TABLEAU MINERALOGIQUE DE L'AMERIQUE
Diamans. Empire Brésilien, Minas-Geraes , etc.
Autres pierres précieuses. Empire Brésilien, Minas-Geraes, etc.; république de Colombie, Cundinamarca; république du Chili; république du Bas-Pérou, etc.
Or. République de Colombie, l'Andageda , l'Atrato , le San-Juan , le Cauca , etc. , dans le CIioco . département du Cauca; empire Brésilien, Minas-Geraes, Goyaz et Matto-grosso ; Etats-Unis du Mexique, la Pimeria-Alta dans l'état de Sonora-et-Cinaloa , etc.; république du Chili; république du Bas-Pérou; république du Haut-Pérou; Etats-Unis ou confédération Anglo- Américaine, comté d'Anson dans la Caroline-du-Nord , comté de Davidson dans la Caroline-du- Sud, etc.; Etats-Unis de l' Amérique-Centrale.
Argent. Etats-Unis du Mexique , Guanaxuato, San-Luis Potosi , Zacatecas, etc.; république du Haut-Pérou; république du Chili; Etals-Unis de Rio de la Plala, Mendoza; Etals-Unis dé l'Amérique-Centrale, etc.
Etain. République du Bas-Pérou; Etats-Unis du Mexique, Guadalaxara.
Mercure. République du Bas-Pérou; Etals-Unis du Mexique, etc.
Cuivre. République du Chili; république du Bas-Pérou; Etats-Unis du Mexique; Etats-Unis, New-York, Indiana, etc.
Plomb. Etats-Unis, Illinois (Galena) , Missouri (comté de Washington), New-York, etc.; Etats- Unis du Mexique, etc.
Fer. Etats-Unis, New- Jersey, Pennsylvanie, Massachussetts , Connecticut, Sud-Caroline, New- York , Maryland , etc. ; Etats-Unis du Mexique; empire Brésilien, St. -Paul, Minas-Geraes, etc.; Amérique-Anglaise, Canada -, Colombie; Confédération de l'Amérique-Centrale, etc.
Charbon de terre. Amérique- Anglaise, île Cap-Breton, Nouvelle-Ecosse, etc.; Etats-Unis, Pennsylvanie, etc.; Chili, Penco.
Sel. Etats-Unis du Rio de laPlata; empire Brésilien, Rio-Grande do Norte , Parà , etc. ; Etats- Unis, New-York (comté Onondaga), Massachussetts (comté Barnstaplc) , Kentucky, Illinois (comte Gallatin), Missouri, etc.; Etats-Unis de l'Amérique- Centrale, Honduras, etc.; Colombie, Zipaquira , etc. ; confédération Mexicaine, Oaxaca , Nouvelle-Californie; république du Bas- Pérou; Bolivia, Yocalla , Chiquitos; Amérique- Anglaise, HesBahama, St.-Christophe , etc., dans l'archipel des Antilles.
GEOGRAPHIE PHYSIQUE
végétaux. Les végétaux , dans le Nouveau-Monde, offrent plus de diversités que dans les autres régions correspondantes par leurs climats; et cette remarque est d'autant plus vraie qu'on porte davantage son attention sur ceux qui se rapprochent plus de la zone équinoxiale.
Bien que nous soyons loin de connaître la flore de plusieurs régions d'Amérique, nous pouvons néanmoins affirmer qu'elle est généralement plus riche que celle des autres parties du monde. Plus de 15,000 espèces de phanérogames y croissent spontanément (la plupart appartiennent aux climats équatoriaux) ; et ce ne sont pas , comme en Europe et dans les pays tempérés, de ces plantes sociales qui semblent envahir une contrée entière, à l'exclusion de tout autre végétal ; car la nature en Amérique , plus variée dans ses productions, y a disséminé les individus tout en multipliant les espèces. Dans cette notice, cependant, notre intention se portera spécialement sur les végétaux qui , par leur structure si différente de celle des plantes d'autres continens, sont l'apanage de l'Amérique.
Quoique la zone glaciale de l'Amérique n'ait été explorée que sur quelques points du littoral, cependant l'état de sa végétation nous parait suffisamment connu. On ne peut comparer la pauvreté de la nature dans ces affreuses contrées qu'à sa triste uniformité. Les basses terres du Groenland , celles qui avoisinent les baies de Baffin et d'Hudson , nourrissent des plantes presqu'en tout semblables à celles des Hautes-Alpes d'Europe; et l'on sait que les régions hyperboréennes de notre continent ont, relativement à leurs productions , une grande analogie avec celles-ci. Ainsi la flore de l'Amérique glaciale et celle delà Laponie sont à-peu-près identiques. Quelques saules rabougris {salix herbacea, retusa, reticulata) , des bouleaux (Jbetula alba, nana), des peupliers (populms trépida) , quelques pins au sombre feuillage, sont les seuls arbres qui s'avancent le plus au nord et résistent au froid en raison des nombreuses enveloppes corticales dans les uns, ou des sucs résineux dont le tissu des autres est imprégné.
Un nombre assez limité de plantes herbacées se font remarquer et par les dimensions gigantesques de leurs fleurs, comparées aux autres parties, et par la courte durée de leur existence. Mais la rigueur de la température n'est pas un obstacle au développement des cryptogames. Plusieurs mousses et lichens couvrent la terre de ces contrées polaires , et semblent en exclure tout autre végétal.
Les bords du fleuve St-Laurent et toute la région du Canada offrent , sous le rapport de la végétation, une transition de la zone froide à la
zone tempérée de l'Amérique. C'est dans l'ile de Terre-Neuve qu'on trouve déjà de ces plantes particulières aux États-Unis -, mais les végétaux du nord y dominent encore. Plus au sud, les espèces se multiplient et se font remarquer par leur beauté incomparablement plus grande que celle des plantes qui croissent dans l'Ancien- Monde , sous les mêmes latitudes ou sous des climats dont la température estlamême. En effet, trouverons-nous en Europe , entre les 43" et 45e degrés parallèles, des arbres dont les fleurs aient de l à 2 décimètres de largeur, et des feuilles longues de 3 à 6 décimètres, comme celles de certains magnoliers {magnolia glauca, tripetala)? Pourrions-nous faire entrer en ligne de comparaison les végétaux de nos forêts avec le liriodendron tulipifera , le pavia Iule a , le cornus florida et le rhododendron maximum? Et parmi les plantes de genres européens, quelle diversité, quelle élégance dans les espèces de chênes , de pins et en général d'arbres verts qui décorent les forêts de l'Amérique septentrionale !
Une foule de végétaux, les seuls que nous ayons pu véritablement acclimater en Europe, croissent naturellement aux États-Unis. C'est là que l'on observe le mélange des formes septentrionales et des formes équinoxiales; on y trouve des lauriers (laurus sassafras , Carolinensis), des passiflores (passiflora peltala, incarnala) des casses {cassia chamœcrisla) 3 des cactus, des bignones, des orchidées, etc. Michaux a donné les descriptions d'une grande quantité d'espèces de chênes indigènes des États-Unis dont le bois égale et même surpasse en dureté celle de notre quercus robur. La belle famille des conifères s'y montre aussi sous des formes extrêmement variées; les pins, sapins et genévriers sont surtout les genres les plus nombreux en espèces. Le myrica cerifera, arbrisseau de la famille des amentacées , est remarquable par l'usage que les Américains font de ses fruits dont l'enduit cireux sert à la fabrication des bougies. Au nombre des plantes herbacées les plus intéressantes parleur élégance ou la singularité de leur organisation , nous citerons plusieurs espèces delobélies {lobelia cardinal is, syphililica, etc. ) , et la fameuse dionœa muscipula} dont les feuillessont terminées par un appareil propre à saisir les insectes que la fatalité amène sur ce piège. Cette jolie plante croît dans les lieux marécageux , ainsi que d'autres qui se trouvent également dans des localités analogues de la zone, équinoxiale du même continent; tel est \ecabomba aquatica, également naturel à la Guyanne et dans les Carolines.
Un certain nombre de plantes européennes (sans parler des plantes introduites par la culture) croissent naturellement dans cette région de l'Amérique. Parmi celles-ci, on distingue les linnœa borealis, genliana pneumonanthe, saxifraga aizoon, dryas octopetala, etc. Mais il est à remarquer que ces plantes appartiennent aux contrées froides , et que ce sont celles qui varient le moins.
Les végétaux de la côte Nord ouest d'Amérique
ont de grands rapports et avec ceux des Etats- Unis et avec ceux de la Région -Sibérienne d'Asie. Nous avons vu un certain nombre de plantes rapportées de l'île d'Unalasclika d'un voyage fait sur les cotes depuis la Californie jusqu'au détroit de Bering , et par lesquelles nous avons pu vérifier ce rapprochement. C'est de cette région d'Amérique que divers voyageurs anglais , et particulièrement M. Douglas , ont rapporté en ces derniers temps une foule de plantes qui aujourd'hui font la décoration de nos parterres-, tels sont les clarckia pulchella, coreopsis tinctoria, esclioltzia california , plusieurs œnothera, lupinus, etc.
Si nous portons nos regards sur les contrées qui se trouvent le plus au sud de l'Amérique septentrionale, nous verrons une tout autre végétation que la précédente ; ce sera celle des climats équatoriaux modifiée par la hauteur absolue du sol. Ainsi, tandis que les côtes du Mexique et le littoral des îles Antilles nous présenteront les végétaux propres aux contrées les plus chaudes du globe . les hautes chaînes de montagnes qui régnent du nord au sud et sur le continent et dans les îles, nourriront des plantes dont la structure aura les plus grands rapports avec celle des plantes de la région tempérée, et même plusieurs espèces qui appartiennent à celle-ci se représenteront à des latitudes rapprochées de l'équateur. Nous ne saurions donc mieux faire que d'emprunter à M. A. deHumboldt les divisions de la zone équatoriale, dans la partie située entre les 17e et 21e degrés de latitude boréale , en région chaude , en région tempérée et en région froide.
La région chaude est celle où la hauteur du sol varie entre 0 et 600 mètres. La température moyenne de l'année y est de 26° centigrades. Les différences de température que l'on observe entre le littoral oriental et le littoral occidental de la Nouvelle-Espagne , entre la température de Vera- Cruz, par exemple, et celle d'Acapulco , entre celle des côtes des îles et celle de l'intérieur des terresde ces mêmes îles , tiennent plus à leur exposition aux vents et à leur élévation au-dessus de la mer qu'à leurs latitudes diverses. Entre autres plantes particulières à cette région, on remarque plusieurs palmiers {corypha, oreodoxa) des bori aginées (cordia gerascanthus , lournefortia velutina, etc.), des légumineuses {bauhinia , hœmatoxylon } hymenœa, etc.), des labiées {salvia, hyptis) , des rubiacées , des solanées (crescentia) , etc., etc.
Dans la région tempérée , la chaleur moyenne de l'année est de 25°-l7°, 5'. Cette région , que l'on désigne aussi sous le nom de plateau du Mexique , est élevée de 600 à 2200 mètres au-dessus de la mer. On y rencontre beaucoup d'arbres et des plantes frutescentes, parmi lesquelles on distingue quelques chênes {quercus xalapensis, obtusata, glaucescens , laurina); taxus montana; erythroxylum mexicanum; piper aurilum, terminale, etc. C'est de là aussi que proviennent les Dahlias, le cobœa scandens, ces plantes actuellement si répandues en Europe, où elles croissent avec la plus grande facilité et qui sont les plus beaux ornemens des jardins,
Toluca et les autres lieux du Mexique , dont l'élévation est de 2200 à 4700 mètres, forment la région froide. En effet, la chaleur moyenne y varie entre 17°, 5' et o°, 8'. Là. s'élèvent dos montagnes couvertes d'une neige perpétuelle , el sur les limites de laquelle croissent des caryophyllées et des rhodoracées, familles presquetoutes indigènes des climats septentrionaux. Dans les localités moins élevées, on rencontre un grand nombre de plantes qui appartiennent aussi à nos genres européens , mais qui en diffèrent spécifiquement. Ainsi il y a des valérianes , des roses . desgalium , des pinguicula , des violettes , des sauges , etc. Un arbre qui a fait l'admiration des voyageurs, tant par la beauté de son port et de son feuillage que par la singulière organisation de ses organes floraux, croit près de Toluca. Nous voulons parler du cheirostemon platanoides de Humboldt etBonpland, que d'autres botanistes ont aussi nommé chiranlhodendron, dénominations qui répondent à celle d'arboldel manitas des colons espagnols , et qui donnent une idée de la conformation de ses étamines dont l'ensemble simule assez bien les cinq doigts d'une main humaine. On a cru pendant long-temps que cet arbre était unique à Toluca, mais le savant botaniste mexicain Cervantes a assuré à MM. de Humboldt et Bonpland qu'il y en avait des forêts entières au nord de cette ville.
Toutes les contrées basses situées sous des latitudes proches de l'équateur, tout le littoral du Continent-Américain, soit oriental, soit occidental , depuis le Mexique jusqu'au sud du Brésil et du Pérou, en y comprenant les terres basses des îles nombreuses qui se trouvent sur les côtes, sont caractérisées par une végétation tout-àfait particulière. La nature y est si variée dans ses productions qu'il serait téméraire de vouloir dans une courte notice , esquisser seulement quelques traits de son immense tableau. Contentons-nous donc de parler ici de ces plantes si utiles à i'homme qu'il leur a , pour ainsi dire , attaché son existence, et de celles dont le nombre des individus est tel, dans certains pays , qu'il en détermine la nature et l'aspect.
Les palmiers, ces princes du règne végétal, croissent tous dans les climats des tropiques, à l'exception du dattier et de quelques chamœrops. Quelques-uns habitent le penchant de montagnes assez élevées; tel est, par exemple, le ceroxylon andicola, que les savans voyageurs déjà cités ont rencontré dans les montagnes de Quindiu au Pérou. C'est sur Técorce de cet arbre que les indigènes recueillent une cire très propre à l'éclairage. Les autres palmiers, dont le nombre est si considérable que nou\ sommes forcé d'en taire les noms génériques et spécifiques, sont très communs dans les plaines ou sur les collines de toute cette partie de l'Amérique et principalement dans la Colombie, à la Guyane , au Brésil , etc C'est surtout dans ce dernier pays que les palmiers abondent; ils y sont tellement diversifiés qu'ils ont fourni au célèbre voyageur allemand , M. de Martius , le texte d'un superbe ouvrage enrichi de planches qui représentent le port
GEOGRAPHIE PHYSIQUE
de l'arbre et les détails de son organisation. Les contrées équinoxiales de l'Amérique offrent, dans les fougères arborescentes , un coupd'œil admirable à l'Européen qui aborde pour la première fois sur ces plages. Quel n'est pas son étonnement quand il voit, pour la première fois , ces plantes si modestes , si cachées dans nos climats, se présenter avec toute la majesté des pins et des palmiers? Les nombreuses espèces de cyatliées (cyathaea arborea, speciosa, muricata , etc.), de pterides, d'aspidies, de doradilles {asplenium arboreum) , forment un des traits caractéristiques de la flore des Antilles, de la Nouvelle-Andalousie, près du couvent de Caripé , de la Nouvelle-Grenade, aux environs de Guaduas et d'Icononzo, ainsi que dans les vallées du Pérou , entre Loxa et le fleuve des Amazones , et dans le Mexique, près de Xalappa.
S'il fallait passer en revue toutes les autres richesses végétales que la nature déploie dans cette partie de l'Amérique, nous parlerions de ces nombreux cactus dont les tiges simulent de vastes candélabres sur les côtes de Cumana, et surtout de ce cactus coccuullifer qui fait la fortune d'une partie du Mexique, fortune que le courageux Thierry de Menonville voulut faire partager aux colonies françaises ; nous citerions les forêts d' araucaria du Chili et du Brésil, le cacao (theobroma cacao), le rocou (bixa orellana), le bois de campèche (hœmatoxylon campechianum) , le bananier (musa paradisiaca) , l'ananas (bromelia ananas) , et tant d'autres végétaux, nonseulement utiles à leur pays, mais devenus nécessaires à l'Europe pour ses arts et ses manufactures. Il faudrait aussi nous étendre sur les plantes introduites dans les îles du Nouveau- Monde et dont la culture, si multipliée, a presque totalement changé l'aspect de ces régions : tel est, par exemple, la café. Nous n'omettrions pas également de faire connaître les principaux lieux où se cultivent en grand le sucre, le coton, etc.; mais on sent que toutes ces indications, si elles étaient plus détaillées, nous entraîneraient audelà des limites que comporte une simple notice. Depuis les voyages de MM. Auguste St-Hilaire, Martius et Pohl au Brésil , nous possédons de bons renseignemens sur l'ensemble de la végétation de ce vaste pays. C'est dans leurs ouvrages qu'il convient d'étudier les espèces éminemment utiles, comme l'ipécacuanha (cepliaelis ipecacuanha) , le faux quinquina (strychnos pseudoquina) , les theobroma, jatropha, etc. Mais nous profiterons de l'aperçu d'un voyage dans l'intérieur du Brésil, sorte de compte rendu que M. de St-Hilaire a présenté aux savans, immédiatement après son retour , pour faire connaître, d'une manière générale , la distribution des plantes , soit dans l'empire Brésilien , soit dans la < i-dcvant province Cisplatine et dans les Missions dites du Paraguay.
Tous les voyageurs ont parlé de ces immenses forêls vierges du Nouveau-Monde , immenses par l'étendue du terrain qu'elles occupent et par les mmensions gigantesques de leurs arbres ; la belle gravure publiée par M. le comte de Clarac, représentant un site pris dans l'intérieur de leur
épais fourré, a complété l'idée que peut s'en former un Européen peu familiarisé avec l'aspect d'une nature sauvage et vigoureuse. Malgré les progrès de la civilisation sur le continent de l'Amérique méridionale , les forêts vierges occupent encore de vastes régions. Ainsi , celles qui commencent près de Rio-de-Janeiro s'étendent en largeur à plus de 50 lieues. Dans la capitainerie de Minas-Geraes , l'incendie en a fait disparaître plusieurs qui ont été remplacées par des pâturages.
Dans le district de Minas-Novas et sur les larges plateaux qui le recouvrent, il est un autre genre de forêts appelées carascos par les habitans, et forêts naines par M. de St-Hilaire, parce qu'elles se composent d'arbustes d'un mètre à-peu-près de haut , très diversifiés, mais où cependant domine une mimeuse épineuse (mimosa dumetorum) , dont le feuillage est d'une extrême élégance. Enfin , lorsque le terrain s'abaisse et devient égal, comme par exemple au-delà de Villa-Dofanado, on trouve des bois qui tiennent le milieu entre les forêts vierges et les carascos. Les cattingas (c'est ainsi qu'on les appelle) présentent un épais fourré de broussailles, de plantes grimpantes et d'arbrisseaux au milieu desquels s'élèvent,. comme des baliveaux, des arbres de moyenne grandeur. Par l'effet de la sécheresse, les cattingas perdent leur verdure et ne sont plus la retraite d'une foule d'oiseaux et d'insectes comme pendant la saison des pluies.
Les hautes montagnes du Brésil offrent un nombre de végétaux plus considérable que les campos dont nous avons parlé. Parmi les plantes particulières aux montagnes des environs de Villa- Rica, dans la capitainerie de Minas-Geraes, M. Auguste St-Hilaire a remarqué les vellosia, genre d'amaryllidées , dont les espèces vivent en société et sont des arbrisseaux à rameaux étalés et couverts de fleurs bleues, violettes, quelquefois blanches, et aussi grandes que nos lis.
Dans l'hémisphère austral, une végétation, analogue à celle de l'Europe , commence à des latitudes plus rapprochées de l'équatcur. Ainsi, les environs de Montevideo sont couverts de plantes qui appartiennent, à peu d'exceptions près, aux genres qui composent la flore française : il est vrai que plusieurs d'entre elles y ont été naturalisées. De ce nombre est le cardon (cinara cardunculus) qui infeste les campagnes du Rio de la Plata et de l'Uraguay.
Pour compléter cette esquisse de la végétation américaine , il nous resterait à décrire les régions péruvienne et chilienne, celles de Buénos- Ayres et des Terres-Magellaniques. Mais , parce que nous connaissons des plantes du Pérou , nous aurions à répéter beaucoup de ce que nous avons dit sur la végétation générale du Mexique et du Brésil; car, des localités presque semblables, le voisinage de la ligne, des températures analogues, doivent produire des êtres sinon absolument les mêmes , du moins très ressemblais dans leur organisation. Le Pérou et la Colombie sont néanmoins la patrie des espèces de quinquinas (cinchona condaminea, oblongifblia. de.) les plus célèbres par leurs propriétés
AMERIQUE
fébrifuges. On a long-temps cru qu'aucun véritable chinchona ne croissait loin des Cordillères dans l'Amérique-du-Sud; mais M. Auguste deSt- Hilaire en a rencontré au Brésil trois espèces qui rivalisent, par leurs qualités physiques, avec les espèces péruviennes.
L'Amérique méridionale est censée la patrie primitive de deux végétaux éminemment utiles à l'homme, c'est-à-dire de la pomme-de-terre (solarium tuberosum) et du maïs (mais zea). Mais de quelle contrée d'Amérique sont-ils originaires? Cette question, depuis long-temps agitée, et sur laquelle M. A. de Humboldt n'a pu prononcer , puisque nulle part dans ses voyages , il n'avait rencontré la pomme-de-terre sauvage , a été résolue, il y a quelques années , par l'envoi de tubercules à la société horticulturale de Londres, tubercules sauvages, nainset arrondis, provenant d'une localité dans le Chili, où ils étaient très abondans, et qui, cultivés, ont donné d'autres tubercules et des individus en tout semblables à ceux de nos pommes-de-terre. M. Bertero, voyageur aussi instruit qu'intrépide, a également trouvé en abondance la pomme-de-terre sauvage aux diverses localités du Chili , principalement aux environs de Quillota, d'où il nous a envoyé de nombreux échantillons. Quant au maïs, un Brésilien fort instruit en a envoyé à M. de St- Hilaire, des échantillons venantsans culture dans les missions du Paraguay. Les fleurs femelles de ce maïs sont bien réunies en grappe comme celles de nos contrées, mais elles offrent cette particularité que chaque fleur partielle est recouverte par des enveloppes glumacées semblables à celles des autres graminées.
La Patagonie, les lies voisines et les Terres- Antarctiques sont à peine connues ; on sait seulement, par la petite quantité de plantes qu'en ont rapportée les voyageurs , que celles-ci, tout en offrant de l'analogie avec nos végétaux hyperboréens, sont néanmoins caractérisées par un aspect fort singulier. Les mousses, les lichens et autres cryptogames se rencontrent ici , mais sous des formes assez différentes de celles des cryptogames du Nord. S'il est possible d'avoir une idée juste de la végétation des Terres-Magellaniques , c'est par la connaissance de celles des îles Malouines dont nous possédons , gr âces aux talens et au zèle de MM. Gaudichaud et d'Urville, une flore assez complète. Les mêmes plantes ont été trouvées sur les plages de ces îles et du détroit de Magellan. 11 faut néanmoins tenir compte de la nature de ces diverses contrées. Les Terres-Magellaniques sont hérissées de montagnes assez élevées où croissent, nous n'en doutons pas, des plantes particulières, tandis que le sol des Malouines est à-peu-près uniforme , formé d'une tourbe spongieuse qui provient du détritus des plantes, dont les générations se succèdent et meurent sans disparaître du lieu , c'est-à-dire sans qu'aucun animal n'en fasse sa proie. Aucun arbre ne se montre sur celte terre dont la monotonie est décourageante. Le plus grand végétal est un arbuste de 6 pieds, et, chose très remarquable, il appartient au genre veronica. Quelques synanthérées, un grand nombre de graminées,
des fougères , des lichens et des mousses , y sont les plantes dominantes. Nous n'omettrons pas de citer un végétal remarquable , commun à ces îles et aux Terres-Magellaniques ; c'est le bolax glebaria de Commerson, vulgairement nommé le gommier des Malouines. Cette ombellifère forme , sur la terre , une touffe verte , dure et ferme , quelquefois haute de 3 pieds , et épaisse de 7 à 8. Toutes les parties de la plante sont remplies d'un suc gommo-résineux blanc qui rougit et durcit à l'air.
Telle est l'indication des richesses végétales que la nature déploie avec luxe et profusion dans l'Amérique. Cette indication est sans doute trop succincte pour compléter les idées qu'on doit se former sur cette matière ; mais nous n'avons eu d'autre but, dans cette notice, que de répandre de l'intérêt sur un sujet qui a tant de connexion avec la géographie physique du Nouveau-Monde.
animaux. Ni l'Asie , ni l'Europe, ni l'Afrique n'ont , dans l'ensemble de leurs animaux , une physionomie aussi caractérisée que l'Amérique; il faut se reporter au temps où Colomb découvrit cette portion de notre planète, pour concevoir quel dut être l'émerveillement des naturalistes à la vue de tant de productions aussi riches que variées, aussi belles que capricieuses dans leurs formes. Tous les cadres d'histoire naturelle furent brisés par cette masse d'êtres jusqu'alors inconnus, et c'est de cette ère que la science jeta de profondes racines , en exploitant une masse imposante de faits j elle traça des limites que les découvertes récentes ont remplies, mais sans les déborder. Les premiers travaux qui firent connaître la création de cette partie du monde rappelleront les noms des Léry, Laët, Margraff, Fernandez, Pison , Acosta, Niereinberg, Rochefort, Feuillée, Dutertre, Gomara, Garcilaço, Sloane, Catesby, Labat, Edwards, Plumier, Browne , Bancrofft , Fermin , clc, etc.
La grande majorité des genres de l'Amérique lui est propre, et est sans analogie avec ceux des autres parties du monde.
Cependant, liée à l'Asie par sa partie boréale, elle possède la plupart des animaux qui vivent sous les glaces polaires ou qui se sont avancés à travers les steppes de la Sibérie. Beaucoup d'espèces européennes se sont aussi fait jour dans l'Amérique Septentrionale, et les genres ne sont plus, dans cette région, différens pour la plupart de ceux du vieux monde, tant il est vrai que cette adhérence territoriale et l'influence de température imposent des identités dans la texture intime des ani-
GEOGRAPHIE PHYSIQUE
maux. Quant à la région intertropicaie , elle possède la variété et la richesse de cette zone, observée soit en Afrique soit en Asie; mais la grande partie de ses genres luiapparliennenten propre et presque tontes ses espèces sans exception. De même que l'Afrique conserve dans sa [légion Capensienne (Extrémité-Australe) un cachet indélébile de création, de même aussi PAmérique-Méridionale , jetée en longue pointe au milieu des tempêtes du pèle austral, affecte dans son erfsemble une création à part, une nature qui lui est propre. Puis, si l'on réfléchit aux régions variées , aux circonscriptions de bassins que présente cette surface du monde, on devra sentir combien les profondes et riantes forêts du Brésil et de la Guyane, doivent recéler d'animaux différens de ceux des Florides et des hauts plateaux du Mexique , du Pérou et de la chaîne des Cordillères, des Etats-Unis et du Chili, des vastes Pampas de la Patagonie ou des froids bassins de la côte nord-ouest ; de la chaine Missouri-Colombienne (Rocky- Mountains), des sables de la Californie ; des prairies rases des Malouines , des rochers couverts de neige de la Terre-de- Feu, etc., etc.
L'Amérique, qu'un vieil usage nomme encore le Nouveau-Monde, bien que ce nom convienne plutôt à l'Australie, l'Amérique nourrit une grande famille de singes divisée en nombreuses tribus, et dont les genres et les espèces sont sans analogues avec les singes d'Afrique ou d'Asie. C'est en effet dans les régions brûlantes du Brésil , de la Nouvelle-Espagne, de la Guyane, qu'on rencontre ces atèles aux longs bras, se balançant sur les lianes des bords de l'Orénoque, ces lagolriches à queue prenante, ces alouettes à la voix de stentor, ces sapajous maraudeurs, ces sagoins si gracieux , ces singes de nuit dormeurs et à tête arrondie, cessakis à barbe d'Israélite , ces ouistitis fantasques et si vivement peints, ces tamarins au pelage noir ou à crinière dorée , ainsi qu'on voit ce rosalia ou marikina si estimé des créoles. Nul quadrumane ne s'offre en Amérique ; mais en revanche les chauves-souris y comptent plus d'un genre, bien qu'on ne puisse y citer une seule roussette , car ces carnassiers frugivores sont exclusivement asiatiques. Mais les phyllosomes , mais le vampire sanguinaire, les madatées , les glossophages , les artibées, les monophiles , les thaphiens, les mormoops , des vespertilions , des nyeticées, des dysopes, des nyetinomes , sont répandus aussi bien au nord que dans le sud , aussi bien au Brésil qu'à la Guyane. Quelques musaraignes fréquentent les rives du Missouri, et deux scalops sont propres à la Virginie , au Canada et à la Pennsylvanie. Toutefois \escondylures, aû nez en-
veloppé de lanières étoilées, sont un genre qui caractérise les états du nord de l'Union. Les carnivores plantigrades ont de nombreux i f présentans dans ces vieilles forêts de la chaine Missouri-Colombienne , et descendent dans les plaines de la Rivière de la Mine-de-cuivre , de la Colombia , plaines si bien décrites par Cooper. Ce sont Y ours brun , Vours gris , mais surtout cet ours féroce , cet ursus horribilis, si célèbre dans les auteurs américains. Vours noir de Pallas et Y ours blanc, apparaissent sur les côtes de la Sibérie , et les Cordillères nourrissent Y ursus ornatim, remarquable par ses sourcils fauves. C'est en Amérique que vivent ce raton ami de l'eau , ce crabier errant sur les rivages et mangeant tout ce que la mer y rejette; c'est au Brésil qu'on rencontre ces coatis au nez mobile, ce kinkajou à queue prenante ; c'est au Labrador et chez les Esquimaux que se plaisent les blaireaux, les wolverennes, diverses martes, la zibeline, le vison et autres espèces répandues au Chili , en Pennsylvanie , etc. Les mouffettes si puantes sont sans exception de la partie du inonde qui nous occupe. Les loutres ne sont nulle part en plus grand nombre, nulle part l'objet d'une chasse aussi active qu'à la côte nordouest. Les chiens et les renards sont abondans dans la partie boréale, et comment ne pas citer ce chien des Esquimaux , ce chien de Terre- Neuve , si précieux pour l'homme , ces renards aux belles fourrures décrits dans ces derniers temps par le capitaine Sabine. L'Amérique aussi a ses canis carnassiers et voraces ; ce loup noir si robuste , ce loup rouge ou agouara-guazou du Paraguay , celui du Mexique , ceux des prairies du Missouri, témoignent que la nature a été prodigue d'animaux sur ce sol fécond; elle a mis des bornes à sa générosité, en graduant le nombre des êtres inoffensifs à ceux qui ne vivent que de chair et de sang. Comme l'Ancien-Monde aussi l'Amérique possède de grandes espèces de chat. Ce ne sont plus ce tigre dit royal aux longues rayures noires, ce lion emblème de la force et bien à tort de la magnanimité ; mais ce sont ce couguar que les relations nomment le lion des Péruviens , ce tigre unicolore de Surinam, le couguar noir de Cayenne, ce jaguar que Marcgrave a nommé onça , ceyaguarondi du Chili, ces divers espèces de lynx du Canada; cet ocelot, cet eyra, ce margay, ce chati , ce collocola, ce pageros et dix antres des régions chaudes et tempérées, des vastes forêts , comme des pampas et des savannes. Sur les côtes de Terre-Neuve , sur les rochers du cap Horn apparaissent diverses espèces de phoques , objet d'armemens coûteux et de pèches commerciales lucratives.
Parmi les marsupiaux , un genre riche en espèces est entièrement américain : c'est celui des sarigues, animaux munis d'une poche pour serrer dans le danger leur progéniture ; qui ne connaît le marmose, Yopossum des Anglo-Américains , les micourés, le tuan, etc., etc.? C'est à la Guyane que vit le chironecte yapock. Quant aux rongeurs , il serait beaucoup trop long de les mentionner avec quelques détails; il nous suffira
AMERIQUE
(Je citer >es noms de ces tamias qui se creusent des terriers; ces écureuils bariolés de lignes blanches sur un fond très coloré , ces guerlin- ^uels , ces anisonyx, ces sciuroptères au parachute aérien, ces spermophiles aux abajoues, ces cténomes, ces mériones charnus, ces saccomys aux joues boursouflées , ces rais variés, tels quesigmodon,cynomis, nëolomes, etc., etc. C'est en Amérique qu'habitent les échimys, les copromys, les my nomes, les polamys et ces singuliers viscaches et chinchilla à la douce fourrure et de la taille des lapins. Le Canada a été jadis célèbre par l'abondance de ses castors, architectes habiles, et par ses ondatras musqués. C'est encore dans l'Amérique du Nord que vivent ces porcs-épics urson, ce coëndou, ce couy et cet orico si bien revêtus d'épines. Enfin de timides lapins, des lièvres, le tapéti, pullulent dans les prairies rases et sur tous les points de ce Continent ; tandis que les pacas, les agoutis, le caoiai, le cobaye et le moco semblent propres au Paraguay , au Brésil et à la Guyane. 11 est une famille tout américaine , dont les espèces, protégées par des cuirasses solides, ont reçu des Espagnols le nom iïarmadillos et d'encouberlos. C'est principalement au Brésil et au Paraguay, et même à la Guyanne que vivent ces tatous encoubert, noir, des bois, apar, cachicame, talouay, que rappellent dans l'Ancien-Monde et les oryctéropes du Cap et les pangolins. Mais c'est exclusivement dans l'Amérique chaude que se rencontrent les fourmiliers à la langue extensible, les braclypes paresseux, Yunau et les aïs, et c'est au piea de la chaîne des Andes qu'on a découvert le bizarre chlamyphore . Le mégalonyx et les mastodontes , dont les ossemens ont été trouvés en Géorgie et sur les bords de l'Ohio, sont éteints depuis long-temps, sans doute, et remplaçaient dans le ÎNouvau-Monde les éléphans de l'Ancien. Deux tapirs, l'un des marécages torridiens et l'autre des pentes des Cordillères . le maïpouri et le panchaque sont deux pachydermes de grande taille, qui lient la création américaine à celle de la Malaisie par l'existence du tennù de Sumatra , tout en y remplaçant les rhinocéros. Les pécaris, cès sortes de cochons à glandes suintant une humeur fétide sur le dos , y tiennent lieu de sangliers européens ; de même que les chameaux y sont remplacés par les lamas et les vigognes, et par l'utile et inoffensif alpaca. Voriginal des Canadiens , le rhenne du nord , peuplent les contrées glacées elle pourtour du golfe St-Laurent, tandis que le wapiti rappelle par ses formes sveltes celles de notre cerf. Le cerf de Virginie, le guazoupoucou , le guazouti, le guazoupila, les tamémazames, les cariacous sont les représentans naturels des gazelles et des antilopes qui n'y existent point. Ces dernières y sont remplacées par des sortes de ruminans à longs poils, voisins des chèvres , les rupicâpres. Le bison ou buffalo et le bœuf musqué sent les plus grands quadrupèdes des Etats-Unis. Le premier aux formes hideuses nous retrace Y aurochs, ce bœuf de nos anciennes forêts Hirciniennes, relégué aujourd'hui au fond de la Souabc et de la Russie. Tout-à-fait
au nord, sur les confins de la Sibérie, apparail Yargali; et sur les montagnes du Canada est relégué le mouflon américain, races typiques de nos moutons et de nos brebis. Quant aux cétacés parcourant en liberté les mers qui baignent les rivages, beaucoup d'espèces sont au nord communes à l'Amérique et à l'Asie, et les dauphins , les baleines, les cachalots y sont l'objet de pèches intéressantes pour le commerce.
L'Amérique offre la même richesse et la même variété dans les oiseaux. Dans nulle contrée il n'y en a un plus grand nombre de vivement colorés , et nulle part aussi on ne trouve plus de genres qui soient pras caractéristiques. Si l'Afrique et ses déserts possèdent Y autruche , si la Malaisie et l'Australie ont des casoars, les plaines rases de la Patagonie sont parcourues par des troupes agiles de nandu, l'autruche d'Amérique de toutes les relations de voyages. Dans les savannes de la Guyane vit ce sariama qui rappelle le messager du Cap; puis des essaims d'oiseaux de proie s'abattent en maraudeurs sur tous les points de sa surface , et il nous suffira de citer dans les vautours, ces condors des Andes, objets de mille fables populaires , ce catharthe roi, couronné de lambeaux de chair, ces urubus fétides, dans les falco, ces iribins et ces rancancas, ces pygargues du nord, ce chima-chima et ce chimango de laPlata, ces harpies puissantes et cruelles, ces cymindis au bec en hameçon, ces macaguas rieurs, ces elanus et nauclerus luisans , et de nombreuses espèces d'éperviers, de buzards, de buses et de chouettes qui se creusent des clapiers.
Les coyroucous dorés et massifs n'abandonnent guère les zones échauffées de l'Amérique, et l'on sait qu'ils ont des représentans dans l'Ancien-Continent. Le sasa mangeur d'arum ne quitte point les marais delà Guyane, tandis que vivent exclusivement sur ce continent les anis, les coucouas, les laccos, divers payes, mais surtout \esguiras, les barbacous et les tamatias. Si l'Asie et l'Afrique ont leur calaos au bec démesuré , l'Amérique a les toucans ét les aracaris langue barbelée et singulière.
La famille des perroquets dont les races sont multipliées à l'infini et les espèces aussi nombreuses que les moineaux , présente dans la contrée qui nous occupe les aras au cri rauque, les araras aux joues nues, les amazones au plumage vert , les lavouas, les criks, les papegais, les caïcas et les guaroubas . C'est toujours sous l'influence d'une vive chaleur que se colore le plumage si métallisé de ces jacamars émeraudes , de ces jacamerops, auxquels s'adjoignent les pics, les martins-pécheurs, les lodiers et les molmots. Mais quelle variété n'offrent point ces manakins rouges, jaunes, noirs à tète de feu , ces beaux rupicoles à crête distinguée, ces colibris et ces oiseaux-mouches, vrais bijoux sortis des mains d'un lapidaire , et dont les habits scintillent du feu des rubis, des topazes , des émeraudes, etc. Aux guil-guils azurs, aux/bw/niers sombres, viennent s'unir ces picucules, ces sitlines et ces synallaxes du Brésil, de la Guyane et du Paraguay.
GEOGRAPHIE POLITIQUE
Le tijuca noir, des pies magnifiques, des geais et des corbeaux, les bataras ouvrent en Amérique cette longue série d'espèces où viennent se classer les somptueux cotingas, les averanos, les procnias, les pies-grièches lârabas , les manikups, les bécardes, les tyrans, les yetapas, les conopophages, \es~grallaries, les merulaxes, des merles, etc. 11 est une famille très nombreuse exclusive à l'Amérique , c'est celle des troupiales , comprenant les caciques, les carouges, les amblyramphes, etc.; et les moineaux y ont des représentans dans les paroaires, lechipiùs, les tardivoles, les jacarinis , etc. Des colombes variées, le mégalonyx du Chili , les attagis, les tinochores se présentent avec une longue suite de grands oiseaux gallinacés devenus précieux dans nos basses-cours, tels sont les hoccos, \cs pauxi el\es dindons. Des lagopèdes, des gelinottes pullulent dans la partie nord, et nos cailles y sont représentées par les colins , tandis que les mégapodes malaisiens sont remplacés par les tinamous timides , et que les péné topes rappellent les formes des touracos. C'est en Amérique que vivent les singuliers échassiers nommés kamichi , chaïa , agamis , hé Homes, courliri, helias et savacou au bec bizarre; tandis que les rivages sont couverts de vanneaux, pluviers, échasses, hémipalmes, spatules et flammans, hérons et tantales, et que les mers soit Pacifique , soit Atlantique , qui les baignent dans une immense étendue, sont peuplées de pélicans au large gosier, de frégates au vol puissant, de rhyncops au bec anomal, de harles, (ïalques et cérorhynques, de manchots, de sphénisques et de gorfous, vrais représentans des pingoins du Vieux-Monde.
Dans les fleuves du Mexique , de la Louisiane , de la Floride et des états méridionaux Anglo- Américains, le caïman à museau de brochet, dresse aux animaux les mêmes embûches que le crocodilus acutus à St-Domingue et à la Barbade, les caïmans à lunettes et à paupières osseuses, dans les fleuves de la Colombie et des Guyanes. Six espèces de crotales ou serpens à
sonnettes infestent toutes les basses terres soit littorales, soit méditerranées de l'Amérique et de l'archipel Antillien depuis le 45e degré nord jusqu'au Rio de la Plata. D'autres serpens venimeux, des trigonocéphales s'embusquent dans toutes les forêts du Brésil et de trois des petites Antilles , la Martinique , Ste-Lucie et la Grenade. De nombreuses couleuvres, des orvets de toutes couleurs , des batraciens, des sauriens de petite taille, font de l'Amérique une des contrées» les plus abondantes en reptiles.
Les poissons y présentent ces nombreuses nuances que nous avons vues déjà régner dans les mers d'Asie. Ainsi aux poissons pélagiens et chasseurs des hautes mers se joignent les poissons saxatiles des côtes rocheuses, ceux qui se cachent dans le sable ou dans le limon des embouchures des fleuves ; et de même que l'Amérique possède les plus grands courans d'eau douce, de même aussi les poissons des fleuves y abondent et leurs noms fourniraient un trop long catalogue. Les grands squales, les larges raies, les bancs de morues et de gades sont pour les peuples de ces climats et même pour les Européens , l'objet de pêches qui font vivre des populations entières. Les mollusques terrestres et fluviatiles ; les insectes, les zoophyles prouvent dans leur répartition le même luxe que nous avons indiqué pour les animaux des classes supérieures. Ces êtres sont distribués par parallèles, et ceux du nord n'ont rien de commun avec ceux du sud , et ceux des côtes baignées par l'Océan-Atlantique diffèrent complètement de ceux qui vivent dans les eaux de l'Océan-Pacilique. La portion australe possède une création neuve, peu connue, très remarquable, et c'est là que pullulent les concholépas, naguère si rares et qui dans leur patrie servent à faire de la chaux, \escrépidules, les fissurelles, tant d' holothuries, d'alcyons, de boltenia, de pyura, etc. , etc. C'est par millions d'individus que le Brésil et la Guyane nous envoient les insectes si brillans que ces contrées produisent, insectes devenus, par leur abondance , vulgaires dans les collections.
superficie. A la page 667, nous avons déjà relevé l'erreur d'après laquelle l'Amérique serait la plus grande de toutes les parties du monde. On a maintenant des mesures bien autrement exactes que celles que firent des savans estimables sur de mauvaises cartes et â une époque où l'on connaissait si imparfaitement cet hémisphère. D'après nos calculs , qui nous ont donné des résultats presque identiques avec ceux qu'a obtenus M . le baron de Humboldt, la surface de cette partie du monde
y compris les îïes que nous regardons comme ses dépendances géographiques , ne s'éiève qu'à 11,146,000 milles carrés. population. Nous avons vu à la page 37, que la population de l'Amérique, malgré l'immense étendue de ce continent, ne s'élève qu'à 39 millions. Celte population égale à peine les populations réunies de la France et du ci-devant royaume des Pays-Bas. En divisant ce nombre par sa surface , que nous venons d'évaluer à 11,146,000 milles carrées, on aura une
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population relative de 3.5, c'est-à-dire que chaque mille carré de cette partie du monde n'offre que trois habitans et demi. Sur un espace égal, l'Océanie en a six et demi, l'Afrique sept, tandis que l'Asie en compte trente-deux et l'Europe quatrevingt-deux.
ethnographie . Malgré sa faible population et l'état encore si imparfait de l'ethnographie , l'Amérique offre encore un plus grand nombre de peuples différens que toutes les autres parties du inonde. Dix millions environ d'individus y parlent plus de 438 langues différentes et plus de 2000 dialectes. Ce phénomène unique sur le globe, quelque incroyable qu'il paraisse n'en est pas moins vrai. Les laits incontestables recueillis et classés dans l' Atlas ethnographique du globe ne laissent plus aucun doute raisonnable sur ce point. Le cadre de cet Abrégé ne permet pas de les désigner tous ; d'ailleurs nous n'avons pas même assez d'espace pour décrire , d'une manière suffisante , seulement les familles ethnographiques et les langues qu'on regarde comme absolument indépendantes les unes des autres.
Nous nous bornerons donc à classer, d'après leurs idiomes, seulement les principales nations du Nouveau-Monde. Considérés sous ce point de vue, tous les peuples de cette partie du globe offrent deux grandes divisions : peuples américains ou indigènes ; et peuples d'origine étrangère. Ces derniers, quoique divisés en un petit nombre de peuples , offrent néanmoins la plus grande masse de la population de l'Amérique ; et, à l'exception des Nègres, qui presque partout sont esclaves , ces peuples étrangers ont même l'avantage d'être , à quelques exceptions près, les nations dominantes du Nouveau-
Monde. Mais avant d'offrir le tableau
ethnographique de l'Amérique, nous devons signaler un autre phénomène unique sur le globe, offert par cette partie du monde; c'est que sa population indigène forme à peine le quart de sa population totale. Voici quelques faits qui viennent à l'appui de notre assertion. En prenant pour base les importans résultats des recherches difficiles auxquelles M. de Humboldt s'est livré pour connaître les rapports numériques des différentes races qui peuplaient le Nouveau-Monde au commencement de 1822, et en y ajoutant les faits nouveaux que nousavons pu recueillir après leur publication, nous trouvons que pour la fin de l'année 1826 , époque à laquelle s'arrêtent tous nos calculs relatifs à la statistique du globe, les différentes races qui habitent l'Amérique, peuvent être représentées par les nombres suivans :
Blancs Européens ou descendans d'Européens établis en Amérique . . . 14,600,000
Indiens ou Américains indigènes. . 10,000,000
Nègres ou Africains sans mélange; esclaves et libres 7,400,000
Races mélangées de noir, blanc et indien (mulâtres, mestizos , zambos et mélange des mélanges). . . . 7,000,000
Le tableau ci- dessous offre tous les peuples d'origine étrangère, et les peuples indigènes les plus remarquables. Pour éviter les répétitions, nousavons mis deux ** devant le nom de tous les peuples qui conservent leur indépendance. Dans cette longue énumération , nous suivrons l'ordre de Y Atlas ethnographique du globe , en commençant par l'extrémité méridionale de l'Amérique-du-Sud ; nous irons ensuite en remontant vers le nord, d'un côté jusqu'au Groenland, de l'autre jusqu'au détroit de Bering.
TABLEAU