plaisance et un palais de l'empereur. Ningpo , ville grande et populeuse que MM.'Marsden et Zurla ont cru à tort correspondre au Canfou de Marco-Polo, qui était situé à l'embouchure du Thsiang-lhang

EMPIRE CHINOIS

kiangoudu fleuve Tche-kiang. Ningpo a pris sa place. Ce port a le privilège de faire le commerce avec le Japon.

Dans le Kiang-sou, nous nommerons : Kiangning, appelé autrefois Nàn-king, parce qu'elle était la résidence méridionale des empereurs des Ming. Cette ville immense est située sur la rive méridionale du Kiang ; elle est encore plus grande que Péking, mais plus d'un tiers offre des ruines, des jardins et même des champs labourés. Le beau palais des empereurs, dont elle était la-résidence, a été brûlé en 1645 parles Mandchoux. Parmi les édifices qui restent encore à Kiangning, on doit citer le Pao-ngen-lsé ou \e temple de la reconnaissance, élevé dans le xive siècle par l'empereur Young-lo ; c'est , avec le monastère qui en dépend , un des plus beaux bàtimens de la Chine , surtout par sa fameuse tour, décrite par tous les voyageurs. Cette dernière est un édifice isolé , octogone , de 40 pieds de diamètre à sa base, et de 200 de hauteur totale. Elle a neuf étages, chacun séparé par un toit élégant I à huit côtés , et qui semble sortir du mur. A chacun de leurs angles pend une clochette de cuivre \ Au sommet s'élève un mat haut de 30 pieds, au- \ tour duquel , comme dans les temples des Bir- < mans , règne en spirale un cercle de fer. Ce • t mât est couronné par une sorte de pomme de pin de cuivre doré, que les Chinois prétendent être d'or massif. Au milieu du rez-de-chaus- ; » sée, et sous un dôme en cuivre, est une grande idole dorée. Dans chacun des autres étages on trouve également une statue dorée avec d'autres petites sculptées sur les murs et dorées aussi. Le '■ \ plancher d'en haut est orné de peintures. L'exté- > î rieur de la tour est revêtu de briques ou d'une >% espèce de faïence vernissée bleue , verte et jaune, b que le vulgaire prend pour de la porcelaine. Les if tuiles de chaque toit sont d'une de ces couleurs » et vernies aussi. Son commerce et son industrie sont très grands, et l'on pourrait porter encore sa population à environ 500,000 âmes. Kiang-ning t passe pour la ville savante de la Chine; du moins les bibliothèques et les savans paraissent y être , I plus nombreux que dans la plupart des autres ■k S villes.

L'antiquité et l'importance de la littérature chinoise nous engagent à nous écarter de notre plan pour offrir à nos lecteurs un exposé succinct de l'état des belles-lettres , des sciences et des beaux-arts dans cette contrée célèbre; et afin de réfuter par des faits positifs une foule de préjugés les uns trop favorables , les autres trop désavantageux aux Chinois. « La littérature chinoise, dit M. Abel Remusat, est incontestablement la première de l'Asie, par le nombre, l'importance et l'authenticité des monumens. Les ouvrages classiques qu'on nomme King , remontent à une époque très ancienne. Les philosophes de l'école de Confucius en ont fait la base de leurs travaux sur la morale et la politique. L'histoire a toujours été l'objetde l'attention des Chinois , et leurs annales forment le corps le plus complet et le mieux suivi qui existe dans aucune langue. L'usage des concours a donné un grand essor à l'éloquence

politique et philosophique. L'histoire littéraire, la critique des textes et la biographie sont le sujet d'une foule d'ouvrages remarquables par l'ordre et la régularité qui y sont observés. On possède beaucoup de traductions de livres sanscrits sur la religion et la métaphysique. Les lettrés cultivent la poésie , qui est assujétie chez eux au double joug de la mesure et de la rime; ils ont des poèmes lyriques et narratifs, et surtout des poèmes descriptifs , des pièces de théâtre , des romans de mœurs , des romans où le merveilleux est mis en usage. On a composé en outre un très grand nombre de recueils spéciaux et généraux, des bibliothèques et des encyclopédies , et dans le dernier siècle on avait commencé l'impression d'une collection d'ouvrages choisis en 180,000 volumes. Les notes, les gloses, les commentaires, les catalogues, les index, les extraits par ordre de matières , aident à trouver avec facilité les objets que l'on recherche. Les Chinois ontd'excellens dictionnaires où tous les signes de leur écriture et tous les mots de leur langue sont expliqué» avec le plus grand soin et dans un ordre très régulier. Les livres sont imprimés sur papier de soie; et comme ce papier est extrêmement fin, on est obligé de n'imprimer que d'un seul côté; les parties en sont classées, numérotées et paginées; enfin , il n'y a pas, même en Europe, de nation chez laquelle on trouve tant de livres, ni de livres si bien faits, si commodes à consulter et à si bas prix. »

La géographie a été cultivée par les Chinois depuis la plus haute antiquité; ce que prouve la description de l'empire donnée par le Chou-king cinq siècles avant notre ère; mais leurs cartes, estimables à certains égards , n'étaient point graduées. Lesjésuites ont levé une nouvelle carte de l'empire par ordre de l'empereur Kang-hi, de 1707 à 1715 ; une nouvelle édition perfectionnée en 104 feuilles fut publiée en 1760 par ordre de l'empereur Khian-loung, sous la direction des missionnaires. La géographie impériale forme 260 volumes in-4° avec des plans et des cartes ; elle embrasse tout : topographie, hydrographie, description des monumens, des antiquités, des curiosités naturelles, l'industrie , les productions , le commerce, l'agriculture , le gouvernement, la population, l'histoire générale, la biographie et la bibliographie. L'astronomie a toujoursété en honneur à la Chine ; mais elle n'y a jamais fait que des progrès médiocres. Les connaissances des Chinois en mathématiques paraissent être très bornées-, ils emploient le système décimal, et ils exécutent rapidement toules les opérations d'arithmétique avec une machine , dont l'usage a passé en Russie et en Pologne. La théorie de leur tactique est savamment combinée et a fixé même l'attention de quelques généraux de l'école du grand Frédéric ; mais leur artillerie est très mauvaise ; leurs fusi's ne sont pas meilleurs et leur poudre ne vaut rien. Cependant ils en ont connu la fabrication longtemps avani nous , de même que l'art de faire des feux d'artifices d'un effet surprenant. La médecine des Chinois est mêlée de pratiques superstitieuses et fondée sur une théorie absolument imaginaire; leur pharmacopée est assez riche;

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et ils ont de bons livres d'histoire naturelle médicale , accompagnés de planches qui peuvent nous être très utiles; les médecins seuls, comme chez nous dans le moyen âge, cultivent l'histoire naturelle. Les arts du dessin sont imparfaitement cultivés par les Chinois-, ils n'emploient pas la perspective; ils ne peignent très bien que les plantes, les fleurs, les maisons, les bateaux, en un mot que la nature inanimée. Leur sculpture ne se distingue que par un fini précieux ; ils exécutent sur le bois des gravures en relief d'une finesse remarquable. Leur architecture n'est dépourvue ni de grandeur ni d'élégance ; d'ailleurs l'ordre et les belles couleurs dont ils ornent leurs édifices produisent un effet séduisant. La magnificence, exclue des constructions particulières, est réservée pour les monumens publics , tels que les palais de l'empereur, les temples , les tours , les arcs de triomphe, les remparts et les portes des villes. Les ponts , les canaux, les quais, et surtout les digues qui retiennent les eaux du fleuve Jaune , offrent les résultats d'une industrie perfectionnée et appliquée à de grands objets d'utilité. Nous avons déjà fait connaître le mérite de leurs jardins. La musique chinoise, fondée sur un système très compliqué, manque, au jugement des Européens, d'harmonie et de mélodie. Ce que nous avons dit à l'article industrie complétera ce court aperçu de la civilisation des Chinois.

Sou-tcheou, sur le canal Impérial et près du lac Tai-hou , ville très grande et une des plus florissantes de toute la Chine. Quelques géographes la regardent comme la capitale du Kiang-sou. Elle est traversée par plusieurs canaux sur lesquels s'élèvent des ponts magnifiques. Outre plusieurs beaux temples, on y remarque une tour de sept étages, et un grand nombre d'arcs de triomphe, parmi lesquels se trouve le monument de Pong-hou. Mais ce qu'on doit y admirer surtout, c'est la partie du canal impérial qui passe par cette ville. Cet ouvrage immense , le plus grand dans son genre qui existe , n'a pas moins de 600 milles. Moyennant plusieurs fleuves navigables, il forme une ligne de navigation intérieure qui va de Péking à Canton, et qui n'est interrompue que par un seul portage à travers les montagnes Nanling. Huttner dit que Sou-tcheou est l'école des plus habiles comédiens , des meilleurs danseurs de corde et joueurs de gobelets; la patrie des femmes à la plus jolie taille et aux plus petits pieds; la législatrice du goût chinois, de la mode et du langage, et le rendez-vous des plus riches oisifs de la Chine. On ne sait rien sur le nombre de ses habitans ; nous penchons à croire qu'il pourrait bien s'élever de 500,000 à 600,000. Sur la route de Péking à Sou-tcheou l'empereur a 72 palais ; la plupart ne sont que des pied-à-terre; mais plusieurs se distinguent par leur grandeur et leurs ornemens. Chàng-haï (Chang-haï-hien), très grande ville, avec un bon port, située à l'embouchure du Wusing, et communiquant par les canaux de son voisinage avec tous les fleuves de l'empire , ce qui l'a rendue la première place commerçante de la Chine. La quantité de jonques , de maga-

sins près desquels les plus grands navires sont chargés et déchargés, les vastes chantiers, la foule immense de peuple qui remplit ses rues, signalent sa richesse et son importance commer ciale augmentée par le voisinage des villes immenses de Hang-tcheou , de Sou-tcheou et de Nan-king.

Dans YIIo -nan , on trouve: Khaï-fung, sur une branche du Hoang-ho , dans une situation si basse que le niveau des eaux du fleuve est presque de deux pieds plus élevé que la ville. Cette circonstance l'expose à de grands dangers , malgré les digues construites pour parer aux inondations. Les historiens chinois rapportent qu'en 1642, l'empereur ayant ordonné de percer une digue pour faire périr un rebelle qui s'était retranché dans Khaï-fung , 300,000 de ses habitans périrent submergés. Depuis ce désastre elle n':> pas encore pu se relever entièrement. C'est dans cette ville que se trouve le principal temple de la colonie juive qui s'établit en Chine environ 200 ans avant l'ère chrétienne.

Dans le Hou-pe, on trouve Wou-tchhanc , sur le Kiang. C'est une des plus grandes villes de la Chine , que les missionnaires comparent à Parispourl'élendue, et dont la population pour rait bien s'élever à 400,000 âmes. Le fleuve est tellement large et profond à Wou-tchhang qu'il y forme un vaste port , presque toujours rempli d'un grand nombre de grosses barques employées à transporter une immense quantité de marchandises et de denrées dont cette ville est l'entrepôt. Houang-tcheou , sur le Kiang, une des villes les plus riches, les plus industrieuses , les plus commerçantes et les plus peuplées de la Chine. Sa population s'élève probablement audessus de 200,000 âmes.

DansleX iang-si, nousciterons Nan-tchhang, sur le Kan-kiang, très grande ville, centre du commerce de la porcelaine qu'on fabrique dans cette province. On y fait aussi un grand commerce de soies et de fourrures, et on y fabrique une immense quantité d'idoles. On ne s'éloignerait peut-être pas trop de la vérité en évaluant à 300,000 âmes la population de cette ville. Kingte-tchin} sur le Po , bourg immense auquel les missionnaires accordent 1,000,000 d'habitans ; mais dont la population probablement n'arrive pas à la moitié de ce nombre. C'est la plus grande fabrique de porcelaine du monde ; elle n'entretient pas moins de 500 fourneaux.

Dans le Hou-nan , on trouve : Yo-tcheoc , sur le lac Thoung-lhing à l'endroit où il se décharge dans le Kiang. Elle fait un commerce immense de transit, et sa population s'élève peutêtre à 200,000 âmes. Au-dessus des eaux du lac ïhoung-thing s'élèvent plusieurs îles très peuplées et sur lesquelles se trouvent des monastères de bonzes. Parmi ces îles, il y en a quelques-unes qui sont flottantes , comme celles du lac de Mexico et d'autres lacs.

Dans le C hing-king, nous nommerons au moins : Kaï-tcheou , grande ville et marché principal de cette province ; on calcule que son port reçoit annuellement près de 2000 jonques ou navires chinois.

EMPIRE CHINOIS

Dans le Tibet, nous nommerons : H'lassa (Las sa), située sur un affluent du Zzangbo-tchou, assez grande ville , 'bien bâtie , avec des maisons de deux à trois étages. Elle est la capitale du Tibet , le siège du Dalaï-lama et la résidence ordinaire du tazirij ou résident chinois , qui est en réalité un vice-roi. Le vaste et magnifique temple qui s'élève au milieu de la ville et qui est formé par l'assemblage de plusieurs bâtimens , et l'immense bazar qui en l'ait le tour, sont les édifices les plus remarquables de cette ville , dont la population permanente, selon un missionnaire qui l'a visitée au commencement du xvme siècle , s'élevait alors à 80,000 âmes, nombre qui apparemment, par une erreur typographique , a été changé en 30,000 dans les anciennes Annales des Voyages. La population flottante y est toujours très grande, à cause des nombreux pèlerins qui , des parties les plus éloignées de l'Asie , viennent visiter ce sanctuaire du lamisme. Tout près de Lassa se trouve Botala ou Polala, magnifique couvent construit sur la petite montagne du Marbouri. C'est la résidence ordinaire du dalaï-lama pendant l'été. Son temple est regardé comme le plus beau de tout le Tibet. 11 a environ 312 pieds de hauteur, et son toit est doré en entier. Les bâtimens qui l'entourent contiennent plus de 10,000 chambres ou cellules. Les tours ou obélisques , revêtus d'or et d'argent, ainsi que les statues de Bouddha , faites de ces métaux et de bronze , y sont sans nombre. Suivant la tradition du pays, ce magnifique édifice a été élevé de C26 à 649 de notre ère, par le dzanpou, ou roi des Thoupho. Dans ses environs immédiats on admire les quatre célèbres temples de B hraeboung , de Sera, de Ghaldan et de Samie; on les regarde comme les plus grands du Tibet; ils sont aussi les hautes écoles ou les universités de la théologie bouddhique, et ils possèdent des typographies. Celui de Braeboung (Brœpoung-ghong-p a) est desservi par plus de 5000 lamas; autrefois il en comptait 10,000.

Jigagounggar , prèsde la rive droite du Zzangbo-tchou ou Iraouaddy. Quoique cette ville ne soit pas marquée sur nos cartes ni décrite dans nos géographies, elle n'en est pas moins très importante. M. Klaproth, d'après les auteurs chinois, kii accorde 20,000 maisons, en faisant observer que c'est la plus grande ville du Tibet. Jikadze, non loin de la rive droite du Zzangbo-tchou, assez grande ville, à laquelle M. Klaproth accorde 23,000 familles et 5300 hommes de garnison. C'est la capitale du territoire soumis au Bantchanlama, ou Bogdo-lama. Tout près, vers l'ouest, se trouve Djachi-loumbo , couvent magnifique où réside ce pontife. On y compte plus de 3000 chambres ou cellules. On y voit un grand nombre ^obélisques couverts d'or et d'argent et beaucoup de statues de Bouddha en or, en argent et en bronze. Plus de 3500 lamas y font le service.

Bhalm (Baïdi) , petite ville , près du lac Yamthso, dit aussi Palté , remarquable par un couvent célèbre bâti sur une de ses îles. C'est la résidence de la divinité femelle appelée Dordjipamo, ou la sainte mère de la truie. Les

Hindous et les habitans du Népal, ainsi que les Tibétains, la révèrent comme une incarnation de Bhavani. Elle ne sort de son habitation et de sonile, pour se rendre à Lassa, qu'en grandi; pompe. Pendant tout le voyage, on porte devant elle des encensoirs -, elle est assise sur un trône couvert d'une vaste ombrelle. Tout le monde s'empresse de recevoir sa bénédiction , qu'elle donne en faisant baiser son sceau. Les couvens des îles du lac, habités par des moines et par des religieux, se trouvent sous sa direction. La prétendue civilisation que Bailli et d'autres écrivains ont cru avoir existé dès les temps les plus reculés dans cette partie de l'Asie, regardée par eux comme le berceau du genre humain, et à laquelle le christianisme lui-même aurait emprunté une partie de ses dogmes et de son culte, nous engage à reproduire ici le résultat des recherches d'un savant philologue qui a réduit de pareilles chimères à leur juste valeur. L'opinion de Bailli était fondée sur des relations inexactes et sur des analogies dont l'examen impartial a fa t tirer des conséquences diamétralement opposées. Plus tard de nouveaux faits publiés par M. Klaproth sont venus confirmer les raisonnemens du philologue français.

« 11 n'est personne, dit M. Abel Remusat, qui n'ait été frappé de la ressemblance surprenante qui existe entre les institutions, les pratiques et les cérémonies qui constituent la forme extérieure du culte du grand-lama , et celle de l'église Romaine. Chez lesTartares, en effet, on retrouve un pontife, des patriarches chargés du gouvernement spirituel des provinces , un conseil de lamas supérieurs, qui se réunissent en conclave pour élire un pontife, et dont les insignes même ressemblent à ceux de nos cardinaux ; des couvens de moines et de religieuses, des prières pour les morts , la confession auriculaire , l'intercession des saints, le jeûne , le baisement des pieds , les litanies-, les processions , l'eau lustrale. Tous ces rapports embarrassent peu ceux qui sont persuadés que le christianisme a été autrefois répandu dans la Tartane ; il leur semble évident que les institutions des lamas, qui ne remontent pas audelà du xme siècle de notre ère, ont été calquées sur les nôtres. L'explication est un peu plus difficile dans le système contraire , parce qu'il faudrait avant tout prouver la haute antiquité du pontificat et des pratiques lamaïques. Ainsi donc, l»our offrir en peu de mots le précis de ce que les traditions des Chinois , d'accord avec la considération de la langue, nous apprennent sur le Tibet , nous dirons que cette contrée montueuse , froide, stérile , a été habitée par des tribus sauvages qui , par la férocité de leurs mœurs , leur ignorance , la simplicité de leur culte, la rudesse de leuridiome, ont conservé long-temps et conservent encore en partie les traces de leur état primitif. Des colonies venues du midi de la Chine , à une très haute antiquité, se sont mêlées aux naturels du pays. Vers l'époque de notre ère , les religieux del'Hindoustan ont porté leur cul te et leur littérature dans quelques monastères qu'ils fondèrent en divers endroits de laTartarie et du Tibet. La conversion des Tibétains ne fut complète qu« vers le vi' siècle de

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notre ère, où il paraîtqu'on doitplacerla fondation «Je Lassa. Les lamas prirent alors une autorité qui jillaen croissant jusqu'à la conquête des Mongols, « tse changea enfin en une domination absolue. La littérature bouddhique s'enrichitpar la traduction des ouvrages sanscrits; mais la langue tibétaine conserva toujours les formes agrestes que durent lui imprimer les premiers hommes qui en lirent usage. Un idiome barbare, une orthographe irrégulière , un système grammatical des plus imparfaits , une littérature d'emprunt , une religion t ! ansplantée de l'Hindoustan au Tibet, à une époque peu reculée . voilà tout ce qu'on trouve dans ces montagnes sauvages, dont les habitans ne paraissent devoir justifier, sous aucun rapport , la haute attente qu'en ont conçue des écrivains ingénieux, mais peu versés dans les antiquités de l'Asie-Orientale. Il faut surtout renoncer à placer dans le Tibet le berceau du genre humain , à en faire descendre les religions de l'Hindoustan, à y voir les plus proches héritiers du peuple primitif, à y trouver des traditions antérieures à l'histoire et à y découvrir des monumens des siècles qui ont suivi le dernier cataclysme. Plus on étudiera lesTibetains, et plus on demeurera convaincu qu'ils sont comme les autres Tartares, et qu'ils ont toujours été des pasteurs très ignorans , dont Jes missionnaires hindous ont été , depuis quelques siècles seulement, les instituteurs en civilisation, en morale et en littérature , et qui n'ont lait encore que des progrès très médiocres. » Dons le Boutan, nous décrirons au moins Tassisudon, qui en est la capitale. C'est une très petite ville située sur le Tchint-siou. Ce n'est, à proprement parler, qu'un château très élevé, à sept étages; dans le quatrième demeure le daebradja , qui est le prince séculier du pays ou le vicaire du pontife ; et au septième loge le dharmaradja, ou le pontife souverain , regardé comme une incarnation de Mahomoni. Un vaste baldaquin doré couvre le temple, qui est magnifique. Dans les environs de Tassisudon on trouve : Pannukka , petite ville importante par la douceur de son climat, qui lui mérita d'être choisie

pour résidence d'hiver du dharma-radja et de son vicaire ; son château est plus grand et plus richement décoré que celui de Tassisudon. Ph a ri avec un couvent célèbre, où réside un lama dépendant du dharma-radja ; c'est une forteresse importante par sa situation dans une gorge ; dans son voisinage , au nord-est, s'élève le Tchamalouri, une des plus hautes montagnes du monde.

Dans le T hian-chan-nan-lou (Petite-Boukharie) , on trouve : Yarkand , sur le Yarkanddaria , grande ville à laquelle on accorde 12,000 maisons. Elle est bâtie au milieu d'un territoire aussi fertile que bien cultivé. Son industrie et son commerce la rendent très florissante et y attirent un grand nombre de Chinois . d'Hindous et de Boukharesdes provinces les plus éloignées delà Chine, de l'Inde et du Turkestan. On vante beaucoup son bazar, qui est d'une étendue extraordinaire. C'est sur son territoire qu'on ramasse cette immense quantité de jade , qui annuellement est envoyé à la cour de Péking et qui a de tout temps été si célèbre en Chine sous le nom de pierre de Yu; c'est avec cette substance , dit M. Abel Remusat , que sont faits la plupart des vases et des objets d'ornemens usités chez les Chinois. Kachkak , sur la rivière du même nom , ville riche et florissante par son industrie et son commerce. On lui accorde plus de 40,000 habitans ; neuf villes en dépendent. Elle est défendue par une citadelle occupée par une nombreuse garnison chinoise. Dans la Dzoungarie , on trouve Gouldja, sur nii, grande ville à laquelle M. Poutimstef accorde 10,000 maisons. C'est le grand entrepôt du commerce de l'Asie centrale avec ses extrémités occidentale et orientale. On peut regarder cette ville non-seulement comme la capitale de la Dzoungarie, mais aussi comme le chef-lieu de tous les pays de la Nouvelle Frontière, puisqu'elle est le siège du général en chef chinois, dont relèvent les généraux des Solon , des Sibe, des Tsakharet des Oelet, ainsi que les commandans des villes de Yarkand . de Kachkar et autres de la Petite Boukharie.

position astronomique, Longitude orientale , entre 126° et 148°. Latitude entre 29° et 47°.

çonfins. Au nord , la partie indépendante de l'île Tarrakai (Sakhalian) , et les Iles Kouriles dépendantes de l'empire Russe. A Y est, le Grand-Océan. Au sud, ce même Océan , la mer orientale ou le Thoung-haï des Chinois. A Y ouest , le canal occidental de la Corée, la mer du Japon et sa branche nommée Manche de Tartarie.

fleuves. Un empire composé d'Iles ne peut avoir nécessairement de très grands fleuves. Aussi est-ce seulement dans l'île de Niphon, qui est la plus grande, qu'on trouve les courans les plus considérables de cet état. Ils se rendent tous, comme ceux des autres îles , dans les mers qui, environnent cet empire. Parmi le grand nombre de fleuves qui l'arrosent nous nous bornerons à citer les suivans , qui tous appartiennent à l'île de Niphon.

Le Yodo-gawa, sort du lac Birwano oumi, passe

EMPIRE JAPONAIS

par la ville de Yodoà laquelle il donne son nom, et devant Osaka ; il se jette ensuite dans le golfe de ci*tte dernière ville.

Le Tenriou-cawa (le fleuve du dragon céleste) sort du lac de Sou wa, dans la province de Sinano, entre dans celle deTootomi et s'y jette dans la mer par trois embouchures. 11 est très large et son courant fort rapide. A la page 645, nous avons signalé l'erreur de M. Arrowsmith , relativement au prétendu canal navigable qui joint ce fleuve aux mers du Japon.

L'Ara-gawa a ses sources sur la haute montagne tle Fosio-daké , située entre les provinces de Kootsouke et de Mousasi. 11 se divise bientôt en deux bras, dont l'occidental , nommé Toda-gawa, se jette à l'orient de Yedo , dans le golfe de cette ville arrosée par plusieurs bras et canaux dérivés du Toda-gawa. Sur un de ces derniers est le fameux pont Niphon bas, ou Pont-du-Japon , duquel on compte toutes les distances de cet empire. L'autre bras de l'Ara-gawa se jette dans le grand fleuve Tone-gawa.

Le Tone-gawa est formé dans le Kootsouke par la réunion de plusieurs grandes rivières. 11 se décharge par un bras dans le golfe de Yedo , et par l'autre dans le grand lac Kasmiga-oura, dont les eaux communiquent avec l'Océan oriental , parle large écoulement appelé Sara-gawa. Ce lac, situé dans la province de Fitats, est alimenté par un grand nombre de fortes rivières venant des montagnes du Moûts , du Simotsouke et du Fitats.

L'Iko-gawa a ses sources sur le montSan-ô-toké, à la frontière du Sinano et du Moûts ; il traverse une partie de cette dernière province , y reçoit à la gauche le Datami, et à la droite les eaux du lac salé d'inaba. Entré dans Yetsingo, il prend le nom de Tsov-gawa-, il se partage ensuite en deux branches dont l'une entre dans l'esterre de Niegaldj et l'autre (l'orientale) dans celui de Foukousima-gala.

religion. Il y a dans le Japon deux religions principales. La première, appelée Sinto ou Siksiou, est la plus ancienne et la religion primitive de cetEmpire. Elle est basée sur le culte des génies ou des divinités qui président à toutes les choses visibles et invisibles ; on les nomme Sin ou Kami. Le dain, ou empereur du Japon, dont la famille est regardée comme descendant des anciennes divinités qui ont régné dans le pays, était dans l'origine le chef de cette religion , qui révère avant tout autre être divin , Ten-sio-daï-sin , déesse qui passe pour la première souche de la famille impériale et dont le temple principal est situé dans la province d'ize. Le frère de cette déesse est le dieu de la guerre Falsman, qu'on appelle ordinairement Ousa-Fatsman , parce que son principal temple est à Ousa dans la province de Bounzen. De toutes les divinités

japonaises, Fatsman prend le plus de part au sort de l'empire , et l'empereur lui envoie fréquemment des ambassades pour leeonsu'.ler dans desaffaires importantes. La souche de la famille céleste des daïris est impérissable, car le peuple croit que, quand un daïri n'a pas d'enfant, le ciel même lui en procure. Encore aujourd'hui quand un empereur du Japon est sans successeur, il en trouve un sous un arbre de son palais ; c'est un enfant choisi en secret par lui, dans une famille iliusln* de l'empire et qu'on y a déposé. L'aine des daïris, ainsi que celles des autres hommes, sont immortelles, car lessinlos admettent une existence après la mort.

Toutes les âmes sont jugées par des juges célestes ; celles des hommes vertueux entrent dans le Taka-ama-ka-wava ou le plateau élevé du ciel , où elles deviennent kami ou génies bien faisans , tandis que celles des méchans partent pour l'enfer Ne-no-kounij ou le royaume des racines. Pour honorer ici-bas les kami, on leur élève âesmiya ou temples de différentes grandeurs construits en bois. Au milieu est placé le symbole de la divinité, consistant en bandes de papier attachées à des bâtons du bois de l'arbre fmoki (thuya japonica). Ces symboles, nommés gofeï, se trouvent dans toutes les maisons japonaises, où on les conserve dans de petits miya. A chaque côté de ces chapelles sont placés des pots à fleurs avec des branches vertes de l'arbre sakahi (cleyeria kaempferiana ) , souvent aussi de myrtes ou de sapins ; puis deux lampes, une tasse de thé et plusieurs vases remplis de saki ou vin japonais.

C'est devant ces chapelles que les Japonais adressent le matin et ie soir leurs prières aux kamis. Les miya ou temples, quoiqu'en eux-mêmes fort simples, forment souvent , avec les habitations des prêtres et autres maisons, des édifices très vastes et très étendus auxquels donnent entrée des portails magnifiques , nommés fori-i , ou lieux destinés aux oiseaux.

Devant tous les temples sont placés les deux chiens Koma-inou, et devant celui de la déesse Ten-sio-daï-sin , ses deux compagnons qui étaient avec elle pendant sa marche de Fiouga à Idzoumo. On adresse journellement ou à de certaines époques, des prières et des sacrifices au fondateur de l'empire, aux bons empereurs et autres personnages qui ont bien

ASIE

mérité de la patrie, et dont les âmes sont devenues kami. On célèbre aussi leurs fêtes appelées matsouri. Cependant aucun homme ne peut s'adresser directement à la Ten-sio-daï-sin ; il doit lui faire parvenir ses prières par l'entremise des Siou-go-zin, ou divinités tutélaires ou protectrices. A cette classe appartiennent tous les autres kamis; et comme souvent des animaux servent aux kamis, iî yen a aussi qu'on révère comme divinités protectrices , principalement le renard (inari). Cet animal est en général fort honoré par les Japonais, qui le consultent dans toutes les affaires épineuses. Les sacrifices qu'on offre aux kamis, principalement au commencement et à la fin de chaque mois , se composent de divers comestibles, comme riz, gâteaux, poissons, œufs, etc. Il n'est pas défendu aux sectateurs du Sinto de tuer des êtres vivans; leurs prêtres laissent croitre leurs cheveux comme les laïques , et peuvent se marier. On enterre les morts dans une bière qui a la forme d'un miya. Anciennement, au décès des grands, on enterrait avec eux vivans un certain nombre de leurs serviteurs et amis. Dans les temps postérieurs ces personnes s'ouvraient le ventre à cette occasion. Cet usage fut déjà défendu en l'an 3 de .lésus-Christ, mais il s'était encore conservé jusqu'au temps de Taïko, vers la fin du xvie siècle ; cépendant on remplaçait aussi les hommes vivans par des statues en terre glaise , qu'on trouve encore souvent aujourd'hui clans la terre.

La seconde religion du Japon, et à présent la plus répandue, est le Bouddhissie (JBoutsdo); elle y fut apportée de la Corée en 543 de notre ère et se répandit bientôt partout. Celte croyance se divise au Japon en huit sectes principales, dont les prêtres inondent le pays. Actuellement la religion de Bouddha est tellement confondue avec celle de Sinto au Japon , que beaucoup de temples de l'une servent en même temps aux sectateurs de l'autre, et qu'on y trouve à côté des anciens kamis japonais les images des divinités bouddhiques. Il existe encore au Japon une secte de prêtres appelés Yama-bous , c'est-à-dire retirés dans les montagnes.

Ce sont proprement des espèces d'enchanteurs , qui dérivent des sectes bouddhiques appelées Ten-daï et Singon. Les Yama-bous ressemblent pour l'extérieur

aux prêtres de ces sectes, mais ils se distinguent de tous les autres religieux de Bouddha, parce qu'ils mangent de la viande et se marient , deux choses qui sont sévèrement défendues aux autres.

Le Siouto ou la doctrine de Confucius est la troisième croyance qui règne au Japon ; elle a été importée de la Chine quelques siècles après le Bouddhisme ; les Japonais qui professent ses dogmes sans aucun mélange sont très peu nombreux.

La croyance des Aïnos dans Ieso, dans Tarrakaï et dans les Kouriles pourrait être regardée comme une espèce de dualisme ; mais ces peuplades superstitieuses et abruties n'ont ni temples , ni prêtres, ni même d'enchanteurs.

gouvernement. Nous avons vu que le daïri était l'empereur légitime du Japon ; mais sa puissance fut ébranlée en 1158 , époque à laquelle le koubo , dit aussi seogoun (général en chef des armées), profitant des troubles de l'empire, s'empara d'une portion du pouvoir souverain.

Depuis 1585, le seogoun possédant seul la puissance civile , on peut regarder le gouvernement du Japon comme une monarchie héréditaire absolue, soutenue par une foule de damios (princes héréditaires), dont la jalousie mutuelle et les otages qu'ils livrent garantissent la soumission au pouvoir suprême; chaque prince dispose des revenus de son fief ou de son gouvernement ; ils lui servent à défrayer sa cour, à entretenir une force militaire, à réparer les routes et à subvenir à toutes les dépenses de l'état civil. Ces damios ne jouissent pas tous des mêmes privilèges, et plusieurs sont dans une très grande dépendance du seogoun ; ces derniers sont non-seulement forcés de laisser leurs familles dans la capitale, mais encore d'y résider six mois de l'année. Quant au koubo ou seogoun, il ne laisse au daïri que le titre d'empereur, mais se reconnaît toujours , pour la forme, comme son premier sujet et lui donne des marques de respect et même de déférence, car il reçoit de lui des titres honorifiques, et c'est du daïri que les grands de l'empire les obtiennent. Le daïri, dont le véritable titre, selon M. Siebold, est mikado, vit renfermé à Miyako (c'est-à-dire la capitale), dans un palais magnifique, d'où il ne sort que pour se rendre à quelques-uns des principaux temples de- l'empire. Il a douze femmes ; il est entouré

EMPIRE JAPONAIS

d'une cour nombreuse et sa personne est sacrée. Le seogoun entretient auprès de lui une garde et un gouverneur , et, tous les ans , lui envoie une ambassade chargée de lui offrir de riches présens. Le seogoun réside à Yedo.

industrie. Les Japonais, dit M. Klaproth, reçurent la civilisation et la littérature chinoises , par la Corée , car leurs premiers instituteurs dans les arts et les sciences furent les Coréens, par lesquels ils reçurent aussi le Bouddhisme. L'usage du papier, qu'on fabrique au Japon avec l'écorce du morus papyrifera , ainsi qu'avec les filamens d'un grand nombre de plantes et d'arbrisseaux , date du commencement du vn« siècle. L'art de l'imprimerie y fut introduit vers l'an 1206, époque à laquelle on commença à imprimer les livres de la religion de Bouddha avec des planches gravées en bois , le système de l'écriture des Japonais et des Chinois ne permettant pas de se servir de caractères mobiles. C'est à Miyako , Yedo , Osaka et Ovvari qu'existent leurs grandes typographies et leurs meilleurs graveurs. M. Siebold porte de 5 à 8000 le nombre de petits volumes , de planches, de cartes géographiques , etc. , qu'on y imprime annuellement. Nous ajouterons avec ce savant voyageur, que les princes de Satsuma et de Kiisja possèdent de grandes collections de liyres, et que celle du dernier renferme entre autres un ouvrage manuscrit moderne sur l'histoire naturelle de tout l'empire, tellement détaillée, que les seules planches qui en dépendent forment 800 volumes in-s° ; elles représentent une infinité d'objets différens, sont coloriées, et ont été exécutées par les meilleurs artistes du Japon. M. Titsingh cite divers traités de botanique avec des planches gravées en bois ou peintes avec beaucoup de soin, surtout un recueil in-tfolio contenant 77 planches si bien dessinées et peintes avec une telle perfection, qu'aucun objet venu de l'Asie ne peut, de l'avis de M. Abel Bemusat, donner une idée si favorable de l'état des arts dans cette partie du monde. On doit aussi mentionner un traité de botanique en 8 volumes contenant environ 200 planches très bien gravées en bois d'après des dessins très exacts ; cet ouvrage est dans son genre une sorte de chef-d'œuvre. Les Japonais ne représentent pas avec moins

de fidélité les autres objets d'histoire naturelle. On doit ajouter que les Japonais ne partagent point l'orgueil déraisonnable des Chinois , qui méprisent toutes les connaissances qui ne sont pas nées chez eux. Ce peuple adopte avec une sorte d'avidité les arts et les sciences de l'Europe; mais malheureusement le gouvernement ne favorise ces dispositions qu'avec une extrême réserve. Les grands de l'empire savent le hollandais, l'écrivent et lisent beaucoup dans cette langue; ils lisent aussi les gazettes hollandaises , qui les tiennent au courant des évènemens qui arrivent dans l'Occident.

Les Japonais ont adopté la méthode de graduation et de projection des cartes européennes, et depuis quelques années ils font passer par Miyako leur premier méridien. La nouvelleédition de la carte générale de l'empire, publiée en 1744, a été surpassée par une nouvelle carte levée par ordre de l'empereur, d'après les méthodes pratiquées en Europe.

M. Titsingh avait apporté deux séries de vues prises le long de la route entre Yedo et Nangasaki, sur deux rouleaux, l'un de 29 pieds , l'autre de 46 pieds de long ; tous les objets remarquables y étaient représentés. A côté de ces faits qui déjà donnent une idée avantageuse de la civilisation japonaise, nous devons ajouter qu'au Japon l'éducation des femmes .est très soignée etpresqu'à l'égal de celle des hommes ; qu'à l'exception des femmes des grands , elles jouissent de la même liberté qu'en Europe, et que sur la scène elles remplissent le rôle destiné à leur sexe, ce qui est sans exemple en Asie; c'est peut-être en grande partie le résultat de l'usage où sont la plupart des Japonais de n'épouser qu'une femme. Ce peuple rivalise avec les Chinois et les Hindous sous le rapport de l'industrie ; il possède d'excellens ouvriers en cuivre , en fer et en acier; ses sabres ne sont inférieurs qu'à ceux du Khorassan. Plusieurs arts, tels que la fabrique des étoffes de soie et de coton , de la porcelaine , du papier d'écorce de mûrier, de divers objets en laque, en verre, sont parvenus à un haut degré de perfection. Les Japonais savent raccommoder et même faire des montres; et le premier de tous les arts, l'agriculture, paraît être celui auquel ils se livrent avec le plus d'activité. Sans adopter les exagé-

ASIE

rations de certains auteurs qui nous représentent toute la surface du Japon comme cultivée sans en excepter même les sommets arides des montagnes , il nous parait vraisemblable que le Japon , dans ses terrains cultivables , offre un des pays du monde où l'agriculture, depuis bien des siècles, est pratiquée avec te plus d'intelligence et de succès. Les champs y sont sarclés avec tant de soin que le botaniste le plus clairvoyant aurait de la peine à y découvrir une plante parasite. Selon Thunberg tout cultivateur qui néglige une partie de son domaine en perd la propriété; on le donne à un autre. Yedo , Mii/ako (Miako) , Osaka , JSangasaki, Yosida , Kourou et Kasi-no-mats sont les villes les plus industrieuses de l'empire.

commerce. Jadis les Japonais avaient des flottes nombreuses et leurs navires marchands allaient dans les pays que baignent les mers voisines, et même jusqu'au Bengale ; mais depuis la révolution de 1585, l'état n'a plus de vaisseaux de guerre , et la construction des bàtimens de commerce est restée telle qu'elle convient à une nation qui veut vivre séquestrée de toutes les autres. Par un édit de 1637 , il fut défendu aux Japonais de voyager en pays étranger ; ils ne peuvent que faire le cabotage ou aller dans les îles qui- dépendent de l'empire. Les Japonais qui, jetés par des tempêles sur des plages étrangères, reviennent ensuite dans leur patrie, y sont soumis à une surveillance rigoureuse ou à une captivité perpétuelle. Le port de Nangasaki est le seul qui soit ouvert à trois nations étrangères , mais avec de grandes restrictions. Les Chinois, les Coréens et les Hollandais, qui jouissent de cette faveur , ne peuvent y introduire qu'un nombre déterminé de navires ; les premiers , dix jonques et les derniers un seul gros vaisseau et deux beaucoup plus petits. Les négocians chinois et les Hollandais qui font ce commerce sont sous la surveillance de la police et peuvent être regardés comme prisonniers dans le bâtiment qui leur est destiné pour demeure. Les Anglais s'étant emparés de Java en 18H , voulurent supplanter au moins momentanément les Hollandais au Japon; leurs tentatives échouèrent contre la ténacité des Japonais à ne rien changer aux usages établis. Les principales importations des

Hollandais consistent en draps , médicamens préparés en Europe, sucre en poudre , sucre candi , étain , écaille de tortue, mercure, rotin, bois de sapan, épiceries, plomb, barres de fer, miroirs, verreries, ivoire, musc, safran. Les principales exportations sont : cuivre , camphre, soieries, objets en laque. Les Chinois emportent les mêmes espèces de marchandises, ainsi que du poisson sec et de l'huile de baleine , en échange de sucre , de lainage anglais , de thé , de drogues et autres articles. Autant le commerce extérieur est peu étendu, autant le commerce intérieur, surtout celui du Japon proprement dit, est actif et florissant. Aucun impôt ne gêne sa marche; des routes bien entretenues rendent, les communications faciles. Quoique fermés à tous les étrangers, les ports du Japon sont couverts de grands et de petits vaisseaux. Les boutiques et les marchés regorgent de toutes sortes de denrées. Dans les villes, de grandes foires attirent un nombreux concours de peuple. Outre les villes que nous avons mentionnées à l'article industrie , on doit nommer aussi les suivantes parmi les principales places de commerce de cet empire : Kabigi, Osaka, Miya, Mouro et Simonoseki , dans l'Ile Niphon ; Kokonra et Sanga, dans l'île Kiou-siou ; Tosa, dans celle de Sikokf; Matsmaï et Khakodade (Fakhodade) dans celle de Ieso.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES et TOPO- GRAPHIE. Si l'on veut être impartial , il faut avouer que Kaempfer est le seul auteur européen qui jusqu'à présent nous ait donné une description vraiment géographique du Japon. Mais par une inconcevable omission , qu'on doit sans doute attribuer aux Japonais qui lui fournissaient les matériaux pour rédiger sa relation , ce savant voyageur nous a présenté un tableau très détaillé et très exact des divisions administratives de l'empire, dans lequel on n'indique ni les chefs -lieux des provinces , ni les noms de leurs villes les plus remarquables. Tous les géographes ne nous ont donné jusqu'à présent que les noms des 622 districts ou kori dans lesquels sont subdivisées les 68 provinces de l'empire que Kaempfer leur avait fait connaître. M. Klaproth a bien voulu puiser dans les cartes et les livres japonais pour faire disparaître cette

EMPIRE JAPONAIS

7Cfi

lacune de notre Abrégé, en rédigeant le tableau suivant, qui servira à compléter la description géographique de Ksempfer.

Deux parties très inégales pour l'étendue , pour la richesse et pour la population forment l'empire Japonais. Ces deux parties sont : Pempire du Japojs proprement dit, et le Gouvernement de Matsmaï. Ce dernier fait, rigoureusement parlant, partie de la province de Moûts ou O-siou dans le Tosando; mais nous avons cru convenable de le décrire à part , à cause de l'état abruti dans lequel vivent ses habitans très peu nombreux , et à cause du morcellement des terres qui le composent. L'empire proprement dit est partagé en dix régions ou do, Irès inégales pour l'étendue et pour la population. A l'exception des deux qui

se composent des petites tles lki et Tsousima , les huit autres sont subdivisées en plusieurs provinces ou kokf ; ces dernières se subdivisent encore en districts ou kori. Le Gokinaï, qui est la première région , se compose des cinq provinces qui forment le domaine du daïri. La grande île Niphon embrasse à elle seule le Gokinaï, le Tokaïdo , le Tosando , le Fokourokoudo , le Sanindo , le Sanyodo et presque la moitié du Nankaïdo. Nous avons indiqué dans le tableau les autres lies qui correspondent aux divisions administratives de cet empire. Les noms des provinces mis entre parenthèses sont des synonymes employés ordinairement dans les livres japonais.

Régions et Provinces. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

empire du JAPON" proprement dit.

GOKINAÏ (les cinq provinces intérieures de la Cour).

Vamasiro (San-siou) Kio ou Miyako (Miaco); Nizio; Yodo.

Yamato (Wa-siou). Kori-yama; Taka-tori; Nara

Kawatsi (Ka-siou) S a - y a m a.

Idzoumi (Sen-siou). Kisi-no-wata.

Sets (Se-siou) Osaka-, Taka-tsouki; Jyakà-saki.

TOKAÏDO (Contrée de la Mer Orientale). loA(lsiou) Wouye-no.

Ize (Se-siou). K o u w a n a ; Kame-yama; Tsou; Mats-saka; Kambe; Koui; Naga-

simci; Yoda. Le temple Dalsingou.

Sima (Si-siou) Toba.

Owari (Bi-siou) N a k o y a ; Inogama.

Mikawa (Mi-siou) Y o si- d a ; Nisiwo; K ariya; Ta-wara; Oka-saki: Koromo.

Tootomi (Ghen-sion). Kake-gawa-, Yoko-soka; Famamats.

Sourouga (Sou-siou) Foutsiou-, Tanaka.

Idzou (Dzou-siou). S imota. L'île Fatsisio.

Kaï (Ka-siou) . , Fou-tsiou.

Sagami (Sa-siou). Odawara-, Tamanawa.

Mousasi (Mou-siou) Yedo-, Kawagobe; Iwatski; OsL

AwA(Fôsiou). Yakata-yama; Tosio; Fosio.

Kadzouza (Koosiou) Odaki; Sanoukh Kourouri.

Simoosa (Seo-siou). Seki-yado-, Sakra; Kouga; Youghi.

Fitats (Sioou-siou) Mito; Simodals; Kôdatss Kasama.

TOSANDO (Contrée des Montagnes Orientales).

Oomi (Kio-siou) FikoneouSawayama; Zeze.

Mino (Mi-siou). Oogaki; Kanor a ou Kanara.

Fida (Fi-siou) Taka-yama.

Sinano (Sin-siou). Ouyeda-, Mulsou-moto ; lyi-yama ; Takatô; Omoro ; Ifi-dat

fc Taka-sima.

Kootské (Dzio-siou) Tats-fayasi; Mayi-basi; Noumada; Yasinaka; Take-saki

Simotsré (Ga-siou). Outsou-miya-, Kouroufà; Mifou; Odawara. Le mont Nikosan.

Moûts (O-siou) Sendaï; Sira-isi; Waka-mats; Nifon-matss Mori-oka ou Grand-

Namboui Yalsdo.

Tana-koura; Tairas Sira-kawa; Naka-moura: Fouk-sima; Miwarou; Firo-saki, dans le canton de Tsougar ; Jnabasi; Matsmaï (Matsumaï) dans l'île de Ieso (lesso; Yeso).

EWA'Ou-siou) Yone-sawa; Yama-gatas Oueve-no-yama ; Sinzio; Sionaï;

Akita.

FOKOUROKOUDO (Contrée du Territoire Septentrional). Wakasa (Siak-siou) Kobama.

Yetsisen. Foukyï; Foulstou; Marou-oka; Ono; Sabafe; Katsou-yama.

Yetsiou Toyama.

Y etsingo. T a k a t a ; Naga-oka; Simbota; Mourakami; Itsoumo-saki; Mora-

mats. Cette province et celles de Yetsisen et de Yet-siou portent ensemble le nom de Yet-siou.

ASIE

Régions et Provinces. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

Kaga (Ka-siou) Kana-zawa; Komats; DaïsioosL

INoto (Neo-siou), Sous-no-misaki; Kawa-siri; Nanao.

Sado (Sa-siou) Koki.

SANINDO (Contrée du versant septentrional des Montagnes). Tango Miyazou: Tanàbe.

Tasba. Kame-yama; Sasa-yama: Fouktsi-yama. Celte provinee et celles

de Tango et de Tasima portent ensemble le nom de Tan-siou.

Tasima i . Idzousi ou Deïsi; Toyo-oka.

Inaba (In-siou). Tots-tori.

Fôki (Fô-siou) Yonego.

Iuzoumo (Oun-siou) Matsouyé.

Iwami (Sek-siou) Tsouwa-no; Famada.

Oki (An-siou). Dans cette province il n'y a que des villages.

SANYODO (Contrée du versant méridional des Montagnes).

Farima (Ban-siou) Fimedzi; Akazi; Ako; Tatsfou.

Mimasaka (Saka-siou). Tsou-yama; Kalsou-yama.

Bizen Oka-yama.

Bitsiou. M a tsou-yama. Cette province et celles de Bizen et de Bingo portent'

ensemble le nom de Fi-siou.

Binco Foukou-yama.

Aki (Glie-siou). Firo-sama.

Souwo (Seou-siou) Tok-yama; Fouk-yama.

Nagata (Tsiô-siou). F aki; Tsio-fou; Founaka.

tVANKAïDO.

Kiï(Ki-siou) Waka-yama; Tanabe; Sin-miya.

Awasi (ile d') (Tan-siou) Soumoto ou S moto. AwA(A-siou) Tok-sima.

Sanouki (San-siou). Taka-mats; Marou-kame, avec le célèbre temple de Konbira.

Iyo (Yo-siou) Ma tsou-yama; Ouwa-sima; Jma-bari; Saïzioo; Komats; Daï-

sou; Dago.

Tôsa (Tô-siou). Kôtsi. Cette province ainsi que celle d'Awa, Sanouki et ïyo forment

ensemble I'Ilb de Sikokf (les quatre royaumes).

SAIKAIDO (Contrée de la Mer Occidentale). Tsikouzen Fouk-oka; Akitsouki.

Tsikoungo. Kouroume; Yana-gawa. Cette province et celle de Tsikousen

portent ensemble le nom de Tsikou-siou.

Bouzen Kokoura-, Nakatsou.

Boungo. 0 u so uki ; Takeda; Saïki; Founai; Finode. Cette province et celle

de Bouzen portent ensemble le nom de Foo-siou.

Fizen Saga-, Karalsou; Omoura; Sima-bara; Osirna; Firando; Nagasaki.

Figo Kouma-moto; Yatsou-siro; Oudo; Amakousa.

Fiouga (Asi-siou). I jr if i; Takanabe; Nobi-oka; Sadowara. Cette province et celle de

Figo portent ensemble le nom de Fi-siou. Oosoumi (Gou-siou) Kokou-bou.

Satsouma (Sats-siou). Ka go -si m a. Cette province avec les liuit précédentes embrasse toute

I'Ile de Kiou-siou (les neuf royaumes)..

L'ILE IKI (ïsiou) Katou-moto.

L'ILETSOU-SIMA (Jaï-siou) . Fou-tsi ou. Cette ile est remplie de beaux ports fréquentés par les Coréens.

GOUVERNEMENT DE MATSMAI subdivisé en :

Ieso (ile de) Où il faut distinguer le gouvernement de Ieso proprement

dit, qui ne comprend que la péninsule sud-ouest de l'île de Ieso, où se trouvent Malsmaï et Khakodade.

V A inou- Kouni (Pays des Ainou ou Aïnos) , où il faut encorp distinguer la partie vassale des Japonais qui s'étend le long des côtes méridionales et orientales , et où se trouvent : Atkis et Endermo, et la partie entièrement indépendante , qui comprend tout le reste de cette ile.

Kouriles Méridionales . . . Savoir les îles Tchikotan; Kounachir où en 1811 M. Golovnin fut fait prisonnier par les Japonais ; Hourouss (ile des Etats ou Atorkou) qui est la plus grande et où -se trouve Ourbilch, avec un fort japonais et un port non loin du volcan de ce nom-, Ourous dite aussi Ile de la Compagnie.

Tarrakaï (iie de) Dite aussi Karafto, Tchoka ou Sakhalian. L'extrémité méridionale

seulement dépend des Japonais. Leur principal établissement se trouve dans la baie d'Aniwa, très importante par l'immense quantité de poisson qu'on y prend et par le grand nombre de baleine* qui fréquentent ses parages.

OÏPIRE JAPONAIS.

Yedo (en chinois Kiang-hou), située dans une grande plaine de la province de Mousasi , au fond d'un golfe et sur les bords du Tonyak , qui après l'avoir traversée se jette par plusieurs embouchures dans le port ; celui-ci est peu profond et n'est accessible qu'aux petits navires. Yedo est une des villes les plus grandes et les plus peuplées du monde. Sa circonférence est estimée à environ 20 milles. Quoique son plan ne soit pas aussi régulier que celui de la plupart des villes du Japon, ses rues sont en général assez bien alignées et se coupent à angles droits. La principale, qui traverse la ville du nord au sud, a 50 pas de large. On y voit le fameux Niphon-bas ou le pont du Japon, d'où l'on compte les distances sur tous les grands chemins de l'empire; il est construit en bois de cèdre dit du Japon, bordé de balustrades ornées de boules de cuivre doré et long de 40 toises. Les maisons de Yedo, comme celles de tout l'empire , ne peuvent avoir au plus que deux étages, chacun d'une toise et demie ou de deux toises de haut ; mais il n'y a d'habité que le rez-de-chaussée: l'étage supérieur sert de garde-meuble et de grenier. Construites en bambou entremêlé de mortier et peintes en blanc , elles paraissent être en pierre et ne forment qu'une pièce , divisée à volonté par des châssis mobiles couverts en papier fort et transparent. Un papier très fin tient lieu de vitres. Tout l'intérieur est revêtu de papier peint. Les toits sont plats, couverts en tuiles lourdes et pesantes chez les riches , et en morceaux de bois en forme de tuiles retenus par des pierres chez les pauvres. L'intérieur et l'extérieur sont remarquables par leur propreté. Les meubles y sont très peu nombreux. On n'y voit ni chaises ni tables : les Japonais s'asseyent sur des nattes qui couvrent ordinairement le plancher. C'est à la fréquence des tremblemens de terre qu'on éprouve à Yedo ainsi que dans les autres villes du Japon, qu'on doit attribuer le petit nombre de bàtimens remarquables qui les décorent, et leur peu d'élévation. Le principal édifice de cette capitale est le palais du Seogoun ou empereur ; il est situé vers le milieu de Yedo et , par son étendue , semble former une ville à part ; on lui accorde environ 5 lieues japonaises de circonférence. Il est entouré de remparts et de fossés pleins d 'eau, sur

lesquels s'abattent des ponts-levis. Cette vaste résidence est partagée en trois parties, qui sont séparées les unes des autres de la même manière. Le château extérieur est habité par le plus grand nombre des princes de l'empire , dont les palais forment des rues. Le second château contient des rues larges formées par les palais de plusieurs des plus puissans princes de l'empire , des principaux officiers de la couronne , des employés qui correspondent à nos conseillers d'état et autres dignitaires. Le palais proprement dit s'élève sur une hauteur et domine toute la ville , quoiqu'il n'ait qu'un rezde-chaussée. Il est surmonté d'une tour carrée à plusieurs étages, ornée de toits très beaux et très riches ainsi que ceux des autres parties de ce château. A cette occasion il est bon de faire remarquer que cette tour carrée est une marque de prééminence, laquelle dans cette ville est interdite aux autres grands , quoique chacun d'eux jouisse de la même prérogative dans ses propres domaines. Le palais en général présente un aspect majestueux et superbe. La salle dite Sen-Sio-Siki, ou aux Cent nattes doit être très vaste , puisque la grandeur légale de chaque natte est de 6 pieds de Paris sur trois ; les portes et les linteaux en sont vernissés et les ferrures dorées ; des dragons dorés en ornent les toits ; mais tout l'ameublement consiste en nattes blanches garnies de franges d'or. C'est dans ce palais que se trouve la grande bibliothèque impériale f qu'ainsi que celle de Miyako nous avons cru pouvoir évaluer à 150,000 volumes dans notre essai statistique sur les bibliothèques de Vienne. C'est aussi à Yedo qu'a été publiée V Encyclopédie chinoise dite du Japon, ouvrage peutêtre le plus précieux que possède la bibliothèque royale de Paris sur la littérature asiatique ; il se compose de 80 volumes in-8° accompagnés d'un très grand nombre de planches. On ne sait rien de positif sur la population actuelle de cette ville immense; les auteurs japonais lui accordent 280,000 maisons ; nous croyons cependant que sans crainte d'exagération on pourrait estimer à 1,300,000 le nombre de ses habitans. Yedo est, pendant six mois , le séjour ordinaire des grands feudataires de l'empire, et, pendant toute l'année, de leurs familles et de leurs nombreuses suites. Cette seule circonstance

ASIE

doit être prise en considération lorsqu'on veut essayer d'estimer sa population.

Yedo, comme toutes les autres villes de l'empire, est extrêmement sujette aux incendies ; il n'y a guère de jour où il n'en éclate plusieurs, et souvent des quartiers entiers sont la proie des flammes; en 1703 et en 1773 elle a été presque entièrement détruite par un incendie accompagné de circonstances effroyables.

Pour prévenir ce fléau on a institué un corps nombreux dont les détachemens parcourent sans cesse la ville nuit et jour ; ils sont vêtus de cuir brun.

Kio (résidence) ou Miyako (capitale), dont les géographes européens ont fait leur Miaco , très grande ville de la province de Yamasiro , située dans une plaine environnée de collines et baignée au levant par le Kamo ou Kamogawa, affluent du Yodo-gawa. C'est la ville du Japon qui offre le plus d'édifices remarquables ; elle en a été pendant long-temps la capitale , et est encore la résidence du dairi , ou du descendant des anciens empereurs, révéré comme un personnage saint et comme le chef de la religion de l'état. Kio est assez régulièrement bàlie ; ses rues sont alignées et se coupent à angles droits. Parmi le grand nombre d'éditices publics qu'elle renferme on remarque surtout les suivans : le palais du dairi , entouré de murs et de fossés ; il se distingue surtout parn son immense étendue et par la belle tour carrée qui le surmonte ; outre le palais proprement dit, il renferme treize rues habitées par les personnes de la cour. Le palais du seogoun, construit en pierre détaille et environné d'un fossé plein d'eau , entouré lui-même par un fossé sec ; au milieu s'élève aussi une tour carrée à plusieurs étages ; la forme de cet édifice est un carré long, dont la principale dimension est de 150 toises. Le temple de Fôkôzi, célèbre dans tout le Japon par l'image colossale de Daïbouts ou Grand - Bouddha , appelé Rousiana (le resplendissant). Celte statue, dit M. Klaproth, représente Daïbouts assis à la manière indienne sur une fleur de lotus; elle était primitivement en bronze doré ; mais ayant beaucoup souffert par le tremblement de terre qui eut lieu en 1662, on la remplaça en 1667 par une statue en bois recouverte de papier doré. La hauteur totale de ce colosse est de

83 pieds du Rhin , dont 73 pieds 9 pouces pour la statue et 9 pieds 10 pouces pour la fleur de lotus. L'intérieur du temple est pavé en carreaux de marbre blanc et orné de 96 colonnes en bois de cèdre. Dans un édifice voisin se trouve suspendue la plus grande cloche connue; elle a 17 pieds 2 pouces et demi de hauteur et pèse 1,700,000 livres japonaises qui équivalent à 2,040,000 livres hollandaises. Le Temple de Kwanwon , qui rivalise sous tous les rapports avec le précédent ; la statue du dieu , qui est d'une taille extraordinaire , a 36 mains; elle a autour d'elle les statues de six héros de taille gigantesque. Ce temple est également remarquable par un grand nombre de statues des dieux et des esprits censés être subordonnés à Kwanwon ; ces images sont de différentes grandeurs ; les plus petites sont placées en avant , afin que la vue puisse les embrasser toutes à-la-fois ; si l'on en croit les Japonais, leur nombre s'élève à 333,333 ! L'industrie et le commerce sont à Miyako comme dans leur centre. On y affine le plus beau cuivre, on y fabrique la porcelaine qui passe pour une des meilleures du Japon et beaucoup d'étoffes d'or, d'argent, de soie et d'ouvrages en acier. On y frappe aussi toute la monnaie de l'empire. La plupart des livres japonais sont imprimés dans cette ville, ou la cour dudaïri forme une espèce d'académie qui cultive la littérature, les sciences et les beaux-arts et qui, selon Caron, est chargée de la rédaction des annales de l'empire. Valmanach impérial y est aussi composé tous les ans par un des principaux sa van s et revu par une commission ; maison l'envoie imprimer dans la province d'ize , regardée comme un pays sacré, parce que c'est là que se trouvent les principaux temples des divinités Intel airês de l'empire. Cetalmanach contient la statistique de l'empire, et l'on y indique toutes les charges de l'état et les revenus des principales maisons depuis les sommes les plus considérables en descendant jusqu'à celles de 10,000 cobangs, ou 120,000 fr. inclusivement. Nous avons déjà vu qu'on pourrait estimer à 150,000 le nombre do volumes contenus dans la grande bibliothèque du Daïri. Selon le jésuite Pinheiro , Miyako renfermait à la fin du xvne siècle, 500 temples principaux et une des six grandes universités de l'empire ; ii

EMPIRE JAPONAIS

fait observer qu'en 1540 il y en avait quatre autres dans les environs , et que chacune d'elles comptait plus de 3500 étudians. D'après Varatame ou recensement de la fin du xvir siècle rapporté par Kœmpler, Miyako doit avoir au moins un demi-million d'habitans,puisqu'à cette époque on comptait 52,169 prêtres, 477,557 laïques des deux sexes, sans y comprendre les étrangers et toute la cour du dairi.

Dans un rayon de 30 milles on trouve: Nara, ancienne résidence des empereurs, ville très vénérée par les Japonais et très florissante par le grand nombre de ses temples qui y attirent une foule de dévots de la religion de Bouddha. Le père Almeïda, jésuite portugais, qui la visita vers la seconde moitié du xvwe siècle, décrit plusieurs de ses édifices , dont l'étendue et la richesse l'étonnèrent. Le temple de Koubosi est précédé de trois vastes cours qui s'élèvent en amphithéâtre; on monte de l'une à l'autre par de superbes escaliers. Dans la première cour on remarque deux figures gigantesques armées de massues ; la porte du temple proprement dit est gardée par deux lions d'unetaille monstrueuse et d'un travail très curieux. Au fond du temple , on voit la statue de Siaka avec deux autres de chaque côté -, elles sont d'une hauteur et d'une grosseur prodigieuses.Tout l'intérieur de l'édifice est peint en rouge. Le toit avance de plusieurs pieds au-delà du mur. Le monastère qui joint le temple n'est pas moins remarquable par son étendue, sa richesse et les beaux jardins dont il est accompagné La bibliothèque était remplie de livres au point que les fenêtres en étaient presque fermées. Le temple de Daïbouts est environné d'un portique de 60 toises sur chaque face , et le plafond est soutenu par 98 colonnes de 3 toises et demie de circonférence; la statue du dieu est en cuivre et d'une dimensiotî colossale; elle a 14 aunes portugaises de largeur à la poitrine. Tous les ans il part de cette ville une troupe de pèlerins sous la conduite de certains bonzes , dans le but de visiter un fameux temple de Siaka pour y expier leurs péchés. Pendant leur longue marche , ils vont nu-pieds et ne vivent que de deux poignées de riz grillé par jour. Le pays qu'ils traversent est montagneux et aride ; les bonzes conducteurs les soumettent à des pénitences cruelles. Parvenus au lieu de l'expiation, chaque dévot est mis dans une balance suspendue sur un épouvantable précipice. Là il doit avouer publiquement ses fautes. Si les prêtres s'aperçoivent qu'il hésite ou qu'il use de réticences , ils ôtent le contrepoids de la balance , et le malheureux est précipité dans l'abîme. Les pèlerins prennent ensuite congé des bonzes, auxquels chacun donne la valeur d'environ 12 francs.

Osaka , grande ville de la province de Sets , près de l'embouchure du Yodo gawa .C'est une des cinq

villes impériales qui composent l'apanage dukoubo. Une grande citadelle la protège; c'est une des constructions de ce genre les plus remarquables du Japon. Favorisée par sa position, cette ville réunit, dans de vastes magasins, toutes les productions du sol et de l'industrie pour les faire refluer sur tous les points de l'empire; les plus riches marchands et les artisans les plus habiles y sont établis. Les hommes riches et voluptueux s'y rendent de toutes les parties du Japon. Tous les princes et seigneurs qui possèdent des terres dans les provinces occidentales ont à Osaka des maisons, ou plutôt ce qu'on pourrait appeler un pied-à-terre; car il ne leur est pas permis de s'y arrêter plus d'une nuit ; les plaisirs dont on y jouit lui ont mérité le surnom de théâtre du plaisir. Sans admettre les calculs exagérés des Japonais, qui assurent que la seule population de cette ville peut fournir une armée de 80,000 hommes, nous dirons qu'on peut évaluer au moins à 150,000 le nombre de ses habitans. Parmi ses nombreux temples, il faut distinguer celui de Daïbouls. Parmi ses curiosités on doit citer le jardin botanique, où l'on cultive avec le plus grand soin tous les arbres, arbustes et autres végétaux qui croissent au Japon ; et la rue des Oiseaux, où , selon Thunberg, on transporte des individus de toutes les espèces d'oiseaux qu'on trouve dans l'empire , soit pour les vendre, soit pour les faire voir moyennant une rétribution.

Les autres villes les plus remarquables de l'empire que notre cadre nous permet de signaler à l'attention du lecteur sont : Nangasaki, sur l'Ile de Kiou-siou, ville ouverte du côté de la terre, mais avec quelques fortifications du côté de la mer et des rues étroites et tortueuses. Elle est environnée de montagnes couronnées de temples nombreux, qui en rendent les approches vraiment pittoresques. Son port est le seul dans lequel il soit permis aux vaisseaux étrangers de jeter l'ancre. Le commerce et les fabriques la rendent florissante et très peuplée-, elle dépend immédiatement du koubo.

Matsmaï , sur une vaste baie de l'île Ieso, ville assez grande et bâtie dans le genre des autres villes japonaises , avec un port continuellement rempli de bàtimens marchands qu'y attire un commerce florissant. M. Golovnin dit qu'elle possède un théâtre japonais et environ 50,000 habitans. On peut la regarder comme la ville la plus importante de cette partie extrême de l'Asie. Parmi les curiosités du Japon , on ne doit pas oublier l'île de Fatsisio , qui offre le lieu d'exil peut-être le plus extraordinaire du globe. Ces! une petite île située au sud de Yedo ; les côtes sont tellement escarpées , que l'on n'y peut aborder que par le moyen d'une grue. C'est là que les grands du Japon tombés en disgrâce sont retenus ; on les y emploie à fabriquer différentes sortes d'étoffes si précieuses parleur beauté que le seogoun s'en réserve l'usage.

ASIE

entre 34° orientale et 173° occidentale. Latitude, entre 38° et 78°.

confins. Au nord , la Russie Européenne ou la partie européenne de la Région du Caucase, savoir : le Pays des Montagnes et le Daghestan ; ensuite l'Océan- Glacial-Arctique. A Y est, le détroit et la mer de Bering, le Grand-Océan et la mer d'Okhotsk. Au sud , le détroit ou canal de la Boussole qui sépare les Kouriles Russes des Kouriles Japonaises; la mer d'Okhotsk, l'empire Chinois, le Turkestan, la mer Caspienne ; ensuite le royaume de Perse, l'Asie Ottomane et la mer Noire. A V ouest, la mer Noire , le détroit d'Ienikale (Enikale), la mer d'Azov et la Russie d'Europe.

fleuves. La Russie Asiatique est traversée par plusieurs grands fleuves, parmi lesquels elle compte l'Iénissei , que nous avons vu être le plus grand fleuve nonseulement de l'Asie, mais aussi de tout r Ancien-Continent. Voici les principaux fleuves rangés d'après les mers auxquelles ils aboutissent.

L'OCÉAN ARCTIQUE GLACIAL reçoit:

L'Obi ou Ob; il naît près du 51e parallèle dans les monts Altaï, passe par Barnaul, Kolyvan et Narym dans le gouvernement de Tomsk, et par Sourgout et Berezov dans celui de Tobolsk ; il entre ensuite dans le vaste golfe auquel il donne son nom. Ses principaux affluens à la droite sont : le Tom, qui arrose Tomsk; le Tchoulym, le Ket, le Tim et le Vakh. Les principaux affluens à la gauche sont : l' Irtyche , qui vient de l'empire Chinois , et qui , par la longueur de son cours, parla masse de ses eaux et par sa largeur, devrait être regardé eomme la branche principale de l'Obi, au lieu d'en être le principal affluent-, l'Irtyche passe par Bouklitarminskaïa, Semipolatinsk, Omsk, Tara et Tobolsk ; il reçoit lui-même à la gauche Ylchim et le Tobol; vient ensuite laSos^a, qui descend de l'Oural.

L'Ienisseï. L'usage fait naître ce grand fleuve dans le pays des Ouriangkaï, dans l'empire Chinois , par la réunion de I'Oulod-kem et du Beïkem ; mais, par les raisons exposées ailleurs , c'est la Selenga qui devrait être regardée comme la branche principale. Cette dernière vient du pays des Mongols Khalkha, dans l'empire Chinois, entre dans le lac Baïkal, en sort sous le nom d' Angara , ou Toungouska-Supérieure , passe par Srkoutsk , dans le gouvernement de ce nom . et

par Oust-Toungouska , dans celui de Ienisseïsk. L'Iémsseï proprement dit, dans la partie supérieure de son cours, avant sa réunion avec l'Angara , passe par Krasnoïarsk, dans le gouvernement de Ienisseïsk, et dans la partie inférieure de son cours, par Touroukhansk; ensuite, après avoir traversé le pays des Samoyèdes , ce grand fleuve se jette dans le golfe étroit auquel il donne son nom. Outre la Toungouska ou Angara-Sunérieure, ses principaux affluens à la droite sont : la Podkamenaia Toungouska (la Toungouska au-delà des rochers) , et la Nijnie-Toungouska (la Basse-Toungouska) , qui est le plus grand de tous; il traverse une partie du gouvernement d'Irkoutsk, de la province de Iakoutsk et du gouvernement de Ienisseïsk. Les principaux affluens à la gauche sont : le S y m et le Touro'ikhan , dans le gouvernement de Ienisseïsk.

La Taïmoura , qui est le fleuve le plus boréal de tout V J ne ien- Continent, en ne tenant pas compte d'autres courans trop peu considérables , comparés à la longueur de son cours et au volume de ses eaux. La Taïmoura traverse le pays des Samoyèdes dans le gouvernement d'Ienisseïsk.

La Khatangha, dans le gouvernement de Ienisseïsk ; ce fleuve traverse le pays des Samoyèdes. entre et dans un golfe auquel il donne son nom ; c'est le plus grand de tous les fleuves qui arrosent ces solitudes boréales.

L'Anabara, dont la principale partie du cours sépare le gouvernement dTenisseïsk de la province de Iakoutsk.

L'Olenek traverse la province de Iakoutsk, et, à Oustie Olenskoïe, se jette dans l'Océan- Glacial.

La Lena , un des plus grands fleuves de l'Asie. Il naît dans les montagnes qui bordent la côte occidentale du lac Baïkal, traverse le gouvernement d'Irkoutsk et la province de Iakoutsk, et, après avoir arrosé Kirensk, Olekminsk . Iakoutsk et Jigansk, se jette, par plusieurs embouchures, dans l'Océan-Glacial. Ses principaux affluens à la droite sont: le ri tim et VJldan; ce dernier se distingue parla longueur de son cours; à la gauche, le Fil oui se fait remarquer aussi par l'étendue des pays qu'il traverse.

La Iana, I'Indighirk a et la Kolyma, sont les autres fleuves les plus remarquables de ces solitudes arctiques.

La MER DE BERING reçoit:

L'An adyr , qui , après avoir traversé le pays des Tchouktchi , se jette dans un golfe auquel il donne son nom.

Le Kamtchatka traverse du sud au nord la péninsule de ce nom, et se rend dans le Grand- Océan qui, dans ces parages, reçoit aussi le uo.ix de mer de Kamtchatka.

La MER CASPIENNE reçoit:

ASIE RUSSE

L'Oural, qui est commun à l'Europe et à l'Asic- Russe , et dont le cours a été décrit à la page 528.

L'Iemba, nommé Djem par les Kirghiz, dont il traverse le territoire.

LeKoun, qui prend sa source dans les montagnes sur les confins de l'Arménie, traverse la Géorgie-Ottomane , la partie cédée à la Russie, ainsi que la province de Géorgie, le Karabagli, le Chirvàn, et, au-dessous de Salian, se jette dans la mer Caspienne et proprement dansle golfe de Kizil-aghadj. Ses principaux affluens à la droite sont : l' Aras , grande rivière qui vient de l'Arménie-Ottomane , traverse l'Arménie-Russe. et, après avoir arrosé le Karabagh, entre dansle Kour qu'elle surpasse pour le volume de ses eaux et pour la longueur de son cours; pendant un espace assez long elle sépare le territoire russe de celui qui est soumis au royaume de Perse. Parmi ses affluens nous nommerons le Zengan (Zengue) , qui baigne Erivan et lui apporte le tribut des eaux du lac Goukha. Les principaux affluens à la gauche sont: X Aragavi et YAlazan, tous deux dans la Géorgie.

La MER NOIRE reçoit:

Le Rion, si renommé sous le nom de Phase dans la mythologie grecque, par l'expédition des Argonautes. Ce neuve, que lesanciens regardaient à tort comme un des plus grands de l'Asie , prend sa source à l'est du mont Elbrouz, traverse l'Imerethi , sépare la Mingrelie du Gouriel , et, non loin de Poti , entre dans la mer Noire. La Tsken is-th skalib\dL droite, et la K w ir i l i (Quirila) à la gauche , sont ses principaux affluens.

religions. Toute la population de cette i immense région peut être partagée sous I le rapport religieux de la manière suij vante : Peuples qui professent le Chris- I tianisme ; ce sont les plus nombreux ; ils so subdivisenten Russes, Cosaques, Géorgiens, etc. ; on doit leur adjoindre plusieurs partisans parmi les indigènes de la Sibérie et du Caucase ; le plus grand nombre appartient à Y Eglise grecque orthodoxe; viennent ensuite les Arméniens , appartenant à VEglise arménienne et les Chrétiens, appartenant à {Vautres églises ; cette dernière classe est peu nombreuse et ne comprend que I les colons allemands et quelques autres. Peuples qui professent le Mahométisme ; ils sont en si grand nombre que sous ce rapport ils viennent immédiatement après les Chrétiens ; à cette classe appartiennent presque tous les Turks de la Sibérie, appelés mal-à-propos Tatares, les Boukhares, les Barabinzes, les Koumuk, les Basians , les Turkomans, les Kirghiz, les Tadjiks ou Persans , les Kizilbach, etc. ; mais un grand nombre de ces prétendus musulmans mêlent beaucoup de superstitions au culte de Mahomet. Les peuplades

du Caucase et de la Sibérie, dont la religion ne consiste que dans une Idolâtrie la plus grossière et dans des Pratiques superstitieuses ; ftotts citerons entre autres les Iakoutes , les Toungouses, les Samoyèdes, les Tchouktchi , les Kouriliens, les Youkaghires, etc., etc. La religion de Bouddhaii tient le quatrième rang; elle compte parmi ses adhcrens les Mongols, les Bourèts et les Kalmuks. Enfin le Judaïsme, dont le nombre des croyans est très petit dans cette partie de l'empire Russe.

gouvernement. Voyez aux pages 532 et 536.

industrie. Dans les confins resserrés que nous avons donnés à la Russie d'Asie, • l'industrie de celte vaste région se réduit à peu de chose, malgré les grands progrès qu'elle a faits depuis un demi-siècle et surtout depuis trois lustres. Elle consiste principalement dans l'exploitation, des mines de l'Oural, de Kolyvan et de Nertchinsk ; et dans des manufactures de fer, de cuivre , de cuir , de chagrin , de lapis ; des fabriques d'armes, d'émail, de verre, d'ouvrages de porphyre et en jaspe, de sel, de salpêtre , de poix , de colle de poisson et de feutres d'une grandeur considérable. Les villes qui se distinguent le plus par leur industrie sont : lekaterinbourg , dans la partie asiatique du gouvernement de Perm, ensuite Tobolsk, Irkoutsk . Tomsk , Tiflis , Telminsk , Kasanich, etc.

commerce. Nous rectifierons avec M. Klaproth deux jugemens erronés que depuis long-temps on porte sur le commerce de l'Asie Russe : on se plaît, généralement parlant, à exagérer l'importance du commerce des pays Caucasiens, tandis qu'on regarde à tort comme bien peu de chose celui de la Sibérie. Le fait est que ce dernier est très important et le devient toujours davantage, tandis que celui de la Région du Caucase est encore peu de chose; et il y a apparence qu'il se passera bien des années avant qu'il acquière toute l'importance et toute l'étendue qu'on lui attribue déjà. Le manque de rivières navigables , puisqu'on ne peut regarder comme telles des fleuves dont la navigation est circonscrite à de petits bateaux, ou à une dislance de quelques lieues de leur embouchure ; le défaut de routes , le mauvais état de celles qui existent, et les dangers qu'offrent lesfré-

ASIE

quenles incursions des montagnards sont les principales entraves qui s'opposent au développement et aux progrès du commerce dans cette région. Le climat , les fleuves et le gouvernement font disparaître jusqu'à un certain point ces inconvéniens dans la Sibérie. Dans le commerce de l'Asie Russe on doit distinguer le commerce intérieur avec la Russie Européenne ou la Russie à l'ouest de l'Oural , et le commerce extérieur fait avec la Turquie, la Perse, le Turkestan et l'empire Chinois. La Sibérie envoie à Moscou par Tobolsk, qui est la place principale pour le commerce intérieur, ses pelleteries , du fer , des ossemens de mammouths, des dents de morses, et les marchandises qu'elle a reçues des états limitrophes ; elle reçoit en échange des objets manufacturés et de luxe, soit russes, soit tirés des pays étrangers. La foire dlrbit dans la partie asiatique du gouvernement de Perm, est la plus riche et la plus importante de toute l'Asie Russe.

Le commerce avec l'empire Chinois se fait par l'intermédiaire de Kiakhta, d'Irkoutsk et de quelques autres villes de la Sibérie. Des pelleteries et quelques objets de moindre importance sont offerts en échange du thé, de la porcelaine, de la soie , du musc , de la rhubarbe , des soieries et des cotonnades des Chinois.

Les marchands du Turkestan ou de la Boukharie vendent aux Russes des peaux frisées , des étoffes en soie et en coton , des pierres précieuses et d'autres objets. Orenbourg , que nous regardons comme placée en Europe, est l'entrepôt principal de ce commerce ; viennent ensuite Troïtzkoï dans la partie asiatique du gouvernement d'Orenbourg , Petropavlovsk dans la province d'Omsk et quelques autres villes.

Les relations commerciales avec la Perse se font en partie par terre et en partie à travers la mer Caspienne par le port d' Astrakhan , qui appartient à l'Europe, Bakou et autres places moins importantes ; Tiflis en est le grand entrepôt terrestre ; vient ensuite Erivan. La soie brute qu'on achète aux Persans et lenaphte qu'on leur vend sont les deux principaux articles. Les négocians qui font ce commerce par terre sont souvent pillés par les Bachkirs, les Kirghiz et les Lesghis. Le commerce avec la Turquie consiste surtout en échange des produits

des deux pays; Tiflis, Akattsikhé, dans la Géorgie, par terre, et Redout-kaleh , dans la Mingrelie , par mer, en sont les principaux entrepôts.

Petropavlovsk, dans le Kamtchatka, est le port le plus important pour le commerce qui se fait sur le Grand-Océan ; mais il se trouve entre les mains de la Compagnie- Russe d'Amérique, qui en a presque tout le monopole depuis 1821 ; elle tient des comptoirs à Moscou, Irkoutsk, Iakoutsk, Okhotsk, Kazan , Tomsk et autres villes. Les pelleteries en forment l'article principal.

Outre les places commerçantes que nous venons de nommer , la • Russie d'Asie compte aussi parmi les villes qui se distinguent le plus sous ce rapport: Tomsk, Semipolatinoï , Gouriev , Tumen , Tara, Krasnoïarsk, Ienisséisk, Touroukhansk, Okhotsk et Iakoutsk.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES et TOPO- GRAPHIE. En rappelant au lecteur ce que nous avons dit aux pages 536 et 537, sur la division de l'empire Russe, nous lui offrons dans le tableau ci-dessous les divisions administratives qui regardent sa partie asiatique , à laquelle appartiennent aussi les parties des gouvernemens d'Orenbourg et de Perm situées à l'est de l'Oural, que, par des motifs déjà indiqués, nous avons décrites dans la Russie d'Europe aux pages 558 et 559. Nous lui rappellerons aussi que tous les pays de la région Caucasienne situés au nord de la crête principale du Caucase doivent, par les motifs exposés aux pages susmentionnées, être regardés comme appartenant à l'Europe. Le tableau suivant offre les principales divisions administratives de l'Asie Russe, coordonnées à ses grandes régions géographiques et à leurs principales subdivisions. Pour les chiffres qui indiquent les populations des villes, voyez à la page 537. Mais quelques explications sont nécessaires pour faciliter l'intelligence de ce tableau.

La vaste région que nous nommons Sibérie comprend tous les pays qui s'étendent à l'est de la crête principale de l'Oural ; elle est subdivisée en quatre gouvernemens, deux provinces et deux districts. Nous avons regardé comme ses dépendances géographiques le Pays des Kirghiz et celui des Tchouktchi. Sous la dénomination de Région Caucasienne, nous avons compris tous les pays situés

ASIE RUSSE

entre la mer Caspienne et la mer Noire , l'Aras , le Kouban et la Kouma ; ils forment un grand gouvernement général dont le chef-lieu est à Tiflis. Sous le rapport administratif ce gouvernement est subdivisé en douze provinces et en quelques pays qui ne sont encore que vassaux ou seulement soumis de nom aux Russes. Dans ses limites il embrasse même plusieurs autres pays tout-à-fait indépendans et même souvent en guerre avec

l'empire. Afin d'éviter les répétitions et de conserver, autant que possible, les divisions géographiques qui sont indispensables pour éviter la confusion dans la géographie de cette partie de l'Asie , nous avons mis un astérisque avant tous les noms des chefs-lieux des provinces de la Région Caucasienne , lorsque cellesci ne sont pas des subdivisions d'une division géographique.

Régions.

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