REPUBLIQUE DE VENEZUELA
DANS LE DEPARTEMENT DE ZULIA : Mara- Caybo, assez jolie ville, située sur le bord occidental du détroit qui sépare la lagune de Maracaybo du golfe de ce nom. Elle est défendue par trois forts , dont celui de la Barra est le principal; elle a aussi plusieurs chantiers, sur lesquels on construit des bàtimens; un des plus beaux appartient au gouvernement. Maracaybo possède un collège et une école de pilotage. Malgré les pertes éprouvées pendant la dernière guerre , cette ville fait encore un commerce assez important et paraît compter environ l4,ooo habitans.
Coro, ville très déchue depuis 1636, époque à laquelle on transféra à Caracas le siège du gouvernement; aujourd'hui, malgré les navires qui «n assez grand nombre fréquentent son port , sa population reste au-dessous de 4000 âmes. Tocuyo, petite ville, importante par son industrie et par sa population. Merida, avec euviron 6000 habitans, une université à\x second ordre et un collège.
Dans le DEPARTEMENT DE L'ORÉNOQUE :
Varinas , petite ville très florissante avant la guerre , et dont la population est descendue de 10,000 à 4ooo âmes. Guanare, importante par sa population et par son collège. Mantecal , la plus peuplée de la province d'Apuré, quoiqu'elle ne compte que 3000 habitans. Angostura ou Nueva- Guayana (Nouvelle-Guyane), petite ville épiscopale située sur l'Orénoque ; la guerre a beaucoup diminué sa richesse , son commerce et sa population ; celte dernière ne s'élève plus qu'à 4000 âmes. Malgré cela , Angostura est encore la ville la plus importante de toutes celles que baigne l'Orénoque ; on y a établi un collège. Guayana- Vieja (Vieille-Guyane), ville fortifiée, dans un climat excessivement malsain. Caycara, petite bourgade sur l'Orénoque, remarquable par des rochers de syéuite et de granit couverts de figures symboliques colossales , représentant des crocodiles, des tigres, des ustensiles de ménage et les images du soleil et de la lune. En rappelant ce que nous en avons dit à la page 974, nous ajouterons, avec M. de Humboldt, qu'il existe des monumens semblables à Urbana sur l'Orénoque , entre les sources de l'Essequebo et du Rio-Branco, et dans la vaste plaine boisée qu'entourent YOrénoque, YJtabapo, le Jiio- Negro et le Cassiquiare , entre le 2e et le 4e parallèles. Ces dernières sculptures sont d'autant plus importantes qu'elles se trouvent dans un coin de terre inhabité et environné de peuplades sauvages descendues au degré le plus bas de la barbarie, et bien éloignées de pouvoir graver le moindre hiéroglyphe sur les rochers. Esmeralda , misérable hameau , remarquable par sa position sur le haut Orénoque, et auquel les granits du pic de Duida, pris pour des émeraudes, ont valu le nom brillant qu'il porte ; c'est un lieu de mission.
Avant de quitter les vastes solitudes de ce département, nous devons dire un mot sur le pays fabuleux qui a tant occupé les géographes; sur le Pays d'Eldorado. Nous le ferons en répétant ce qu'en a dit notre savant ami , M. Jules de Blosscville . dans ses Explorations de l'A-
mérique, article dans lequel il a résumé avec érudition et un talent remarquable toutes les découvertes faites dans l'Hémisphère-Occidental ; ce beau travail que cet officier de marine a entrepris pour le Tableau Physique, Moral et Politique des cinq parties du Monde, a été publié dans une Revue mensuelle, à laquelle nous l'avons communiqué. « C'est dans cette vaste portion de l'Amérique, dit M. de Blosseville, comprise entre l'Amazone , l'Orénoque , les Cordillères et l'Atlantique, que l'on doit placer le berceau de la fable géographique la plus célèbre, celle du pays d'Eldorado, source inépuisable de richesses. A l'époque delà découverte, les Péruviens, les Indiens de Venezuela et ceux de Bogota en parlèrent simultanément. Sa recherche excita le zèle avide de plusieurs hommes entreprenans , et les découvertes qu'elle occasiona en firent un épisode remarquable dans l'histoire de la géographie. Tous les rapports semblaient s'accorder pour mettre ce pays au centre de la Guyane. Les plus grands efforts furent tentés du coté de Venezuela , et l'expédition la plus saillante eut pour chef le chevalier allemand Philip de Hutten, qui conduisit en 1541-1545 une petite troupe d'Espagnols de la côte de Caracas jusqu'aux environs du lac Parime , auprès d'une ville des Omaguas, dont il exagéra l'importance. Une entreprise moins heureuse encore fut dirigée vers cette opulente région , une vingtaine d'années après, par Pedro Malaverde Silva. En 1586, Antonio Berrio y Oruna , séduit par la même espérance , descendit de la cordillère de Bogota dans les plaines de l'est, s'arrêta sur les bords de l'Orénoque et y fonda la ville de San-Thomè ou de Vieja-Guayana. Plus tard Walter Raleigh, cet homme si instruit, si capable et si célèbre par son zèle malheureux pour la découverte des pays négligés , celle des mines et les progrès du commerce, porta ses vues vers l'Eldorado ; en 1695 et 1696 il visita les rivages de la Guyane et le cours de l'Orénoque : on sait qu'il paya ses services de sa tète. L'espoir d'arriver à ce pays attrayant avait déjà donné naissance aux expéditions fameuses de Gonzalo Pizarro , de Belalcazar, de Quesada ; il devait exciter plus tard celle de Soarres vers la province de Charcas, et il avait conduit Federman de Venezuela à Santa-Fe de Bogota. Enfin, pour terminer le récit de ces courses ingrates vers un but chimérique, il faut parler ici d'Antonio Santos, qui en 1780, partit de San-Thomè sur la foi d'un prétendu Indien de Parime. Après 500 lieues de chemin, son guide l'abandonna , ses compagnons périrent et il tomba seul dans les mains des Portugais.»
Dans le DEPARTEMENT DE MATURIN : Cumana, ville très déchue, quoique sa population s'élève encore à près de 10,000 âmes ; elle est importante par ses fortifications, son commerce et par sa baie superbe. Maniquarez, renommée par sa poterie faite par des Indiens d'après leurs anciennes méthodes de fabrication ; Cumanacoa , par son tabac et ses eaux minérales ; Cariaco , très petite, mais importante par son port, les produits de son agriculture et son commerce ; Araya, jadis très importante par ses riches sa-
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îines que la mer a envahies. Barcelona , la plus peuplée de la province à laquelle elle donne son nom, quoiqu'elle ne compte plus qu'environ 6000 habitans; c'est un grand entrepôt pour le commerce de contrebande avec l'ile de la Trinité qui appartient aux Anglais; Piritu, très petite ville, avec de riches salines et une belle église ; Pampatar, très petite ville, mais la plus importante de l'île Marguarita ; son port a été déclaré franc et l'a rendue déjà assez florissante. Nous nommerons encore l'îlot désert et stérile de Cubagua, qui brilla d'un grand éclat , surtout dans la première moitié du xvie siècle , à cause des trésors que la riche pèche des perles y accumulait. Le Nouveau-Cadix y fut bâti par les pêcheurs, dont les richesses et le luxe passèrent en proverbe. Mais la destruction continuelle et inconsidérée des huîtres perlifères en diminua tellement le produit que, vers la fin du xvi* siècle, ce commerce était devenu tout à-fait insignifiant. Plus tard la pèche cessa entièrement, les habitans abandonnèrent la ville et il disparut jusqu'aux vestiges du Nouveau-Cadix. Le quint que les officiers du roi retiraient du produit des perles , dit M. de Humboldt , montait à 15,000 ducats, qui, d'après la valeur des métaux à cette époque et l'étendue de la contrebande , peuvent être regardés comme une somme très considérable. 11 parait que jusqu'en 1530 la valeur des perles importées en Europe montait annuellement , terme moyen, à plus de 800,000 piastres. Pour
juger de l'importance de celte branche du commerce de Séville, de Tolède, d'Anvers et de Gènes , nous devons nous rappeler, continue ce savant, qu'à la même époque toutes les mines de l'Amérique ne rapportaient pas deux millions de piastres, et que la flotte d'Ovando semblait être d'une richesse immense, parce qu'elle portait environ 2600 marcs d'argent.
Dans le DEPARTEMENT DE VENEZUELA outre Caracas, La Guayra, La Victoria et Maracay que nous avons décrites à la page 1052, nous nommerons : Valencia, la plus peuplée et la plus importante du département après Caracas ; on vante beaucoup la bonté de son climat et la beauté de sa situation , non loin du lac Tacarigua ; on lui accorde 15,000 habitans; son commerce est florissant. Puerto-Cadello, seconde place forte de la Colombie, importante par son beau port et par son commerce ; malheureusement le mauvais air ne laisse pas accroître sa population , qui ne s'élève qu'à environ 3000 âmes. Barquicimeto, qui avant la guerre et le tremblement de terre de 1812 , était une des plus florissantes de la province ; Tocuvo, avec une maison d'éducation; elle fait un grand commerce de blé; Carora, renommée par ses résines aromatiques et ses baumes ; San-Carlos et San-Felipe , importantes par leurs belles plantations d'indigo, de café , de coton , etc. , Aroa , par ses riches ml-* nés de cuivre qui ont appartenu à Bolivar.
position astronomique. Longitude occidentale, entre 69° et 84°. Latitude australe, entre 3° et 22 .
confins. Au nord , le golfe de Guayaquil, la Colombie et l'empire du Brésil. A Vest, l'empire du Brésil et la république de Bolivia. Au sud, la république de Bolivia et le Grand-Océan. A Vouest, le Grand-Océan.
fleuves. Le territoire de la république n'offre de grands fleuves qu'à l'est de la grande chaîne des Andes ; ils sont tous des afiluens de l'immense Amazone. Tous ceux qui descendent du versant occidental de la même chaîne ont un cours très borné. Nous avons déjà vu à la page 929 que le lac Titicaca forme un grand bassin intérieur.
Le GRAND-OCEAN reçoit :
Le Chira, malgré son cours borné paraît être le plus grand de tous; il arrose l'extrémité nordouest du département de Livertad (Liberté); son embouchure est dans le Grand-Océan entre Pay ta et la pointe Pariûa.
Le Picra et le Lambayeque, qui passent par les villes de ce nom.
Le Santa, dit Tombo, dans la partie inférieure de son cours ; il est remarquable par sa rapidité et le volume de ses eaux.
Le Rimac, qui arrose Lima et Callao
L'Ocona et ie Quilca ; ce dernier passe par Arequipa.
L'OCEAN ATLANTIQUE reçoit :
L'Amazone , dont à la page*926 nous avons tracé le cours supérieur. Pour éviter les répétitions nous nous bornerons à dire ici que le Tunguracua, dit aussi le Nouveac-Maranon ou le Maranon proprement dit, traverse les départemens de Junin et de Livertad, et baigne le territoire contesté par la république de Colombie, en passant par La Baranca et San-Regis. Dans sa longue marche, il reçoit à la droite le Huallagua, nommé Huanuco dans la partie supérieure de son cours ; ce dernier arrose Huanuco dans le département de Junin. Nous ajouterons quel'UcAYAU ou le véritable Amazone , ainsi que ses branches, l'Apurimac et le Beni qui viennent de la république de Bolivia, et leurs nombreux affluens traversent les départemens de Cuzco et d'Ayacucho ainsi que les immenses solitudes que parcourent les sauvages indépendans et les faibles tribus régies encore par les missionnaires.
Le bassin intérieur du LAC TITICACA n'offre, sur le sol delà république du Pérou aucun fleuve que noire cadre nous permette de nommer.
division et topographie. La ci-devant vice-royauté du Pérou , dont les bornes avaient été beaucoup resserrées dans la seconde moitié du xvme siècle , forme depuis 1821 la république du Pérou, dite aussi du Bas-Pérou, pour la distinguer de celle de Bolivia, qu'on appelle communément du Haut-Pérou. Ce n'est
que depuis 1824 , et après la mémorable bataille d'Ayacueho, que cette république a pris une certaine consistance. Son territoire est divisé en 7 déparlemens , dont les limites diffèrent peu des anciennes intendances qui composaient cette grande division administrative de la ci-devant Amérique-Espagnole; chaque département est subdivisé en provinces, et cellesci en cantons.
Départemens. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.
Lima Lima; Callao; Pisco; Uuaura; Huacho; Patibilca. (Patavilca) ; Chancay;
Caûete; Ica.
Arequipa Arequipa-, Camana; Moquegua; Tacna; Jricct; Huanlajaya.
Puno. P u n o ; Chucuilo (Chiquilo) -, Lampa; Caillomas.
Cuzco . Cuzco ou C ouzeo; Jbancay; Tinta; Urubamba.
Ayacucho. Huamanga (Guamanga); Huancabelica; Jauja; Ocopa; LucaHas.
Junin Huanuco; Lauricocha ou Pasco; Tarma, Huaras; Junin (jadis Pièges),
Banos.
Livertad (Liberté). . Truxillo-, Huanchaco; Caxamarca; Jésus; Micuipampct; Casabamba;
Moyobambcii Chachapoyas ; Elen ; Lambayeque ; Piura ; Sechura : Payla.
Lima, grande ville, autrefois capitale de toutes très basses, à cause des fréquens la vice-royauté du Pérou et aujourd'hui tremblemens de terre. Ordinairement chef-lieu du département de Lima et ca- elles n'ont qu'un étage ; il n'y a que celles pitale de la république. Située sur les ri- des personnes les plus riches qui en ont ves du Rimac , à 5 milles environ au- deux ; très peu de leurs croisées sont dessus de son embouchure, Lima est en- garnies de vitres. Les murs extérieurs vironnée de campagnes délicieuses et des maisons sont en général construits assez bien cultivées ; le climat y est très en adobes jusqu'au premier étage, et agréable ; on n'y ressent presque jamais les murs des compartimens sont toujours la chaleur suffocante qu'on éprouve à faits en cannes revêtues de plâtre de cha- Bahia sur le côté opposé du continent , et que côté ; c'est ce qu'on appelle bajaà Carthagène presque sous la même lali - reque. Ces additions les rendent telletude au nord de l'équateur. Malheureuse- ment épais qu'ils paraissent composés ment tant d'avantages sont rachetés par de matériaux très solides, tant par leur la terrible fréquence des tremblemens de épaisseur apparente , que par les corniterre , qui ont failli la détruire bien des ches et les autres ornemens dont ils sont fois ; celui du 30 mars 1828 renversa décorés. On emploie ces bajareques plusieurs édifices publics, un grand nom- dans presque tous les ornemens d'arehibre de maisons , et fit périr, à ce qu'on tecture ; quelques-uns sont tellement dit, un millier d'habitans. Lima est ceinte bien exécutés et peints en couleur de d'un mur d'adobes ou de briques séchées pierre, qu'à la première vue un étranger au soleil, flanqué de 34 bastions et percé demeurerait convaincu qu'ils sont véritade 7 portes ; celle qui est appelée de Ma- blement construits avec les matériaux ravillas est remarquable par son archi- dont ils ne sont que l'imitation, tecture. La citadelle de Ste-Catherine, Au milieu de la ville est la grande où sont les casernes de l'artillerie, le place (plaza mayor), une des plus belles dépôt militaire et l'arsenal, est située à de l'Amérique ; son enceinte est formée l'extrémité sud-est de la ville. Un beau par le palais du ci-devant vice-roi , pont en pierre de cinq arches conduit de à présent palais du gouvernement , cette dernière au faubourg appelé San- par la magnifique cathédrale , par le Lazaro ; c'est le rendez-vous du beau Sagrario et par le palais de l'archemonde pendant les soirées d'été. Toutes vêque, regardé comme le plus beau de les rues sont alignées et ont en général la ville. Au centre de cette place on voit 25 pieds de large. L'aspect de l'ensemble une belle fontaine d'airain; au milieu des maisons n'a rien d'agréable- elles sont de son vaste bassin s'élève une colonne du
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même métal , de 22 pieds de haut, surmontée d'une statue en bronze de la Renommée, dont la trompette ainsi que les gueules des quatre lions qui l'entourent lancent l'eau. C'est sur cette p ace que se tient le marché principal, où l'on voit étalé régulièrement et avec profusion tout ce que la nature et l'art peuvent fournir pour satisfaire les premiers besoins et les désirs des hommes. Cette métropole possède plusieurs églises remarquables surtout par les immenses richesses prodiguées pour leur ornement; on peut dire sans exagération que plusieurs sont tapissées d'or et d'argent; d'énormes candélabres, des statues de grandeur naturelle, les vases sacrés, les calices, les patènes, les hostiaires sont en argent et même en or massif, enrichis avec profusion des pierres précieuses les plus rares. De petits oiseaux en vie, renfermés dans des cages, sont assez communément suspendus aux piliers du maitre-aulel et joignent leur doux ramage aux sons imposans de l'orgue et aux chants sacrés du culte. Devant l'autel de Notre-Damedu- Rosaire , on voit suspendues par des chaînes d'argent massif huit de ces cages en argent. LeSagrario, qu'o-:i peut regarder comme la principale église paroissiale de la ville , la cathédrale, Yéglise de St-Dominique, le sanctuaire de Sanla-Rosa , et Y église de San- Francisco sont surtout remarquables sous ce double rapport ; dans les grandes fêtes , le service divin y est célébré avec une pompe dont il est à peine possible de se faire une idée, et qu'on ne peut comparer qu'à ce qu'on voit à Mexico et à Puebla. Parmi les autres bàtimens les plus remarquables il faut encore nommer V église de Nueslra-Senora de la Merced; le couvent de la Conception , qui est le plus riche de tous ; Y hôpital de San-Andres , remarquable par la grandeur de ses salles qui contiennent 600 lits, et qui sont construites de manière à en admettre un nombre double en cas de nécessité; le beau bâtiment de l'université ; le vaste édifice de la monnaie ; le théâtre , plus remarquable par son architecture que par ses dimensions , qui sont loin de correspondre à la grandeur de la ville ; le cirque pour les combats de taureaux, vaste bâtiment qui peut contenir plus de vingt mille personnes, et qui est presque toujours
plein ; enfin le panthéon, qui est le cimetière public ; il est situé hors des murs de la ville, et se distingue autant par sa construction que par son étendue.
Lima possède un grand nombre d'établissemens littéraires, dont les principaux sont : Y université, qui est une des plus renommées et des plus anciennes de toute l'Amérique; les collèges de San- Carlos, de laLivertad (Liberté), de San- Torribio, de YIndependencia (de l'Indépendance), de San-Tome, trois autres col lèges pour les demoiselles ; la bibliothèque nationale, qui est une des plus riches du Nouveau-Monde , et celles des collèges de San-Carlos et de Ylndépendencia, assez bien fournies. Nous passons sous silence d'autres établissemens moins importans. Les produits de la presse sont alimentés par plusieurs imprimeries d'où, en 1826, sortaient 9 journaux. Lima est regardée comme la ville la plus riche de toute la ci-devant Amérique-Espagnole-du-Sud ; elle se distingue aussi par son industrie; on y fabrique plusieurs étoffes de laine et de coton, outre un grand nombre d'autres objets de moindre importance. Elle est en outre le centre d'un grand commerce , avantage qu'elle doit à son heureuse position; à l'aide de Callao, elle a des débouchés et de faciles communications avec tous les ports de la mer du Sud , depuis le Chili jusqu'à la Californie, et , dans l'intérieur elle alimente les provinces internes de la république. « Rien aujourd'hui , dit M. Lesson , voyageur aussi instruit qu'impartial, rien ne rappelle ce temps de flatterie , d'opulence , où des marchands se trouvèrent assez riches pour daller en argent massif la principale rue par laquelle le viceroi," duc de la Plata, vint, en 1682, prendre possession de son gouvernement. »
Le commerce avait repris, et tout paraissait lui promettre une grande activité, lorsque la guerre civile qui éclata entre le premier président Obregoso et son rival Gamara , suspendit toutes les affaires et replongea le Pérou dans la misère. Malgré ses pertes, Lima compte encore une population que , par plusieurs raisons , nous n'hésitons pas à porter jusqu'à 70,000 âmes. Cette ville est la résidence d'un archevêque, qui est le plus ancien de toute l'Amérique-Méridionale. Parmi ses belles promenades on doit citer la
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Nouvelle- Alameda , qui a un double rang de saules très élevés, entre lesquels passent une route pour les voitures et une promenade pour les piétons, de chaque côté , avec deux rangs de sièges bâtis en briques ; elle a environ un mille de longueur le long de la rivière et fait partie du chemin de Callao ; à son extrémité se trouvent des bains froids très commodes , formés par une source de belle eau limpide; V Ancienne- Alameda, quia un demi-mille de long et, de chaque côté, un double rang de saules et d'orangers, avec des bancs en pierre ; le paseo de las lo?nas ou de los amancaes ; elle n'est fréquentée que les jours de la St-Jean et de la St-Pierre , lorsqu'on va se promener sur les montagnes qui s'élèvent au .nord de Lima et qui alors sont couvertes de narcisses en fleur.
Les environs de Lima offrent plusieurs lieux qui sous plus d'un rapport méritent d'être mentionnés-, nous nommerons entre autres : Callao , petite ville, bâtie sur le bord de la mer; c'est la meilleure forteresse du Pérou ; ses trois châteaux garnis de 190 pièces de canon commandent la ville, le port et l'espèce d'isthme parlequel on arrive à la place ; avant la guerre elle avait 4000 habitans. Lorsque la mer est calme on peut encore voir sous l'eau les ruines de l'ancienne ville de Callao engloutie par la mer en 1746 ; un magnifique chemin va de cette ville à Lima, dont elle est le port principal ; elle est aussi la première place maritime de la république. Pachacamac, emplacement remarquable par les débris des murs du magnifique temple élevé par Pachacutec , dixième inca , à Pachacamac le créateur et le conservateur du monde , dans la grande ville de Pachacamac; en 1533 les vierges consacrées au service de la divinité furent violées par les soldats de Pizarre , les autels lurent détruits et les bàtimens démolis.
Voici les autres villes les plus remarquables ; nous les indiquons en suivant l'ordre du tableau des divisions administratives.
Dans le DEPARTEMENT DE LIMA , outre les lieux que nous venons de nommer, nous citerons encore : Iça , petite ville, dont les environs fournissent la plus grande quantité d'eau-de-vie, que l'on embarque à Pisco, qui est beaucoup plus petite et encore moins peuplée ; c'est à tort que les géographes et les voyageurs la nomment eau-de-vie de Pisco. On doit faire observer que le manque de ports, le long de la côte du Pérou , donne une grande importance à Pisco à cause de son port. Huabra , petite ville, importante par ses salines ; et Huache, par ses mines de sel ; Cuancay, par son commerce de porcs; Patieil-
ca , par les ruines d'une forteresse péruvienne d'une grande étendue , qui se trouvent dans sea environs, ainsi que celles d'une ancienne ville de ce même peuple.
Dans le DEPARTEMENT D'AREOUIPA : Arequipa, grande ville épiscopale, florissante par ses manufactures de laine et de coton et par le commerce qu'elle fait avec les excellens produits de ses campagnes fertiles qui, malgré leur .grande élévation au-dessus du niveau de la mer, offrent un des cantons les mieux cultivés de l'Amériquedu-Sud ; la ville est à 2377 mètres. Le pont jeté sur le Chilequi arrose cette ville, la fontaine eu bronze sur la grande place et la cathédrale'sont les objets qui méritent une mention. Arequipa possède quatre collèges pour les garçons et trois pour les filles; en 1826 on y publiait deux journaux et l'on portait au-dessus de 30,000 âmes sa population. Cette ville esttrès souveut exposée aux tremblemens de terre. Le terrible volcan qui s'élève dans son voisinage et connu dans le pays sous le nom de Guagua-Putina, est regardé comme le cône volcanique le plus parfait et le plus pittoresque de toute la chaine des Andes. Il en sort constamment des vapeurs et de petites quantités de cendres , mais il n'a pas fait d'éruption depuis l'arrivée des Espagnols en Amérique. C'est de l'immense cratère actuellement éteint du volcan d'f7vinas, situé à quelques milles à Test-sud-est du précédent, que dans le xvie siècle s'élevèrent les immenses quantités de cendres qui ensevelirent presque totalement la ville d'Arequipa et produisirent tant de désastres dans les environs.
Nous nommerons en outre: MoqueguacITacna, à cause de leur population assez considérable ; la première a deux collèges. Arica , village de 3 à 400 habitans, important par son port et par les salines de son voisinage -, Hcantajaya, par ses riches mines d'argent, situées au milieu d'un désert , près de la côte du Grand-Océan, non loin du port d'Iquique.
Dans le DEPARTEMENT DE PUNO : Puno, cheflieu du département ; on lui accorde de 15 à 18,000 habitans; elle possède un collège florissant; en 1826 on y publiait un journal; de riches mines d'argent étaient autrefois exploitées dans son voisinage. Lampa et Caillomas, petites villes importantes par leurs mines d'argent. Chucmto, ville très déchue depuis l'insurrection excitée par Tupac-Amaru dans la seconde moitié du xvni' siècle, époque où l'on portait à 30,000 âmes sa population.
Dans le DEPARTEMENT DE CUZCO : Cuzco, grande ville épiscopale, presque aussi étendue que Lima , mais beaucoup moins peuplée , puisque même en 1826 on ne portait qu'à 46,123 le nombre de ses habitans. C'est sous tous les rapports la seconde ville de la république; elle possède une université, trois collèges de garçons, deux de filles et plusieurs autres établissemens littéraires. En 1826 on y publiait trois journaux. Ses habitans font un commerce assez étendu et se distinguent surtout parleurs broderies et leurs ouvrages en peinture et sculpture. Cuzco a été la capitale de l'empire des Incas , ce qui la faisait regarder par les anciens Péruviens comme une
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ville sacrée. Son fameux temple du soleil occupait l'emplacement du couvent actuel de St- Dominique. Ce temple , qu'on peut regarder comme le plus magnifique édifice que les indigènes aient élevé dans l'Amérique-du-Sud , et un des plus riches qui aient jamais existé , mérite que nous en donnions une description abrégée; nous le ferons en suivant Garcilasso de la Vega. « Ses quatre murailles, dit cet historien , étaient toutes lambrissées de plaques d'or. Sur le grand autel , situé du côté de l'Orient, on voyait la figure du soleil faite de même sur une plaque d'or; son épaisseur était double de celle des lames qui recouvraient les parois. Cette figure qui était toute d'une pièce, avait le visage rond, environné de rayons et de flammes, de la même manière que nos peintres ont la coutume de le représenter; elle était si grande qu'elle s'étendait presque d'une muraille à l'autre. Dans l'église actuelle on a placé le saint-sacrement à la place même occupée jadis par cette idole. Aux deux côtés de l'image du soleil étaient les corps des incas décédés, tous rangés par ordre selon leur ancienneté ; leurs corps embaumés étaient très bien conservés ; ils étaient assis sur des trônes d'or élevés sur des plaques du même métal, el avaient le visage tourné vers le bas du temple, à l'exception de Huayna-Capac , qui était placé directement vis-à-vis de la figure de cet astre. Le temple avait plusieurs portes, toutes couvertes de lames d'or; la principale était du côté du nord. Tout autour des murailles il y avait une plaque d'or en forme de couronne ou de guirlande; elle avait plus d'une aune de large. Le loit était en bois fort épais, couvert de chaume, parce que les Péruviens ignoraient l'usage des tuiles et des briques. A côté du temple on voyait un cloître à quatre faces , orné d'une guirlande d'or fin d'une aune de large , comme celle qui environnait le temple. Tout autour de ce cloître il y avait cinq pavillons en carré; leur toit avait la forme pyramidale. Le premier pavillon était consacré à la lune, femme du soleil ; c'était celui qui était le plus voisin de la grande chapelle du temple -, ses portes et son enclos étaient couverts de plaques d'argent; une grande plaque d'argent offrait l'image de la lune, avec le visage d'une femme. Aux deux côtés de cette idole on voyait les corps des reines décédées, rangées dans l'ordre de leur ancienneté. Mama-Oello, mère de Huayna-Capac , était la seule qui avait la face tournée vers l'astre de la nuit. Venait ensuite le pavillon consacré à Vénus, aux Pléiades et à toutes les étoiles en général ; cet édifice et son grand portail étaient couverts de plaques d'argent comme celui de la lune. Son toit était parsemé d'étoiles de différentes grandeurs , afin d'imiter le ciel. L'autre pavillon était consacré à Xéclair, au tonnerre et à la foudre; il était tout lambrissé d'or. Le pavillon suivant était dédié à V arc-en-ciel , dont l'image était tracée sur une des murailles; on l'avait sculptée au naturel sur les plaques d'or qui la recouvraient. Le cinquième et dernier pavillon était destiné au grand sacrificateur et aux autres prêtres qui desservaient le temple, et qui tous devaient être
delà famille des Incas. Cet appartement, enrichi d'or, du haut en bas comme les autres , leur servait seulement de salle d'audience ; ils y délibéraient sur les sacrifices qu'il fallait faire et sur toutes les autres choses qui concernaient le service du temple.» Les célèbres vierges du soleil n'habitaient pas dans le temple , comme on le croit communément , ni même dans ses envi ions, mais elles occupaient un vaste bâtiment qui en était très éloigné, et travaillaient pour fournir des habillemens aux Incas et à leur nombreuse famille ; cet immense couvent , dit Gar cilasso, renfermait ordinairement 1500 vierges. On sait combien était terrible la punition infligée à celle qui manquait au vœu de chasteté.
Les faubourgs de l'ancien Cuzco offraient pour ainsi dire une miniature de tout l'empire des Incas. Ces monarques avaient obligé une partie des sauvages qu'ils avaient soumis, à s'y loger conformément aux lieux d'où ils étaient sortis, de sorte que les tribus de l'Orient devaient demeurer à l'Orient , celles de l'Occident à l'Occident et ainsi des autres. A mesure que les conquêtes agrégaient de nouvelles nations à l'empire, on logeait ces nouveaux sujets autour des précédens ei dans une situation relative à la position de leur pays natal. Les curacas ou gouverneurs des provinces y faisait aussi bâtir des hôteis pour s'y loger quand ilsallaient à la cour. Chaque peuple devaiteonserverses habillemens et sa manière de vivre. L'ancienne résidence des Incas offrait encore une autre construction très remarquable ; c'était sa célèbre citadelle, qu'on doit regarder comme la construction la plus massive du Nouveau-Monde. On admire surtout les dimensions énormes des pierres qui composent ses murailles ; on est embarrassé pour expliquer comment les Péruviens ont pu remuer ces masses et les transporter de plusieurs lieues de distance, sans le secours de nos instrumens et de nos machines. Pedro de Cieça fait observer que dans les murailles de cette forteresse on voyait une quantité de pierres, qui surpassait en grandeur toutes celles des autres bàtimens qu'il avait vus , quoiqu'il en ait mesuré une à Tihuanaco qui avait 38 pieds de long, 18 de large et 2 d'épaisseur. Les pierres ne sont pas taillées à la règle ; elles sont de formes irrégulières, mais elles sont si bien ajustées sans l'aide d'aucun ciment, qu'elles paraissent enchâssées les unes dans les autres, et forment un tout, véritable chef-d'œuvre inimitable, qui joint à une grande solidité une apparence qui plaît beaucoup à la vue. La forteresse de Cuzco avait une triple muraille d'enceinte. On y entrait par une grande porte, que l'on fermait avec une pierre de la même grandeur , que l'on ôtait toutes les fois qu'on voulait ouvrir. Un espace de 25 à 30 pieds séparait l'une de l'autre ces trois murailles , dont chacune avait son parapet. Au dedans de la troisième enceinte on trouvait une place étroite et longue , où il y avait trois tours placées en triangle ; la principale était celle du milieu , nommée Moyoc-Marca ( Forteresse - Ronde ) , parce que sa forme était ronde. Elle était d'une grande magnificence, parce que c'était le lieu de repos des ïncas quand ils aUaient à la forteresse. Tous les
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murs intérieurs étaient enrichis de plaques d'or et d'argent sur lesquelles on voyait des animaux et des plantes représentés au naturel. Les deux autres tours étaient carrées et servaient à loger les soldats. Le dessous de ces tours qui communiquaient ensemble, était rempli de logemens disposés avec beaucoup d'art. Il y avait une quantité de petites rues qui se croisaient et qui aboutissaient à diverses portes. Les chambres y étaient presque toutes de la même grandeur et formaient une espèce de labyrinthe , d'où l'on avait de la peine à se tirer. Cette magnifique citadelle était à peine achevée, lorsque les Espagnols envahirent l'empire ; ils en démolirent une grande partie ; sa construction avait duré plus de 50 ans.
Au sortir de Cuzco on trouvait deux immenses chaussées de cinq cents lieues de long qui aboutissaient à Quito ; l'une traversait le pays plat en longeant la mer ; l'autre allait à travers les montagnes. Pour la construction de cette dernière les anciens Péruviens durent rompre des rochers , combler des vallées et des précipices de 15 à 20 toises de profondeur. Au plus haut du chemin de la montagne il y avait de part et d'autre des plates-formes, avec des escaliers en pierre dé taille, afin que ceux qui portaient l'Inca dans sa chaise à bras, y pussent monter plus à l'aise et s'y reposer pendant que le roi aurait le plaisir d'étendre sa vue sur les montagnes et sur les vallons, où la neige paraissait d'un côté et la verdure de l'autre. Le chemin qui longeait la mer avait, selon Augustin de Zarate, près de 40 pieds de largeur; à l'issue des vallées on avait planté des pieux qui indiquaient la route à travers les sables. C'est surtout le long de la route sur le dos des montagnes qu'on voyait se succéder les arsenaux distribués par intervalles , les hospices toujours ouverts aux voyageurs, les forteresses et les temples. De toutes ces admirables constructions il ne reste plus que des débris ; le temps et les guerres ont presque tout détruit. M. de Humis boldt,qui en a vu les restes imposans dans les hautes plaines de l'Assuay, au llano del Pullal s dans la Colombie et près de Caxamarca, dit que js cette admirable chaussée, bordée de grandes t pierres de taille, située à des hauteurs qui surdc passent de beaucoup celle de la cime du pic de I* Ténériffe, peut être comparée aux plus belles r; routes des Romains, qu'il a vues en Italie, en i France et en Espagne.
m Dans le département de Cuzco nous citerons * encore Abancay, petite ville, d'environ 5000
ni âmes, importante par ses sucreries, et Urubam-
y ba , à laquelle on accorde 4000 habitans.
(os Dans le DEPARTEMENT D'AYACUCHO : Huamanga , assez grande ville , bien bâtie , florissanté par son industrie et par son commerce. Elle
pi., est le siège d'un évêché et possède une université fondée 12 ans avant celle de Cuzco. Sa population, qu'on nous dit s'élever à 39,ooo âmes, nous parait arriver à peine à 25,000. Huancabelica , petite ville , autrefois chef-lieu de l'intendance de ce nom , remarquable par sa grande élévation, étant située à 1925 toises au-dessus du niveau de la mer , et très importante par sa riche
mine de mercure; depuis 1570 jusqu'en 1789 elle a fourni la somme de 1,040,452 quintaux de ce métal. Mais la grande mine de Santa-Barbaras qui a produit presque toute cette immense quantité de mercure , a été abandonnée à cause de l'éboulement qui eut lieu par l'imprudence d'un intendant, qui fit enlever les piliers pour augmenter les produits de la mine. Avant ce désastre, un de ses puits, nommé Hoyo-Negro.
était à 2159 toises au-dessus du niveau de la mer, Voilà , dit M. de Humboldt, des mineurs qui travaillaient dans un point, qui est de 500 mètres plus élevé que la cime du Pic de Ténériffe. Depuis l'éboulement sus-mentionné , tout le mercure, que Huancabelica fournit aux mineurs du Pérou, provient des gites de minerai qu'on exploite dans ses environs, surtout près de Sillacasa ; leur produit de I790ài800 a été, année moyenne, d'environ 3500 quintaux. On nous assure que Huancabelica a près de 12,000 habitans.
Jauja et OcorA, petites villes , situées dans la belle vallée de la Jauja , si remarquable par sa fertilité, malgré sa grande élévation; elles sont commerçantes et on leur accorde de 14 à 15,000 habitans*. Ocopa est en outre importante par ses haras , et Jauja possède les plus belles casernes de cavalerie de tout le Pérou. On doit nommer encore :«Lucanas, très petite ville, importante par son commerce et par ses mines d'argent; et Ayacucho, emplacement célèbre par la victoire remportée en 1824 sur les royalistes par le général colombien Sucre; elle décida du sort de la campagne et mit un terme à la domination espagnole dans l'Amérique-Méridionale; Ayacucho donne le nom au département.
Dans le DEPARTEMENT DE JUNÏN : Huanuco, petite ville, qui n'est plus qu'une ombre de ce qu'elle était sous la domination des Incas; mais qui cependant n'est pas un misérable village comme le prétendent quelques géographes. Elle est le chef- lieu de ce département. Le grand chemin de Cuzco à Quito y passait. On y voit encore les ruines de quelques-uns de ses anciens édifices , entre autres du palais des Incas et du temple du soleil. Lauricocha , petite ville, importante par sa mine d'argent, qu'à la page 1029 nous avons rangée parmi les plus riches du monde ; on lui accorde de 6 à 8000 habitans. Tarma, autrefois chef-lieu de l'intendance de ce nom ; on estime à près de 10,000 âmes sa population. Junin , misérable village d'enviror» 300 habitans, remarquable par la victoire remportée par les républicains sur les royalistes; u donne le nom au département. Banos , village remarquable par les bains chauds construits par les Incas et plus vastes que ceux de Caxamarca ainsi que par les ruines d'un grand monument appelé le palais de l'Inca; ce dernier est construit en pierre, et ressemble à ceux de Callo et de Caûar décrits aux pages 1050 et 1051. Il ne reste plus que les fondations du bâtiment et quelques fragmens de ses murs tous de pierres taillées avec une telle précision , ou peut-être tellement rapprochées en frottant les côtés ensemble, que les séparations sont presque imperceptibles. Près du palais sont les ruines d'un temple
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forme circulaire; et sur le haut de deux montagnes, situées de chaque côté de la rivière, on voit les restes de deux forteresses; plusieurs ouvrages sont taillés dans le roc vif.
Dan» le DEPARTEMENT DE LIVERTAD :
Truxillo, assez jolie ville de médiocre étendue, siège d'un évèché , avec un mauvais port et 12 à 14,000 habitans ; c'est une des plus anciennes de l'Amérique , ayant été fondée par François Pizarre en 1533, On voit dans ses environs les ruines d'anciens monumens péruviens , où l'on a trouvé, dit-on , des trésors considérables. Caxamarca, jolie petite ville située à 14G4 toises audessus du niveau de la mer, dans la charmante vallée traversée par la Caxamarca. Ses rues spacieuses se coupent à angles droits ; sa vaste place au centre de la ville , les aiguilles et les dômes de ses églises , ses maisons construites avec soin et couvertes de tuiles, tout contribue à réjouir les H£ux et augmente l'intérêt qu'inspire cette ville si célèbre dans l'histoire du Pérou et théâtre des souffrances et de l'assassinat de l'inca Atahualpa. Ses principaux bàtimens sont : l'église appelée la Matris t bel édifice en pierres, construit avec goût, et X église du monastère de la Concepcion. Parmi les édifices appartenant à des particuliers, on doit citer le palais du cacique Aslopilcot qui prétend descendre en ligne droite de l'infortuné Atahualpa ; il offre une partie du palais, où ce monarque fut assassiné. On y voit encore la vaste chambre , où il fut détenu prisonnier pendant trois mois , et où il fit une marque sur le mur , promettant de remplir la chambre d'or et d'argent jusqu'à cette hauteur pour payer sa rançon. Nous rappellerons à ce propos , que l'on a extraordinairement exagéré les trésors gagnés par les Espagnols. M. de Humboldt, qui a traité ce sujet comme tant d'autres avec un talent remarquable, n'évalue pas au-delà de 80,000 marcs d'or le produit des butins faits dans les conquêtes du Mexique et du Pérou. La rançon de l'inca, qu'un voyageur portait encore il y a quelques années sur l'autorité de Zarate, à 498,000 onces d'argent et à 1,599,000 onces d'or, ne s'est élevée, selon Garcilasso , qu'à 41,987 marcs d'or et à 115,508 marcs d'argent, ce qui fait 20,149,804 livres tournois, somme que M. de Humboldt paraît adopter. Nous avons signalé dans d'autres parties de cet ouvrage plusieurs butins dont la valeur a surpassé de beaucoup la fameuse rançon de l'inca ; le seul argent comptant , trouvé dans la Qassàbah d'Alger, est plus que double de la somme répartie en- I re les compagnons de Pizarre à Caxamarca. Dans la chapelle dépendante de la prison ordinaire, qui faisait autrefois partie du palais , on voit un autel élevé sur la pierre où Atahualpa fut étranglé par les Espagnols, et sous laquelle il fut enseveli. On remarque encore près de la fontaine , sur la place, les fondations en pierre de la petite batterie élevée par Pizarre en face de laquelle Valverde adressa sa fameuse harangue à l'inca , et d'où il
commanda aux soldats espagnols de massacrer les Indiens. M. Stevenson porte à 7000 âmes la population de cette ville, qui possède un collège e\. qui est importante par son commerce et par son industrie. A 3 milles environ de Caxamarca se trouvent les fameux bains chauds ; ce sont deux grandes maisons bâties en pierres ayant chacune un bain très vaste : c'était à ces bains que le malheureux Atahualpa avait établi sa résidence lorsque Pizarre arriva à Caxamarca. Ils sont très fréquentés encore de nos jours. Plus loin on voit aussi une pierre appelée Inga rirpo ou la pierre de repos de l'inca, ressemblant à celle que nous avons décrite à la page 1051.
A 15 milles environ et sur la Caxamarca on trouve Jésus, village remarquable par les restes d'une ville péruvienne très curieusement bâtie. Plusieurs maisons sont encore entières-, elles sont construites en pierre et entourent une petite colline ; le rez-de-chaussée a des murs d'une épaisseur étonnante. 11 y a des pierres de 12 pieds de long sur 7 de haut et formant tout le côté d'une chambre , uneou plusieurs pierres mises en travers forment le toit. On avait construit de la même manière une rangée de maisons au-dessus de celle-là, dont les portes d'entrée étaient derrière, et une seconde rangée adossée à la montagne. Le toit de la seconde rangée avait été couvert en pierre sur le devant, et probablement formait une promenade ; un second rang de chambres était ainsi établi sur le toit du premier , qui était de niveau avec les chambres du second rang. De cette manière on était parvenu à établir une double rangée de chambres habitables, construites l'une au-dessus de l'autre, jusqu'à la hauteur de sept rangs. Sur le ha<jt de la ville on voit des ruines qui paraissent être celles d'un palais ou d'une forteresse. Tout l'ensemble de ces singuliers bàtimens pouvait contenir, selon M. Stevenson, au moins 5000 familles. jCe voyageur croit qu'il servait de résidence au chimu de Chicama .lorsqu'il résidait dans l'intérieur de son territoire avant de devenir sujet de l'inca Pachacutec. La coupe , le transport et la mise en place de ces pierres énormes supposent une adresse extrême de la part des constructeurs de ce vaste édifice.
Les autres lieux les plus remarquables de ce département sont: Micuipampa, petite ville importante par ses riches mines d'argent; c'est une des plus hautes du Nouveau-Monde , étant située à 3618 mètres au-dessus du niveau de la mer -, Eten , importante par ses étoffes de coton ; Lamiîayeque, par son industrie et sa population; Piura , remarquable par sa population et par la bonté de son climat; on la regarde comme la plus ancienne ville du Pérou-, Sechura, au milieu du désert, auquel elle donne som ; Payta , avec un port, dont les navires font le cabotage entre les ports du Pérou et ceux de Panama et de Guayaquil dans la Colombie.
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position astronomique. Longitude occidentale, entre 60° et 73°. Latitude australe, entre n° et 24°.
confins. Au nord , la république du Pérou et l'empire (lu Brésil. A Yest , l'empire du Brésil et la confédération du Rio de la Plala. Au sud , le diclatorat du Paraguay , la confédération du Rio de la Plata et la république du Chili. A Vouest, le Grand-Océan et la république du Pérou.
fleuves. Le territoire de cette république offre le grand divortia aquarum, ou la ligne de partage des eaux de l'Amérique-du-Sud et les plus hautes contrées connues de tout le Nouveau-Monde.
En effet, c'est ici que l'on trouve les sources du Beni, la branche principale de l'immense Amazone et celles du Pilcomayo , un des principaux affluens du Paraguay , qui est lui-même une des branches du puissant La -Plata. Depuis la publication des mesures barométriques prises par un savant naturaliste anglais , M. Pentland, c'est la haute vallée du Desaguadero, prolongement du bassin du lac Titicaca , si remarquable sous tant de rapports , qu'on doit appeler le Tibet de V Hémisphère-Occidental. En général on peut dire qu'un tiers de la population de cette république vit dans des contrées dont le niveau est plus élevé que presque toutes les plus hautes montagnes de l'Europe; il se trouve au-dessus de la ligne , qui , dans l'Ainérique-du- Nord , marque la limite où cesse toute végétation à parité de latitude. Comme nous venons de le dire, la pente générale du sol porte la presque totalité des eaux qui arrosent la Bolivia à se verser dans .POcéan-Atlantique , par les deux grands fleuves, l'Amazone et le Rio de la Plata. D'autres fleuves , infiniment moins considérables, alimentent le vaste bassin intérieur du lac Titicaca ; le Desaguadero, comme son nom l'indique, en est le seul débouché ; après avoir traversé la grande vallée longitudinale du même nom, il se
perd par évaporation au milieu du sol muriatifère qui forme la partie basse de la province de Carangas. L'étroite lisière
maritime que la république possède sur le Grand-Océan , n'offre que quelques petites rivières, perdues pour ainsi dire au milieu des sables arides du désert d'Atacama. En rappelant ce que nous avons dit à la page 926, sur le cours de l'Amazone et du Rio delà Plata, il ne nous reste plus, d'après notre plan, qu'à indiquer les principaux affluens de ces deux grands fleuves qui arrosent le territoire de Bolivia.
L'Amazone, dont la branche principale nommée Beni ou Paro prend sa source dans les montagnes neigeuses au nord de la ville de La-Paz , par le torrent de Choqueapo; le Beni traverse la province de La-Paz, où il coupe la cordillère Orientale au pied de la montagne d'Illimani; ses principaux affluens sur le territoire de la république sont les rivières de Mapiri, de Coroico et de T ipuani. Vient ensuite la Madeira , qui est le plus grand des affluens de l'Amazone ; il est formé par la jonction de la Marmore avec la G uapore ; la Marmore , dont la branche principale, connue sous les noms de Rio- Grande et plus bas de Guapahi ou Guapaix , baigne les déparlemens de Cochabamba et de Santa-Cruz , et traverse les vastes solitudes que parcourent les Moxos ; cette grande rivièr e reçoit à la droite le Parapiti, dont le cours est encore peu connu; ie Parapiti après avoir airosé le département de Chuquisaca et avoir traversé la lagune deUbaï, prend la dénomination de Sara; c'est sous ce nom qu'il passe par le pays des Moxos.
Le Rio de la Plata reçoit à la droite de sa bran che principale , nommée Pakana, le P araguay, auquelle Pilcomayo et le Rio-Grande ou Vermejo apportent le tribut de leurs eaux ; ce dernier traverse le district de Tarija ; l'autre prend sa source dans le versant oriental des Andes dans la province de Potosi et , après l'avoir traversée de l'ouest à l'est, il entre dans les solitudes du Grand-Chaco , vaste pays regardé comme faisant partie du territoire de la Confédération du Rio de la Plata; le Pilcomayo est grossi à la gauche par deux grandes rivières , la Paspaya, au bassin de laquelle appartient la ville de Potosi , et le Cachamayo, dont un des affluens a sa source près de La Plata ou Chuquisaca.
division et topographie. Le territoire de cette république , détaché en 1778 de la vice- royauté du Pérou pour former partie de la nouvelle vice-royauté du Rio de la Plata, suivit le sort de cette der-
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nière, en s'insurgeant plusieurs fois contre les Espagnols. Délivré du joug de ces derniers à la suite de la victoire gagnée par le général colombien Sucre, à Ayacucho le 10 décembre 1824, le congrès , rassemblé à Chuquisaca , déclara l'indépendance de la république le 6 août 1825. Quelques jours après il décréta que la république prendrait le titre de Bolivia, en l'honneur de Bolivar, qui avait tant contribué à son indépendance , et que l'on fonderait une ville qui porterait le nom de Sucre, en l'honneur du vainqueur d' Ayacucho ; c'est cette ville qui doit être par la suite la capitale de la république ; en attendant sa fondation , Charcas ou Chuquisaca a été déclarée la capitale de l'état. Toute la république est partagée en 6 départemens, subdivisés en provinces et districts. Le tableau suivant offre les divisions actuelles de la république. Nous le devons à l'obligeance de M. Pentland, qui, en outre, a bien voulu nous aider de ses conseils et remplir en partie les lacunes qu'offre encore la des-
cription de cette région si peu connue , quoique une des plus intéressantes de tout le globe. On a placé la province de Tarija à la fin du tableau, parce qu'elle n'a pas encore été réunie à aucun des six départemens. Cette province, détachée en 1809 du Haut-Pérou pour la réunir a celle de Salta , s'en est détachée pour se joindre à la république Bolivienne; cette séparation a donné lieu à de fortes réclamations de la part du gouvernement de Buenos-Ayres. De même on a séparé du département du Potosi, la province de Lamar, d'après les notices les plus récentes. Les vastes pays des Moxos et des Chiquitos , qui forment les deux provinces de ce nom dans le département de Santa-Cruz , sont composés de missions fondées par les Jésuites avant leur expulsion en 1750 ; quelques hordes nomades sont sauvages et conservent leur indépendance; un grand nombre , convertis au christianisme , vivent dans les vingt- trois missions.
Noms des Départemens.
Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.
Chuquisaca Chuquisaca (La Plata, Charcas) ; Laguna; Cintis Yamparaes; Tu-
pisa.
La-Paz La-Paz d' Ayacucho (Nuestra Sefiora delà Paz); Tiahuanacu
(Tiaguanaco); Vile de Titicaca; Sorata (Zarata); Calamarca;
Sicasica.
Oruro Oruro-, Carocollo; Paria; Carangas.
Potosi Potosi; Porco; Colagayta; Chayanla.
Cochabamba Cochabamba; Mizque; Tapacari; Arque.
Jsanta-Cruz de la Sierra . . Santa-Cruz de la Sierra (San-Lorenzo de la Frontera). Les
Pays des Moxos et des Chiquitos.
Province de Tarija Tarija.
Province de Lamar Puerto -de - La mar (Cobija , ou Cebija); Atacama.
Chuquisaca ou Charcas, dite aussi La Plata, située près des sources d'un des affluens du Cachimayo, à la hauteur de 2844 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une plaine qui forme le divortia aquarum du Hio-Grande et du Paraguay, et environnée de campagnes riantes et assez bien cultivées. Elle est assez bien bâtie et une des villes les plus anciennes de l'Amérique, ayant été fondée en 1538 sur l'emplacement de l'ancienne ville péruvienne de Chuquisaca , nom qu'elle .changea ensuite avec celui de La Plata , à cause d'une riche mine d'argent que les Espagnols découvrirent dans son voisinage. Parmi ses édifices , nous ne nommerons que la cathédrale , le bâtiment du collège , plusieurs couverts et le palais du gouvernement.
Chuquisaca est le siège d'un archevêché 3
et, outre le collège, elle possède une université, qui, à cause delà tranquillité dont on jouissait dans cette ville, était même fréquentée par la jeunesse de toute la vice-royauté. On nous assure que sa bibliothèque est une des plus riches de l'Amérique-du-Sud. On porte à 13,000 âmes sa population.
Voici les autres villes et lieux les plus remarquables rangés d'après l'ordre suivi dans le tableau des divisions administratives :
Dans le DEPARTEMENT DE LA-PAZ : La-Paz d' Ayacucho, assez grande ville épiscopale , à laquelle M. Pentland accorde 40,ooo âmes ; elle est située dans une vallée profonde creusée par le torrent de Choqueapo ; elle possède un collège et est la plus florissante dfe la république. Le niveau du sol sur lequel elle s'élève étant à 3717 mètres au-dessus de la mer, dépasse en élévation les j)lus hautes cimes des Pyrénées C'est à quel-
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ques milles à l'est-sud-est de cette ville que s'élève le Ne vado-d' Illimani , qui est la plus haute montagne mesurée de tout le Nouveau- Monde après le pic de Sorata. Tiahuanacu , village situé près du lac de Titicaca ; il est célèbre dans le pays parles ruines dont il est environné; ce sont les restes des gigantesque monumens élevés par un peuple antérieur à la domination des Incas. Voici de quelle manière en parle Garcilasso en citant Pedro de Cieça de Léon qui les avait visités. «Le plus admirable chef-d'œuvre de tout ce pays est un coteau, ou si vous voulez un tertre fait de main d'homme , qui est si haut qu'il n'est pas possible de le croire. Les Indiens, qui semblent avoir voulu imiter la nature dans la structure de ce mont , y avaient mis pour fondemens de grandes masses de pierres, fort bien cimentées, pour empêcher que ces prodigieuses terrasses entassées les unes sur les autres ne s'éboulassent ; mais on ignore dans quel dessein ils avaient fait ce merveilleux bâtiment. D'un autre côté , assez loin de là , on voyait deux géans taillés en pierre. Ils avaient des habits qui leur traînaient jusqu'à terre , et un bonnet à la tète , le tout usé par le temps , et qui sentait son antiquité. On remarque encore là une muraille fort longue , et dont les pierres étaient si grandes qu'onne pouvait comprendre comment des hommes avaient eu assez de force pour les y transporter, car il est certain que dans cette étendue de terre il n'y avait bien loin de là ni carrières ni rochers , d'où l'on pût avoir tiré toute cette masse énorme de pierres. On y voyait aussi en d'autres endroits quanlilé de bàtimens extraordinaires entre lesquels étaient remarquables de grandes portes dressées en divers lieux et dont la plupart étaient dans leur entier , qui n'avaient aux quatre coins qu'une seule pierre dans leur structure ; et ce qu'il y avait de plus merveilleux , c'est qu'elles étaient presque toutes posées sur des pierres d'une grandeur incroyable; car il y en avait de 30 pieds de long , 15 de large et 6 de front. Toutes ces pierres avec les portes étaient d'une seule pièce, mais il n'est pas possible d'imaginer avec quels outils elles pouvaient avoir été taillées. D'ailleurs , il fallait nécessairement qu'elles fussent incomparablement plus grandes , avant que d'être mises en œuvre. Ce sont ces bàtimens qui servirent de modèles aux Incas pour construire l'étonnante forteresse de Cuzco que nous avons décrite à la page 1058.» Garcilasso ajoute ensuite d'après les mémoires que lui avait fournis Diego d'Alcobaça , ancien vicaire et prédicateur , autre témoin oculaire de ces monumens des environs de Tiahuanacu : « On y voit des édifices fort grands et entre autres une cour de 15 brasses en carré et de deux étages de hauteur. A l'un des côtés de cette place il y a une salle de 45 pieds de long sur 22 de large , couverte de chaume , comme sont les appartemens de la maison du soleil à Cuzco. La place , dont je viens de parler , les murailles, la salle, le plancher , le toit et les portes sont tous d'une seule pièce qu'on a prise et taillée dans le rocher. Les murailles de la cour ont trois aunes d'épaisseur , et bien que le toit de la salle «oil de pierre, il semble néanmoins être de chau-
me , ce que les Indiens ont fait exprès , afin de le faire mieux ressembler à leurs logemens , qu'ils ont coutume de couvrir de paille. Le marécage ou lac joint un des bords de la muraille, et ceux du pays croient que ces bàtimens sont dédiés au créateur de l'univers. 11 y a là tout contre quantité d'autres pierres mises en œuvre , qui représentent diverses figures d'hommes et de femmes, faites si au naturel , qu'on les croirait envie. Les unes tiennent des vases en main, comme si elles voulaient boire, les autres sont assises, les autres debout, et d'autres semblent vouloir passer un ruisseau qui coule à travers ce bâtiment. Ou tre cela on voit des statues qui représentent des femmes et des enfans qu'elles ont à leur sein ou a leur côté, ou*quiles tiennent par le pan delà robe, sans comprendre plusieursautres de toute façon.»
« Les monumens gigantesques de Tiaguanaco, nous dit M. Pentland qui les a visités, ont souffert de très grandes dégradations depuis le temps de î'inca Garcilasso. On y reconnaissait encore (en 1827) les pierres énormes dont il parle, dont quelques-unes pèsent 80 tonneaux , les grandes portes qui étaient toutes dans un seul bloc de trachyte et les énormes massifs sur lesquels elles étaient posées; les grandes cours, dont parle Garcilasso , existent aussi et sont des quadrilatères placés sur des tertres ou pyramides artificielles en terre (avec des passages souterrains à l'intérieur). Ces quadrilatères , qui ont GO toises de côté, sont formés de blocs énormes de trachyte et de grès rouge , et paraisse-n avoir été recouverts par un architrave , une frise et autres ornemens. Les sculptures qui resten en très petit nombre sont fort grossières et e u bas-reliefs peu saillans , représentant i'inca , sa femme, le soleil sous plusieurs formes, et la tète d'un oiseau de proie, qui n'est pas le condor et dont je n'ai pas pu déterminer l'espèce. Un fait très remarquable touchant ces restes célèbres , si l'on peut s'en rapporter à la relation de Garcilasso, c'est que les eaux du lac de Titicaca ou de sa partie méridionale, dite d'Unamarca, qui se tiouvaienttoucher les murailles de ces monumens il y a 300 ans, en sont aujourd'hui assez éloignées , et à loo pieds au-dessus du niveau actuel du lac.
Dans ce département nous nommerons encore Sorata, village remarquable par le voisinage du Nevado de Sorata, qui est la plus haute montagne connue de tout le Nouveau-Monde ; sa hauteur, mesurée par M. Pentland, n'est dépassée dans tout le reste du globe que par quelques pointes de l'Himâlaya. Voici quelque* faits à l'appui de ce que nous venons de dire ; nous les puisons aux tableaux des points culminans des cinq parties du monde donnés dans cet ouvrage ; le lecteur pourra les étendre s'il le juge convenable. La hauteur du Nevado de Sorata est de 3948 toises -, celle du Nevado d' Illimani, de 3753 ; du Chimborazo, de 3350 ; du Tchhamoulari, sur les limites du Boutan , .de 4400? du Dhawalagiri, sur les limites du Népal , de 4390; du Djawahir, aussi dans l'Himâlaya, de 4026 ; du Monl-Mnria, dans le Cambambé , le plus haut point mesuré de l'Afrique , de 2600 ; du Mont Blanc, la plus haute mootagne de l'Eu-
topo, de24G0; du Mauna-Roa, dans l'île d'Hawahii , point culminant connu de toute l'Océanie, de 2483. Nous ajouterons aussi l'ilot de Titicaca , parce qu'il donne le nom au lac que nous avons décrit à la page 929 , et parce que ce fut dans cette petite île que Manco-Capac prétendit avoir reçu sa vocation divine pour être le législateur du Pérou. Les Péruviens regardèrent Titicaca comme un lieu sacré , et les Incas y bâtirent, en l'honneur du Soleil, un temple qu'on dit avoir été tout recouvert de lames d'or. Ils accouraient chaque année de tous les points de l'empire pour y apporter de riches offrandes en or, en argent et en pierreries ; on y célébrait le même service qu'à celui de Cuzco. Le père Blas-Valera rapporte que , lors de l'arrivée des Espagnols , les habitans jetèrent toutes ces immenses richesses dans le lac; on nous assure qu'on voit encore les ruines de ce temple célèbre.
Dans le DEPARTEMENT D'ORURO : Oruuo, petite ville, non loin du Desaguadero, importa nte parles mines d'argentée son district; on lui accorde de 4 à 5000 habitans. Cette contrée est ce qu'on pourrait appeler le Tibet de V Hémisphère-Occidental.
Dans le DEPARTEMENT DE POTOSI : Potosi, grande ville, très déchue, située au pied du Cerro de Potosi, renommé par la prodigieuse masse d'argent, que depuis 1 545 jusqu'à nos jours on a tirée de ses entrailles. Ses rues sont étroites et irrégulières, et les maisons d'une mesquine apparence. Elle possède un collège et un liotel des monnaie s, où l'on a frappé une énorme quantité de piastres. Potosi est une des villes les plus hautes du monde; sa grande place étant à 4058 mètres au-dessus du niveau de la mer et sa partie la plus haute à4iCG, il en résulte que cette ville est à la mèmG hauteur que le pic de Jung-Frau , une des plus hautes cimes des Alpesl.csmines, auxquelles Potosi doit sa célébrité , se trouvent dans le Cerro de Potosi, qui est percé dans toutes les directions. La Descubridora, nommée par la suite Centerio, la mine del Estano, la Rica et la Mendie ta sont les quatre mines principales. En outre, selon le Guia de foras teros del vireynato de Buenos- Jyres} publié en 1803, il y en avait une multitude d'autres plus petites, où l'on avait fait jusqu'à cette époque plus de cinq mille ouvertures, dont un petit nombre seulement fut exploité ; dans celte même année , il y avait en tout 97 places où l'on travaillait. D'après la mesure de M. Pentland le sommet de cette fameuse montagne métallifère serait élevé de 4888 mètres, et le plus haut point où les mines sont exploitées serait à 4850 mètres ; par conséquent les mineurs travaillent à une hauteur supérieure à celle du Mont-Blanc! Les exagérations extraordinaires qu'on trouve dans tous les ouvrages de géographie et dans les livres de voyages sur la masse d'argent tirée de cette montagne, nous engagent à offrir ici le résultat des savantes recherches de M. de Humboldt sur ce sujet ; elles serviront à rectifier les jugemens erronés admis aussi par quelques naturalistes. La montagne de Potosi , dit M. de Humboldt, a fourni à elle seule, et en ne comptant que l'argent dont
on a payé les droits royaux , depuis sa découverte en 1545 jusqu'à nos jours, une masse d'argent qui équivaut à 5750 millions de livres tournois. Dans ce calcul il a rejeté les exagérations de Sandoval , qui estimait le produit des onze années de 1545 à 1556, sur lesquelles on n'a pas de documens officiels, à la somme énorme de G13 millions de piastres ou 72,ooo,ooo de marcs, ce qui fait année commune 55,726,000 piastres, équivalant à6,556,ooo marcs. «Ce résultat, ajoute M. de Humboldt, très extraordinaire sans doute, n'offre cependant rien que l'on puisse considérer comme impossible. On pourrait être surpris de voir qu'une seule montagne du Pérou ait pu donner deux à trois fois plus d'argent que toutes les mines réunies du Mexique ; mais les idées de richesses ne sont que des idées relatives. 11 serait possible que l'on découvrît un jour, dans le centre de l'Afrique, des montagnes qui, sous le rapport de leur abondance en métaux précieux, seraient aux Cordillères ce que celles-ci sont aux montagnes de l'Europe. La mine de Valenciana fournit annuellement six à sept fois plus d'argent que la Saxe entière; et le seul filon de Guanaxuato, travaillé dans toute sa longueur, serait en état d'offrir par an plus de deux millions de marc d'argent. Nous avons observé plus haut que l'on a extrait du filon de la Veta-Negra de Sombrerete, sur une étendue de trente mètres, en cinq mois, plus de 700,000 marcs. En se rappelant les masses d'argent natif, rouge et sulfuré, découvertes de nosjours à Huantajaya, au Pérou, ainsi qu'à Batopilas et à Real del Monte, au Mexique , on conçoit quelle prodigieuse quantité d'argent peut fournir un gîte de minerai dans les Cordillères des Andes, lorsque l'anondance des produits se trouve réunie à la richesse intrinsèque. Ce n'est donc pas l'énorme quantité d'argent que l'on suppose avoir été retirée pendant les onze premières années , qui me fait révoquer en doute le témoignage de Sandoval; c'est la contradiction qui se trouve entre ce témoignage et d'autres faits historiques. » M. de Humboldt, après plusieurs raisonnemens, réduit le produit de ces onze années à 15 millionsde marcs. Comme il avait précédemment estimé le produit de 1556 à 1789 à 788 millions de piastres ou à 92,736,294 marcs, il en résulte que ces deux sommes réunies donnent un total de 107,736,294 marcs d'argent. M. Pentland nous fait observer que, d'après des recherches fondées sur des documens officiels, les mines du Haut-Pérou, dont l'argent fut monnayé ou qui a payé les droits régaliens à Potosi, ont produit en argent 1,614,145,538 piastres fortes. Depuis la dernière moitié du xvme siècle, dit M. de Humboldt, la montagne a généralement fourni 3 à 400,000 marcs, et ce produit est sans doute trop considérable encore, pour qu'on puisse avancer avec Robertson , le célèbre auteur de l'Histoire de l'Amérique , que les mines de Potosi ne valent plus la peine d'être exploitées. A la page 1029 nous avons vu le rang qu'elles occupent encore parmi les plus riches exploitations argentifères du monde. 11 est difficile, dit un géographe célèbre, de mettre les auteurs d'accord sur la population de Potosi; les uns ne