REPUBLIQUE DE L'EQUATEUR
bien en pierres et couvertes de tuiles. Les principaux édifices de Quito sont : le palais du ci-devant président, bâtiment d'un aspect sombre dont la façade est en pierre ; le palais de Vévêque, et la cathédrale , qui est loin d'être la plus belle des églises de Quito; ces trois bàtimens se trouvent sur la grande place, au centre de laquelle s'élève une belle fontaine en cuivre. Parmi les églises, celle du ci-devant collège des jésuites est regardée comme la plus belle ; sa façade est en pierre et du travail le plus exquis; les piliers, d'ordre corinthien, ont 30 pieds de haut, et chacun est taillé d'un seul bloc de pierre blanche ; plusieurs sculptures d'un grand mérite ornent cet édifice, dont l'intérieur a été construit sur le modèle de l'église de Jésus à Rome ; sur un des murs, on voit l'inscription en marbre laissé par les académiciens français envoyés au Pérou en 1736 par l'Académie des sciences de Paris pour mesurer un degré du méridien. Viennent ensuite Y église du Sagrario et celle du monastère du Ste-Claire; cette dernière est surtout remarquable par son beau dôme ellyptique. On doit aussi nommer le couvent de San-Francisco pour son immense élendue et sa belle église ; le couvent de San-Diego, remarquable par sa situation délicieuse, qui rend cette retraite une des plus romantiques; enfin le grand hôpital, à cause de son architecture et de ses vastes dimensions. Quito a toujours été un lieu célèbre dans l'Amérique - Méridionale - Espagnole , par le grand nombre d'étudians qui s'y rendaient et s'y rendent encore pour étudier à son université. Après cet établissement viennent Yécole normale d'enseignement mutuel, le collège , le séminaire , la bibliothèque publique du ci-devant collège des jésuites, regardée comme la plus riche de toute la Colombie. En 1826, on publiait trois journaux dans cette ville. Sous le régime espagnol, Quito était la résidence d'un commandant général ; actuellement elle est le siège d'une cour supérieure de justice, d'unévêché et d'autres autorités du département. Les principaux produits de ses manufactures consistent en étoffes de coton et de laine , en beiges, tlaneUes, ponchos, bas, dentelle, fil, ruban de fil et autres articles de moindre importance. On ne connaît pas exactement sa population; mais tout porte
à croire qu'elle s'élève à 70,000 âmes, ce ce qui rendrait cette ville la plus peuplée de toute la république.
« Lorsqu'on a vécu, ditM.de Humboldt, pendant quelques mois sur ce plateau élevé, où le baromètre se soutient à om., 54, ou à 20 pouces de hauteur, on éprouve irrésistiblement une illusion extraordinaire; on oublie peu-à-peu que tout ce qui environne l'observateur, ces villages annonçant l'industrie d'un peuple montagnard, ces pâturages couverts à-la-i'ois de troupeaux de lamas et de brebis d'Europe , ces vergers bordés de baies vives de duranta et de barnadesia , ces champs labourés avec soin et promettant de riches moissons de céréales, se trouve suspendu dans les hautes régions de l'atmosphère; on se rappelle à peine que le sol que l'on habite est plus élevé au-dessus des côtes voisines de l'Océan-Pacifique , que ne l'est le sommet du Canigou audessus de la Méditerranée. » L'espace nous manque pour signaler au lecteur tous les lieux et les objets remarquables qui , dans un rayon de 60 milles, seraient dignes de fixer son attention; nous nous bornerons aux suivans qui nous paraissent mériter la préférence.
Nous commencerons d'abord par mentionner quelques-uns des majestueux colosses qui couronnent la haute vallée de Quito , en nommant le volcan de Pichiischa, dans les environs immédiats de Quito, remarquable par son activité et par la fameuse croix élevée sur une de ses cimes, qui a servi de signal aux académiciens français lors de la mesure de la méridienne ; le Cayambé (Cayambé-Urcu ou Altar) , dont le sommet majestueux est traversé par l'équateur; on peut, dit M. de Humboldt , considérer cette montagne , qui est une des plus belles qu'on puisse voir et une des plus hautes du monde , comme un de ces monumens éternels , par lesquels la nature a marqué les grandes divisions du globe terrestre ; I'Antisana , qu'à la page 942 nous avons vu être le plus haut de tous les volcans du globe ; sur ses flancs même, à la hauteur de 4101 mètres, est située la métairie d'An tisana\ on la regardait il y a quelques années, avant que l'on connût la hauteur du plateau de Titicaca , comme le lieu habité le plus haut de tout le ISouveau-Monde; le Cotopaxi , qui est le plus redouté de tous les volcans du ci-devant royaume de Quito. En 1738 ses flammes s'élevèrent au-dessus du borddu cratère à la hauteur de 900 mètres; en 1748 sesmugissemens furent entendus jusqu'à Honda à une distance de 200 lieues communes. La quantité de cendres qu'il vomit en 1768 fut si grande, que dans les villes de Hambato et de Tacunga, la nuit se prolongea jusqu'à trois heures du soir, et que les habitans furent obligés d'aller avec des lanternes dans les rues. Sa hauteur est double de celle du Canigou ; elle surpasse par conséquent de 800 mètres celle qu'aurait le Vésuve s'il était placé sur le sommet du pic de Ténériffe. Sa forme est la plus belle et la plus régulière de toutes celles que présentent les cimes colossales des Hautes-Andes. C'est , dit M. de Humboldt, un cône parfait qui, revêtu d'une énorme
AMERIQUE
rouelle de neige , brille d'un éclat éblouissant au coucher du soleil et se détache d'une manière pittoresque de la voûte azurée du ciel. La fonte subite de cette immense calotte de neige, dans la terrible éruption de 1803 , causa des dégâts affreux dans le pays qui l'environne. Enfin I'Ilinissa., une des cimes les plus majestueuses et les plus pittoresques, dont les pointes mesurées trigonométriquement par Bouguer, tant au-dessus du plateau de la ville de Quito qu'au-dessus des cotes de l'Océan, servirent à déterminerla valeur approximative du coefficient barométrique, doit être par conséquent placé parles physiciens à côté du Puy-de-Dôme, oii Perrier, guidé par les conseils de Pascal, tenta le premier de mesurer la hauteur des montagnes à l'aide du baromètre.
Parmi les villes les plus considérables qu'on trouve dans le rayon de Quito, nous nommerons ;iu nord de l'équateur : Ibarra, qui n'offre rien de remarquable, mais dont on porte la population à environ 10,000 âmes-, Utavalo, parce qu'on vante la beauté de ses habitans , qu'on eslime de 15 à 16,000. Au sud de l'équateur : Latacunga , assez grande ville, qu'on nous assure avoir une population de 17,000 âmes, malgré les grandes pertes qu'elle a éprouvées par les terribles éruptions du Cotopaxi , qui plusieurs fois l'ont presque entièrement détruite. C'est dans le voisinage de cette ville que se trouvent deux monumens remarquables : la maison de l'Inca à Callo, et le Panecillo ou Pain-de-sucre dans ses environs. Ce dernier est une butte conique d'environ 80 mètres d'élévation , couverte de petites broussailles ; les naturels la regardent comme un lumulus élevé pour servir de sépulture à un personnage distingué ; Ulloa le croit un monument militaire; il parait probable que cette colline doit, sinon en tout, du moins en partie, son existence à la main des hommes. La maison de l'Inca, située un peu au sud-ouest du Panecillo , est un édifice de forme carrée, dont chaque côté a 30 mètres de longueur. On distingue encore quatre grandes portes extérieures et buit chambres dont trois se sont conservées. Les murs ont à-peu-près 5 mètres de hauteur sur l mètre d'épaisseur. Les portes semblables à celles des temples égyptiens -, les niches, au nombre de 18 dans chaque division, distribuées avec la plus grande symétrie; les cylindres servant à suspendre les armes ; la coupe des pierres , dont la face extérieure est convexe et coupée en biseau, tout rappelle l'édifice du Canar. M. de Humboldt appelle l'attention sur l'étonnante conformité de construction qu'offrent tous les monumens péruviens répandus sur une ligne de plus de 450 lieues, depuis 1000 jusqu'à 4000 mètres d'élévation au-dessus du niveau de l'Océan-, on dirait qu'un seul et même architecte les a tous construits.
Dans le DEPARTEMENT DE L'EQUATEUR , outre Quito et les autres lieux qui viennent d'être mentionnés, nous nommerons: Riobamba, importante par sa population , qu'on porte à 20,000 âmes. Ambato , petite ville , remarquable par sa beauté , par la bonté de ses productions et celle de son climat, par sa population et par le voisinage du célèbre Chimborazo , regardé
jusqu'à ces dernières années comme la plus haute montagne du Nouveau-Monde , mais qui a cédé son rang aux deux pics le Nevado deSorata et celui d'Illimani, dont nous avons indiqué la hauteur à la page 936 ; malgré cela le Chimborazo s'élève sur toutes les montagnes de la Colombie , comme ce dôme majestueux , ouvrage di génie de Michel-Ange , sur les monumens anti ques qui environnent le Capitole. Esmeraldas, misérable endroit, renommé par son excellent cacao , réputé le meilleur que l'on connaisse. Guallabamba , remarquable par son chemin nommé Ladera de Guallabamba , qui durant un mille anglais est taillé dans la montagne, Dans le DEPARTEMENT DE GUAYAQUIL :
Guayaquil , chef-lieu du département, une des villes les plus importantes de la Colombie par sa position , par son port , par son commerce et par sa population qu'on porte à environ 22,000 âmes. Si Guayaquil n'offre aucun édifice qui puisse attirer particulièrement les regards d'un voyageur, il possède un chantier, qui fournit de l'occupation à un grand nombre d'ouvriers-, on le regarde comme le premier établissement de ce genre existant sur la côte occidentale de l'Amérique; on a eu lieu d'admirer quelques-uns des vaisseaux qui en sont sortis. Cette ville possède aussi un collège , une école de navigation et est le principal arsenal maritime de la Colombie. Son port est aussi la station ordinaire de la marine militaire de la république sur le Grand-Océan. A l'entrée du Guayaquil on voit un rocher auquel sa forme extraordinaire a fait donner le nom tïamortajadoQe cadavre revêtu du drap mortuaire), parce qu'il ressemble à u:ï corps humain sous l'habit de franciscain ; M. Stevenson dit qu'à la distance de 2 à 5 milles, on en distingue très bien, la tête, le corps , les bras croisés sur la poitrine , etc. Ce même voyageur fait aussi mention d'une coutume vraiment singulière qu'il a observée dans cette ville : des hommes montent au haut des clochers, pourvus de tambours et de trompettes , avec lesquels ils accompagnent le son des cloches , comme font les Chinois avec leurs instrumens , ce qui produit une musique étrange sans être désagréable. Nous nommerons encore la petite ville de Jipijapa, à cause de sa fabrique de chapeaux de paille, dont on exporte une grande quantité.
Dans le DEPARTEMENT DE L'ASSUAY : Cuenca , ville épiscopale , assez bien bâtie , située à 1279 toises au-dessus du niveau de la mer. Le enlevant couvent des Jésuites et le palais cpiscopal passent pour être ses principaux édifices. On porte à environ 20,000 âmes sa population , dont une partie considérable est occupée dans les manufactures de coton , de chapeaux et dans la fabrication de confitures estimées et d'un fromage qui ressemble beaucoup au parmesan. Cuenca possède un collège et un séminaire.
A environ 30 milles de Cuenca s'élève le fameux Paramo d* A ssuay , dont les terribles tourmentes font périr tous les ans des voyageurs ; il donne le nom au département. Dans ses environs on trouve plusieurs ruines de monumens péruviens , elles sont encore assez importantes pour