TABLEAU MINÉRALOGIQUE DE L'AFRIQUE
Diamans. Région du Maghreb. Alger.
Pierres précieuses. Nigritie , Angola, Bihé, Cassange, Muchingi, Pays des Malouas. Afrique Ottomane, Egypte, dans la chaine Arabique. Madagascar.
Or. Nigritie, Bouré, Kamalia, dans le Mandingue, Wasaw, Dankara, Haoussa, Wangara, Bambouk, Akim, etc., etc. Région de V Afrique-Orientale } Abuta. Piégion du Nil, Qamàmyl, les contrées le long du Babr-el-Abiad , Abyssinie, etc.
Argent. Région de V Afrique-Orientale, Cliicova. Nigritie, le plateau de Timbo, Bagbermeb.
Cuivre. Nigritie, Pays des Molouas , Borgo ou Dar-Saley, Dar-Four, etc. Afrique-Orientale, Pays des Cazembes , des Movizas , des Maquinis , Butua , Zurnbo, Inliambane. Afrique- Australe, Pays des Hottentols. Région du Nil, Fertit, Kordoi'an, etc. Région du Maghreb, empire de Maroc, etc.
Plomb. Région du Maghreb, Alger, etc.
Fer. Nigritie , Bambouk, plateau de Timbo, Kailie, Dentilia, Angola, Loango, Benguela, Pays des Molouas, Sala, Ouassoulo, Beré, Mandara, Calanna, etc. Région de V Afrique- Australe , Pays des Maquinis. R.égion de l'Afrique-Orientale, Pays des Cazembes. Madagascar, Pays des Ovas. Fiégion du Maghreb, Alger, etc. Région du Nil, Abyssinie.
Sel. Région du Maghreb, empire de Maroc, Tagaza , Aroan, Bilma , etc. Région du Nil, plateau deBaylur, Kordoi'an, Sennaar, etc., Nigritie, Quisama, Angola, Benguela. Saley ou Vadai, Dar- Four, etc. Archipel du Cap-Vert, îles Maio, Bonavista, Sal. Archipel des Canaries, ile Canada. Madagascar.
de ce continent offre , presque partout et constamment toutes les vingt-quatre heures, une alternative de chaud et de froid très nuisible à ses habitans et extrêmement dangereuse pour les Européens.
minéraux. La minéralogie de l'Afrique est aussi imparfaite que toutes les autres parties de la géographie de ce continent. Nous avons cependant essayé de ranger dans le tableau ci-dessous les principales contrées d'après l'abondance respective des minéraux qu'elles produisent. Les anciennes relations et les voyages les plus récens ont été mis à profit pour le tracer. C'est d'après M. D'Avezac que nous avons indiqué l'existence des diamans dans la ci-devant régence d'Alger. Ce fait important, révoqué en doute par les géographes modernes , quoique affirmé par Pline, se trouve confirmé par les diamans qu'on a recueillis parmi les sables aurifères charriés par le Ouéd-el-Dzeheb (la rivière de l'Or), affluent du Ouêdel-Raml, entre Constantine et la mer.
végétaux. Les notions que nous possédons sur la géographie des plantes de d'Afrique sont bornées en ce sens qu'on ne connaît de cette partie du monde que les rivages des mers qui en baignent presque tout le vaste contour. L'intérieur estpour ainsi direentièrementinconnu,car aucun voyageur n'a parlé en vrai botaniste des plantes qui y croissent naturellement. Mais les renseignemens fournis par M. Desfontaines sur la flore Atlantique , par les ouvrages de Forskahl et de M. Delile sur celle de l'Egypte, par M. Viviani sur les plantes de la Cyré-
naïque, quelques matériaux dus au zèle et à l'intrépidité des voyageurs Sait, Caillaud , Oudney , Denham et Clapperton, suffisent pour nous former une idée précise de la végétation de l'Afrique- Cenlrale. De plus quelques antres contrées ont été spécialement étudiées , soit parce qu'elles sont les sièges d'opulentes colonies, soit que le hasard y ait conduit des botanistes éclairés. Ainsi le Cap de Bonne-Espérance a été visité par une foule de naturalistes qui en ont fait suffisamment connaître les singulières produc^ tions végétales ; le Sénégal l'a élé par
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Adanson, et depuis par MM. Leprieur et Perrottet, le Congo par Ch. Smith, Sierra-Leone par Sineathmann , la Côted'Or par Afzelius , la Guinée par Thonning, les royaumes d'Oware et de Bénin par Palisot-Beauvois , les iles de Madagascar, de France et de Bourbon par Commerson , du Petit-Thouars , Bory- Saint- Vincent , Bojer, etc.
Les côtes de Barbarie offrent les plus grands rapports, quant à leurs végétaux, avec celles de la Péninsule espagnole. Séparées parle faible espace du détroit de Gibraltar, elles semblentétre continues et reproduire les mêmes êtres. Ainsi, l'on observe une singulière analogie entre la Flore d'Alger et celle de l'Andalousie et de Valence en Espagne. Les oliviers, les orangers, le chamœrops humilis, le ricin arborescent , le dattier y croissent également bien. Une cbaleur un peu plus fQrte dans cette partie de l'Afrique favorise le développement de quelques formes inconnues à l'Europe australe . mais ces formes ne sont que spécifiquement différentes, et bien rarement elles diffèrent assez pour constituer des genres distincts de ceux qui croissent en Europe. Les plantes de la Cyrénaique ont aussi de grandes ressemblances avec ces dernières ; elles forment le passage des espèces atlantiques aux espèces égyptiennes, et déjàony rencontre quelques-uns de ces genres qui semblent propres à la zone torride. Le zïzyphus lotus est si abondant dans cette contrée que les peuples anciens se nourissaient exclusivement de son fruit et avaient reçu , pour cette raison, le nom de Lotopliages.
L'Egypte présente un grand nombre de plantes particulières et tellement caractéristiques, que leur simple aspect, maigre et rabougri, suffit pour en faire reconnaître la patrie. C'est dans la Haute -Egypte que croissent en abondance ces nombreuses espèces de cassia dont les feuilles de quelques-unes (C. obovata et acutifolià)iorment, sous le nom de séné, une brandie de commerce si considérable. Indépendamment du dattier et du cliamœrops , on y rencontre aussi une espèce remarquable de palmier, que M. Delile a figuré sous le nom de palmier Doiim {eucif'era thebaica). Plusieurs plantes aquatiques tapissent le Nil de leurs larges feuilles etélèventgracieusement leurs fleurs au-dessus des eaux ; telles sont les nymphœa lotus et cœrulea, que l'on reconnaît dans les emblèmes hiéroglyphiques des anciens monumens ; mais le nelumbium spe' ciosum, figuré également dans les monumens égyptiens , a disparu des eaux de ce fleuve. Le fruit désigné par Théophraste et d'anciens auteurs , sous le nom de persea, est fourni par une plante que MM. de Sacy et Delile pensent être le balanites Egyptiaca, petit arbre épineux qui couvre les parties sablonneuses , non-seulement de l'Egypte, mais encore d'une grande partie de l'Afrique-Centrale , et qui se retrouve abondamment au Sénégal. Si l'on passe en revue les plantes rapportées de l'Abyssinie par M. Sait, on trouve que la végétation de cette région n'a pas encorde
caractère de celle qui domine entre les tropiques Elle offre cependant quelques rapports avec celles de la côte de Mozambique et du Cap-de-Bonne- Espérance. C'est dans ce pays que Bruce a trouvé une espèce de protea, et M. Sait un pelargonium, genres que l'on sait être particuliers au Cap-de- Bonne-Espérance et à la Nouvelle-Hollande. Le café croît naturellement sur la côte africaine de la mer Rouge près du Bab-el-Mandeb aussi bien qu'en Arabie. Les plantes de la Haute-Egypte ei des contrées plus avancées dans l'intérieur des terres, ressemblent au contraire beaucoup à celles delà côte ouest d'Afrique.
Aucun pays n'offre dans ses végétaux une physio* nomie aussi singulière que le Cap-de-Bonne-Espérance. C'est là que vivent en nombreuses sociétés les erica, les protea, les pelargonium, les mesembryanthemum, les ixia, les stapelia, etc. Ces genres sont constitués par une multitude d'espèces toutes rassemblées vers la pointe australe d'Afrique , à l'exception d'une ou deux qui s'avancent jusque sur les côtes septentrionales et ressemblent à des déserteurs éloignés de leurs régimens. M. de Candolle a signalé l'analogie des productions végétales du Cap avec celles de la Terre de Diémen qui occupe une position géographique à-peu-près semblable , c'est-à-dire qui est également située à l'extrémité sud d'un grand continent. Les plantes de l'Afiique équinoxiale se ressemblent beaucoup entre elles sur une grande étendue des côtes occidentales. Ainsi, il y a une grande uniformité de végétation depuis la rivière du Sénégal, par le 10e degré de latitude nord, jusqu'au Congo, parle 6e degré de latitude sud. Parmi les arbres on y remarque Yadansoniadigitata ou baobab, ce colosse du règne végétal qui existe également en Nubie, le bombax pentandrum, Vêlais guineensis, etc. Ces végétaux remarquables sont répandus sur une étendue très considérable de la côte. Le sterculia acuminata, arbre dont les graines connues des indigènes sous le nom de cola, ont , dit-on , la propriété de rendre potable les eaux les plus infectes, existe sur les côtes de Guinée et de Sierra-Léone ; enfin Yanona senegalensis et le chrysobolanus icaco sont encore des arbres utiles qui se trouvent sur le bords des rivières depuis le Sénégal jusqu'au Congo. Grâces aux laborieuses investigations de MM. Perrottet et Leprieur nous possédons des renseignemens fort importans sur les végétauxdelaSénégambie publiés dans la flore de cette contrée. On est étonné d'y rencontrer non-seulement les espèces qui croissent dans les régions de l'Afrique analogues par le climat à la Sénégambie, comme la Haute-Egypte, l'Arabie , etc. ; mais encore des plantes que l'on croyait particulières à la Malaisie (Archipel-Indien), à Madagascar et à l'Amérique-Méridionale. Cependant il est essentiel de remarquer que ces rapports de végétation n'ont lieu qu'entre les contrées caractérisées par une cbaleur excessive accompagnée d'humidité , comme les bords de la Gambie et de la Casamance. Quant aux localités sablonneuses et arides du Sénégal proprement dit, elles fournissent des productions végétales semblables à celles de l'Egypte et de l'Arabie. Les
AFRIQUE
plantes alimentaires cultivées par les naturels de la côte ouest d'Afrique sont : le maïs (zea maïs), la cassave (ja trop ha manihot L.) • deux sortes de légumes dont l'un est le cytisus cajan L., Taure une espèce de haricot {dolichos) et Yarachis hypogea. Les meilleurs arbres à fruits de la contrée sont : le bananier (musa sapientum) , le papayer (carica papaya), les limoniers et orangers, le tamarinier^ Vêlais guineensis qui fournit l'huile de Palme , et le raphia vinifera qui donne ainsi que Vêlais et une espèce de corypha, le fameux vin de palmier. Quelques auteurs pensent que la plupart de ces plantes sont d'origine étrangère à l'Afrique. Ainsi, M.. Robert Brown assigne une origine américaine au mais , à la cassave, à l'ananas , au papayer et au tabac , tandis qu'il pense que le bananier , le limonier et l'oranger, le tamarinier et la canne à sucre ont été importés d'Asie. L'intérieur de l'Afrique équinoxiale n'est pas connu des botanistes. La petite quantité de plantes publiées dans la Flore d'Oware et de Bénin ne peut donner une idée exacte de la végétation de ces vastes contrées. Cependant, si on les compare avec celles du Congo , du Sénégal et de la Haute-Egypte , on trouve entre elles des relations frappantes et qui prouvent clairement , ce nous semble , cette loi universelle : que les mêmes causes climatériques donnent naissance aux mêmes productions végétales, sans qu'il soit nécessaire d'en supposer la transmigration d'un pays dans un autre.
11 nous reste à dire un mot sur la flore des îles principales que l'on considère comme dépendantes de l'Afrique. Les Canaries présentent une transition très remarquable des plantes européennes ou plutôt méditerranéennes aux plantes équinoxiales. Les formes européennes y dominent encore , mais les espèces ont déjà la vigueur qui caractérise les végétaux de la zone torride , ou en d'autres termes, on y trouve des espèces arborescentes de genres qui ont chez nous leurs espèces herbacées. Le catalogue des plantes de l'île de Ste-Hélène , dressé par M. Roxburgh en 1813 , présente un grand nombre de plantes dont '.es unes sont américaines et les autres afri- :aines, ce qui résulte que la position géographilue de cette île ; mais elle offre ceci de remarquable , qu'elle nourrit encore un plus grand nombre de plantes d'Europe , malgré son immense distance de cette partie du monde.
Dans les îles de Madagascar, de France et de Bourbon, intermédiaires entre le Continent de l'Afrique et l'Archipel Indien, croissent des végétaux indigènes de ces deux vastes régions. Madagascar offre dans sa partie occidentale les plantes de la côte d'Afrique , et celles des Indes dans la partie qui regarde l'orient. Cette île et celles de Bourbon et de France renferment un grand nombre de plantes qui leur semblent particulières, peut-être parla raison que les localités semblables de l'Inde ne sont pas bien connues. C'est à Madagascar que le nepenthes dïstillatoria, entre autres végétaux singuliers, a été observé pour la première fois. Des espèces très voisines ont été rencontrées dans les Indes Orientales. Le nomdre des orchidées est si grand dans les trois
grandes îles de l'Afrique australe , que M. Dupetit-Thouars a publié un ouvrage spécial sur cette seule famille. Il en est de même des fougères qui abondent dans ces îles et que le colonel Bory-Saint-Vincent a fait connaître dans le Spedes de Willdenow, ou qui sont inédites dans son vaste et magnifique herbier.
animaux. Réunie physiquement à l'Asie par l'isthme de Suez , l'Afrique , à quelques animaux près qui sont communs à ces deux continens , offre une physionomie zoologique tout aussi distincte que si elle en était séparée par une distance égale à un diamètre du globe. Ces animaux, africano-asiatiques plutôt qu'asiatico-africains, ne s'étendent guère que dans la presqu'île Arabique, si semblable géologiquement à l'Afrique boréale , tandis que tous les autres points ont une création spéciale. Toutefois c'est ainsi qu'on doit généraliser la dispersion des êtres sur ce vaste continent.
Dans toute l'Afrique Centrale et Boréale errent le lion, la panthère, Vautruche, les chacals, les gazelles et les antilopes, dont pas une ne se retrouve au sud de l'autre tropique, où sont accumulées tant d'espèces. Partout ces antilopes sont la pâture des lions et de toutes les autres espèces de ce genre, ainsi que des chacals, des hyènes et des pythons. Le chameau à une bosse, dont les caravanes peuplent aujourd'hui le Sahara et donnent au désert sa physionomie nomade , ne fut introduit à l'ouest du Nil qu'après le uie siècle. Mais au delà du Sahara , dès que commence l'influence humide des grands fleuves de la Sénégambie et du Soudan , apparaît une création dont les êtres ne franchirent jamais les limites du désert. Là vivent, en étendant leurs voyages jusqu'au Cap-de-Bonne - Espérance, les éléphans africains à gra ndes défenses et aux dents molaires marquées de losanges, ces rhinocéros à deux cornes , bien connus dans les spectacles de Rome , l'immense girafe, l'hippopotame informe. Entre les deux tropiques se trouvent ces espèces variées de cynocéphales , dont pas une seule n'habita jamais l'Egypte, et dont trois y avaient des autels,, culte qui par conséquent ne put commencer que dans le pays de ces singes. Les uns à visages peint* n'habitent que les Guinées; les autres la pointe australe du Continent; d'autres enfin depuis le Sennaar jusqu'en Cafrerie. Dans les bassins du Nil supérieur et de ses affiuens vivent deux espèces de ce fennec décrit et figuré par Bruce et qu'on avait cru être un ga/ago. Ses immenses oreilles surpassant les deux tiers de la longueur de soa corps de chien , l'éloignent beaucoup de la forme d'un quadrumane. Figuré sur les monumens de la Basse-Egypte avec les cynocéphales, le scarabé sacré et les antilopes du même pays, le fennec y constate l'origine éthyopique du peuple qui éleva ces monumens. Dans cette dernière zone qui longe la côte de Zanguebar le buffle du Cap parcourt les mêmes forêts que l'éléphant
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enfin , au-delà du tropique austral vivent ces nombreuses espèces ^antilopes, réparties chacune dans un site qu'elles ne quittent jamais, depuis les roseaux des rivages jusqu'aux pointes aiguës des rochers Ces antilopes se pressent sur cette extrémité de l'Afrique comme pour la dédommager de n'avoir pas une seule espèce de cerf. Là , vivent aussi dans les mêmes cantons ces zèbres connus des Romains et ces quacchas si semblables aux zèbres que l'on prit d'abord ces deux animaux pour les deux sexes de la même espèce. Ce phacochère à corps de cochon , à dent machelière d'éléphant et dont la face hérissée de quatre protubérances l'a fait nommer aussi sanglier à masque. Ce sanglier éthiopique hlong grouin , dont les figures se voient sur la mosaïque de Palestrine , qui a deux paires de côtes de plus que notre sanglier et à qui l'on a rendu son ancien nom de koyropotame. Enfin parmi les reptiles de ce continent citons les crocodiles, le succhos et le khamses honorés des Egyptiens et différens peut-être des crocodiles du Niger et du Sénégal. Ces monitor, ces tupinambis, ces caméléons, dont d'autres espèces ne se retrouvent plus qu'en Espagne et aux Moluques. Madagascar a comme l'Afrique sa création à elle. Aucun de ses mammifères non importés ne lui est peut-être commun avec ce Continent: tels sont ces makis à quatre mains -, cet aye-aye rongeur pourvu de mains et qui n'habite que la côte occidentale ; ces tenrecs insectivores en remplacement des pagalins de l'Asie et «le l'Afrique et des fourmiliers de l'Amérique dont Madagascar n'a pas un seul.
Les espèces d'oiseaux propres à l'Afrique ont une grande analogie, sur les confins des diverses régions qui entourent cette vaste contrée, avec ceux de l'Europe et de l'Asie. Puis la variété du sol apporte des influences secondaires et nouvelles sur chacune des grandes zones qui en partagent la surface. Ainsi, la Région du Nil et les rivages qui bordent la Méditerranée ont des espèces analogues à celles de l'Arabie, de la Perse et de l'Espagne. Les sables déserts de l'Afrique-Centrale sont la patrie d'espèces accommodées aux solitudes, tandis que l'extrémité méridionale affecte un type entièrement neuf et caractéristique dans les oiseaux qu'elle nourrit. Madagascar enfin , qui avec les îles Maurice et de Bourbon dépend du système de terre africain , a une création toute spécifique, bien que par ses caractères elle soit entièrement africaine. Quant aux îles de l'Océan-Atlantique , telles que Sainte-Hélène , l'Ascension , les îles du Cap-Vert elles sont habitées par quelques espèces qui proviennent des côtes voisines.
L'oiseau le plus voisin des quadrupèdes par ses formes , X autruche, qu'Aristote a dit avec tant de raison partim avis, partim quadrupes, ne quitte point la zone équatoriale et les déserts de toute l'Afrique. Elle est remplacée en Amérique par le nandu , et dans la Polynésie par les casoars. C'est le chameau emplumé du désert ; c'est avec la gazelle , l'objet des mille contes des Arabes et des nègres. Le messager ou le secrétaire, singulier oiseau de proie qui vit de reptiles, qu'il sait combattre avec adresse et dévorer san^
danger, habite le territoire du Cap-de-Bonne- Espérance. Peu de régions du globe sont aussi peuplées d'oiseaux de rapine de toutes sortes que l'Afrique. Les animaux qui y pullulent fournissent par leurs débris à tous les rapaces une proie abondante et facile. Aussi les grands vautours qui s'alimentent de charognes , ces griffons, ce hideux chincou, cet oricou à pendeloques charnues , guettent sans cesse la chute de quelque animal et se précipitent sur son cadavre qu'ils dépècent en quelques instans ; et des espèces plus petites, les percnoptères, viennent s'adjoindre aux convives de ces banquets. Quelques aigles sont répartis dans tous les pays de l'Afrique et sur le bord des eaux douces ou des mers ; et là pèchent les pygargues, ou aigles qui vivent de poissons. Tels sont surtout et au premier rang le blagre et le vocifer. Les autres rapaces diurnes sont des circaètes, des éperviers, des vautours, et notamment le gymnogène de Madagascar , le milan parasite, les couhiehs de l'Egypte , le naucler de Riocourt , des buses, des buzards et des faucons. Quant aux oiseaux de proie que la lumière du jour blesse, chaque petite tribu est à-peu-près représentée sur ce Continent. Enfin comme les insectes y pullulent, les pies-grièches qu'on a à juste raison nommées les faucons entomophages , s'y trouvent en essaims aussi nombreux que variés. De même que l'Amérique et l'Asie, la zone chaude de la Région du Cap a Aescouroucous, singuliers oiseaux à plumage d'un rare éclat. Mais là seulement se trouvent ces musophages et ces touracos à vestitures non moins splendides. La nombreuse famille des coucous est très riche en espèces dans cette partie du monde. Elle nourrit les chalcites ou coucous cuivrés, les indicateurs, célèbres parce qu'en a raconté Levaillant, des coucals dont le pouce est armé d'un ongle acéré; mais ce n'est qu'à Madagascar qu'on rencontre les vouroudrious et les couas ou les taitsôus. Les pogonias, les barbus, les barbions sont africains. De nombreux calaos et entre autres celui d'Abyssinie , qui vit de charognes, y remplacent les toucans d'Amérique ; et quant aux oiseaux de ce dernier genre on trouve leur représentant à Madagascar dans Veuricère. Les perroquets pullulent dans les contrées boisées de l'Afrique chaude. C'est du Sénégal que provient la perruche à collier; c'est du Congo , de la Guinée que nous arrive le jaco gris, si habile à imiter l'homme, et c'est dans les champs de Teffs que s'abattent par bandes criardes les innombrables perruches-moineaux. Les pics, les alcyons, les engoulevents, les hirondelles y comptent des espèces variées; les souï-mangas y remplacen: les colibris du Nouveau-Monde , et les huppes, les épimaques de l'Asie. Les corbeaux, \eschoucas, les rolliers, les rolles y ont des individus très remarquables. Il en est de même ûes guêpiers, des échenilleurs, des bagadais, des ma' nikups, des drongos, des moucherolles, des merles, des traquets, ùessylvies, des martins, des pique-bœufs, des alouettes, etc. , etc. Mais nous citerons principalement de tous ces genres une espèce de corbeau à bec très puissant, le
AFRIQUE
corbivau, et les merles à plumage bronzé et comme passé au feu.
Cependant dans cette série d'espèces si étonnan tes par le nombre des individus , aucune famille n'en fournit davantage, sans contredit, que celle des moineaux. A partir des tisserins, qui lient cette tribu aux troupiales de l'Amérique , et qui sont les plus habiles ouvriers qui existent pour tisser les fils qu'ils emploient dans la construction de leurs nids, on compte les moineaux, quels que soient les petits genres dans lesquels on a essayé de les grouper, par millions d'individus et par centaines d'espèces. C'est ainsi que les veuves aux longues queues , les oryx à la livrée de feu ; les senégalis de toutes les couleurs , bleus , rouges , piquetés , noirs , etc. , semblent des papillons destinés à émailler, parleur vive coloration , les chardons en maturité dont ils mangent les graines. Ces oiseaux se trouvent donc accommodés à un sol qui produit en grande quantité les semences alimentaires, telles que les millets, les couscous, les panics, etc. Ainsi donc les veuves, les vrais moineaux, les jacarinis, les bengalis, les gros-becs, les phylotomes, les bouvreuils y comptent de nombreuses espèces. Mais le genre coliou est exclusif au Cap , et on y retrouve aussi une jolie mésange.
Des colombes animent les diverses contrées de l'Afrique , entre autres le pigeon vert ou waalia de Bruce, si répandu en Abyssinie. Les gallinacées de grande taille y sont rares ; l'Afrique ne nourrit guère en effet que quelques gros oiseaux de basse-cour originaires de l'Inde, et la seule race qui lui soit propre et qui soit naturalisée en Amérique aujourd'hui est celle des pintades on poules de Numidie , dont on connaît quatre espèces à chair d'une rare délicatesse ; toutefois , les sables stériles de celte partie du monde, analogues parleur stérilité aux steppes des plateaux de l'Asie, sont la patrie adoptive des perdrix, des francolins, des gangas et de quelques espèces de turnix, oiseaux essentiellement pulvérulateurs. C'est encore dans ces océans mouvans nommés déserts que se plaisent les échassiers coureurs, tels que les outardes, ces grues aux longues jambes, ces marabous aux plumes délicates et légères , ces anthropoïdes ou grues des Baléares qui singent les gestes de l'homme. Quant aux rivages des mers ou aux bords des fleuves , ils pullulent de ces oiseaux riverains qui semblent répandus sous toutes les zones échauffées, tels que pluviers, chevaliers, ba?'ges,etc. Cependant des vanneaux à lambeaux charnus , des burrhins, des ibis jadis révérés dans le culte égyptien , et surtout Yombrette à plumage tabac d'Espagne, des spatules, des cigognes, des anostomes, des tantales, des œdienèmes, desgiaroles, y comptent des espèces qui lui sont exclusivement propres, et ce n'est que sur les rivages de la mer Rouge que vivent les dromes au plumage mipartie noir et blanc.
L'Afrique nourrit aussi des oiseaux palmipèdes qui lui sont propres tels sont : les anhinga; et des espèces qui sont répandues suivant les latitudes dans d'autres parties du monde , telles que grèbes, sternes, cormorans, pélicans, rhyn-
cops, pétrels, albatrosses, canards et oies. Les grands palmipèdes marins et antarctiques se réfugient principalement sur l'extrémité australe de ce continent. Jadis vivait aux îles Maurice et Bourbon un grand oiseau, depuis long-temps éteint, et qu'on nommait le dronle; ses débris seuls attestent une existence qui fait lacune dans la grande chaîne des êtres.
Les reptiles ne sont point aussi multipliés en Afrique qu'en Asie et en Amérique. Cependant c'est dans le Nil , c'est dans le Sénégal et le Niger , que se tiennent ces puissans crocodiles jadis vénérés par les Egyptiens. Des serpens venimeux , entre autres le céraste cornu, sont répandus dans le territoire du Cap; des lézards variés, des geckos, des batraciens en petit nombre sont classés dans nos catalogues comme propres à ce contineut, et d'immenses tortues franches, ressources précieuses des navigateurs, fréquentent les attérages et les Ilots volcaniques de l'Océan-Atlantique.
Les poissons africains sont encore très mal connus. Ceux des eaux douces de l'Egypte, étudiés par le savant Geoffroy-Saint-Hilaire, sont parfaitement décrits. C'est là que se rencontrent ce gigantesque et singulier bichir, ces coffres, ces pimélodes nombreux et variés. Les poissons de la mer Rouge , étudiés par Ruppell et figurés dans son grand ouvrage , ressemblent parleurs formes à la plupart des poissons saxatiles des mers chaudes d'Asie, et la plupart se rencontrent même dans les archipels de la Sonde , excepté quelques petits genres particuliers. Les côtes occidentales d'Afrique , baignées par l'Océan-Atlantique, nourrissent les poissons des zones chaudes, tandis que les pays bordés par la Méditerranée partagent ceux des côtes d'Espagne et de France. Enfin les mers australes qu'arrêtent les rivages du Cap- de- Bonne-Espérance produisent les espèces confinées dans toutes les latitudes antarcti-, ques placées au sud des trois grands caps. Les poissons de la côte orientale, entre les tropiques, sont ceux de l'Océan-lndien.
Il en est de même des mollusques, à part les terrestres dont les espèces varient suivant les régions, les coquillages marins de la zone équatoriale sont analogues, sur la côte orientale, à, ceux de l'Océan-lndien. Toutefois, de belles espèces nouvelles se rencontrent chaque jour à Madagascar, et celles des côtes du Sénégal décrites par Adanson, bien que peu nombreuses, ont été mieux étudiées depuis. Dans les eaux douces du Nil vivent ces belles huîtres découvertes par M. Cailliaud et nommées éthéries. Les mollusques des rivages de la Méditerranée ont de l'analogie avec ceux de l'Italie et de la Sardaigne; et c'est encore par essaims que navigue sur cette mer l'ancien murex à pourpre des Romains, qui n'est pas autre que lajanthine, si riche en couleur pourprée et violette. Sur les rochers du cap sont en grand nombre des patelles, des oscabrions, et sur les rivages de la mer Rouge si bien étudiées par M. Savigny , des milliers de doris, d'aplysies, etc.
Les insectes d'Afrique , bien qu'ils aient été l'objet de plusieurs ouvrages, et entre autres de ce-r
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lui de Beauvois , sont si variés, si nombreux en espèces qu'il serait impossible de nommer même les plus intéressantes sans dresser un long catalogue. Ils varient en genres suivant les lieux , les limites géographiques, et par conséquent sont entièrement soumis à l'influence du climat, Parmi les zoophytes , de brillantes actinies, des
polypes de toutes formes , des madrépores ceignent les côtes de l'Afrique. Sur le rivage dans la Méditerranée se pèche le vrai corail , si recherché pour les bijoux de fantaisie dans tout l'Orient. La mer Rouge est hérissée de ces coraux si intéressans pour le naturaliste, mais si redoutables pour le navigateur.
superficie. La surface de l'Afrique peut être évaluée en nombres ronds à 8,500,000 milles carrés.
population. Il parait probable que la population absolue de l'Afrique s'élève à 60,000,000 d'âmes. Divisant ce nombre par 8,500,000 et négligeant les fractions , on aura 7 , quotient , qui représente la population relative de l'Afrique. Maintenant si l'on voulait comparer celte grande division du globe avec les autres parties du monde, on trouverait que l'Afrique occupe le troisième rang sous le triple rapport de la surface , de la population absolue et de la population relative, comme nos lecteurs peuvent s'en convaincre en jetant un coup-d'œil sur le tableau que nous avons donné à la page 37.
ethnographie. L'Afrique est habitée par un grand nombre de nations , dont les langues ont été le sujet de plusieurs importantes recherches dans ces dernières années. Sans entrer dans des détails qui seraient déplacés dans cet ouvrage,
nous nous bornerons à mentionner dans chacune des grandes régions entre lesquelles nous avons partagé cette partie du monde, les peuples principaux, en les classant d'après les différentes langues qu'ils parlent. L'Atlas ethnographique du Globe sera encore notre seul guide ; car au milieu de quelques dénominations nouvelles et de noms parfois étranges, nous n'avons trouvé, dans les descriptions de l'Afrique les plus récentes , aucun fait nouveau assez important pour nous obliger à changer ou même à modifier les classifications que nous y avons proposées. Seulement nous avons rempli ici une partie des lacunes que Finir perfection de l'ethnographie nous avait obligé de laisser subsister dans l'Atlas ethnographique, par quelques faits que nous devons à M. Douville, faits qui d'ailleurs concordent presque entièrement avec les renseignemens que nous avons recueillis à Lisbonne sur les langues parlées dans l'Afrique Portugaise.
TABLEAU
DE LA CLASSIFICATION DES PEUPLES DE L'AFRIQUE d' APRÈS LES LANGUES.
La RÉGION DU NIL offre les familles ou souches suivantes :
Famille Egyptienne : les Coptes, qui sont les descendais des anciens Egyptiens. Depuisl'introduction de l'islamisme en Egypte leur langue a été àpeu-près remplacée par l'arabe jusqu'à ce qu'elle se soit entièrement éteinte vers le milieu du xvn* siècle. Les Coptes sont maintenant très peu nombreux, et, sous le rapport linguistique , ils doivent être regardés comme des Arabes et comme une branche de la famille Sémitique. Il parait cependant que dans les montagnes de Mathmothah, au-dessus du golfe de Cabes, et dans un canton de la Nigritie intérieure , on parle encore cette langue, qui, comme nous venons de le dire, est entièrement éteinte dans le pays qui en a été le berceau.
Famille Nubienne : les Nouba et les Kenouz (Kenous) dans la Nubie. Plusieurs milliers de Kenouz vivent dans les principales villes de l'Égypte, où ils sont connus sous les noms impropres de Barbary , Berbers ou Barabra. Ce sont les traits de ce peuple que, selon M. Champollion et d'autres savans, on rencontre dans les monumens qui représentent les anciens Égyptiens.
Famille Troglodytique : les Bichariens , les Hadendoa, les Hammadeh, les Amarer, etc.; les Adarebs, dont les Bartoum paraissent être la tribu la moins civilisée , mais en même temps la plus puissante ; les Ababdés , confondus à tort avec les Arabes bédouins. Tous ces peuples occupent la partie de la Nubie située à l'est du Nil.
Famille Schiho-Dankali : les Schiho (Shiho) pro-
AFRIQUE
prement dits ; ils habitent près du passage d'Asyouali: el les Hazorta , près de celui de Taranta dans PAbyssinie; les Danakil, peuple nomade qui erre le long de la côte, depuis le Bab-el-Mandeb jusqu'à Arkiko ; on regarde les Dumhoeta comme sa tribu la plus puissante; les Adàiel occupent le pays situé entre le Bab-el-Mandeb et les environs de Zeyla.
Les Chelours (Schilouks), connus aussi sous les noms de Nouba ou Fongi, le long du haut Bahrel-Abiad et dans le royaume de Sennaar, dontils étaient la nation dominante avant la récente invasion des Ottomans.
Les Tcheret-Agow , dans le centre de PAbyssinie ; ils sont braves et bons cavaliers.
Les Fouriens , qui forment la masse principale de la population du Dar-Four.
La REGION DE L'ATLAS n'offre qu'une seule famille , à laquelle appartiennent tous ceux de ses habitans qu'on peut regarder comme indigènes; c'est la
Famille Atlantique : les Amazig , dits improprement Berber ou Berebber, et nommés aussi ^cA//a(Shuluh),Ço6«7-/(Guebalys),etc.; ils occupent les hautes vallées de l'Atlas et une partie des plaines dans l'empire de Maroc, dans le ci-devant état d'Alger et dans celui de Tunis ; ils sont partagés en beaucoup de tribus, dont plusieurs sont entièrement indépendantes. Les TouaryksÇXuzricks), nation nombreuse el guerrière répandue sur toute la partie moyenne du Sabara-, les Tibbos, qui occupent presque toute la partie orientale du Sahara ; les habitans de Syouah et d'Aud-
jelah;\es Chellouhs (Slielluhs), dans la partie méridionale de l'empire de Maroc, où ils vivent presque tous régis par des chefs indépendans.
La REGION DES NÈGRES ou la NIGRITIE présente les familles ou souches suivantes :
Les Volofs ou Iolofs , qui ont la réputation d'être les plus beaux et les plus noirs de tous les Nègres ; ils possèdent les royaumes de Bourb-Iolof, de Cayoretde Baol, et ils forment la masse principale de la population de ceux de Bondou , du Bas- Yanietde Salum.
Famille Mandingo : les Mandingos, nation puissante , assez policée et assez industrieuse , entre les mains de laquelle se trouve presque tout le commerce de l'or et de l'ivoire , et qui faisait naguère presque tout celui des esclaves. Outre le vaste territoire entre la Gambie et le Geba et le pays côtier arrosé par leKissi(Kissee),lesMandingos possèdent dans la Sénégambie les royaumes de Bambouk, de Kasson, de Kaarta, de Barra, de Kollar,de Badibou, du Haut-Yani, du Oulli ou Woulli , le Dentilia et le Kabou ; dans la partie occidentale de la Nigritie-Centrale ( le Soudan- Occidental de nos cartes), les Mandingossont la nation la plus nombreuse du ci-devant empire de Bambara, dont ils étaient le peuple dominant avant son partage ; ils possèdent aussi le Kankan , le Sambatikilia , le Time et autres pays. Les Sousou, nation assez civilisée, qui occupe la côte de la Nigritie- Occidentale (Sénégambie) comprise entre le Rio Nufiez et le Kissi , ainsi que d'autres parties de cette contrée.
Les Foulahs ou Fellatah, dit. aussi Foulans,
Fellans, Poules, etc., nation très nombreuse et très puissante , répandue dans presque tous les états de la Nigritie-occidentale (Sénégambie) , où elle possède le Fouta-Toro , le royaume de Bondou, le Fouta-Djalo (Fouta-Djalon), le Fouladou etle Brouko; dansla Nigritie-Centrale (le Soudan de nos cartes), elle occupe le Ouasselon , le Sangara et autres contrées , ainsi que le vaste empire des Fellans ou Fellatah sur lequel règne Bello.
Les Djalonkés, qui forment une partie considérable de la population du Fouta-Djalo ( Fouta- Djalon), du Kouronia, du Balcya,du Firia, du Sangara, du Soulimana , du Bouré.
Les KissouRS, dans le royaume de Tombouclou, dans la Nigritie-Centrale (Soudan).
Les Kalannas , dans le royaume de Kalanna, dans la Nigritie-Centrale.
Famille Haoussa : les Haoussas , qui composent la masse principale de la population des provinces de Cachenah, Gouber, Kano, Doury et autres du Haoussa, vaste contrée qui forme le noyau de l'empire de Fellans ou Fellatah.
Les Yarrieam , qui sont la nation dominante dans le vaste royaume de Yarriba.
Les Mandaras , dans le royaume de Mandara , dans la Nigritie-Centrale (Soudan).
Les Baghermehs et les Mobbas , qui sont les nations dominantes des deux royaumes de Baghermeh et de Mobba dans la Nigritie-Centrale (Soudan .
Famille Bornouane : les Bornouans, qui forment la masse principale de la population du Bornou proprement dit, et de quelques autres districts aujourd'hui séparés de l'empire de Bornou.
Les Timmanies, établis depuis l'embouchure du Grand-Scarcie jusqu'au cap Shilling ; c'est sur leur territoire que se trouve la colonie anglaise de Sierra-Leone.
Les Boullam , au sud-est des précédens , le long de la côte jusqu'aux frontières du royaume de Cap-Monte, et répandus très avant dans l'intérieur et sur les iles voisines.
Famille Achantie : les Achantis (Ashantees), nation dominante dans l'empire d'Achanti , et les peuples établis dans la plupart des royaumes qui en sont tributaires ou vassaux.
Famille Dagoumba : les Dagoumbas dans le royaume de Dagoumba (Dagwumba) , vassal de l'empire d' Achantie.
Les Akrras ouïnkrans, dans le royaume de ce nom ; ils sont tributaires des Achanties.
Les Kerrapies iKerrapees) , nation assez nombreuse, partagée entre plusieurs petits états presque tous tributaires des Achanties.
Famille Ardrah : les Dahomeys, dans le royaume de Dahomey proprement dit, dont ils sont la nation dominante ; les Judahs, dans le royaume de. Tudah, tributaire de celui de Dahomey ; les Ardrahs, dans le royaume d'Ardrah , tributaire de celui de Yarriba ; les Bénins, dans la plus grande partie du vaste royaume de Bénin , dont ils sont la nation dominante.
Famille Kayli : les Kaylis tKaylees) et les Gungoumes, dans les royaumes de Kayli et de Gungoume dans l'intérieur de la côte de Gabon.
GEOGRAPHIE POLITIQUE
Famille Congo : les habitans du Congo proprement dit , du Sogno (Sonho), de Cacongo, du Loango, du Mayumba, de YOando, etc. , qui parlent différens dialectes de la langue congo ; les habitans du Ho, du Cancobella et du Sala, dont la langue est un mélange de l'abounda et de la congo. M. Douville nous représente le Sala comme un des plus puissans états de cette partie de l'Afrique; nous ajouterons qu'il correspond à l'Ànzico et au Micoco des anciens voyageurs et de nos cartes. Les Molouans, dont le vaste royaume nous paraît être la puissance indigène prépondérante de toute l'Afrique au suddel'éqnateur ; les habitans du Moucangama, du Muchingi, du Humé, du Cassange, du Cutalo, du Ginga, du Holo-ho, du Baïlundo, du Bihé et ceux du royaume d'Jngola soumis aux Portugais ; tous ces peuples parlent des dialectes de la langue abounda. M. Douville regarde les Molouas comme la souche de cette grande branche de la famille Congo ; il les range avec les Bihé au premier rang parmi les Nègres par leur intelligence et leur industrie.
Famille Benguela : les habitans du Benguela, soumis aux Portugais ; ceux du Quisama, du Libolo, du Quigné, du Nano, du Humbé, du Monganguela et autres pays-, ces peuples, selon M. Douville , parlent des dialectes ou des langues qui appartiennent à cette famille.
La REGION DE L'AFRIQUE-AUSTRALE offre les familles ou souches suivantes :
Famille Cafre : les Koussas , les Tambouki et les Mamboukki , dans la Cafrerie Maritime , les Betjouanas subdivisés en Briquas, Tammahas , B arro longs , les Macquinis , les Morolongs et les Gokas , dans la Cafrerie Intérieure.
Famille Hottentote : les Coranas , les Gonaaquas , les Namaaquas , les Dammaras et autres peuples , qui sont les Hottentots proprement dits; ils demeurent dans la colonie du Cap-de- Bonne-Espérance et dans la Hottentotie-Indépendante. Les Saabs dits communément Bosjemanns; c'est le peuple le plus sauvage et le plus abruti de l'Afrique Australe ; il erre sur les frontières septentrionales de la colonie du Cap.
La REGION DE L'AFRIQUE-ORIENTALE offre les familles ou souches suivantes, dont plusieurs cependant appartiennent aussi, par la position du vaste territoire qu'elles occupent , à la Région du Nil , comme les Gallas, et à la Région des Nègres , comme les Nineanaï et les Gingiros.
Famille Monomotapa : les Mongas , qui demeurent aux environs de Sena , dans l'Afrique Orientale Portugaise ; les Bororo , entre Sena et Tete ; les Movizas; les Maravi, qui sont actuellement la nation la plus puissante du ci-devant empire du Monomotapa. Les Macouas, peuple nègre très puissant, qui vit à l'ouest de Mozambique, le long de la côte de ce nom et dans l'intérieur; il paraît s'étendre au nord jusqu'aux environs de Melinde , et au sud jusqu'à l'embouchure du Zambèze. Les MonjouSj une des nations nègres les plus laides; ils vivent dans l'intérieur à côté des Macouas méridionaux. Les Sowaiel ou Sowauli, nation nègre très puissante , répandue le long de
la côte, depuis Magadocho (Magadoxo) jusque vis-à-vis de Mombaza.
Famille Galla : les Gallas, nation nombreuse, puissante et célèbre par ses incursions et ses conquêtes; c'est aujourd'hui le peuple dominant dans une grande partie du ci-devant empire d'Abyssinie ; les Gallas paraissent occuper aussi tout le pays qui s'étend depuis les limites méridionales de l'Abyssinie jusqu'aux frontières occidentales des états situés le long de la côte entre Melinde et Magadocho. Les Mouzimbos ou Zimbes , appelés aussi Marouca, nation nomade qui paraît errer sur les vastes espaces arrosés par le cours supposé du Zebi (Zebee) ; elle a acquis une funeste célébrité par ses terribles incursions faites vers la fin du xvie siècle et poussées jusqu'à Melinde et à Quiloa.
Les Somaulis , le long de la côte d'Aden et répandus dans l'intérieur du grand triangle qui forme cette partie de l'Afrique, et dont le cap Gardafoui peut être regardé comme le sommet.
Les Gingiros qui habitent le royaume de Gingiro , que d'anciennes relationsplacent au sud des montagnes de l'Abyssinie et sur les rives du Zebi.
Les Nineanaï qui occupent le pays de Bomba. Cette identité de nom , combinée avec la position que lui assigne M. Douville, nous paraissent être des motifs assez forts pour nous engager à regarder ce pays comme identique avec le Mani-emougi, sur lequel les plus célèbres géographes n'ont proposé jusqu'à présent que des doutes ou des conjectures. C'est le Mohenemugi de Battel et le pays des Niemiemay de Dapper.
Outre ces peuples qu'on peut regarder comme indigènes de cette partie du monde , l'Afrique en possède plusieurs autres qui , à différentes époques, s'y sont établis, et dont quelques-uns sont devenus même très nombreux et puissans. C'est ainsi que les peuples de l'Abyssinie qui parlentles langues gheez ou ligré dans le royaume de Tigré, el amhara, dans les royaumes d'Amhara, d'Ankober, d'Angote, dans la province de Lasta et autres, appartiennent incontestablement à la souche Sémitique et paraissent s'y être fixés bien avant les temps historiques. Les Arabes , à une époque très ancienne , et plus tard, pendant les grandes conquêtes des premiers successeurs de Mahomet , envahirent la Région du Nil et celle du Maghreb (Sahara-Atlas) et de là se répandirent dans la Nigritie (Soudan), où on les trouve en grand nombre ; dans la suite des temps , ils sont parvenus à introduire exclusivement leur langue dans plusieurs contrées , telles que l'Egypte , une grande partie de la Nubie , surtout le long du Nil danslespays de Chendy, de Damer, de Scheygya, etc., dans toutes les villes des Etats Barbaresques, dans une grande partie des campagnes qui lei environnent et dans la partie occidentale du Sahara; cette nation s'est aussi établie dans quelques états de la Nigritie-Occidentale ( Sénégambie) et dans plusieurs états de la Nigritie-Centrale ( Soudan ) , tels que le Dar-Four , le Mobba , le Baghermeh, l'empire de Bornou et même de l'empire des Fellans ; on rencontre encore des Arabes sur presque toute la Côte-Orientale , dans
AFRIQUE
les ïies qui en sont voisines , dans le groupe des Comores et sur la côte occidentale de la grande île de Madagascar. Plus tard les Osmanlis, qui appartiennent à la souche asiatique Turque , se sont établis comme nation dominante dans la partie inférieure de la Région duPsil et dans les régences d'Alger, de Tunis et de Tripoli dans la Région du Maghreb.
Les Madecasses ou Malgaches , qui forment la grande masse de la population de l'île de Madagascar; ils appartiennent incontestablement à la grande souche Malaie que nous verrons répandue d'un bout à l'autre de l'Océanie; mais leur arrivée dans cette île est antérieure aux temps
historiques. Nous indiquerons ailleurs les prin cipaux peuples entre lesquels celte nombreuse nation est partagée.
L'Europe, depuis les Grecs et les Romains, ensuite à l'époque des grandes découvertes géographiques et depuis lors jusqu'à nos jours, a fourni beaucoup de ses habitans à l'Afrique : les Portugais, les Espagnols et les Français qu appartiennent à la souche Gréco-Latine-, et les Anglais , les Hollandais , les Danois et le» Anglo-Américains qui sont compris dans la Famille Germanique , sont les seuls peuples européens ou d'origine européenne qui possèdent des établissemens en Afrique.
religion. Le Fétichisme est la religion prême ; et les Agows , qui demeurent
du plus grand nombre des habitans de près des sources du Nil en Abyssinie ,
l'Afrique , puisque c'est la religion que sacrifient depuis un temps immémorial
professent encore presque tous les Ne- au génie de ce fleuve. Les récits du
gres, quelques peuplades de la famille Maure Sydy Hamed nous représentent
Atlantique et presque tous les indigènes les habitans de Wassenah adorant la
de Madagascar. Ces nations abruties, qui lune, ainsi que plusieurs peuplades de
voient dans les objets les plus communs la Nubie et d'autres contrées de la Région
qui les environnent des sujets de leur du Nil et de l'Afrique-Intérieure ; ceux
adoration, paraissent généralement ad- des environs du cap Mesurado, en Gui-
metlre un bon et un mauvais prin- née, adorent le soleil. Des arbres , des
cipe; ils ont des jours heureux et mal- pierres, la lune et quelques astres
heureux ; leurs prêtres sont des jongleurs sont les objets du culte des féroces et
adroits qui prétendent préserver les puissans Gallas. Quelquefois les Nègres
hommes et les animaux de l'influence des se font des idoles à face humaine ; et
mauvais esprits. Quelques-uns de ces le capitaine Tuckey et le docteur Smith
peuples ont un fétiche national et su- furent surpris de voir ces idoles avoir,
prême : les Ouidah ou Widah, par sur les bords du Zaïre dans l'intérieur
exemple, adorent le serpent ; un ordre de l'Afrique, des figures européennes et
de prêtres et des jeunes filles sont des- ressembler aux Egyptiens, ou plutôt aux
tinés à servir ce monstre dans une espèce antiques figures des Etrusques. Les Bet-
de temple , où il est somptueusement jouanas ont une espèce de pontife qui est
nourri. Les féroces Bissagos adorent le la personne la plus importante après le
coq ; les Bénin, qui regardent leur pro- roi. A Dagoumba il y a un oracle très
pre ombre comme un fétiche, ont pour renommé, ce qui rend cette ville de la
idole principale, outre leur roi , un lé- Guinée-Intérieure l'entrepôt d'un grand
zard. Le fétiche principal des Achanties commerce. Les Jagas de Batlel qui , d'a-
est le fleuve Tando celui des habitans près ce que nous avons dit ailleurs ,
duDankas, le fleuve Cobi , tandis que étaient purement des nations appartenant
le Rio-Volla ou Adirray (Adieri) l'est à la famille congo , commandées par des
des habitans d'Odentie. Dans PAkkra, la chefs portant le titre de Jagas , avaient
hyène, à Dixcove et Anamabou, Yalli- un grand-prêtre qu'ils nommaient Chi-
gator, à Lssue, le chahal, et dans toute tome ; ils le révéraient comme les Kal-
l'Achantie , le vautour, sont adorés muks et les Tibétains adorent le Dalaï-
comme des divinités. Viguana est le lama ; ce pontife demeurait dans un pays
grand fétiche de Bonny et le requin réputé saint et près d'un temple où l'on
celui des Calabars, tandis que celui des entretenait toujours un feu sacré avec le
Dahomey est tantôt un léopard et tan- plus grand soin. La religion du royaume
tôt une panthère , auxquels on immole de Magadocho parait être un mélange
tous les ans des victimes humaines. Les de mahométisme et de paganisme.
nègres qui habitent près des cataractes hidolâlrie, mêlée avec quelques notions
de la Bousempra sur la côte d'Or, révè- sur des bons et des mauvais anges em-
rent ces cascades comme leur idole su- pruntées aux Arabes, paraît former les
GEOGRAPHIE POLITIQUE
différentes croyances religieuses des peuples de Madagascar. A Noki, dans le Loango, on voit un mélange monstrueux de christianisme et de fétichisme.
Nous ajouterons ici quelques faits curieux que nous devons à M. Douville.
Selon ce voyageur, les Cassange, les Molouas , les Muchingi , les Moucangama et autres peuples de la Nigritie- Australe réunissent, comme tant d'autres nations de la Nigritie - Centrale , aux superstitions de l'idolâtrie, l'horrible pratique des sacrifices humains , et ce qui est encore plus extraordinaire, quoique très hospitaliers et d'un caractère doux, ces peuples sont anthropophages .
Cette bizarrerie atroce est chez eux La conséquence d'une croyance religieuse.
Nous avons vu à la page 724 qu'une superstition à-peu près semblable engage les Bhinderwas à tuer et à dévorer leurs parens malades ou les vieillards infirmes ; nous verrons plus loin que chez les Battas , une des nations les plus policées de l'Océanie , Y anthropophagie est recommandée par leur code criminel. A quels horribles travers d'esprit n'est pas exposé l'homme lorsqu'il est abandonné à lui-même ! Chez les peuples du Congo que nous venons de nommer , les sacrifices humains, dit M. Douville, n'ont lieu qu'à l'occasion de l'avènement d'un souverain ou à celle de quelque grande maladie épidémique. La victime est toujours choisie hors du pays et autant que possible à une grande dislance du lieu du sacrifice ; elle doit être un jeune homme ou une jeune fille, et doit ignorer le sort qui l'attend jusqu'au moment d'être immolée. La peine de mort attend irrévocablement celui qui le lui révélerait. Dans l'intervalle on en prend le plus grand soin et on tâche même de l'engraisser par tous les moyens possibles. Le moment fatal arrivé, on la tue subitement au milieu de la plus grande solennité et en présence du roi , des nobles et de tout le peuple convoqué dans ce but. Son corps est ordinairement coupé en quatre parties et grillé immédiatement pour être distribué aux assistans selon leur rang, et mangé sur-le-champ.
La Religion Mahométane est après l'idolâtrie celle qui compte le plus grand nombre de disciples. Elle est dominante dans tous les grands états de la Région du Maghreb ; dans la meil'eure portion de
la Région du Nil , c'est-à-dire l'Egypte, la plus grande partie de la Nubie et dans la Troglodytique, quoique dans cette dernière contrée les Ababdès soient des mahométans peu rigides, et que les Danakil n'aient ni prêtres ni mosquées. L'Islamisme est aussi la religion que professent les habitans de plusieurs états de la Côte-Orientale et une grande partie de la population de l'empire de Bornou, du Dar-Four, du Mobba , du Baghermeh , de l'empire des Fellans ou Fellatah , des royaumes de Ten-Boktoue (Tombouctou), du Bas-Bambara , du pays des Dirimans et autres contrées de la Nigritie-Centrale (Soudan). Les Foulahs du Fouta-Toro et du Fouta-Djalo , presque tous les Mandingos et les Sousous sont non-seulement mahométans , mais le sont même avec beaucoup de fanatisme. Les Mandingos ont propagé l'islamisme jusqu'à Sierra-Leone d'un côté, et de l'autre jusqu'à Dahomey. Il faut cependant faire remarquer que les Mandingos du Dentilia sont encore idolâtres , ainsi que la grande masse des habitans des pays où ils ne sont que la nation dominante ; et que les Foulahs du Ouasselo (Ouassellon) et du Sangarari sont encore païens. La plupart des habitans du royaume de Cayor dans la Sénégambie professent l'islamisme , tandis que la famille royale est encore idolâtre, d'un autre côté la masse de la population du royaume de Dagoumba (Degwumba) adore les fétiches ; mais le roi et les principaux personnages de sa cour suivent les préceptes du Coran ; enfin , un petit temple en pierres , qui peut-être existe non loin du lac Djébou (Dibbie) dans la Nigritie-Centrale (Soudan) remplace pour une partie des mahométans de l'Afrique, le fameux pèlerinage de la Mecque.
Le Christianisme compte un assez grand nombre de croyans, mais ils sont partagés entre différentes églises. Appartiennent à l 'Eglis e Grecque ou Orient al e tous les Coptes: ou Monophysites de l'Abyssinie , où ils forment la grande masse de la population, et presque tous les 80,000 individus Coptes qui, selon M. Scholz , vivent actuellement dans l'Egypte. Mais nous rappellerons que le Christianisme des Abyssins est mêlé à beaucoup de pratiques et de superstitions , restes du paganisme. Le serpent est chez eux en grande vénération , et selon Pearce , celui qui tue un
AFRIQUE
de ces reptiles sacrés est puni de mort. Vient ensuite VEglise Catholique, à laquelle sont attachés les habitans de l'Afrique-Espagnole, un nombre assez considérable de ceux qui vivent dans l'Afrique-Portugaise et Française , et quelques Coptes en Egypte. Une partie de ceux qui demeurent dans les colonies Anglaises, Danoises, Hollandaises et Anglo-Américaines de l'Afrique, appartiennent aux Eglises Luthérienne et Calviniste.
Le Judaïsme est professé par un grand nombre d'Israélites répandus dans les Etats Barbaresques , dans l'Afrique-Ottomane et l'Abyssinie.
Le Magisme compte quelques Guebres établis à Mosambique , où ils font les plus importantes affaires commerciales.
gouvernement. Toutes les formes de gouvernement avec leurs nuances différentes se trouvent en Afrique. Le petit état arabe de Damer, dans la Nubie, offre une théocratie monarchique; le Fouta- Toro et le Fouta-Djalo (Fouta-Djalon) , dans la Nigritie Occidentale (Sénégambie), offre des théocraties oligarchiques; et le nouveau royaume de Sous, dans la région du Maghreb, une oligarchie féodale.
Nous ajouterons que l'islamisme adopté par les populations noires les pousse à renverser leurs monarchies absolues et guerrières , pour leur substituer des gouvernements théocratiques avec des formes oligarchiques . L'empire de Bornou présente la singularité d'un cheikh guerrier, qui est le véritable souverain, et d'un sultan, qui jouit des honneurs attachés au trône , mais dont l'autorité est nulle ; c'est à-peu- près ce que nous avons vu au Japon. Le gouvernement de Maroc, de Bénin, du Yarriba, du Bourb- Iolof, de Bondou , du Dar-Four, de l'empire des Fellans et d'un grand nombre d'autres pays est despotique. Le royaume de Dahomey gémit même sous un despotisme comme on en trouve peu d'exemples sur le globe : tous les premier-nés mâles appartiennent au roi, qui les fait élever publiquement; ce monarque a même le monopole de toutes les femmes de son royaume, et chaque nègre qui veut se marier doit lui payer 20,000 cauris pour recevoir une épouse. Le roi de Moropua est peut être le plus absolu de tous les monarques de la terre, puisqu'il prescrit à ses sujets même le temps pendant
lequel ils doivent s'amuser. Plusieurs souverains de la Guinée et celui de Gingiro dans l'Afrique-Orientale exercent sur leurs sujets le pouvoir le plus absolu ; pour satisfaire leur cupidité , ils envoient leurs satellites voler des hommes dans les habitations qu'il leur plaît de choisir, et livrent ensuite ces infortunés aux marchands en échange des objets qu'ils veulent acheter. Les peuples de l'Abyssinie, les Ovas (Hovas), les Antancayes, les Seclavesetautres deraoe malaisienne , à Madagascar , gémissent sous le double joug du despotisme et du régime féodal.' Dans cette île , comme dans la Polynésie , le droit de tuer certains animaux et de manger certaines viandes est réservé aux classes supérieures. Nous rappellerons même que les Guanches des Canaries étaient jadis opprimés par le gouvernement féodal le plus iyrannique ; leurs achimenceys ou nobles étaient les seuls qui eussent le droit de posséder des terres.
Le sultan du Mobba ou Saley , dans la Nigritie-Centrale (Soudan}, et celui d'Ànjouan, dans l'archipel de Madagascar, ne jouissent que d'une autorité très bornée. Dans le Bambouk et. en beaucoup d'endroits le long des côtes de la Guinée, les principaux chefs des villages forment , à côté d'un monarque électif, des aristocraties turbulentes et désastreuses. Le puissant royaume d'Achanti offre une monarchie mélangée d'aristocratie, dont le pouvoir suprême réside entre les mains d'un roi, de quatre chefs et de l'assemblée des capitaines. Le gouvernement de Sennaar avant les derniers évènemens était absolu, quoiqu'un conseil des grands de l'état eût le droit de déposer le roi et même de le condamner à mort. Le gou- , vernement des Mandingos du plateau de la Sénégambie est républicain, tandis que dans leurs colonies il est aristocratique, et dans leurs pays conquis il est monarchique limité par un conseil de vieillards. Les Sousous forment une sorte de confédération républicaine , remarquable par le pourrah, association secrète , semblable au tribunal vehmique du moyen âge, et destiné à maintenir l'ordre et la justice; cette singulière institution ressemble beaucoup au bellipaaro des Sokkos. Les florissantes villes de Cavally et de Lahou , sur !a côte de l'Ivoire , celle de Bonny sur la côte des
GEOGRAPHIE POLITIQUE
j Esclaves et le Pays des Camerones , sont des républiques oligarchiques. La grande famille des peuples cafres est régie en général par un gouvernement monarchique modéré ; chaque tribu a ordinairement son chef héréditaire. Plus d'un quart de la population de l'empire de Maroc, c'est-à-dire la plus grande partie des Amazirgh ou Bereber et plusieurs tribus des Chellouques (Chillah) vit indépendante dans les vallées de l'Atlas, régie par des chefs qui exercent sur ces peuples une autorité plus ou moins étendue, mais toujours modérée. On doit dire la même chose de plusieurs chefs des tribus, soit Arabes, soit Atlantiques qui vivent dans la partie méridionale du cidevant Etat d'Alger, et de quelques autres peuplades de la région du Maghreb, dont l'autorité est très bornée. Le gouvernement des différentes tribus qui errent dans la Troglodytique est patriarcal , comme celui des Arabes Bédouins et de la plupart des tribus maures du Désert. Le Borgou forme une espèce de confédération de petits rois, dont celui de Boussa est le chef principal ; cela ne les empêche pas de se faire quelquefois la guerre entre eux. Les nations noires de l'île de Madagascar, tels que les Antavarts, les Bestimesseras, les Antaximes, les Ambanivoules , etc., forment en quelque sorte des républiques où l'autorité suprême réside , dans les cabares ou assemblées publiques ; les conquêtes de Radama ont modifié cette forme de gouvernement dans les territoires qu'il a réunis à son royaume, et qui sont maintenant gouvernés par sa veuve. Les Etats Barbaresques présentaient sous différentes formes toutes les nuances du despotisme et de ^anarchie militaire. Les Quaquas , qui demeurent à l'est du cap Lahou dans la Guinée , sont divisés en castes comme les Hindous et les anciens Egyptiens. Tandis que les Arabes d'Egypte sont très attachés à la distinction des rangs . transmise par leurs ancêtres, les Turks et les Mamelouks, que le vice-roi d'Egypte a détruits, n'estimaient que les qualités personnelles ; la même opposition se trouve parmi les Maures et autres peuples qui n'admettent aucune distinction fondée sur la naissance, et parmi les Abyssins, les Malais de Madagascar et autres nations, chez qui la naissance donne les
plus grands privilèges à certaines classes. Nous verrons dans la description de l'Egypte le gouvernement que Mohamed- Ali a donné à ce pays classique.
Les observations sur le gouvernement des peuples de la Nigritie-Méridionale que nous devons à M. Dou ville sont trof neuves et trop piquantes pour ne pas trouver place dans cet article. Tous les principaux peuples de celte vaste contrée ont un gouvernement monarchique plus ou moins remarquable par ses formes. Le souverain gouverne d'après des lois fixes , mais il est luimême sous le joug de ces lois, parce que les grands de l'état peuvent convoquer le peuple en assemblée générale , pour le déposer s'il y manque. Chez les Dembos , comme chez plusieurs autres peuples de cette partie de l'Afrique , la noblesse est la récompense de certaines actions déterminées. La couronne est héréditaire , mais avec restriction : si l'héritier a commis quelque action avérée qui le rende indigne de gouverner , les deux premiers nobles, qui ont le titre de censeurs et dont le pouvoir est très grand , peuvent convoquer le peuple en assemblée générale; celle-ci juge l'affaire à la majorité des voix , et si le crime est prouvé , elle prononce la déchéance et choisit à la majorité un autre successeur. Le choix tombe ordinairement sur l'individu dont le mérite est le plus éclatant. Dans cet état ainsi que dans plusieurs autres, le peuple paie un tribut si modique , qu'il ne suffit pas à la subsistance de la famille et de la cour du souverain. Plusieurs de ses femmes sont obligées de se mêler au reste du peuple pour cultiver quelque coin de terre. D'ailleurs , celles des nobles travaillent pour subvenir à l'entretien de leurs maris, qui, dit ce voyageur, n'ont acquis avec le titre de noblesse, ni le droit de vexer le peuple, ni la possession des terres qui appartiennent au souverain ; celui-ci les distribue à chacun selon Pétendue qu'il peut cultiver. Dans le gouvernement de presque tous ces pays le droit d'élection appartient au peuple; chez presque tous, la souveraineté est intronisée dans la personne de celui qui en est reconnu le plus digne.
industrie. Quoique les nations les plus policées de l'Afrique soient bien loin d'égaler celles de l'Asie sous le rapport de
AFRIQUE
l'industrie, elles ne sont pas en général aussi abruties qu'on le croit communément. Les Ovas de Madagascar paraissent être le peuple le plus industrieux nonseulement de cette grande lie , mais aussi de toute l'Afrique , l'Egypte et les états Barbaresques seuls exceptés ; ils travaillent les métaux presque aussi bien que les Européens, et contrefont avec la plus grande facilité la plupart des objets de fabrique étrangère qu'on leur montre ; iis font des étoffes très belles et d'une longue durée, et ces toiles de câlin qui sont si estimées. Les habitans des principales villes de l'Egypte et des états Barbaresques , des royaumes d'Ardrah, de Dagoumba , des empires d'Achanti, de Bornou et autres états exercent plusieurs métiers et excellent dans la fabrication de plusieurs étoffes et dans la préparation des peaux; le district de Talilet et plusieurs villes de l'empire de Maroc, ainsi que le Kachenah dans l'empire des Fellans(Foulans ) , sont renommés par la beauté de leurs maroquins et par la préparation des peaux. Depuis quelques années surtout, les filatures de coton de Damielte, Mansourah, Mahallet-el-Kebir, Fouah , Benelasul, Mitcamer, etc., dans la Basse- Egypte ontacquis une grande importance.
A l'Ile deZerbi, dans l'état de Tunis, on l'ait des étoffes de laine, de lin et des châles, qui sont recherchés dans tout le nord de l'Afrique. Les Nègres sont en général mauvais chasseurs , excellens pécheurs, assez bons forgerons et habites orfèvres ; ils savent donner à l'acier une bonne trempe et réduire ie fil d'or à une extrême finesse. Les Foulahs ou oulans et les Sousous fondent le fer et l argent, travaillent très habilement le bois et la peau , et tissent des étoffes. Chez les Bamboukains, les Eyos (Eyéos), les Kaylis (Kaylees) , les Bornouans , les Baghermeh et plusieurs autres peuples, l'art du tisserand est porté à un certain degré de perfection. Les habitans de Loggoun dans l'empire de Bornou fabriquent les toiles de coton les plus belles et du tissu le plus serré de tout ce vaste état. L'orfèvrerie de tout PAchanti , du Dagoumba , de Chendy , de Djinie , de Tombouctou et d'autres contrées et villes de l'intérieur de l'Afrique jouit d'une grande célébrité sur tout ce continent ; ce travail est d'un fini admirable et ressemble aux ouvrages de filigrane. Les
Betjouanas sont assez bons forgerons , armuriers, potiers et sculpteurs ; les Maquinis, qui appartiennent à la même souche , sont encore plus avancés; ils tra- , vaillent le fer , le cuivre et l'ivoire. On dit que les habitans de Haoussa fabriquent eux-mêmes leurs fusils. Les Mayomba dans le royaume de Loango, les Molouas, les Bororos, les Maravi et autres nations | de l'Afrique-Transéquatoriale, exploitent des mines de cuivre qu'ils savent travailler. Les Molouas, les Bihé , les Holo-ho et autres peuples de la Nigritie-Méridionale , excellent surtout dans la fabrica- ; tion des pagnes, des nattes et des corbeilles qui sontexportées dans tout l'intérieur de cette partie de l'Afrique. Quelques tribus des Maures du Sahara sont d'assez bons tisserands , armuriers et orfèvres.
Les habitans d'Ouidah dans la Guinée, et f les Molouas dans le Congo, savent même j tailler les pierres fines pour en faire des pendans d'oreilles, des bracelets, etc. On dit qu'à Bornou il y a des graveurs en pierres fines et en cachets.
commerce. Malgré les obstacles que le manque de fleuves navigables, les montagnes et les déserts opposent au commerce en Afrique, cette partie du mon le n'en offre pas moins dès la plus hanic antiquité un mouvement commercial intérieur très vaste , et qui forme un des traits les plus caractéristique^ de ce continent. Tombouctou, Djinie et les autres villes centrales de la INigritie sont le but des caravanes qui partent tous les ans des extrémités de l'Afrique pour échanger les produits des contrées ex- . térieures et ceux de l'Europe et de l'Asie, contre les produits de l'Afrique-Intérieure. Mourzouk dans le Fezzan etCobbé dans le Dar-Four, sont comme les deux ports septentrional et oriental de la INigritie. Il faut y ajouter depuis quelques ! années Audjelah , dont les habitans sont ! devenus les courtiers d'une grande partie ' du commerce de la Nigritie -Centrale (Soudan) avec l'Egypte et l'état de Tripoli. Depuis que les Marocains ont perdu leur influence politique sur Tombouctou, les Arabes du nouvel état de Sous se sont emparés de tout le commerce que cette ville faisait avec l'empire de Maroc , et sont devenus , comme les Fezzaniens au nord et les Fouriens à l'est , les agens immédiats des rapports commerciaux de la Nigritie-Centrale avec l'Afrique-Sep-
GEOGRAPHIE POLITIQUE
tentrionale. Les Foulahs et les Sousous , et surtout les Mandingos, font le commerce du côté de la Sénégambie, les Dagoumba et les Achantis du côté de la Guinée. Dans la région du Nil, le Caire est le grand entrepôt du commerce qui se fait entre l'Asie et l'Afrique ; cette grande ville, par le moyen des habitans des oasis d'Audjelah et du Fezzan, du Dar-Four , et des marchands de Chendi et de Damer, étend ses relations commerciales avec les villes de Tunis, Alger, Fez, Maroc, les grandes villes de la Nigritie-Centrale, de la Nubie et de l'Abyssinie. La ville de Chendi elle-même était devenue depuis quelque temps le grand entrepôt de l'Afrique-Orientale , entre la Nigritie-Centrale, l'Abyssinie, la Nubie, l'Egypte et l'Arabie , de même queCoummassie Test devenu de nos jours entre la Nigritie-Centrale et la côte de la Guinée ; mais le commerce de la première est beaucoup déchu dans ces dernières années à cause des guerres qui ont désolé presque toute la Région du Nil.
Généralement parlant, on peut dire que le commerce est , jusqu'à un certain point, l'occupation principale de plusieurs peuples de l'Afrique. Sans parler des Juifs, répandus dans une grande partie de ce continent, et des Mandingos , des Fezzaniens , des Fouriens et autres déjà mentionnés , il nous semble qu'on doit regarder comme tels les suivans : les Serakhalés (Serracolets) dans la Nigritie-Occidentale (Sénégambie), où depuis long-temps ils sont renommés par leur adresse et leur intelligence; les Somaulis, qui possèdent plusieurs vaisseaux et échangent les produits de l'Abyssin ie-Méridionale et de l'extrémité orientale de l'Afrique avec ceux de l'Arabie. Les Ghïbberti, qui ne sont pas une nation particulière comme on le croit communément, mais bien des Arabes établis dans la Troglodytique au milieu des Dankalis, et qui sont les courtiers de presque tout le commerce de l'Abyssinie avec l'Asie ; les Movizas , qui sont tributaires des Cazambes et font presque toutes les affaires commerciales de Pin— téiieur du Monomotapa. Il est aussi curieux de voir les Laoubés, établis parmi les Iolofs , avoir des mœurs et des usages qui ressemblent à ceux des Bo- ' bémiens; et les Krous (Kroos) de la côte des Graines , ainsi que d'autres nègres
côtiers qui demeurent entre le cap Ste- Anne et le cap Palmas , quitter pendant quelque temps le pays pour exercer le commerce ou bien pour s'engager comme matelots sur les vaisseaux européens , comme aussi de voir un grand nombre de Foulahs et de Ke'nouz (Kensi) faire dans l'intérieur de l'Afrique et en Egypte ce que font en Europe les Savoyards, les Auvergnats, les Tyroliens, les Gallegos . les habitans du Frioul, du pays de Fouldï et autres montagnards actifs et laborieux. '
Les villes les plus importantes de l'Afrique sous le rapport du commerce sont : Fez, Maroc, Mogador et Tanger, dans l'empire de Maroc ; Alger, maintenant dans l'Afrique-Française ; Tunis et Tripoli, dans les étals de ce nom ; Mourzouk elGadatne's, dans l'état de Tripoli; le Caire, Alexandrie , Chendy, Damer, Sennaar, Souakin, Cosseïr et Mas~{ souah , dans l' Afrique-Ottomane; Adowa, dans l'Abyssinie ; Angornou et Bornou , dans l'empire de Bornou ; Kano , Sackalou et Kachenah, dans l'empire des Felans ; Koulfa, dans le Nyffé ; Coummassie , Grand-Bassan , Cap-La hou , Ya?idi, etc., dans l'empire d'Achanti ; Tombouclou, Djmie, Sego, Sansanding , Kankan , etc., dans la Nigrilie-Centrale-Occidentale ; Bonny , Calabar, etc., dans la Guinée; Cassange , Yanvo , Bihé , Baïlundo , Missel, Holo-ho, etc., dans l'intérieur, et Cabinda, Ambriz , etc. , sur la côte de la Nigritie-Méridionale (Congo) ; St~ Louis (Sénégal), et St-Denis ''île Bourbon) , dans l'Afrique-Française ; Free- Toivn, Cap-Corse , Le Cap et Port- Louis (lie de France) , dans l'Afrique- Anglaise ; Orotava et Santa-Cruz , dans l'Afrique -Espagnole ; Funchal , Praya } St- Paul de Loanda , Benguela , Mozambique , etc., dans l'Afrique-Portugaise; Elmina, dans l'Afrique-Hol landaise ; Christiansbourg , dans l'Afrique-Danoise ; Berbera , dans le Pays des Somaulis ; Tamatave , Foulepointe , etc., dans l'Ile de Madagascar.
Les marchandises les plus recherchées dans l'intérieur de l'Afrique sont : les pistolets , les fusils , les sabres ; les verroteries de Venise , dont on importe encore des quantités incroyables ; les étoffes grossières en laine, les soieries 9
AFRIQUE
la poterie, le cuivre jaune, les cotonnades imprimées , les mousselines rayées , le papier à écrire, le corail , les rasoirs , le sel, les parfums et les épices. Les principales importations dans les autres pays de cette partie du monde, outre presque tous les articles sus-mentionnés. sont : étoffes de l'Inde , chales , eau-devie, rhum, quincaillerie et en général un grand nombre d'articles des fabriques européennes. Les principaux articles ^'exportation sont : poudre d'or, ivoire, riz , froment , gomme , poivre , plumes d'autruche, peaux non préparées, cuirs, maroquins, coton, indigo, dattes, séné, cire, aloés, cuivre, natron, sel, vin de Madère, des Canaries et du Cap, orseille et plusieurs articles coloniaux des lies possédées par les Européens. Nous regrettons d'avoir encore à ajouter à ces articles celui des esclaves , qui avant l'abolition de la traite était la branche principale du commerce de l'Afrique , et qui , malgré toutes les défenses et les croisières, continue encore et se fait sur les côtes occidentale et orientale avec la plus grande activité ; selon M. Grâberg, ce commerce infâme s'est même ouvert un nouveau débouché sur la Méditerranée par le port de Tripoli. Quant au commerce des esclaves qui a lieu par terre , non-seulement il continue toujours, mais il paraît même qu'il est devenu plus considérable depuis que celui qui se faisait par mer souffre des entraves. Plusieurs princes mahométans , tels que le cheikh de Bornou , les sultans de Baghermeh et de Dar-Four, ainsi que plusieurs autres ne se font aucun scrupule d'attaquer les villages des nègres idolâtres pour en faire des esclaves et les vendre ; cette chasse aux hommes est ce qu'ils appellent une yhazîe, du mot arabe qui signifie guerre contre les infidèles ; mais ce qui est encore plus horrible , c'est de voir les chrétiens d'Abyssinie courir , eux aussi , sur les malheureux Changallahs pour avoir des esclaves.
L'Afrique qui vit s'élever sur ses côtes la superbe Carthage , la première puissance maritime de P Ancien-Monde ; l'Afrique, qui vit ses ports remplis de flottes nombreuses, qui lui assuraient la souveraineté des mers , et dont plusieurs expéditions devaient découvrir de nouvelles contrées et ouvrir de nouveaux débouchés à son commerce ; l'Afrique
n'offre maintenant aucun peuple qui mérite le nom de puissance maritime. Les Africains les plus civilisés ignorent àpeu-près la construction des vaisseaux , et les despotes barbaresques et le pacha d'Egypte doivent à des ingénieurs européens presque tous les bàtimens de guerre qu'ils possèdent. Les Bissagos, les Bonny etquelquesautres peuplades delà Nigritie- Maritime, les féroces corsaires de l'extrémité septentrionale de Madagascar, sont, avec lesSomauïis, les seuls Africains qui connaissent un peu la navigation ; encore , à l'exception de ceux-ci , qui sont de paisibles marchands, ce n'est que pour exercer la piraterie que ces peuples construisent quelques grands canots. Ceux des Bonny sont les plus forts ; ils peuvent porter 140 hommes et ont souvent un canon de gros calibre monté sur l'avant. Les corsaires qui vivent dans les lies du lac Tchad ou de la mer de Bornou dans la Nigritie-Centrale (Soudan), ne sont pour ainsi dire navigateurs que pour être les pirates de l'Afriquelntérieure.
Parmi les différentes monnaies qui ont cours en Afrique, le sel, le tibbar et les cauris méritent de fixer notre attention ; la première parce qu'elle nous rappelle l'enfance des sociétés et du commerce ; les deux autres par les grandes différences qu'elles offrent sous le rapport de la valeur qu'on leur accorde dans cette partie du monde, comparée avec celle qu'elles ont dans les autres. Le tibbar ou la poudre d'or , dont la plus grande partie se recueille dans la Nigritie-Centrale (Soudan), a cours sans exception dans presque toute l'Afrique , ou dans les endroits les plus abondans en or, par exemple à Sansanding; la valeur de ce métal est à celle de l'argent comme 1 ± à ïi tandis qu'au Japon elle est comme 12 à i et en Europe comme 15 à 1. Le manque de mines de sel dans plusieurs pays de l'intérieur de l'Afrique, et la difficulté du transport de cet article si nécessaire à l'homme, en élève tellement le prix, que le sel y sert de monnaie dans un grand nombre de contrées. Dans le pays des Mandingos, par exemple, un morceau de sel , long de 2 pieds 1/2, large de 1 pied 2 pouce et épais de 2 pouces vaut, selon Mango-Park, de 1 jusqu'à 2 livres sterling ou de 25 à 50 francs ; dans le Dar-Kulla , selon Browne, 12 livres de sel équivalent
à un esclave de quatorze ans ; selon M. Sait, au marché d'Antalow dans le Tigré, 2 à 3 livres de sel ont la valeur d'un trentième de dollar ; plus loin cette valeur augmente à proportion de la distance, jusqu'à ce que le sel y soit changé, selon Alvarez, contre un poids égal d'or. Dans l'intérieur de la Nigritie-Méridionale (Congo), selon M. Douville, un morceau de sel coupé en forme quadrangulaire et long de 8 à 9 pouces pesant environ 3 onces vaut de 2 à 3 francs. Les cauris , dont la valeur est tout-à-fait arbitraire et qui remplacent le biilon sur les bords du Gange, dans le Haut-Tibet et dans le royaume de Kaboul, sont la monnaie la plus commune dans la Nigritie- Centrale (Soudan et Guinée) et sur le plateau de la Sénégambie ; mais elles paraissent n'avoir plus de cours dans la Nigritie-Méridionale, où M. Douville ne les a jamais rencontrées dans les transactions commerciales. Ces jolies petites coquilles qu'on pèche dans les parages des îles Maldives, ont dans l'intérieur de l'Afrique une valeur presque dix fois plus grande qu'au Bengale ; dans cette dernière contrée 2400 cauris équivalent à 1 shilling ou 25 sous de France, tandis qu'à Kachenah et à Sego H n'en faut que 250 pour représenter la même valeur. On doit ajouter que la principale monnaie courante de PAbyssinie consiste en pièces de coton de la valeur d'un dollar ; quand il s'agit de sommes moins considérables, on coupe ces pièces dans la proportion convenable.
état social des africains. Nous empruntons à notre Tableau Physique , Moral et Politique des cinq parties du Monde les fragmens suivans ; ils offrent quelques-uns des traits principaux delà civilisation de l'Afrique. Réunis aux faits que nous avons exposés en parlant de l'industrie , du commerce, du gouvernement, de la religion et à ceux que nous avons intercalés dans les articles de la topographie, ils forment un ensemble qui nous parait assez complet pour donner au lecteur le moyen de comparer sous cet important point de vue, les peuples de l'Afrique avec ceux des autres parties du monde,
L'Afrique présente plusieurs grands foyers de civilisation indigène et quelques autres qu'elle doit à l'Europe et à l'Asie. Le premier et le plus ancien, comme aussi le plu« important, se trouve
dans la Région du Nil. Là, avant les temps histo riques, on voit les Egyptiens et les habitans de Méroë cultiver les sciences et les arts , dont il nous reste de si imposans monumens répandus le long du Nil et de l'Astaboras et dans les oasis voi sines; l'ancienne civilisation des plateaux d'Axum et de Gondar paraît être une émanation de celle de Méroë , tandis que l'état social de la Basse- Nubie et de la Moyenne , ainsi que celui des oasis qui entourent l'Egypte paraissent êLe dus à des colonies égyptiennes. Les autres foyers de civilisation indigène qu'on trouve dans la Nigritie, ne méritent pas moins que le premier de fixer l'attention des philosophes. Le caractère particulier qu'offre l'état social parmi les Foutahs et les Sousous sur le plateau de la Sénégambie ; les progrès faits par les Ardrahs et leurs voisins avant l'invasion des Dahomeys, progrès qui les avaient élevés jusqu'à l'invention d'une sorte d'écriture qu'on pourrait comparer aux quippos des Péruviens ; la civilisation imparfaite qu'on observe chez les habitans du Dahomey, du Bénin, du Dagoumba et autres peuples de la Gui- .née; celle des Molouas , des Bihé , des Cassange dans le Congo , des Movizas dans le Mo~[ nomotapa , des Beljuanas, des Maquinis et autres dans l'Afrique - Australe , donnent lieu de croire que ces peuples, qui paraissent avoir été exempts de toute influence étrangère, ont suivi une direction particulière dans le développement de leurs facultés intellectuelles , et n'ont avancé que très lentement vers la civilisation. Chez les Jchantis , les plus puissans et les plus policés de tous les peuples de la Guinée, on a remarqué des traditions, plusieurs usages et quelques lois, que le voyageur Bowdich crut pouvoir attribuer à d'anciennes liaisons avec les Carthaginois et les Egyptiens. Mais, selon nous, cette observation pourrait être appliquée à plusieurs autres peuples nègres de l'Afrique - Intérieure. Les habitans de Tombouctou, de Bornou, de Kachenah, de Haoussa et d'autres contrées de l'Afrique-Intérieure paraissent devoir aux Arabes, sinon tout, du moins en grande partie , l'état imparfait de civilisation dans lequel on nous les représente. Quant aux peuples anciens et modernes de la grande famille Berbère ou Atlantique, successivement en contact avec les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs et les Romains, et ensuite avec les Arabes , il est tout naturel de croire , que c'est à ces peuples qu'ils doivent les faibles progrès qu'ils ont faits dans la civilisation.
A ces deux espèces de civilisation indigène nous devons en ajouter deux autres qui sont étrangères à l'Afrique, où depuis les temps historiques et à quatre époques successives elles ont été importées par deux nations européennes et deux nations asiatiques. Les Carthaginois et plus tard les Arabes appartiennent à la famille Sémitique ; les Grecs et ensuite les Romains sont compris dans la famille Greco-Latine. Mais les Carthaginois, les Grecs et les Romains n'étendirent pas leur influence audelà de la Région du Maghreb (Sahara-Atlas) et de celle du Nil. Ce ne fut même qu'à partir du IVe siècle de notre ère, que le christianisme, faisant' toujours de nouveaux procès, s'établit sur les
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versans de l'Atlas, en Nubie, et dans l'Abyssinie où il domine encore en partie. Trois siècles après, les Arabes , animés de l'esprit de prosélytisme et de conquête , le coran d'une main et le glaive de l'autre, parcoururent toute la Région du Maghreb et toute la Côte-Orientale jusque au-delà de Sofala, en introduisant partout l'islamisme et l'imparfaite civilisation qui l'accompagne. Plus tard et successivement le zèle et la persévérance des missionnaires maliométans portèrent la religion de Mahomet bien au-delà du Djoliba et de la Gambie et parvinrent même en plusieurs endroits à toucher l'Atlantique sans avoir encore pu franchir les hautes montagnes qui vers l'intérieur s'étendent au sud de la Région du Nil. On peut dire sans exagération que, jusqu'à ces derniers temps, c'est la langue arabe qui en Afrique a été presque le seul véhicule des connaissances et de la civilisation. Tous les Arabes du Désert apprennent à lire et à écrire ; ils ont même une sorte d'enseignement mutuel pour instruire leurs enfans. Les écoles arabes du Caire, de Merawe, Damer et du Dar-Four, dans la Région du Nil; celles du Bornou, du Borgou, du Baghermeh et autres pays de la Nigritie-Centrale (Soudan); celles deMaroc.de Fez, d'Alger, de Tunis, etc., dansla Baroarie, sont les foyers principaux des connaissances répandues dans l'Afrique par cette nation, tandis que les écoles des Mandingos, des Foulahs, des Iolofs et des Sousous mahoniétans dans la Nigritie-Occidentale et Centrale (Sénégambie et Soudan), sont d'autres foyers de l'instruction importée sur ce Continent par ses partisans les plus zélés. On doit avouer que de même qu'en Asie les apôtres du bouddhisme, se répandant à-lafois en Tartarie, au Tibet et ailleurs, contribuèrent à adoucir les mœurs des peuples les plus intraitables , de même en Afrique c'est aux missionnaires musulmans que l'humanité est redevable de l'abolition de l'antropophagie et des sacrifices humains chez .plusieurs nations africaines. Ces véritables bienfaits , réunis aux imparfaites connaissances dans les arts les plus indispensables à la vie , qu'ils répandirent parmi ces peuples , contrastentdouloureusementavecla conduite de certains princes maliométans et avec celle des peuples étrangers à la race nègre. Condamnée par les uns et par les autres à l'esclavage dès la plus haute antiquité, cette race malheureuse a été -2a victime de la double traite intérieure et maritime. Les résultats de ce commerce abominable furent la multiplication des guerres intestines et Ja démoralisation complète d'une race d'hommes susceptibles autant que les autres d'un grand perfectionnement social. Il est juste cependant de signaler les nobles efforts faits dans ces derniers temps par quelques philantropes européens pour expier en quelque sorte tant de crimes. Dès l'année 1787 le vertueux Isert fonda la première colonie de nègrès libres dans le pays d'Aquapim, sous les auspices du gouvernement danois, et introduisit pour la première fois parmi les nègres la charrue européenne. Flint, son successeur, en fonda une seconde plus près d'Akkrah, ?t l'on vit sa vertueuse sœur enseigner aux négresses à filer le coton et une multitude d'autres
travaux de femmes. Toute l'Europe a retenti des noms illustres des Granville- Sharp , des Wadstrôm, des Afzelius, des Winterboltom, desBeaver, des Watt , qui eurent le mérite de fonder en 1787 la colonie des nègres libres à Sierra-Leone , et de l'éloquence des Wilberforce, des Clarkson et des Buxton, qui défendirent avec tant de chaleur la cause de la liberté des nègres. Après avoir surmonté mille obstacles, ces philantropes eurent la consolation de voir leurs efforts généreux couronnés d'un assez grand succès , malgré les obstacles opposés par un des climats les plus délétères que l'on connaisse, et ceux qu'apporta la continuation de la traite des nègres. Free-Town s'éleva sur les bords de la Sierra-Leone , et ses écoles et ses ateliers, peuplés par des centaines d'écoliers et d'apprentis nègres, devinrent un foyer d'instruction pour les Africains des pays limitrophes. Gloucester-Town, Regent-Town, Thornton et autres petites villes s'élevèrent successivement dans ce canton naguère inhospitalier , et devinrent avec Free-Town , au milieu des nègres abrutis, le siège d'un commerce assez florissant et d'une civilisation européenne. L'influence de ces établissemens se fit sentir bien loin , et de nouvelles colonies libres s'élevèrent en différens endroits ; les écoles de Kingstown près du cap Mesurado , d'Anamaboé, de Cap-Corse (Cape-Coast,, d'Akkrah, de Dixcove, etc., furent ouvertes aux nègres libres depuis Sierra-Leone jusqu'aux fron tières du Dahomey. Nous signalerons dans la description de l'Egypte tout ce que cette contrée classique doit de nos jours à l'Europe. Nous verrons dans la description de la Nigritie les nobles efforts faits parla société philantropique formée il y a quelques années au-delà de l'Atlantique ; la florissante colonie de Liberia lui doit son existence et l'A frique un nouveau foyer de civilisation. Plus bas, dans le pays des Hottentots,lesintéressantes colonies de Griquatown et de KatRivière sont devenues aussi d'autres foyers d'instruction pour les nombreuses peuplades qui habitent le plateau de l'extrémité de l'Afrique-Australe. Les Français ne restèrent pas indifférens à ces mouvemens philantropiques de leurs rivaux , et les écoles de Gorée et de Saiut-Louis , fondées depuis 1815 dans la Sénégambie , offrent déjà aux enfans des nègres limitrophes et des contrées de l'intérieur les premier *, principes des sciences et des arts. Ils ne se sont pas bornés là: M. Drovetti , ancien consul de France en Egypte , voulant mettre pour ainsi dire la barbarie et la civilisation en présence, a acheté quelques Ethiopiens,et les a envoyés à ses frais à Paris, pour qu'ils y fussent élevés dans les sciences de l'Europe et ramenés plus tard dans leur patrie. Quelles ne doivent pas être les conséquences de tant d'efforts dirigés vers un but si noble! Sans répéter ici la longue série des peuples abrutis qui conservent encore l'horrible pratique de l'anthropophagie et les superstitions atroces que nous avons mentionnées ailleurs, qu'il nous soit permis de rappeler quelques usages barbares , dont nous aurons malheureusement à signaler les analogues chez quelques nations de l'Amérique et de l'Océanie. L'exposition des enfans est permise aux guerriers Gallas. Les Madecasses noient
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impitoyablement touslesenfans qui naissent avec quelques vices de conformation , et toutes les femmes des Mamelouks , naguère dominateurs de l'Egypte, qui pouvaient se priver de l'avantage de devenir mères , le faisaient sans même y attacher l'idée du crime. Dans plusieurs royaumes de la Nigritie, à l'avènement de chaque roi, les veuves de son prédécesseur se tuent les unes les autres jusqu'à ce que le nouveau monarque mette un tesmeau massacre; dans ces mêmes états, on mêle le sang humain à l'argile pour construire des temples en Phonneur des monarques. Parmi le plus grand nombre des nations des côtes de la Guinée, il est d'usage que les plus riches particuliers fassent , au moins une fois dans leur vie , des sacrifices humains expiatoires aux mânes de leurs pères. Dans ces occasions qui sont toujours des époques de réjouissances publiques pour ces peuples féroces , en ceint quelquefois par un raffinement de barbarie , le front des malheureuses victimes, de tiges épineuses , qu'on enfonce bien avant dans les chairs , et , dans cet état , on les promène jaillissantes de sang par toute la ville, au milieu des cris et des insultes d'une populace effrénée jusqu'au lieu où elles doivent être immolées. Le roi de Lagos envoie de temps à autre un homme masqué et bien armé, qui passe pour le diable , parcourir toutes les rues de la ville et tuer tous ceux qu'une chance fatale amène sur son passage; dans la même ville, après l'équinoxe du printemps, on empale vivante une jeune fille pour se rendre propice la déesse qui préside à la saison pluvieuse. Des atrocités analogues se pratiquent dans plusieurs autres villes de la Nigritie. Des milliers de nègres périssent tous les ans sur le tombeau de leurs rois qui ordinairement s'y font suivre par plusieurs de leurs femmes immolées sur leur tombe. Le chef électif des Fantee doit , dans certaines circonstances , se faire amputer le bras gauche pour témoigner son dévoûment au peuple , qui lui accorde ensuite une autorité illimitée. La veuve hottentote qui veut se remarier est obligée de se faire couper une phalange d'un doigt; et chez ce même peuple un magicien ou jongleur sanctifie l'union des nouveaux époux en les aspergeant de son urine. On peut dire que presque tous les Africains sont polygames; du moins les nègres le sont tous ; et cet usage, si contraire à la nature, n'est nulle part poussé si loin que chez cette race. La polygamie la plus effrénée règne au Congo , où l'influence de la religion catholique n'a pu l'éteindre ; seulement elle est parvenue à y faire défendre les unions incestueuses; et quoique la religion la défende en Abyssinie , les lois, selon Pearce, l'y autorisent ; les empereurs mêmes y sont polygames. Chez les habitans du Dar-Four, le commerce entre les deux sexes est illimité. Les Koussas , les Betjouanas et presque tous les peuples de l' Afrique-Australe sont polygames et ont les mœurs les plus relâchées. Les Hottentots chrétiens sont monogames, et ont en horreur l'inceste et l'adultère ; tous les autres sont polygames. Les femmes , chez un grand nombre de nations africaines, comme partout où la civilisation
n'a pas rendu à la compagne de l'homme la cons^ dération qui lui est due , sont chargées de tous les travaux. Chez les Sousous, elles exploitent les mines de 1er; chez les Cafres , ce sont elles qui sontebargées de la construction de la cabane et des autres occupations les plus pénibles; il en est de même chez les peuples du Congo et de presque tous les pays de la Nigritie. Néanmoins leur sort en Afrique est incomparablement meilleur qu'il n'est en plusieurs parties de l'Asie et parmi le plus grand nombre des peuples sauvages de l'Amérique. 11 y a même plusieurs contrées où les femmes sont entièrement égales aux hommes. Chez divers peuples nègres elles sont admises à l'ordre de la prêtrise , ce qui a lieu avec beaucoup de cérémonies et après de longues épreuves. Dans plusieurs pays du Congo , c'est la mère qui anoblit et non pas le père ; là , les princesses ont le pouvoir de prendre pour mari qui elles veulent et de le répudier à volonté pour appeler un autre à l'honneur de leur couche. Dans presque tous les états de Madagascar , la succession au trône a lieu par ordre de primogéniture sans distinction de sexe , ce qui fait qu'on y voit souvent régner des femmes, comme on en a vu des exemples de nos jours dans l'île de Madagascar, à Bombetoc , à Teintingue et chez les Ovas, dont le trône est occupé par la veuve du célèbre Radama.
division. L'état encore si imparfait de la géographie de cette partie du monde ne permet pas de la partager en grandes régions géographiques bien distinctes ; et le grand nombre de ses divisions politiques et les grandes incertitudes dont ces dernières sont affectées, oient la possibilité au géographe compilateur de prendre celles-ci pour base de ses descriptions. Ces motifs nous ont engagé à partager provisoirement toute l'Afrique en cinq grandes régions que nous proposons de nommer : Région du Nil, Région du Maghreb ou du Sahara-Atlas , Région des Nègres ou Nigritie, Région de l'Afrique-Australe, et Région de l'Afrique-Orientale ou du Zambèze. Mous avons ajouté une sixième division pour y réunir toutes les possessions des puissances étrangères éparses sur ce vaste continent et sur les lies qui en dépendent géographiquement; cette partie offre l'ensemble des pays appartenant à chacune de ces puissances sous les titres de Afrique-Ottomane, A frique- Arabe, Afrique-Française , Afrique-Anglaise , Afrique-Espagnole , Afrique-Portugaise , Afrique-Danoise , Afrique- Hollandaise et A frique- Anglo-Américaine.
AFRIQUE
position astronomique. Longitude orientale , entre 22» et 41°. Latitude boréale, entre T et 32° environ.
confins. Au nord, la mer Méditerranée.
A Y est, l'Asie-Ottomane , la mer Rouge, le Bab-el-Mandeb , et une petite partie du golfe d'Aden. Au sud , la Région de PAfrique-Orientale et la Région des Nègres. A V ouest 9 la Région des Nègres et la Région du Maghreb.
fleuves. Cette immense région offre lasingularité de n'être traversée que par un seul grand fleuve dont on ne connaît pas encore les sources, quoique la partie moyenne et inférieure de son cours soit connue dès la plus haute antiquité. Deux autres singularités non moins remarquables sont le manque d'affluens depuis sa jonction avec l'Atbarah, et la petitesse extrême de la vallée profonde dans laquelle il coule ; la largeur de cette dernière, depuis Damer jusqu'au commencement du Delta, se réduit souvent à quelques centaines de toises. Les débordemens réguliers du Nil, auquel l'Egypte doit sa prodigieuse fertiliié, et qui étonnaient tant les anciens, ne nous surprennent nullement, ce phénomène étant commun à tous les grands fleuves de la zone torride. Nous tracerons avec quelques détails le cours de ce grand fleuve qui appartient à la Méditerranée, et nous exposerons les conjectures auxquelles on s'arrête relativement aux autres courans les plus remarquables de cette contrée.
« Le Nil. D'après les reoseignemens les plus récens, ce grand fleuve parait prendre sa source dans les montagnes de la Lune , sur un plateau très élevé, où on le nomme Fleuve-Blanc ou Bahr-el-Abiad. C'est sous ce nom qu'il arrose le Donga, le pays des Chelouks, le Denka, et, après avoir baigné à droite le Dar-el-A'ïze , dans le Sennaar , et avoir laissé à gauche le Kordofan , il reçoit à la droite le Fleuve-Bleu ou Bahr-eh- Azrek, qui vient de l'Abyssinie, et que plusieurs géographes regardent à tort comme la branche principale. Après sa jonction avec ce dernier, il prend le nom de Nil , sous lequel il parcourt la Nubie , où il baigne Halfay, Chendy, Damer, Dongola , Derr et autres villes de cette région ; poursuivant son cours vers le nord , il franchit la cataracte de Phylœ , entre dans l'Egypte , où il passe par Syène Esné, par l'emplacement de
l'ancienne Thèbes à Luxor, Karnak et Gournah , ensuite par Kéné , Girgeh , Syout, Monfalout, Minyeh, Atfyh, par l'emplacement de l'ancienne Memphis, par le Caire. Au-dessous de cetlc grande ville , le Nil se partage en plusieurs bras par lesquels il entre dans la Méditerranée; celui de Rosette, à l'ouest, et celui de Damiette, à l'est, sont les principaux. Plusieurs canaux et quelques-uns de ses bras secondaires vont abouti >• aux lagunes qui forment la partie extrême de sou magnifique delta. Ses principaux affluens sont : le Ma le g, qui paraît prendre sa source dans le plateau de Enarea, le Bahr-e l-Azre k et le Tacazze ou Atbarah, tous trois à la droite; du côté opposé, la géographie positive n'a aucun affluent important à nommer. Le Bahr-el- Azrek , que pendant long-temps on a regardé comme le véritable Nil , prend s;i source au pays des Agows, dans l'Abyssinie. traverse le grand lac Dembea ou Tzana , baigne les provinces de Gojam , Damot et autres contrées de l'Abyssinie ; en sortant de cette région , il arrose le Sennaar, dont il touche la capitale ; c'est Y As tapus des anciens géographes; ses principaux affluens sont : le Dender, qu'on a cru à tort un affluent du Rahad , et le Rahad, tous deux à la droite; le Borna, le Yabouos et le
Tournât, à la gauche; ce dernier traverse le Darfoq et le Qamamyl. Le Tacazzé qui, dans la partie inférieure de son cours, est plus connu sous le nom d' Atbarah, prend sa source dans les hautes montagnes de la province de Lasta dans l'Abyssinie; il est identique avec le Taeazee des voyageurs portugais, le Te k e se l de Poncet, et VAstaboras de Ptolomée. Ce grand affluent du Nil traverse le royaume actuel de Tigré et le pays des Changalahs (Shangalas) ; ensuite la Haute-Nubie, où , avec le Bahr-el-Azrek et le Nil, il forme la fameuse île de Méroé. Ses principaux affluens sont : VArequa, au bassin duquel appartiennent les environs d'Antalow, la ville la plus importante du royaume de Tigré; elle Mareb , dont les branches descendent du plateau d'Axum; cet affluent parcourt ensuite le pays des Changalahs et la Nubie-Orientale , où il fertilise le Taka. Il faut cependant observer que ce n'est que dans la saison des pluies que le Mareb apporte le tribut de ses eaux à l'Atbarah ; car dans la saison sèche il se perd dans les sables. Le principal affluent du Tacazzé à la gauche est le Guangue , qui traverse le royaume d'Amhara et le pays des Changalahs.
Les autres fleuves de cette région sont trop peu connus pour mériter qu'on en trace le cours. Seulement nous ferons observer que dans le vaste territoire occupé par lesGallas dans le sud-est de l'Abyssinie, I'Anazo, et I'Havach (Hawash) dont îe cours est assez considérable , n'arrivent pas à la mer et paraissent se perdit dans les sables. Le
REGION DU NIL
Kebi (Zebee) ou Kibber , qui prend sa source dans le haut plateau de Narea , paraît être identique avec la grande rivière qui débouche à Patte (Patta) dans l'Océan-Indien.
division et topographie. Considérée géographiquement , cette vaste région peut se partager en quatre grandes contrées, dont deux sont au sud, savoir:
VAbyssitiîe et celle que nous proposons de nommer Pays du Bahr-el-Abiad , parce quelle est traversée par ce grand
fleuve ; la Nubie au milieu ; et V Egypte avec ses dépendances au nord. Les divisions politiques de tous ces pays ont beaucoup changé dans ces dernières années. La description suivante offre leur état actuel combiné autant que possible avec leurs divisions géographiques, ainsi qu'avec les divisions politiques que présentaient ces pays au commencement de ce siècle.
Aby
Depuis plusieurs années le puissant empire d'Abyssinie , qui pendant des siècles lutta avec succès pour conserver sa religion et son indépendance contre les efforts combinés de l'idolâtrie et de l'islamisme vainqueur de l'Asie et de l'Afrique , est en proie à l'anarchie et complètement démembré. D'après les renseignemens publiés il y a quelques années par M. le comte de Montmorris (lord Valentia) sur les mémoires laissés par Pearce, et dont les plus récens semblent se rapporter à l'année 1819, il paraît que l'état politique de l'Abyssin ie a beaucoup changé depuis l'époque où Sait l'a visitée pour la seconde fois. En 1812, Welleta-Selassé régnait sur la plus grande partie du Tigré, et était allié ou vivait en bonne harmonie avec Usa Tecla Gorgis, roi du Waldubba, Usa Guarlu qui régnait à Gondar , Usa Yonas qui dominait sur le Gojam et Usa Bede Mariam qui était maître du Samen. Quelques princes cités par Pearce régnaient sur d'autres parties de l'Abyssinie. Selon ce même voyageur, les Gai las n'auraient été ni aussi puissans, ni aussi formidables qu'ils l'élaient quelques années auparavant. Depuis la publication des renseignemens recueillis par Sait et Pearce , les choses ont beaucoup changé dans cette malheureuse contrée, livrée à une anarchie continuelle depuis 70 ans et dans laquelle il n'y a plus d'au- Jorité suprême reconnue. L'Abyssinie n'offre plus ni les divisions politiques indiquées par Sait, ni les prétendus cinq royaumes dans lesquels se plaisaient à la partager en 1834 des naturalistes et des savans , qui , tout en exploitant notre Abrégé sans le citer, se gardent bien de signaler nos doutes ou de nommer les auteurs dont nous invoquons l'autorité.
Les faits nouveaux et intéressans que
bous avons puise.4
ouvrage que le
ssinie.
missionnaire Samuel Gobât a récemment publié à Londres, combinés avec ceux que nous avons trouvés consignés dans un savant article du Temps , sur le voyage de M. Riippell, paraissent nous autoriser à regarder Vempire d'Abyssinie comme entièrement dissous et n'offrant plus dans ses confins que plusieurs états indépendans les uns des autres , mais tous plus ou moins livrés aux horreurs de la guerre civile, et quelques-uns même aux dévastations de la guerre étrangère ; car les Gallas, peuples pasteurs et féroces, attaquent souvent les provinces voisines des contrées où depuis long-temps ils se sont établis et les ravagent horriblement. Parmi ces étals , dont plusieurs n'ont qu'une existence éphémère, les trois suivans nous semblent être actuellement les puissances prépondérantes de l'Abyssinie : ce sont le royaume d'Amhara , dont la capitale est Gondar; il embrasse les provinces à l'ouest du Tacazzé ; le royaume de Tigré, qui paraît avoir pour capitale Autalow, et dont la domination s'étend sur les provinces à l'est du Tacazzé ; enfin le royaume de Schoa, qui comprend non-seulement la province de ce nom et celle d'Efat, mais qui dans ces dernières années a étendu ses frontières au sud et à l'ouest par la conquête de vastes pays occupés depuis long-temps par les Gallas; ce dernier état, moins dévasté par la guerre civile que les deux précédens, offre la partie de l'Abyssinie la moins inculte et la moins dépeuplée. En attendant la publication de l'important ouvrage de M. Riippell qui remplira une des plus importantes lacunes de la géographie de l'Afrique nous suivrons provisoirement, dans la description que nous allons donner, les divisions politiques tracées par un géographe célèbre; c'était le seul parti que nous puissions prendre, n'ayant
aucun moyen d'adapter à l'état actuel de cette contrée les renseignemens incomplets publiés depuis la deuxième édition de ia description de l'Afrique , par M. Rilter. Voici , d'après ce géographe , les principaux états qui se sont élevés sur les débris de l'empire d'Abyssinie.
Tout lecteur instruit pourra facilement les combiner, sinon en tout, du moins en partie avec les divisions politiques principales que nous venons d'établir.
Le ROYAUME DE TIGRÉ (Tygré). C'est le plus puissant par la force de sa position , par l'humeur belliqueuse de seshabitans, et par les ressources qu'il tire du commerce. 11 comprend toutes les provinces du ci-devant empire d'Abyssinie situées à l'orient du Tacazzé, à l'exception de celles qui sont au pouvoir des Gallas et des tribus desChiho-Dankali (Shiho-Dankali) et autres nomades de la Troglodytique. Voici les principaux pays qui en dépendent:
Enderta. Antalow , ville d'environ 1000 maisons, est censée être la capitale de la province et en même temps du royaume Chelicout, assez grande ville , ou pour mieux dire gros village , devenu très important depuis que le roi y fait sa résidence ordinaire. La demeure de ce prince et l 'église, regardée comme une des plus belles de l'Abyssinie , sont les principaux édifices. Sa population pourrait être estimée à Soooàmes.
Tigré (Tygré), proprement dit. Cette contrée peut être regardée comme le berceau de l'empire d'Abyssinie. Ses habitans, qui sont les véritables Abyssins, ont étendu leur domination et leur nom sur toute cette région. Cette partie du cidevant empire d'Abyssinie est décorée du litre de royaume et est subdivisée en plusieurs provinces et districts que notre cadre ne nous permet pas de décrire ni même d'indiquer. Adova, actuellement la ville la plus commerçante de toute l'Abyssinie, ne parait avoir qu'environ 8000 habitans; le plus grand nombre professe l'islamisme. La toile de coton qu'on y fabrique circule comme monnaie dans toute l'Abyssinie. Adova est assez bien bâtie et a été pendant quelque temps la capitale de l'empire. Axum , jadis capitale du royaume de ce nom , dont les rois étendirent leur domination sur la plus grande partie de l'Abyssinie, dominèrent sur une partie de /Arabie , et reçurent même un tribut des empereurs Byzantins. C'est aussi dans cette ville que la civilisation éthiopienne fleurit, réunie à la civilisation et aux arts de la Grèce, comme le démontrent encore des ruines magnifiques, des inscriptions en caractères grecs et des obélisques sans hiéroglyphes; parmi ces derniers deux sont encore debout; le plus grand est d'un seul bloc de granit de 60 pieds de haut; il est couvert de sculptures d'un travail parfait ; plusieurs autres obélisques sont renversés à une petite distance ; un de ces derniers est encore plus grand que leprécédent.Lavillemoderned'Axum compte tout au plus 600 maisons; à son extrémité sep-
tentrionale , on voit une église qui n'est inférieure qu'à celle de Chelicout, mais dont la construction ne remonte qu'à l'année 1657. C'est dans ce temple que l'on conserve et que l'on continue l'histoire authentique de l'Abyssinie dite Chronique d'Axum, dont un exemplaire a é\( apporté en Europe par Bruce. Dans le voisinage d'Axum , on trouve le monastère de Abba-Pantaléon, remarquable par le petit obélisque situé au pied d'une colline et par la grande inscription grecque sculptée sur une pierre; elle remonte à l'année 330 de Jésus-Christ, et se rapporte à un exploit de l'empereur Aeizanas.
La s ta, très montueuse. Socota, ville qu'on dit être plus grande qu'Antalow.
S amen, très montueuse. Nous devons signaler ici un des faits les plus curieux de l'ethnographie : nous voulons parler de l'existence d'une colonie de Juifs au milieu de l'Abyssinie . depuis près de trois mille ans. 11 parait qu'à l'époque de la conquête de la Judée et des provinces voisines par Nabuchodonosor un grand nombre d'habitans se réfugièrent en Egypte et en Arabie , d'où ils allèrent en Ethiopie. C'est l'opinion de M. Marcus, qui a publié il y a quelques années un savant mémoire sur ce sujet. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès le temps d'Alexandre-le Grand , ces Juifs ont été appelés dans le pays, falasjan ou exilés, et qu'ils y étaient solidement établis ; ils ont jusqu'à ces derniers temps conservé leur indépendance, leur langue, leur religion et leurs institutions nationales. Ils occupent la contrée située sur la rive occidentale du Tacazzé, rendue d'un accès difficile par de hautes montagnes. Ces juifs dominèrent pendant long-temps sur les régions voisines entre le Samen et la mer , et du côté du lac Dembea. Quoique réduits successivement à des limites plusétroites, ils pouvaientencore, du temps de Bruce, mettre cinquante mille hommes sur pied. Mais en I800 , la race royale s'étant éteinte, cette partie du Samen est tombée sous la dépendance du souverain chrétien du pays, et parait maintenant être dépendante du Tigré.
Baharnegach (le pays du). Cette contrée est subdivisée en plusieurs districts. On y trouve Dixan, petite ville remarquable par son commerce.
Siré , où se trouve la ville de Siré , qui du temps de Bruce était plus considérable que celle d'Axum, et dans laquelle un voyageur a vu des ruines qui lui ont paru plus anciennes que celles de l'antique capitale de l'Abyssinie. A game où se trouve la ville de Genater ; Tembe n , avec Adet; JVojj erat, remarquable par sa fertilité, et Waldubba , remplie de moines, sont les autres provinces les plus importantes.
ROYAUME DE GONDAR, nommé improprement d'AMHARA à cause de la langue qu'on y parle. Il comprend les provinces centrales de l'Abyssinie et le grand lac Dembea ou Tzana , qui en occupe presque le centre. Depuis plusieurs années il est en proie à l'anarchie. Le véritable souverain, l'empereur ou le negus, était, il y a quelques années , prisonnier de Guxo, chef galla qui régnait en son nom. Les principales provinces qui forment cet état sont :
REGION DU NIL
Dembea , une des plus fertiles de toute l'Abyssinie. Gondar , assez grande ville, située sur une vaste plaine semée de quelques monticules, jadis capitale de tout l'empire et actuellement du royaume d'Amhara. L'Abyssinien Abraham, cité par William-Jones, compare cette ville au Caire; mais Bruce lui accorde à peine 50,000 habitans. M. Coffin , qui l'a visitée en 1814 , dit que si elle était bâtie comme nos villes d'Europe , la huitième partie de l'espace qu'elle occupe la contiendrait sans peine ; mais toutes les maisons sont si isolées et entourées d'arbres en si grand nombre et si épais, qu'on ne les voit guère que lorsqu'on y entre. Ces maisons sont couvertes de chaume ; les murs même en sont revêtus à cause de la mauvaise qualité de l'argile. M. Rùppell, qui l'a visitée , dit que les deux tiers des maisons ne représentent que l'aspect d'une dévastation générale, et que sa population s'élève tout au plus à 6000 âmes, nombre que nous adoptons sur l'autorité d'un observateur si intelligent et si judicieux. La principale église, nommée Quosquum, est bâtie de la même manière que les maisons, mais avec beaucoup d'art; l'intérieur en est tapissé de soie bleue et orné de glaces. Les édilices consacrés au culte y sont si nombreux que les prêtres rappellent la Ville aux quarante quatre églises. Le palais du roi est fort délabré ; de- | puis plusieurs années il était inhabité : toutes les portes avaient été brisées et les murs tombaient en ruines. D'après Bruce c'est un édifice carré à quatre étages , flanqué de tours et environné , ainsi que les maisons qui l'avoisinent . d'un mur en pierre de 30 pieds anglais de haut. Les deux étages supérieurs étaient déjà ruinés , et dans la partie qui subsistait encore se trouvait la salle d'audience qui avait I20pieds de long. On pouvait alors le regarder comme l'édifice le plus remarquable de l'Abyssinie.
Gojam, une des provinces les plus peuplées de l'Abyssinie ; Kollela parait en être la ville principale. Maitscha, où se sont établis plusieurs Gallas qui ont embrassé la religion et la civilisation des Abyssins. Ibala , près du lac Dembea, est sa ville principale; on la dit presque aussi grande que Gondar.
Les autres provinces les plus importantes sont : lielessem, où se trouve la ville d'EwFRAS; Damot, avec Buré et de riches mines d'or; Woggara , avec Tabulaquf. ; Tchelga , avec Tcherkin, place de commerce.
ROYAUME D'ANKOBER. Cette partie du ci-devant empire d'Abyssinie parait être actuellement la plus riche et la plus peuplée ; c'est aussi celle où l'ancienne civilisation et la littérature abyssiniennes se sont le plus conservées, quoique depuis plusieurs années elle soit régie par Murdazimaï, prince galla. En 1814, il était ami et allié dps rois de Gondar et de Tigré. Son royaume se composait de deux grandes provinces: celle d'Etat, où se trouve Ankober, résidence du roi, et celle deSchoa, où est situé Tagulet , ville minée, jadis capitale de tout l'empire d'Abyssinie.
KOYAUMR D'AMHARA proprement dit. Cet état comprend la province de ce nom et quelques au-
tres pays limitrophes ; le Galla Liban en était roi il y a quelques années; il était en même temps le chef suprême des tribus des Gallas Wochali . JVoolOj Azowa. En 1814, il vivait en bonne harmonie avec son voisin le roi de Tigré. Watho-Haimanot, sur le Bashilo , était sa résidence. Ce prince, ainsi que les Gallas qui en dépendent, sont inahométans et passent pour être plus civilisés que toutes les autres tribus qui composent cette nombreuse nation.
ROYAUME D'ANGOT, ainsi nommé de la grande province d'Angot, dont la majeure partie lui appartient; celle de Fur fur a et d'autres districts moins considérables paraissent en dépendre aussi. Gojee , chef galla, très belliqueux et entreprenant en était le roi il y a quelques années; il commandait aussi à la plus grande partie des Edjow-Gallas parmi lesquels on compte les tribus Djawï 'et Tolum. En 1814, quoiqu'à la tête de 40,ooo hommes, il a été battu par Welleta Selassé, roi de Tigré. Ses villes principales sont : Agof,
COBBENOU et COMBOTCHE.
D'autres chefs gallas, telle que les Assouba- Gallas, possèdent le reste de la vaste PROVINCE D'AISGOT , le MARA et autres contrées du côté de l'est, tandis qu'au sud-ouest du royaume d'Ankober, les nombreuses tribus des Boren-Gallas ou Gallas occidentaux, ceignent la frontière méridionale du royaume de Gondar et paraissent dominer sur une partie des provinces de NAREA et de CAMBAT. On représente ces Gallas comme les plus féroces et les plus abrutis de tous ceux qui dominent sur l'Abyssinie.
Le ROYAUME DE NAREA se compose de la province de ce nom; c'est un des plateaux les plus élevés de l'Afrique. Ses habitans, qui sont presque aussi blancs que les Espagnols et les Napolitains, paraissent avoir conservé leur indépendance contre les Gallas; autrefois ils étaient tributaires de l'empereur d'Abyssinie.
Le SAMARA (côte maritime de l'Abyssinie) , qui forme la partie méridionale delà Troglodytique de Malte-Brun , est partagé entre un grand nombre de petites tribus plus ou moins féroces et abruties, qui conservent leur indépendance et forment autant de petits états qu'elles comptent de chefs. Les endroits les plus remarquables sont : DuhORA , village dans la baie d'Amphila habité par des Dumhoeta, la plus puissant* tribu des Danakil, peuplade qui possède toute la côte depuis le Bab-cI-Mandeb jusqu'à Arena.
Zulla , misérable village, dans la baie d'Annesley,où réside le chef des Hazorta; une autre tribu nombreuse d'Hazorta demeure près de l'important passade de Taranta. Dans le voisinage deZulla se trouve A doute , si célèbre dans l'antiquité sous le novmV Adulis, parle commerce maritime (|u'on y faisait ; on la regardait comme le port d'Axum. On y trouve encore des colonnes et des débris d'anciens édifices. On doit aussi nommer la baie d'AsAB à cause des ruines que M. de Rienzi y a visitées, et qu'il croit être plus anciennes que celle d'Axum et de Siré.
Matzoua (Massouah) , petite ville d'environ 2000 habitans, sur l'îlot de ce nom. avec un assez bon uort , où se fait le plus grand commerce maritime
AFRIQUE
de l'Abyssinie-, plusieurs banians ou marchands hindous y sont établis. Cette ville , selon M. de Rienzi, est régie par un aga dépendant du vice-roi d'Egypte. Arkiko, petite ville situé sur le continent, vis-à-vis de Matzoua, est le siège d'un naib qui, selon M. de Rienzi, reconnaît la suzeraineté du royaume de Tigré, mais est indépendant dans tout ce qui concerne l'administration de son petit territoire
L'ile Dhalak, la plus grande île de la mer Rouge. Voyez à la page 826.
Plusieurs NATIONS NÈGRES habitent dans l'Abyssinie et y conservent encore leur indépendance. Les Abyssins les nomment en général Changallahs (Shangalla), quoiqu'elles parlent plusieurs langues entièrement différentes. Plusieurs tribus passent une partie de l'année sous l'ombrage et l'autre dans des cavernes. Les Abyssins les chassent comme des bêtes fauves ; elles se nourrissent de sauterelles, de serpens, d'éléphans et d'autres animaux. Nous n'en nommerons que trois : les Tcheret-Agov, qui vivent dans les hautes vallées du Samen-, ils sont très belliqueux et excellens cavaliers ; \esJgov-Damot, qui demeurent près des sourcesdu Bahr-el-Azrek; ils adorent ce fleuve comme leur divinité principale et fournissent la ville de Gondar de viande , de beurre et de miel; les Dobenah, nation nombreuse, qui vit de la chasse des éléphans et des rhinocéros, entre le Mareb et le Tacazzé.
Avant de quitter l'Abyssinie nous ferons observer que de même que l'Egypte nous offre une foule d'anciens temples taillés dans le roc , de même celte contrée nous présente plusieurs de ses égli-
Contrée du Sud- Ouest ou
Cette vaste contrée , encore très peu connue , comprend tous les pays de la Région du Nil, que les géographes regardent comme situés hors des confins de l'Abyssinie et de la Nubie ; dans ce nombre nous comprendrons provisoirement le Dar-Four et le Kordofan. Ces pays sont habités par des peuples la plupart noirs, qui presque tous conservent encore leur indépendance , quoique de temps en temps ceux qui habitent dans le voisinage du royaume de Sennaar aient été par intervalle soumis par les troupes du vice-roi d'Egypte.
Voici les principaux pays compris dans cette section :
Le DONGA, encore tout-à-fait inconnu et habité par des nègres ; on suppose que c'est dans ce pays élevé que le véritable Nil ou le Bahr-el-Abiad prend sa source , probablement dans les lacs mentionnés par Ptolomée et les auteurs arabes.
Le PAYS DES CHELOUKS (Schilouks) , le long du Bahr-el-Abiad. (Je puissant peuple noir, qui a la réputation d'être antropophage et qui empoisonne ses armes , est le même qui , dans le
ses entièrement creusées dans le rocher. 11 y en a plusieurs dans le Lasta et dans le Tigré. Nous citerons entre autres les neuf églises creusées dans une montagne du Lasta , dont Alvares a donné le plan. Ces temples extraordinaires sont environnés d'un cloître; leurs voûtesou plafonds sont soutenus par des piliers et leurs parois sont couvertes de sculptures, dont là plupart sont des arabesques d'une exécution remarquable. La tradition les attribue à saint Lalibala, le plus illustre des empereurs de la dynastie Zageenne; ce monarque a son tombeau dans celle qui est nommée Golgota, longue de 120 palmes et large de 60. On doit citer aussi l'église de St-Georges de 200 pal mes de long sur 120 de large. Selon le même voya geuron trouve dans une plaine à quelques milles de distance de ces églises, des édifices en ruines ; il compare ces restes à ceux d'Axum, qu'il a décrits le premier. Ces constructions sont très élevées et en pierres de taille. Alvares présume qu'elles ont servi de résidence aux anciens rois. Les indigènes attribuent leur construction ainsi que celle des églises sus-mentionnées, à des hommes blancs. M. Sait a visité dans le Tigré la vaste église d' Abouhasoubba , sur la route de Genatir à Antalow ; une des salles qui en dépendent a 50 pieds anglais de long sur 30 de large ; une autre salle se termine par un dôme de 40 pieds d'élévation. Les murailles de ces salles sont ornées de sculptures qui représentent des crosses, des inscriptions éthiopiennes et des peintures offrant l'image du Christ, des Apôtres et de St- Georges.
Pays du Bahr-el-jÊbiaà.
xvr» siècle , a envahi et soumis le royaume de
Sennaar.
Le DENKA , le long de la rive droite du Bahr-el- Abiad, habité par un autre peuple nègre idolâtre, redoutable à ses voisins.
Le BERTAT (.Djebel-O'ouyn) , vaste contrée montagneuse et boisée , habitée par un grand nombre de nations nègres idolâtres , indociles et belliqueuses, mais vivant en paix avec les tribus d'Arabes musulmans et même avec les Abyssins , qui s'y sont établis dans plusieurs parties. Les pays les plus connus et les plus importans paraissent être le Qamamyl, riche en sables aurifères dont les nègres retirent par le lavage des quantités assez considérables d'or , surtout à Abqoulgui, sur le Tournât. Le Fazoql, gouverné par un melik ou petit roi , naguère tributaire de Sennaar ; Adassi est le lieu le plus considérable; enfin le Darfoq , où se trouve Fardassi sur le Yabouos, lieu regardé comme le marché principal entre le Bertat, la Nubie et l'Abyssinie.
Le CHETBON (Scheibon) , contrée peu connue, au nord du pays des Chelouks , remarquable par la quantité de poudre d'or que les nègres qui l'iiabitent savent retirer de leur sol.
Le FERTIT , au nord du Donga , important par les mines de cuivre que les gens du pays assurent y exister.
REGION DU ML"
Le PAYS DES TUKLAWI , au nord de celui des Chelouks ; on dit que le roi réside dans une ville nommée Taggala (Tuggala).
Le KORDOFAN (Kordoufal.). Cette contrée n'est, a proprement parler, qu'un assemblage de plusieurs petites oasis séparées par dévastes déserts du Dar-Four et du Bahr-el-Abiad. La plus grande partie de la population se compose de nègres assez civilisés qui se livrent à l'agriculture ; le reste est formé de Dongolais adonnés au commerce , et d'Arabes qui en parcourent les arides solitudes. LeKordofan, après avoir été pendant long-temps tributaire du royaume de Sennaar, reconnaissait depuis la moitié du xvme siècle, la suzeraineté des rois du Dar-Four. Envahi par les troupes du vice-roi d'Egypte en 1820 , il est resté sous sa domination et l'orme depuis lors une partie de l'Afrique-Ottomane. Obéid , ville de médiocre étendue , mais florissante par le commerce jusqu'à l'invasion des Turks, n'offre plus qu'un amas de ruines. On conserve cependant son nom a trois établissemens situés prés de l'emplacement qu'elle occupait, et connus sous les noms de Wadi-Naghele , Otvta (ou le camp fortifié des Turks), et Wadi-Safic ; leur population totale est estimée à 5000 âmes par M. Riippell. Bara paraitètre le lieu le plus remarquable après Obéid-, les Turks y ont bâti un fort où ils tiennent une petite garnison. M. Riippell n'a pu obtenir que des reiiseignemens incertains sur les ruines an-
ciennes dans le Kordol'an et sur celles de Djebel- Marra dans le Dar-Four, sur lesquelles quelques journaux avaient il y a quelques années attiré l'attention des archéologues. Mais ce voyageur a trouvé dans cette partie de l'Afrique les mêmes armures en fer que Clapperton et Denham ont vues dans le bassin du Tchad ; quelques chefs ont même des robes en mailles de fer pour leurs chevaux. Les armures en 1er, si connues en Europe dans le moyen âge, sont donc d'un usage commun dans le centre de l'Afrique.
Le ROYAUME DE FOUR (Dar-Four). C'est, comme le Kordofan , un groupe de plusieurs oasis au milieu d'un vaste désert qui le sépare du Mobba à l'ouest , et du Kordofan à l'est. Ce royaume a étendu autrefois sa domination sur le Kordol'an, le Bego, le Dageo, le Dar-Runga et autres pays peu connus. Après la perte de toutes ces contrées sa puissance a beaucoup diminué, et le Dar-Four ne joue plus un rôleimportant parmi les états du Soudan-Oriental , avee lesquels tous les géographes s'accordent à le placer. Cobyh (Cobbé) , petite ville d'environ 6000 habitans, en est la capitale. Le sultan réside habituellement à une petite distance de celle ville, dans un lieu appelé El-Facker. Cobeyh possède deux mosquées , cinq écoles publiques , et se distingue surtout par l'activité commerciale de ses habitans , qui en ont fait un des principaux entrepôts du commerce de l' Afrique-Intérieure.
Nubie.
Depuis l'invasion faite en 1822 par lsmayl pacha , fils du vice-roi d'Egypte , tous les pays le long du Nil compris dans cette vaste contrée peuvent être regardés comme tributaires de ce prince , qui possède en outre Souakim, considérée comme la place maritime la plus importante. Même les principales tribus des nomades, qui parcourent les déserts a l'est et à l'ouest du Nil, ont été obligées île reconnaître sa suzeraineté. Il est vrai que peu de temps après la conquête il éclata une terrible insurrection dans les pays conquis ; mais on nous assure, qu'à l'exception des extrémités méridionales du ci-devant royaume de Sennaar et de quelques districts sur sa frontière occidentale, tout est rentré dans Tordre et reconnaît la dénomination de Mohammed- Ali. Voici les pays les plusimportans qui appartiennent à cette grande division de la Région du Nil; nous les indiquerons en descendant le Bahr-el-Azrek et le Nil proprement dit.
Le ROYAUME DE SENNAAR. Au temps de Bruce, vers 1770, cet état étendait sa domination sur toute la Nubie-Méridionale jusqu'à Dongolah, et quelques années auparavant l'avait portée même sur le Kordofan : avant l'invasion d'is-
mayl-pacha , les meliks de Chendy, de Damer et le territoire des Chaykyé , au nord , le Fazoql , le Bouroum et autres pays au sud , lui payaient un tribut. Depuis 1822, Bady, son melik actuel, descendant des Chelouks qui ont fondé ce puissant royaume au commencement du xvie siècle , est vassal du vice-roi d'Egypte et ne possède plus que le tiers de son ancien territoire.
Les villes principales sont : Sennaar, dans le Sennaar proprement dit, sur la rive gauche du Bahr-el-Azrek. C'est un amas confus de cabanes rondes, couvertes en chaume et d'autres en argile, qui ont parfois un élage , et assez ordinairement une terrasse. Le palais des anciens rois est une construction en briques cuites, élevée de 4 étages, abandonnée et à demi délabrée. M. Cailliaud , en 1822, estimait à oooo âmes la population de cette ville, dont les géographes exagèrent tant l'étendue et le nombre des habitans. Avant la dernière invasion, Sennaar était le centre d'un commerce assez étendu. Hellet-elcherif-Mahammed , grosse bourgade à la gauche du Bahr-el-Azrek.
PAYS DE HALFAY, le long du Bahr-el-Azrek et du Nil proprement dit. Après avoir secoué le joug duS*ennaar, cet état jouissait de son indépendance, lorsque Ismayl-pacha le rendit tributaire de l'Egypte. Haliây, peu loin des deux branches dont l'union forme le Nil; c'est «ne petite ville très déchue à cause des fréquentes attaques des Chaykyé; M. Cailliaud lui accorde 3 à 4000 habitans. Sobah, à la droite du Bahrli-Azrek, misérable endroit, remarquable en ce
qu'il offre, selon M. Cailliaud , les dernières ruines d'anciens édifices que l'on rencontre sur la célèbre lie de Méroë.
PAYS DE CHENDY, le long du Nil. Ce royaume, naguère tributaire du roi de Sennaar, est surtout remarquable parce qu'il correspond à la partie la plus importante du célèbre état théocratique de Méroë , qui pendant plusieurs siècles répandit les bienfaits de la civilisation au milieu des peuples barbares dont il était entouré , et que plusieurs écrivains ont supposé être le berceau des institutions religieuses et politiques des Egyptiens. Chendy, sur la rive droite du Nil , peut avoir 8 à 900 maisons , qui la plupart n'ont qu'un rez-de-chaussée très élevé et une terrasse pour toiture. M. Cailliaud en estime la population de 6 à 7000 âmes. Elle a encore déchu beaucoup depuis lors, car M. Hoskins qui l'a visitée en 1833 ne lui accorde que 6 à 700 maisons et 3500 habitans. Avant l'invasion des Egyptiens, Chendy était l'entrepôt principal du commerce de la Nubie et son plus grand marché pour les esclaves; ses négocians entretenaient des relations suivies avec le Sennaar, le Kordofan , le Dar- Four, le Dongolah , et par Souakim avec l'Arabie. C'est dans un village près de cette ville que Nimr, ancien roi de Chendy, dépossédé par Ismayl-pacha, mit le feu à la maison habitée par ce dernier et le brûla ; cette mort a été le signal du soulèvement général qui éclata à cette époque contre les Egyptiens dans les provinces conquises , depuis l'extrême frontière du Sennaar jusqu'à celle de la Basse-Nubie.
Dans un rayon de 27 milles on trouve : Naga, lieu misérable, peu éloigné delà rive droite du IN il , où l'on voit encore les ruines de sept temples. El-Meçaourat, autre endroit qui n'est remarquable que par les restes de huit temples ou sanctuaires. M. Cailliaud regarde ces grandes constructions comme appartenant au collège célèbre , où , loin du tumulte des villes, les pi ètres de Méroë instruisaient de jeunes adeptes dans la connaissance des dogmes religieux et des sciences dont ils étaient dépositaires. Les figures informes et les noms gravés en caractères éthiopiens par des élèves, rappelèrent à M. Cailliaud le griffonnage que l'on voit encore sur les murailles intérieures des casernes de l'antique Pompeia. Assour ou Hachour, petit village, sur la rive droite du Nil, au-dessous de Chendy; tout près se trouvent, selon M. Cailliaud, les ruines de Méroé , ville jadis si célèbre par ses monumens, par son commerce, par son oracle de Jupiter Ammon et par son roi pontife, que ce dieu même était censé choisir parmi ses prêtres. M. Cailliaud y vit un grand nombre de pyramides. Vile de Kourgos (Kourqos), où l'on voit, selon M. Ruppell , trois groupes de mausolées antiques , ayant la forme de pyramides; ils sont ornés de sculptures; l'un de ces groupes se compose de 21 pyramides.
PAYS DE DAMER, le long du Nil et de l'Albarah. Ce petit état était naguère régi par plusieurs prêtres mahométans présidés par un pontife de leur religion (el-Fakyh-el-Kebir). Damer , près du confluent de l'Albarah dans le Nil , jolie petite
•ville d'environ 5O0 maisons , avec des rues droites et bordées d'arbres qui aboutissent à une belle mosquée. C'est Vécole la plus célèbre de l'Afriquc-Orientale , dans laquelle sont élevés et instruits plusieurs jeunes mahométans envoyés non-seulement des contrées voisines, mais aussi du Dar-Four, du Sennaar et d'autres pays éloignés. Damer est en outre une place d'un grand commerce pour toute la Région du Nil.
PAYS DE BARBAR, le long du Nil, habité par des Arabes delà tribu Meyrefab. Ankheyre, sur la rive droite du Nil selon Bukhardt , et El- Mekheyr sur la même rive , selon M. Cailliaud , en est la capitale. On y fait un commerce assez considérable.
PAYS DES CHAYKYÉ, le long du Nil. Avant l'invasion d'Ismayl-pacha , c'était une république militaire gouvernée par trois meliks principaux nommés Chauss, Zibert et Ornai ; ces chefs avaient chacun sous leurs ordres trois autres chefs subalternes , qui commandaient des corps de troupes. Ces Arabes devinrent redoutables à leurs voisins, surtout au Dongolah, au Barbar et à l'Halfay , sur lesquels ils dominèrent pendant quelque temps. Les Chaykyé lurent ceux qui opposèrent le plus de résistance aux troupes des Egyptiens. Parmi les lieux les plus remarquables nous nommerons :
Korti , petite ville sur la rive gauche du Nil; on la regardait comme la capitale de l'état. Hannek, sur la rive droite, à laquelle M. Cailliaud accordait 2000 habitans avant sa ruine. Meraouy, encore plus petite, mais dans le voisinage de laquelle se trouvent les imposantes rui nés du m ont Barkal , regardées par M. Cailliaud, comme les restes de Napata, qui pendant plusieurs siècles fut, après Méroë , la capitale de la Nubie, et qui fut détruite par Pe- Ironius, général romain. Un y voit deux groupes formés de pyramides, plus petites que celles d'Egypte;avec sanctuaires extérieur? ; un vaste temple très dégradé , qui , par le nombre de ses colonnes, sphinx, autels en granit, couverts des plus belles sculptures et par sa grande salle hypostyle,est un des plus beaux monumens del'Éthiopie-Inférieure. Letyphonium, à moitié delà montagne, est le plus beau reste de sesmagnifiques ruines; M. Waddington, qui les a visitées le premier, les croit plus anciennes que celles de l'Egypte ; mais tout prouve qu'elles sont d'une date assez récente ; les sculptures portent le nom de Tirhaca ou Tarakha , roi éthiopien de la vingt-cinquième dynastie qui régnait vers 706 avant Jésus - Christ. Nouri , misérable endroit , à la gauche du Nil , remarquable par ses grandes pyramides, plus effilées et beaucoup plus petites que celles d'Egypte. Les chevaux des Chaykyé sont les meilleurs que l'on connaisse parmi les races arabes. PAYS DE DONGOLAH , le long du Nil. Eu 1814, ce pays était tributaire des Chaykyé, auxquels il fut enlevé par les Mamelouks échappés de l'Egypte, qui en furent eux-mêmes dépouillés en 1820 par Ibrahim-pacha. Le Dongolah, qui dans le moyen âge était la puissance prépondérante de la Nubie, n'est plus reconnaissais , tant il a oerdu sous le rapport de l'étendue , de
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la fertilité et de la population. Opprimés depuis 60 ans parles Chaykyé , ses habitans ont émigré en grand nombre dans le Bat-bar, le Chendy et jusqu'au Kordofan et au Dar-Four. Les lieux les plus remarquables sont :
MarakahouNouveau-Dongolah, gros village k la gauche du Nil, construit, il y a quelques années , par les Mamelouks, qui ont abandonné le Yieux-Dongolah. M. Cailliaud le regarde aujourd'hui comme le lieu le plus considérable de tout le Dongolah, et M. Rùppell ajoute qu'il est la résidence du commandant turk qui étend sa juridiction depuis Ouadi-Halfa jusqu'à Ouadi-Gammer. Dongolah ou Yieux-Dongolah (Dongolah-Agouz), sur la rive droite du Nil, ville la plus grande , la plus peuplée et la plus riche de la Nubie pendant le moyen âge , réduite maintenant à un simple village d'environ 300 habitans. L'île d'ARGO , remarquable par sa fertilité et surtout par des débris d'anciens édifices et par deux statues colossales visitées pour la première fois par M. Waddington.
PAYS DE MAHAS, le long du Nil. Tynareh , misérable village à la droite du Nil, est le lieu le plus considérable ; on y voit les ruines de plusieurs églises coptes. Sescé et Gocrien-Taoua, misérables villages à la gauche du Nil , remarquables par les ruines de leurs anciens temples. M. Waddington signale un de ces temples en ruines, dit aussi de Soleb, à cause du voisinage du hameau de ce nom , comme un des plus grands et des plus remarquables par son élégance ; l'état de ses ruines lui rappelait celles qu'il avait vues à Ségeste, à Phigalée et à Sunium.
PAYS DE SOKKOT , le long du Nil. Amarah, sur la rive droite , est le lieu le plus remarquable; on y voit les restes d'un beau temple égyptien. L'île de Says , où il s'était formé une petite république aristocratique , qui , sur son refus de payer les impôts, a été détruite en 1823 par les troupes du vice-roi d'Egypte ; le château de Says a été rasé.
OUADY-EL-HAD JAR , le long du Nil. C'est une contrée stérile et presque déserte. Semneh, misérable hameau , remarquable par le temple égyptien qui se trouve vis-à-vis de l'autre côté du fleuve.
PAYS DES BARABRAS (Qenous ou Kenouz) , dit aussi communément BASSE-NUBIE; il s'étend le long du Nil, entre la cataracte d'Ouady- Kalfa et celle d'Assouan ou Syène , nommées communément la seconde et la première cataracte. Derr, sur la rive droite du Nil, petite bourgade de 200 maisons , dont la plupart des habitans sont d'origine turque ; M. Richardson en 1817 lui accordait 3000 habitans; on la regarde comme la capitale de la Basse-Nubie , ou de la Nubie-Ottomane. On trouve dans ses environs beaucoup de ruines et un temple égyptien taillé dans le roc , dont M. Champollion attribue la construction à Sésostris. Les lieux suivans . le long du Nil , qaoique de misérables hameaux , sont impoitans par les iuines d'anciens édilices et par leurs anciens temples égyptiens.
Ouady-Halfa , village remarquable par la cataracte que le Nil forme dans son voisinage.
Déjà plusieurs voyageurs modernes ont signal* l'extraordinaire exagération des géographes anciens et modernes sur la hauteur qu'on lui attribuait; malgré cela, par une inconcevable négligence, plusieurs géographes portent encore à plusieurs centaines de pieds son élévation , qui n'est que de quelques pieds. On y voit aussi les débris de trois temples égyptiens, dans un desquels M. Champollion retrouva des colonnes, qu'il regarde comme l'origine des ordres grecs.
Ebsambcl, probablement Aboccis. Pies de ce misérable hameau sontles plus magnifiques excavations de la Nubie, vues et décrites de nos jours par MM. Drovetti, Burkhardt et Belzoni, puis par MM. Richardson, Rifaud, Gau, Champollion, Rosellini, et autres voyageurs. Le temple d'Athor, dédié par la femme de Sésostris-le-Grand, est le plus petit; il est décoré extérieurement d'une façade contre laquelle s'élèvent 6 colosses de 35 pieds chacun environ , taillés aussi dans le roc et d'une excellente sculpture. Ce temple est couvert de bas-reliefs dont plusieurs sont très intéressans. Le grand temple est une autre construction du grand Sésostris, excavation immense, dont le travail qu'elle a dû causer effraie l'imagination. Le sable du désert, continuellement apporté par les vents, s'accumule à l'entrée de ce magnifique monument et nécessite de nouveaux déblaiemens chaque fois qu'on veut y pénétrer. La façade est décorée de 4 colosses assis, de 61 pieds de hauteur, et représentant Rhamsès-le-Grand ou le grand Sésostris. La première salle de l'intérieur est soutenue parSpil iers contre lesquels sont adossés autant decolosses de 30 pieds chacun, représentant Sésostris. Sur les parois de celte vaste salle règne une file de grands bas-reliefs historiques, relatifs aux conquêtes du Pharaon en Afrique ; celui qui représente son char de triomphe, accompagné de groupes de prisonniers nubiens, nègres, etc., de grandeur naturelle , offre une composition de toute beauté. Les autres 16 salles abondent en beaux bas-reliefs religieux, offrant des particularités fort curieuses. Les couleurs appliquées à ces sculptures semblent avoir conservé leur éclat primitif. Le temple est terminé par un sanctuaire , au fond duquel sont assises quatre belles statues bien plus for tes que nature et d'un très beau travail.
Ibrim , qui parait être la Puemnis de Strabon ; c'est un misérable endroit, avec une citadelle en ruine.On y voit encore 4 spéos ou excavations dans la roche, qu'il ne faut pas prendre pour des tombeaux et qui sont de la plus haute antiquité ; le plus ancien remonte, selon M. Champollion , au règne de Thoulhmosis Ier, elle plus réceiit au règne du grand Sésostris. Amada, où se trouve un temple fort encombré de sables-, il est surtoit remarquable par la beauté de ses sculptures qui appartiennent à la belle époque de l'art égyptien. M. Champollion regarde les 4 colonnes de ce temple, fondé par Thoulhmosis 111 ou Mœris, comme le type de la colonne dorique grecque.
Seboua , village habité par des Arabes Aleykat adonnés au commerce. On y voit un grand hémispéos, c'est-à-dire un édifice moitié construit en pierre de taille et moilié creusé dans le rocher.
AFRIQUE
M. Cliampollion le regarde comme le plus mauvais ouvrage de l'époque du grand Sésoslris. Le temple est précédé d'une avenue de sphinx et de statues colossales, la plupart enfouies sous les sables, ainsi qu'une partie du temple. Mehaukaq vh (Hierasycaminos) avec un temple. Dakkeh (Deqqeh, lePselcis des anciens); son temple porte une inscription grecque d'Evergèle II, gravée sur la façade. Kircheh (Ghirsché) , avec un hémispéos du temps de Sésostris. La partie excavée dans le rocher , travail immense , a été dégradée, avec une espèce de recherche, probablement par les Perses sous Cambyse. La grande salle est soutenue par six énormes piliers dans lesquels sont taillés six colosses , offrant le singulier contraste d'un travail barbare à côté de bas-reliefs d'une fort belle exécution.
Dandour, avec un petit temple non achevé, du temps de l'empereur Auguste. En face de Dandour, MM. Cliampollion et Rosellini ont découvert un écho qui répète fort distinctement et d'une voix sonore jusqu'à onze syllabes.
Kalabschi (El-Galabcheh , le Talmis des anciens); c'est le plus grand village qu'on rencontre entre Assouan et Derr, quoiqu'il n'ait qu'environ 200 familles ; il est situé presque sous le tropique. Son grand temple, que Burckhardt regardait comme un des plus précieux restes de l'antiquité égyptienne, n'a jamais été terminé; construit sous Auguste, Caligula et Trajan, il a servi plus tard d'église aux chrétiens. M. Cliampollion juge ses sculptures d'un goût barbare. Tout près est situé l'intéressant monument de B eyt-Oually , spéos remarquable par les bas-reliefs historiques .qui le décorent et qui sont d'un toi t beau style. Teffah (Talis), Kardaseh et Debout (Parembole), petits villages remarquables parleurs temples,
CONTRÉE ORIENTALE. Nous comprenons sous cette dénomination tous les pays situés entre î'Atbarah, le Nil et la mer Rouge. De vastes déserts vers le Nil, et des montagnes escarpées vers la mer Rouge , occupent la plus grande partie de cette subdivision de la Nubie , parcourue dans tous les sens par plusieurs tribus nomades qui appartiennent à la famille Troglodytique et à la nombreuse nation Arabe. Les tribus les plus
importantes comprises dans la première sont les Bichariens ou Bisharyes proprement dits , sur le territoire desquels se trouve Olba, misérable village , avec un port sur la mer Rouge ; c'est leur marché principal. Les Hadendoa, qui habitent le fertile canton nommé B e l ad-el* Taka et les vallées des montagnes Langay; plusieurs s'adonnent à l'agriculture. Gos-Redjab , su«- I'Atbarah, est regardé comme leur chef-lieu. Selon Rurckhart, on trouve dans les collines voisines des monumens importans et d'anciens tombeaux habités par des familles de cette tribu. Les Hammadab ou Hammadeh, qui demeurent le long de rAtbarah. Atbarah, sur I'Atbarah, village de 100 familles, est l'endroit le plus important de leur territoire. Les Hallenqahs, qu'on classe parmi les Arabes , maif qui nous paraissent devoir être rangés parmi les peuples de la famille Troglodytique; ce sont dt terribles brigands qui volent et pillent les tribus voisines. Djebel-Dyàb ou Dahaby (mont d'or) , montagne jadis exploitée , mais non encore épuisée.
Souakim , dont une partie est située sur un ilol et le reste sur le continent ; c'est la place maritime , sur la mer Rouge , la plus commerçante de toute la région du Nil , et un des plus grands marchés pour les esclaves. Burckhardt évalue sa population à 8000 âmes, la plupart Arabes et Hadereb, tribu des Bichariens. Cette ville est gouvernée par un émir qui autrefois n'était dépendant que de nom du pacha de Djidda en Arabie, mais qui aujourd'hui parait être entièrement soumis au vice-roi d'Égypte. Son port est un des meilleurs et des plus fréquentés de la mer Rouge.
CONTRÉE OCCIDENTALE. Cette partie, beaucoup moins grande que la précédente , s'étend à l'ouest du Nil et comprend les pays suivans : le désert de Bahiouda , que parcourent les Arabes Hassanyeh, dont plusieurs s'adonnent au commerce , et les Arabes Kababich; et le désert qui côtoie le bord occidental du Nil , et au milieu duquel se trouve Yoasis de Selimehy remarquable parles couches de sel gemme exploitées annuellement par les Arabe nomades des cantons limitrophes.
Pharaons , si riche sous les Ptolémées et encore si importante sous les rapports historique et archéologique, va fixer pour quelques momens notre attention. C'est l'Egypte qui, mère des sciences et des arts, a instruit la Grèce, et c'est la Grèce qui a instruit les Romains pour nous instruire plus tard nous-mêmes. Après avoir, pendant plus de mille ans , éclipsé les plus glorieux empires, après avoir , sous Sésostris , subjugué une grande partie de V Ancien-Monde , elle a fini par devenir buccessivement le jouet des Perses, des
Egypte.
les Romains, des Arabes et des Turks. U tyrannie et les fléaux qui l'accompagnent l'ont dépouillée de quelques-uns des titres de son antique gloire ; mais son nom seul ébranle encore l'imagination , et les souvenirs de Thèbes, de Memphis et d'Alexandrie , les noms du lac Mœris et du labyrinthe, les pyramides et les obélisques , traverseront tous les siècles. Il nous convenait d'autant mieux d'arrêter ici pour quelques instans les regards que ce n'est qu'à la tin du dernier siècle qu'une armée française, pénétrant dans l'ancienne patrie des Pharaons, les savans
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qui l'accompagnaient purent enfin présenter à l'Europe, dans le plus magnifique ouvrage qu'on ait publié , le tableau complet des débris qui ornaient encore cette illustre contrée; c'est à peine s'il y a quelques années, qu'un autre savant français est parvenu à déchiffrer , avec une rare sagacité, une partie des témoignages inscrits sur ces restes de l'antiquité , ce qui a permis d'en fixer à-la-fois l'origine et l'objet. Une autre circonstance , qui méritait presque autant notre attention,, ce sont les nobles tentatives que fait le pacha actuel d'Egypte, Mohammed-Ali, pour rendre à cette contrée une partie de son ancien éclat. Quel spectacle plus curieux pour le philosophe que celui d'un peuple qui essaie de sortir de la barbarie, et dont les efforts sont partagés par les peuples voisins. C'est même par là que notre plan nous commande de commencer. Nous avons indiqué ailleurs les sources principales auxquelles nous avons puisé les faits exposés dans cette courte description ; mais la reconnaissance nous impose le devoir de signaler ici les savans qui ont bien voulu nous aider dans cette tâche difficile. C'est à l'obligeance de M. Jomard, qui, aidé de l'influence et de la coopération active de M. Drovetti , consul-général de France , et d'Osmàn-Nourredin-bey, a tant contribué à opérer cette régénération morale,, que nous devons l'aperçu suivant sur le gouvernement actuel de l'Egypte, sur les progrès que les arts et les sciences de l'Europe y ont déjà faits , ainsi que le tableau de ses divisions administratives actuelles. Pour l'Egypte antique , M. Champollion nous a ouvert ses portefeuilles , communiqué ses souvenirs et même des résultats que l'ordre de ses travaux ne rendra publics que long-temps après l'apparition de notre ouvrage :
ainsi l'obligeance du savant interprète de l'Egypte des Pharaons a été inépuisable comme sa science.
Voici ce qu'écrivait en 1833 M. Jomard : « On a en ce moment sous les yeux une sorte de phénomène moral bien fait pour frapper, et cependant presque inaperçu. Le bandeau du fanatisme et de l'ignorance tombe par degrés des yeux des Orientaux qui , depuis 1828 , sont venus chercher la lumière en France. Si l'on comparait l'état actuel des jeunes Egyptiens qui se sont instruits à Paris et sur d'autres points du royaume, avec ce qu'ils étaient en y arrivant avec ce qu'était l'Egypte elle-même
dans les années antérieures, ou ce qu'elle est encore dans la plus grande partie de son territoire ; si on se reportait au point de départ de tous ces missionnaires de la civilisation , on serait grandement surpris du chemin qu'ils ont fait. On serait étonné surtout de l'aptitude singulière que plusieurs d'entre eux ont montrée , nonseulement pour les arts européens , pour l'industrie et les sciences utiles a la société , mais encore pour les principes de la civilisation modernepour les idées fondamentales de la société européenne, si différentes de celles des peuples de l'Orient. 11 est vrai que le perfectionnement graduel de ces étrangers, et leur contact continuel avec nos mœurs et nos usages , nous ont accutumés à ce singulier changement. N'était-il pas , après tout, bien déraisonnable à ceux qui proposaient de leur refuser le secours de l'instruction (sous prétexte de leur inaptitude) , d'imposer des bornes aux facultés humaines, comme si l'on pouvait déterminer rigoureusement la mesure de l'intelligence dans une race ou dans l'autre, et d'en faire un privilège exclusif pour l'Europe; comme si la portée de l'esprit humain était fixée à toujours, parle climat, les préjugés et les institutions ! Quant à ceux qui , par intolérance religieuse ou politique, s'opposaient à ce qu'on instruisît des barbares , il faut les plaindre plutôt que de leur répondre.
11 suffisait presque, pour réussir dans une telle tentative , d'étudier avec soin le caractère de ces Orientaux , de leur préparer les voies en les mettant promptement en possession de la langue française, qui devait leur servir de clef pour pénétrer plus avant. 11 fallait leur inspirer le goût de l'étude par des occupations variées et agréables , s'efforcer, par le ressort de la discipline , quoique bien nouvelle pour eux, de les habituer au travail intellectuel et de vaincre l'apathie orientale ; opposerenfin aux obstacles moraux et matériels unepatieute persévérance et des soins vigilans, sans quoi l'on n'évitait pas les écueils où d'autres étaient tombés quelques années auparavant.
Avant de donner un aperçu du résultat des soins qu'on a pris pour initier aux sciences et aux arts les 90 Egyptiens venus successivement en France depuis 1818 , il faut donner une idée de l'état actuel des choses en Egypte ; on sera mieux disposé par là à augurer favorablement de l'avenir de cette jeunesse, car Uincertitude de son avenir était encore le sujet d'une autre objection contre l'utilité de cette entreprise philantropique. Si l'Egypte n'avait pas marché elle-même dans la route de la civilisation , l'on pouvait craindre que les efforts tentés en Europe n'eussent pas de résultats, et il fallait travailler à un état de choses qui permit aux adeptes égyptiens de retrouver dans leur patrie quelques secours pour se perfectionner, et d'y respirer encore , pour ainsi dire , une atmosphère scientifique. Heureusement que les germes déposés sur ce sol fécond par l'expédition française ne s'étaient pas éteints. La tradition en est vivante encore et dans toute sa force. Persuadé sans doute qu'il faut , pour civiliser un pays, commencer sur-le-champ, et sans perdre ua moment , par l'éducation , comme on com«
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mencc un jardin par les plantations et un édifice parles fondemens , le vice-roi a fondé plusieurs écoles de mathématiques et de médecine. Un génie supérieur pouvait seul songer à des créations si étrangères au sol égyptien , tel que la conquête de Sélim l'a façonné. 11 faut savoir que Mohamnied-Ali entretint d'abord à ses frais non-seulement les élèves de ces écoles, mais jusqu'à leurs familles. La première école, connue sous le nom de Casr-el-aïn (du nom d'un bâtiment situé entre le Caire et le Nil), a fourni le plus grand nombre des jeunes gens envoyés en France en 1826, à la vérité trop âgés, bien peu préparés, et, si on peut le dire, à peine dégrossis. En y rentrant comme maîtres, plusieurs de ces jeunes gens y porteront les bonnes méthodes et les moyens d'arriver à de plus grands succès , d'obtenir des résultats positifs et efficaces.
V école de médecine attachée à un hôpital , l'un des plus grands qui existent, fait de son côté des progrès réels, surtout dans les opérations chirurgicales. Elle compte plus de 300 élèves et possède un grand nombre de sujets qui se distinguent déjà par la science et la pratique. Ces deux derniers établissemens , situés à Abou-Zabel, à 12 milles au nord du Caire, n'en font qu'un ; ils fleurissent sous la conduite d'un habile médecin français, le docteur Clot.
Une grande école centrale est projetée en ce moment pour l'enseignement des principales connaissances et professions savantes ou industrielles. Ce projet gigantesque comprendrait le plan d'une école polytechnique associée à celui des différentes écoles d'application , soit pour les services et les travaux publics, soit pour les arts chimiques , économiques et mécaniques , et même pour le commerce et l'agriculture. Quoique l'Egypte ne soit pas mûre pour une si vaste conception , toutefois il faut dire que plusieurs des élèves de l'école franco-égyptienne seront dans peu d'années en état d'enseigner douze ou quinze professions ou branches des sciences et des arts; quant à la dépense , elle ne peut effrayer le prince qui a tant fait de frais pour l'instruction , pour les canaux et l'industrie , et qui entretient si généreusement les grandes écoles d'Egypte et de France. On sait qu'il a introduit Yimprimerie, les machines et les bateaux à vapeur, l'art télégraphique, V éclairage au gaz hydrogène et bien d'autres améliorations , encore étrangères à plus de la moitié de l'Europe. Et qu'on ne dise pas que de pareils changemens sont prématurés, que tout finira avec lui, qu'un insensé seul peut se livrer à des rêves d'amélioration ou lutter contre l'ignorance et le fanatisme du pays. Pour réaliser ces changemens il fallait frapper les esprits et les yeux par les merveilles des arts de l'Europe, ouvrir des canaux et planter des routes, exploiter le sol et accroître ses produits, communiquer avec toutes les contrées voisines, former une armée puissante et défendre ses frontières de terre et de mer , appeler l'industrie à mettre en œuvre les matières premières dont la vallée du IS il abonde-, il fallait aussi comprimer l'opposition fanatique des ulemas, la résistance des Osmanlis et de tous les partis 11 a fait toutes
ces choses et de plus grandes encore. Et si le monopole qu'on lui reproche est une tache à son administration ; si en même temps cet acte , jugé tyrannique et contraire aux intérêts du commerce et de l'agriculture, lui a procuré les moyens de réaliser des entreprises si coûteuses ; si sou armée , aidée de puissantes ressources, est venue à bout d'assujétir l'Arabie, la Haute-Nubie et les contrées libyques du voisinage, de détruire parla l'influence barbare des nomades, si hostile, depuis un temps immémorial , à la culture et à toute civilisation; si le prince est venu à bout, non pas à l'aide de mesures un peu oppressives, mais malgré ces mesures, de porter au loin la gloire du nom égyptien, et de le faire respecter même de la puissante Europe et de bien des ennemis, de tripler les revenus publics, de doter enfin le pays de cultures nouvelles, la postérité aura à décider s'il aurait réussi autrement, et s'il est au-dessous de Pierre-le-Grand. Nous pouvons même dès aujourd'hui décider si, à ce prix , l'amélioration de l'Egypte est payée trop cher, et si la France et le reste de l'Europe doivent compromettre les avantages que cet état de choses leur promet en Afrique, en arrêtant l'impulsion donnée , ou même en ne la secondant pas par un concours actif et zélé.
Voici un aperçu succinct des changemens survenus en Egypte depuis les dernières années; il résulte de pièces authentiques , dont la plupart sont encore peu connues jusqu'à présent.
Le changement des simples usages matériels est considéré quelquefois comme sans importance; mais, le plus souvent, cet abandon est très significatif pour l'observateur qui réfléchit, et c'est surtout à Y Orient que cette vérité doit s'appliquer. Si, par exemple, ce qu'on nomme le costume orienta] , si la pipe , la barbe et le turban y perdaient de leur crédit, il faudrait croire à une véritable révolution morale : or, c'est ce qu'on commence à observer en Egypte, surtout dans l'armée. Personne n'est plus scandalisé de ces changemens, même parmi ceux qui ne res approuvent pas. L'ampleur des habits a diminué considérablement; on se contente découvrir la tête avec le tarbouch, ou profonde calotte ; un grand nombre d'individus, même étrangers à l'armée , se rasent le menton.
Les provinces viennent d'être divisées en dé* parlemens, en arrondissemens et sous-arrondissemens. Des assemblées provinciales sont établies. Une assemblée centrale, ou divan général, composée des députés de toutes les provinces , au nombre de plus de 180 membres , a été réunie dans la capitale ; une trentaine d'officiers civils et militaires , attachés à l'administration actuelle , en faisaient partie. Il y a eu, en août 1829 , à Casr-el-Aïn , une première réunion de ce divan au palais d'Ibrahim-Pacha et en sa présence, dans laquelle on a délibéré sur les affaires de l'intérieur de l'Egypte.
Cette réunion se composait : 1° des ministres . des rrlemas, des directeurs des différentes fabr iques et de quelques fonctionnaires distingués, en tout 38 personnes, au nombr e desquelles se trouvaient Albas-Pacha, petit-fiîs d?S. A. le vice-roi.
REGION DU NIL
Ahmed-Pacha, fils de Taher-Pacha, et Monammed-Bey, gendre du vice-roi, en qualité de membres du divan, et sans autre privilège -, 2° des mamours (autrement les préfets et sous-préfets, autrefois les nasr et les càcliefs ou gouverneurs) au nombre de 28; 3° de 93 cheïkhs-el-beled ou chefs des villagesen qualité de députés des départemens. îbraliim a fait connaître que son père, voulant mettre de l'ordre dans l'administration civile et dans l'administration de la justice, avait résolu de s'éclairer sur l'état des provinces, et qu'à cet effet il venait de convoquer les gouverneurs des provinces et les pius notables d'entre les cheïkhsel-beled, afin de les consulter et de recueillir leurs avis, et de pourvoir ensuite aux moyens de rendre l'Égypte plus heureuse. Le vice-roi soumet à cette assemblée toutes sortes d'affaires. Les séances sont publiques. Sans être une représentation proprement dite, celte assemblée est plus qu'un conseil. Chacun y prend la parole à son tour et parle avec liberté. Les voix se recueillent ensuite , et la décision est prise à la majorité des suffrages. On y traite des affaires d'administration générale, des impôts, des subsistances, de l'établissement des canaux et des digues. On y adresse des réclamations et des plaintes , et il y est fait droit quand il y a lieu. 11 y aura dans chaque province un conseil général composé du mamour et des cheïkhs-el-beled. Les objets dont ces conseils auront à s'occuper dans leurs délibérations seront réglés. Une décoration a été donnée à chaque cheikh des départemens et aux cheikhs du Vieux-Caire.
Une nouvelle loi pénale au sujet des personnes coupables de crimes emportant la peine de la prison, la mort ou les travaux forcés à perpétuité ou à temps, a été établie. Les gouverneurs, directeurs, inspecteurs, jusqu'à la dernière classe des agens administratifs, accusés de concussion ou de vexations, sont enfermés après avoir restitué ce qu'ils auraient pris ou reçu. Si les susdits agens détournent des fonds ou autres objets appartenant au gouvernement, ils subissent une année de galère à Alexandrie. Les faux monnayeurs et les assassins sont condamnés aux galères à perpétuité ou pour un temps proportionné à la gravité du délit; si l'accusateur ne peut prouver la culpabilité dans l'espace de quinze jours, on prend des cautions, et on met l'accusé en liberté. Mais si, après quelque temps, ce même accusé est encore traduit pour le même crime, et s'il est prouvé qu'il est vraiment coupable, les personnes qui se seraient portées caution subissent une pu nition d'un an de galère. Cette loi a été publiée dans toutes les provinces, et l'on a donné l'ordre à tous les gouverneurs de la mettre à exécution. Il résulte de là que la peine de mort est abolie , même pour les crimes d'assassinat et de fausse monnaie. Ces sortes de condamnations ne peuvent au surplus être prononcées que par le divan général , devant lequel l'inculpé a le droit de se défendre.
On a fixé définitivement la valeur des monnaies altérées parles changeurs, qui ordinairement sont les Juifs. Plusieurs ont été punis pour avoir augmenté arbitrairement cette valeur, et un tarifées monnaies a été oublié.
On a dressé un tableau statistique de Varsenat d' Alexandrie. Cet arsenal existait depuis plusieurs années ; mais , en 1829 , la forme en a été changée, et il a été mis sur le pied des arsenaux français. C'est sous la direction de M. Cerisi, ingénieur français, que ce nouvel arsenal a été construit. Le nombre des ouvriers employés est de 890 charpentiers , 460 ouvriers de divers états, 95 forgerons et 145 cordiers , en tout 1697, les chefs compris. Tous ces ouvriers sont enrégimentés. On paie journellement dans cet établissement 5G7 employés , compris les Européens.
La propagation des bonnes méthodes de culture a été ordonnée. Quinze cents jardiniers venus de Grèce et d'autres contrées sont employés au Caire et dans les provinces. On envoie des marchandises à Sennaar, pour rapporter en échange le bois qui manque à l'Egypte, et l'oi: construit sur les lieux mêmes des navires propres à la navigation du Nil. Le palais du vice-roi, à Choubra, est éclairé au gaz. L'exploitation de natroun ou soude minérale , et les fabriques de salpêtre, de poudre , ainsi que les filatures continuent à être dans une grande activité.
L'ancien mode de comptabilité a été réformé, et le mode de comptabilité en parties doubles doit être suivi par toute l'Egypte, aussitôt qu'on aura mis les comptables en état de le faire. Les places de finances, jusque-là occupées par de? étrangers, seront données à des indigènes, de quelque secte qu'ils soient. Un vaste bâtiment, destiné à recevoir le dépôt des registres de la comptabilité publique, a été construit dans la citadelle. Il existe une école d'administration, d'où seront tirés tous les préfets et sous-préfets. Elle est placée sous un directeur, chargé d'enseigner l'administration provinciale, et un cheïkh-cl-beled chargé d'enseigner l'agriculture pratique et la statistique agricole des provinces.
Vimprimerie de Boulaq , ville presque contigué au Caire, a déjà produit un assez grand nombre d'ouvrages de sciences et de littérature en arabe, en turk et en persan. On y occupe des ouvriers égyptiens. Déjà 55 volumes de tout format, sortis de cette imprimerie , sont arrivés en France. Plusieurs sont traduits du français : ils roulent sur la littérature, la médecine, l'art militaire et les différens arts, etc. Cette imprimerie a été dirigée pendant quelque temps par don Raphaêî qui avait été attaché à l'imprimerie orientale fondée en Egypte lors de l'expédition française; elle est maintenant en grande activité ; un fraducteur et un lithographe instruits à Paris, vont y être fixés.
Dès 1816 , on avait proposé de faire en Egypte un journal a trois colonnes, en français, turk et arabe, et déjà dès le temps de l'expédition française, outre le Courrier de l'Egypte, publié pour l'armée, on avait commencé le Tanbyéh (c'est-àdire avertissement), journal qui devait paraître en arabe et en français. Enfin il a paru, enl828, à Boulaq, un journal imprimé en arabe et en turk (cette dernière langue est la langue du gouvernement), avec le titre de : Evènemens de l'Egypte. Eu tête est gravée une pyramide avec un palmier et un soleil-levant, symbole assez bien choisi pour Tau-
AFRIQUE
rore de la nouvelle civilisation égyptienne ; la température du Caire y est marquée avec l'indication des jours et des heures où se font les observations. Depuis 1830 , le journal a augmenté de grandeur; la matière est de plus de moitié en sus qu'à l'origine. On y insère des nouvelles étrangères. Il y a des supplémens où l'on publie les prix de toutes les marchandises qui arrivent à Alexandrie de tous les états du grand-seigneur. On y publie les ordres et les décisions , le mouvement du port, les documens sur l'exécution des travaux publics, la construction des vaisseaux et les nouvelles du pays et de l'étranger. C'est ainsi que les élémens d'instruction et de civilisation se développent en Egypte , pendant le temps que des nationaux se forment à l'école même de l'Europe savante , unique moyen de faire fructifier les germes qu'ils vont reporter sur le sol natal ; aussi la sollicitude des fauteurs de la civilisation égyptienne devait se porter sur l'avenir de cette intéressante pépinière. Si l'on veut que l'Egypte , si heureusement placée pour répandre au loin les lumières européennes (puisqu'elle est pour ainsi dire à cheval sur l'Asie et l'Afrique), achève de s'éclairer, il faut que les jeunes adeptes continuent de trouver autour d'eux les secours de la science. Le gouvernement d'Egypte parait avoir compris ce besoin , en autorisant la création de plusieurs établissemens pour les arts et les lettres , les sciences et l'industrie. Un matériel considérable est préparé en France pour cette destination : bibliothèques scientifiques et littéraires , instrumens de physique et de chimie , collection d'instrumens, modèles et appareils de chirurgie, anatomie et médecine; ustensiles de laboratoire et objets de toutes espèces, pour les produits chimiques et fabrications industrielles; imprimerie et lithographie; modèles d'écritures et de comptabilités administratives; machines et ustensiles pour les exploitations agricoles et l'art vétérinaire ; tous ces objets vont être expédiés en Egypte où déjà il en existe un noyau.
Désespérer de l'Egypte , après des progrès aussi réels, aussi étendus, serait une fâcheuse appréhension , et aurait pour effet d'arrêter l'impulsion qui est acquise. Ne voyons-nous pas cette jeune civilisation jeter déjà des rayons au dehors : à peine maîtres de Candie, les Egyptiens y ont fondé un journal écrit dans la langue des indigènes et dans celle du souverain. La discipline la plus sévère y règne parmi les troupes égyptiennes , et la propriété , la liberté civile et religieuse y sont respectées comme des droits sacrés. A l'instar de l'Egypte, le sultan a fondé aussi un journal qui produira sans doute d'heureux fruits. Quel avenir cette révolution ne promet-elle pas à l'Europe , pour l'amélioration de
En i839 l'Egypte était divisée administrativemen t en 7 moudirats (gouvernemens ou intendances) et on 64 départemens. Le Moudir ou gouverneur a sous ses ordres plusieurs Maimours ou préfets de département : la Basse-Egypte compte 4 moudi- Tats, 7 provinces et 36 départemens , et en outre, 4 gouvernemens à part : Alexandrie, le Caire, Damielte et Rosette. La Haute et la moyenne Egypte comptent 3 moudirats et 28 départemens. Leder-
l'état moral et matériel de toute la population africaine qui habite la côte septentrionale, aujourd'hui surtout qu'Alger est sous les lois de la Franoei Communauté de langage , et même en partie , communauté d'origine ; c'est de quoi lier , par les nœuds du commerce et les relations d'amitié, deux pays restés trop long- temps étrangers l'un à l'autre. C'est promettre à l'Europe que bientôt les barrières qui lui cachent l'intérieur do l'Afrique seront abaissées, et que les deux portes du Soudan , à l'est et à l'ouest , par les sources du Nil et par la Sénégambie, seront enfin ouvertes à ses explorateurs, à ses populations avides de connaissances.
Nous finirons ce tableau rapide des progrès de l'Egypte dans la voie des améliorations, par une sorte de statistique sommaire de la mission scientifique qu'elle a envoyée en France depuis quelques années, divisée par professions ou branches d'enseignement. Administration civile ( droit naturel, droit des gens, droit positif, économie et statistique ) , huit élèves. Administration militaire , quatre élèves. Marine, trois élèves. Agriculture et art vétérinaire, quatre élèves. Mécanique et liydraulique , cinq élèves. Arts chimiques et économiques, mines et fonderie, huit élèves. Médecine, deux élèves. Génie militaire et artillerie, quatre élèves. Gravure et lithographie, deux élèves. Diplomatie, trois élèves. Art de traduire, un élève. Architecture, un élève. Mines, constructions navales et génie maritime, trois élèves. Fabriques diverses et arts manuels, trente-trois élèves. Plus, neuf autres sans destination ou sans aptitude. Ajoutons qu'une douzaines d'autres sont en Angleterre, en Suisse, etc., occupés à l'étude delà marine et des arts mécaniques. En outre, six jeunes enfans, nés dans l'Ethiopie-Inférieure et la Haute-Nubie , viennent d'être envoyés en France par M. Drovetti pour y être instruits dans les sciences et les arts (Voyez à la page 818).
Parmi les productions dont l'Egypte s'est enrichie , figure au premier rang le colon à longue soie; il a remplacé le coton herbacé, dont la qualité était très inférieure ; dans les marchés deLiverpool et de Marseille, il a pris faveur sur le coton de Géorgie et de Virginie , le prix étant beaucoup moindre. L'Egypte a produit dans ces dernières années 225,000 balles de coton. Elle en produira sans peine une quantité double. V indigo, la cochenille , la soie sont cultivés avec le même succès. Dans le même temps on rehausse les digues, on plante les routes, on creuse ou l'on rectifie des canaux , et , malgré des pertes considérables et des malheurs qui se sont succédés sans interruption , on doit espérer que l'agriculture finira par devenir libre et prospère. »
nier moudiraten remontantle Nil , comprend une partie de la Nubie jusqu'à la cataracte de Ouâdi- Halfa. Le reste de la Nubie appartient à la juridiction de Sennâr et est sous les ordres d'un gouverneur spécial résidant dans cette dernière ville, ainsi que le Cordofan. Le tableau suivant présente la division dos moudirats: la liste des départemens serait trop longue à donner. Djyzéh appartient géopraoliinuement à la Basse et à la Moyenne Egypte..
1 El Madaàghyeh
2 O ka.lt el j-âioiuv
3 $eyt el Qâdy
4 Khâ n el Hervrveh
0 KJiân el JVâJuLr 6 KTuirh el Bmurt
1 fmrnâ el AcAoj- ou Mosquée ■ 8 Khân, el ttvnzàoiu/
y Crama, el MoyeJ
lo Crama el Soultârv QaZaoun.
n Gârruz, el Soultârv Qei/sourt
\3. Beyt Mourâd be*/
Ci OLâlt el Çamlv
i4 ÇanturaJ: el (rech/aWv
l."> OarUa.ru/: el Mourky
16 OarUar-at el emyr tfoseyn
A. H. Dufcnjr, cUrcj>.