REPUBLIQUE DE L'EQUATEUR
que nous leur consacrions quelques lignes. Nous nommerons d'abord : les magnifiques restes de la grande chaussée construite par les Incas ; ils se trouvent à une hauteur qui surpasse de beaucoup celle de la cime du pic de Ténériffe. Vient ensuite YIngap ilca (la forteresse du Cafiar). Cette forteresse, dit M. de Humboldt , si l'on peut nommer ainsi une colline terminée par une plateforme, est bien moins remarquable par sa grandeur que par sa parfaite conservation. Un mur de grosses pierres de taille s'élève à la hauteur de 5 à 6 mètres et forme un ovale très régulier , dont le grand axe a près de 38 mètres de longueur. Au centre de l'enceinte s'élève une maison qui ne renferme que deux pièces et qui primitivement n'avait pas de fenêtres , ainsi que tous les autres monumens péruviens et les maisons découvertes à Pompeïa et à Herculanum ; son toit incliné la fait ressembler aux maisons européennes. M, de Humboldt fait observer que les toits inclinés sont connus des indigènes de la côte Nord-Ouest de l'Amérique , et ils l'étaient même dans l'Europe- Méridionale dès les temps les plus reculés. Ce monument militaire servait de logement aux Incas, lorsque ces princes passaient de temps en temps du Pérou au royaume de Quito. Les fondations d'un grand nombre d'édifices que l'on trouve autour de l'enceinte , annoncent qu'il y avait jadis au Cafiar assez de place pour loger le petit corps d'armée, par lequel les monarques péruviens se faisaient suivre dans leurs voyages. Si les ruines du Canar, ajoute M. de Humboldt, n'offrent point les pierres énormes des édifices deCuzco et des pays voisins, elles sont en revanche remarquables par l'extrême beauté de leur coupe; la plupart sont jointes sans aucune espèce de ciment. Cependant on reconnaît ce dernier dans quelques-uns des bàtimens qui entourent la citadelle et dans les trois maisons de l'Inca , au Pullal. « Les Péruviens, continue ce savant, ont montré une habileté étonnante à tailler les pierres les plus dures. Au Caûar, on trouve des canaux courbes creusés dans le porphyre pour suppléer aux gonds des portes. La Condamine et Bouguer ont vu, dans des édifices construits du temps des Incas , des ornemens de porphyre représentant des mufles d'animaux, dont les narines percées portaient des anneaux mobiles de la même pierre. L'architecture péruvienne ne s'élevait pas au-delà des besoins d'un peuple montagnard ; elle ne connaissait ni pilastres, ni colonnes, ni arcs en plein cintre : née dans un pays hérissé de rochers, sur des plateaux presque dénués d'arbres , elle n'imitait pas , comme l'architecture des Grecs et des Romains, l'assemblage d'une charpente en bois; simplicité , symétrie et solidité , voilà les trois caractères par lesquels se distinguent avantageusement tous les édifices péruviens ». Enfin, l' Ynga-C hungana, dit aussi \eJeude V Inca; c'est un siège entouré d'une enceinte, le tout creusé dans le roc. Vu de loin , il ressemble à un canapé, dont le dos est orné d'une sorte d'arabesque en forme de chaîne. En entrant dans l'en-
ceinte ovale, on voit qu'il n'y a de siège que pour une seule personne, mais que cette personne est placée d'une manière très commode et qu'elle jouit de la vue la plus délicieuse sur le fond de la vallée de Gulan. Une petite rivière serpente dans cette vallée et forme plusieurs cascades dont on aperçoit l'écume à travers des touffes de gunera et de mélastomes. a Ce siège rustique, dit M. de Humboldt, ornerait les jardins d'Ermenonville et de Richmond, et le prince qui avait choisi ce site n'était pas insensible aux beautés de la nature; il appartenait à un peuple que nous n'avons pas le droit de nommer barbare. »
Loxa , petite ville, avec un collège,- c'est dans son voisinage qu'on voit ces vastes forêts où l'on coupe l'arbre qui fournit le fameux spécifique contre les fièvres intermittentes , employé avec tant de succès contre tant d'autres maladies et connu sous le nom de cascarilla de Loxa ou quinquina. Des forêts de cet arbre précieux et d'une qualité excellente se trouvent aussi dansles montagnes de Mérida , de Santa-Fe , de Popayan et de Quito. Zaruma, petite ville, à laquelle on accorde de 4 à eooo habitans, importante par ses riches mines d'or. San-Jaen de Bracamoros et San-Francisco de Borja, petites villes perdues pour ainsi dire au milieu des solitudes , au-delà desquelles s'étendent de vastes terres peu connues, où vit un grand nombre de tribus sauvages indépendantes. Quelques-unes, comme les Xibaros, après avoir secoué le joug des Espagnols et massacré tous ceux qui se trouvaient dans leur territoire, leur font une guerre à mort. Ces pays offrervt des lavages d'or très riches. Les cartographes et les géographes continuent à figurer et à décrire les villes fondées par les missionnaires, quoique depuis bien des année s elles aient cessé d'exister. Au nord-ouest de San-Jaen de Bracamoros et proprement entre les villages indiens d'Ayavaca dans la république du Pérou et de Guamcabamba dans ce département , on voit sur le dos des Cordillères , à 1400 toises de hauteur dans le Paramo de Chulucanas, les ruines de l'ancienne ville de Ciiulucanas, très remarquables, dit M. de Humboldt, par l'extrême régularité des rues et de l'alignement des édifices. Les maisons, construites en porphyre, sont distribuées en huit quartiers formés par des rues qui se coupent à angle droit. Chaque quartier renferme 12 petites habitations, de sorte qu'il y en a 96 dans la partie encore subsistante. Ces maisons, comme celles d'Herculanum, ne présentent qu'une seule pièce, dont la porte donnait probablement sur une cour intérieure. Au centre des huit quartiers se trouvent les restes de quatre grands édifices de forme oblongue ; ils sont séparés par quatre petits bàtimens carrés, occupant les quatre coins. A la droite de la rivière qui borde la ville, on découvre des constructions très bizarres qui s'élèvent en amphithéâtre : la colline est divisiée en six terrasses, dont chaque assise est revêtue en pierre de taille. Plus loin se trouvent les fameux bains de l'Inca
AMERIQUE
Cette république comprend les 4 dépar- aujourd'hui divisée en isprovmces. Le ta-
teinens de la ci-devant république de Co- bleausuivantoffre lesanciensdépartemens
lombie qui correspondent à l'ancienne ca- ainsi que leurs subdivisions respectives, pitainerie générale de Caracas. Elle est
TABLEAU DES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA RÉPUBLIQUE DE VENEZUELA. Département de Zulia.
Province de Maracaybo. . . Maracayro; Perija; Gibraltar; Alla-Gracia. Province de Coro. Coro; Paraguana; Carigua; Tocuyo.
Province de Truxillo . . . . Truxillo-, Carache; Escugue.
Province de Mer ida. Me rida; Bayladores; La Grita; Mucuchiesi Egido; San-
Crisloval
Départ, de l'Orénoque (Orenoco).
Province de Farinas .... Varinas (Barinas) ; Guanare; Obispos; Araure: Ospino; Nutrias.
Province d'Apuré Achagua; San -Fernando: MantecaU Payara.
Prov. de Guyane (Guayana). Angostura(San-Thomas-d'Angostura; Nueva-Guayana); Vieille- Guyane (Guayana-Vieja) ; Upata; Caycara; Esmeralda.
Département de Matcrin.
Province de Cumana .... Cumana ; Cariaco; Guiria: Carupano; Cumanacoa; Maturim
Aragua; Maniquarez.
Province de Barcelona . . . Barcelona-, El-Pao; San-Diego; Piritu. Prov. de Marguarita (ile de.) Asunpcio n -, Pampatar. Les îlots Coche et Cubagua.
Département de Venezuela.
Province de Caracas .... Caracas -, La Guayra; Victoria; Maracay; Calabozo; losReyes
(San -Sébastian de los Reyes).
Province de Carabobo . . . Valencia-, Puerto-Cabello; Tocuyo; Carora; San-Carlos; San-
Felipe; Aroa.
Caracas, autrefois capitale de la capitainerie générale de ce nom , et maintenant de la républiquede Venezuela et du département de ce nom. Avant le tremblement de terre , qui en 1812 la ruina presque entièrement, cette ville se distinguait par plusieurs beaux édifices et par une population qui était élevée au-dessus de 45,000 âmes. Bâtie dans une vallée délicieuse , à 54 toises au-dessus du niveau de la mer et au pied du pic de la Si lia, baignée par quatre petites rivières, elle avait auparavant des rues bien alignées et des maisons très belles. Caracas est le siège d'un archevêché et s'est relevée en partie de ses ruines ; mais la guerre et les maux qui l'accompagnent l'ont empêchée de se rétablir entièrement. Celte ville a été le théâtre de plusieurs grands évènemens, depuis la guerre de l'indépendance, et a fait de grands efforts pour se séparer de la Colombie, afin de former un état entièrement distinct. Sous le rapport de l'instruction publique, Caracas
rivalise avec Bogola et Quito, étant le siège d'une université de premier rang, d'une école normale d'enseignement mutuel , d'un collège , d'un séminaire et de plusieurs autres établissement littéraires. Elle est aussi le centre d'un grand commerce avec les vastes contrées qui forment le département dont elle est le chef-lieu ; elle compte 35,ooo âmes.
Dans ses environs immédiats nous citerons : La Guayra , petite ville de près de 4ooo âmes , avec un mauvais port et dans un climat très malsain, mais très importante par son commerce, étant le port par lequel Caracas fait ses expéditions maritimes. Plus loin et dans un rayon de 60 milles : La Victoria , gros bourg de commerce et d'agriculture -, un chemin le joint à Tovar, c'est la colonie agricole modèle où déjà 600 allemands , tous artisans ou laboureurs, ont été amenés par le savant ingénieur colonel Codazzi , sur des terrains défrichés d'avance et prêts à les recevoir. Maracay, délicieux village dans la vallée d'Aragua près du beau lac Tacarigua ou de Valencia; son église passe pour la plus belle de la province.
Les autres villes principales sont :