‹ Abrege de geographieChapitre 289 sur 454 · DÉPENDANCES POLITIQUES DE L'EGYPTE · texte numérisé non relu

DÉPENDANCES POLITIQUES DE L'EGYPTE

Nous comprenons sous cette dénomination les vastes espaces qui s'étendent à l'est et à l'ouest de l'étroite vaîlée du Nil et de son large delta. Sillonnés par de petites chaînes de montagnes peu élevées et arides que séparent d'immenses déserts encore plus arides , au milieu desquels s'élèvent des oasis plus ou moins fertiles , comme des îles au milieu d'une mer de sable , ces vastes espaces sont parcourus dans toutes les directions par plusieurs tribus d'Arabes et par quelques tribus des Ababdés qui appartiennent ù la famille troglodytique. Les uns et les autresviventerrans, habitant sous des tentes, toujours armés, et campant, selon leurs besoins ou l'intérêt de leur sûreté , tantôt sur les bords du Nil , tantôt dans le désert. Avant que Mohammed-Ali fût parvenu à établir sa domination en Egypte , ces nombreuses bordes de brigands en étaient le fléau, dépouillant impunément les voyageurs et les Egyptiens eux-mêmes au milieu de leurs champs. Aujourd'hui ils sont presque tous entièrement soumis; la plus grande sûreté règne dans les villes et les campagnes, et même plusieurs de ces nomades sont devenus agriculteurs. Voici les tribus les plus nombreuses et les plus remarquables : les Oualad

AFRIQUE

Ali, que M. Cailliaud croit être la tribu la plus forte de toutes celles qui campent sur la lisière de l'Egypte-, elle escorte ks voyageurs qui vont dans la Libye; ses campemenssontéparsdansl'espace qui sépare d'un côlé Alexandrie de Syout, et de l'autre Alexandrie de la frontière orientale de l'état de Tripoli -, la tribu des Bycharis fournit des guides pour les déserts de l'est et jusqu'au mont Sinaïj celle des Aouazem,à l'est de Tbèbes, se distingue, dit M. Rifaud , par son honnêteté, sa bravoure et son bospitalité. Les Ababdes, compris dans la famille troglodytique : ils parcourent tout le pays qui s'étend depuis les environs de Cosseir jusqu'à la frontière de la Nubie; plusieurs se sont établis le long du Nil, entre Assouan et Edfou , dans la Haute-Egypte. Ils sont pillards, et escortent les voyageurs vers la Nubie. M. Cailliaud a retrouvé sur leur territoire les célèbres mines d'êmevaudes exploitées par les anciens.

Voici les lieux les plus remarquables qu'offre celte contrée en allant du sud au nord -, nous les partageons en deux parties d'après leur position à l'est ou à l'ouest du ISil -, nous les nommerons Contrée Occidentale et Contrée Orientale. Dans la Contrée Occidentale on trouve : El-Khargeii, petit endroit, chef-lieu de la Grande-Oasis, nommée aussi Oasis de Thèbes ou d' E l-Khargeh. En 1818 on a découvert dans son voisinage les ruines de trois beaux temples ci une nécropolis ; le grand temple avait trois enceintes comme celui de Jupiter Ammon ; le toit, dont il subsiste encore une partie, élait formé par d'immenses blocs -, on en a mesuré un de 35 pieds de long sur 19 de large et 2 et un quart d'épaisseur ; ce temple a des statues colossales et des hiéroglyphes. La nécropolis offre 2 à 300 édifices construits en briques non cuites; les ligures de saints peintes sur les murs indiquent qu'ils ont servi de demeures a des ehrétiens. Cette oasis est traversée par les caravanes qui vont au Dar-Four.

Medynet-el-Qassr , petite ville de 2000 âmes, assez bien bâtie , chef-lieu de Y oasis de Dakhel, située à l'ouest de la grande. Elle a des bains sulfureux très fréquentés par ses babitans.

Qassr, gros village de 800 babitans , chef-lieu de la Petite- Oasis, nommée E l-Ouah-e l- B ahrye h par les Arabes. Dans ses environs on trouve les ruines de bains romains et d'une église grecque.

Les lacs de Natron, sont très remarquables par la grande quantité de cette substance qu'on en retire depuis un temps immémorial ; ils sont situés dans le désert de Nitre, qui formaitpartie de la Région Scithiaque (Scitbiaca regio) de Ptolémée -, elle s'étendait dans la direction du nord-ouestdu Caire; elleesttrès renommée dans les annales de l'église par le grand nombre de saints solitaires qui l'habitèrent dès le ive siècle: c'est là qu'était le couvent de S t- Mac a ire.

Al-Baretovjn , misérable lieu, que nous citons pour signaler la position de ParjEtonium-, son vaste port sur la Méditerranée , et les fortifications élevées par les Ptolémées, l'avaient rendu une place importante de leur royaume; il en

était le boulevard à l'occident comme Pelusium l'était du côté opposé. On y a découvert quelques ruines importantes.

Syouah , chef-lieu de Yoasis de Syouah, qui, géographiquement , appartient à la Région du Maghreb (Sahara-Atlas), et qui correspond a Y Ammonium des anciens , jadis si célèbre par son oracle qu'on venait consulter des extrémités de la terre , par son gouvernement théocratique, par ses temples superbes, par sa source périodique du soleil , par ses bosquets de palmiers et d'oliviers, et parla visite d'Alexandre-le-Grand , que la basse flatterie de ses prêtres ne rougit pas d'y saluer fils de Jupiter. Mais cette oasis, jadis si riche et centre d'un grand commerce , n'offre maintenant que sa source célèbre , les débris de ses superbes monumens, et n'est plus que le triste séjour d'une petite peuplade aussi misérable que corrompue. Elle vit au nombre d'environ 2000 individus à Syouah, petite ville dont la construction est une des plus singulières et des plus bizarres qu'on puisse voir. Sa forme conique, ses divisions intérieures et l'agglomération des individus que renferme cet obscur séjour, pourraient la faire comparer à une ruche. Dans les environs immédiats de Syouah , on a découvert à Qoum-al-Beyda (Omm- Beydah) les ruines du célèbre temple de Jupiter Ammon, et reconnu les vestiges de sa triple enceinte. A moins d'un mille de distance de ces ruines vers le sud-est, on a trouvé dans un bois de palmiers la célèbre fontaine du soleil, encoré douée des alternatives de température qui l'avaient rendue si célèbre-, et, dans une colline voisine nommée Djebel Dàr-Aboubeker , on voit de vastes catacombes , dont une partie sert aujourd'hui d'habitation aux Arabes ; leur construction doit être attribuée en partie aux Egyptiens et en partie aux Grecs. Nous ajouterons que le grand temple de Jupiter Ammon était composé de blocs énormes; que les décorations, les figures et les scènes qu'elles représentent sont, selon MM. Drovetti, Cailliaud et Minutoli, entièrement égyptiennes. La statue du dieu, faite d'émeraudeset d'autres pierres précieuses , avait la forme d'un bélier depuis la tète jusqu'au milieu du corps. A environ 50 milles au nord-ouest de Syouah est situé un lac, où l'on voit une île, que personne n'a encore pu visiter et sur laquelle les naturels débitent les contes les plus extraordinaires.

Dans la Contrée Orientale nous nommerons : Bérénice, ruinée et entièrement déserte , sur la mer Rouge, et .découverte par Cailliaud et Belzoni-, on reconnaît encore, dit ce voyageur, la direction de ses rues , et , au milieu , on voit un petit temple égyptien couvert de hiéroglyphes cl de sculptures; il est presque entièrement recouvert de sable. C'est à son port qu'arrivaient les marchandises de l'Arabie et de l'Inde destinées pour Coptos. Le mont Zararah ( Smaragdu^ mons), si célèbre dans l'antiquité par ses mines d'émeraudes, qui, retrouvées de nos jours par M. Cailliaud, et de nouveau exploitées par ordre du vice-roi, furent abandonnées comme ne rendant pas autant que coûte leur exploitation. Qo-

REGION DU MAGHREB.

^eyr ou CosseÏp. , que les géographes décorent du titre de ville, n'est qu'un amas de quelques maisons et de beaucoup de magasins qu'occupent les marchands des caravanes de Kous ctdeKénéh; il a un petit port sur la mer Rouge, et comme nous l'avons vu à la page 863 , il fait partie de la préfecture de Kénéh ; M. Jomard lui accorde 1200 habilans. C'est à quelques milles de ce lieu et proprement à l'endroit appelé aujourd'hui Se ha van a, que, d'après M. Lelronne ,on doit placer le port Leucos ou Jlbus; c'est plus au nord, dans la grande anfractuosité qu'abrite le cap Rasabou-Somer, que, selon les mêmes savans, était situé Myos Hormos en un lieu où MM. Burton et Wilkinson ont découvert des ruines considérables. Myos Hormos ( port de la Souris ) était le port le plus célèbre et le plus fréquenté de celte côte par les marins de l'antiquité, depuis que celui de Bérénice avait été abandon né. C'est un des points de la géographie comparée qui a le plus exercé la sagacité des savans et des commentateurs des géographes anciens; les nouvelles recherches le placent aulieuqued'Anvilleavaitdéjà deviné.

Au milieu des rochers escarpés et très élevés qui longent la rive droite du Nil , depuis Assouan jusqu'à quelques milles au nord d'Antinopolis, on voit une multitude de grottes taillées dans le roc-, à l'est de ces mêmes rochers , on ne trouve que les vastes déserts sablonneux qui s'étendent jusqu'à la mer Rouge. C'est dans cet horrible séjour que vivaient ces saints solitaires de la T hé bai de , si célèbres dans l'histoire des

premiers siècles de l'église. Plus au nord, et hors des limites de l'ancienne Thébaïde, au milieu d'autres déserts, étaient le célèbre couvent de St- Antoine , la grotte de St-Paul, premier ermite , et diverses autres retraites semblables, consacrées par la pénitence des anciens anachorètes. H paraît que des religieux coptes se distinguent encore dans ces solitudes par leur *ie austère.

Suez ou Soueys, situé au fond du golfe qui en prend la dénomination , et dépendant de la préfecture du Caire , misérable petite ville à moitié ruinée , qui fait encore quelque commerce à cause de son port, où il y a un petit chantier. M. Jomard ne lui accorde que looo habitans. Ce lieu important du temps des Ptolémées, portait alors le nom d'ARsiNOÊ, puis de Cléopalride. A son port aboutissait le fameux canal exécuté par Nécos, réparé par Plolémée Philadelphe , par Trajan , puis par les Arabes, et qui à ces diverses époques, selon M. Letronne. servit à la navigation. Cet immense ouvrage hydraulique, dont on a voulu douter, faisait communiquer la branche orientale du Nil avec la mer Rouge; il avait, selon d'Anville, 75 , ooo toises de long , 28 et demie de large , et sa profondeur était , selon Pline, de 40 pieds L'établissement des bateaux à vapeur entre l'Inde et l'Angleterre donnera une nouvelle vie à Suez , qui ne peut manquer de devenir une ville très commerçante, si on réalise le projet conçu par Méhémet-Ali d'y faire aboutir le chemin de fer qui doit commencer au Caire.

POSITION ASTRONOMIQUE. LOTtgilude ,

entre 19° occidentale et 26° orientale environ. Latitude boréale, entre 15° et 37° environ.

confins. Au nord, le détroit de Gibraltar et la mer Méditerranée. A Vest, la Région du Nil. Au sud, la Nigritie. <A Vouest, TOcéan-Atlantique.

fleuves. A l'exception du versant boréal de l'Atlas, peu de pays au monde offrent une plus grande aridité èt moins de fleuves. Ceux qui arrosent et fertilisent la partie cultivable de l'état de Tunis, du ci-devant état d'Alger et de l'empire de Marok ont un cours très borné lorsqu'on les compare aux fleuves des autres régions de celte partie du monde. Nous citerons seulement les principaux d'après les mers différentes auxquelles ils aboutissent.

La MÉDITERRANÉE reçoit :

Le Medjerdah , qui prend sa source aux montagnes 4e Hanâlak , dans l'Atlas , ou ci-devant état

d'Alger, traverse la partie principale de celui de Tunis, où il se jette dans la Méditerranée, au sud de Porto-Farina.

Le Chelif , qui est le plus grand courant du ci-devant état d'Alger, dont il arrose la partie occidentale. Il nait dans les hautes vallées de l'Atlas, aux montagnes de Ouanàscherysch , traverse le lac de Tiltery, et, près de Mostaghânem, entre dans la Méditerranée.

Le Molouyah (Malouia). C'est le plus grand des fleuves delà Barbarie qui se jettent dans la Méditerranée et dans l'Océan , quoique pendant l'été il soit souvent sans eau. Il naît dans l'Atlas au pied du Scha'bat-bény-O'bayd , traverse la partie orientale de l'empire de Marok, reçoit le Ssâa' à la droite -, et à plusieurs milles au-dessous de Qala't-el-Ouàdi, il entre dans la Méditerranée. L'OCÉAN ATLANTIQUE reçoit les suivans ; ils appartiennent tous à l'empire de Marok :

L'Aoclkos ou Luccos , dont le cours n'est pas très considérable , mais dont la masse d'eau est très grande relativement aux autres fleuves de cette région. C'est près de l'A'raysch (Larache) qu'il se jette dans l'Océan.

Le Seeoue (Seboun); il prend sa source dans une forêt , au pied de l'Atlas dans le royaume de Fez, qu'il traverse de l'est à l'ouest; à Ma'mou-

AFRIQUE

rah (Marmora), il entre dans l'Océan. II reçoit à la gauche le Ouâdy Fés ou Ouâdy-aï-Mafrousyn, qui traverse la grande ville de Fez.

L'Ommo-Rebya' {Morbéya des cartes) nait aux montagnes de Ssanhàgah , en un lieu appelé Ouànsyfan , et descendant de l'Atlas, il sépare le royaume de Fez de celui de Marok. C'est audessous d'Azamour qu'il entre dans l'Océan.

Le Tensyft dit aussi Ouâd-Marakscu (le Fleuve de Marok); il descend de l'Atlas , passe à environ 5 milles au nord de Marok, sépare la province d'Abda de celle de Schedma , et débouche dans l'Océan entre Asafy et Mogador. Quoiqu'il reçoive plusieurs affluens , la masse de ses eaux est si petite pendant l'été, que dans cette saison on peut le passer à gué en plusieurs endroits.

division et topographie. Cette vaste région , pour la détermination et la distribution de laquelle le travail de M. d'Avezac sur l' Afrique-Intérieure nous offre une autorité digne de tonte confiance , répond précisément à ce que les géographes et les historiens arabes , aussi bien que tous les peuples musulmans et les indigènes eux-mêmes, appellent Ardhêl-Maghreb , c'est-à-dire la Contrée du Couchant. Elle embrasse d'une part, le long de la Méditerranée , une zone cultivable nommée Tell ou les Hautes- Terres, que les Européens appellent Barbarie, en y adjoignant une lisière d'oasis comprises par les Arabes sous la dénomination générale de Bélàd-èl- Djéryd ou Pays des Dattes ; et d'autre part, au sud, l'immense Ssahhrâ (Sahara) ou Désert. Quatre puissances politiques principales, appelées Etats Barbaresques, se partageaient le domaine du Tell et du Bélâd-êl-Djéryd. Les régences de Tripoli et de Tunis occupent VAfriqyah des Arabes ; celle d'Alger remplit le Maghreb-aousath (couchant moyen ) ; et l'empire de IVIarok répond au Maghreb-aqssay (couchant éloigné).

Mais dans les limites mêmes que l'usage assigne à ces états , un grand nombre de tribus soit Arabes, soit Berbères, conservent leur indépendance, bien que ces états exercent une suzeraineté effective sur des oasis plus éloignées dans le Désert.

Celui-ci est naturellement partagé en trois grandes sections, eu égard aux races d'hommes qui les parcourent et y font leur demeure. La partie orientale , que la géographie vulgaire désigne sous le nom de désert de Libye, est presque entièrement occupée par les Tibbou , auxquels sont entremêlées quelques tribus arabes; la partie centrale appartient exclusivement aux farouches Touâr.yq ; la partie occidentale ou Sâhhel (la côte) est le domaine des Maures ou Arabes du couchant.

Depuis la première édition de X Abrégé, cette partie de l'Afrique a presque entièrement changé ses divisions politiques , par suite des évènemens importans qui y ont eu lieu. Vétat d'Alger n'existe plus ; il appartient de droit aux Français qui en occupent la capitale avec une partie des provinces ainsi que nous le dirons ci-après. Vétat de Tripoli est devenu, depuis le mois de mai 1835, une province turque. Le même sort parait réservé à celui de Tunis, de manière que des quatre puissances barbaresques il ne reste plus que V empire de Marok. Malgré cela nous conserverons l'ancien ordre de l'Abrégé dans la description de cette partie de l'Afrique , parce qu'elle forme une grande région naturelle trop bien tracée pour être modifiée par les divisions si changeantes de la géographie politique. D'ailleurs celle-ci rentre dans tous ses droits lorsque dans la description de l'Afrique-Ottomane et de l'Afrique-Française on a soin d'indiquer les pays qui leur appartiennent. Nous ajouterons aussi, pour éviter toute méprise, que la Région du Maghreb ou du Sahara- Atlas comprend aussi dans ses limites Voasis de Syouah et Y extrémité nordest de la partie orientale du Désert , pays que nous avons déjà décrits en parlant des autres possessions du vice - roi d'Egypte et avec lesquelles ils ont trop de rapports pour pouvoir les en séparer.

Begence de Tripoli.

Comme nous venons de le dire , la régence de Tripoli est aujourd'hui rayée du nombre des Etals Barbaresques, dont elle était, selon M. Grâbcrgde Hemsô, l'état le plus avancé dans l'échelle de la civilisation ; avantage qu'elle devait aux qua-

lités personnelles du pacha Sydy-Yousef et à la stabilité de son gouvernement, qui depuis plus d'un siècle était héréditaire dans la dynastie Karamanli. Maintenant ce pays est devenu une province de l'empire Ottoman et est gou-

REGION DU MAGHREB.

verné par un pacha nommé par le grandseigneur. Il est probable que la grande oasis du Fezzan et celle de Ghadâmes, qui, pendant les troubles qui ont agité cette régence , étaient devenues entièrement indépendantes , vont rentrer dans leurs anciens rapports de vasseîage comme avant la guerre civile. C'est pour cela que t nous ne changeons pas les divisions politiques tracées dans la première édition de l'Abrégé.

Tripoli, assez grande ville, avec un port défendu par plusieurs batteries. Le palais où réside le pacha est un vaste édifice dont quelques parties sont remarquables par leur beauté. Les deux bazars, ii quelques mosquées et quelques restes d'ante tiquités, entre autres les débris d'un \> superbe arc de triomphe en marbre , le sont les constructions les plus rcmari- quables. Tripoli est un des principaux !- dépôts des marchandises européennes destinées aux contrées lointaines de l'Ailt frique-Centrale. On s'accorde assez généralement à porter à 20,000 le nombre 1 > de ses habitans.

t Voici les autres villes et lieux les plus ■il remarquables ; nous les indiquerons selon ■le les grandes divisions géographiques de !!f cet état; c'est aussi l'ordre que nous l'I» suivrons pour les autres.

• \ Le long de la COTE DE LA MER MÉDITERRA- NEE on trouve : Lebdaii , très petite ville remarquable par les débris de colonnes, de statues, et les restes d'un amphithéâtre et d'autres édifices appartenant àl'ancienne Leptis-Magna. Mesrâtuah (Mesurata), petite ville importante par son industrie et son commerce. Benchâsy, petite ville avec un port assez fréquenté ; c'est la rési-

' dence du gouverneur du Barqah ou de la moderne Cyrénaïque -, il réside dans une masure délabrée, décorée du nom de château. Tockrah et

t Tolmyâthah (Tolometa), misérables endroits remarquables par les restes de Te uc h ira et de Pto lé mais. Dans celte dernière, on voit encore une caserne romaine, dont l'intérieur est assez bien conservé; les restes d'un temple romain et plusieurs grottes sépulcrales. Toukrah conserve encore sa belle muraille de 2 milles de circonférence et un grand nombre de tombeaux. Derneh (Dcrne), petite ville, importante par son port et son commerce.

Sur le PL A.ÎEAU DE BARQAH (Barca) on trouve: QRENNAH(Grennah), misérable endroit, que nous citons pour signaler les restes de la magnifique Cyrène. Au milieu de nombreuses agglomérations de pierres, débris de monumens réduits à cette dernière forme parles laboureurs qui cultivent la plaine, on distingue encore les ruines d'un bain construit en briques et conservant plusieurs

pièces voûtées ; un sladium, formé par de simples rangs de bornes semblables à celles des rues ; deux petits temples hypogées de l'époque romaine avec des emblèmes chrétiens, et plusieurs châteaux; mais ce qui mérite surtout d'attirer les regards du voyageur , c'est la nécropolis. Tout le flanc de la montagne, autant que la vue peut en embrasser l'étendue, se présente couvert de façades , de grottes , de sarcophages et de débris de toute espèce. Dans une de ces grottes, notre savant ami Pacho a découvert des peintures qui paraissent représenter des jeux funéraires , et que M. Letronne regarde comme romaines ; dans une autre, sont représentés un cirque et une chasse; dans une troisième, une peinture, élégamment miniée et d'une conservation parfaite , offre , dans une série de petits tableaux , les principales phases ou les diverses occupations de la vie d'une esclave noire. La coiffure et le costume de ces miniatures ne sont pas moins remarquables tant par la forme que par la couleur. Les longues robes bleues sans agrafes , et les châles rouges entrelacés avec les cheveux, ou couvrant la tête en guise de turban, offrent une analogie frappante avec l'habillement des modernes Africaines . principalement de celles qui habitent le Fezzan. Massakhit, simple hameau, que Pacho regarde comme identique avec la fameuse Ville Pétrifiée, dont ont tant parlé Yakouti, Lemairc et d'autres auteurs , induits probablement en erreur par le grand nombre de grottes sépulcrales situées dans ses environs.

Dans le DESERT se trouvent les oasis ou pays suivans, tributaires du pacha de Tripoli.

L'Oasis d'Aoudjelaii (Audjelah) , qui est loin d'offrir l'agréable aspect des oasis voisines de l'Egypte, et dont dépendent celles de Djàlo (Djallou), tVEl-Edjkharah (Lechkerret), et la plus fertile de toutes, celle de Maradèh. Les habitans de cette oasis, depuis un petit nombre d'années , ont établi des relations commerciales directes avec les états de Bornou, de Baghermeh et de Ten-Boktoue (Tombouctou) dans la Nigritie; malheureusement le commerce des esclaves en est l'objet principal. Abou-Zeith-Abdallah, bey actuel d'Aoudjelaii, est né à Toulon ; fait prisonnier à douze ans en Egypte en qualité de tambour, il a embrassé l'islamisme et est parvenu aux premières dignités de l'état de Tripoli.

Le Fezzan est une grande province formée de plusieurs oasis qui , dans leur ensemble , offrent la population la plus considérable de tout le Grand-Désert. Mourzouk , avec des maisons bâties en terre et des rues très étroites, est la résidence du sultan , tributaire de Tripoli. C'est le grand marché intérieur de l'Afrique-Septentrionale et le rendez-vous des caravanes qui viennent du Caire , de Tripoli , de Tunis et Ghadâmes , de Ten-Boktoue (Tombouctou) et de Bornou. Les autres villes principales sont: Thraghan, jadis capitale du Fezzan-Oriental et encore remarquable par la fabrique de ses tapis, qui valent ceux de Constantinople ; Souk né (Sokna) ; G lier ma (Germa); Oubari et 27besti , remarquable par sa source d'eau chaude sulfureuse.

sso

AFRIQUE

L'Oasis de Ghadâmes , dont le chef-lieu est la petite ville de Ghadâmes (Gadamcs) , remarquable par l'activité commerciale de ses habitans, renommés dans toute l'Afrique pour leur loyauté dans les affaires. C'est le rendez-vous général des caravanes qui, de Tripoli, vont par Touàt à Ten- Boktoue (Tombouctou). Dans ces derniers temps le commerce de Mourzouk a fait décroître celui

Etat de

C'est le plus petit des Etats Barbaresques, mais le mieux cultivé et le plus peuple. Nous avons déjà vu qu'il est à la veille de devenir une province de l'empire Ottoman.

Tujxis, ou plus exactement Toums , située sur une hauteur au fond d'une vaste lagune nommée Doghaz , avec un port et des fortifications assez considérables, en est la capitale. Malgré ses rues étroites et sales, Tunis est une des villes les mieux bâties de l'Afrique et peut-être la plus peuplée après le Caire, car elle paraît avoir au moins 100,000 habitans.

Parmi ses principaux édifices on remarque le nouveau palais où réside le bey; c'est un vaste bâtiment construit à grands frais dans le goût mauresque. Viennent ensuite les cinq grandes et belles casernes, et surtout la nouvelle caserne achevée depuis quelques années; elle peut loger commodément 5360 hommes. On doit aussi nommer V aqueduc qui pourvoit la ville d'eau ; la bourse et quelques mosquées. Plusieurs établissemens assez bien entretenus sont destinés à l'instruction de la jeunesse. De nombreuses manufactures de velours , de soieries , de toiles et de bonnets rouges occupent une grande partie de sa population, tandis qu'une .autre non moins considérable s'adonne au commerce.

Dans les environs de Tunis , à l'entrée du Boghaz, on voit La Goletta, petite ville, remarquable par ses fortifications, par sa rade , par ses chantiers, ses magasins et par le phare qu'ony a construit en 1820. Berda [Barda), dans une position charmante , avec un beau palais, où le bey passe la belle saison. Vers le nordest de la péninsule formée par la mer Méditerranée et le Boghaz s'élevait jadis la superbe Cartilage ; au milieu de ses ruines Louis-Philippe a fait ériger une belle chapelle au roi saint Louis. Avec le secours de notre ami M. Reinaud, nous jetterons un coup-d'œil rapide sur les ruines de cette ancienne maîtresse du commerce delà Méditerranée, qui tint tête à toutes les forces de Rome. C arthage , fondée ainsi queLeplis, Utique

autres villes de la côte d'Afrique, par les Phé-

de Ghadâmes qui présente le phénomène curieux d'une petite ville habitée par deux peuples différens, vivant en état de guerre dans une même enceinte, séparés par une muraille qui partage la ville en deux parties ne communiquant entre elles que par une porte que l'on ferme dans les momens de troubles.

Tunis.

niciens, fut entièrement détruite par les Romains, après une défense désespérée. L'incendie, allumé à-la-fois par les vainqueurs et les vaincus, dura dix-sept jours, et ce qui échappa aux flammes tomba plus tard sous les coups des démolisseurs. Néanmoins, reconstruite quelque temps après , elle devint la capitale d'une partie des provinces romaines d'Afrique ; sous les empereurs, elle élait regardée comme une des plus florissantes villes de l'empire. Elle eut beaucoup à souffrir de l'invasion des Vandales; enfin 1rs Arabes s'en étant emparés vers la fin du vit* siècle , lui portèrent un coup mortel. Lorsque saint Louis débarqua dans ces parages , il n'existait plus qu'un château fort, une tour et quelques maisons éparses au milieu des ruines. On y remarque encore un petit village appelé Malga. Il serait intéressant de déterminer l'emplacement des principaux quartiers d'une ville qui fixa pendant long-temps l'attention de l'univers. Shaw en 1727, et M. de Châteaubriand en 1807, aidé du major hollandais Humbcrt qui résidait sur les lieux , ont fait des recherches à ce sujet. Mais d'une part la rage des vainqueurs , de l'autre les constructions successives faites sans doute aux dépens des premières, ont rendu toute tentative de ce genre extrêmement difficile. Pour donner une idée de l'embarras auquel on est exposé, il suffira de dire que le port , où venaient se réunir les flottes les plus considérables de l'ancien monde, est placé par Shaw et d'Anville vers le nord-euestdelaville, et par M. de Châteaubriand au sud-est. Contentons-nous donc d'un aperçu général. Cartilage était bâtie sur une presqu'île , et se divisait en trois quartiers principaux. La ville proprement dite, appelée Megara , était ceinte en grande partie d'une triple muraille, haute de 30 coudées et flanquée de nombreuses tours. En dedans des murailles étaient deux étages voûtés : dans l'un étaient logés trois cents éléphans et quatre mille chevaux ; dans l'autre étaient déposés le fourrage, les harnais, etc. Les mêmes murs renfermaient, de plus, des casernes pouvârit contenir jusqu'à vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers. La citadelle était placée au haut d'une colline qu1on voit encore et se nommait Byrsa. Il y avait un port creusé de main d'homme , qui s'appelait Cothon. Ce port était divisé en deux parties, l'une destinée à la marine marchande, l'autre aux vaisseaux de guerre. Au milieu était le palais de l'amiral, d'où l'on pouvait voir tous les bâtimens qui entraient et sortaient, et d'où l'on avait vue jusque sur la haute mer.

Il n'est pas rare de trouver sur le sol de Car-

Ï-ŒGION DU MAGHREB.

t liage et dans les contrées voisines des restes de l'antiquité, tels que temples, théâtres , inscriptions, etc. On peutconsulter à ce sujet l'ouvrage de bhaw , et , si jamais il est publié , le riche recueil de dessins qu'avait formé sur les lieux le comte Camille Borgia , mort si prématurément. Le monument le plus important est un aqueduc de 70 pieds de haut , qui partait de Zawan et de Zungar, à 50 milles de la ville , et qui fournissait de l'eau aux hahitans. On doit encore citer les débris des citernes publiques qui, au rapport de M. de Chateaubriand, continuent à offrir un coup-d'œil imposant. C'est une suite de voûtes prenant naissance les unes dans tes autres et bordées dans toute leur longueur par un corridor. Dans un pays aussi chaud et aussi aride, on conçoit que les hahitans devaient songer de bonne heure à se prémunir contre la soif. Chaque maison avait sa citerne ; et on distingue au milieu des anciens faubourgs , sur un espace d'environ trois milles , une suite de réservoirs disposés de manière à recevoir l'eau des pluies. Mais aucun de ces monumens , si l'on en excepte les citernes, ne parait antérieur à la domination romaine. Ce n'est qu'en 1817 que le major Humbert , dont nous avons déjà parlé, parvint à découvrir quatre cippes funéraires et deux pierres fracturées offrant des inscriptions puniques. Ces objets précieux se trouvent maintenant en Hollande, au musée de Leyde. Outre les inscriptions qu'on y lit et qui ontélé la matière, des recherches de MM. Hamakcr, Gesenius et Etienne Quatremère, ils présentent entre autres symboles une figure de cheval et un bras avec les doigts delà main écartés. Le cheval aété remarqué depuis long-temps sur les médailles carthaginoises frappées en Sicile ; il parait que c'était le type national. Quant à la main ouverte , • <es uns y ont vu l'action d'une personne qui sdresse des vœux au ciel; d'autres une espèce d'amulette qui doit préserver de la malice des médians la personne qui a fait élever le cippe. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on remarque ce même symbole au-dessus de la porte d'un des édifices composant le palais de l'Alhambra à Grenade, et qu'encore aujourd'hui les Maures d'Afrique, sans excepter les chrétiens et les juifs, le font peindre sur leurs maisons et le portent sur eux en forme de figurines et de bijoux. D'autres importantes découvertes archéologiques ont été faites il y a quelques années par M. le capitaine Talbe, consul général du Danemark à Tunis.

A l'égard des monumens puniques qui peuvent exister hors de Carthage , déjà en 1631 , un Français établi à Tunis avait signalé à l'illustre Peiresc, une pyramide située à trois ou quatre journées de distance , et où l'on voyait quatre petites chambres avec une inscription. De son côlé le comte Borgia découvrit en 181G, à Dugga , la Thugga ou Tucca des anciens, située à deux journées au sud-ouest de Tunis, une in-

sc?-iption;i-]a-ïo\s punique ci en caractères inconnus, qui a été publiée parle major Humbert. Ces derniers caractères appartiendraient -ils à l'écriture de quelque peuple indigène dont la langue différait du punique, le même idiome pour le fond que le phénicien et l'hébreu? Ce qu'on peut affirmer, c'est que les noms qui nous sont parvenus de beaucoup de villes d'Afrique , contemporaines de Carthage , s'expliquent au moyen de la langue berbère qui se parle encore sur les versans de l'Atlas , et qui a déjà fourni plus d'un rapprochement curieux aux savans d'Europe.

Voici les autres villes4principales :

Le LONG DE LA COTE et à l'ouest de Tunis on trouve: Porto-Farina , près de l'embouchure du Medjerdah, avec un petit port. Dans ses environs , on trouve les ruines û'Ulica, dont on a retiré plusieurs belles statues, entre autres deux colosses d'Auguste et de Tibère. Byzert (Bizerte), sur un canal.qui met en communication la mer avec un lac ou lagune ; elle a quelques fortifications. h

Le LONG DE LA COTE et au sud de Tunis on trouve: Hamàmêt ; ensuite Sousah (Souse ), remarquable par ses belles plantations d'oliviers , par son port et sa population qu'on porte à 10,000 ames; à quelques milles à l'ouest en voit, près d'E l-Genrme , un amphithéâtre colossal , assez bien conservé; Monastlr, remarquable par son industrie , son commerce, sa rade et sa population qu'on porte à 12,000 habitans. Almedea ou plutôt Almahadia, autrement nommée Africa , ville fondée par les premiers monarques Fatimides, dans le ixe siècle de notre ère, et qui fut. pendant une grande partie du moyen âge, le port le plus fréquenté par les flotteschrétiennes d'Europe. Elle est encore assez importante par son port et son commerce. Sfax, qui n'oflre rien de bien important ; et Cabes , dans un territoire assez bien cultivé , avec un petit port; on lui accorde plus de 20,000 habitans , la plupart adonnés au commerce et aux manufactures. Dans le Golfe de Cabes se trouvent : le groupe de Kerkeni, habité par quelques centaines de pêcheurs ; et la ilorissante île de Gerbi, remarquable par sa population et par l'industrie de ses habitans; ses draps , ses toiles et ses châles sont répandus dans toute la Barbarie.

Dans l'INTÉRlEUR on trouve : Kairwan ou Oayrouân , ville fondée par les Arabes et pendant quelques siècles, capitale del'Afrique-Musulmane. On cite parmi ses édifices une vaste mosquée, qu'on dit être soutenue par 500 colonnes de granit. On porte à 50,000 le nombre de ses habitans, que nous croyons pouvoir réduire à 40,000. Tot> zer (Tozer), sur le bord occidental du lac Chibka ou Loudeah , paraît être la ville la plus marchande de l'intérieur dans le pays des Dattes ou Bélàd-èl-Djéryd (Biledulgerid).

Régence d'Alger,

C'était naguère encore le plus belliqueux des Etats Barbaresques, et celui qui jusqu'en 1830 a le plus incommodé le com-

merce des nations policées, et a joué le rôle le plus important dans la politique de l'Europe, malgré la disproportion de

AFRIQUE

ses forces et de ses ressources comparées prend encore que les portions de territoire

à celles des puissances de cette partie du effectivement occupées dans chacune de

monde. Heureusement pour le commerce ces provinces. D'après l'ordonnance du 18

et pour la civilisation, le démêlé survenu juin 1842, tout le territoire algérien est

entre le dernier Dey et la France a eu partagé en trois divisions militaires

pour résultat définitif la brillante conquête administratives, qui prennent le nom

d'Alger, et l'occupation de cet état par les de leurs chefs-lieux. Le tableau suivant

troupes françaises. Cette partie du iMagh- offre les lieux les plus remarquables de

reb forme aujourd'hui une possession co- chacune. Nous y avons rangé, sous le titre

loniale française, sous le régime des ordon- de possessions médiates, les principales

nances royales et dépendant du ministère tribus dont les chefs sont nommés ou seu-

de la guerre. Bien que la souveraineté de lement reconnus par le. gouverneur-géné-

la France, succédant à l'ancien gouverne- ral, et dontplusieurs paient une redevance,

ment turk, s'étende nominalement à tout comme aussi d'autres tribus encore plus

le territoire de la ci-devant régence d'Al- éloignées qui reconnaissent la suprématie

ger, composé des anciennes provinces de la France, ou du moins sont sous son

d'Alger, de Titeri, de Constantine et influence politique, depuis qu'elle a détruit

d'Oran,son administration directe ne com- la puissance éphémère d'Abd-el-Kader.

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