Partie Insulaire
Nous proposons de partager celte seclion en deux parties très inégales : Yarchipel de Madagascar, ainsi nommé à cause de la grande île qui en occupe le centre, et les îles éparses le long de la Côte-Orientale, et nommées à la page S26. Ici nous ne décrirons que l'île de Madagascar et le groupe des Comores , en réservant la description des autres pour le chapitre suivant.
Dans l'ARCHIPEL DE MADAGASCAR nous décrirons les îles suivantes :
ILE DE MADAGASCAR. Jusqu'au commencement du xixe siècle cette grande île était partagée entre un grand nombre de peuplades indépendantes; depuis quelques années elle est inégalement partagée entre le royaume de Madagascar, qui en possède la plus grande partie , et plusieurs chefs qui dominent sur le reste.
Le Royaume de Madagascar est une création politique de nos jours. Le jeune Radama,
chef des Ovas , est parvenu dans le cours de quelques années à soumettre la meilleure et la plus grande partie de l'île. Les chefs de Bombetoc , des Seclaves, des Antavares (Antavarts), des Bctimsaras (Bestimessaras) , des Betanimènes , le long des côtes et ceux de l'intérieur de Madagascar sont devenus ses vassaux. Digne émule de Mohammed-Ali en Egypte, de Tamehamehaà Sandwich et de Finow 1er à Tongatabou , ce jeune conquérant a commencé l'entreprise aussi glorieuse que difficile de la civilisation de ses nombreux sujets ; il a fondé des écoles pour l'instruction de la jeunesse; il a embelli sa capitale de plusieurs édifices , et a envoyé à l'île Maurice , à Londres et à Paris quelques-uns de ses sujets pour apprendre nos arts et nos sciences. Peu d'années lui ont suffi pour créer une armée avec laquelle il projetait de soumettre l'Ile entière. Ses généraux et autres chefs supérieurs sont montés sur des
AFRIQUE
chevaux venus du dehors -, il s'est formé une artillerie. Ses troupes sont en grande partie armées de fusils, exercées à l'européenne et soumises à la plus sévère discipline. On en porte le nombre à -30,000 hommes; quoique exagéré , ce nombre est cependant peu éloigné de la vérité ; et on pourrait, sans craindre aucune exagération, porter à 50,000 hommes la totalité de ses forces en y comprenant les soldats armés de lances et de sagaies. Le gouverneur anglais de l'Ile-de- France s'était engagé à lui payer annuellement 40,000 piastres ou 200,000 francs , pour qu'il abolit la traite des esclaves. Ce jeune conquérant était sur le point de voir couronner du plus brillant succès ses vastes projets, lorsqu'une nouvelle Clytemnestre, la reine Ranavola-Manjoka , le fit périr empoisonné le 27 juillet 1828. Cette méchante femme lui a succédé au détriment des plus proches parens de Radama , qu'elle a fait mettre à mort, pour se livrer plus facilement à son infâme' complice, jeune Africain d'une rare beauté. Déjà les Malgaches de Bambeloc (Bambatouka?) et les Arabes fixés parmi eux, ont pris les armes contre elle. Leur exemple sera probablement imité par d'autres peuples ennemis naturels desOvas, et le grand royaume fondé par la bravoure et la politique de Radama est menacé d'une dissolution complète. Cette considération nous engage à décrire les lieux les plus considérables de l'île , en indiquant les territoires des principaux peuples dont se composait le royaume de Madagascar à l'époque de la mort de ce prince.
Le Pays des Ovas forme le noyau du royaume ; il comprend tout l'intérieur de l'île entre le 16° et le 19° parallèle environ. C'est un plateau élevé et très bien peuplé; ses habitans sont les plus industrieux des peuples Madécasses-, ils doivent à Radama d'être actuellement la nation la plus puissante de toute l'île et le peuple dominant du royaume de Madagascar. C'est au milieu de cette haute plaine que s'élève TanananivE (Tananearrivou, ou Emirne), capitale du royaume et résidence ordinaire de Radama à l'époque de sa mort. C'est un assemblage de petites bourgades ; les cases qui les composent sont disséminées sous les arbres et forment mille paysages variés et délicieux. Les proportions gigantesques delà végétation, dit M. de Fontmichel, offrent un singulier contraste avec l'exiguïté chétive des habitations humaines, qui ne se recommandent à l'attention des voyageurs que par l'attrait de de la nouveauté. Radama, qui avait le goût des constructions durables , et qui , proportionnellement a, ses moyens d'exécution entoutgenre, a déployé en cela autant de génie à Madagascar quePierre leren Russie , Radama fit élever à Tananariveun temple à Jankar;\es murailles et les voûtes sont l'ouvrage d'un maçon qu'il avait fait venir précédemment de l'Ile-de-France. L'intérieur de cet édifice est presque vide ; une espèce d'autel apparaît dans le fond : on y brûle des parfums en l'honneur du bon génie. Sur l'une des murailles on a représenté dans une peinture à fresque , informe et grossière, mais originale, Jankar, le bon génie , luttant contre Agathic , le mauvais génie. Le palais de Tranouvala et celui de Bes-
sakanc plus spacieux que le premier , ainsi que le magnifique mausolée de Radama, sont les autres édifices les plus remarquables ; ils ont été construits d'après les règles de l'architecture européenne,par le même artiste français qui a constr ui le temple de Jankar; les appartenons de ces palais sont décorés avec luxe et avec élégance. On doit citer aussi le collège établi par les missionnaires anglais Joncs et Griffiths, d'où sont sortis plusieurs maîtres, que Radama a répartis dans les principales villes de ses états, pour y répandre l'instruction ; on y enseigne l'arithmétique, la géographie , le malgache , l'anglais , etc . Il y a d'autres écoles inférieures et des écoles particulières pour les jeunes filles, où on leur enseigne la couture ainsi qu'à lire et à écrire. Les missionnaires y ont établi une presse pour impri mer une traduction de la Bible en langue madécasse ; quatre naturels sont déjà assez versés dans les connaissances typographiques pour faire la composition; deux autres font marcher la presse. On prétend que Tananarive contient 50,000 habitans , y compris ceux des bourgades qui sont censées en faire partie.
Les autres territoires les plus importans le long des cotes, en faisant le tour depuis le cap Saint-André, sur la côte occidentale, jusqu'au Pays d'Anossy dans la partie méridionale de l'île , nous paraissent être les suivans : le Pays des Sec lave s, dont une grande partie a été régie pendant long-temps par une reine puissante, qui résidait à Bombetoc, ville commerçante, avec un port assez fréquenté par les peuples des côtes de Mozambique et de Zanguebar ; le chef qui lui a succédé a déjà secoué le joug des Ovas ; dans ce même pays, mais plus au nord, se trouve: Molzangaye , ville bien policée , à laquelle on accorde 30,000 âmes -, elle est la plus commerçante de toute la cote occidentale, et son port est fréquenté par les mêmes nations qui visitent Bombetoc-, les Arabes forment une partie très considérable de sa population.il paraît que c'est aussi sur le territoire de ce peuple que se trouve le beau port Louquez , où , d'après de récentes notices , un territoire de 100 milles carrés a été cédé aux Anglais pour y former un établissement. Le Pays des Antavarts, qui s'étend le long de la côte orientale et au sud du port Louquez, jusqu'aux confins du pays des Betimsaras-, sa partie septentrionale seulement appartient au royaume de Madagascar ; on y trouve la baie Woemar, où les Français et d'autres nations font la traite du riz et surtout des viandes salées ; la partie méridionale conserve encore son indépendance ; on y voit la superbe baie Antongil avec le port Choiseul , où les Français ont eu un établissement ; Tintingue (Teinting), autrefois résidence de Tsiphana, ancien chef très âgé, et grand-père dujeuneMandi-Tsara, quia été élevé en France , et qui règne sur le territoire de Pointe-à-Larrée. Vis-à-vis est rétablissement français de l'île de Sle-Marie, avec le fort S t- Louis. Ces deux princes madécasses avant les derniers évènemens pouvaient être regardés comme vassaux , ou du moins comme alliés de la France. Tintingue a été pris
POSSESSIONS DES PUISSANCES ETRANGERES
et occupé par les troupes françaises en 1829. Le Pays des Betimsaras (Bestimessaras) qui s'étend depuis le territoire de Poinle-à-Larrée jusqu'à celui de Tamatave. Foulpointe peut en être regardé comme le chef-lieu ; c'est une petite ville très commerçante. Le Pays des Bétanimènes-, c'est le plus peuplé et le plus fertile de tous les territoires maritimes de l'île; il embrasse toute la côte depuis les limites des Betimsaras jusque vers le port Manourou , à l'embouchure du Tantamane. Tamatave était naguère la résidence du chef ou roi Jean Réné , mulâtre français, originaire de l'Ile-de-France et vassal du royaume de Madagascar-, il régnait aussi comme tuteur de son neveu lejeune Berora, sur le territoire d'Yvondrou , situé au sud de celui de Tamatave; Berora, qui ainsi que Mandi- Tsara a été élevé à Paris dans le pensionnat de M. Morin, était l'héritier de ces deux petits royaumes. Tamatave parait être aujourd'hui la place la plus commerçante de toute l'île; elle était aussi son plus grand marché d'esclaves avant que Radama en eût sévèrement défendu la traite. Dans la partie de la ville nommée la Batterie , qui lui sert en même temps de défense , se trouvent plusieurs bàtimens isolés-, le plus grand servait d'habitation à Ratafe , beau-frère de Radama et gouverneur du fort de Tamatave, et était aussi la résidence ordinaire de ce prince lorsqu'il séjournait dans cette ville. Les appartemens, sans être vastes et dignes d'un souverain, sont propres , commodes , et la salle de réception est décorée avec luxe. Nous ajouterons avec M. de Fontmichel, que Tamatave, qui a été pris par les troupes françaises en 1829, est le point le plus important de l'île par la sûreté de sa rade , par la modicité de la dépense qu'il exigerait pour être mis sur un pied respectable de défense , et par l'heureuse disposition du terrain sur lequel on peut asseoir avec facilité des fortifications formidables. Le Pays des Antacimes, au sud de celui des Bétanimènes. On y trouve Mananzari et Malatane , ports commerçons, où s'étaient établis des traitans fran-
çais pour les achats de riz. Andevourante passait, il y a quelques années, pour être le plus grand village de toute l'île.
Parmi les pays qui paraissent être entièrement indépendans du royaume de Madagascar , nous nommerons les suivans : le Pays d'Anossy, partagé entre plusieurs petits chefs, et où se trouvent le port de Ste-Lucie et les ruines du fort Dauphin, où les Français fondèrent leurs premiers établissemens dans celte Ile, et où ils font encore le commerce. Rabé-Fagnian , chef de l'Anossy proprement dit, Raava, fille du vieux Ramalifois, mort il y a quelques années , et Bédouk, chef des montagnaids, paraissent être les principaux princes de cette partie de Madagascar ; ils ont résisté à toute la puissance de Radama et sont amis des Français. Toute la côte sud-ouest, qui s'étend depuis le cap Ste-Marie jusqu'au cap St-André, est peu connue sous le rapport de ses divisions politiques; on représente ses habitans comme inhospitaliers, cruels et peu portés au commerce , du moins avec les Européens.
GROUPE DES ILES COMORES. Ce petit groupe situé à l'entrée septentrionale du canal de Mozam bique comprend les îles Comore, A nj ouat\ (Johanna) , Mayotta et Mehilla. Autrefois très peuplées et florissantes ces îles sont depuis quelque temps ruinées et presque désertes à cause des dévastations commises annuellement par les Seclaves, les Antavares, les Betimsaras et les Bétanimènes, peuples maritimes de l'île de Madagascar; ces pirates cruels en ont enlevé un grand nombre d'habitans pour les vendre comme esclaves. Le groupe des Comores paraît aujourd'hui être partagé entre quatre chefs principaux. A iij ou an , quoique très déchue, semble être encore l'ilela plus peuplée et lapins importante -, son chef, qui prendle titre de sultan, réside à Machadou, petite ville fortifiée, avec une baie et environ 3000 habitans-, ce prince dominait autrefois sur tout ce groupe. Comore, dit aussi Grande-C omore , est la plus grande; elle a un pic très élevé. Mehil la est la plus petite.
Les possessions des puissances étran- traite des nègres est défendue. Nous réugères en Afrique ne forment pas une ré- nironssous les dénominations ^Afriquegion géographique, mais plusieurs divi- Ottomane, d' Afrique- Portugaise, disions politiques inégales et très morcelées, frique- Anglaise , d'Afrique Françai- Les établissemens des Européens, surtout se, etc., tout ce que l'empire Ottoman , le ceux de la côte de Guinée , ont beaucoup Portugal, l'Angleterre, la France, etc., perdu de leur importance, depuis que la possèdent dans cette partie du monde.
Afrique Ottomane.
Nous proposons 2 divisions principales : Et les pays vassaux comprenant la
Les pays sujets ne comprenant plus Régence de Tunis (page 880), et toute la
que la Régence de Tripoli, que nous Vice-royauté d'Egypte, (page 858). Les
avons décrite à la page 878. conquêtes de Méhémet-Aly dans la région
AFRIQUE
embrasse la plus grande partie de la région du Nil, savoir: l'Egypte et ses dépendande l'empire Ottoman la première puissance ces, le Kordofan, la Nubie et Massouab de l'Afrique Mahométane ou indigène. Elle dans l'Abyssinie.
du Nil, l'organisation donnée à ses forces de terre et de mer, ont fait de cette partie
Afrique- Portugaise.
La monarchie Portugaise est la seconde puissance étrangère par l'étendue et le nombre des habitans de ses possessions dans cette partie du monde. Elles forment les cinq gouvernemens suivans , indépendans les uns des autres et très inégaux pour la surface et pour la population.
Le Gouvernement de Madère. Il ne comprend que le groupe de Madère , situé dans l'Océan-Atlantique. 11 comprend l'île de Madère qui est de beaucoup la plus grande et renommée par son vin; la petite île de ^Pprto-Santo et d'autres îlots encore moins importans et presque tous déserts. Funciial , dans l'île de Madère , ville très agréablement située sur la côte méridionate, au pied de hautes montagnes et défendue par plusieurs forts. C'est la résidence du gouverneur et d'un évêque; on lui accorde 20,000 habitans, dont la plupart font un commerce étendu. Malheureusement Funchal n'a pas de port, et sa rade n'est pas tenable en hiver.
Le Gouvernement du Cap-Vert. Il se compose de deux parties distinctes : Y archipel du Cap- Vert, situé dansl'Océan-Atlantique, et la Partie Continentale.
La Partie Continentale ne comprend que les petites places ou postes de Cacheu, Bissao (Bissago), Zinghicor (Zinghichor), Forint et Geba le long de la Casamanza, du Geba et du Rio-Grande dans la Nigritie Occidentale (Sénégambie). Cacheu, sur le San-Domingo , petite ville , avec un fort , un port et 500 habitans , est la résidence du gouverneur de tous ces postes et le lieu le plus important.
L'arc hipe l du Cap-Vert se compose de 10 îles principales, savoir: San- Thiago } qui est la plus grande -, Villa de Praya, avec 1200 habitans et une rade , est la résidence du gouverneur général de l'archipel et des possessions
dans la Sénégambie ; l'évêque réside à Ribera Grande , misérable endroit qui ne compte que 200 habitans. San- An tao est l'île la plus peuplée de tout l'archipel; elle est aussi remarquable par son pic élevé ; Villa de Nossa-Senhorado-Rosario, avec environ cooo habitans, en est le chef-lieu. Fogo , remarquable par son volcan ; c'est la troisième île pour la population. San - N ic olao est très dépeuplée ; Ribera- BRAVA,avec un port et 3600 habilans, en est le chef-lieu. Les autres Iles principales sont : Boa - Vis ta et Maio , importantes par leurs salines; et San- Vice nte (Saint-Vincent) , remarquable par son beau port ; S al ou Sel , avec de riches salines , et Santa-Luzia , sont désertes-, Brava (Saint-Jean) n'a rien de remarquable.
Le Gouvernement de San-Thomé et do Principe. Celte province ne comprend que les deux îles de ce nom , situées dans le golfe de Guinée et dans le groupe des îles Fernando-Po-et-Annobon. San- Tnomé , qui parait être la plus grande de tout le groupe , est aussi remarquable par son pic élevé. San-Thomé (Panoasan), ville d'environ 3000 habitans, est la résidence du gouverneur, Vile do Prin c ipe (du Prince) est beaucoup plus petite ; San-Antao, avec environ 1000 habitans et un port, en est le chef-lieu ; c'était il y a quelque temps le rendez-vous ordinaire des vaisseaux négriers,
Le Gouvernement d'Angola comprend une grande partie du Congo dans la Nigritie. Nous l'avons décrit aux pages 903 et 904.
Le Gouvernement de Mozambique comprend une partie considérable de la Région de l'Afrique- Orientale. Nous l'avons décrit à la page 908.
Nous ajouterons que le gouvernement portugais n'a pas encore renoncé aux droits qu'il prétend avoir sur les territoires de Cabinda et Malimba dans le Congo, et que les Portugais possèdent encore une loge à Whidah dans le royaume de Dahomey.
Afrique -Anglaise.
Toutes les possessions des Anglais dans cette partie du monde peuvent être partagées dans les trois divisions suivantes , qu'on nous assure correspondre à leurs divisions administratives actuelles.
Etablissemens dans la Nigritie et sur les îles de l'Océan-Atlantique. Cette division comprend les Colonies de la Sénégambie , oùl'on trouve Bathurst, sur l'île Ste-Marie , à l'embouchure de la Gambie, petite ville, où se fait le plus grand commerce de la Gambie ; les postes
ou comptoirs de Vinglain, Jonkakonda et Pisania en dépendent.
Les Etablissemens de Sierra - Leone (Nigritie ou Guinée-Occidentale). On y trouve la colonie deSierra-Leone, fondée en 1787 dans le but philantropique de supprimer la traite des nègres et de propager la civilisation en Afrique par le moyen d'Africains libres. Les derniers rapports ont démontré combien l'on était dans l'erreur relativement à la prétendue prospérité de cette colonie, que son climat délétère a fait justement nommer un charnier infect. Depuis sa fondation jusqu'en 1826 elle a
POSSESSIONS DES PUISSANCES ETRANGERES. 913
dévoré presque la moitié des personnes qui s'y sont établies. L'épreuve qu'on y a faite de l'instruction et du travail des Nègres libres est restée bien loin de ce qu'on en espérait. 11 est maintenant démontré que cet établissement, qui a coûté à l'Angleterre près de 400 millions de francs , est aussi inutile comme station navale que comme entrepôt de commerce ; on a le projet de l'abandonner pour le transférer dans l'île de Fernando-Po. 11 faut cependant avouer que depuis trois ans et surtout depuis les améliorations introduites dans l'administration par le célèbre voyageur Denham, qui en a été gouverneur et qui y est mort comme ses prédécesseurs, de grandes améliorations ont eu lieu; cette colonie paraît marcher vers un état florissant, qui pourrait avoir des conséquences immenses pour la civilisation de l'intérieur de l'Afrique et des pays côtiers qui l'environnent. 11 faudrait cependant renoncer tout-à-fait à y envoyer des soldats et des colons blancs; le climat est si éminemment délétère pour la race blanche, en même temps qu'il parait être favorable aux nègres, qu'un séjour de quelques mois dans cet établissement équivaut pour des Européens, à une sentence de mort. Free to wn , sur la rive méridionale de la Sierra-Leone, petite ville bien bâtie, avec un port et 4400 habitans. Elle possède cinq écoles , un théâtre, de belles casernes, et est la résidence du gouverneur général, dont l'autorité s'étend sur tous les établissemens de la Sénégambie et de la Guinée-Occidentale ; depuis 1817 on y publie un journal politique. Regentstown est l'autre ville la plus importante. Viennent ensuite Gloucester, Wellington, Kingstown et autres gros villages , qui gagnent tous les jours en population et en embellissement.
Les Etablissemens de la C ôle-d' Or et de la Côle-des-Esclaves ( Nigritie ou Guinée-Orientale). Tous ces établissemens , à l'exception d'un seul , sont situés dans la partie maritime de l'empire d'Achanti et ne consistent presque tous qu'en de petits forts insignifîans situés près des villes, dont presque tous prennent leur nom. Nous les mentionnons dans l'ordre de leur position de l'ouest à l'est et en indiquant les différens royaumes où ils sont placés. Ces forts sont: le fort d1 Apollonia et celui d'Amanahea, dans le royaume d'Amanahea , le fort près de Dixcove et le comptoir à Suconda , dans le royaume d'Ahanta ; le fort abandonné de Commenda;\e Cap-Corse (Cape-Coast); Animaboe, qui est le meilleur fort que les Anglais possèdent sur cette côte; Cormantin; le fort de Tantumquerry et le fort de Winebah ou Sïmpah, dans la république de Fantie; le fort James, dans Je royaume d'Accra ou Incran, et le fort William, à Whydah ou Juda dans le royaume de Dahomey. Le Cap-Corse, avec la ville de ce nom, est la résidence du gouverneur général , dont la juridiction s'étend sur tous les établissemens de la Guinée ; on lui accorde 8000 habitans. Cap- Corse fait aussi un commerce important ; on y a fondé des écoles pour les nègres, ainsi qu'à Animaboe ; on por te à 4000 âmes la population de cette dernière ville.
Les Etablissemens dans les Iles de l' Atlantique. Ces colonies sontencon* très peu considérables, parce qu'elles ne comptent que quelques années d'existence. Une des plus importantes est celle de Fernando-Po , île située au fond du golfe de Guinée. Le continuateur du précis de Malte-Brun , la rangeait encore en 1834 parmi les colonies espagnoles, bien que dès l'année 1828 , les Anglais en aient pria possession et s'y soient établis. Le fort Clarence que les Anglais y ont construit sur un territoire acheté aux indigènes de cette île , compte déjà près d'un millier d'habitans et plusieurs habitations destinées à recevoir les agens de la société africaine de Sierra-Leone, établissement squ'on a le projet, d'abandonner. La fertilité de cette île, ses superbes forêts , sa position importante sous le double rapport militaire et commercial, et la salubrité qu'à tort on attribuait à son climat, ont rendu pendant une couple d'années Fernando-Po le centre des forces britanniques dans les parages de la Nigritie , et l'entrepôt du commerce anglais avec l'intérieur de l'Afrique. La marine anglaise y a déjà établi le centre de ses croisières pour empêcher la traite des nègres, Mais la grande mortalité que subissent les Européens qui y séjournent , l'a déjà privée en partie de ces avantages ; il est question maintenant de l'abandonner, ou du moinsde n'y laisser qu'un petit établissement et une petite croisière pour surveiller les navires qui font encore l'infâme commerce des esclaves. Vile A s cens ion, naguère déserte, et depuis peu occupée par un poste de soldats anglais avec leurs familles et quelques nègres; ce rocher aride et volcanique sert de relâche aux vaisseaux anglais qui croisent dans l'Atlantique et, par ses récens établissemens, est devenu très important. Vile Ste- Hé lène , autre petit rocher perdu dans l'immensité de l'Océan, mais de nos jours devenu si célèbre par le séjour et la mort de Napoléon ; il appartenait à la Compagnie Anglaise des Indes- Orientales qui l'a cédé au gouvernement anglais ; c'est un des points les plus importans de l'empire Britannique par les avantages qu'offre sa position pour établir des croisières, et par ses fortifications qui l'ont fait appeler le Gibraltar des mers des Indes. Nous nommerons à cause de leur célébrité : James-Walley, petite bourgade , bien bâtie , avec un hôpital militaire et un jardin botanique ; c'est la résidence du gouverneur; et Longwood, sur un petit plateau, non loin du lieu où, sous quelques pierres que voilent de grands saules , reposent les restes de Napoléon. « La maison de Bonaparte , dit un voyageur, est aujourd'hui dégradée et tombe en ruines ; les chambres basses sont métamorphosées en écuries, et la chambre où il rendit le dernier soupir sert de grenier à paille ; un hideux palefrenier chinois commande en maître dans cette fameuse demeure.» Vile Tristan d' A c un h a , la plus grande du groupe de ce nom, et remarquable par son pic élevé. Depuis plusieurs années , quelques Anglais s'y sont établis ; sa position et son climat salubre la rendraient un point important por.r les navigateurs qui vont
îi
AFRIQUE
dans l'Australie (la Nouvelle- Hollande ), si elle avait un port.
Etablissemens dans l'Afbiqije-Australe. Voyez X Afrique-Australe Anglaise décrite à la page 995 et suivante.
Établissemens sur les îles dans l'Océan-Indien. Ces colonies cédées en 1814 parla France à l'Angleterre comprennent l'importante ile Maurice et un grand nombre d'îlots compris géographiquementdans l'archipel de Madagascar. Vile Maurice ou de France est de beaucoup la plus grande; on y trouve Port-Louis, dit aussi Port-Nord-Ouest. Cette petite ville , bien bâtie, avec un port , est la résidence du gouverneur général de tous les établissemens anglais dans l'Océan-Indien. On y publie deux journaux, et l'on nous assure qu'elle compte 20,000 habitans avec sa banlieue. A quelques miljes de distance se trouve le célèbre jardin de l'État, où fleurissent les richesses botaniques de tout l'Orient. Parmi les dépendances les plus importantes de Maur ice nous nommerons : Y ile Ro driguez , qui ne compte que 123 habitans , mais quia un bon port; Diego- Garcia , îlot peuplé par 275 habitans ; Agalega, autre îlot, avec 199 âmes ; le groupe des iles Seychelles , composé de 30 îlots , dont ceux de Mahé et de Praslin
sont les plus grands; le groupe des iles Amirante s t composé de 11 Ilots inhabités et fréquentés seulement dans la saison de la pêche des tortues par un petit nombre d'habitans des Seychelles. Depuis quelques années les Anglais paraissent posséder le beau port Louquez dans le Pays des Seclaves dans Vile Madagascar. On doit ajouter que la Compagnie- Anglaise des Indes-Orientales , vient de faire occuper par un petit détachement l'île de Socotora, afin d'avoir une relâche sûre et commode pour les paquebots à vapeur qu'elle vient d'établir entre Calcutta et Suez. Socotora est la plus grande des iles africaines dans l'Océan-Indien , après celle de Madagascar. Elle est censée appartenir à l'imam de Mascate , dont relevait son cheïkb principal. C'est une ile aride, pierreuse et presque entièrement dépourvue d'eau et de végétation ; cependant le meilleur aloès croît dans ses vallées abritées ; on y recueille aussi une grande quantité de dattes excellentes. Sa position et ses deux rades l'on lait servir de station aux négociansde l'antiquité; on croit même qu'Alexandre-le-Grand y avait envoyé une colonie. Il parait qu'une partie des habitans de l'intérieur est attachée aux dogmes de l'église jacobite et qu'une tribu sauvage vit encore indépendante dans les bois.
Afrique-Française
Les possessions françaises dans cette partie du monde peuvent être partagées
de la sorte
Etablissemens dans la Sénégambie. Ils sont divisés en deux arrondissemens : celui deSt-L o u is, qui comprend Vile de St-Louis et celles de Babaguéy Safal et Ghimbar (Ghéber) formées par le Sénégal ; les divers établissemens sur ce fleuve , tels que Kamou, Makana ou Sl-Charles, Bakel, Dagana et Faf: les escales ou lieux de marchés le long du Sénégal où se traite la gomme, telles que Y escale du Coq près de Podor, Yescale des Darmankours au-dessous de St- Louis et celle des Trarzas au-dessus de Dagana; enfin la partie de la côte qui s'étend depuis le cap Blanc jusqu'à la baie d'Iof. h' arrondis s ement de G orée, qui comprend avec l'île de Corée toute la côte depuis la baie d'Iof jusqu'à ia Gambie, et notamment le comptoir d'Albreda, et celui de Seghiou à droite de la Cazamance, avec un petit fort construit en 1838. Le territoire, depuis le cap Blanc jusqu'à la Gambie est une possession de nom seulement, puisqu'il appartient à des peuples entièrement indépendans. Une grande partie de l'arrondissement de Saint-Louis appartenait au royaume de Oualo ou ïïoval, ruiné et presque entièrement dépeuplé par la guerre civile et par les Maures ses voisins ; il reconnaît depuis quelque temps la suzeraineté de la France. Voyez à la page 898.
Les lieux les plus remarquables sont Saint- Louis, petite ville assez bien bâtie , récemment beaucoup augmentée; c'est la résidence du gouverneur-général de tous ces établissemens, et l'entrepôt du commerce qu'on fait sur le Sénégal et
surtout de celui de la gomme; la navigation à vapeur y est établie depuis 1837. Elle a une marine employée au cabotage de cette partie de l'Afrique, une société d'agriculture et 12,000 habitans. Dans ses environs, à Richard-Tol , florissait un beaujardin de naturalisation fondé en 1822; le défaut de ressources l'a presque fait abandonner. Gorée , sur I'ilot de ce nom , avec un port et deux forts ; sa population s'élève à environ 5000 âmes. C'est un lieu de relâche très important pour les vaisseaux français qui vont dans l'Inde. Bakelj sur le Sénégal, n'a que 400 habitans, mais on y entretient un poste de 100 soldats. Dagan a, village de nègres dans le royaume de Oualo , avec environ 1200 habitans. Le village dcMakana, ancien emplacement du fort Saint- Joseph ; c'est un établissement assez important; en 1825 on y a construit un comptoir auquel on a donné le nom de Saint-Charles. Porlendick , dans le pays des Maures Aulad- Ahmed-Dahman , n'a d'habitans qu'au moment de la vente de la gomme aux bàtimens européens. C'est surtout depuis la décadence de la colonie anglaise de Sierra-Leone et le nouvel établissement que les Anglais ont formé à Fernando-Po, que l'on peut prévoir l'importance qu'aura pour la France la possession de Saint-Louis et de Gorée , surtout si les stations du Haut-Sénégal peuvent se maintenir. De là au bassin du Djoliba on peut communiquer en peu de jours. De faibles osbtacles séparent les deux cours d'eau , et une fois arrivé à Sego on pourra aisément descendre à Djénny et à Tombouctou , ou remonter à Bouré, le pays de l'or, ainsi que l'a démontré l'importante exploration de M. Caillie. Etablissemens dans l'Océan Indien. Après la
POSSESSIONS DES PUISSANCES ETRANGERES
malheureuse expédition ta i le contre la reine Ranavala - Manjoka , l'évacuation du fort de Tintingue , et l'abandon des loges à Tamatave , à Foulpointe et près de l'emplacement de l'ancien Fort-Dauphin , la France ne possède plus dans ces parages que l'Ile - Bourbon et la petite île Ste.-Marie, près de Madagascar, qui a perdu toute son importance après l'évacuation du fort et des loges sus-mentionnés ; on y trouve le petit fort St -Louis qui relève du gouverneur de l'île Bourbon. Voyez aux pages Oioet 911. L' Ile-Bourbon est remarquable par son étendue et sa population qui en 1826 s'élevait à 85,198 âmes, par son volcan et la hauteur de ses montagnes , par la salubrité de son climat et parla qualité de ses productions, telles que sucre, café, cannelle, girofle, muscades, cacao , etc. St. Denis , jolie ville très commerçante, est la résidence du gouverneur général dé tous ces établissemens et le siège d'une cour royale ; elle possède un collège, un assez beau jardin botanique, et compte environ 9000 habitans. Elle n'a pas de port, mais seulement une rade peu sûre et exposée à de terribles ouragans, qui font souvent éprouver de grandes pertes aux ha-
bitans de cette colonie. En 1819, on a commencé la fondation d'un port, susceptible de recevoir des bâtimens d'un faible tonnage. Le travail était déjà assez avancé , lorsqu'en 1828 un violent ouragan déplaça le môle déjà fondé, et le ramenant presque parallèlement à la côte , de perpendiculaire qu'il y était , acheva d'un seul coup ce qu'on avait projeté de faire, mais réduisit considérablement les dimensions qu'on s'était proposées dans son établissement. Sl.-Paul , ville florissante, qui depuis quelques années rivalise en richesse et en population avec St.-Denis , à cause de la supériorité de son mouillage et de sa position dans une plaine. Nous avons déjà signalé aux pages 910 et 911 les relations commerciales et politiques que la France entrelient avec les nations de Madagascar, relations qui pourraient devenir pour elle de la plus grande importance par la grande population de cette île, par sa fertilité et par la richesse de ses productions.
Établissemens dans le ci-devant état d'Alger. Nous avons déjà décrit aux pages 881 à 885 cette importante acquisition que la France a faite en détruisant le plus grand repaire des pirates qui infestaient la Méditerranée.
Afrique- Espagnole.
L'Espagne ne possède dans cette partie du monde que Y archipel des Canaries dans l'Atlantique et quelques forteresses dans V empire de Marok , à l'entrée de la Méditerranée. Ces derniers forment ce que les Espagnols nomment les Presidios et servent de lieu de déportation pour les criminels.
Dans les Presidios on trouve : Ce util, place forte, située sur une presqu'île à l'extrémité orientale du détroit de Gibraltar, avec un mauvais port et environ 8000 habitans. C'est la résidence d'un évêque et du gouverneur, dont dépendent les autres presidios de Penon-de- V e lez , A Ihucemas et Melilla; ce dernier a un port, et quoique plus considérable que les deux autres, ne compte qu'environ un millier d'habitans.
L'Archipel des Canaries se compose de 20 îles et îlots qui forment la province des Canaries ; les sept îles suivantes sont les plus considérables et les seules qui soient habitées.
Teneriffa. C'est la plus grande de tout l'archipel et celle qui compte le plus d'habitans ; elle offre, dans son pic fameux , une des plus hautes montagnes de l'Afrique ; pendant plusieurs siècles on l'a regardée comme la plus haute du monde. La ville de Sanla-Cruz (Ste-Croix) est commerçante et la capitale de la province ; elle a un assez bon port et trois forts; on lui accorde 8000 habitans. Laguna} ville mal bâtie et très déchue, remarquable par la bonté de son climat qu'elle doit à sa situation élevée -, c'est le siège du tribunal de l'île ; on lui accorde 8000 habitans. Orotava , dans une position ebarmante; c'est la ville la plus considérable de l'île après Santa-
Cruz ; on porte sa population à 11,000 âmes, y compris celle de Puerto de la Paz, qui est son port. C anaria , presque égale en étendue à Ténériffe ; elle donne le nom à tout l'archipei, et est renommée par sa fertilité. Palmas, avec environ 9000 habitans , est le chef-lieu de l'île et le siège de l'évèque des Canaries et du tribunal supérieur ou de Yaudiencia de cet archipel.
Les autres îles les plus importantes sont: Patma, dont Santa-Cruz est le chef-lieu ; Lancerota, remarquable par son extrême aridité et par son volcan ; Teguisé en est le chef-lieu. Forteventur a , aussi aride que la précédente -, Santic-Maria de Betencuria en est la capitale. G orner a et Fer, beaucoup plus petites que les précédentes; la seconde est un des points les plus importans de la terre , ayant été depuis Ptolémée jusqu'à Riccioli l'endroit du globe par lequel tous les géographes faisaient passer leur premier méridien.
Des analogies frappantes , signalées il y a quelques années par un philologue célèbre , entre les idiomes que parlent les peuples indigènes de l'Atlas et ceux que parlaient jadis les Guanches, les anciens habitans de cet archipel, ont réveillé de nos jours l'attention des savans sur cet ancien peuple , détruit par le glaive impitoyable des premiers conquérans espagnols. Dépouillé de tout ce qui appartient aux brillantes fictions mythologiques et à l'exagération de ses enthousiastes admirateurs, qui les premiers nous l'ont décrit dans de nombreux récits, ce peuple éteint inspire encore trop d'intérêt pour que le géographe n'ait pas à s'arrêter un moment afin de rappeler quelques-uns de ses usages en parlant des iles où , pendant tant de siècles , il vécut ignoré du reste du inonde. La taille élancée et la grande force musculaire des Guanches, si vantées par
AFRIQUE
les anciens auteurs , nous autorisent à regarder ce peuple comme les Patagons de la Géographie classique; la parfaite eonservation et l'affublement de ses momies, nous offrent, à l'extrémité du monde connu des anciens, cet usage si remarquable d'embaumer les morts, propre , presque exclusivement, aux Egyptiens, tandis que les cordeleUes et les petits disques , qui parfois leur sont attacliés , nous présentent quelque chose qui ressemble aux fameux quippus des Péruviens, des Mexicains et des Chinois. D'un autre côté , ses institutions politiques nous retracent le système féodal de l'Europe au moyen âge, que nous avons vu établi , depuis un temps immémorial , sur les hautes plaines de l'Asic- Moyenne, et que nous retrouverons chez presque toutes les nations policées du Monde-Maritime. L'habitude singulière des Guanches de donnera une femme plusieurs maris , nous rappelle la polyandrie, que naguère encore on croyait n'être
en usage qu'au Tibet , mais que des voyageurs dignes de foi ont retrouvée depuis dans d'aulres régions, au nord de l'Inde, à Ceylan , dans le Dekkan, sur les bords de l'Orénoque, en quelques autres localités de l'Amérique etjusqu'au centre de la Polynésie. Enfin la grande muraille, que les anciens habitans de Lancerota , réputés les plus policés de tous les Guanches, ont élevée pour séparer les possessions de deux petits étals rivaux entre lesquels cette île était partagée , rappelle les murailles semblables construites parles Romains au nord de l'Angleterre et en Ecosse , par les Persans dans la région du Caucase, par les Egyptiens depuis Pelusium jusqu'à Héliopolis, par les Péruviens dans l'Amérique-du-Sud, et la plus étonnante de toutes les constructions de ce genre , la grande muraille élevée par les Chinois pour mettre leur vaste empire à l'abri des incursions des barbares.
Afrique- Hollandaise.
Depuis la perte de l'importante colonie du Cap-de-Bonne-Espérancc , les possessions Hollandaises dans celte partie du monde ne consistent qu'en quelques petits forts insignifians sur la côte d'Or dans la Guinée et proprement dans l'empire d'Achanti. Nous nous bornerons à les citer en indiquant leurs noms suivant l'ordre de leur position, en allant de l'ouest à l'est et en désignant les royaumes où ils se trouvent situés.
Dans le royaume d'Ahanta, le fort Antonius , près d'Axim et le fort Hollandia, jadis nommés Friedrichsburg , près de Pockeso; le fort près
Afrique-
Les Danois ne possèdent dans cette partie du monde que quelques petits forts environnés de territoires peu étendus , mais remarquables par la liberté dont jouissent leurs habitans et par les progrès qu'ils ont faits dans les arts les plus utiles de la civilisation européenne. Ces petits établissemens, encore très peu connus, sont situés sur les Côtes d'Or et des Esclaves, dans la Guinée et proprement dans l'empire d'Achanti. Nous nous bornerons à les indiquer selon l'ordre de
û'Akhouna et un autre près de Taccorary. 1« fort Orange, près deSuconda : selon M. Hutlon, ce fort serait abandonné ; le fort Sébastien , près de Chamah ou Assema. Dans la république de Fantie,[le fort Vredenburg , près du Petit- Commenda ; Elmina ou St-George de la Mina; le fort Nassau, près de Mori-, le fort Leydssaamheyde ou Apam et le fort près de Sehiati. Dans le royaume d'Accra , le fort Crève-cœur , à Accra. Elmina, jolie ville, avec plusieurs maisons bâties en pierres et quelques rues pavées. C'est la résidence du gouverneur général de tous ces établissemens ; elle est défendue par une bonne citadelle et un fort , et le siège d'un commerce assez florissant qu'y attire la franchise de son port; on porte sa population à environ 10,000 âmes.
Danoise.
leur position en allant de l'ouest à
l'est.
Dans le royaume d'Incrah , on trouve : le fort de Christiansburg. C'est l'établissement principal et la résidence du gouverneur général -, il est situé près d'Accra. Viennent ensuite les comptoirs de Tema, Nimbo, etc. Dans le pays d'Adampi on trouve : le fort Friedensburg k Ningo ; Adda, sur le Rio-Volta, petite ville de 3000 habitans, et le fort Kœninstein sur le même fleuve. Dans le pays de Crépi (Kerrapay), le fort Binzenstein près de Quitta.
La Société Américaine de colonisation , indépendamment de tout secours du gouvernement fédéral, a fondé en 1821 dans la Guinée , sur les bords du Mesurado (Montserado) et à l'est du cap-Mesurado , un petit établissement auquel on a imposé le nom de Liberia, parce qu'il ne
Afrique - Anglo - Am éricaine.
doit être habité que par des hommes libres. Cette petite colonie , après avoir couru le risque d'èlre détruite par les attaques des Deys, des Queahs, des Gurralis et autres peuples voisins confédérés contre elle, se trouve d'après les plus récens rapports, dans un étal assez prospère
STATISTIQUE DE L'AFRIQUE
Son territoire s'est beaucoup agrandi pendant ces dernières années. Il s'étend aujourd'hui , depuis la rivière Gallinas jusqu'à Sellra-Kron, sur une largeur d'environ 40 à 45 milles dans l'intérieur des terres. Monrovia , ainsi nommée en l'honneur de Monroe, alors président des Etats-Unis, petite ville fortifiée avec environ îooo habitans et un port, en est le chef-lieu; elle possède déjà des écoles, une bibliothèque publique et un journal. C aldwell , avec plus de 600 habitans et une société d'agriculture , est l'autre endroit le plus remarquable de cette colonie, qu'on peut regarder comme formant une petite république composée d'Africains délivrés de l'esclavage en Amérique , et transportés en Afrique dans le but philantropique de répandre dans l'intérieur de ce continent les sentimens d'humanité, l'industrie, les arts et les sciences de l'Europe. Le noble but que l'on s'est proposé dans la fondation de cette colonie est déjà atteint en partie. Les naturels, dit M. G.
de Felice, ont déjà adopté l'habillement des colons; ils montrent un vif désir d'imiter leurs manières et de prendre les habitudes de la vie civilisée ; quelques enfans des indigènes fréquentent les écoles. Quelques tribus se sont placées de leur propre mouvement sous la protection du gouvernement colonial; d'autres peuples, placés à une distance trop grande de Liberia pour réclamer son appui, demandent comme une faveur que les colons viennent se Fixer sur leur territoire : et l'on cite plus d'un chef africain, qui a ouvert des négociations à ce sujet avec l'agent principal de cet établissement. Parmi ses chefs les plus distingués on doit citer le brave , le vertueux Ashmun , mort il y a quelques années en Amérique, et le célèbre Prince, qui resta pendant quarante ans esclave à Naichez ; c'est le frère d'Abdule-Kadre, qui en 1825 était almamy du Fouta-Ghialo. Le Maryland a formé une colonie sur le plan de Liberia , dans la Nigritie- Maritime près du cap Palmas.
Nous comprenons sous cette dénomination tous les pays de cette partie du monde qui dépendent de l'imam de Mascale. D'après les rapports les plus récens, ce prince possède soit médiatement soit immédiatement, les lies suivantes situées le long de la côte orientale d'A-
Afrique- Arabe.
frique : Quiloa, dans le royaume de ce nom, qu'à la page 908 nous avons vu être tributaire de l'imam ; Pemba et Zanzibar (Zindgibar; Souayeli); et les villes de Pat ta et Lamo. Voyez pour leur description à la page sus-mentionnée.
Malgré les remarques que nous avons faites aux pages 34 et 35 , et tout ce que nous avons dit dans l'introduction au tableau statistique de l'Asie, nous croyons indispensable, dans l'intérêt de la science et dans celui de nos lecteurs , d'ajouter encore quelques autres observations.
La géographie de cette partie du monde est encore si imparfaite , ses lacunes sont encore si grandes et si nombreuses, que le titre de Tableau statistique de l'Afrique devrait être rejeté comme absurde. Comment, pourrait-on nous dire , voulez-vous donner la statistique d'états dont vous ne connaissez pas seulement la géographie ? Quelle confiance peut-on
avoir dans des chiffres qui ne sont basés sur aucun des élémens qu'on regarde cependant comme les seuls à l'aide desquels on peut les obtenir? Depuis long-temps nous nous sommes fait à nous-mème ces objections, et dès l'année 1808, au début même de notre carrière littéraire , nous avons appelé l'attention des savans sur les richesses chimériques que de prétendus géographes et des savans étrangers à la géographie et à la statistique accumulent dans leurs ouvrages, au grand détriment de ces deux sciences. Dans tous nos travaux postérieurs nous avons réduit à leur juste valeur ces prétendus trésors scientifiques et nous avons eu le
AFRIQUE
plaisir de voir que non-seulement les savans qui s'occupent spécialement de ce genre d'études, mais aussi le public ont applaudi à notre franchise. Nous avions même pris la détermination d'exclure entièrement de la Balance politique du Globe tous les états de l'Afrique et de l'Océanie, et presque tous ceux de l'Asie ; mais le géographe célèbre, dont les sciences historiques et géographiques déplorent encore la perte , nous a fait changer d'avis. C'est en cédant pour ainsi dire à ses instances que nous nous sommes livré à de longues et pénibles recherches pour offrir, non pas la statistique de tous ces états , mais les nombres limites qui , dans l'état actuel de la géographie pourraient être adoptés, en attendant que des faits positifs viennent les remplacer. Et pour nous servir de l'expression employée par notre célèbre ami Malte-Brun, c'est plutôt pour signaler au lecteur ce qu'il doit rejeter , et pour le mettre en garde contre une exactitude trompeuse, que pour lui offrir réellement la statistique d'états qui ne peuvent encore en avoir, que nous nous sommes décidé à leur accorder une place dans ce travail sur la statistique générale du globe.
Mais nous devons justifier quelques modifications que nous avons fait subir aux résultats numériques auxquels nous nous étions arrêté dans ce tableau. Les changemens survenus dans l'Abyssinie nous ont engagé à donner une beaucoup plus grande étendue au royaume de Tigré. D'un autre côté nous avons rejeté les évaluations exagérées que, d'après les premiers rapports des voyageurs anglais et d'après les calculs du savant Hassel, nousavons adoptées sur l'empire dcBornou et sur celui desFellatahs ou Feilans. Nous avons plusieurs motifs pour croire que les chiffres que nous proposons s'éloigneront beaucoup moins de leur étendue et de leur population réelles. Les observations qu'un géographe et statisticien très distingué a faites sur nos évaluations relatives à l'empire de Marok, en rendant compte de notre travail sur la Russie , nous ont engagé à porter la population de cet empire de l'Afrique -Septentrionale à 6,000,000 d'âmes, nombre auquel nous croyons devoir provisoirement nous arrêter , quoiqu'il reste encore beaucoup au-dessous de celui qui a éteproposé par M. Graberg. l'a
voyageur très instruit, M. Washington, qui a rempli bien des lacunes dans la géographie de cet empire , ne lui accorde que 5 à 6 millions d'habitans.
D'après les renseignemens que nous devons à l'obligeance d'un savant célèbre , dont le nom figure toujours dans presque toutes les grandes acquisitions que la géographie de l'Afrique a faites de nos jours et qui , par ses intimes relations avec les hommes les plus importans de l'Egypte, esta même, plus que tout autre , de connaître les principales ressources de cette contrée , nous laisserons subsister les évaluations que d'après lui nous avons données dans la Balance politique du Globe. Nous n'avons aucune confiance dans des recensemens et dans des tableaux statistiques sur l'Egypte, dont M. Jomard n'a pas eu connaissance, et dont nous avons déjà signalé l'exagération dans la partie relative aux revenus del'empire Ottoman, auxpages8i5etsi6.
Nous espérions pouvoir fixer notre opinion sur l'étendue et la population du royaume des Molouas d'après les renseignemens pris sur les lieux par M. Douville ; mais ce voyageur, qui réunit à une solide érudition une grande réserve sur tout ce qu'il n'a pas vu par lui-même , n'a jamais voulu nous rien affirmer sur ce sujet. Malgré sa louable réserve , qui devrait être imitée par bien des voyageurs, nous croyons que l'étendue de ce royaume , en y comprenant toutes les vastes contrées qui en sont tributaires ou qui reconnaissent sa suzeraineté, pourrait bien être évaluée à 200,000 milles carrés. En adoptant ce chiffre, qui d'ailleurs s'accorde assez bien avec les renseignemens sur sa grande étendue, que nous avions obtenus à Lisbonne et qui nous ont été confirmés à Paris par des Portugais très instruits, et en évaluant seulement à 5 habitans sa population relative , on aurait 1,000,000 d'âmes , nombre qui nous parait représenter le minimum de la population absolue de cette puissance prépondérante de l'Afrique-Transéquatoréale ; nous ne serions pas même éloigné de la porter jusqu'à 1,400,000 âmes, en calculant sa population relative à 7 habitans par mille carré. Nous avons déjà exposé aux pages 609 et 610 les motifs qui nous ont guidé dans la détermination des surfaces et des populations de l'Afrique - Portugaise , de
STATISTIQUE DE L'AFRIQUE
l'Afrique-Française et de l'Afrique-Angîaise ; mais ici nous devons prévenir le lecteur qu'une partie très considérable de la population , que nous avons assignée aux deux premières , est de nom et de fait entièrement indépendante. Dans l'Afrique Anglo-Américaine on a compris les tribus indigènes qui vivent sur le territoire que les nouveaux colons regardent comme leur propriété , ainsi que les Africains qui sont déjà devenus leurs alliés. Nous n'avons fait subir aucun changement à nos évaluations relatives à l'Afrique-Anglaise, quoique, à la rigueur , d'après les principes suivis dans la détermination des autres possessions étrangères en Afrique , on pourrait y joindre l'Hottentotie et la Cafrerie-Maritime , régions comprises dans les limites des relations commerciales et politiques que les Anglais entretiennent avec leurs habitans. Quant à l'Afrique- Ottomane, on en a exclu toutes les vastes contrées de l'Arabie qui sont occupées par les troupes du vice-roi d'Egypte , mais on a tenu compte de tous les pays conquis depuis quelques années dans la Région du Nil. La surface et la population de l'Afrique-Arabe ont déjà été comptées dans les sommes relatives à cette puissance dans le tableau statistique de l'Asie. Nous rappellerons enfin que dans toutes ces évaluations on a toujours négligé les fractions décimales des populations relatives au-dessus de lu.
Maintenant que le lecteur a le moyen d'apprécier convenablement la valeur des chiffres que nous lui offrons , nous allons tracer le tableau statistique de cette partie du monde. Nous avons cru inutile de mettre les points d'interrogation , qui accompagnent plusieurs chiffres adoptés dans la Balance politique du Globe que nous reproduisons ici , parce que ce
signe devrait être mis après toutes les sommes indistinctement. Nous avons aussi cru devoir retrancher le nombre d'hommes que chaque état peut armer en temps de guerre. Dans des pays gouvernés comme le sont ces états , il n'y a pas d'armée régulière, ou, s'il y en a , elle varie selon le caprice du despote qui les régit et rien n'est déterminé. On pourrait cependant adopter comme base d'un calcul approximatif , qu'en temps de guerre le douzième ou le dixième de la population totale prend les armes pour attaquer ou pour se défendre. Les relations fréquentes que les états de la Nigritie-Maritime et de la Nigritie-Occidentale entretiennent avec les établissemens européens , ont déjà contribué à rendre plus dangereuses les guerres que les Blancs ont quelquefois à soutenir contre eux, par l'introduction des armes à feu dans leurs armées. Il n'y a pas long-temps que les Achantis ont été sur le point de chasser les Anglais de toutes les colonies qu'ils possèdent dans cet empire, et que les Mandingues de Barra auraient détruit l'établissement anglais de Sainte-Marie sur la Gambie , sans le secours qui lui a été apporté par le gouverneur français de Saint - Louis.
Dans l'armée africaine il y avait un corps de 1800 hommes armés de fusils ; les Mandingues ont soutenu le feu des Anglais avec la plus grande intrépidité et pendant plusieurs heures.
Nous avons déjà signalé ailleurs la force de l'armée du royaume de Madagascar. Les forces indiquées dans le tableau sont les armées permanentes. Les faibles rapports qui lient encore le viceroi d'Egypte à la Porte-Ottomane , nous ont engagé à donner séparément le revenu et l'armée permanente de l' Afrique- Ottomane.
TABLEAU