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DE LA CLASSIFICATION DES PEUPLES DE L'OCÉANIE D'APRÈS LES LANGUES

Peuples Malaisiens. Dispersés sur plus d'un tiers de la circonférence du globe et séparés les uns des autres par de vastes mers et par tout le Continent-Austral , les peuples de race malaisienne parlent tous des langues évidemment sœurs , tandis que plusieurs d'entre elles possèdent depuis un temps immémorial des alphabets , dont les caractères diffèrent autant les uns des autres que les lettres grecques diffèrent de celles des alphabets samskrit et coréen. Des nuances presque infinies de civilisation et de barbarie, de douceur et de férocité ; une foule d'usages communs à un grand nombre de tribus séparées par d'immenses intervalles, ainsi que des pratiques singulières propres à quelques autres seulement; les superstitions les plus absurdes, accompagnées de mutilations cruelles et de sacrifices humains; des mœurs douces unies à l'usage horrible de l'infanticide et de l'anthropophagie ; des traits sublimes d'héroïsme à côté des excès épouvantables et inouïs ailleurs de la vengeance : voilà les traits les plus caractéristiques des peuples compris dans la grande famille Malaisienne. Parmi les 78 peuples, dont nous avons classé les idiomes dans l'Atlas Ethnogra phique du Globe , nous choisissons les suivans , qui sont trop importans pour n'être pas admis dans cet ouvrage , malgré son cadre borné. 1 es Javanais : ils nous paraissent être la nation ta plus nombreuse du Monde-Maritime connu ,

puisqu'ils forment plus que les deux tiers de la population de File de Java. On peut regarder les Javanais comme le peuple le plus policé de toute l'Océanie , et sa littérature comme la plus riche et la plus importante de tout le Monde-Maritime. Les Javanais ont été à trois époques différentes la nation prépondérante dans la Malaisie (Archipel-Indien); d'abord sous le règne d'Alit Widjiaya, vers la seconde moitié du xive siècle, lorsque l'empire de Madjiapahit embrassait presque toute l'île de Java , le royaume de Palembang dans celle de Sumatra , les petits royaumes de la partie méridionale de l'île de Bornéo et l'île de Bali ; ensuite dans la première moitié du xve siècle, sous le règne de l'empereur Angka Widjiaya, lorsqu'il étendait sa domination non-seulemeot sur la presque totalité de Java , mais aussi sur les états de Sabrang , Goa , Macassar , etc. , dans l'île de Celèbes, sur les îles Banda, Sumbava, Ende, Timor, Soulou, Ceram, une partie de celle de Bornéo et sur le royaume de Palembang dans Sumatra; enfin, dans la première moitié du xvne siècle , sous le règne du grand-sultan , lorsque l'empire de Matarem égala presque celui de Madjiapahit.

Les Montagnards des régences de Bantam, Batavia, Buitenzoorg, Preangan et Chenbon; ils occupent un vaste espace de la partie de Java , nommée Sunda par les indigènes.

Los Insulaires de Bali : c'est un des peuples les

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plus policés de l'Océanie , quoique sans littérature originale. Sa religion et ses institutions nous retracent fidèlement celles qui dominaient autrefois sur toute la Malaisie civilisée et surtout à la cour de Madjiapahit.

Les Malais proprement dits. C'est la nation la plus répandue de toutes celles qu'embrasse cette f amille ethnographique , et en même temps un des peuples de toute l'Océanie les plus adonnés au commerce. Ils occupent le ci-devant empire de Menangkabou , les royaumes de Siak , de Palembang et autres dans l'ile de Sumatra, les iles de Lingen et de Bintang , la plus grande partie des côtes de Bornéo, entre autres les royaumes de Pontianak , de Sambas , de Bornéo et de Banjermassing, et une grande partie de celles des iles principales des archipels des Moluques et de Sumbava-Timor. Les Malais ont une littérature aussi riche que celle des Javanais, quoique moins originale. Outre l'empire de Menangkabou , qui embrassait anciennement la plus grande partie de l'ile de Sumatra, cette nation a possédé un autre empire non moins puissant mais plus célèbre , celui de Malacca , qui vers la lin du xme siècle , sous le règne brillant du sultan Mohammed-Chah , embrassait presque toutes les côtes de la péninsule de Malacca , les iles Lingen et Bintang , et les districts de Campar etd'Arou dans Sumatra.

l.esBattaks ou B atlas , qui occupent le pays de ce nom dans l'Ile de Sumatra. Ils offrent peut-être le mélange le plus extraordinaire que l'on ait encore observé des mœurs d'un peuple doux et assez civilisé, pratiquant des usages qu'on rencontre à peine parmi les nations les plus féroces et les plus barbares. Depuis un temps immémorial ils écrivent leur langue dans un alphabet particulier; le nombre de ceux qui savent lire ♦•t écrire parmi eux est de beaucoup plus considérable que celui des individus qui l'ignorent, et ils possèdent une littérature originale qu'on dit assez riche, mais qui est la moins connue de toute l'Océanie. La singularité de trouver Yanthropophagie, exercée légalement chez ce peuple civilisé avec des circonstances extraordinaires , nous engage à répéter ce que des recueils périodiques anglais et français ont publié sur ce sujet, d'autant plus que ce sont des faits , dont on ne peut plus révoquer en doute la vérité et l'exactitude. Les Battas ont un code de lois d'une haute antiquité; c'est par respect pour ces lois et pour les institutions de leurs ancêtres qu'ils sont anthropophages. Ce code condamne à être manges vivans : 1° ceux qui se rendent coupables d'adultère ; 2° ceux qui commettent un vol au milieu de la nuit; 3° les prisonniers faits dans les guerres importantes, c'est-à-dire dans les guerres d'un district contre un autre; 4° ceux qui étant de la même tribu, se marient ensemble, union sévèrement défendue, parce que les contractans sont censés descendre des mêmes père et mère ; 5° enfin, ceux qui attaquent traitreusemeut un village . une maison ou une personne. Quiconque a commis un de ces crimes est jugé et condamné par un tribunal compétent. Après les

débats , la sentence est prononcée et les chefs boivent chacun un coup : cette formalité équivaut à celle de signer, chez nous, un jugement. On laisse ensuite passer deux ou trois jours pour donner au peuple le temps de s'assembler. En cas d'adultère, la sentence ne peut être exécutée qu'autant que les parens de la femme coupable se présentent pour assister au supplice. Le jour fixé , le prisonnier est amené , attaché à un poteau les bras étendus, le mari ou la partie offensée s'avance et choisit le premier morceau, ordinairement les oreilles-, tes autres viennent ensuite, suivant leur rang, et coupent euxmêmes les morceaux qui sont le plus à leur goût. Quand chacun a pris sa part, le chef de l'assemblée s'approche de la victime , lui coupe la tête, l'emporte chez lui comme un trophée, et la suspend devant sa maison. La cervelle appartient à ce chef ou à la partie offensée; on lui attribue des vertus magiques; aussi est-elle ordinairement conservée avec soin dans une bouteille. On ne mange jamais les boyaux ; mais le cœur, la paume des mains et la plante des pieds sont réputés les morceaux les plus friands. Sa chair est mangée, tantôt crue, tantôt grillée et jamais ailleurs que sur le lieu du supplice, où l'on a soin de tenir prêts pour l'assaisonner des citrons, du sel et du poivre; on y ajoute souvent du riz. Jamais on ne boit du vin de palmier ni d'autres liqueurs fortes dans ces affreux repas-, quelques individus apportent des bambous creux et les remplissent de sang qu'ils boivent. Le supplice doit être public; les hommes seuls y assistent , la chair humaine étant déferdue aux femmes. Cependant on prétend que celles-ci s'en procurent de temps à autre à la dérobée. On dit que les Battas préfèrent, la chair humaine à toute autre ; mais malgré ce goût prononcé-, on n'a pas d'exemple qu'ils aient cherché à le satisfaire hors des cas où la loi le permet. Quelque révoltantes, quelque monstrueuses que puissent paraître ces exécutions , dit l'auteur auquel nous empruntons cette notice, et qui en a été témoin oculaire, il n'en est pas moins vrai qu'elles sont le résultat des délibérations les plus calmes, et rarement l'effet d'une vengeance immédiate et particulière, excepté pourtant quand il s'agit de prisonniers de guerre. Ceux-ci on ne se contente pas de les manger vivans-, on les mange encore lorsqu'ils sont morts et même enterrés. Autrefois les Battas, ainsi que les Bhinderwas mentionnés à la page 724 et autres peuples étaient dans l'usage de manger aussileurs parens , quand ceux-ci devenaient trop vieux pour travailler. Ces vieillards choisissaient alors tranquillement une branche d'arbre horizontale , et s'y suspendaient par leurs mains , tandis que leurs enfans et leurs voisins dansaient en rond autour d'eux , en criant : quand le fruit est mûr, il faut qu'il tombe. Cette cérémonie avait lieu dans la saison des citrons, époque où le sel et le poivre sont aussi en abondance. Des que les victimes fatiguées, ne pouvant plus se tenir ainsi suspendues , tombaient par terre, tous les assista ns se précipitaient sur elles, les mettaient en pièces et

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dévoraient leur chair avec délices. Cette horrible pratique , que des géographes célèbres nous représentent comme subsistant encore parmi ce peuple extraordinaire, a déjà cessé depuis longtemps ; il faut espérer qu'il renoncera aussi à celle de dévorer les criminels et les prisonniers de guerre. On a calculé que le nombre moyen des personnes mangées en temps de paix était de 60 à 100 par an.

Les Achinais , dans le royaume d'Achem, dans l'île de Sumatra. Vers la fin du xvi* siècle et jusqu'à la moitié du xvne, particulièrement sous le long règne du sultan Iscander-Manda ou Paduka- Sri, les Achinais étaient la nation prépondérante delà Malaisie, étant alliés ou amis de toutes les nations commerçantes depuis le Japon jusqu'à l'Arabie. A cette époque brillante , où sa marine comptait près de 500 voiles, l'empire d'Achem comprenait , outre son territoire actuel, les états d'Arou, de Dilly , de Siak sur la côte orientale de Sumatra , de Barus , Passaman , Tiku , Sileda et Priaman sur l'occidentale , et ceux de Johor, de Padang, de Keda et de Perak dans la péninsule de Malacca. Quoique les Achinais soient bien déchus de leur ancienne puissance, depuis la fin du xvn* siècle, ils sont encore un des peuples de la Malaisie les plus adonnés au commerce et à la navigation-.

Les Bima , qui occupent la plus grande partie de l'île Sumbava , dont ils sont le peuple dominant. Ils sont aussi la nation la plus policée de l'archipel de Sumbava-Timor.

Les Bellos et les Waïkenos , qui, selon M. de Freycinel , se partagent la plus grande partie de Pile de Timor.

Les Bouguis (Wugiou Bugis), qui sont maintenant la nation la plus puissante de l'ile Celèbes et la plus adonnée au commerce et à la navigation de toute FOcéanie; ils forment presque tous les équipages des prahus employés dans le commerce maritime de la Malaisie. Les Bouguis possèdent aussi une littérature. M. de Rienzi les considère comme la souche des Malais et des Javanais.

Les Macassars ou Mangkasara , qui occupent la péninsule sud-ouest de Celèbes et dont le royaume de Macassar est l'état principal. Les Macassars ont été pendant quelque temps, dans le xvue siècle , la première puissance maritime de la Malaisie ; les rois de Goa dominaient nonseulement sur l'état de Boni , mais ils exerçaient la suprématie politique sur presque toute l'île de Celèbes, et possédaient en outre les îles Boutong, Bongaï, Barus, Kute et le groupe de Xulla. Ce peuple possède une littérature nationale , mais moins riche que celle des Bouguis.

Les Turajas , qui occupent le centre de l'île Celèbes, dont ils nous paraissent être les plus anciens habitans. Ce sont les Alfourcus de l'intérieur de cette île, mentionnés par quelques auteurs. Le teint, les formes et les traits de la physionomie de ce peuple rappelèrent au capitaine d'Urville les figures qu'il avait observées à Tahiti, à Tonga et à la Nouvelle-Zélande. Ces rapports lui parurent si frappans et si complets, qu'il engagea le gouverneur hollandais Merkus

à faire des recherches sur leur langue. Ce savant marin n'hésite pas à regarder ces Alfourous comme la souche de la variété d'Océaniens qu'il nomme Polynésiens (les insulaires de la Nouvelle-Zélande , de Tonga , de Tahiti , de Sandwich, etc. , etc.) dans le cas où leur idiome présenterait plus de rapports avec le polynésien que le malais lui-même.

Les Biadjous , nation nombreuse, guerrière et assez industrieuse , mais anthropophage et extrêmement féroce; elle occupe une partie de l'intérieur de l'île de Bornéo.

Les Dayaks de Bornéo, qui paraissent être iden tiques avec \esHaraforas et les Idans de l'inté rieur de cette grande île. Leur physionomie, leurs traits, leurs usages, leurs croyances religieuses offrent d'intimes et incontestables rapports avec les traits physiques et moraux nonseulement des peuples qui habitent l'intérieur des grandes terres des archipels des Philippines et des Moluques, de l'île Celèbes , mais aussi avec un grand nombre de peuplades de la Polynésie. Cette frappante ressemblance a été aussi remarquée par un observateur habile, par M. de Rienzi, qui dans son tableau de l'Océanie représente les Dayaks comme supérieurs aux Malais. « L'île de Bornéo, dit M. de Rienzi, renferme le type et l'origine des différentes races australiennes et polynésiennes. » Malheureusement on ne connaît encore presque rien sur leur langue, qui, comparée à celles de ces différentes tribus, pourrait soulever, sinon en tout du moins en partie , le voile épais qui couvre tout ce qui tient à l'origine des habitans de la Polynésie et de la race malaisienne de quelques parties de l'Australie ou Océanie-Centrale.

Les Tagales, qui occupent la plus grande partie de l'île Luçon, savoir : les provinces de Tondo, Cavité, Valangas, Bulacan, Laguna, Batangas, Tayabas et Nueva-Ecija , ainsi que l'île Marinduque. Ce peuple possède un alphabet particulier; mais sa littérature n'est formée pour la plus grande partie que de traductions d'ouvrages espagnols.

Les Illocos (Ylocos), qui habitent la province de ce nom dans l'île de Luçon.

Les Bissayos , qui habitent les îles de Samar, Leyte, Zebu, Calamianes, Mindoro, Masbate Panay, Ticao , Burias et autres terres moins considérables dans l'archipel des Philippines.

Les Soulous , qui occupent l'archipel de ce nom, une subdivision de celui des Philippines. Ce sont, avec les Mindanao et les Ulanos , de terribles corsaires.

Les Mindanao, qui sontla nation la plus puissante de l'île de ce nom dans l'archipel des Philippines.

Les insulaires d'Eap (Yap), Ugoli et autres îles dans la partie occidentale de l'archipel des Carolines, dont ils paraissent être les habitans les plus policés.

Les naturels des groupes de Guliai (Ulie) , d'Hogoleu, de Mugmug et autres îles de l'archipel des Carolines, dont ils sont réputés les plus habiles navigateurs.

Les naturels de l'ile d'Oualan, qui vivent dans une assez grande civilisation sous un gouver-

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nement monarchique , et ne sont pas navigateurs.

Les naturels de la Tasmanie (Nouv.-Zélande). Ces féroces insulaires, beaucoup moins avancés dans la civilisation que plusieurs nations de la Polynésie, avec lesquelles ils ont tant de ressemblance et tant de rapports, montrent une grande aptitude pour les arts et les métiers de l'Europe. Doués d'un tempérament plus robuste et d'un caractère plus énergique que les Polynésiens et que presque tous les Malaisiens , ils n'ont appris des Européens que l'art de la guerre, et malgré les efforts des missionnaires et le fréquent contact avec les Anglais, les Anglo-Américains et les Français, ils reculent plutôt qu'ils n'avancent dans la civilisation. « Mais, dit M. d'Urville, tout donne lieu de penser qu'aussitôt qu'ils s'en occuperont sérieusement, ils prendront un essor plus rapide que tous les autres peuples de la Polynésie. Ainsi l'on a vu les habitans de l'Europe-Septentrionale, comme les Français, les Anglais et les Allemands, à-pcu-piès sauvages il y a vingt siècles, sortir promptement de leur état de barbarie , égaler et dépasser enfin les nations du Midi , qui les avaient si long-temps traités avec dédain pour leur ignorance. » Les Nouveaux- Zélandais conservent le souvenir des hauts faits de leurs ancêtres par des chants, qu'ils accompaguentde leur flûte guerrière.

Les insulaires de l'archipel de Viti (Fidji), féroces et anthropophages, mais ayant des lois, des arts, et formant parfois un corps de nation. Leur langue diffère entièrement de celle des peuplades jaunes de l'Océanie , quoique, dit M. Desgraz, le contact des Tonga, qui ont envahi plusieurs îles de leur archipel, ait mélangé des mots de leur langue à l'idiome vilien. M. le capitaine d'Urville vante leur habileté dans la navigation et leurs progrès dans la civilisation.

Les insulaires de l'archipel de Tonga (archipel des Amis), ceux de Yarchipel de Mendana (Marquises et Washington) etœuxde Yarchipel tiHamoa (des Navigateurs), sont remarquables parles progrès qu'ils ont faits dans la civilisation, et par leur habileté dans la navigation. Une grande partie de ces peuples a déjà embrassé le christianisme. Les habitans d'Hamoa se distinguent par des formes athlétiques ; les naturels des Marquises , surtout ceux de l'île Noukahiva, sont regardés par tous les navigateurs qui les ont visités comme le plus beau type de la race Océanienne ; les proportions harmonieuses du corps et la parfaite symétrie des membres en font, dit M. Vincendon Dumoulin , de précieux modèles pour la statuaire.

Les insulaires des archipels de Tahiti, de Cook et de Hawaii (Sandwich), qui avaient déjà fait de grands progrès dans la civilisation , ont embrassé le christianisme , et offrent déjà en grande partie les mœurs et les usages qui l'accompagnent.

Les insulaires des groupes des Marquesas et de Washington, dans l'archipel de Mendana. Leurs femmes ont la réputation d'être les plus belles de la Polynésie. Selon M. de Roq-jefeuille ,

les habitans de l'île Oevahoa ont une espèce de bardes, qui vont dans les îles voisines chanter leurs poèmes sur des airs assez monotones, qui tiennent de notre plain-chant, ce qui leur vaut de nombreux présens.

Peuples Nègres. Des peuplades d'un noir plus ou moins foncé, presque toutes nues, ou tout au plus couvertes d'une misérable pagne; vivant quelquefois sur les arbres ou dans le creux des rochers^ n'ayant pour toute subsistance que les produits incertains de leur chasse et de leur pèche , et les productions spontanées de la terre ; ignorant les arts les plus indispensables à la vie , et quelques-unes même l'usage de l'arc ; formant presque toutes plutôt de petites sociétés que de petits états; toutes plus ou moins féroces, superstitieuses et barbares , et plusieurs même anthropophages, tels sont à quelques exceptions près les peuples compris dans cette classe. Ces nations abruties, qui paraissent avoir jadis occupé tout l'intérieur des grandes îles de la Malaisie» y occupent encore une grande partie de Bornéo, de Luçon, de Mindanao, de Timor et d'autres îles, et paraissent se conserver encore dans quelques cantons de Sumatra et peutêtre de Celèbes. Ce sont ces Nègres qui peuplent toute l'Australie ou l'Océanie-Centrale , à l'exception de la Nouvelle-Zélande et de quelques îles de beaucoup moindre étendue. On peut dire sans crainte de se tromper qu'on ne connaît pas la centième partie des jargons que parlent les peuplades de la race Noire-Océanienne. On n'a donc aucun moyen pour les classer d'après les langues. Nous nous bornerons à mentionner quelques-unes des 38 nations, dont nous avons essayé de classer les idiomes dans l'Atlas Ethnographique. Ce sont les seules que notre cadre nous permette de citer.

Les naturels des environs de Sydney, dans le Continent-Austral. Ces sauvages sont très abrutis et montrent moins d'aptitude à s'instruire que les autres Nègres connus de l'Océanie.

Les naturels des environs de Tort-Western, dans le Continent-Austral. Ils sont assez nombreux, moins abrutis que ceux de Sydney, mais d'un caractère féroce et inhospitalier.

Les Arfakis ou Endamènes de la partie orientale et de tout Y intérieur de la Papouasie (Nouvelle-Guinée), nommés aussi Alfourous.

Les Papouas proprement dits, qui occupent une partie de la Papouasie et qu'il ne faut pas confondre avec les Negro-Malais ou Papouas.

Les Papouas ou Negro-Malais, établis sur le littoral des îles Waigiou , Salwati, Gammen et Batenta , et le long de la côte de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) depuis la pointe Sabelo jusqu'au cap de Dory. Selon MM. Quoy et Gaimard qui les premiers les ont parfaitement décrits, ces nègres constituent une espèce hybride provenant, sans aucun doute, des Papouas et des Malais. Ces Négro-Malais, dit M. Lesson , ont emprunté à ces deux races les habitudes qui les distinguent ; c'est ainsi que plusieurs ont embrassé le mahomélisme, et que d'autres ont conserve des Papouas le fétichisme et la manière de vivre; ces insulaires, continue ce savant na-

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turaliste , forment donc une sorte de peupîe métis , placé naturellement sur les frontières de la Malaisie et de l'Australie.

Les insulaires de l'archipel de la Nouvelle- Bretagne (Birara) , ceux de la Nouvelle-Irlande (Tombara) , les naturels de l'archipel de Quiros (Santa-Cruz) et ceux de quelques-unes des îles de l'archipel de Salomon doivent être rangés parmi les peuples de cette race , qui ont fait le plus de progrès dans la civilisation.

Les habitans de l'île élevée de Poulo-Pa (Seniavin, Quirosa, Poulou-Pet ou Pouni-Pet), dans les Carolines; ils sont féroces et bons navigateurs.

Les insulaires de la Diemenie (Terre de Diemen). On doit les classer avec les tribus les plus sauvages de l'Australie parmi les peuples nègres les plus abrutis. « Ce sont probablement, dit un savant marin, les êtres les plus bornés, les plus stupides et les plus essentiellement rapprochés de la brute sans raisonnement. »

Peuples étrangers. Toutes les nations comprises

dans cette classe peu nombreuse appartiennent à l'Europe ou à l'Asie. Celle-ci a fourni les Chinois, qui sont de beaucoup les plus nombreux et qui sont répandus sur toute la Malaisie et même sur l'extrémité nord-ouest de l'Australie ou de l'Océanie-Centrale. Viennent ensuite les Telinga et quelques autres peuples de l'Inde- Méridionale -, les Arabes et les Japonais. Ces derniers , jadis assez répandus dans la Malaisie, ne se trouvent plus aujourd'hui que dans le groupe de Mounin-Sima? une subdivision de l'archipel Volcanique. L'Europe a fourni à l'Océanie un petit nombre de ses habitans-, ce sont des Hollandais et des Portugais, établis depuis long-temps dans la Malaisie ; des Espagnols, qui se trouvent dans le nord de cette division comme dominateurs de l'archipel des Philippines } enfin des Anglais, que l'on rencontre dans les trois grandes divisions du Monde-Maritime et dont les établissemens renferment des familles de presque toutes les nations de l'Europe.

religions. En considérant les Océaniens sous le rapport des différentes religions qu'ils professent , on peut en tracer le tableau suivant : I'Islamisme est professé par le plus grand nombre d'habitans du Monde - Maritime , puisque les dogmes de Mahomet , plus ou moins purs , sont suivis par presque tous les Javanais, les Malais proprement dits de Sumatra, de Bornéo, des Moluques, etc., etc., les Achinais, les Siaks , les Bouguis , les Macassars, les Soulous ; par le plus grand nombre des habitans de l'Archipel des Moluques proprement dites ; par les Mindanao et les Illanos de Plie de Mindanao ; par le plus grand nombre des habitans de Samar et par une grande partie de ceux de Leyte ; enfin par quelques tribus des Lampongs et des Redjangsdans Sumatra, des Haraforas de Bornéo et de l'Archipel des Moluques ; dans ce dernier se trouve Pile de Goram , remarquable en ce qu'on peut la regarder comme le lieu du globe le plus oriental dans lequel le culte de Mahomet soit dominant. On trouve cependant des mahométans encore plus à 1 Orient, parmi les Papouas de la partie occidentale de la Papouasie , qui sont les habitans les moins sauvages decette grande terre ; mais un plus grand nombre d'individus parmi ce peuple réunissent le paganisme à quelques rites du culte de Mahomet. Nous ajouterons que les Javanais, les mahométans les plus éclairés et les plus zélés de l'Océanie , font le pèlerinage de la Mecque, transportés par des navires de l'Arabie.

Le Christianisme compte aussi un grand nombre de croyans dans l'Océanie, mais ils y sont partagés entre les églises suivantes : L ' églis e catholique , à laquelle appartiennent les insulaires des Marianneset presque tous les naturels des Philippines soumis aux Espagnols , ainsi que les Timoriens dépendant des Portugais, et quelques milliers d'individus dans les îles Sabrao, Flores et autres de l'archipel de Sumbava-Timor, et dans les établissemens anglais de l'Australie (Nouvelle-Hollande) et de la Diemenie (Terre de Diemen) , où l'on a déporté beaucoup d'Irlandais. Un grand nombre d'habitans de l'Archipel des Moluques, particulièrement dans le groupe d'Amboyne, et quelques milliers d'individus dans les différens établissemens hollandais, suivent la croyance de l'église calviniste. La majorité des habitans des colonies anglaises dans l'Océanie- Centrale, et quelques autres individus dans les ci-devant établissemens anglais de la Malaisie appartiennent à 1 ' églis e anglicane , ou suivent les dogmes d'autres nuances du christianisme.

Les succès des apôtres chrétiens ont été aussi remarquables dans le Monde-Maritime que nous les avons vus Pêtre dans l'Ancien-Monde et dans le Nouveau, bien que sur une moindre échelle. Les Missionnaires Wesleyens ont converti tout l'archipel d'Hawahii, plusieurs tribusd'autres archipels et quelques-unes de la Tasmanie du Nord ; ceux de VEglise Anglicane n'ont pas été moins heureux dans les ar-

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chipels de Tahiti , de Tonga , de Viti, de Hamoa. Les missionnaires chrétiens de la Société des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus) entretiennent à leurs frais un bâtiment qui parcourt incessamment les îles de l'Océanie-Orienlale pour y répandre les bienfaits de la religion et d'une civilisation progressive. Depuistroissiècles les Missionnaires Catholiques avaient dressé la croix sur les rivages de la Malaisie, où ils continuent à faire de nombreuses conversions, surtout dans les Philippines ; plus tard dans la Polynésie, ils ont rivalisé avec leurs prédécesseurs par un dévouement sans bornes à la cause du Christ. Leur désintéressementadmirable, les principes de charité, d'humilité qu'ils prêchent etdont ils donnent l'exemple, leur affection envers leursnéophyles, domptèrent les tribus les plus féroces. La conversion entière des anthropophages de l'archipel de Gambier,leurs nombreux néophytes dans les archipels de Mendana et autres, doivent figurer parmi les plus beaux résultats obtenus de nos jours dans ces régions lointaines. Le Bouddhisme, qui fleurit à Java depui s le milieu du xiii* siècle jusqu'au milieu du xive, n'y est plus professé que par des étrangers. Ce sont les Chinois qui , partout fidèles à leurs mœurs comme à leur croyance, suivent la religion de Bouddah dans toutes les lies de la Malaisie où ils se sont établis. Parmi les indigènes, cette religion n'est plus professée que par une partie des habitans de Pile de Bali. Le Brahmanisme, qui jadis a dominé à Java, depuis la moitié du xivc siècle jusqu'à l'époque de sa destruction par les missionnaires mahométans , n'y est plus professé que par les Kalang , petite peuplade qui vit disséminée dans les districts de Kendal , Kalinoungou etDemak, par les Beduis, autre tribu peu nombreuse, et par plusieurs habitans des monts Tengger; la plus grande partie des insulaires de Bali et de Madura professe aussi le brahmanisme , mais sans la choquante distinction des castes.

Le Polythéisme le plus grossier, une espèce de Sabéisme et plusieurs espèces de Panthéisme mêlés de quelques dogmes qui paraissent avoir pris leur origine dans les antiques religions de l'Asie , se partagent toutes les autres tribus océaniennes. Quelques-unes même, telles que quelques peuplades des Haraforas de l'intérieur de Bornéo, des Actas 0", Negrillos

di Monte de l'intérieur de Luçon et plusieurs tribus du Continent-Austral (Nouvelle-Hollande) et de la Diemenie (Terre de Diemen), paraissent vivre sans aucune religion. On peut dire qu'en général les races nègres les plus abruties n'offrent d'autres traces d'idées religieuses que des notions vagues touchant l'existence de malins génies toujours prêts à les tourmenter, et le sentiment confus d'une vie nouvelle qui les attend-après leur mort. Parmi les différentes croyances appartenant à cette division, il faut remarquer la religion des B atlas de Sumatra, qui admet une sorte de trinité, un paradis et un enfer , et dont plusieurs dogmes et quelques-uns des noms de ses dieux subalternes semblent d'origine indienne.

La pratique des guruhs ou prêtres de cette religion singulière , d'égorger des animaux pour connaître l'avenir par l'inspection des entrailles, nous rappelle ce qui se pratiquait en Grèce , à Rome et chez d'autres peuples idolâtres de l'antiquité. Cet usage se retrouve chez les naturels de Timor, des îles Poggi ou Nassau et de Tonga. On ne connaît pas les dogmes de la Religion des Hazaforas de Mindanao ; elle a des temples et des prêtres qui observent le vol des oiseaux pour découvrir l'avenir. Les Redjangs de Sumatra ont de petits temples , dans lesquels ou au devant desquels ils font des offrandes aux divinités et aux esprits de leurs aïeux. La religion de plusieurs tribus indépendantes de Lu ç on et des autres îles de X archipel des Philippines proprement dites, consiste dans l'adoration des bons et des mauvais esprits; et, quoiqu'elle n'ait ni temples, ni autels, ni idoles, elle a cependant des sacrifices, des prêtresses et des sorciers. Les habitans de Waigiou et de la Nouvelle-Irlande (Tombara) ont des temples remplis d'idoles grossières auxquelles ils font des offrandes. Les Pa~ pouas de Dory portent au col des fétiches auxquels ils attribuent un grand pouvoir de protection. La croyance des Biadjous de Celèbes paraît être une sorte de Sabéisme.

Quelques tribus des Carolines adorent une espèce de trinité dont les personnages s'appellent Aluelap, Lageleng et Olifat, et ceux de la trinité adorée autrefois par les Tahitiens étaient Tane ou Te medoua (le père, l'homme), Oro ou Mattiou (dieu le fils, le dieu sanguinaire ou

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cruel), Taroa ou manou le hooa (l'oiseau j l'esprit, le dieu créateur). Notre ami M. Lesson, qui a groupé avec un talent remarquable tout ce qui concerne l'état physique et moral des peuples du Monde - Maritime , s'exprime de la sorte en parlant de la religion des peuplades qui forment la variété qu'il appelle Océanienne , et dans laquelle il comprend tous les peuples dont beaucoup plus tard M. le capitaine d'Urvillea fait la variété qu'il nomme Polynésienne, et qui embrasse les habitans des archipels de Tonga , de Tahiti , de Sandwich , de Mendana, ceux de la Nouvelle-Zélande, etc., etc. « Les Nouveaux- Zélandais, dit ce savant, comme tous les Océaniens, quelles que soient les variations qu'ait éprouvées leur théogonie, reconnaissent une trinité. Us nomment leurs dieux Atoua , Akoua, pensent que les âmes des justes sont les bons génies (Eatouas), que les méchans ne deviennent point meilleurs dans un autre monde , et que, sous l'attribut de lit, ils sont investis du pouvoir de pousser l'homme au mal. Malgré des nuances légères, ne retrouvons-nous pas cet ensemble de faits dans ce que l'on sait du culte des autres peuplades ? Et, soit que Taroa, brisant la coquille qui le tenait emprisonné, s'en servit pour jeter les bases de la grande terre {Fenoa nui) ou l'Ile de Tahiti, et en composât , avec les parcelles qui se détachèrent , les autres lies qui l'entourent ; soit que Tangaloa tirât le monde (les lies de Tonga) de la mer, en péchant à la ligne, partout chez les Océaniens nous voyons établie une identité de croyance frappante , la divinisation des âmes, l'adoration de plusieurs sortes d'animaux et de certaines plantes, la puissance intellectuelle des prêtres et des augures , les sacrifices humains , les ?nor*m (ma raes), les idoles et l'anthropophagie , qui naquit de leurs préjugés religieux, mais qui s'est effacée de plusieurs lies abondantes en subsistances alimentaires, et qui s'est conservée intacte chez celles où la rigueur du climat et la pauvreté du sol ont fait sentir le besoin d'une nourriture substantielle. Les lies de la Société avaient leur paradis où se rendaient les âmes heureuses des tavanas, que le dieu esprit ailé emportait et purifiait; celles de malaboles des lies des Amis habitaient le délicieux séjour de Bolotou , d'où

étaient bannies les âmes du vulgaire, qui mouraient en entier. Les Nouveaux-Zélandais, après leur mort, ont la ferme croyance que les esprits de leurs pères planent sur Yhippah, qui leur donna le jour, et se rendent à l'Elysée, qu'ils nomment Ata-Mira, en plongeant dans la mer , au lieu nommé Reinga, vers le cap Nord. Ces âmes; au contraire, errent autour du Pouke-Tapou, ou montagne sacrée, et sont éternellement malheureuses, lorsque les corps qui les renfermaient ont été mangés sur le champ de carnage , que leurs têtes sont restées au pouvoir des ennemis , et que les cadavres sont ainsi privés de ['oudoupa ou sépulture de leurs pères. A ces principes d'une religion corrompue, mais dont l'ensemble ne nous est malheureusement que peu connu ; à ces restes d'un fanatisme barbare, sont liées des idées desabéisme ; et dans leur croyance, ils placent au ciel quelques-uns de leurs organes , qu'ils transforment en météores célestes. Arracher les yeux d'un ennemi, boire son sang, dévorer ses chairs palpitantes, c'est hériter de son courage, de sa valeur , commander à son dieu , et enfin , accroître ainsi la puissance que chaque guerrier ambitionne. »

Avant l'introduction du christianisme dans les archipels de Sandwich et de Tahiti, et encore à présent dans plusieurs archipels de la Polynésie, le sacerdoce est exercé par des hommes inlluens, dont les fonctions mystérieuses ont une puissance extraordinaire sur l'esprit des insulaires. Le roi ou chef suprême chez ces peuples est considéré dans chaque état , comme le premier pontife, et, après lui, les dignités les plus élevées sont distribuées aux diverses classes de la société suivant l'importance des fonctions. Les prêtres, dans l'opinion de ces insulaires, jouissent de la science la plus surnaturelle : lire dans l'avenir , annoncer les volontés des dieux , interpréter les songes, guérir les maladies les plus invétérées, demander des offrandes, sont leurs attributions les plus ordinaires et leurs occupations journalières.

Honorés, respectés , leur personne est généralement sacrée dans les combats ; car ces Calchas , à l'exemple des anciens prêtres de Mars, unissent l'encensoir au glaive , et , après s'être battus sur un champ de carnage , ils adressent aux dieux les prières de la tribu victorieuse.

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Si l'Asie nous a offert dans les grandslamas du Tibet et le daïri du Japon des hommes vivans divinisés , la Polynésie nous offre dans ses atouas la même bizarrerie, mais sur une moindre échelle et avec des superstitions atroces. Heureusement le nombre de ces hommes privilégiés est petit. Les honneurs et le pouvoir dont ils jouissent, disent MM. Vincendon Dumoulin et Desgi az, ne sont pas toujours héréditaires. L'atoua qui vivait, il y a quelques années, dans la vallée d'Hana- tetena, dans Plie de Noukahiva, recevait plus de sacrifices qu'aucun autre dieu. Souvent il s'asseyait sur une espèce d'échafaudage établi devant sademeure, etréclamaitdeux ou trois victimes humaines à la fois; toujours il était obéi, car la terreur qu'il inspirait était extrême. On l'invoquait dans l'Ile entière, et des offrandes lui étaient envoyées de toutes parts. Au reste, tous ces atouas vivent dans une réclusion et un mysticisme faits pourimposeraux crédules sauvages. Ajoutons que, dans la plupart des religions de la Polynésie, de la Tasmanie (Nouvelle-Zélande), et dans plusieurs autres de la Malaisie, on trouve la pratique affreuse des sacrifices humains; et que de barbares mutilations sont pratiquées d'un bouta l'autre du Monde-Maritime.

La religion des habitans de V archipel Tonga (des Amis; a un culte public et une foule de divinités; leurs Touitongaet leurs Veachi sont des espèces de grands pontifes rendant des oracles; celle de Y archipel de Viti est à peu près la même. La religion des îles Mogemug, Eap, et JSgali (archipel des Carolines) a aussi un culte public avec temples et sacrifices, circonstance remarquable dans cette partie de la Polynésie-Occidentale, où la religion des naturels n'a aucun culte public. Les habitans des îles Mulgrave (Radack) se contentent d'offrir à la divinité des fruits qu'ils suspendent aux arbres. Dansfî/e d'Oualan, cependant très civilisée, on n'a vu aucune trace de culte ou de superstition. Les offrandes humaines, dit M. Lesson, étaient presque toujours prises dans la classe du peuple ; dans des circonstances rares on sacrifiait des femmes enceintes ; mais les chefs ou le roi avaient soin de choisir des individus sans amis ou sans parens. Souvent aussi on réservait cette sorte de vengeance publique pour ceux qui s'étaient fait remarquer par leur turbulence ou par des actescriminels.Mais les odieuses divini-

tés qui inspirèrent aux Tahitiens, douxpar caractère, des superstitions aussi barbares, ne se bornaient point à voir arroser les marches des mordis avec le sang humain ; elles leur inspirèrent la pensée , tant leur aveuglement sacrilège les asservissait au culte affreux A'Oro, que le plus pur encens , que les offrandes les plus chères aux dieux, étaient les angoises de la douleur, les tortures d'un être souffrant et la longue agonie d'un malheureux se débattant contre des tourmens sans cesse renaissans jusqu'à ce qu'un trépas vivement attendu vint l'y soustraire. Ainsi les victimes étaient souvent attachées aux arbres des moraïs , et là , elles étaient frappées avec des bâtons pointus , couvertes de blessures mortelles, et expiraient dans une lente agonie en adressant aux cieuxdes cris de douleur et de rage. » gouvernement. Le Monde-Maritime , comme l'Ancien et le Nouveau-Monde, offre toutes les nuances de gouvernement , depuis les peuplades nègres les plus abruties de V Australie et des grandes terres de la Malaisie et, les tribus sauvages des Haraforas de Bornéo et de l'archipel des Moluques, parmi lesquelles chaque famille isolée forme une petite société dont le chef ne reconnaît aucun supérieur, jusqu'aux confédérations aristocratiques des Bouguis, aux monarchies limitées de Soulou , de Mindanao, de Bornéo , et aux em pires despotiques de Souracarta et de Djocjocarta , dans l'Ile de Java, où le pouvoir suprême et les institutions politiques se présentent sous mille formes différentes. Mais un trait caractéristique de cette grande division du globe, c'est d'être régie d'un bout à l'autre par un gouvernement qui est toujours plus ou moin ; féodal , gouvernement que l'on voitadopt ; par presque toutes les nombreuses tribu ? de race Malaisienne, dans l'Océanie, et qu'elles ont porté avec elles en Asie (près qu'Ile de Malacca) et en Afrique (lie de Madagascar). Dans la Malaisie (ArchipH Indien), cette espèce de gouvernement prend les formes des monarchies électives dont le chef est choisi par une aristocratie héréditaire, qui en restreint beaucoup l'autorité ; elle ressemble singulièrement au feudalisme qui régnait autrefois dans la plus grande partie de l'Europe. Dans îa Polynésie, on retrouve ce même gouvernement, mais avec de plus grandes nuances, et la noblesse qui y forme une caste

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à part, y est d'une fierté incroyable, et tient le peuple dans un abaissement dont on ne saurait se former une idée. La phipart des habitans policés des lies Celèbes, Sumatra, Bornéo et Mindanao, sont gouvernés par des rois électifs, qui ont très peu d'autorité, de même que les chefs des Passummahs et des Redjangs , à Sumatra , ceux des insulaires de Timor, et ceux des habitans de Rotuma, des iles Mendana (Marquesas) et d'autres parties de la Polynésie, tandis que les souverains des archipels de Radack (Mulgrave), des Carolines , de Pelew , de Sandwich , de Tonga (des Amis), de La Pérouse (Santa- CruzJ, de Salomon, de la Société, et autres lies,, jouissent du plus grand pouvoir, et sont traités avec les plus grands égards. A Oualan , le peuple ne les approche qu'en s'agenouillant, et on dit que les barques qui passent à la vue de l'île Mogemug, siège du chef suprême du groupe de ce nom dans l'archipel des Carolines, doivent plier leurs voiles en signe de respect. Le gouvernement des Achinais, essentiellement féodal, flotte sans cesse entre le despotisme et l'anarchie. Celui du sousounanou de l'empereur de Souracarta, ainsi que celui du sultan de Djociocarta, était naguère despotique, et la puissance de ces monarques, maintenant vassauxdes Néerlandais, n'étaitlimitée que par certains usages auxquels le peuple est si attaché , que le prince n'osait y déroger. A Java, de même que dansl'Hindoustan, chaque village , avec son district , forme pour ainsi dire, un petit état à part , régi par un chef élu par le peuple. Le trône de Soulou est héréditaire , mais l'autorité du sultan est bornée par celle des datus ou nobles héréditaires, qui composent le conseil d'état , par le Maha-Radja-Lela, qui est une espèce de censeur chargé de surveiller la conduite du sultan et des datus, et par le Orang-Kaï-Mallik, qui est une espèce de représentant du peuple, dont le devoir est de défendre ses droits. On peut regarder tous les états de Celèbes comme autant de républiques aristocratiques, dont le pouvoir suprême réside dans une noblesse héréditaire qui choisit le roi, auquel elle n'accorde que très peu d'autorité, et qu'elle a même le droit de déposer. On pourrait comparer le souverain de Louhou à l'ancien doge de Venise , qu'environnait une grande pompe , mais dont l'autorité était presque nulle. Les

huit petits rois de Bali , ainsi que les chefs qui dominent dans l'archipel de Salomon, régnent au contraire despotiquement sur leurs sujets. On doit encore ajouter que quelques peaplades de la race nègre dans l'Australie et dans la Malaisie (Archipel Indien), et quelques tribus des Haraforas, dans cette dernière division, sont régies par des chefs qui jouissent d'une assez grande autorité ; et qu'une tribu des environs de Botany-Bay , plus nombreuse et plus robuste que les autres, paraît avoir été en possession du privilège singulier d'arracher une dent aux jeunes gens des tribus limitrophes.

II est curieux de retrouver au milieu de la Polynésie quelque chose qui rappelle les usages de l'ancienne Rome ; les chefs Tongasy ont de véritables cliens, qui, au moyen de ce patronage, forment une classe intermédiaire entre le peuple et les patriciens.

Les prêtres , parmi les Nouveaux-Zélandais , jouissent d'une autorité presque aussi grande que celle des chefs ; et le Schaou, ou le chef suprême élu à chaque 21e lune par les chefs héréditaires des 24 districts de Rotouma , la plus importante des Sporades Joint le sacerdoce au faible pouvoir qu'on lui accorde. Le Tooitonga semble avoir été jadis dans l'archipel des Amis ce qu'était autrefois au Japon le Dairi, et de même que le souverain pontife japonais , à la fin du xvie siècle , a été privé de ses prérogatives politiques par un général adroit , de même le pontife océanien, après avoir vu diminuer peu-à-peu son autorité, la vit entièrement annulée par le sage successeur de l'adroit et habile Finow 1er.

A la page 1153, nous avons signalé la grande puissance dont jouissent encore les prêtres dans la Polynésie, et le pouvoir immense dont ils étaient investis dans les archipels de Sandwich et de Tahiti , avant l'introduction du christianisme.

Dans les lies soumises aux nations de l'Europe, le gouvernement a pris les formes régulières et modérées qui régissent les peuples de cette partie du monde , et il a subi des modifications plus ou moins grandes, selon les rapports plus ou moins fréquens et les liaisons plus ou moins intimes qui se sont établies dans les autres îles où quelques Européens se sont fixés ou sont parvenus à introduire leur

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religion* et leurs usages. Les deux archipels de Sandwich et Tahiti offrent parmi ces pays les changemens les plus grands. Les missionnaires, en mettant sur le trône le fils de Pommareli,àgéde quatre ans, ont organisé un gouvernement complet. D'après leur constitution, les 27 districts dont se composent Tahiti et l'Ile voisine d'Eiméo, ont chacun leur gouverneur et leur juge , l'un choisi par le parlement, l'autre élu par le peuple ; les pouvoirs législatif et exécutif sont, en apparence , séparés entre le roi et les députés, et, en réalité, réunis dans les mains des missionnaires : ni roi, ni député, dit un voyageur, ne conserverait sa place s'il encourait leur déplaisir. On pourrait croire, dit M. de Morineau, que le gouvernement des Sandwich est despotique : tout appartient au roi, il hérite de tout, dispose de tout; cependant son pouvoir est limité, et des lois conservées par tradition représentent la constitution de ces iles, où l'influence européenne dans l'administration a jusqu'à présent produit beaucoup moins de changemens que dans l'archipel de Tahiti.

industrie. Sous le rapport de l'industrie, le Monde-Maritime présente dans les deux variétés principales de ses habitans et leurs subdivisions, les différences' les plus marquées. Tandis que la race nègre vit presque partout dans les bois à côté des orang-outangs, dont elle ne diffère pour ainsi dire que par l'usage de la parole, et que ses tribus même les moins abruties, à un très petit nombre d'exceptions près, ignorent encore les arts et les métiers les plus indispensables à l'état social, les nombreux peuples de la souche malaisienne ont presque tous atteint une certaine civilisation , et les plus policés s'adonnent même avec succès à l'agriculture, à la navigation , à la pêche , et, en quelques endroits même , à l'exploitation des mines. Cependant l'art du potier, inconnu des Polynésiens les plus civilisés, est pratiqué par les Papouas deDory. Les Celébiens, les Bouguis , les Redjangs, les Javanais, les Ylocos, les Camarinas et les Malais proprement dits , sont les tisserands les plus habiles de la Malaisie (Archipel Indien). Dans la Polynésie, les Sandwichiens font les étoffes les plus remarquables avec l'écorce du mûrier. Les Nouveaux - Zélandais confectionnent de

beaux manteaux avec leur fameux phormium tenax. Les Carolins sont les seuls Polynésiens qui fabriquent de vrais tissus. Les habitans de Rotouma font de très jolies nattes. Dans cette dernière division du Monde-Maritime, la Polynésie, les habitans des archipels de Viti (Fidji), de Tonga (des Amis), de Tahiti (de la Société) et de l'île Rouroutou (Ohiteroa) , dans le groupe de Toubouai, se distinguent aussi par leur industrie.

Plusieurs nations civilisées del'Océanie- Occidentale, comme les tribus policées de l'Asie et de l'intérieur de l'Afrique, montrent une grande habileté à travailler des bijoux, des ornemens en or et en argent, et surtout les ouvrages en filigrane. Les naturels de Manado, les Achinais, les Menangkabous , les Redjangs et les habitans de Padang, dans l'Ile de Sumatra , surpassent tous les autres dans la confection de ces derniers ouvrages. Les naturels de la petite île de Dao, dans l'archipel de Sumbava-Timor, se distinguent aussi dans cette branche d'industrie, et sont les orfèvres et les bijoutiers de toutes les îles voisines. Les Malais de Bornéo et les Javanais savent tailler et polir le diamant et autres pierres précieuses, et les seconds , qui travaillent le bois avec une habileté remarquable, fournissent à tous les Européens de l'Archipel des Indes tous les meubles dont ils ont besoin.

Nous ne. saurions quitter ce sujet sans signaler à nos lecteurs le goût et les dispositions pour la sculpture que montrent dans les ornemens de leurs pirogues, de leurs pagayes, de leurs tambours, et même chez quelques tribus, dans ceux de leurs cabanes , non-seulement les Nouveaux- Zélandais,les Tahitiens, les Sandwichiens, les naturels des îles Pelew, des Caroline* et d'autres îles de la Polynésie , mais même quelques-unes des tribus nègres de l'Australie , particulièrement les habitans des archipels de la Nouvelle-Bretagne et de Salomon , dont les sculptures sont parfois des chefs-d'œuvre d'élégance; nous avons eu occasion de remarquer cette singularité, en parlant des tribus sauvages qui haoitent la côte occidentale de l'Amérique du Nord.

commerce. Le véritable siège du commerce du Monde-Maritime est dans la Malaisie (Archipel Indien) ; c'est ici qu'a vant les temps historiques, les Javanais , les Malais , les Bouguis et les Macassars

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paraissent l'avoir exercé avec plus ou inoins d'étendue , selon les circonstances particulières dans lesquelles ces grandes nations de l'Océan se sont trouvées. Maintenant, les peuples qui s'y adonnent le plus, sont, outre les nations sus-mentionnées, les Tagales , les insulaires de Bali et de Lombock. On doit ajouter que les lïouguis sont la première nation marchande de l'Océanie, et que parmi eux , les habilans de l'état de Wajousonten possession de la plus grande partie du commerce étranger. Cette tribu a des colons établis dans tous les ports de la Malaisie , depuis Achem jusqu'à Manilla, et fournit presque tous les matelots aux prohas des Bouguis qui naviguent dans ces parages. Presque tous les princes et les chefs des nations maritimes de la Malaisie, et leurs principaux officiers font le commerce pour leur compte , et dans quelques états ils le font même exclusivement.

Dans l'Australie le commerce parmi les indigènes, est pour ainsi dire nul, et dans la Polynésie il n'y a que les Carolins occidentaux et les habitans de l'Archipel de Sandwich qu'on puisse regarder comme des peuples commerçans. Depuis 1805, une flottille composée de plusieurs voiles , part d'Ulilea , de Setoan et autres îles de l'archipel des Carolines, se réunit à Lamurek , et va régulièrement tous les ans, à Guam dans les Mariannes , où elle commerce avec les Espagnols. Le gouverneur d'Agana emploie souvent ces mêmes bàtimens pour entretenir sa correspondance avec les autres îles soumises à son administration, et quelquefois même avec Manilla dans les Philippines. Le port de Hanarourou , dans l'archipel de Sandwich, est déjà devenu le rendez-vous des bàtimens qui se rendent en Amérique, aux Philippines et à Canton.

Parmi les étrangers, les Chinois son* ceux qui font le plus d'affaires , et leur commerce surpasse d'un tiers celui même des Anglais. Ils sont dans l'Archipel, ce qu'étaient les Juifs en Europe au moyen âge , et ce qu'ils sont encore dans une grande partie de l'Asie, de l'Afrique et dans quelques contrées d'Europe. Mais plus actifs et plus industrieux que les Juifs, outre le commerce en gros et en détail par mer et par terre, on les voit partout exercer le métier de jardinier , de tailleur, de cordonnier, de peintre, de

distillateur et de potier; ils font aussi toutes les fournitures pour les établissemens civils et militaires; ils perçoivent les taxes, les impôts fonciers et les droits d'entrée et de sortie ; ils exploitent les mines et dirigent ou exécutent les travaux dans les hôtels de monnaies.

La position insulaire de presque toutes les tribus Océaniennes en fait des marins aussi habiles qu'intrépides , et a contribué sans doute à porter à un aussi haut point de perfection l'art de construire leurs pirogues et leurs eorocores ou barques de guerre. Les Achinais et les Siaks de Sumatra , les Macassars et les Bouguis de Celèbes, les Tagales de Luçon et les naturels de Mindanao, de Soulou et de Bali excellent plus que les autres peuples de la Malaisie (Archipel Indien), dans la construction de leurs bàtimens. Ceux des Achinais, des Siaks, des Soulous et des Mindanao sont les plus grands et sont garnis de canons. Les pirogues à balanciers, légères, rapides et propres à la navigation des côtes et des mers tranquilles, se trouvent en usage parmi les Timoriens, les habitans de la côte nord-est de l'Australie (Nouvelle-Hollande), parmi ceux des archipels des Mariannes et des Carolines, et chez presque toutes les peuplades de la Polynésie. Les Carolins, particulièrement ceux du groupe de Gouliai (Ulea, Ulie), sont les navigateurs les plus expérimentés et les plus intrépides de cette partie de la Polynésie ; leurs pirogues qu'on a appelées volantes, sont les plus rapides et les plus parfaites que l'on connaisse. Nous avons déjà mentionné le voyage qu'elles font aux Mariannes; nous rappellerons ici l'intéressante observation faite par Malte-Brun , sur les renseignemens que M. Gaimard lui avait fournis ; c'est que ces insulaires divisent la rose des vents, précisément comme le faisaient, d'après Timoslhènes, les Grecs et les Romains depuis Alexandre jusqu'à Claude. A l'autre extrémité de la Polynésie, les naturels des îles Paumotou, qui habitent également des îles basses ou alto les, possèdent de grandes pirogues doubles dans la conduite desquelles ils se montrent aussi habiles navigateurs. Les nouveaux Zélandais possèdent de superbes pirogues de guerre sans balancier ; mais ils ne s'éloignent jamais hors de vue de terre comme les Carolins et les Paumotous qui se dirigent d'après les astres. On

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retrouve chez tous les peuples nègres, épars depuis le nord de la Papouasie (Nouvelle-Guinée), sur ces chaînes de grandes îles, une forme assez générale de pirogues. Ceux du Port-Praslin (Nouvelle-Irlande), de la Nouvelle-Bretagne, de l'île d'York, de Bouka et autres ont des embarcations sveltes , légères , formées de bordages assemblés et cousus, dont les joints sont bouchés par un mastic tenace, et dont les deux extrémités se relèventet sont le plus souvent surmontées de quelque attribut. Mais toutes ces pirogues , dit M. Lesson , n'ont point de balancier, tandis que celles qu'on retrouve sur le pourtour boréal des îles dites des Papouas , et qui sont destinées aux besoins ordinaires, sont , sans exception, à deux balanciers ; celles de guerre , toutefois , ressemblent aux précédentes. Nous ajouterons aussi par opposition à ces insulaires si habiles dans la construction et la direction de leurs embarcations, que les pirogues des Australiens des environs du Port Jackson, ne sont faites qu'avec une longue écorce d'eucalyptus solidement liée aux extrémités ; que dans la région intertropicale du Continent Austral, un tronc d'arbre creusé en tient lieu; que plus à l'ouest, dit M. King, à la baie de Hanovre , c'est un radeau formé de tiges vieilles et légères de manglier ; qu'enfin , dans l'archipel de Dampier et autres parties de l'Australie (Nouvelle-Hollande) , l'intelligence des Australiens n'a pu s'élever pour passer les rivières ou traverser les baies et les golfes, au-dessus d'un simple tronc d'arbre flottant!

Qu'il nous soit permis de dire encore un mot sur ces embarcations des Océaniens, qui ont excité l'admiration de tous les navigateurs européens qui ont eu l'occasion de les observer, et qui ont été jusqu'à ces derniers temps l'objet sur lequel ces insulaires déployaient toutes les ressources de leur industrie. « Les pirogues simples, dit M. Lesson , creusées dans un tronc d'arbre , peuvent se reproduire ailleurs ; mais il n'en est pas de même des pirogues doubles ou accolées deux à deux, qu'on ne rencontre nulle part chez les peuples d'une descendance étrangère aux Océaniens. Nous vîmes à Tahiti des pirogues doubles qui arrivaient des lies Paumotou : c'étaient de vrais petits navires propres à faire de longues traversées et capables de contenir des vivres en

proportion déterminée pour l'équipage , qui est logé dans une banne en bois solidement tissée et disposée sur le tillac. La coque de chacune des deux pirogues est calfatée avec soin , enduite de mastic ; et de forts madriers solidement liés les unissent. Leur gouvernail est remarquable par un mécanisme ingénieux que nous ne pouvons point indiquer ici. Ces pirogues étaient anciennement , chez les Tahitiens , décorées de sculptures qu'on retrouve encore aujourd'hui sur les embarcations sveltes des Nouveaux-Zélandais. Ces reliefs, débris des arts traditionnels que ces peuples ont conservés, et dont le fini étonne lorsqu'on examine l'imperfection des instrumens qu'ils employaient, sont toujours identiques par leurs représentations. Ils les négligent depuis que les Européens leur ont porté le fer. Les idées nouvelles qu'ils ont reçues feront bientôt disparaître les traces de ces ingénieux travaux , qui s'effaceront avec le sens mythologique qu'on y attachait et que remplace déjà chez plusieurs une imitation plus ou moins grossière de nos arts et de nos procédés. Les pirogues doubles sont usitées à Tahiti et dans les archipels voisins, auxSandwich, aux lies Marquises et jusqu'à Rotuma.

Nous ne les avons pas vues à la Nouvelle- Zélande, mais la nature des baies nécessite des embarcations plus légères ; il paraît cependant qu'ils s'en sont parfois servis. Toutes les pirogues zélandaises ont leur avant surmonté d'une tête hideuse tirant la langue, ce qui est chez eux le signe de guerre et de gloire ; et l'arrière est terminé par une pièce sculptée , haute de quatre pieds , représentant un dieu et des cercles sans fin, dont la signification est entièrement symbolique. »

A. l'égard des Océaniens qui doivent en tout ou en partie leur civilisation aux Européens , nous ferons observer que les Tagales et autres peuples de la souche malaisienne de Luçon ou Manille, sont employés presque universellement dans la Malaisie comme canonniers ou timonniers, qualités qu'ils possèdent à un degré éminent. Nous remarquerons aussi que les habitans des îles Sandwich et de la Nouvelle-Zélande prennent quelquefois service comme matelots sur les bàtimens anglais et anglo-américains qui vont à Canton et à la côte nord-ouest

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«l'Amérique, ou qui font la pêche delà Laleine dans le Grand-Océan.

Au milieu de tous ces peuples navigateurs, l'Océanie offre peut-être un plus grand nombre de corsaires que toutes les autres parties du monde. Les peuplades les plus renommées par leurs pirateries sont les Achinais et les Siaks de File Sumatra, les insulaires de Lingen , les habitans de Kali et Tuli-Tuli sur la côte nord-ouest de Celèbes, les Tedongs , tribu des Dayaks , et les habitans du royaume de Sambas dans Bornéo, les Mindanao, les IHanosetles Soulous dans l'archipel des Philippines. On doit cependant avouer que depuis quelques années le nombre de ces forbans a beaucoup diminué, grâces aux croisières anglaises et hol landaises. Il n'y a que les côtes des Philippines qui soient encore ravagées presque tous les ans par les corsaires de Soulou, de Mindanao et de Bornéo, malgré les bateaux armés et les canonnières que les Espagnols entretiennent dans ces parages. Les colonies anglaises de déportation ont répandu dans l'Australie et même dans la Malaisie quelques déserteurs, tant des établissemens coloniaux que des navires du commerce; jusqu'à présent il n'en est pas résulté d'associations de pirates européens dans ces deux sections de l'Océanie ; mais quelques points du Continent , plusieurs îles et surtout les petites îles du détroit de Bass ont reçu un grand nombre de matelots révoltés et de convicts évadés , qui menacent de renouveler les régences barbaresques. Des croisières habilement dirigées peuvent encore détourner le péril.

L'esclavage que les lois reconnaissent et sanctionnent dans toute la Malaisie, à l'exception de l'île de Java et peut-être de quelques autres, la férocité de certaines tribus et la faiblesse et l'abrutissement de plusieurs autres , donnent naissance, dans cette partie de l'Océanie, à tous les s bus, à toutes les violences et à ces atrocités, que le commerce d'esclaves produit encore en Afrique. Toutes les nations que nous avons signalées ailleurs comme adonnées plus que les autres à la piraterie, font c et abominable commerce, qui ici, comme en Afrique, reçut une grande augmentation par les demandes des Européens, et surtout par celles des Hollandais. Les féroces Mindanao sortent régulièrement tous les ans de leurs ports pour aller à

la traite des esclaves dans l'archipel des Philippines. Les îles de Celèbes, Poulo- INias, Bali et quelques autres sont les contrées de l'Océanie qui fournissent le plus grand nombre de victimes à la cruelle avidité des marchands chinois, bouguis et achinais, avec lesquels rivalisent même quelques marchands européens.

Les principaux articles d'exportation du Monde - Maritime sont : noix muscades, clous de girofle, cannelle, poivre, café, riz, élain, or, diamans, perles, ivoire, nids d'oiseaux, bois de sandal, bois de marqueterie , indigo , sucre , coton , tabac , bois de construction surtout de tek; camphre, térébenthine, bétel, ambre gris, charbon de terre, blé, chevaux, fourrures , lin et laine de la plus belle qualité, huile et fanons de baleine, écailles de tortue, holothuries, oiseaux de paradis, cocos, gingembre, sagou, joncs, rottins, noix d'arec, bambous , arbre à pain. Les principaux articles d'importation sont : opium, sel, toiles ordinaires, soieries, objets de mode, porcelaine, cuivre, huile, savon, vins, liqueurs, armes blanches et à feu, poudre et un grand nombre d'articles provenant des fabriques et des manufactures de l'Europe.

Les principales places commerçantes de l'Océanie sont : Batavia, Samarang , Sourabaya , Riow (Rhio) , Amboine , Coupang et Macassar dans TOcéanieîlollandaise ; Manille dans l'Océanie-Espagnole ; Sydney , Hobarl - Town et Swan-River dans l'Océanie-Anglaise; Bornéo, Achem, Bevan dans la Malaisie-Indépendante. Dans la Polynésie nous nommerons : la Baie des Iles et Houkianga dans la Nouvelle-Zélande ; Matavae et Pape'iti dans Tahiti; Hanarourou dans les îles Sandwich ; les îles Vili et les îles Mendana pour le bois de sandal ; les îles Paumotou yourtes perles et les trepangs. En outre, nous ferons observer que toutes ces mers sont fréquentées pour la pèche des cachalots et toutes les îles australes pour la chasse des phoques.

ÉTAT SOCIAL DES OCÉANIENS. DepiUS

Forster , qui le premier traça d'une main habile le vaste cadre des productions et des habitans de la Polynésie et de l'Australie , de nombreux voyageurs parcoururent dans toutes les directions le Grand- Océan et la mer des Indes , et publièrent une foule de faits qui servirent à la clas-

sification des peuplades éparses sur le Continent-Austral et sur les iles innombrables qui en dépendent. Nos lecteurs connaissent déjà les voyageurs célèbres qui , depuis les mémorables circumnavigations de Cook, ont décrit les Océaniens sous le double rapport physique et moral. Ici, nous nous bornerons à citer quelques auteurs, dont les savantes recherches ont été notre guide principal, dans la détermination des différens foyers de civilisation indigène du Monde-Maritime. Citer les noms de Marsden , de Rallies , de Leyden, de Wenthworlh, de King, de Nicholas, de Dillon, deChamisso,deCol!ins, de Cuningham, de Kendal, de Kolzebue , de Krusenstern, de Langsdorf, de Péron, de Freycinet, de Duperrey , et les doctes auteurs des Polynesian Researches , c'est rappeler au lecteur des hommes , dont les travaux aussi savans que consciencieux ont mérité une juste célébrité. Mais notre franchise nous impose le devoir de lui signaler surtout deux ouvrages classiques , que quelques littérateurs exloitent , en y puisant, à peu de frais , une vaste érudition qui ne leur appartient pas , et nous nous faisons un plaisir et un devoir d'avouer les nombreux emprunts que nous leur avons faits ; ces ouvrages sont : the History of the Indian Archi- ■peiago, par M. Crawfurd, et V Histoire Naturelle de V homme, par M. Lesson.

C'est dans le premier que nous avons puisé presque tout ce qui concerne la civilisation indigène de la Malaisie ; c'est le second qui nous a fourni les faits curieux etintéressans à l'aide desquels nous avons pu compléter la classification de tous les autres peuples de l'Océanie. Nous devons aussi déclarer que plusieurs communications importantes nous ont été faites par nos savans amis MM. Garnot et Gaimard, MM. Ernest et Jules de Blosseville, ainsi que par un voyageur célèbre, M. de Kienzi.

Maintenant que le lecteur connaît les sources auxquelles nous avons puisé et quels sont nos guides principaux, nous allons essayer de classer les principales nations du Monde-Maritime , d'après les foyers de civilisation qui nous paraissent pouvoir être regardés comme indigènes , en signalant ensuite la part de civilisation qui paraît devoir être attribuée aux peuples de l'Asie et à ceux de l'Europe.

En comparant l'état social, où furent trouvées les innombrables tribus de l'Océanie , on voit d'abord qu'elles présentent pour ainsi dire deux brandies principales de civilisation indigène très différentes entre elles. La première , qui comprend les grandes nations de la Malaisie (Arclupel-lndien) , parait devoir son origine à an peuple inconnu, qui, selon M. Crawfurd, parlait le grand-polynésien; c'est le foyer que nous proposons de nommer javano-malaisien , à cause des deux nations qui peuvent être regardées comme ses branches principales; car les Javanais et les Malais sont incontestablement les deux nations indigènes qui, indépendamment de toute influence étrangère ,se sont élevées le plus liaut dans l'échelle des peuples civilisés de celle partie du monde. La seconde branche, qui comprend tous les autres peuples de l'Océanie, offre une civilisation incomparablement inférieure à la première. On peul y distinguer trois nuances principales , qui nous paraissent pouvoir être regardées comme autant de foyers distincts, que nous proposons de nommer foyer australien, foyer carolinien et foyer polynésien, dénominations qui désignent les pays où vit le plus grand nombre de tribus civilisées que chacun d'eux embrasse.

Les ingénieuses et savantes recherches de M. Crawfurd, sur le foyer javano-malaisien, ont démontré que cette civilisation s'est développée dans la Malaisie, indépendamment des nations de l'Ancien et du iNouveau-Monde. Celte civilisation semble avoir suivi, dans son développement pendant une longue série de siècles , une marche toute particulière , et avoir même étendu son influence depuis Madagascar, sur les côtes orientales de l'Afrique , jusqu'à l'île de Pâques, vers les rivages de l'Amérique. Ici , comme dans l'Ancieu-Contiuent , on retrouve partout les trac« s d'une nation antique, qui a influé puissamment sur la formation de la langue , sur les institutions sociales, politiques et religieuses, sur les mœurs et les usages d'un grand nombre de peuples, mais dont on ne saurait déterminer l'époque précise de l'existence , ni indiquer exactement le lieu de la demeure primitive. La langue que les savans philologues Marsden et Crawfurd appellent le grand-polynésien, est pour les nations de l'Océanie ce que le samscrit est pour les nations Indo-Germaniques de l'Ancien-Conlinent. C'estau peuple qui la parlait qu'il faut attribuer celle civilisation autochtone, qui estla souche de l'état social dans lequel on a trouvé les innombrables tribus de la Malaisie , et donton reconnaît quelques vestiges chez les peuplades répandues sur les deux tiers environ de la circonférence du globe, phénomène unique dans l'histoire de l'homme, surtout lorsqu'on pense au peu de moyens que ce peuple devait avoir pour étendre ses colonies à d'aussi immenses distan-ces. La comparaison et l'analyse des langues parlées dans ce vaste espace par les nombreuses tribus de race malaisienne ; la comparaison et l'analyse de leurs mœurs, de leurs usages, de leurs institutions politiques et religieuses, de leurs histoires nationales et de leurs traditions populaires, tout nous montre de

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la manière la plus évidente, un foyer de civilisation indigène , sur laquelle s'est pour ainsi dire entée la civilisation étrangère, apportée ensuite à des époques très différentes par les Hindous, les Arabes, les Chinois, et plus tard par les Européens. Ces mêmes considérations portent à conclure que ce peuple inconnu , mais dont l'existence ne peut être raisonnablement révoquée en doute , après les faits réunis avec tant de sagacité par M. Crawfurd, avait, de temps immémorial et indépendamment de toute influence étrangère, fait des progrès dans l'agriculture; qu'il connaissait l'usage du fer, de l'or et de l'étain; qu'il savait travailler ces métaux ; qu'il possédait l'art de tisser des étoffes faites de la partie fibreuse d'une plante indigène ; qu'il avait apprivoisé le buffle et la vache et les employait dans l'agriculture et dans les transports , ainsi que la poule, le canard et le cochon, qui servaient à augmenter ses moyens de subsistance ; qu'il s'était donné un gouvernement régulier; qu'il avait établi des foires et des marchés, qui se tenaient à des époques déterminées ; qu'il avait un calendrier civil et un calendrier agricole ; qu'il possédait déjà un système d'arithmétique assez étendu ; et qu'il s'était même élevé jusqu'à l'invention d'un véritable alphabet. Ces mêmes considérations rendent aussi extrêmement probable l'hypothèse proposée par M. Crawfurd , que c'est à Java, qu'il faut placer l'existence de ce peuple inconnu, et que c'est dans cette île par consé- 1 quent qu'il faut placer le noyau principal et primitif de toute la civilisation indigène de l'Océanie ou du Monde-Maritime.

Les principaux peuples qui appartiennent au foyer javano-malaisien sont : les Javanais et les Malais proprementdits, dont nous avons indiqué la demeure aux pages 1147 et 1148 ; les montagnards de Java qui habitent la partie de cette île nommée Sunda , les Battas, les Achinais, les insulaires de Bali , les Bima de Sumbava , les Bouguis et les Macassars de Celèbes , les Tagales, les Bissayos, les Soulous et les Mindanao de l'archipel des Philippines.

Un trait qui caractérise la civilisation de ce foyer et qui la distingue le plus de celle de tous les autres peuples policés du globe , c'est la multiplicité des alphabets différens qu'on y trouve en usage parmi des peuples placés dans les circonstances les moins favorables pour en rendre l'invention facile ou même nécessaire. Les Battas, les Redjangs et les Lampongs, nations qui parlent des langues moins différentes entre elles que ne le sont entre eux le français , l'espagnol et l'italien, et vivant toutes les trois dans la même île, emploient, pour exprimer leurs idées, des caractères aussi différens les uns des autres que leurs idiomes diffèrent de ceux des peuples les plus éloignés. Ce même phénomène , unique dans l'histoire de l'homme, se répète encore dans d'autres parties de l'Océanie-Occidentale , lorsqu'on compare entre elles les langues des Sunda , des Tagales , des Bouguis et des Javanais , qui appartiennent à une même souche, celle dont dérivent les trois nations précédentes , et dont les alphabets respectifs diffèrent aussi entièrement

de ceux des Battas , des Redjangs et des Lampongs. C'est peut-être ici le lieu de faire observer que les Redjangs, comme autrefois les Chinois et autres peuples , se servent encore de cordelettes auxquelles ils font des nœuds, lorsqu'ils ont besoin de se ressouvenir de quelque chose.

Les foyers australien, carolinien et polynésien offrent , dans leur développement, une marche bien plus lente que le foyer javano-malaisien; on peut dire même que depuis long-temps elle est stationnaire. Mais , tout inférieure qu'est cette civilisation comparée à celle de la Malaisie, elle ne laisse pas de nous étonner, surtout lorsqu'on pense aux circonstances peu favorables où l'homme s'est trouvé dans cette partie du globe , pour sortir de l'état sauvage. Privé du secours des animaux domestiques , ignorant l'usage des métaux les plus utiles , disséminé sur une mer immense , on ne le voit pas moins exercer une sorte d'agriculture ; se réunir sous un gouvernement régulier; se diviser en castes, jouissant chacune de certains privilèges; avoir une religion avec des rits, des prêtres et des sacrifices; observer, à l'égard des chefs héréditaires , une étiquette qui, pour la rigueur et les détails, peut être comparée à celle en vogue dans le sud-est de l'Asie; se bâtir des cabanes commodes adaptées aux circonstances locales ; se couvrir de véritables étoffes ou bien de nattes artistement travaillées; élever quelques monumens grossiers; construire enfin, avec une intelligence étonnante , des pirogues qui ont mérité les éloges des plus grands marins , et sur lesquelles, guidé par les étoiles et la connaissance des vents, on le voit croiser dans toutes les directions le plus vaste des océans.

Si l'on voulait mettre ensemble les traits principaux qui nous ont servi à tracer la ligne de démarcation entre ces trois foyers de civilisation indigène , et assigner à chacun les peuples qui lui appartiennent, on pourrait les résumer de la sorte :

Le foyer australien embrasserait les peuples nègres les moins abrutis. On ne connail jusqu'à présent qu'un petit nombre de peuplades qui puissent lui être assignées. A la tête de toutes, il semble qu'on doit placer ici les insulaires de la Nouvelle-Irlande, de la Nouvelle-Bretagne, de Santa-Cruz , de quelques-unes des îles de l'archipel de Salomon , et quelques-unes des peuplades du groupe de la Papouasie (Nouvelle-GuinéeJ et des îles qui en dépendent. Ces peuplesconnaissent l'usage de l'arc et des flèches, ignoré des peuples des branches carolinienne et polynésienne ; quelques-uns savent même fabriquer de la poterie, et tous ont un goût prononcé et une grande adresse pour les sculptures, dont ils ornent leurs pirogues et les portes de leurs maisons. Mais ici , nous devons signaler deux particularités remarquables propres à ces peuples , et dont la connaissance est due à M Lesson. A Waigiou, à Dory, ce naturaliste trouva chez les naturels l'usage iïoreillers en bois travaillés et représentant le plus constamment et avec plus ou moins de perfection deux têtes de sphinx, attribut égyptien; plusieurs de ces objet?, comparés en France avec ceux qu'on a trouvés sous la tête des momies d'E-

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gypte découvertes clans les tombeaux, n'ont offert aucune différence sensible. Au port Praslin centième savant trouva , chez les naturels, l'usage de Vépinette divisée en trois lamelles effilées, qui se placent dans la bouche comme la nôtre, et, ce qui est encore plus singulier, la flûte à Pan ou le syrinx, composé de huit notes dont cinq appartiennent à la gamme ettroissont répétées à l'octave en dessous, ce qui porta un musicien distingué à faire remonter aux temps les plus reculés l'invention de cet instrument. Le foyer carolinien embrasserait non-seulement tous les peuples de race malaisienne de l'ar- * hipel des Carolines, mais aussi les anciens habitons de celui des Mariannes , les insulaires de l'archipel de Palaos et ceux qui forment le groupe que nous avons nommé Archipel-Central. Tous ces peuples forment la branche que M. Lesson a nommée rameau Mongol-Pélagien. Plusieurs traits particuliers à ces peuples les isolent des autres Océaniens. D'abord le manque de toute sorte de culte ; quoiqu'ils possèdent le dogme consolant d'une autre vie, ils n'ont aucune cabane servant de temple , ni aucune idole. Ces peuples, à quelques exceptions près , ne suivent pas l'usage infâme des Polynésiens , de prostituer leurs filles ou les esclaves enlevées à leurs familles. Jaloux au contraire de leurs épouses, ils paraissent scrupuleux de conser.ver intacte la fidélité conjugale , et redoutent le commerce de leurs femmes avec les étrangers. « La construction de leurs pirogues, dit M. Lesson, est depuis longtemps célèbre -, elle ne ressemble en rien à celle des Polynésiens. Ici, on ne peut se dispenser de reconnaître des insulaires essentiellement navigateurs, observateurs exacts du cours «les astres, possédant une sorte de boussole, instrument que l'on sait exister depuis long-temps en Chine et au Japon, quoique les habitans de ces pays soient loin d'être aujourd'hui d'habiles marins. La marche de leurs pros peints en rouge et frottés avec quelques substances qui leur donnent l'aspect d'un ouvrage vernissé , est vraiment remarquable, quoiqu'elle soit loin de légitimer ce qu'en ont dit quelques navigateurs , et surtout Anson ; elle est de cinq à six milles par heure au plus. Mais avec quelle adresse on fait changer indistinctement à ces pirogues l'avant en arrière , par un simple renversement de voile ! et ces fragiles embarcations conservent toutes un genre de construction qui ne varie dans aucune île , et que nous eûmes occasion de voir sur la plupart de ces longues chaînes d'archipels. Adonnés à la guerre, poursuit ce savant, parce que l'homme y est naturellement porté , les Carolins ont aussi conservé ou su faire un grand nombre d'instrumens de destruction. Cependant nous ne les trouvons pas en possession de l'arc et des flèches , réservés à la race nègre , ni du casse-tète , ni des longues javelines, plus particulièrement usitées chez les Océaniens (Polynésiens). Des frondes, dos pierres, des bâtons pointus et garnis d'os et d'épines de poissons, des haches de coquilles, voilà les armes les plus habituelles et celles dont ils se servent plus généralement. » Mais une industrie qui est essentiellement propre à ces peu-

ples, c'est la confection des étoffes. Les Australiens et les Polynésiens les plus civilisés emploient, pour leur fabrication, des écorces battues et amincies sous forme de papier -, les Carolins au contraire se servent d'un petit métier , seul débris , dit M. Lesson , des arts de leurs pères , pour assembler les fils et composer une toile par un procédé et par des instrumens parfaitement analogues à ceux dont se servent les Européens. « On ne peut, dit ce naturaliste, en voyant ces tissus formés de fils soyeux de bananier teints en jaune , en noir , ou en rouge , entrelacés sur un métier élégant, ornés de dessins qui annoncent du goût, que faire remonter la source d'un art ainsi perfectionné à une race plus anciennement civilisée et depuis long-temps établie en corps de nation. Pourquoi, d'ailleurs , les Carolins n'ont-ils jamais eu recours à l'écorce de l'arbre à pain si commun sur la plupart de leurs îles, et qu'ils n'avaient qu'à battre avec un maillet pour la convertir en étoffe? Cela tient à ce qu'ils ont retenu par la tradition les principes d'un art très perfectionné dans leur patrie primitive, et que leur industrie a su en conserver l'usage pour confectionner les seuls ajustemens réclamés par le climat qu'ils habitent. » Ce véritable phénomène dans la civilisation , encore si arriérée de ces peuplades de l'Océanie , est trop important pour que nous ne nous arrêtions pas encore un instant. Voici de quelle manière s'exprime sur ce sujet un observateur habile , qui le premier établit des relations amicales entre l'équipage de la Coquille et les insulaires d'Oualan. « Un certain intérêt, dit M. Jules de Blosseville , s'attachera peut-être à la description minutieuse et même technique de l'art du tisserand, chez un peuple de l'Océanie qui, abandonné à ses seuls moyens, nous a presque fait oublier les belles draperies d'écorce des Hawaiiens et des Tahitiens, les nattes fines et jolies de Rotouma, les manteaux soyeux de la Nouvelle-Zélande et les pagnes renommées de Madagascar. Cet intérêt s'accroît si l'on réfléchit que dans l'Ancien-Monde la fabrication des tissus remonte à la plus haute antir quité, mais que dans l'Amérique entière et dans toutes les îles de la Polynésie, l'invention d'un métier était au-dessus de la portée des esprits Certes , il y a loin du caribari ou navette vo lante et des métiers à tisser mécaniques au kalap ou navette simple, et au paoust des Carolins-, mais les merveilles de notre industrie paraissent moins surprenantes pour celui qui voit à quel degré de perfection, à quelle élégance de travail étaient parvenus , sans modèle et avec une grande simplicité de moyens, des insulaires industrieux ignorés du reste du globe. »

Le foyer polynésien embrasserait non-seulement les habitans des archipels de Tonga (des Amis), de Hamoa (des Navigateurs), de Cook , de Tahiii (de la Société), de Mendana (Marquises), de Hawaii (Sandwich) et ceux des Sporades qui appartiennent à la race malaisienne, mais aussi les insulaires de la Tasmanie (Nouv.-Zélande) , et les peuplades nègres qui habitent l'archipel de Vili (Fidji)- Parmi ces peuples , ceux de Tahiti , de Tonga et de Hawaii avaient fait le plus de progrès

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dans la civilisation avant l'arrivée des Européens. Toutes les tribus policées comprises dans cette division fabriquent des étoffes fines avec l'écorce de l'aoûté (broussonetia papyrifera) et des toiles plus grossières avec le liber de l'arbre à pain (arlocarpus incisa). C'est avec un maillet quadrilatère et strié sur ses quatre faces , qu'elles les façonnent en frappant sur les écorces ramollies etinvisquées avec un gluten. Chez toutes on retrouve les mêmes procédés de fabrication, ainsi que l'art de les enduire d'une sorte de caoutchouc pour les rendre imperméables à la pluie. Certes de tels rapprochemens ne sont point le résultat du hasard; ils doivent dériver des arts pratiqués jadis parla souche de ces peuples; Tous les Polynésiens préparent et font cuire leurs alimens dans des fours souterrains, à l'aide de pierres chaudes ; ils se servent de feuilles de végétaux pour leurs besoins divers -, ils convertissent le fruit à pain, la chair du coco, le taro, en bouillies; tous boivent le kava ou l'ava , suc d'un poivrier qui les enivre et les délecte. Avant l'arrivée des Européens dans leurs îles, ces peuples étaient esclaves de la terrible superstition du tabou, qui leur imposait une foule de privations et qui a coûté la vie à tant de malheureux innocens. Cette loi barbare défendait aux femmes, sous peine de la vie, de manger du cochon , des bananes et des cocos, de faire usage du feu allumé par des hommes , et d'entrer dans l'endroit [oi\ ils mangent. Le prédécesseur du fameux Tamehameha 1 était tellement tabou, qu'on ne devait jamais le voir pendant le jour, et que l'on mettait impitoyablement à mort quiconque l'aurait vu un instant, ne fût-ce que par hasard. Cette institution, qui est un des traits principaux qui distingue les Polynésiens des autres nations de l'Océanie, mérite quelques détails que nous emprunterons à un article publié par M. le capitaine d'Urville, sur le tabou en usage chez les Nouveaux-Zélandais; il ne diffère que par quelques petites modifications de celui qui est pratiqué chez les autres peuplades de cette partie du monde.

Sans nul doute, dit ce savant marin, le but primitif du tabou fut d'apaiser la colère de la divinité et de se la rendre favorable, en s'imposantune privation volontaire proportionnée à la grandeur de l'offense ou à la colère présumée du dieu. Ouiconque porterait une main sacrilège sur un objet soumis à un pareil interdit, provoquerait le courroux de XALoua (Dieu) , qui ne manquerait pas de l'en punir en le faisant périr , non-seulement luimême, mais encore celui ou ceux qui auraient établi le tabou, ou en faveur desquels il aurait été institué. Mais le plus souvent les naturels s'empressent de prévenir les effets du courroux céleste en punissant sévèrement le coupable. S'il appartient à une classe élevée, il est exposé à être dépouillé de toutes ses propriétés et même de son rang , pour être rélégué dans les dernières classes de la société. Si c'est un homme du peuple ou un esclave, il peut arriver que la mort seule puisse expier son offense. Un mot du prêtre , un songe ou quelque pressentiment involontaire donne-t-il à penser à un naturel que son dieu est irrité, soudain il impose le tabou sur sa maison , sur ses

champs, sur sa pirogue , etc. , etc., c'est-à-dire qu'il se prive de l'usage de tous ces objets, malgré la gêne et la détresse auxquelles cette privation le réduit. Tantôt le tabou est absolu et s'applique à tout le monde ; alors personne ne peut approcher de l'objet taboué sans encourir les peines les plus sévères. Tantôt le tabou n'est que relatif et n'affecte qu'une ou plusieurs personnes déterminées. L'individu soumis personnellement à l'action du tabou est exclu de toute communication avec ses compatriotes ; il ne peut se servir de ses mains pour prendre ses alimens. Appartient-il â la classe noble, un ou plusieurs serviteurs sont assignés à son service et participent à son état d'interdiction ; n'est-il qu'un homme du peuple, il est obligé de ramasser ses alimens avec la bouche, à la manière des animaux.

« On sent bien, dit M. d'Urville, que le tabou sera d'autant plus solennel et plus respectable , qu'il émanera d'un personnage plus important. L'homme du peuple , sujet à tous les tabous des divers chefs de la tribu, n'a guère d'autre pouvoir que de se l'imposer à lui-même. Le rangotira (chef) , selon son rang, peut assujétir à son tabou ceux qui dépendent de son autorité directe. Enfin la tribu tout entière respecte aveuglément les tabous imposés par le chef principal. D'après cela , il est facile de prévoir quelle ressource les chefs peuvent tirer de cette institution pour assurer leurs droits et faire respecter leurs volontés. C'est une sorte de veto d'une extension indéfinie, dont le pouvoir est consacré par un préjugé religieux de la nature la plus intime. Aux siècles d'ignorance , les foudres spirituelles du Vatican n'eurent pas des effets plus rapides, plus absolus sur les consciences des chrétiens timorés , et leurs décrets n'obtenaient pas une obéissance plus explicite que ceux du tabou à la Nouvelle-Zélande. A défaut de lois positives pour sceller leur puissance et de moyens directs ponr appuyer leurs ordres, les chefs n'ont d'autres garanties que le tabou. Ainsi qu'un chef craigne de voir les cochons, le poisson, les coquillages, etc., manquer à sa tribu par une consommation imprévoyante et prématurée de la part de ses sujets, il imposera le tabou sur ces divers objèts, et cela pour tel espace de temps qu'il jugera convenable. Veut-il écarter de sa maison, de ses champs, des voisins importuns, il taboue sa maison, ses champs. Desire-t-il s'assurer le monopole d'un navire européen mouillé sur son territoire, un tabou partiel écartera tous ceux avec qui il ne veut point partager un commerce aussi lucratif. Est-il mécontent du capitaine , et a-t-il résolu de le priver de toute espèce de rafralchissemens, un tabou absolu interdira l'accès du navire à tous les hommes de sa tribu. Au moyen de cette arme mystique et redoutable, et en ménageant adroitement son emploi, un chef peut amener ses sujets à une obéissance passive. Il est bien entendu que les chefs et les arikis ou prêtres savent toujours se concerter ensemble pour assurer aux tabous toute leur inviolabilité. D'ailleurs les chefs sont le plus souvent arikis eux-mêmes, ou du moins les arikis tiennent de très près aux chefs par les liens du sang ou de*

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alliances. Ils ont donc un intérêt tout naturel à se soutenir réciproquement. »

Rien ou presque rien dans l'Océanie ne nous rappelle l'Amérique , tandis que quelques animaux et quelques plantes utiles à l'homme, des idées religieuses et des traditions, des jeux et des amusemens, plusieurs usages et quelques arts , et jusqu'à une certaine analogie dans les formes grammaticales des langues que parlent ses nations les plus policées, décèlent de loin en loin une origine asiatique et les communications qu'à des époques différentes les peuples océaniens durent avoir eues avec ceux de l'Asie.

Les Hindous t et particulièrement les Telinga, les Arabes et les Chinois sont les -trois nations asiatiques qui contribuèrent à la civilisation de la Malaisie ou de l'Océanie-Occidentale (Archipel Indien); les deux premiers guides par le fanatisme religieux; les Chinois, poussés par leur infatigable industrie. Les ruines imposantes dont la partie orientale de Java est pour ainsi dire parsemée ; le kawi, ou l'ancienne langue littéraire des Javanais, encore en usage dans l'île de Bali; les religions de Brahma et de Bouddah encore dominantes dans cette dernière ile et dans quelques cantons montueux de celles de Java et de Madura -, les noms que portent le cuivre, l'argent et autres objets utiles et ceux de tous les nombres supérieurs, sont des traces évidentes des relations qui existèrent de bonne heure entre les nations malaisiennes et celles de l'Inde. Le mahométisme professé par presque tous les peuples policés de la Malaisie, plusieurs lois civiles et criminelles, l'alphabet en usage parmi les Malais proprement dits, une grande partie de la littérature nationale et un grand nombre de termes abstraits répandus dans leurs idiomes , attestent visiblement l'influence qu'exercèrent les Arabes sur la civilisation de cette partie de l'Océanie. Quelques usages et le grand nombre de Chinois répandus et établis dans presque toutes les iles principales de ce grand archipel, sont une preuve incontestable des antiques relations commerciales qui eurent lieu de bonne heure et continuent «ncore entre ses habitans et ceux de la Chine.

Si l'on considère l'influence qu'ont eue les Européens sur la civilisation des Océaniens, on est forcé de convenir que ces étrangers , au lieu d'améliorer le sort de ces peuples par l'introduction de nouveaux arts ou par le perfectionnement de ceux qui étaient déjà connus , n'ont contribué au contraire, du moins jusqu'au commencement du xix" siècle , qu'à les faire reculer sous le triple rapport de la richesse, du pouvoir et de la civilisation. Les Anglais, d'il M.Crawfurd, semblent avoir exercé moins d'influence que les autres Européens sur les mœurs des peuples malaisiens au milieu desquels ils se sont établis ; car dans toutes les contrées de cette partie du globe où les Portugais , les Espagnols et les Hollandais ont fondé des établissemens, on remarque plusieurs coutumes et usages que les indigènes leur ont empruntés. Ici nous devons même remarquer que ces modifications n'ont été nulle part plus grandes que dans l'archipel des Philippines. Ce groupe d'îles est même la seule exception favo-

rable qu'on puisse citer de l'influence de la civilisation européenne sur l'état social des indigènes. En effet, une grande partie de ses nombreux habitans, presque tous sauvages lors du premier établissement des Espagnols parmi eux, nonseulement sont devenus par la suite policés et assez industrieux sous leur domination, mais de l'aveu même de M. Crawfurd , la civilisation à laquelle ils se sont élevés est supérieure à celle de tous les autres Océaniens. Ce phénomène est dû en grande partie aux soins paternels età la pieuse industrie des missionnaires catholiques, qui ont apporté à ces peuples les vérités du christianisme avec les arts qui suivent partout ceux qui le professent. D'autres missionnaires, depuis quelques années, travaillent avec le plus grand succès dans la Polynésie, et déjà les archipels de Hawaii, de Tahiti et de Cook offrent dans plusieurs de leurs îles une partie des mœurs et de la civilisation de l'Europe, tandis que les colonies pénales fondées par les Anglais dans le Continent-Austral et dans la Diemenie présentent, au milieu des peuplades abruties de l'Australie , tous les prodiges de la civilisation européenne et la propagent dans le reste de l'Océanie.

« L'établissement des Anglais aux Terres-Australes, dit l'éloquent auteur de l'histoire de ces colonies, M. Ernest de Blosseville, a entraîné pour la cinquième partie du monde des résultats bien imprévus. Aucune terre aujourd'hui ne peut rester étrangère à la grande famille européenne. Des brigs, Anglo-américains pour la plupart, montés par des équipages de toutes les nations, sillonnent dans tous les sens les mers de l'Océanie. Les points les plus ignorés de la Malaisie, les îles de la Polynésie les plus éloignées de la route des j vaisseaux ont reçu de bizarres missionnaires de la civilisation : ici un déserteur prussien ou suédois, là un malheureux Lascar, plus loin un Américain de demi-sang abandonné par ses compagnons de pèche, ou un convict échappé du port Jackson dans une fragile nacelle, tour-àtour recueillis et abandonnés par les navires qui traversent ces rians archipels, tantôt inteprètes utiles, tantôt matelots turbulens, promènent d'île en ile leur vagabonde insouciance. Souvent le même équipage, recruté par le hasard le plus capricieux, réunit le catholique et le presbytérien , le mahométan et l'idolâtre ; les peuples même de l'Océanie concourent à ce mélange de nations , et l'on voit des Tahitiens et des Nouveâux-Zélandais , des naturels des iles Sandwich et des Marquises , chercher des rivages nouveaux. La plupart de ces fugitifs ou de ces marins oubliés périssent dans leurs tentatives ; mais quelquesuns, guidés peut-être par la Providence , échappent à tous les dangers, et s'arrêtent dans des îles charmantes. Du dernier rang du monde civilisé, ces hommes illettrés , ces ennemis du travail , montent, par le seul ascendant de l'intelligence et de l'industrie, ou plus souvent par la supériorité de nos arts destructeurs, au premier rang dans le monde de la nature. De naïfs insulaires admirent en eux des puissances surnaturelles; et des coupables , bannis de leur foyer nalal , sont accueillis comme des divinités bienfaisantes : les

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filles «les rois et des chefs briguent leur alliance ; des sérails sont formés pour eux ; des nations se font la guerre pour se les enlever, et leur prééminence réelle est encore accrue dans l'opinion des peuples par les récits merveilleux d'ignorans admirateurs. Si l'activité européenne pouvait suspendre pendant un siècle son mouvement progressif ; si nos navires cessaient de sillonner les mers de l'Océanie, bientôt la riante mythologie de ses peuples aurait créé des êtres fantastiques dans le rebut de notre monde -, des fables ingénieuses feraient descendre du ciel des oannis de l'Angleterre , et les enfans d'une ra» e mélangée deviendraient le pur sang des \\ dinux. »

En faisant des rapprochemens sur l'état social dans lequel on a trouvé les nations policées des différentes parties du Monde-Maritime, on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment de surprise en voyant les peuples de la Malaisie, qui avaient fait d'aussi grands progrès en civilisation, et qui s'étaient même élevés jusqu'à l'invention de plusieurs alphabets, manquer presque entièrement

U de goût pour l'architecture. D'un bout à l'autre de la vaste Océanie rien ne décèle le goût pour les monumens, dont toute l'Asie-Méridionale et la longue vallée du Nil en Afrique sont parsemées, goût qui parait avoir été dominant chez les nations du Mexique, du Guatemala et du Pérou, inférieures sous certains rapports à celles de l'Océanie-Occidentale, car aucune ne possédait un véri-

I table alphabet. Quel espace immense n'y a-t-il pas entre les grossiers monumens de Tinian et de Saypan , les statues colossales et informes de l'île de Pâques , les hideuses idoles qu'on trouve dans les moraïs de la Polynésie et les sculptures finies de Prudung, de Kali-Bening,de Brambanan,

I les belles statues colossales de Singhasari, deKobudalam , de Chand-Sewu , de Panatava , et les temples magnifiques de Brambanan , de Boro-Bodo , de Singhasari , de Prudung et autres ! Cependant on ne peut raisonnablement attribuer aux Océaniens que les premiers monumens , puisque les costumes, les physionomies, les emblèmes, les végétaux et les animaux représentés dans les seconds, si supérieurs aux autres pour l'exécution

I du travail, par leur nombre et par leurs dimen-

j sions, démontrent une origine évidemment étrangère. Sous ce point de vue , l'île de Java , et particulièrement sa partie orientale , est pour l'Océanie ce que les régions du Nil et de l'Atlas sont pour l'Afrique ; mais avec la différence , qu'une grande partie des superbes monumens de lia région du Nil sont incontestablement dus à des nations indigènes, tandis que ceux de Java portent les traces évidentes d'une origine asiatique.

Un genre d'ornement généralement pratiqué par tous les Polynésiens et par les Nouveaux-Zélandais , le tatouage, mérite de nous arrêter quelques instans. Ces dessins, dit M. Lesson , que l'art grave sur la peau d'une manière indélébile, qui la revêtent, et voilent en quelque sorte sa nu- I. dité, paraissent étrangers à la race nègre, qui ne les pratique que rarement, toujours d'une manière imparfaite et grossière , et qui les remplace

par les tubercules douloureux et de forme conique que des incisions y font élever. Cette opération, dont le nom varie chez les divers peuples , est employée non-seulement comme un ornement de fantaisie ou hiéroglyphique , mais paraît avoir pour objet la désignation des classes ou des rangs. Le soin et la fidélité que ces insulaires apportent à reproduire ces dessins, sont une forte présomption pour croire que des motifs qui nous sont inconnus, ou des idées dont la tradition s'est effa cée , y attachaient un sens. Les insulaires des Paumotous (lies Basses) se couvrent le corps do figures tatouées , leurs voisins , les Tahitiens, en ont beaucoup moins , et surtout n'en placent jamais sur le visage , et se bornent avec ceux de Tonga à y dessiner quelques traits légers , tels que des cercles ou des étoiles ; tandis que plusieurs des naturels de l'archipel de Sandwich, et la masse des peuplades de celui de Mendana et du groupe de la Nouvelle-Zélande ont le visage entièrement recouvert de traits toujours disposés d'après des principes reçus et significatifs. Les mères, dans l'archipel de Sandwich, ditM.Morineau, se chargent de tatouer leurs enfans. Le tatouage du bas âge a pour but d'indiquer l'extraction de l'individu. Ces marques, qui nous semblent si bizarres , font d'abord connaître a. quelle tribu, à quelle famille il appartient; plus tard d'autres dessins servent à perpétuer un fait glorieux ou tout autre événement. Les marques les plus ordinaires sont des raies en zigzag sur les bras et les jambes. Beaucoup d'hommes de moyen âge portent à la poitrine ou sur un bras le nom de Tamehameha. Les femmes ont toutes un damier autour de la jambe droite , et très souvent l'intérieur d'une main garni d'étoiles, d'anneaux, de croissans et d'autres figures; plusieurs même ont la langue tatouée. Les chèvres jouent un grand rôle dans le tatouage moderne; beaucoup d'Indiens en ont de dessinées sur toutes les parties du corps et même sur le front, les joues et le nez. Du reste, continue ce marin , cet usage commence à s'affaiblir dans cet archipel ; le roi n'est point tatoué, et les jeunes gens de sa suite ne le sont que fort légèrement. On conçoit, dit M. Lesson , que leur aspect doit acquérir un caractère de férocité remarquable , et que cet usage, né du désir d'inspirer une grande terreur à l'ennemi ou de blasouner des titres de gloire, s'est conservé par la suite comme le témoignage de la patience du guerrier à endurer la douleur qui accompagne toujours une pratique qui blesse les organes les plus sensibles de la périphérie du corps. Les femmes delà Nouvelle-Zélande, comme dans l'archipel de Mendana, se font piquer des dessins à l'angle interne des sourcils et aux commissures des lèvres et souvent sur le menton. A Tahiti, dit M. Jules de Blosseville, le tatouage {latau) offrait des dessins particuliers pour les sept classes d'Arreoys. Il rappelait quelquefois le deuil ou des souvenirs historiques, lorsqu'il n'était pas un simple ornement. Souvent un cocotier était représenté sur les jambes , tandis qu'on voyait sur la poitrine des combats , des exercices , des récoltes de fruits, des armes, des animaux , un sacrifice humain porté au moraï. En général.

OCEANIE.

dit M. Lesson , le tatouage des peuples appartenant au foyer de civilisation polynésienne se compose de cercles ou demi-cercles , opposés ou bordés de dentelures, qui se rapportent au cercle sans fin du inonde de la mythologie indienne. Cependant celui des naturels de Rotouma diffère assez essentiellement, puisque le haut du corps est recouvert de dessins délicats, de traits légers de poissons ou autres objets, tandis que celui qui revêt l'abdomen, le dos et les cuisses, est disposé par masses confuses et éparses. Le tatouage des peuplades comprises dans le foyer de civilisation carolinienne diffère de celui en usage chez les autres Polynésiens , en ce qu'il est placé généralement par larges masses sur le corps, et que chez divers de ces insulaires il couvre le tronc en entier en formant ainsi une sorte de vêtement indélébile , mais arbitraire par les détails.

L'absence des grandes plaines couvertes de végétaux exclut, dans l'Océanie , l'existence de la vie pastorale, qui forme un trait caractéristique d'une grande partie de l'Ancien Continent. Les tribus les moins policées du Monde-Maritime sont toutes de chasseurs ou de pêcheurs. Leur position insulaire en fait nécessairement des navigateurs intrépides et les nageurs les plus adroits du monde. Le manque de contiguïté et les vastes intervalles de mer qui séparent un peuple de l'autre rendent très difficiles ces grandes révolutions qui ont changé tant de fois la face de l'Asie. Comparés aux colossales monarchies del'Ancien-Continent, les plus grands empires du Monde-Maritime, ses états les plus considérables, ne sont que de petits royaumes ou des provinces d'une médiocre étendue. Les prohas et les pirogues sont ici ce que le cheval et le chameau sont pour les nomades de l'Anciên-Monde ; et les féroces pirates de Sumatra, de Celèbes , de Bornéo , de Soulou et de Mindanao jouent, dans la Malaisie (Archipel-Indien) , le rôle que les Arabes Bédouins, les Maures, les Kalmoucks , les Mongols et les Kurdes jouent dans les déserts et les vastes solitudes de l'Asie et de l'Afrique.

Les nations de la variété Malaisienne offrent, dans le Monde-Maritime , à l'égard de la variété Noire-Océanienne , le même phénomène que les nations de la variété Blanche présentent dans l'Ancien et le Nouveau-Monde à l'égard des peuples des variétés Noire-Africaine et Cuivrée. Partout la civilisation accompagne les Blancs. Partout ils ont gagné un ascendant extraordinaire sur les races Noire et Cuivrée, de tous côtés subjuguées ou refoulées par eux dans les forêts et les montagnes. De même partout où ils se sont établisses peuples Malais, qui sontles Blancs du Monde-Maritime, ont fini par détruire ou soumettre les peuplades nègres, ou les chasser dans les bois et les positions les plus inaccessibles. Ces peuples noirs ont déjà disparu entièrement de Java, et sont réduits à un très petit nombre à Sumatra et à Celèbes. A Bornéo, à Mindanao, à Luçon etautres îles, ils se sont retirés dans l'intérieur cédant les côtes à ces nouveau-venus. L'Océanie- Centrale est encore la seule partie qu'on puisse regarder comme possédée par cette race , que

nous avons vue avoir été retrouvée presque partout dans le dernier état de dégradation morale et d'affaiblissement physique , et dont l'état so cial contraste singulièrement , à quelques exceptions près, avec celui de toutes les nations malaisiennes.

L'usage affreux de manger la chair humaine ne se trouve nulle part plus répandu que dans le Monde-Maritime. Non-seulement on peut dire que presque tous les peuples de la Polynésie sont cannibales, ainsi que plusieurs tribus malaisiennes el nègres de l'Océanie-Occidentale (Archipel-Indien), et de l'Océanie-Centrale (Nouvelle-Hollande, Nouvelle-Zélande, etc.), maison doit même faire observer que l'anthropophagie y est établie chez des peuples qui sont déjà assez avancés dans la civilisation, et qu'elle y est exercée par d'autres avec des circonstances qui la rendent encore plus horrible. Parmi les nations qu'on peut regarder comme anthropophages, nous nommerons, dans la Malaisie : les naturels de l'île d'Ombay, les tribus nègres de Timor ,les Dayaks de Bornéo, les Haraforas de Mindanao et les Batlasde Sumatra. Aux pages 1148 et 1149 , nous avons donné les détails de cette horrible pratique chez ces derniers. Les habitons de Noussa-Laut , dans le groupe d'Amboine, étaient encore anthropophages au commencement du siècle dernier. Selon M. Crawfurd, il n'est pas rare de voir les Celébiens et même les Javanais manger le cœur de leurs ennemis; il ajoute même qu'on trouve à peine, parmi les premiers , un guerrier fameux qui n'ait goûté de cet horrible mets dans quelque circonstance de sa vie. Dans l'Océanie-Centrale , on retrouve l'anthropophagie parmi les naturels lesplus abruti» des environs du Port-Western , parmi ceux qui vivent dans le voisinage des montagnes Bleues et autres lieux du Continent-Austral, ensuite parmi les nombreuses peuplades de la Ta^manie (Nouv.-Zélande) et parmi les tribus noires de la Nouvelle-Calédonie et des archipels de Salomon et de Quiros (Nouvelles-Hébrides) et à la Louisiade. Dans la Polynésie, les cannibales les plus féroces sont les naturels de l'archipel de Viti (Fidji), surtout ceux de l'île Navihi-Levou , et les naturels des archipels de Hamoa (Navigateurs), et de Mendana (Marquesas). Dans ce dernier, nonseulement les habitans de Noukahiwa dévorent leurs prisonniers, mais, ce qui les dislingue de presque tous les anthropophages connus, c'est qu'en temps de disette, ils dévorent leurs parens âgés, leurs enfans et jusqu'à leurs propres femmes! Les naturels de Malilegotot, dans le groupe oriental de l'archipel des Carolines, et ceux des groupes de Repith-Urur et de Palliser, compris dans les archipels Central et de Paumollou, sont anthropophages, ainsi que paraissent l'être les hnbitans des archipels de Tonga (des Amis) et de Pelew (Palaos), malgré les beaux tableaux que les capitaines Cook et Wilson ont tracés de leur caractère. M. Jules de Blosseville nous fait observer que les îles mêmes de la Société ont offert il y a de longues années des exemples bien constatés d'anthropophagie.

La cruelle superstition qui porta Y homme a sacrifier son semblable pour plaire à la divi-

GEOGRAPHIE POLITIQUE

I nité, et que les monumens et l'histoire nousdé- \ montrent s'être conservée long-temps dans l'Anijj cien-Continent parmi les peuples les plus avancés I en civilisation, tels que les Egyptiens, les Indiens, j les Carthaginois, les Grecs et les Romains, même i du temps de l'empereur Claude , et , dans le Conj tinent-Nouveau , les Mexicains , les Péruviens et S autres nations; cette superstition atroce règne 1 aussi chez plusieurs tribus des trois grandes di- | visions du Monde-Maritime. C'est surtout dans j la Polynésie où elle exige le plus de victimes, et | particulièrement dans les archipels de Tonga j (des Amis), de Hawaii (Sandwich) et de Tahiti (de la Société). Heureusement que le christianisme a fait cesser ces horreurs dans les deux derniers. Autrefois , dans le royaume de Sonnebaya à Timor, on avait la coutume d'enfermer dans le tombeau du roi deux esclaves vivans ; et les rois de Coupang , dans la même île , lors de leur avènement au trône, après avoir fait des offrandes aux crocodiles rassemblés sur le rivage et dont ils se disent les fils, leur offraient une jeune esclave parée de fleurs et d'autres ornemens, et l'exposaient sur le bord de la mer, ! où elle ne tardait pas à devenir la proie de ces I monstres. Dans l'île de Bali, l'usage barbare de brûleries veuves sur le bûcher funéraire de leurs I époux est porté à un excès inconnu même dans ! le pays où il a pris naissance. Le même usage I parait encore subsister dans l'île Lomboek. Par- I mi quelques tribus de l'île Celèbes , on sacrifie I une jeune vierge sur le tombeau du radjah , [lorsqu'un mois après son enterrement sa veuve quitte i la maison voisine de la tombe qu'elle a habitée | pendant cette période. Souvent , dans l'archipel I de Viti (Fidji), l'épouse, à l'occasion de l'enter- ! rement de son mari, se donne spontanément la mort; et un usage semblable se trouve dans la famille du Tooitonga dans l'île Tongatabua de l'archipel de Tonga (des Amis).

Nulle part peut-être les hommes n'offrent un I mélange si extraordinaire de civilisation et d'usages bizarres, de mœurs douces et d'atrocité. A la page 1163 , nous avons déjà fait con- ' naître les lois barbares du tabou , qui régnent encore chez un si grand nombre de peuples de l'Océanie. D'après un autre usage , non moins barbare, qui, par bonheur, a cessé dans l'archipel de Hawaii , et qui malheureusement subsiste encore dans d'autres parties du Monde-Maritime, il y a des familles du peuple , dont quelques individus ont l'obligation singulière de se tuer lorsque tel ou tel individu de la famille royale et quelquefois même de celles des principaux nobles vient à mourir. Un des chefs des îles Salomon punit inexorablement de mort le sujet qui marche sur son ombre. Dans l'infâme société des Arreoys de l'archipel de la Société, lorsque les femmes devenaient enceintes, elles étouffaient l'enfant au moment de sa naissance, pour ne pas être interrompues dans leurs débauches. Cette société abominable , et les sacrifices humains, ont été abolis par l'introduction du christianisme. L'infanticide se trouve établi chez un grand nombre de tribus. La mère , chez les doux habitans de la chaîne de Radack , tue sans

pitié tous les enfans qu'elle met au monde quaix! elle en a déjà trois; elle se défait de même de tous ceux qui naissent faibles ou mal conformés. Cet usage cruel, dû à la diselte qu'éprouvent ces îles, est inconnu dans la chaîne de Ralick, où la fertilité du sol le rend inutile. Les habitans de Ticopia qui, selon le capitaine Dillon, se distinguent par la douceur de leurs mœurs et par leur sociabilité , étranglent dès leur naissance tous les enfans mâles , à l'exception des deux aînés. Ils donnent pour raison de cette atrocité que la population de leur petite île est si grande, que sans cette mesure ses produits seraient insuffisans pour nourrir ses habitans. Les tribus abruties des environs de Botany-Bay enterrent vivant, dans la tombe de la rnère , l'enfant qu'elle allaitait encore. Le sage Tamehameha Ier étrangla de ses propres mains deux de ses fils devenus amoureux de Kahomanou sa favorite. Plusieurs tribus de la Malaisie, et entre autres les Bissayos des Philippines et les Papouas ou Igolotes de la province de Pangasinan dans l'île Luçon , vendent assez souvent leurs fils. Les Timoriens les vendent même quelquefois pour se mettre en état d'augmenter le nombre de leurs femmes. Les jeunes gens, parmi les Biadjous ou Dayaks, les Haraforas et les Idaans de Bornéo, ne peuvent se marier avant d'avoir coupé soit une tête, soit les parties viriles d'un ennemi. La faveur des jeunes filles coûte, parmi les Alforèses de Ceram, cinq ou six têtes d'ennemis , que l'amant doit apporter aux pieds de sa belle; cette horrible coutume règne aussi parmi les Haraforas ou Alforèses d'autres îles des Moluques, et les Haraforas de Mindanao, qui sont cependant les moins abrutis de toute cette race.

On peut dire que la polygamie règne ou est tolérée dans toute l'Océanie , quoiqu'il n'y ait réellement que les gens riches et les nobles qui la pratiquent. Le peuple, à Java, à Sumatra, à Celèbes et autres îles , ainsi que dans toute la Polynésie, est monogame. Il y a même des nations entières qui n'admettent pas du tout la polygamie, comme les naturels des Iles Nassau ou Poggy et de Sawou , les Haraforas dé l'intérieur de Mindanao, les cruels Alforèses de Ceram, et plusieurs peuples de la partie des Philippines indépendante du joug espagnol. Dans l'archipel de Mendana (iles Marquesas) , une sorte de polyandrie se trouve en usage dans toutes les familles riches , puisque dans ces familles chaque femme a deux maris , dont l'un remplace l'autre en cas d'absence; mais ce substitut n'est en réalité qu'un premier serviteur. Selon d'anciennes relations, dans la société des Arreoys dans l'archipel de Tahiti (de la Société), et dans celle des Uritoys dans celui des Carolines , société:; composées toutes les deux d'un grand nombre de nobles des deux sexes, les femmes étaient communes à tous les hommes et étaient forcées de tuer tous leurs enfans dès leur naissance. L'Océanie, plus que toute autre partie du monde, présente une grande variété d'usages bizarres relativement au mariage et au traitement- d< s femmes. Les Sumatriens et surtout les Redjangs, paraissent avoir épuisé toutes les manières dont

OCEANIE.

ce lien peut être contracté. Ce dernier peuple a trois modes différens de mariage. Par le premier ,

nommé jourjour, le mari achète sa femme en donnant une somme convenable ; alors elle devient sa propriété ou son esclave; il peut la vendre et en disposer. Par le second, nommé ambelanack , le mari est adopté parle père de sa femme; il travaille pour lui, reste, ainsi que sa moitié, sous la puissance de son beau-père, et devient, comme ses enfans, la propriété du chef de famille. Par le troisième , appelé le simando , le mari donne et reçoit ; la femme est sur le pied d'égalité avec l'époux , et cette sorte d'union ressemble beaucoup à celle qui a lieu chez les peuples d'Europe , mais malheureusement elle est très rare. L'usage de servir pendant quelque temps , ou de faire de riches présèns au père de la future , qu'on rencontre chez les naturels des Philippines et autres peuples de race malaisienne , subsiste encore chez les Tagales et les Bissayos qui ont embrassé le christianisme, et rappelle ce qui se pratiquait jadis chez les Juifs. Les mariages, chez plusieurs tribus Australiennes, se font par rapt; chez les peuplades abruties de la Nouvelle-Galles- Méridionale , lorsque les garçons veulent obtenir la main d'une femme , ils épient son passage , et , la jetant par terre à coups de bâton, ils la conduisent baignée de sang à leur tribu, où ils achèvent la cérémonie nuptiale. Ces peuples sauvages, de même que les hordes les plus abruties des autres parties du monde , dédaignent leurs femmes, auxquelles les travaux les plus rudes sont dévolus , tels que ceux de préparer la nourriture dont elles et leur famille ne reçoivent que les débris rejetés par leurs époux, ou de porter les ustensiles de leur ménage et leurs enfans sur le dos, tannis que l'homme chemine n'ayant qu'une légère javeline à la main. Bien que chez presque tous les peuples compris dans le foyer de civilisation polynésienne les femmes soient considérées comme des êtres impurs et que comme tels il leur soit défendu de manger en présence des hommes, elles jouissent toujours de beaucoup de considération-, elles succèdent parfois à leurs maris, et les enfans héritent d'une considération d'autant plus grande que le rang ou la noblesse du côté delà mère, est plus pur ou plus ancien. Les beaux hommes du groupe nommé Lagoun, dans l'archipel de Paumotou , traitent très bien leurs femmes; ceux de Oualan et d'autres iles de l'archipel des Carolines en font autant.

Chez aucune nation , les Européennes civilisées seules exceptées, les femmes ne jouissent d'aussi grandes prérogatives que celles que les lois et les usages leur accordent parmi plusieurs tribus malaisiennes de l'Océanie, particulièrement chez les Bouguis et les Macassars. Dans l'état de Wadjoà Celèbes, elles prennent une part très active aux affaires publiques, et jouissent de droits entièrement égaux à ceux des hommes. Les états de Lawu et de Lipukosi, dans la même île, sont régis par deux femmes. Dans quelques royaumes de Timor, et particulièrement dans celui d'Amakong , les femmes, au défaut d'héritiers mâles, peuvent monter sur le trône. La célèbre Batara-Toja, nommée reine de Boni à Celèbes en 1714, céda 7a

couronne à son frère; celui-ci ayant été dépossédé et Batara élue de nouveau , elle la céda pour la seconde fois à un autre de ses frères. En 1628, la célèbre Wandan-Sari , fille du sultan de Mattaram, habillée en guerrier, harangua les troupes, et marchant à leur tête, contribua beaucoup par sa valeur et par son exemple à la prise de Giri, devant laquelle son mari avait été défait. Les femmes à Bali, à Java et dans d'autres iles, sont presque égales en tout aux hommes et jouissent d'un degré de considération qui étonne dans des contrées où la polygamie est en vigueur ; elles y jouissent d'une grande liberté, et les princes mahométans de l'archipel Indien , bien différens sur ce point de leurs coréligionnaires d'Asie, d'Afrique et d'Europe, permettent aux étrangers de distinction de présenter leurs respects à leurs femmes dans leurs harems. Les cruels Dayaks de Bornéo et les Alforeses de Ceram, les féroces pirates de Soulou et de Mindanao, et les belliqueux haliitans de l'archipel de Tonga (des Amis), traitent avec douceur leurs femmes, tandis que chez les Battas, les Tagales et Bissayos des Philippines, les naturels des archipels de Hawaii (Sandwich), de Mendana (Marquesas), de Hamoa (des Navigateurs), de Viti (Fidji), et autres parties de l'Océanie, elles sont surchargées de travaux et traitées par leurs maris comme des esclaves. Les femmes des naturels de la chaine de Badack, dans l'archipel Central (iles Mitfgrave), suivent leurs maris et leurs amans à la guerre, et se tenant derrière eux, elles lancent des pierres aux ennemis.

division. Dans le chapitre vin% nous avons exposé quelles sont les bases sur lesquelles le géographe , à la hauteur de la science, peut et doit baser les grandes divisions du globe et la classification des îles qui en dépendent, considérées sous le rapport géographique. Nous avons signalé, dans un autre endroit de cet ouvrage, les inconvéniens qui découlent des classifications proposées par des savans

stimables, d'après les langues ou d'après les différences observées dans la couleur, les traits et la constitution physique des nations. Partant du principe inaltérable et qui, jusqu'à présent, n'a encore été contesté par aucun géographe célèbre , que la configuration et la position des grandes terres doivent être la base de toute classification géographique, nous trouvons qu'il n'y a aucun motif qui puisse justifier les innovations que l'on a proposées pour la classification des terres de l'Océanie. Les trois grandes divisions du Monde - Maritime , tracées d'une main habile par Malte-Brun , retouchées et légèrement- modifiées depuis par M. Walckenaer et par nous , sont trop fortement tracées par la nature elle-même ,

GÉOGRAPHIE POLITIQUE

pour n'être pas suivies par le géographe. C'est ce qui nous engage à les conserver , en y intercalant toutes les petites terres dont les explorations faites dans ces dernières années ont enrichi la géographie.

Ces trois divisions sont : la Malaisie, ['Australie et la Polynésie. La première est connue depuis longtemps sous le nom d' Archipel-Indien , et depuis quelques années sous les dénominations impropres d' Archipel d? Orient et de Grand- Archipel Asiatique. Nous avons adopté, sans hésitation, le nom sonore et convenable de Malaisie, proposé par M. Lesson, à cause des nations de race malaisienne, qui occupent presque sans exception toutes les côtes de ses grandes terres. On pourrait aussi l'appeler Océanie- Occidentale, eu égard à sa position, relativement aux deux autres subdivisions du Monde-Maritime. L'Australie ou le Continent -Austral, avec ses dépendances ; c'est la partie appelée Notasie par plusieurs géographes; ce dernier nom nous parait moins propre que le premier, que nous adoptons, en lui donnant pour synonyme celui d'OcÉANiE- Centrale.

Enfin, la Polynésie ouPOcéanie-Orientale, qui comprend tous les archipels et les Sporades disséminés sur l'immense surface du Grand-Océan à l'est de l'Australie ou de FOcéanie Centrale.

Les découvertes importantes faites depuis 1830 dans l'hémisphère austral , ne permettent plus de rattacher à l'Afrique, à l'Amérique et à l'Océanie les terres insulaires qui se trouvent à des distances plus ou moins considérables des extrémités australes de ces trois parties du monde, en les distribuant en trois groupes tout à fait indépendans les uns des autres. Nous ne suivrons pas non plus l'exemple de quelques géographes , qui se sont empressés d'imposer le nom pompeux de Continent Austral ou Antarctique à la Grande- Terre, que Wilkes, d'Urville et Ross viennent de découvrir presque simultanément ; d'abord, parce qu'il n'est nullement démontré que cette grande terre soit toute coiitiguë ; ensuite, parce qu'il nous parait même probable que des espaces de mer plus ou moins grands la partagent en plusieurs lies; enfin, parce que, quand même un tiers de tout l'espace qui forme la ca-

lotte australe à explorer ne serait qu'une terre contiguë, cet espace ne pouvant être évalué tout au plus qu'à 1, 450,000 milles carrés, serait toujours trop petit pour pouvoir prendre rang parmi les continens.

Cependant, comme la Grande-Terre qu'on vient de découvrir est la plus étendue que l'on connaisse dans ces hautes latitudes australes, et que, vu la simultanéité de sa découverte par trois navigateurs de trois nations différentes, bien que celle du capitaine Wilkes soit contestée, on ne sau rait donner la préférence à aucun des trois noms qu'on lui a imposés, nous proposons celui de Terre Antarctique pour réunir les trois explorations contemporaines ; de celte manière, on pourra y distinguer la Terre de Wilkes? la terre d'Adélie et la Terre Victoria, en lui conservant ainsi les trois noms primitifs qu'elle reçut des marins illustres qui, les premiers, l'ont explorée. C'est à cette Grande -Terre que nous avons rattaché les îles que, par les raisons exposées ailleurs, nous avions rangées provisoirement avec les dépendances géographiques des extrémités australes de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Australie dans les trois premières éditions de V Abrégé de Géographie. Toutes ces terres forment la quatrième grande subdivision de l'Océanie, que nous proposons de nommer Terres Antarctiques.

Nous avons rangé sous ces quatre grandes divisions toutes les terres connues de cette partie du monde , en combinant autant qu'il était possible les divisions géographiques avec les divisions politiques actuelles, et en offrant dans le tableau statistique qui complète leur description , les principaux états du Monde Maritime. Nous avons cru devoir y ajouter, sous les noms Océanie- Néerlandaise, tfOcéanie-Espagnole, FOcéanie-Anglaise et d' Océanie-Portugaise, tous les pays occupés par des Européens, ou formant partie des monarchies Hollandaise, Espagnole, Anglaise et Portugaise.

De cette manière, les nombreuses fractions de pays, dont se composent les possessions de ces quatre puissances, forment un ensemble qui permet à la fois de pouvoir en mesurer l'étendue et d'en apprécier l'importance.

OCEXNÏE OCCIDENTALE ou MALAISIE.

position astronomique. Longitude prend les belles contrées connues sous le

orientale, entre 93° et 132° (précisément nom de Grand-Archipel Asiatique et

131° 30 ). Latitude, entre 12° (précisé- d' Archipel Indien. Il nous semble qu'on

ment 12° 30'; australe et 21° boréale. pourrait la partager de la manière sui-

division. Nous avons vu ci-dessus que vante : cette grande section de POcéanie com-

Groupe de Sumatra.

Nous proposons de réunir sous celte dénomination la grande île Sumatra et plusieurs autres beaucoup moins étendues, qu'on peut regarder comme ses dépendances géographiques. Parlant de ce principe, nous distinguons dans le groupe de Sumatra deux divisions principales, savoir :

L'ILE SUMATRA, où il faut distinguer la Partie Indépendante et la Partie Néerlandaise.

La Partie Indépendante est partagée <>n plusieurs états , dont les principaux sont actuellement :

Le Royaume d'Achem (Achin), qui n'embrasse aujourd'hui que l'extrémité septentrionale de l'île. Vers la fin du xvi' siècle et jusqu'à la moitié du xvue , les Acliinais ont été la nation prépondérante de la Malaisie, étant les alliés de tous les peuples commerçans depuis le •lapon jusqu'à l'Arabie. A cette époque brillante, leur marine comptait près de 500 voiles, et l'empire d'Achem s'étendait sur presque la moitié «le l'île Sumatra et sur une grande partie de la péninsule de Malacca. Depuis quelques années ce royaume est en proie à l'anarchie, et l'autorité du sultan parait ne s'étendre actuellement qu'à la ville capitale et à ses environs immédiats , tous les chefs de district étant de fait indépendans. Achem (Achin), assez grande ville est regardée comme la capitale du royaume. » Située, dit M. Walckenaër, en citant Marsden , à la pointe nordouest de l'île , à une lieue de la mer, cette ville se trouve en quelque sorte enveloppée d'une forêt <le cocotiers, de bambous, .d'ananas, de bananiers, au milieu de laquelle passe une rivière couverte de bateaux, qui en sortent lorsque le soleil se levé et y rentrent quand il se couche, et qui sont dans une activité continuelle. Huit mille maisons, la plupart bâties en bambous, élevées sur pilotis, pour se préserver de l'inondation, sont éparses dans cette forêt et y forment tantôt des rues, tantôt des quartiers séparés entre eux par des prairies ou des bois. Tout cela se trouve caché par de grands arbres qui bordent le rivage , de sorte que quand on est dans la rade on n'y aperçoit aucune apparence de ville ; mais les hauteurs qui entourent la grande plaine où Achin est située , forment un vaste amphithéâtre qui étale aux yeux des champs cultivés, des plantations

régulières , des groupes de deux ou trois maisons propres et élégantes, de petits villages avec de blanches mosquées construites sans magnificence, mais avec goût.» Le palais où réside le sultan ^st une espèce de forteresse grossièrement bâtie et défendue par plusieurs canons d'une dimension extraordinaire ; un fossé large et profond l'environne. L'anarchie qui désole ce pays a anéanti presque entièrement le commerce florissant qu'on y faisait , et a sans doute diminués,) population qu'on s'accorde assez généralement à porter à 40,ooo âmes, nombre qui nous paraît exagéré de plus de moitié.

Les autres villes les plus remarquables sont : Tet.osancaouay, petite ville sur la côte nord-est de l'ile ; on la regardait, il y a quelques années, comme la résidence ordinaire du sultan. Pedir, petite ville ; c'est le second port du royaume et le centre d'un commerce assez considérable. Moukki bourgade remarquable par la riche mine de cuivre exploitée dans son voisinage.

Le Royaume de Siak. Cet état occupe la partie moyenne de la côte orientale et est traverse par le fleuve de ce nom. Depuis quelques années , il est en proie à l'anarchie. Presque tous les chefs de districts sont indépendans. Ceux dont le territoire longe la merexercent la piraterie. 11 n'y a pas longtemps que ce royaume possédait la marine indigène la plus nombreuse de la Malaisie. Siak , petite ville située sur le fleuve de ce nom, est la résidence du sultan dont l'autorité est très bornée; son commerce est beaucoup déchu depuis les troubles qui agitent le pays. Campar est le port principal pour le commerce. Les îles Roupat, Pantouir et autres sont censées faire partie de ce royaume, dont en 1823 les radjahs de Langkat et de Balu-Baru se disaient vassaux. Le prince du premier réside à Langkat , petite ville importante par son commerce et par les 200 prows ou petits navires marchands qu'elle possédait à cette époque; Batu-Baru, autre petite ville, est le siège du radjah de la seconde principauté ; elle possède aussi une nombreuse marine marchande.

Le Pays des Battas ou Batak, dans l'intérieur. Cet état confine avec le royaume d'Achem, le ci-devantempire de Menangkabou, maintenant subjugué par les Hollandais. C'est une espèce de confédération formée par un grand nombre de chefs de districts. Celui qui réside à l'extrémité nord-ouest du grand lac Toba parait être le principal. Barous (Varus), sur la côte occiden-

0CEANIE-0CC1DENTALE ou MALAISIE.

taie, peu loin de la mer, faisait autrefois partie du [ pays des Battas, mais se trouve maintenant sous \ le régime néerlandais -, c'est le marché principal | du camphre, ce qui lui a valu dans tout l'Orient i le nom de Kafoûr-Barous. Tappanouli lait aussi partie du territoire néerlandais ; c'est un gros vil- ! lage remarquable par la magnifique baie à la- I quelle il donne le nom, et qu'on regarde comme i une des plus belles qui existent sur le globe ; I c'était autrefois la seconde place commerçante | du pays des Battas. Aux pages 1148 et H49, nous avons signalé les singuliers usages de ce peuple | extraordinaire.

La Partie Néerlandaise comprend toute la côte occidentale, à compter de la rivière Singkel (qui est la frontière d Jchin) jusqu'au détroit de la ; Sonde ; ensuite l'ensemble du littoral de ce même j détroit , et enfin les côtes de Palembang, Iamby et Indragiry, outre quelques points isolés sur la côte orientale, tels, que Paneh, Bila et autres, qui font partie de la résidence des Battas, dont il sera question plus tard.

Ce territoire se divise administrativement , comme suit:

i° Le gouvernement de la côte occidentale, I dont le chef, qui a le titre de gouverneur civil et I militaire, réside à Padang. Ce gouvernement renferme les divisions qui suivent :

a. Le pays des Battas comprenant la partie de I la côte occidentale située entre Sinkell et Tapa-

nœly et s'étendant dans la largeur de File aux districts de Padang lawas, Fambousi , Paneh 4! et Bila, situés en partie sur la côte orientale. || Cette résidence, qui comprend l'île de Nias, est ! placée sous la direction d'un commissaire. Tapanœlyen est le chef-lieu.

b. Ayer-Bangis — Cette résidence s'étend le il long de la côte occidentale, depuis Tapanœly, | jusqu'à la rivière Massang et comprend les districts d'Ophir, Passaman, Mandheling, An-

G ghola , Rauw et Natal situés en partie dans I l'intérieur. Cette province est dirigée par un résident. Ayer Bangis en est le chef-lieu-

c. L' intérieur de Padang, comprenant les | districts de Lima-pou lou-kotta, Foujou-kotta,

Allaban, Linlau, Agam, Fanadatar, Figablas- ! kolta, Priaman et Batipo,

d. Bangha-Houlou {Bencoulen) comprenant I les districts de Indrapoura , Mocco— Mocco^ I Mana, Croe, Felouma, Lais et Poungi-lamau.

Le résident est établi au fort Marlborough. (Bencoulen).

2° Le pays des Lompopgs, dont Farabangi, est le chef-lieu, et qui comprend les districts de Felokbetong, Mangala, Siringhibo , Boumi- Agon et Borné. Cette partie de Sumatra est placée sous l'autorité d'un chef civil et militaire.

3° La résidence de Palembang dont la ville 1 de ce nom est le chef-lieu et qui comprend, nonseulement l'ancien royaume de Palembang, mais aussi celui de Iamby, dont les princes, jadis vassaux de la ci-devant compagnie des Indes, se sont de nouveau soumis au gouvernement iSéerlandais en 1835. L'autorité ou l'influence néerlandaise embrasse la presque totalité de Sumatra, à l'exception du royaume d'Achin, de

celui de Siak, et de quelques autres parties de la côte orientale , d'ailleurs presque inhabitables.

Dans l'intérieur on peut encore considérer comme indépendant, une partie du pays des Battas et les pays de Korintje et Limoen, qu"ou dit riche en or.

La prospérité de Sumatra a augmenté considérablement, depuis qu'une guerre religieuse maintenant terminée, a attiré les Néerlandais dans l'intérieur. Cette guerre fut suscitée par un prêtre fanatique, qui de retour du pèlerinage delà Mecque, voulut introduire dans sa terre natale les austérités de la secte musulmane des IVahabites . La guerre se termina en 1837, par la prise de Bonjol , le dernier refuge des Padrisou Padaris, nom que les nouveaux sectaires s'étaient donné, et par la conquête d'une grande partie de l'ile par les Néerlandais, qui mit un terme à l'existence politique des sultans de Maningkabau. L'administration néerlandaise dans l'intérieur de Sumatra est éminemment protectrice; elle ne s'immisce pas dans les affaires des petites républiques. De bonnes routes tracées avec intelligence ont donné au commerce intérieur et extérieur un nouvel essor.

Padang est une ville de médiocre étendue, mais importante par son commerce , qui depuis 1816 a pris une grande activité; c'est la résidence du gouverneur et de l'administration centrale , tant civile que militaire de toute la côte occidentale. On y trouve une cour supérieure de justice , une chambre pupillaire et autres établissemens. La population est d'environ 10,000 âmes. L'air y est sain.

La ville de Bengha-houlou (Bencoulen) est la seconde en importance sur la côte occidentale. Elle estprotégée parle fort Marlborough, jadis chef-lieu de toutes les possessions anglaises dans Sumatra, cédées en 1824 aux Pays-Bas, en échange de Malacca et de quelques établissemens peu importans sur le continent de l'Inde. Bencoulen est mal situé pour le commerce, sa rade est mauvaise ; l'intérieur du pays est peu peuplé, et l'ancienne prospérité de la ville tenait aux dépenses qu'y faisait la compagnie anglaise. Depuis 1824. Padang a entièrement éclipsé Bencoulen, dont la population peut se monter à 6,000 âmes.

Le pays des Lampongs jadis vassal des sultans Javanais de Bantam , ne contient aucune ville. Ses villages mêmes sontehélifs. C'est une des parties les moins peuplées de la Malaisie, ne consistant presque entièrement qu'en marais, couverts d'immenses forêts,

Palembang , ancienne colonie Javanaise du temps de l'empire de Madja-pait, est situé sur le Moussi, à 10 milles de son embouchure , et bâtie sur pilotis et sur radeaux, Le fleuve partage la ville en deux, et contribue à l'animer. En 1821 c'était encore la capitale du royaume de Palembang sur lequel les Néerlandais n'exerçaient qu'une autorité indirecte. En 1811 les employés Hollandais et la petite garnison du fort de Palembang furent lâchement assassinés par les ordres du Sultan. Lors de la rétrocession de Java et dépendances en 1816, de nouveaux actes d'hostilités de la part du sultan , rapelèrent la trahison de 4811. Les sultans de Palembang suivirent une politique, qui

0CEAN1E.

amena l'annihilation totale de leur autorité. Depuis 1821 le pays de Palembang fait partie du territoire néerlandais.

Le kraton , ou l'ancien palais des sultans, les mausolées de ces princes, la mosquée principale, et enfin la maison du résident néerlandais, sont les seuls édifices en pierre, et remarquables que contient la ville.

Le commerce y est considérable, surtout avec Java, Bornéo, la Chine, Riouw , Singapore elMalacca. On fait montera 25,000 le nombre des habitans, qui s'estiment heureux d'être affranchis du tibang-toukong espèce de monopole général qu'exerçaient les sultans sur tout le commerce intérieur.

L'intéressant district montueux de Passoumah et le pays des Redjangs situés entre le territoire deBencoulen et celui de Palembang, font partie de cette dernière résidence. L'autorité néerlandaise s'y consolide de jour en jour, malgré la turbulence des chefs.

Avant de quitter celte grande terre de l'Océanie, nous rappellerons au lecteur que la haute montagne nommée Gunong Pasaman par les Malais, et Mont Ophir par les Européens, étant placée justement sous l'équateur, est pour l'Océanie ce que, à la page 1049, nous avons vu être le Cayambé pour l'Amérique, c'est-à-dire un de ces monumenséternels par lesquels la nature a marqué les grandes divisions du globe. C'est encore dans cette île que M. Arnold a découvert le rafflésia ; sa fleur immense , qui en bouton a beaucoup de ressemblance avec un chou, présente lorsqu'elle est épanouie un développement dont le diamètre est de trois pieds-, elle pèse 15 livres et son tube contiendrait 12 pintes -, c'est sans doute la plus grande fleur que l'on connaisse, puisque Yaristolochia cordiflora, qui passait naguère pour la plus grande, n'a, selon M. de Humboldt, qu'un diamètre de 16 pouces.

Les ILES qui dépendent géographiquement de SUMATRA. Elles sont presque toutes régies par un ou plusieurs chefs ou radjahs indépendans, qui tous se reconnaissent vassaux des Hollandais. Les îles principales , le long de la côte occidentale , sont Engano; le groupe de Poggi (Pagi, Poggy ou Nassau); les îles Porah (Si-Pora); Si- Birou (Montawaï, Beeroo, Bira); Batu (Mintaon), dépendante du radjah de Buluaro qui réside dans celle de Nias-, Nias , régie par 50 radjahs, dont le plus puissant paraît être celui de Buluaro; le groupe de Baniak, dont les principales îles sont : Baniak et Babi (ile des Cochons, Hog, etc.)

Les îles les plus remarquables le long de la côte orientale sont : Rupa t, Pandjour et autres qui dépendent du royaume de Siak; Lingan Lingin ou Linga), B in tan g et autres iles beau-

Groupe

Nous proposons de réunir sous cette dénomination la grande et florissante île d^ Java et plusieurs autres d'une beaiicoii|) moins grande étendue qu'on peut regarder

coup plus petites forment le royaume de Lingan, dont le sultan réside dans 1 ile de ce nom et reconnaît la suzeraineté des Hollandais. Ce souverain a cédé il y a quelques années à un prince de sa famille les territoires de Djohor et Pahan^ sur la péninsule de Malacca , et aux Hollandais l'ilôt de Tanjong-Pinang, Tanj ong-Pinang, îlot qu'un canal étroit sépare de l'île de Bintang, et remarquable parce qu'on y trouve : Riouw (Rhio), petite ville, dont la population est estimée à cooo âmes. C'est le chef-lieu de la résidence de ce nom. Son port déclaré libre, dit M. le comte de Hogendorp, est très avantageusement situé pour devenir un grand entrepôt de tous les produits propres à alimenter le commerce hollandais dans la Malaisie, et celui qui s'y fait avec la Chine et le continent d'Asie. Riouw n'est devenu de quelque importance qu'après la cession de Malacca ; et quoique peu éloigné de Singapour, dont, à la page 768, nous avons signalé l'étonnante prospérité, cet établissement a éprouvé un grand développement. B anca, la plus grande de toutes les îles qui dépendent géographiquement de Sumatra , est mal peuplée . mais très importante par ses riches mines d'étain, dont les produits sont très estimés dans toute l'Asie et surtout à la Chine; elle forme, avec celle de Billiton , la résidence hollandaise de Banca. Muntoh (Mintao), petite ville de 2500 habitans, avec un fort bâti dans le voisinage et sur un terrain élevé, en est le chef-lieu ; seize ou dix-sept cents mineurs sont constamment employés à l'exploitation des mines. Billiton, importante par ses mines de fer ; les Hollandais y tiennent quelques employés et une petite garnison pour empêcher les habitans, qui sont de hardis marins, de se livrer à la piraterie. M. le baron Van der Capellen a eu le bon esprit, lorsqu'il était gouverneur-général de tous les établissemens hollandais dans celte partie du monde, de tirer partie de l'habileté de ces insulaires pour la construction des navires, en faisant construire chez eux les kruispraauwen ou petits bâtimens j croiseurs, qui, sous son administration à jamais L mémorable dans ces contrées, ont rendu de si grands services aux marins de toutes les nations qui naviguent dans ces mers peuplées de corsaires. Les iles de Banca et de Billeton jusqu'en 1812, formaient partie du royaume de Palembang.

Très loin, et presque à égale distance de Su- j| • matra et de Java, se trouve le petit groupe de Cocos (iles de Corail, Keeling), entre le 12e, et le 13e degré de latitude australe. Ce groupe qui figurait sur les cartes hollandaises dès l'année 1680, est resté longtemps depuis sans être occupé par les Européens ; le gouvernement néerlandais en a de nouveau pris possession en 1829.

de Java.

comme des dépendances géographiques de cette grande terre. Nous distinguons dans ce groupe deux divisions principales , savoir :

OCÉANIE OCCIDENTALE ou MALAISIE. 1173

L'Ile de Java. Cette grande lie l'orme le noyau des possessions néerlandaises dans l'Océanie, en même temps qu'elle est la contrée la plus peuplée et la plus florissante de cette partie du monde. Depuis la guerre, terminée en 1830, et les derniers arrangemens pris par les Néerlandais, à l'égard des princes indigènes, on peut regarder Java

comme entièrement soumis à leur domination. Cette superbe colonie est divisée en provinces ou résidences, depuis son organisation définitive. Le tableau suivant les fera connaître dans l'ordre géographique. Nous avons marqué d'une astériqueles noms des villes qui n'ont que le titre de sous-résidence (assislent-residentiën).

Noms des résidences. Chefs-Lieux, Villes et Ziieux les plus remarquables.

Ban la m C e r a m-(Serang, Sirang) ; les ruines de Banlam, Lebak.

batavia* Batavia; Wesler-Kwartier , Noorder-kwartier , Zuider-

Kwartier , Doster-Kwartier ; l'île Onrust (Poulou-Kapal). Buitenzorg* B ui te nzorg (Bogor) ; Sassinga , Parong , Buitenzorg ,

Tjibinong , Tjibaroessa.

Krawang* Poerwokarta-, Krawang , Tjasem . Pamanoekan.

Cbéribon Cbéribon ( Cbi-riboun ); Madja, Inaramayo , Galoe, Kou-

ningan.

Preangan (Preanger). ...... Tjanjor; Bandong, Limbangan, Soekapoera , Soeme-

dang ; Garout; le lac volcanique de Falaga-Bodas. T a g a 1 T a g al; Brebes , Pamalang.

Pekalongan Pekalongan : Batang ; Kaliwoongo; la Forêt de Wileri.

Sarnaraug. Samarang-, Kendal, Damak, Grobogan; Wirosari, Sala-

tiga, Banjoukonning , Kowou.

Japara Patti; Koedoes, Japara, Jawana; l'île de Karimon-Djawa.

Ke m bail g Re m ban g ; Blora, Touban, Bodjo-Negoro ; Radjakwessi ,

Bantjar; les forêts de Tek.

Soerabaya Soerabaya; Sidayoe 3 Lamongan, Grissé, Japon, Modjo-

kerto, l'île Madura, Bangkalang, Pamakassan, Sumanap,

le fort Erfprins ; Boundez, l'île Kangeang. Banjoe-mas Banjoemas; Dayaloehoer , Adjibarang , Poerbolingo ,

B andjar-N égara , Poerwokerto ; le port Tjilatjap, l'île de

Noussa-Kambangang , le bassin de Segoro-Anakang. B agi en .. Poerworedjo; Karanganjar, Keboemen , Koetoardjo ,

Ambal, Poerworedjo , Ledok , Wonosobo, le mont Pra-

hou, Groltes de Karangbolang.

Kadoe Magellan. Temangoong ; Menoreh, ruines de Boro-bodo.

M ad ion Madion; Djogorogo , Awie , Poerwodadi, Maos patti ,

Magellan, Ijaroeban, Polloredjo , Soemorollo , Ardjo-

winangon , Ponorogo.

Padjitan* Padjitan-, Semanlen , Pringkoekoe, Lorrok , Pangoel.

K. e d i r i Kediri; Berbek , Trengaleh , Rowo , Blitar.

Pesoeroe-an Pesoeroe-an ; Bangil, Malang; volcan Bromo.

Bezoeki Bezoeki ; Probolingo t Banjoewangi; Panaroekan.

Djokjokarta Djokjokarta (Yougiakerto) ; MaJ.aram , Padjang du sud.

Soerakarla. . . , . Soerakarta (solo); Sokowalie; Padjank du nord, Kado-

ean, Wiroko , Sampoeyan; Klatteu, Bayolali ; Ruines de

Soukou.

Voici quelques détails sur les lieux les plus remarquables de cette florissante colonie ; Dans la résidence de Balav ia, on trouve : Batavia bâtie sur l'emplacement de l'ancienne ville de Jaccatra, sur les bords de la rivière Tjiliwong. Cette ville est très importante comme capitale de toutes les possessions néerlandaises dans l'Océanie, et la première ville commerçante de celte partie du monde, car elle est le centre du commerce que les Hollandais font avec la Chine, le Japon , l'Inde et les autres îles de la Malaisie. On peut dire que la ville actuelle a été bâtie de nos jours, puisque la plupart des édifices qui ornaient l'ancienne Batavia ont été démolis sous l'administration du gouverneur-général Daendels , qui avait eu l'idée de l'abandonner entièrement à cause de son insalubrité, et de faire de Sourabaya la capitale des possessions orientales de la monarchie Hollandaise. Quoique ce projet ne fut pas exécuté, il s'efforça cependant d'accélérer, par son exemple, l'abandon de l'ancienne ville, qui avait déjà commencé avant son arrivée. Le château , les remparts et tous les ouvrages extérieurs furent ra-

sés par son ordre. Il fit bâtir de superbes casernes , avec des habitations commodes et élégantes, pour les officiers de la garnison, dans l'intérieur, à la hauteur de Weltevreden. 11 s'y fixa luimême et fit élever un palais spacieux, destiné aux gouverneurs généraux. Les habitans européens un peu fortunés suivirent l'exemple du gouverneur; ils désertèrent la ville pour occuper des maisons bâties sur un plan plus convenable au climat de ces contrées, le long du Molenvliet, du canal de Ryswijk et à Weltevreden, et quelques années plus tard le long du vaste Konings Plein et su/ le chemin de Meester Cornelis. Pendant l'occupation anglaise , les nouvelles bâtisses s'élevèrent sans aucun plan fixe ou régulier, et les maisons des Européens se trouvèrent disséminées dans l'intérieur, au milieu des villages ou des campagnes des indigènes. La ville proprement dite tomba de plus en plus en décadence : les plus beaux quartiers furent démolis les uns après les autres, et, dans ce moment (1843), elle n'clait plus habitée que par les Chinois, les Portugais, descendais des colons européens primitifs

et par quelques vieux colons hollandais. On y voit en outre les bureaux de l'administration municipale, les comptoirs et magasins des marchands, les uns et les autres occupés seulement pendant sept à huit heures de la journée. Pendant l'administration à jamais mémorable du gouverneurgénéral Van der Capellen, la partie de l'ancienne ville dont la conservation était essentielle au commerce , reçut toutes les améliorations dont elle était susceptible. — Par le dessèchement de quelques canaux, par le curage de quelques autres, par l'cloignement des cimetières et des voiries, et par l'élargissement et la propreté des rues. Le séjour de l'ancienne ville était justement réputé un des plus malsains du monde entier, comme le prouvent les faits incontestables que nous avons « i tés à la page 1137. — La nouvelle ville peut se placer, pour la salubrité, à côté des autres villes «!e Java.

Afin que le lecteur puisse se former une idée de cette ville dont la construction générale diffère Tant de celles de notre Europe, nous allons lui tracer l'itinéraire dans les quartiers européens ■ loiiné par M. le comte deHogendorp. «kn débarquant au port, dit cet habile et savant administrateur, ou comme on l'appelle sur les lieux, au Boom, on a devant soi l'ancienne ville, on la traverse en prenant par trois ou quatre rues assez fréquentées pendant la matinée, mais tout-à-lait désertes pendant le reste du temps. Au bout de l'ancien faubourg ou Buiten Neuw-poortslraat, un peu plus habité que le reste, on arrive aux quartiers modernes, c'est-à-dire, à une lile «le jolies habitations entourées de jardins plus ou inoins grands, surlcsbordsdu canal deMuulcnv/ielel de liyswijk, sur une longueur d'environ trois quarts de lieue. A l'issue de ce canal on a devant soi une grande plaine carrée pareillement «•ntourée de maisons européennes j c'est Weltei'reden, ou le quartier militaire ; en prenant à la droite, on voit une autre plaine, à-peu-près carrée, nommé le Konings Plein, aussi entourée de » harmarites habitations particulières. En traversant Weltevreden, on se retrouve sur la grande roule menant à Buitcnzorg, le long de laquelle les habitations d'une architecture moderne se succèdent de nouveau, pendant une bonne lieue et demie, jusqu'au-delà du fort de Mecster Cernelis. Ajoutez à cela quelques allées latérales aboutissant au caual ou aux carrés dont nous venons de parler, comme le Prinsen-Laan , le chemin de Gounong Saharie, le chemin de Tanabang,elc, et l'on pourra se faire une idée de la capitale de nos possessions orientales, telle qu'elle est aujourd'hui. Entre et derrière ces différens quartiers européens, se trouvent les quartiers des habitans Asiatiques et des Chinois; le quartier principal de ces derniers, ou camp chinois est hors de l'enceinte et à l'ouest de l'ancienne ville, dont il formait comme un vaste faubourg ; mais, à la longue , ils se sont glissés partout , et on les voit maintenant établis de tous côtes, surtout dans les bazars situés entre les quartiers que je viens de citer.»

La rade de Batavia est aussi sure que belle et parsemée d'une quantité de petites îles ; la plu-

part sont inhabitées maintenant, mais presque toutes avaient été utilisées autrefois par 1 ancienne Compagnie des Indes, pour y placer des chantiers, des magasins, des hôpitaux ou des ate liers. La principale de ces îles est Onrust (Poulou Kappal des Malais), sur laquelle la Compagnie avait de magnifiques chantiers, où les plus grands vaisseaux pouvaient être réparés et même carénés-, des magasins complets de munitions et autres choses nécessaires à l'équipement des vaisseaux ; un grenier de réserve, pouvant contenir 2000 côyans ou près de 1750 tonneaux de riz ; de fort belles habitations pour les employés; enfin deux moulins à vent et une église ; plus de 600 ouvriers européens, outre les koulis (hommes de peine indigènes) y étaient constamment employés. En 1823, M. Van der Capellen fit renaîtreen partie ce bel établissement ruiné pendant la guerre et l'occupation anglaise. Dans ce moment (1843), on y met la dernière main en le dotant d'un bassin, avec machine à vapeur.

hes bàtimens remarquables de l'ancienne ville sont les vastes magasins dans l'enceinte du ci-devant château ; les bureaux de la marine et de la douane, l'entrepôt, les lombongs, magasins construits en bois pour les récoltes de café; la Bourse, la Banque de Java, la Factorerie de la Société de commerce; V hôtel de ville, V hôpital des Chinois, et la Portugaise , église du culte protestant malais. Dans la vdle nouvelle, on trouve les spacieuses casernes militaires de Weltevreden, le palais du gouvernement, l'hôpital militaire, X église catholique, la prison poulies Européens, la loge maçonnique, la cantine militaire, le club des officiers, et la salle de spectacle : ces bàtimens entourent la place de JVeltevreden ; la Place royale (Konings plein), l'église Guillaume , joli temple protestant. Une nouvelle citadelle s'élève dans ce moment entre celte place et celle de Weltevreden. Le long du canal de Ptyswyk se trouve l'hôtel du Gouverneur général, qui n'est qu'une belle maison, l'harmonie , où l'on donne les grandes fêtes, et l'Hôtel de la Société littéraire.

La capitale de l'Océanie Hollandaise n'offre pas beaucoup d'établissemens littéraires, mais elle possède en revanche la société des arts et des sciences, qui est le premier corps savant établi par les Européens dans l'Orient ; ses savans mémoires lui ont mérité une juste célébrité ; une bibliothèque assez riche est placée dans le bel édifice où elle tient ses séances. Un musée d'histoire naturelle, établi en 1835, donne à cette société un nouvel intérêt. Parmi les écoles, nous ne citerons que l'école primaire du gouvernement, fondée à Weltevreden en 1817; c'est le principal établissement de ce genre, auquel la plupart des familles européennes envoient leurs enl'ans. La population de Batavia ne s'élevait en 1824, d'après un recensement exécuté avec la plus grande précision qu'à 53,861 âmes, non compiis les officiers de tout grade, leurs familles, les militaires, et tout ce qui appartient à la garnison de Weltevreden; dans ce nombre 23,108 étaient Javanais ou Malais. 14,708 Chinois, 12,419 esclaves, 3025 Européens et 601 Arabes. Quarante-trois navires, don 17 du port

OCEAN ! E- OCCIDENT A LE ou MALAISIE.

tic plus de 400 tonneaux, et un bâtiment à vapeur sont la propriété des armateurs et des maisons de commerce de cette ville, qui tient aussi un rang distingué par son industrie , dont les branches principales sont les distilleries d'arak, les briqueteries , les chaufourneries, les tanneries, lés teintureries , les fabriques de chandelle , de poteries, etc.

Dans la résidence de Bantam, où la civilisation et l'agriculture ont lait , depuis vingtcinq ans, des progrès étonnans , grâce à la déposition du sultan qui, par sa tyrannique administration, entravait la prospérité de l'industrie manufacturière et agricole , nous ne citerons que Serang, assez jolie petite ville, où réside le gouverneur de la province, mais qu'on cherche en vain sur des cartes modernes assez détaillées, et qu'on représente comme les meilleures, tandis que ces mêmes cartes offrent, écrit en gros caractères, le nom de celle de Bantam, ville, à la vérité, jadis grande et fort peuplée, capitale du royaume de ce nom et célèbre dans l'histoire de Java, mais qui, depuis longtemps, est presque entièrement abandonnée à cause des miasmes putrides qui y régnent, et à cause du commerce qui s'est transporté à Batavia ; mais ce qui étonnera encore plus nos lecteurs, c'est d'apprendre que cet amas de maisons tombant en ruines et presque désertes, est décrit, dans les ouvrages récens, comme la résidence actuelle du sultan de Bantam, environné encore de toute la splendeur de sa cour et de sa garde composée de femmes, lorsqu'il est notoire que, depuis plusieurs années, ce potentat de l'Orient a cessé de régner et n'est plus qu'un simple particulier pensionné des Hollandais!

Vansterésidence de B uitenzorg: Buitenzorc, beau château, fondé en 1740, reconstruit en grande partie en 1816 avec beaucoup de goût et une noble élégance , et rebâti à neuf en 1835 et 1836, après avoir été en partie renversé, le 10 octobre 1834, par un tremblement de terre. Ce lieu est devenu un des plus beaux séjours de la zone torride. Les jardins antiques et raides ont été changés en plantations anglaises , et le baron Van der Carpellen, voulant joindre l'utile à l'agréable, en destina une partie aux sciences, en y établissant un Jardin botanique, confié d'abord à la direction du savant professeur Reinwardt, et plus tard au docteur Blume. On y trouve rassemblés, non-seulement tous les végétaux que produit le sol fertile de Java, mais encore une multitude de plantes des Mçduques, du Bengale, du Brésil, de la thine, du Japon et de l'Australie. Depuis l'introduction du système, dit des Cultures , le jardin de Buitenzorg est consacré en partie à des essais pratiques. — C'est de là que les plantations de thé, de canelle et de nopal, qui maintenant sont répandues dans toute la colonie, ont reçu la première impulsion.

Dans la résidence de Préang an, qui occupe à elle seule près des deux neuvièmes de la superficie de Java, et qui est partagée entre plusieurs princes indigènes très soumis aux Hollandais : Tjanjor, joli et gros bourg habité par des Javanais et que nous décrirons en détail d'après

M. le comte de Hogendorp pour que le lecteur puisse se former une idée de cette classe de petites villes de l'Orient. «Les rues sont de larges allées tirées au cordeau, bordées de charmilles et de barrières de bambous arrangées avec simplicité, mais avec beaucoup de goût. Par-dessus ces barrières s'élèvent des arbres fruitiers et à fleurs odoriférantes, qui entourent, là comme ailleurs, les maisons des Javanais. Les ruelles sont des sentiers également propres et ombragés. Les moindres habitations sont aussi soignées et d'une élégance aussi simple que celles d'une plus grande dimension : tout y respire l'abondance et le bien-être général. Au centre du bourg on trouve n n joli bazar. Le résident baron Van der Capellen, frère du Gouverneur général, y avait établi des ateliers où ne travaillaient que les indigènes-, on y faisait des ustensiles pour l'agriculture, sur des modèles encore ignorés dans le pays, afin d'en faire connaître l'usage aux habitans de l'intérieur, des charrettes pour faciliter les transports, etc. En même temps cet utile établissement servait à former des artisans adroits, et à répandre parmi les naturels du pays le goût des métiers et des arts utiles. »

A cette description nous devons ajouter que Tjanjor, comme toutes les villes Javanaises, a sa place publique tirée au cordeau. Ornée aux quatre coins du waringin , ou symbole de l'autorité , et entourée , outre les demeures des principaux habitans, de la principale mosquée, de la salle d'audience (aloun-aloun) , de la maison (dalan) du chef Javanais (Bopati), et enfin du bureau de la police (Gladak), où se trouvent aussi les hommes et les chevaux destinés au service public.

Dans la résidence de Cheribon:

Cheribon , ville jadis assez considérable, dont le commerce a enrichi plusieurs de ses habitans, surtout des Arabes et des Chinois; on trouve dans les environs le tombeau du célèbre Cheikh Moulana, qui fut le premier propagateur de l'islamisme à Java. Les sultans de Cheribon , pensionnés par le gouvernement Hollandais et privés de toute autorité , y font leur résidence dans un palais où tout indique la malpropreté et l*apa<lliie.

Dans la rés idence de Baglen on remarque l'intéressante province de LEDOK,dont les montagnes sont parsemées de phénomènes volcaniques très remarquables , et de ruines , de temples et de constructions en basalte, qui font foi des progrès étonnans qu'avaient faits les Javanais dans l'architecture et la sculpture , avant l'introduction de l'Islamisme , qui là comme partout ailleurs, s'est montré l'ennemi déclare des beaux-arts.

Cette contrée, selon les antiques traditions des Javanais, a été le séjour des dieux ; c'est l'ancien Pays d'Jslina ; c'est là que demeuraient Ardjouna, Gatoulkalcha, Bima et tant d'autres dont les aventures sont racontées dans le Brata-Youdha ou le poème de la guerre des Pandous; c'est là, en un mot, qu'est la Terre-Sainte des Javanais. Sur un plateau élevé de 600 pieds au dessus du niveau des plaines environnantes et

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de 1000 pieds au-dessus du niveau de la surface de la mer, on trouve les débris de plusieurs temples, des statues d'idoles et d'autres sculptures : l'espace nous manque pour pouvoir les décrire. On gravit sur ce plateau à l'aide de marches en pierre entièrement bouleversées et presque ensevelies sous des amas de laves et de produits volcaniques, témoignages certains des éruptions volcaniques qui ont eu lieu depuis la construction de ces antiques édifices. Au milieu de cette plaine élevée, on voit encore quatre temples mieux conservés que les autres, et dont l'architecture est très élégante. On y a découvert plus tard les ruines de 400 temples différens, rangés de manière à former entre eux des rues ou des routes fort larges, qui se coupaient à angles droits.

Dans la résidence de Kadou, si importante par sa population très condensée, par la fertilité de son sol et par sa florissante agriculture; Maguelan, grand et joli bourg habité par des Javanais.

Dans celte province, se trouve les ruines célèbres de Boro-bodo. C'est un temple dédié à Budha qui couronne une petite colline, et qu'on croit avoir été construit dans le commencement du viie siècle. Ce temple forme un carré long, qui a sept murs ou enceintes, décroissant à mesure que l'on gravit la colline, et qui est surmonté par un dôme qui lorme le sommet de l'édifice : ce dôme a environ 50 pieds de diamètre; chaque côté du carré extérieur est d'environ G20 pieds. Ces murs richement décorés de bas-reliefs, ont des niches où l'on voit des figures sculptées , plus grandes que nature ; elles représentent Budha assis les jambes croisées; il y en a près de 400. Quatre immenses escaliers répondant aux points cardinaux de la boussole servent à gravir cet édifice. Le temple ressemble beaucoup à ce qu'on dit à celui de Boudha, qui est à Gay-ia, dans l'Hindoustan.

Dans la résidence de S amarang: Samarang , assez grande ville, bâtie plus ou moins à l'Européenne dans le genre de l'ancienne Batavia, avec des rues régulières et un port formé par l'embouchure de la rivière de Samarang, mais obstrué en partie par un banc de vase. L'école militaire qu'on y avait établie en 1818, a été supprimée à cause des mesures d'économie devenues nécessaires dans les derniers temps. Samarang possède une bonne école primaire , est le siège d'un conseil de justice , dont relèvent les résidences de Tagal , Pekalongan , Samarang, Kadou, Djocjocarta, Souracarta, Iapara et Rembang, et est le chef-lieu de la division militaire qui embrasse les mêmes résidences. Son commerce est florissant; on porte sa population à 36 ou 38,000 âmes. Banyukuning , village remarquable par les tchandis ou temples antiques situés dans son voisinage ; ils ont été bâtis sur des terrasses coupées dans la montagne et qui s'élèvent successivement les unes au-dessus des autres.

Mais avant de quitter cette résidence, qu'il nous soit permis de dire un mot sur le choléra-morbus, qui a donné à Samarang une bien triste célébrité dans toute la Malaisie. C'est de cette ville ou, à ce qu'on assure, il fut importé de

l'Inde Transgangétique en 1819, qu'il se propagea d'abord le long de toute la côte septentrionale de Java , ensuite dans l'intérieur de l'ile, emportant sur son passage plus de cent mille habitans. Samarang le revit en 1821 ; c'est dans ce port et à Batavia qu'il a frappé le plus de victimes. Ici , nous remarquerons que depuis la terrible peste noire qui , au milieu du xive siècle , enleva , d'après les chroniques contemporaines, plus de la moitié de la population de l'Ancien Continent , jamais épidémie aussi dévorante ne s'étendit sur une aussi vaste surface de terres en frappant un égal nombre de têtes. Du delta du Gange , où le choléra est endémique, ce fléau exterminateur étendit sa maligne influence sur toute l'Asie méridionale et orientale , sur une grande partie de l'Asie moyenne et de la Malaisie ; dans cette dernière, il moissonna de nombreuses victimes jusqu'aux extrémités orientales de l'archipel des Moluques. Après avoir ravagé les îles de Ceylan , Maurice et Bourbon , le choléra envahit l'Arabie, pénétra en Perse , en Syrie et en Egypte. De la Perse , il passa en Russie pour désoler dans toutes les directions cet empire immense , en remontant le Volga comme en descendant le Don. De Moscou et de Pétersbourg, frappant dans sa marche rapide d'innombrables victimes , le choléra suit en Pologne les mouvemens des armées belligérantes , fléau guidé par un autre fléau. De là , il s'étend d'un côté dans la Gallicie , pour se propager bientôt dans la Hongrie, l'Autriche , la Moravie et la Bohême ; de l'autre, dans la Pologne prussienne, pour envahir la Prusse, le Brandebourg, la Silésie et la Saxe; pendant ces deux invasions, il enlève beaucoup de monde dans l'Esthonie, dans la Livonic, dans la Finlande et jusque dans les solitudes glaciales du gouvernement d'Arkhangel. De Hambourg , l'épidémie s'élance brusquement à Sunderland, dans l'Archipel Britannique: Londres, Liverpool, Edimbourg, Glascow, Dublin et Cork sont les principaux théâtres de ses ravages. Du Royaume-Uni, l'inexplicable fléau vient subitement éclater dans la capitale de la France, d'où il se propage à travers les départemens, en suivant le cours des fleuves, et franchissant l'Atlantique, il annonce ses ravages dans le Nouveau Monde par les nombreuses victimes qu'il frappe dans la capitale du Bas-Canada. Au moyen âge , une épidémie aussi épouvantable eût suspendu toutes les relations de peuple à peuple , toutes les affections de famille; mais dans l'état actuel de la civilisation et de la médecine, les nations de l'Europe n'ont connu«qu'une partie des horreurs de la peste noire ; et si des populations ont été décimées, au moins l'humanité n'a point à rougir -, les secours et les consolations n'ont pas manqué aux mourans. L'Europe doit ces avantages inappréciables à d'illustres médecins. Nous nous bornerons à nommer les Markus, les Rauch, les Dyrsen, les Langh, etc., en Russie; les Stiffl, les Cunlhner , les Czermak , les Vivenot, etc., etc., en Autriche, les Dieffenbach , les Otto, etc., etc., en Prusse-, en France , nous ne nommerons personne, car il faudrait nommer toute la Faculté. Eclairés par ces savans, les gouvcrnemcns et les peuples ont îe-

OCEANIE-OCCIDENTALE ou MALAISIE.

I poussé toute crainte de contagion; les nations i| n'ont pas élevé entre elles d'infranchissables baril rières ; les mères n'ont point abandonné leurs enj[ fans, les épouses leurs maris, et les citoyens épargnés par ce terrible fléau , en vaquant comme I à l'ordinaire à leurs occupations et prenant part ! aux plaisirs innocens d'une civilisation avancée , trouvèrent dans les unes et dans les autres, de !j puissantes ressources et ces diversions , dont le I manque absolu aggrava si cruellement la triste ; condition de nos ancêtres.

Dans la rés idence de Re mba n g, siimjj portante par ses belles et vastes forêts de tek et | par ses nombreux chantiers, nous nommerons: | Rembang, petite ville commerçante, avec de beaux l chantiers ; elle possède 17 navires , dont 5 mesurent plus de 300 tonneaux.

Dans la résidence de Sourabaya:

; Grissé , assez jolie petite ville commerçante; 26 navires caboteurs, la plupart d'une assez grande capacité, y sont la propriété de plusieurs maisons arabes fort riches. Elle possède une bonne école ! primaire et est la retraite que choisissent de pré- ! férence les familles européennes, dont les chefs se sont retirés du service ou du commerce.

Sourabaya, située à l'embouchure du Kediri dit aussi Sourabaya ; c'est après Batavia la ville la plus peuplée , la plus commerçante et la plus j florissante de Java. Sa rade est aussi belle que sûre. On y remarque un bel arsenal, de beaux ! chantiers, la monnaie pour frapper le cuivre , i une fonderie de boulets , une école primaire ; comparable à celles de Weltevreden et de Samaj rang. Elle est le siège d'un conseil de justice , I dont le ressort embrasse toutes les résidences ) orientales de Java , et le chef-lieu de la division j militaire qui comprend ces mêmes provinces. On estime à 50,000 le nombre de ses habitans.

C'est au milieu des immenses forêts de tek, qui couvrent la partie occidentale de cette pro- ) vince , qu'était située Madjapahit, l'antique capii taie des Javanais, dans les temps florissans de leur j empire. Ses ruines sont éparses sur un espace de plusieurs milles le long du Kediri ; plusieurs temples en briques et les débris des portes subsistent encore. Depuis l'emplacement de cette ville célèbre , dit M. Valckenaer, jusqu'à Proboi lingo vers l'est , on aperçoit à chaque pas diverses constructions anciennes en briques. Il est difficile de bien déterminer l'étendue de Madjapahit , parce que le sol est actuellement recouvert d'arbres de tek d'une hauteur prodigieuse; mais les murs de son étang , bâtis en briques cuites, subsistent encore; ils ont looo pieds de long sur 12 de hauteur. Dans un village adjacent, nommé Tra ngwo ulan, on voit le magnifique | mausolée d'un prince mahométan, avec les lomj beaux de la princesse sa femme et de sa nourrice : î il porte la date de 1320 sculptée en relief et en anciens caractères mahométans ; tout à côté sont les tombes de neuf autres chefs. Tous ces monumens sont religieusement gardés par des prêtres. Dans le district de Djapan et dans une des parties les moins accessibles d'une immense forêt de tek, on voit les ruines de Mendang-Kamoulan, ville ancienne, célèbre dans les annales de Java.

Dans la résidence de Pas arouan : Pasauouan, gros bourg de Javanais, où s'étaient autrefois établies plusieurs familles européennes, dont les descendans y demeurent encore et contribuent à rendre ce lieu un séjour assez animé. « Dans le district de Gratté se trouve, dit M. le comte de Hogendorp, le lac Ranou, remarquable par la douceur des crocodiles qui l'habitent et qui vivent, à ce qu'on assure, pacifiquement avec les Javanais demeurant dans le voisinage. Ces derniers ne craignent point de s'y baigner habituellement, tandis que des indigènes étrangers au canton, en s'y baignant, ont souvent payé de leur vie cette témérité. Les étrangers qui visitent cette partie de Java, ajoute cet estimable auteur, ne manquent pas d'aller voir ce lac, et les habitans de Gratté s'empressent de leur procurer un genre de spectacle assez extraordinaire et dont on peut jouir sans danger, en se rendant dans un petit pavillon placé au-dessus de l'eau, à une cinquantaine de pieds du rivage. Les acteurs se jettent en foule dans le lac, en poussant devant eux un petit radeau sur lequel ils ont attaché quelques poules : ils appellent à grands cris les crocodiles, que l'on voit s'avancer vers le déjeûner qui leur est offert, sans paraître tentés d'attaquer les nageurs, qui retournent paisiblement à terre. »

Dans le district de Malang sont les célèbres ruines de Singa-sary. On y voit, dit M. Walckenaër, un tchandi ou temple, dont la principale entrée à l'ouest a 30 pieds de hauteur, et au-dessus de laquelle est sculptée une tète énorme de Gorgone ; il y a d'autres sculptures à l'enlour de l'édifice; elles ont été mutilées; on en a trouvé d'intactes en s'avançantdansla forêt, entre autres une d'un taureau nandi. Celle statue a 5 pieds de long. On a vu aussi contre un arbre une magnifique statue avec quatre têtes ; une autre de Mahadewa, avec son trident, accompagnée d'nne inscription en caractères devanagari ; un souria ou char du soleil avec ses sept chevaux, qui ont leurs queues rejetées en arrière, et dans l'altitude d'une course rapide. A 5o toises de là est une superbe statue colossale de Ganesa , avec sa trompe d'éléphant, ses gros bras et ses jambes énormes. Cette figure parait avoir été primitivement placée sur une plate-forme ou dans un temple, car tout à l'entour on voit une quantité considérable de pierres; enfin, en s'avançant encore un peu plus dans le bois, on trouve deux de ces statues colossales, qui représentent des gardiens ou portiers placés ordinairement à l'entrée des temples ; ces figures, taillées dans un seul bloc de pierre, avaient 12 pieds de haut quoiqu'elles fussent assises. En se dirigeant au sud par Malang, on arrive aux ruines de SouriTOur.ANG, connues sous le nom de Kotah-Bedah ou le Fort démoli; c'est là que se retirèrent les habitans de Madjapahit après la ruine de leur ville. A sept milles anglais au sudest de Malang, on trouve encore d'autres ruines. A Kedat sont les restes d'un magnifique temple en pierres; il est sur la limite de la forêt ; quatre lions sculptés soutiennent la corniche, et il y en a deux autres à l'entrée. A Djagon, et dans l'intérieur de la forêt, sont d'autres ruines plus considérables ; Yédifice principal est un des plus

grands de Ions ceux dont les ruines sont éparses dans cette partie de l'île -, on y a trouvé une statue de divinité hindoue, dont la tête avait été enlevée par un résident hollandais ; au dos de cette statue est une inscription antique en caractères devanagari. L'édifice a trois étages-, et les intervalles de chacun sont ornés de bas-reliefs représentant des batailles, entremêlés de ligures d'oiseaux et d'autres animaux. Toutes ces ruines, dit M. Walckenaér en citant Baffles, sont les restes de l'antique ville de Dgegeland, dont il est souvent fait mention dans l'histoire des Javanais.

Les états de Souracarta el de Djocjocarta sont régis immédiatement par des princes javanais, qui sont les descendans desempereursde Mataram, si puissans vers la fin du xve siècle, lorsqu'ils dominaient sur presque toute l'île de Java. C'est vers le milieu du siècle dernier, à la suite d'une guerre terminée en 1755, que la Compagnie Hollandaise des Indes-Orientales partagea f empire de Mataram (Mataren) entre Vempereur de Mataram ou sousounan, et le sultan de Djocjocarta. Dans cette circonstance, la Compagnie, pour se ménager des partisans, établit à chacune de ces deux cours une branche de princes apanagés, avec le litre de pangerang ; et, en les dotant richement, elle les plaça dans une position indépendante du prince régnant. Les événemens prouvèrent l'habileté de cette manœuvre; car, dans les derniers troubles qui ont agité cette partie de l'île, ce sont les pangerangs Manko-Nogoio, connus auparavant sous le nom de Prang Wedono, à Soui acarta, et Pakou-Alam, à Djocjocarta, qui se sont signalés par leur dévouement au gouvernement hollandais. Après cette guéri e, qui ne se termina qu'en 1830, le territoire des princesdeSouracartaet Djocjocarta futdclernvné d'après des bases dictées par une saine politique. Leur autorité ne s'étend pas au-delà des anciennes provinces de Mataram. Sockawati et Padjans comptent environ 725,ooo habitans. Le reste a été réuni au territoire hollandais. Celte partie de Java, où s'élèvent le Merbabou, \eSindoroel le Soumbing, regardés comme les plus hautes montagnes de l'île, et où l'on trouve ses plaines les plus belles et les plus fertiles, est aussi celle qui doit inspirer le plus d'intérêt par les ruines d'anciennes villes, par les débris d'une foule de monumens de tous genres, qui nous révèlent la gloire et la puissance d'un peuple, dont l'histoire nous a été jusqu'ici inconnue, et dont les mœurs et les usages, ici plus qu'ailleurs, ont conservé leur caractère national. Malheureusement [tour le géographe, la topographie en est encore très peu connue -, mais le savant ouvrage de Rallies, si bien analysé par M. le baron de Walckenaèr, dans son Monde-Maritime, a jeté tant de lumières sur les importantes antiquités qui attestent son ancienne splendeur, que nous croyons devoir sortir un peu de notre cadre, pour faire connaître au lecteur ces merveilles, après lui avoir indiqué ses deux capitales modernes qui, malgré leur forte population, n'offrent rien de remarquable. Quant aux antiquités, notre tâche sera de résumer le beau et savant travail de M. de Walkenaer.

Souracarta, grande ville, assez bien bâtie à la manière des Javanais; le kraton ou palais impérial, où réside le sousounan, est très grand et se compose d'une foule de bàtimens différens. Le quartier habité par les Européens est bien construit et défendu par un fort, où il y a toujours une garnison hollandaise. En 1815, on estimaitvaguementà 105,000 âmes la population de cette ville, qui est plutôt un assemblage de nombreux villages qu'une ville proprement dite dans le sens que l'on donne à ce mot en Europe. Djocjocarta, autre grande ville, située au sud-ouest de la précédente, à environ 15 milles anglais de l'Océan. C'est la résidence du sultan de Djocjocarta, descendant du rebelle Mancobumi, reconnu comme prince indépendant de l'empereur parles Hollandais en 1758. M. Hamilton estime à 100,000 âmes sa population pour l'année 1815. Sa construction ressemble à celle de Souracarta.

Voici les monumens les plus remarquables qu'on a découverts depuisle commencement du xixe siècle : A Brambanan, village dans la province de Malarem, entre Souracarta et Djocjocarta, on voit plusieurs temples ruinés, dont il reste encore debout une partie des murailles et plusieurs colonnes. Dans les ruines du temple de Ko bond ala m, on voit deux statues colossales, renversées et en partie rompues, représentant les deux gardiens du tchandi ou temple. Des tchandisde Loro-Djongrang se composaient de vingt édifices différens, tous avec des enceintes et des entrées particulières ; le plus grand avait 90 pieds anglais de hauteur. Sur le frontispice de la porte d'entrée on a trouvé la statue de Loro-Djongrang, de 6 pieds de haut-, selon Baffles, c'est la même divinité que Bahawani, la même que Devi. ou Dourga de l'Hindouslan ; elle a sous ses pieds un buffle et est pourvue de huit ou dix bras; elle saisit le vice par les cheveux et le terrasse ; les autres parties du temple renferment des statues de Ganesa, de Chiva et d'autres divinités hindoues. Toutes ses immenses constructions sont en pierre de taille, sans mortier ni ciment ; et les plantes qui ont poussé au milieu de leurs débris les couronnent de verdure, les couvrent de leur ombrage et leur prêtent des beautés pittoresques qui ajoutent à leur aspect vénérable. A 420 toises, au nord-est du temple de Loro-Djongrang, on trouve les Tchandi- S iwou (Mille-Temples). H est impossible de contempler un plus grand nombre de colonnes, de statues, de bas-reliefs entassés sur un même terrain; tout est terminé et poli avec une perfection extraordinaire, et tout ces monumens prouvent beaucoup d'art, d'invention, un goût pur et très exercé. Ici, les statues des gardiens ou portiers du temple ont 9 pieds de hauteur, quoique agenouillées; leurs grosses faces ont une expression de gaîté qu'on ne retrouve pas dans les autres monumens de l'île, ni dans ceux de l'Hindoustan. Chacun de ces temples forme un parallélogr amme qui a environ 540 pieds anglais de long sur 510 de large, ils sont à-peu-près tous construits sur le même plan, et le style de l'architecture, les costumes et les cmblèmesdesstatues et des bas- reliefs qui les ornent, sont en tout semblables à ceux des lemples hiu-

OCEANIE-OCCIDENT ALE ou MALAISIE.

I dous; tous sont exactement orientés, etlcurs plus grands côtés font face à l'orient et à l'occident. I La distribution intérieure, comme dans les temf)| pies de Loro-Djongrang, est en forme de croix, et i\ la plus grande de toutes les salles se trouve de | même placée au centre. A Kali-Bening, village situé sur le chemin de Brambanan à Djocjocarta, I «n rencontre les restes d'un temple semblable à I ceux de Tchandi-Siwou et de Loro-Djongrang-, ij mais les ornemens y sont exécutés encore avec l\ plus d'art et d'habileté.

A l'autre extrémité des possessions de ces prin-

I ces vassaux , à l'est de la rivière Solo, on trouve i une foule de ruines monumentales. A Kediri on | voit un temple mahométan, nommé Astana-

II Djedong, qui montre, d'après la régularité de sa structure, le poli et l'élégance des matériaux

i dont il se compose , qu'il a évidemment été con- 1 struit avec les débris d'anciens tchandis javanais. I Les fondemens des maisons, les restes de murs et d'édifices qu'on trouve encore dans cette ville, prouvent que tous les anciens monumens ont été détruits et abattus exprès, et même avec beaucoup de travail et de peine , lors de l'introduction de l'islamisme. Toutes ces ruines sont des restes de l'antique ville de Dara, dont il est souvent fait mention dans les annales javanaises. Au pied de la colline de Kloto ck , qui est une prolongation du mont Willis , à 2 milles anglais à l'ouest de Kediri , sont des chambres creusées dans le I roc vif, ornées de statues, de bas-reliefs et de sculptures; à Sentoul, à l'est de Kediri, on voit au milieu d'une antique forêt un petit édifice ! construit avec une rare élégance ; les entablures I des murs qui l'environnent sont ornées dans l'in- I térieurpar des sculptures finies avec le plus grand soin ; au sommet de l'édifice est un réservoir d'eau d'une assez grande dimension, et sous ses fondations on a creusé une chapelle souterraine; il paraît avoir été un tombeau. Aux environs de G i- ! da h , village peu éloigné de celui de Blitar, est un temple en brique dont les ornemens sont en pierre ; la construction et les sculptures sont exécutées avec une surprenante habileté. En s'avançant vers le nord-est on contemple les antiquités de Penataran , rangées parmi les plus considérables et les plus curieuses de Java. Le plan de ces édifices démontre qu'ils étaient destinés ù des usages pieux et à l'habitation d'un assez grand nombre d'individus; ils occupent un espace de forme oblongue, qui se trouvait partagé en trois parties distinctes et entouré d'un mur extérieur; l'entrée principale est gardée par deux statues colossales.Une figure de Relcha, à 4 visages, supérieurement finie, est placée dans un pelit temple qui, par la grâce, la multitude et le poli des ornemens, surpasse tous ceux dont nous avons parlé.

A environ 20 milles géographiques à l'est de Souracarta, et dans le voisinage du village de Soukou , on voit d'intéressantes ruines sur une des collines qui entourent la base du majestueux mont Lawou. Une des principales est une pyramide tronquée, s'élevant sur le sommet de trois terrasses superposées les unes au-dessus des autres ; auprès sont des obélisques, des colonnes, et des sculptures en partie renversées. La longueur

des terrasses est d'environ 157 pieds ; la lre a 8<> pieds de hauteur, la 2e 30 et la 3e 130 pieds ; la porte d'entrée de ce temple est aussi en pyramide; enfin les figures sculptées et les bas-reliefs que Tony voit, ressemblent à ceux qu'on a trouvés en Egypte. C'est un monstre dévorant un enfant et qui rappelle le cruel Typhon ; c'est un chien qui fait ressouvenir du dieu Anubis ; c'est une grue qui ressemble beaucoup à l'ibis si fréquent sur les monumens égyptiens; c'est le palmier, le pigeon, l'épervier, le serpent, symboles communs de l'antique Egypte. Ce temple est parfaitement orienté. Ces ruines offrent une statue gigantesque d'homme, avec des bras ailés comme les chauvessouris, souvent reproduite en bas-relief avec quelques variations ; des statues avec un trident à chaque main ou des massues ; une autre avec un phallus de six pieds de long, sur lequel est une longue inscription. Toutes ces sculptures sont moins bien exécutées que celles de Boro-bodo, de Malang ou de Brambanan, décrites aux pages 1175, 1177, et 1178; elles appartiennent évidemment à une autre époque. Il n'existe à cet égard aucune tradition dans le pays, mais deux inscriptions découvertes parmi ces ruines portent les dates de 1361 et de 1362.

ILES qui dépendent géographiquement de JAVA. En négligeant une foule d'ilols peu importans , ces îles se réduisent aux suivan tes : M a d u r a , qui fait partie de la résidence du souverain; son territoire est partagé en trois princes indigènes, qui gouvernent, sous la suzeraineté des Hollandais, les trois districts de Bangkalan , de Pamakassan et de Sumanap. Le panumbaha/i, ou prince de Sumanap, a été élevé à la dignilé de sultan, en 1825, par le gouverneur-général Van der Capellen , en récompense des services éminens qu'il avait rendus au gouvernement hollandais. Bangkalan , Pamakassan et Sumanap, sont les résidences de ces trois princes indigènes,

L'île de Bali (Pelite-Ja va) , divisée en huit petits royaumes indépendans , dont les principaux sont les suivans : Carrang-assem (Karang-Assem) , qui est le plus puissant, et dont dépend l'île de Lombock; Giangur, qui vient après lui pour la puissance ; Tabanan, Blelling (Bliling) et 1 Klong-klong; ce dernier dominait jadis sur toute l'île; leurs chefs-lieux respectifs por tent le même nom. Il y a sur la côle sud , à Bal'r Badong , une baie ouverte , où mouillent les navires néerlandais. Bali est une des parties les plus peuplées et les plus intéressantes de l'Océanie , par la belle race d'hommes qui l'habite , dont la religion et les institutions furent autrefois celles de la plus grande partie de la Malaisie civilisée.

L'île de Lombock , régie par un radjah tributaire de celui de Carrang-Assem ; ses habitans sont bons agriculteurs; le prince réside dans la petite ville de Mataran , située sur le détroit de Lombock. Le gouvernement Néerlandais vient de s assurer par des traités, de la suzeraineté des ilt*s de Bali et Lombot , dans ie but surtout de fait »? cesser les déprédations que son commerce avait à souffrir de la part des Balinois. L'Ile du Prince et autres îles moins étendues dans le détroit de la Sonde , sont inhabitées.

OCEANIE.

Archipel de Sttmbava- Timor.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination plusieurs lies, dont les suivantes sont les principales :

SUMBAVA (Sumbauwa , Sumbhawa) divisée en plusieurs petits royaumes dont les principaux sont: Bima, Dompo, Sumbava, Tomboro, Pekat et Sangar. Celui de Bima, qui occupe son extrémité orientale, est de beaucoup le plus puissant, et exerce une espèce de suzeraineté , non-seulement sur presque toutes les autres, mais il domine aussi sur l'île de Manggaray et sur la partie occidentale de celle de Flores. Bima , petite ville avec un beau port, est la résidence du sultan, qui est vassal lui-même des Hollandais. Le volcan Tomboro, dans le petit royaume de ce nom, jouit d'une funeste célébrité , surtout depuis la terrible éruption de 1S15 qui fît périr un cinquième de la population de ce canton. MANGGARAY (Magary, Comodo) , petite île dépendante du sultan de Bima; elle est placée entre Bima et Flores.

FLORES (Ende, OEnde, Floresfica, Floris, Grand- Solor ou Manggaray). La partie occidentale dépend du sultan de Bima: tout le reste de l'île parait divisé entre plusieurs petits souverains indépendans. Quelques-uns de ces derniers étaient naguère vassaux du gouverneur portugais résidant à Larentouka (Larantuca), dans l'extrémité orientale; mais on peut regarder aujourd'hui cet établissement comme abandonné par cette nation. Un beau port sur la côte méridionale de cette île, appartient à une colonie de Bouguis, qui refusent de reconnaître la suzeraineté des Hollandais.

Viennent ensuite les îles SOLOR (Petit-Solor), divisée entre plusieurs radjabs qui paraissent indépendans, mais que les Portugais regardent comme leurs vassaux, ainsi que celui d'Adinara, SABRAO(Adenara, Adinara), régie par un radjali qui réside à Adinara. LOMBLEM, divisée entre plusieurs radjahs qui semblent être tout-à-fait indépendans. PANTER et OMBAY , habitées par des peuplades guerrières, barbares et même antbropophages.

TIMOR. C'est la plus grande de tout ce groupe

Ceux que possèdent les tribus des Bellos sont vassaux des premiers; ceux qui sont peuplés par les tribus des Waïkenos reconnaissent la suprématie des Hollandais.

Dillé (Diely), petite ville d'environ 2000 habitans, avec un port sur la côte nord-est, est la résidence du gouverneur portugais. Lcka , sur la côte méridionale du pays des Bellos, et Samoro, dans le centre, sont les deux chefs-lieux des royaumes de ce nom , regardés comme les plus puissans de cette division.

Coupang , dans la partie méridionale de la superbe baie de ce nom, avec un port que les Hollandais ont déclaré franc pour faire tort à la colonie anglaise du Port-Raffles dans l'Australie. C'est près du fort Concordia qu'habite le résident Néerlandais, dont relèvent les postes de Solor- Savou, Rotti, Simao, les petits royaumes desVaikenos vassaux, et les autres des îles de cet archipel.

Nous citerons parmi les états des Vaïkenos, le royaume de Vealé, qui, selon M. de Freycinet, est le plus puissant; celui de Coupang, sur le territoire duquel se trouve la ville de ce nom; le roi réside surfile Simao dont il est le souverain-, le royaume d'Amanoubang, dont le roitelet prend le titre pompeux d'empereur : en 1820, à la tête de 2000 cavaliers, il osa combattre les Hollandais pour soutenir son indépendance. Dans l'intérieur de l'île, il y a quelques chefs qui sont entièrement indépendans.

On doit aussi nommer les lies suivantes d'une petite étendue et situées dans le voisinage de Timor, savoir : SIMAO , dépendante du radjah ou roi de Coupang ; on y admire un arbre d'une grandeur extraordinaire; ROTTI (Rottie), divisée entre 15 radjahs vassaux des Hollandais; celui de Termano est le plus puissant ; DAO, très petite île, renommée dans tout ce groupe pour les beaux bijoux en or et pierres précieuses travaillés par ses orfèvres; SAVOU , partagée entre 4 radjahs vassaux des Hollandais.

SUMBA (Tchindana ; Sandelbosch -.Sandalwood, elc). Une des plus grandes du groupe, partagée entre des chefs qui paraissent avoir reconnu de-

elle est partagée entre 63 petits royaumes presque puis peu la suzeraineté des Néerlandais , dont ils tous vassaux d*s Portugais ou des Hollandais, avaient secoué le joug pendant une 30» d'années,

^Archipel des Moluques.

Ce vaste Archipel se compose d'un grand nombre d'Iles qui presque toutes dépendent soit médiatement soit immédiatement des Néerlandais qui les ont partagées en 3 résidences. Nous les réunissons tontes dans les 3 groupes suivans :

GROUPE D'AMBOINE. C'est le principal sous le rapport politique et administratif, puisqu'il comprend l'île de ce nom , où réside le gouverneur général dont relèvent non-seuîement toutes les lies de ce groupe soumises aux Hollandais , mais même l'extrémité orientale de la péninsule septentrionale de Celèbes . ou se trouvent les établissemens deManado et de Goronlalo.

Le groupe d'Amboine se compose de onze lies, dont voici les principales : Amboine (Amboyna ouAmboun), petite, mais très importante soui le rapport politique. C'est le centre de la précieuse culture des girofliers. Ce précieux végétal est actuellement cultivé dans les districts Amboine y de Harouko, deLarique, de Saparoua et de H il a. Ils sont subdivisés en cantons places sous la surveillance de chefs natifs, ayant le titre de radjahs ou pattis , mais plus généralement connus sous celui d'Orang Kaija. Dans ces cantons, les parcs ou jardins , nommés en malais tanah datit contenant un certain nombre de girofliers, se trouvent sous la garde des chefs subalternes , nommes orang

0CEANIE-0CC1DENTALE ou MALAISIE.

touah (anciens) ; ceux-ci dirigent toutes les plantations , l'entretien des parcs et la récolte des fruits. Cette dernière , qui se fait vers le milieu du mois d'octobre et dure souvent deux ou trois mois , peut être estimée, année moyenne, à 250 ou 300,000 livres de clous de girofle. La récolte de 1819 et 1820 a dépassé de beaucoup cette quan: tité ; mais celle de 1821 n'a pas atteint 100,000 livres. On assure que le produit moyen d'un giroflier s'élève à 5 ou 6 livres de clous , quoique l'on en voie donner jusqu'à 25 livres. Amboine, au fond d'une baie profonde qui divise l'île en 2presqu'îles, d'HUou et de Leytimor ; cette petite ville, assez marchande, régulièrement bâtie, avec plusieurs rues larges et des maisons en briques d'une propreté tout hollandaise , est la résidence du gouverneur des Moluques, dont relèvent aussi les établissemens Néerlandais de Manado et de Gorontalo dans Célèbes. On y remarque les bazars, les marchés , le campong chinois, VHÔtel-de- Ville , V hôpital , les deux églises chrétiennes , le jardin-, et dans les environs la maison de campagne du gouverneur, à B alo u-Gadj a. Le Fort Vittoria , bâti par les Portugais, est encore en bon état. Sa population peut s'élever à 7000 h.

HaroukoiUaroeVo), Ma nipa, Sap avoua (Saparoea) et Nussa-Laut sont quatre îlots soumis immédiatement aux Hollandais.

Ceram (Sirang), la plus grande de toutes les Moluques après Gilolo ; elle est partagée entre plusieurs chefs , dont ceux de la partie occidentale relèvent du résident d'Amboine, et ceux de la partie orientale du résident de Banda. Une portion considérable de l'île dépend immédiatement du sultan de Ceram, vassal des Hollandais. Pour mettre un terme aux pirateries auxquelles les habitans de ces contrées se livrent si volontiers, le gouvernement, en 1825 , a accordé une pension au nouveau sultan de Ceram, Radjah Djilolo , et l'a placé sur un point de la côte septentrionale, où l'on a construit une redoute et placé une garnison ; cette mesure a déjà produit des résultats très favorables au commerce. Plusieurs chefs dans l'intérieur sont tout-à-fait indépendans, et les peuplades qu'ils régissent sont féroces, barbares et belliqueuses; SAWAY(Sawa) et Warou paraissent être ses ports principaux. Les Hollandais ont établi un poste à A tiling , près de Saway.

Bourou (Booroo), une des plus grandes de ce groupe. Cajeli est son port principal , où réside dans un petit fort le gouverneur ou sousrésident hollandais. Bourou est partagée entre plusieurs chefs presque tous indépendans.

Goram, petite île, remarquable comme un des points les plus avancés vers l'Orient , où ait été portée la religion de Mahomet. Voyez à la page 1151.

GROUPE DE BANDA, formé par un grand nombre d'îles aependant plus ou moins du résident Néerlandais qui habite Nassau et dont relève tout le groupe, les îles Ceram , Goram et celles qui forment les chaînes du Sud-Est et du Sud- Ouest. Les géographes de l'Allemagne distinguent dans ce groupe les trois divisions suivantes :

Groupe de Banda proprement dit, com-

posé de dix îlots, tous plus ou moins malsains et sujets à de fréquens et terribles tremblemens de terre. Parmi ces îlots, ceux de Banda, de Lonthoir et de Aij (Poulou-Aij) sont très importans en ce qu'ils sont exclusivement réservés à la culture du muscadier, devenu pour ce groupe ce que le giroflier est pour celui d'Amboine. La manière dont se fait la culture du muscadier dans ces îles diffère entièrement de celle du giroflier à Amboine; elle a plutôt quelque ressemblance avec le procédé employé dans les colonies des Antilles, où ce travail est fait par les esclaves. Depuis la soumission de Banda- Neira et de Lonthoir, en 1621 , et la destruction entière de leurs habitans , des colons européens ont été établis dans ces îlots et le sol a été partagé entre eux sous de certaines restrictions, dont la principale était la livraison exclusive des épiceries à la Compagnie Hollandaise, pour un prix fixe. A cette époque, il y avait à Poulou- Aij 31 parcs, à Lonthoir 34 et à Neira 3 parcs, chacun de 25 âmes de terre (zielen lands). Par la réunion de quelques-uns de ces parcs, il no s'en trouve plus aujourd'hui que 25 à Lonthoir, 6 à Poulou-Aij et 3 à Neira. On prétend que cette singulière dénomination fut donnée à la quantité d'arbres qu'un esclave était censé pouvoir entretenir, en ayant égard à la différence des terres plus ou moins avantageusement situées. Depuis la cessation de la traite , le gouvernement a envoyé à Banda les indigènes condamnés par les tribunaux compétens à un bannissement pour un long terme , afin de donner aux perkeniers (colons propriétaires) le moyen de les engager et de les faire travailler dans leurs parcs à la place des esclaves, qu'ils ne peuvent plus se procurer. On calcule le produit annuel moyen d'un arbre, à 5 ou 6 livres de noix ; il en est cependant qui en donnent jusqu'à 15 et 20 livres. Quoique le muscadier porte des fruits pendant la majeure partie de l'année , la grande récolte se fait en août, et une seconde en novembre et décembre. La récolte moyenne actuelle de ce groupe est estimée à 500,000 livres de noix muscade et 150,000 livres de macis. Ce dernier n'est pas, dit M. le comte de Hogendorp, comme quelques personnes le croient encore, la fleur du muscadier, mais l'enveloppe interne de la noix; elle se trouve comme un tissu entre celle-ci et le brou ou l'écorce verte extérieure. Voici les îles principales du groupe de Banda,

Banda (Banda-Neira, Neira) est la plus grande du groupe; on y trouve Nassau, petite ville d'environ 1000 habitans, où demeure le résident ou gouverneur hollandais. Les forts Belgica et Nassau protègent avec celui de Hollandia, situé sur l'île de Lonthoir , l'entrée de la baie superbe formée par ces deux îlots et celui deGounong-Api; mais leurs fortifications exigent des réparations considérables.

Lonthoir et Poulou-Aij , dont nous avons déjà signalé l'importance agricole malgré leur petite étendue. Gounong- Api (montagne de feu) , remarquable par la terrible activité de son petit volcan. Chaîne du sud-ouest, composée de plu-

sieurs iles régies par des chefs vassaux des Hollandais. Les principales sont : Letti; Mo a, une des plus grandes; Lackar; Sermalta; K issir, habitée par une population féroce, au milieu de laquelle se trouve un poste hollandais-, IV e tter, la plus grande de la chaîne , mais mal peuplée. Nous remarquerons que sous le rapport géographique cette chaîne devrait faire partie île l'archipel Sumbava-Timor, décrit à la page

Chaîne du scd-est, dontpresque toutes les iles sont également régies par des chefs vassaux des Hollandais. Les iles principales sont : la Grande-Key , où se trouve Ely, gros village. On y fait un grand commerce alimenté par les houguis. Laarat; Timorl aut , la plus grande de tout le groupe de Banda et habitée par des tribus pacifiques.

GROUPE DES MOLUQUES proprement dites qu'il vaudrait mieux nommer groupe de Gilolo , à cause de l'Ile de ce nom, qui en est la plus grande terre. Ce groupe comprend 13 iles principales et un grand nombre de moindre étendue. Nous ne citerons que les plus importantes.

Gilolo (Almaheira , Halamahera). C'est la plus grande de toutes les Moluqucs; ses découpures offrent la répétition sur une plus petite échelle des quatre péninsules de l'île Celèbes. La partie centrale de Gilolo est régie par plusieurs chefs indépendans. Gilolo dans la partie moyenne , Bitjolie dans la partie soumise au sultan de Ternale, et Galela dans celle qui dépend du sultan de Tidor, paraissent êtreles lieux les plus remarquables. A Bitjolie et à Galela depuis 1824 on a établi des gouverneurs hollandais ou sousrésidens.

Ter nette, très petite, mais remarquable par son haut pic volcanique et plus encore parce qu'elle possède la capitale du royaume le plus ancien de toute la partie orientai delà Malaisie. Ses rois, dans les xiv'ct xvc siècles, ont dominé sur presque toutes les lies du vaste archipel des IMoluqucs. "Vassal des Hollandais, le sultan qui étend sa domination sur une partie des iles Gilolo et Célèbcs et sur celles de Moitay, est encore un deo principaux princes de ces contrées. Ternate, petite ville d'environ 5000 âmes, bâtie en amphithéâtre au bord de la mer, est la capitale. Une éruption de son volcan l'a détruite de fond en comble en 1840. Comme le sol s'élève rapidement, on peut, en s'avançantà quelques milles dans l'intérieur, se trouver à une hauteur assez considérable et y jouir de l'air si pur des montagnes, ainsi que d'une température presque pareille à celle des contrées de l'Europe. Le Dalem ou palais du sultan, dit. M. de Hogendorp, est aussi vaste que magnifique ; il est bâti entre la ville de Ternate et le fort Orange. Un résident ou gouverneur hollandais demeure dans cette ville , où l'on a établi aussi un conseil de justice ou cour de justice civile et criminelle. Sous l'administration de la Compagnie , l'établissement de Ternate était considéré comme fort important pour le maintien du commerce exclusif des épiceries des Moluques. M. le baron Van der Capellen a mis fin en 1824 au monopole par lequel la Com-

pagnie faisait arracher et détruire à grands frais . souvent les armes à la main , tous les muscadiers j et girofliers , au-delà du nombre nécessaire pour produire la quantité d'épiecs qu'elle pouvait vendre. Pour exécuter une pareille dévastation , la Compagnie a dù commettre bien des violences , entretenir des garnisons coûteuses , bâtir des forts, payer des pensions aux princes, enfin se priver de tous les autres revenus de ce pays. Encore , dit M. le comte de Hogendorp, si ces résultats avaient assuré des bénéfices considérables ! mais jamais elle n'a pu vendre , année commune, en Europe, pour plus de deux millions de florins de clous de girofle, de noix de muscade et de macis , tandis que pour les obtenir elle dépensait souvent plus de trois millions, tout en ruinant ces belles contrées dont elle aurait pu retirer d'immenses avantages sous une bonne administration. Non content d'avoir fait cesser ce système qui a valu tant de justes reproches aux Hollandais, cet administrateur habile et philanthrope a encouragé la culture des épicesen fixant des prix très raisonnables pour les clous de girofle , le macis et les noix muscades , que les habitans livreront au gouvernement , savoir : à 10 sous hollandais par livres de clous , 12 sous par livre de macis et 8 sous pour la même quantité de muscades. Ternate est très importante pour la Hollande, tant pour son commerce dans la Malaisie, que comme point militaire pour la défense de ses possessions. C'est de son résident que relèvent, outre Ternale , les iles Tidor, Motir , Batchian , Oby, Solwatty, etc.

Tidor, plus petite que la précédente, mais encore mieux peuplée et également remarquable par son pic élevé. Sa capitale est Tidor, petite ville à laquelle on accorde près de 5000 habitans; c'est la résidence du sultan de ce nom , vassal des Hollandais. L'île Mysol, une partie de Gilolo et de la côte septentrionale de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) , ainsi que les îlesdes Papouas , dont Sallwatty et Waigiou sont les principales, dépendent de ce' prince.

Motir et Ma te han (Mankian ou Makian), petites et régies par deux sultans vassaux des Hollandais. Motir et Matchan, petites villes, en sont les capitales respectives. Les habitans de l'île Motir exercent le métier de potiers, et fournissent les iles environnantes de leurs poteries en 1' terre ruuge , qui, sans être d'une forme élégante, sont cependant d'un bon usage.

Batchian , une des plus grandes de ce groupe. Batchian, petite ville d'environ 4000 ha- lf bitans, est la résidence du sultan vassal desHol- r< landais. Les îles voisines de Mandoly, Ta- 1 v ally et Dammer,\es îles plus éloignées d'O- I* by, Typa etMya, en dépendent; mais celles 1 de Cer amlaut et de Goram ne reconnais- H sent plus sa domination.

Grande Oby, régie par plusieurs chefs, vassaux du sultan de Batchian.

Mysol, une des plus grandes de ce groupe. " Elle est régie par plusieurs chefs vassaux du ' sultan de Tidor.

Popo, la principale du petit groupe de ce nom, h soumise un à sultan qui parait être indépendant ; :

OCEAN ÎE-OCCIDENTALE ou MALAISIE.

ce prince domine aussi sur le groupe voisin de Bo.

Mortay (Morintay) , une des plus grandes de ce groupe, mais peu peuplée; elle dépend du sultan de Ternate.

Salibabo. Cette île donne le nomà un petit groupe partagé entre plusieurs chefs ; ses iles les plus remarquables sont Tolury, Salibabo et Kabroang, Elles sont très fertiles et assez peuplées.

Mengis (Meangis) groupe formé de trois iles principales, savoir : Namusa, Karolta et Karkarlang; il dépend du sultan de Mindanao dans l'archipel des Philippines.

Avant de quitter cette partie de l'Océanie nous ferons observer que les Moluques pourraient devenir une des plus grandes pêcheries de la baleine de tout le globe, caria mer qui les baigne , surtout la partie comprise entre cet archipel et la côte du Continent-Austral , est extraordinairement abondante en cachalots. Que de trésors pourrait en retirer la nation qui les possède , sans courir les chances des mers orageuses et des climats froids et brumeux des contrées polaires ou l'on fait encore cette pêche I

Groupe de Celèbes.

Il comprend la grande île de Célèbes et autres plus petites qui en dépendent géographiquement. Nous distinguerons:

L'ILE DE CELEBES. Sas échancrures extraordinaires la divisent en 4 grandes péninsules. Sauf dans les parties les moins eu tivées , elle est soumise aux Hollandais, et p artagée en régences comprises dansle gouvernement de Mangkassar, à l'exception de celle de Menado qui relève des Moluques ou d'Amboine. Sous le rapport politique et administratif nous la divisons ainsi :

Possessions immédiates des Hollandais. Cette partie de Celèbes forme ce que les Hollandais nommentle Gou v ernement de M a cas s ar, qui se compose des pays suivans : le petit district de Macassar, fraction du royaume de ce nom. C'est le district où , selon les géographes, est située la prétendue ville de Macassar, qui n'existe plus depuis long-temps, mais sur l'emplacement de laquelle, selon M. de Hogendorp, les Hollandais ont bâti le Forlde Rotterdam et Vlaardingen ville où se trouvent 800 européens et fonctionnaires, outre la garnison. C'est la demeure du gouverneur dont relèvent les trois résidens de cette partie de l'île. Autour sont trois bourgs (hoof negoryen) nommés Campong BaroUy Malayo et Bouguis. La rade de Macassar est aussi belle que sûre. Toute la population de ce district , que les géographes se plaisent à exagérer, ne s'élève qu'à 15,000 âmes ; ils en accordent de 10,000 à 100,000 à la seule prétendue ville de Macassar ! ! C'est du gouverneur de Macassar que relèvent les résidens des provinces nommées les Districts Méridionaux (Zuider Districten) à l'extrémité méridionale de la Péninsule Occidentale; la résidence de Bônthain, où se trouvent les petites villes de Boulecomba et Bonthain ; la résidence de Maros dont le chef-lieu est Maros; pendant les dernières guerres et surtout pendant celle que les Anglais , lors de l'occupation de ces établissemens , firent au roi de Boni , plusieurs districts de cette résidence , qui est la [dus peuplée, se sont détachés de la juridiction européenne pour se joindre aux états de Tanette et de Boni ; les Hollandais les ont repris depuis. A la page liso nous avons dit que la résidence de Manado relève immédiatement du gouverneur des Moluques. Mais ici l'ordre géographique exige que nous indiquions les pays dont elle se compose. Cette importante posses-

sion, où la civilisation et l'industrie ont fait de grands progrès depuis une quinzaine d'années, comprend l'extrémité nord-est de la Péninsule Septentrionale de Celèbes ; on y trouve Manado, petite ville, siège du résident hollandais ; Kema, où l'on fabrique d'excellcns cordages pour la marine, dont on exporte pour des sommes considérables ; Gorontalo , résidence d'un sultan, qui administre sous la suzeraineté des Hollandais le fertile et riche district de ce nom.

Possessions médiates des Hollandais. Elles comprennent la plus grande partie de l'ile. Celle-ci est divisée en un grand nombre de petites souverainetés gouvernées par des rois ou princes indigènes qui , la plupart , ont fait des traités d'alliance avec l'ancienne Compagnie Hollandaise des Indes-Orientales, et qui se sont placés sous sa protection , en s'engageant à ne pas faire de guerre entre eux sans le consentement du gouvernement hollandais; à lui être fidèles dans toutes les circonstances -, enfin à soumettre à son approbation , lors du décès des princes , le choix qui aura été fait de leurs successeurs. Par ces mêmes contrats , les princes indigènes s'é taient aussi engagés à ne pas permettre à leurs sujets de naviguer sans papiers hollandais. Le grand nombre de principautés de cette île provient de la coutume qu'ont les princes de concéder en forme d'apanages des portions de leurs états à leurs enfans lorsqu'ils se marient, et de leur en abandonner les revenus. Presque tous les nombreux royaumes de cette grande île forment depuis long-temps une espèce de confédération , dont le gouverneur général hollandais est regardé comme le premier allié. Les principaux membres de ce corps politique sont : les états de Boni, Ouajou (Waju). Loulwu (Loehoe), Sidindring, Mandhar , Tanete , Soping (Sopeng) , Uncuila et Goa. Voici les détails que notre cadre nous permet de donner sur cette importante partie de Celèbes :

Le Royaume de Boni (Bonij, Bony). Il est fort peuplé, mais pauvre; selon un rapport officiel il peut armer 40,000 hommes. Les prétentions de son souverain à la suprématie sur les autres états ont été la cause de plusieurs graves disputes. On peut le regarder comme le plus puissant. Sa capitale actuelle est Bayoa, petite ville dont on porte à environ 8000 âmes la population. Les chefs des populations qui habitent les presqu'îles Balante ou Orientale et du Sud-

OCEANIE.

Est paraissent être vassaux du roi de Boni. On doit ajouter que le pays de Telloesl administré en ce moment par une reine , qui reconnaît aussi la suzeraineté de ce souverain.

Le Royaume de Ouadjou ( Wadjo , Toadjo ) occupe le centre de l'île. Les Bouguis, ses habitans, sont renommés par leur adresse dans le commerce et la navigation; on les retrouve dans tous les porls de ces mers depuis Siam jusqu'à l'Australie (Nouvelle-Hollande), et ils forment presque tous les équipages des proiias employées dans le commerce maritime de ces régions.

Le Royaume de Louhou (Lulu , Loehoe), situé aussi dans la partie centrale de l'île et sur le golfe de Boni, passe pour être l'état le plus ancien et un des plus puissans. Ses habitaus sont aussi des Bouguis.

Le Roy a urne de Macassar, qui ne possède qu'une très petite portion des vastes contrées sur lesquelles il étendait sa domination dans le xvue siècle, lorsqu'il était la première puissance maritime de la Malaisie (Archipel Indien). GoA(Goak), petite ville, dont les fortifications ont été démolies en 1778, est la résidence du roi. Nous avons déjà vu à la page précédente que c'est sur une partie de son ancien territoire que se trouve le petit district sur lequel s'élève le cheflieu des établissemens hollandais dans cette lie.

Nous citerons encore : le Pays de Mandhar, partagé entre sept princes alliés entre eux : il est encore peu connu; le Royaume de Tanette , dont Tapette, petite ville sur la cote occidentale , est la capitale-, YE tatdeSop ing, qu'on dit être aussi peuplé et aussi étendu que celui de Ouadjou ; YEtat de Side reeng, presque au milieu de la partie centrale de l'île ; le Pays de Touratle , à l'extrémité méridionale de la péninsule occidentale et au sud du royaume de Macassar; il est régi par trois princes autrefois vassaux £c celui de Boni , devenus indé-

pendans depuis la guerre que les Anglais lui ont laite en 1814. D'un autre côté et dans la partie septentrionale , nous citerons sur la côte occidentale , le Pays d' Uncuila , dont Palos (Parlow), petite ville située sur la belle baie de ce nom, est le chef-lieu; on y fait un commerce assez actif. Dans la Péninsule Septentrionale, nous avons déjà nommé, à la page précédente, les états dusultan deGorontalo; on nous assure qu'une autre assez grande partie de cette péninsule , telle que les pays de Campadan et de Boulan, sont tributaires du sultan de Ternate.

LES ISLES qui dépendent géographiquement de CELEBES Ces îles sont en grand nombre, mais presque toutes très petites et mal connues. Nous nous bornerons à indiquer les plus importantes, en commençant par le nord :

S a n g î r , à 120 milles au nord de l'extrémité de la péninsule de Manado. Cette île, de médiocre étendue, dépasse de beaucoup toutes celles qui forment le petit groupe auquel elle donne son nom. Elle a un volcan, et est partagée entre différens chefs qui paraissent entièrement indépendans.

S i a u , au sud de la précédente. Elle est très petite et parait avoir un volcan.

B a n c a , très petite , mais très fertile. Elle a un bon port et est habitée par des Bouguis.

Le Groupe de Xoulla, dont Xoulla- Mangala parait être la plus grande ; celle de Xoulla-Bessy a un petit fort avec un poste Hollandais.

Le Groupe de Bouton , assez bien peuplé. 11 est composé de YïïcBouton , où se trouve la petite ville de Kalla-Sousong , siège d'un sultan vassal des Hollandais , et dont dépendent les chefs qui dominent sur les autres îles de ce groupe, celle de Pangansane et celle de C ambyna.

Le Groupe de Salayer (Calaur), dont l'ile principale est Salayer, partagée entre quatorze chefs vassaux des Hollandais.

Groupe de Bornéo.

Nous proposons de comprendre sous cette dénomination l'immense île de Bornéo et plusieurs lies incomparablement plus petites, que leur voisinage de la grande terre autorise à classer parmi ses dépendances géographiques. Dans ce groupe , comme dans les autres , nous distinguerons:

La grande ILE DE BORNEO , dont on ne connaît encore qu'imparfaitement les côtes et encore moins l'intérieur. Selon M. Hamilton, les naturels la nomment VAROUNI, selon M. de Rienzi, KLEMATAN. Voici quelques importantes observations sur les diverses races qui habitent eette grande terre ; nous les devons à l'obligeante amitié de M. de Rienzi qui a visité une partie de Bornéo. Elles compléteront ce que nous avons dit sur ses habitans dans l'article ethnographie. « Les aborigènes de l'intérieur de Bornéo ont reçu plusieurs noms : celui de Daraks

au sud et à l'ouest, ù!Idaans au nord, de 27douns ou lirouns dans la partie orientale , et de Biadjous, au nord-ouest ; mais tous appartiennent à la race primitive des Dayaks. On trouve aussi dans les montagnes centrales, des noirs à peau Luisante et aux cheveux ébouriffés . nommés Dayers ou Jgolotes, souche dePapouas de la Nouvelle-Guinée , des Philippines et de toute la Malaisie ; ils surpassent les Papouas des autres îles en force , en intelligence et en agilité Les Dayaks sont divisés en un grand nombre de tribus. Ils sont cultivateurs, mineurs, constructeurs et commerçons. Leurs formes corporelles sont supérieures à celles des Malais. Ils adorent diouatu (l'ouvrier du monde) et les mânes de leurs ancêtres; ils vénèrent aussi certains oiseaux qui leur servent d'augures , ainsi que chez la plupart des habitans de la Polynésie. Après eux , il faut nommer les Biadjous et surtout ceux qui habitent la côte nord-ouest , et enfin les Tidouns qui vivent dans l'état sauvage. Dans la partie nord-est de l'Ile, ce sont d'intrépides marins, ils

OCEANIE-OCCÏDENTALE ou MALAISIE.

se livrent à la piraterie et quelques-uns sont anthropophages. Au sud de la sullanie de Bourni (Bornéo) on trouve aussi les tribus sauvages des Kayans , des Dessouns , des Marouts , etc. Enfin il existe dans cette grande région , foyer de tant de races diverses, une variété deBiadjousqui parcourt Celébes, Bornéo et les Philippines, et qui < st un mélange de différens peuples, tels que les Chinois aux cheveux longs et plats et aux yeux obliques, les Japonais sans barbe et les Mangkassars aux dents noires et luisantes. Semblables aux Arnautes ou Schypetars de la Turquie d'Europe, ils invoquent Jésus ou Mohammed suivant leurs intérêts. On trouve enfin dans î'ile Klematan, ou Bornéo, de véritables Papouas, type des Papouas de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie.»

L'île de Bornéo est partagée en un grand nombre de petits états. Parmi ceux qui sont situés le long des côtes, les uns sont vassaux des Hollandais, les autres du sultan de Soulou ; tous les autres conservent leur indépendance.

Dans la Partie Indépendante de toute influence européenne, nous nommerons les états suivans, regardés actuellement comme les plus puissans :

Le Royaume de Bornéo (Bourni), qui dominait autrefois sur la plus grande partie de l'île parait ne posséder aujourd'hui que ton te lacôic septentrionale, bien avant dans les terres jusques et ■y compris la baie de Labouk ; il a récemment repris partie de ses anciennes possessions au sultan de Soulou. Boknéo, sur le Bornéo, bâtie sur pilotis, est la résidence du sultan. Selon M. de Rienzi . qui l'a visitée , elle a de petits canaux au lieu de rues, ce qui lui donne quelque ressemblance avec Venise. Cette ville, dont on a extraordinairement exagéré la population et l'étendue , parait ne contenir qu'environ 10,000 habitans , dont une partie demeure constamment sur des bateaux. Elle est la plus commerçante de l'île ; quarante vaisseaux bornéens entrèrent en 1825 dans le port de Singapour, avec lequel elle l'ait actuellement ses plus importantes affaires.

Le Royaume de Pas sir, sur la côte orientale, est possédé par un sultan malais qui réside à Cotti. M. Dalton, négociant de Singapour, qui l'a visité il y a quelques années, le représente comme un des plus terribles despotes. Ses sujets, ainsi que ceux de Bornéo , sont de redoutables corsaires.

Le territoire soumis au sultan de Soulou. On a beaucoup trop exagéré son étendue-, les notions les plus récentes ne lui assignent qu'une petite partie de l'extrémité Nord-Est de l'île ; on y trouve Paysan, Malloudou , Abay et Talapan , petites villes maritimes. Selon M. de Rienzi et autres, les parties occidentales de ce territoire , ainsi que les iles qui l'avoisinent, dépendent du sultan de Bornéo. Celte contrée passe pour être la partie la plus peuplée et la mieux cultivée de Bornéo.

Le territo ire occupé parles B iadjous , nation indigène, nombreuse, guerrière et assez industrieuse, mais anthropophage et extrêmement féroce

La partie soumise aux Hollandais forme les deux résidences ou provinces suivantes nommées de la sorte dans les chancelleries et les ouvrages hollandais :

Rés idence de la côte occide ntal e de Bornéo (West Kust van Bornéo), dont les principaux districts , en allant du nord au sud, sont : 1° Les étais du sultan de Sambas ; la parlie septentrionale de ce pays, située au-delà du cap Dati (Tanjong-Dati), est occupée par quelques petits princes exerçant le métier de pirates et st soumettant même difficilement aux ordres du su!" tan. Dans l'intérieur se trouvent les cantons à mines de Semini et de Lara. Sambas , sur la rivière de ce nom, petite ville, avec un fort hollandais est la capitale de cet étal vassal. 2° ht pays de Mumpawa ; il s'étend fort loin dans l'intérieur et renferme les mines d'or de Montrado et de Mandor, estimées les plus riches de toute l'Océanie. Le district de Montrado (Montradok, Tradok) est habité presque exclusivement par des colons Chinois , qui s'y sont établis peu-à-peu comme mineurs-, ils formèrent par la suite plusieurs associations (Kongsies) , se nommèrent des chefs, et ne voulurent plus obéir qu'à ceux-ci; aussi ne tardèrent-ils pas à devenir redoutables aux princes indigènes, qui eurent recours aux Européens pour maintenir l'ordre et pour les faire rentrer dans l'obéissance. Montrado, petite ville d'environ 6000 habitans presque tous Chinois, en est le chef-lieu. 3° Le royaume de Pontianak , fondé vers le milieu du xvin* siècle par un Arabe nommé Abdul Rachman, qui, reconnu et assisté par la Compagnie Hollandaise, devint par la suite très puissant, en agrandissant ses états aux dépens de ses voisins ; il envahit le territoire du sultan de Matan, ravagea de fond en comble la ville de Succadana , et, plus lard , il plaça son fils aîné Kassim à la tête du pays de Mumpawa. Abdul Rachman mourut en 1808 et Kassim lui succéda. Pontianak , petite ville, située près de l'embouchure du Pontianak , avec un fort et peut-être 3000 habitans, est la résidence du 9ultan et du gouverneur hollandais , dont dépendent tous les établissemens de cette résidence. 4° Lr pays de Landak et celui AeSangou, situés ainsi que tous les suivans dans l'intérieur et par cotisé" quent à l'est de ceux que nous venons de men* tionner; le pays de Landak est renommé danstougs l'Orient par ses riches mines de diamans.Ce*b\ de ces mines que l'on a tiré, il y a environ cenî ans, un des plus gros diamans qui existent; en 1815, il était en la possession du sultan de Matan ; sans être taillé, il pèse 3G7 carats-, s'il était poli et taillé, il n'en pèserait que 183 et demi. D'assez longues recherches que nous avons faites sur ce sujet curieux, dont nous nous réservons de publier les résultats dans le Tableau Physique, Moral et Politique des cinq parties du monde , nous autorisent à donner à ce précieuxdiamant le troisième rang parmi les plus gros dont on ait encore eu connaissance.50 Le pays de Simpang, appartenant à un prince (panum bahan) vassal de Matan . 6° Les états de Matan ou l'ancien empire de Succadana, dont le trône fut long-temps occupé par des princes d'origine javanaise, tous feuùa-

OCEANIE.

taires des rois de Bantam, dont nous avons parlé a (a page 1174. Sa capitale actuelle est dans l'intérieur sur les bords du Katappan ; autrefois c'était la ville de Succadana , assez connue par son commerce étendu et les relations fort avantageuses que la Compagnie Hollandaise y avait formées dans les premiers temps de son existence. 7° Le territoire du prince de Kandawagan , autre vassal du sultan de Matan. Tous les pays que nous venons de nommer touchent, dans l'intérieur de l'île, à une multitude de petits cantons habités par des tribus de Dayaks presque indépendans ou vassaux de nom des princes cités plus haut. Nous croyons inutile de faire observer qu'ici comme dans les autres parties de l'Océanie, les pays soumis aux Hollandais doivent être rangés en deux classes distinctes : partie entièrement soumise ou administrée immédiatement par des employés hollandais , et partie vassale, ou administrée par des princes indigènes; cette dernière est, à Bornéo ainsi qu'à Celèbes et aux Moluques, beaucoup plus considérable que la première.

Résidence des côtes méridionale et orientale (Zuid en oost Kust) ou de Ban~ jermassing. Cette résidence est formée par les états du sultan Banjermassing et par les districts appartenant au gouvernement hollandais. Cette possession date de l'époque où la Compagnie mit lin à la guerre civile qui depuis plusieurs années désolait cette partie de Bornéo, en soutenant les droits au trône de Banjermassing , du grand-père du souverain actuel. Ce prince, par reconnaissance d'un service si éminent, s'engagea, en 1787, à faire un nouveau traité en lui cédant en pleine souveraineté tous ses états; il ne les reprenait d'elle que comme un fief héréditaire, à l'exception de quelques districts sur la côte et la moitié du Douson, que la Compagnie se réserva. Elle se chargea en même temps de l'administration des douanes et des mines, dont les revenus devaient être partagés entre elle et le sultan, à l'exception cependant des mines de Doukou Kanang et de Doukou Kiric, qui restèrent exclusivement au prince. 11 est bon de rappeler que vers la fin du xiv* siècle, époque où florissait à Java l'empire de Madjapahit, Banjermassing en était une dépendance régie par des princes javanais tributaires de celte vaste monarchie, et dont descend le sultan actuel. Voiçi lesdifférens pays dont se compose cette résidence : sur la côte on trouve le pays de Komaay , le long de la rivière de ce

Archipel des

Nous proposons de subdiviser en quatre sections principales ou groupes, les nombreuses lies que depuis quelque temps les plus célèbres géographes s'accordent à désigner sous cette dénomination ; ces groupes sont : Y archipel des Philippines proprement dites ; Vile Mindanao, V archipel de Holo (Soulou) et Vile Paragoa. A l'exception de tout l'archipel de Holo, de la plus grande partie des tles Minda-

nom, qui sépare Banjermassing du pays de Kottaringin , qui en faisait partie , mais qui par la suite s'est rendu indépendant jespays de Pambouan, de Manda wa , le Grand et le Petit- Dayac, Banjer et la presqu'île formée par l'extrémité sud-est de Bornéo, portant le nom de Tanah-Laut. Dans l'intérieur, on doit citer les districts de Tatas, Marta-Poura, Karang-Jntang , Doukou-Kanang , Doukou- Kir ie , ainsi que le Douson , nom qui est donné en général au pays situé dans l'intérieur, sur les deux bords de la grande rivière. Banjermassing (Banjermassîn) sur la rivière de ce nom, petite ville de 7000 âmes assez commerçante depuis quelques années, est le chef-lieu delà résidence. Ajoutons qu'une grande partie du territoire des Dayaks est compris dans la partie Néerlandaise.

Les Iles qui dépendent géographiquement de Bornéo. Elles sont toutes très petites; nous ne citerons que les plus importantes, savoir :

La Grande Natuna, qui est la principale du groupe de ce nom. Le petit Archipel des Anamras. visité dernièrement par le capitaine Bougainville. Les 50 îlots qui le composent sont habités par 2000 Malais adonnés à la piraterie. Grande- Anambas est la plus importante. Caiumata , très petite et déserte, av ec un pic ; elle flou ne le nom au détroit qui sépare Bornéo de l'île Billiton. Toutes ces îles sont à l'ouest de Bornéo.

Au sud de Bornéo : Grand-Solombo , au milieu de la mer de Java, et jadis dépendante du royaume de Banjermassing. Elle est très petite , mais tristement renommée comme un repaire de pirates. Poulo-Laut, que plusieurs cartes modernes représentent encore comme formant partie de Bornéo, dont clic est cependant séparée par un bras de mer très étroit. 11 s'y est établi une colonie de Bouguis.

A l'est de Bornéo : Maratouba, la plus grande du petit groupe de ce nom , située dans la mer de Celèbes. Nous ferons observer que la plus grande partie de Yarchipel de Soulou pourrait être rangée avec ces iles. Voyez à la page 1189.

Au nord de Bornéo : C agaya» (Cagayan Jolo, Soulou); c'est l'île principale du groupe de ce nom, qui dépend du sultan de Soulou. Elle est habitée par des Bissagos , et sert de repaire aux pirates qui infestent ces parages.

Balambangan, petite, mais avec un port excellent, et renommée par la destruction des deux établissemens anglais fondés en 1774 et 1803.

Philippines.

nao et Paragoa et d'une fraction dans le nord-est de Luçon, les Espagnols sont les maîtres de cette importante partie de la Malaisie. Elle relève toute du capitainegénéral de Manille, dont dépend aussi l'archipel des Mariannes dans la Polynésie. Toutes les lies de l'archipel des Philippines sont réparties entre 30 corregimientos et alcadias , qui forment autant de provinces décorées de titres

OCE AMIE-OCCIDENTALE ou MALAISIE.

différens ; la grande lie de Luçon en com prend 17 à elle seule ; les autres lies forment les 13 restantes, dont Panay en compte 3 et Miudanao autant. Dans ce nombre, on n'a pas compris les Mariantes, qui ne forment qu'une seule province , ni cette partie de Luçon à laquelle on vient de donner le nom de Nuova- Provincia. Voici les quatre grandes sections de ce magnifique archipel :

archipel des philippines proprement dites, nommé Archipel de Saint- Lazare par Magellan et par plusieurs anciens géographes. 11 se compose d'un grand nombre d'îles et îlots, parmi lesquelles neuf sont remarquables parleur étendue. Ces îles sont :

LUÇON (Manille); sa surface égale presque celle de toutes les autres îles réunies de cet archipel. On doity distinguer : la partie soumise aux Espagnols et la partie entièrement indépendante.

La Partie Espagnole est divisée en 17 corregimientos, dont les villes et lieux remarquables sont: Manille (Manila), ville industrieuse et commerçante, résidence du capitaine général, avec un port superbe , située non loin de l'embouchure du Passig, au fond de la vaste et belle baie à laquelle elle donne son nom. La ville fortifiée est très petite , mais ses faubourgs sont très grands. En comprenant sa banlieue, comme nous le ferons pour tous les autres lieux que nous allons mentionner, sa population s'élèverait à léooooâmes; Manille serait ainsi la ville la plus peuplée de l'Océanie. Elle pourrait à juste titre être appelée la Rome du Monde Maritime par l'importance de son archevêché, où sont sacrés les évêques qui ne peuvent aller chercher leurs pouvoirs en Europe.

L'activité, dit M. Perrotet, et le mouvement continuel des embarcations portant d'une rive à l'autre la quantité innombrable de bàtimens de commerce qui sont mouillés dans la rade, tout respire grandeur et richesse. La superbe rivière, qui coule au milieu de la ville , la divise en deux parties , dont l'une est appelée la Fille de Guerre et l'autre la Ville Marchande. Cette dernière est beaucoup plus étendue que l'autre, où cependant le gouverneur fait sa résidence. Dans la ville de guerre, les édifices sont plus grands , plus solides et généralement toutes les maisons sont mieux bâties que dans la ville marchande. Tout y est d'une propreté remarquable. Le fort est bien tenu et forme une espèce de fer à cheval. On communique des deux parties de la ville au moyen d'un superbe ponl en pierre, dans le genre, de ceux de Paris-, il est même beaucoup mieux pavé, ainsi que les rues adjacentes , que les ponts et les rues de la capitale de la France. Les maisons sont bâties en pierre de taille et sont toutes entourées au premier étage d'une galerie fermée de châssis tn écaille de nacre, qui sonteonstruits de manière <i ce que, en les ouvrant, On puisse les glisser sur côtés. Cette galerie est encore fermée exté-

rieurement par des jalousies. C'est un lieu de promenade très agréable lorsque le mauvais temps empêche de sortir. Les rues sont droites et fort larges. » Le palais du capitaine général, la cathédrale et deux des principaux couvens sont les plus beaux édifices. Plusieurs églises sont très richement décorées. Selon M. Perrotet, devant ces édifices ou sur le côté, est une espèce de grotte taillée dans le roc, dans laquelle se trouve plusieurs rangées de tètes de mort. Manille est le siège d'un archevêché et d'une cour d'appel; elle a un théâtre, un collège, plusieurs écoles et une société patriotique fondée en 1781. Elle possède plusieurs fabriques et quelques manufactures, et son commerce d'échange est très important. Les Chinois et autres habitans des îles environnantes viennent y verser les divers produits de leur sol et de leurs manufactures. Les Européens en font autant de leur côté pour obtenir en échange les objets que leur refuse leur patrie. Mais ce sont surtout les Chinois qui exploitent cette branche de l'industrie, on pourrait presque dire qu'ils font exclusivement le commerce intérieur tant en gros qu'en détail. « Les voitures, dit le savant voyageur que nous venons de citer, sont encore plus communes à Manille qu'à Java. On ne sort presque jamais à pied. La promenade a lieu depuis six ïieuresdu soir jusqu'à la nuit et plus tard. Les promenades pour les voitures sont au dehors de la ville de guerre. On les voit couvertes à certaines heures comme les Champs-Elysées et le bois de Boulogne des Parisiens, de toutes sortes d'équipages.»

Sur la baie qui forme le port de Manille, on trouve Cavité, place fortifiée, d'environ 6,ooo habitans, importante par son arsenal, et autrefois par ses beaux chantiers. Bulacan, chef-lieu de province, ville industrieuse de l7,ooo âmes. Malolos, avec 3i,ooo habitans. Vigan, chef-lieu de la province A'Ylocos-Sud, siège de l'évèché de Nuova-Segovia , avec 17,000 âmes. Lauag, cheflieu de la province d' Ylocos-Nord, avec presque 34,000 habitans. Nueva-Cazers, ville épiscopaie de I3,ooo habitans, chef-lieu de la province de Camarines-Sud, située presque au milieu de la péninsule de Camarines, si remarquable par ses hautes montagnes et ses volcans. Albay, ville de 13,000 ames, chef-lieu de province; dans son voisinage s'élève le volcan Albay. Taal, très gros bourg de la province de Batangas, avec presque 33,000 habitans; dans ses environs, au milieu du lac de Taal, est une île délicieuse, sur laquelle s'élève le volcan de Taal ; c'est avec Y Albay et le Mayon, une des montagnes ignivomes les plus actives de l'archipel.

La partie Indépendante se resserre tous les jours par les progrès des missionnaires espagnols. Selon M. le docteur Mallat, elle est aujourd'hui réduite à une fraction de l'île vers le nordest : c'est là, dit ce savant, que vivent plusieurs peuplades noires, ccsNegritos del Monte, entièrement sauvages ; de nombreuses tribus de la race malaisienne, parmi lesquelles on range les Igokrotes; les Tinguianes, de race métis, provenant du mélange des Chinois avec les Igorrotes ; les Tinguianes se distinguent par leur industrie et

OCEANIE.

leur activité commerciale ; les Ifugaos, les Gaddanes, les Itétëpanes, les Ibilaos, et autres tribus plus ou moins féroces. C'est aussi sur le territoire de ces différentes peuplades qu'on recueille la plus grande quantité d'or de lavage.

Les autres iles les plus remarquables de l'archipel sont: SAMAR, dont l'intérieur est habité par des peuplades indépendantes. Catbalogas, cheflieu de la province de Samar, avec Gooo habitans. Un canal très étroit sépare Samar de LEYTE, dont les Espagnols ne possèdent que les côtes.

Les îles ZEBU et BOHOL qui forment la province de Zebu. Dans l'île de Zebu nous nommerons Zebu, ville de 8 300 habitans; c'est le cheflieu et le siège d'un évèché. NEGROS, dont les Espagnols ne possèdent que les côtes.

PANAY, qui est une des plus grandes et que nous avons vue être partagée en trois provinces, bien que des fractions de l'intérieur soient encore indépendantes des Espagnols ; dans la province de Yloylo on trouve les gros bourgs de Xabo, avec 17,ooo habitans, et Cakanatuan avec 16,000. Cette province, dit M. le docteur Mallat, est une des partics les plus industrieuses de l'archipel ; on y fabrique les pigna et les synamais, étoiles tissées avec les lilamens de feuilles d'ananas et de palmiers, avec un peu de soie: c'est un objet d'un grand commerce dans tout l'archipel.

MliNDORO, encore trop peu connue, et dont une très petite partie seulement est soumise aux Espagnols; on y trouve Calapan , ville d'environ 2 800 habitans, résidence de l'alcade. Nous ferons remarquer que c'est dans cette grande ile que les premiers marins prétendirent avoir trouvé des hommes porteurs d'une longue queue; fable répétée par plusieurs géographes et même par des naturalistes.

Le GROUPE DES CALAMIAÎNES, dont les iles principales sont : Buswagan, qui est la plus grande, et Calamiana, où se trouve le village de Cllcong, résidence de l'alcade de cette province, dont dépend aussi le petit établissement voisin fondé par les Espagnols sur nie Paragoa ou Palaouan. Voyez à la page suivante.

Le petit GROUPE DES BABU YAiNES au nord de Luçon. Il dépend des Espagnols; Babuyan et Calayan en sont les iles principales.

Le GROUPE DE BACHl (Bashee) situé au nord du précédent et sur les confins de l'Océanie et de l'Asie. 11 est formé par plusieurs petites iles, régies par des chefs indépendans, ù l'exception de celle de Grafton, où les Espagnols ont un petit établissement. Bayât (Orange) Batan ( Monmoulh) et Bachi (Bashee, Chèvre, Goat) sont les autres iles principales.

L'île mindanao (Magindanao, Melindeno), une des plus grandes de la Malaisie et la seconde, pour l'étendue, de cet archipel. Elle se partage de la manière suivante :

La Partie Espagnole comprend trois petits territoires séparés l'un de l'autre, ils forment troispetites provinces dont les alcades sont sous les ordres du gouverneur de Samboangan. Les chefs-lieux de ces districts sont : Samboangan, sur la pointe sud-ouest de l'île, ville de 8 600 habi-

tans, résidence du gouverneur; c'est la mieux fortifiée des Philippines, après Manille , et le lieu de déportation pour les criminels de cet archipel. Misaecs, presque au milieu de la côle septentrionale et sur la baie de Panguil; et Cab.aga, sur la côle orientale.

La P a ut ce Indépendante comprendpresque toute l'ile ; elle est partagée en plusieurs Etats, dont le plus puissant estle royaume de Mi ndanao, qui embrasse presque toute la côte sud et sud-ouest et la plus grande et la meilleure partie de l'ile; oq dit que le petit groupe de Mengis dans l'archipel des Moluques en dépend aussi. Sklangan, ville d'environ 10 000 habitans, est actuellement la résidence du sultan. Leshabitans de ce royaume , ainsi que ceux de la confédération des lllairos, sont des corsaires trèsentreprenans, mais peu redoutables.

La Cou fédération des Fllanos, formée par les possessions de seize petits sultans et de dix-sept chefs ; son territoire s'étend à l'ouest du royaume de Mindanao. Mahaugan, Tapaan et Tagulo, sont de gros villages , dont chacun a un port. La Partie indépendante de la côle occidentale-, celte partie de l'ile est occupée par des tribus sauvages.

l'archipel de soulou, formé par un grand nombre d'iles; il est subdivisé dans les trois groupes de Holo, de Taouitaoui et de Bassilan, qui prennent chacun le nom de leur ile principale. Son ensemble forme ce qu'on appelle 1er or aume de Holo ou Soulo u, dont on prétend que le sultan règne aussi sur le groupe de Cagayan, sur quelques points de l'extrémité septentrionale de l'ile de Bornéo et sur une grande partie de l'ile Paragoa. On peut regarder cet Etal comme Y Algérie de l'Océanie : tous ses habitans sont adonnés à la piraterie. Bevvan, dans le groupeei sur l'z/<?de//o/0,estla résidence du sultan; c'est une ville de Gooo habilans, la plus commerçante de l'archipel.

l'île paragoa (Palaouan, Palawan). C'est une des plus grandes de l'archipel, mais aussi une des moins connues. Tout l'intérieur est occupé par des peuplades indépendantes ; une grande partie des côtes parait être soumise au sultan de Halo ; les Espagnols n'y possèdent qu'un petit district sur la côte nord-est, où se trouve le poste de Tay- Tay.

Les Philippines furent soumises plutôt par la douceur de la religion que parla force des armes; elles forment pour ainsi dire une grande oasis catholique au milieu des nombreuses nations boudhistes, mahomélanes , païennes, qui, avec quelques croyans des églises protestantes, les entourent de toutes parts. La nature semble avoir traité avec une prédilection toute particulière cette partie du Monde Maritime. Ses montagnes, que nous avons vues offrir quelques pics volcaniques très remarquables, renferment en abondance les plus précieux des métaux et les plus utiles, l'or et lefer; les produits du sel y sont admirables :1e coton, par sa blancheur et sa finesse, est préféré à tous ceux de l'Ancien-Continent; le sucre, diton, y donne au cultivateur 90 pour cent de bénéfices; et le riz près de cent fois la semence; le cafe

OCEÀNIE-CENTRALE ou AUSTRALIE.

elle cacao y rivalisent avec les produits de Moka et deGuayaquil; la cannelle y croît à l'état sauvage-, le phormium tenax y vient en abondance, et le tabac y est d'une qualité excellente et s'y récolte en grande quantité, tandis que Yindigo y est supérieur à celui de Java, de la Chine et du Bengale. Nul doute que cet archipes,, placé eratre a Chine, Bornéo et les Moluques, avec des ports

magnifiques, habité par une population nombreuse et d'une capacité industrielle remarqua» ble, pour peu qu'une administration intelligente, sache profiter de tant d'avantages naturels, ne devienne un jour un des principaux centres des relations fréquentes, qui vont s'éftablir à travers le Grand-Océan, entre l'Ancien Continent et le Nouveau.

Position astronomique. Longitude orientale, entre 110° et 181°. Latitude , entre 1° boréale et 55° australe.

division. Dans l'état actuel de la géographie et en attendant que de nouvelles explorations viennent lever les doutes et

remplir bien des lacunes, nous partagerons en neuf groupes géographiques celle partie de POcéanie. Nous commencerons par celui qui embrasse le Continent-Austral ; c'est le plus grand de tout le Monde- Maritime.

Australie ou Continent lustral.

L'Australie proprement dite , nommée Nouvelle-Hollande, est, comme nous l'avons dit ailleurs, trop grande pour être rangée parmi les îles; nous en avons fait un Continent que nous avons proposé de nommer Conténent-Austkal. On ne connaît encore que les côtes et une partie de son intérieur. Les Anglais sont les seuls Européens qui y aient lait des étabiissemens. Déjà ils ont fondé des colonies sur ses quatre côtes ; celles de la côte orientale sont même assez rapprochées et s'étendent assez dans l'intérieur pour former la vaste région qu'ils appellent Nouvelle-Galles-Méridionale , et qu'on pourrait nommer plus convenablement Australie - Méridionale et Australie - Occidentale. Il n'y a encore sur la côte du Nord qu'un faible établissement permanent, noyau sans doute de Y Australie- Septentrionale. Nous n'avons rien à ajouter à ce qu'on a dit dans les articles ethnographie , religion , gouvernement , etc. , sur les faibles tribus sauvages et abruties qui errent dans les vastes solitudes de l'intérieur du Continent-Austral. Mais nous ajouterons les dénominations principales données à ses côtes par les navigateurs qui en ont fait la découverte; ce sont : Nouvelle-Hollande et Terre de Tas?nann sur la côte nord-ouest ; Terre tfArnheim , entre la précédente et le grand golfe de Carpentarie ; Nouvelle- Galles du Sud, toute la côte orientale ; Terre de Grant , Terre de Baudin et Terre de Flinders, la partie sud-est de la côte méridionale; Terre de Nuyts, le reste de la côte méridionale ; Terre de Leeu-

win, à'Edel, d.'Endracth, de Vlaming , etdeWilt, la côte occidentale. Eu égard aux divisions administratives actuelles du Continent Austral , au grand voisinage de la Diéménie et à la petite étendue de cette dernière , nous proposons de partager l'Australie proprement dite en Continent Austral et Dépendances Géographiques. *

Le continent austrai. offre aujourd'huiquatre divisions administratives principales , qui correspondent à ses grandes divisions géographiques.

L'AUSTRALIE ORIENTALE ou la NOUVELLE- GALLES-DU-SUD. Elle occupe la côte orientale s'étendant du cap York sur le détroit de Torres à celui de Wilson sur le détroit de Bass. La partie qui environne Sydney immédiatement est partagée en 20 comtés. Tout le reste de cette vaste région, depuis 1839, est divisé en 9 districts, dont les deux plus importans sont le district duPorl- Macquarie et le district du Port-Phillip. Voici leurs villes les plus remarquables :

Sidney, située sur le port Jackson, un des plus beaux du monde ; c'est le chef-lieu du comté de Cumberland, la résidence du gouverneur général, de révèque anglican et du vicaire apostolique -, bien que fondée en 1784 seulement, elle est la pius ancienne ville du Continent-Austral , et la ville la plus industr ieuse, la plus commerçante et la plus peuplée de toute l'Océanie- Centrale et Orientale; elle compte déjà 26,000 âmes, et elle a une nombreuse marine marchande à voile et à vapeur, et de beaux chantiers.

La principale rue, Georges street a plus d'un mille de longueur à partir delà rade ; elle est coupée à angles droits par les rues qui se développent sur les coteaux; les autres lui sont parallèles. A l'est est le quartier le mieux habité ; à l'ouest le quartier des Rocks renferme le plus grand nombre de vieilles maisons et de cabarets. Sydney est

OCEANIE.

une ville bien éclairée pendant la nuit : elle n'est arrosée que par un mince filet d'eau, et renferme beaucoup de citernes. L'hôtel du gouverneur est l'édifice le plus remarquable-, il ne manque pas d'élégance. On doit citer ensuite Yéglise principale , les magasins et les casernes, le théâtre et les prisons. On observe que beaucoup d'édifices ont été construits dans le style gothique d'après des monumens d'Angleterre sous le gouvernement de Macquarie. Avant les dernières années, il n'y avait presque pas de fortifications ; elles sont encore peu considérables. Parmi les principaux établissemens scientifiques et littéraires, il faut nommer YAustralian collège, qui est le plus important de l'Australie par le nombre des professeurs et par la variété de l'enseignement qu'on y donne ; le Sydney collège ; X école des arts mécaniques , celle de commerce , la société philosophique , celles ^agriculture et û! horticulture et le jardin botanique. Ce dernier, habilement dirigé par le savant botaniste Frazer, a rendu à la colonie les services les plus signalés. Presque tous les végétaux utiles de l'Europe se sont facilement acclimatés sous le ciel de l'Australie ; plusieurs même y ont acquis des qualités nouvelles, et à peine en a-t-on vu quelques-uns dégénérer. Les tributs offerts par les tropiques ont obtenu moins de succès ; cependant le goyavier, l'ananas, le bananier et le calier sont naturalisés dans la colonie, et la canne à sucre réussit vers le nord. Sydney est la métropole de toute l'Océanie-Anglaise et le chef-lieu du gouvernement de la Nouvelle-Galles-du-Sud , qui comprend tous les établissemens anglais dans cette partie du monde, à l'exception de ceux de la Diéménie et de la Rivière des Cygnes Malgré sa faible population, on y publie cinq gazettes, un journal et deux excellens almanachs. Sous le rapport religieux, ceux de ses habitans qui professent la religion anglicane relèvent du diocèse de Calcutta. Sydney renferme deux paroisses anglicanes, deux chapelles catholique et méthodiste. Cette capitale jouit de tout le luxe des plus grandes villes d'Europe ; elle a comme les plus riches :itésanglaises ses bals par souscription, sesrouts, ses soirées d'enfans, ses courses de chevaux et ses sociétés de chasseurs! Il règne une grande activité dans le mouvement du port Jackson, où aborde continuellement un grand nombre de navires. On y trouve deux banques, plusieurs fabriques et manufactures, et de beaux chantiers sur lesquels on construit beaucoup de vaisseaux marchands. Déjà, dit M. Ernest de Blosseville, plusieurs maisons de commerce de Londres ont établi des correspondances avec l'Australie , et entretiennent des agens à Sydney. L'Angleterre y importe, sur de nombreux navires, pour une valeur annuelle de plus de 400,000 livres sterling, ses étoffes de coton, de laine et de fil, de l'argenterie et des porcelaines, des objets de harnachement, des liqueurs spiritueuses, des épices, du savon , du beurre même et du fromage, et une foule de ces produits manufacturés que l'Europe est en possession de fournir au monde entier. L'Inde et surtout Calcutta concourent à ce commerce; la confédération Anglo-Américaine et Valparaiso

entretiennent aussi des relations fréquentes avec Sydney. Le Cap-de-Bonne-Espérancey envoie ses vins, le Brésil ses produits indigènes, la Chine ses nankins, ses soieries, son thé et sa vaisselle de terre; la Polynésie et la Nouvelle-Zélande, le bois de sandal, le nacre, des salaisons, l'arrow root et le phormium tenax ou le lin. Des maisons de cette ville ont établi des comptoirs à Houkianga, sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande, pour y faire construire de petites goélettes, et recueillir des salaisons, du phormium, des planches et du bois de mâture. Nous terminerons cette description de Sydney en signalant celte ville comme un des lieux du globe qui offrent le plus grand mélange des races humaines, « En effet , dit M. Ernest de Blosseville, non-seulement Y Irlande, Y Angleterre et même VEcosse y ont envoyé leurs fils ; mais des Français et des Espagnols, des Italiens et des Allemands, entraînés dans ces belles contrées par des malheurs ou par un esprit aventureux, s'y sont fixés pour toujours; Y Amérique-du- Nord comme Y Amérique-du-Sud a ses représentans à ce rendez-vous général des nations, où les indigènes de la Nouvelle-Galles assistent, dans leur ignorance et dans leur nudité, au spectacle de la civilisation. Des Chinois ont formé des alliances avec des Européennes : Sydney voit dans son enceinte nouvelle des habitans des divers archipels de la mer du Sud, dans toute la naïveté de leurs mœurs, dans toute la variété de leurs costumes-, des enfans de la voluptueuse Otahiti ; de noirs Africains, jadis esclaves dans les Antilles-, de Nouveaux-Zélandais souriant encore à leurs souvenirs d'anthropophages-, des pirates Grecs condamnés par des tribunaux de Malte, complètent la singularité de ce tableau vivant. » Dans les environs de Sydney on voit un grand nombre de jolies maisons de campagne habitées par les gens aisés de cette ville. On ne saurait quitter les alentours de la métropole de l'Océanie-Anglaise sans parler de Pauamatta , ville d'environ 3000 habitans, fondée sous le nom de Rose-Hill, et située dans le comté de Cumberland , sur la crique du même nom : c'est une petite ville remarquable par sa grande manufacture de draps, par un hôtel du gouverneur, par sa foire de bestiaux, par l'e'cote instituée pour YéducalioneX, la civilisation des indigènes, et par le bel observatoire fondé en 1821 par le général Brisbane et déjà célèbre par les grandes observations de M. Rumker et de M. Dunlop ; ce dernier est à la tète de ce bel établissement depuis le retour en Europe du premier astronome.

Newcastle , près de l'embouchure de l'Hunier dans le comté de Northumberland, très petite ville, importante par la riche mine de houille qu'on y exploite. Bathurst, avec environ 3,ooo habitans, sur le Macquarie ,chef-iieu du comté de Bathurst; c'est la première ville fondée dans l'intérieur à l'ouest des Montagnes-Bleues. Elle possède déjà une société littéraire et un collège, où l'on enseigne , outre la littérature, plusieurs sciences, surtout celles qui sont nécessaires au commerce.

Dans le district du Nord ou du Port-Macquarie , nous nommerons Pout-Macquauie, petite

OCEANIE CENTRALE ou AUSTRALIE.

fille très florissante par son commerce ; c'est le chef-lieu du district le plus important de la Nouvelle-Galles au nord de Sydney. Dans le district du Port-Phlllip nous nommerons Melbourne, chef-lieu de district , avec un port magnifique ; rivale de Sydney pour le commerce et l'industrie , cette ville devient tous les jours plus importante et compte déjà plus de 6,000 habitans.

L'AUSTRALIE-MÉRIDIONALE ( South-Australia), qui s'étend le long de la côte méridionale entre les méridiens 134 et 143 de longitude est de Paris. Adelaïdetown, sur la côte orientale du golfe Saint- Vincent en est la capitale ; sa situalion défavorable lui a déjà enlevé une partie de ses habitans, qui préfèrent Port-Lincoln, sur la côte sud-ouest du golfe Spencer; les progrès rapides de cette dernière en feront sous peu la première ville de cette nouvelle colonie; son port est magnifique.

L'AUSTRALIE-OCCIDENTALE (Western-Aust ralia ). Cette colonie, qui embrasse outre la Terre de Leeuwin l'extrémité occidentale de celle de Nuyts, est déjà divisée en 14 comtés, malgré sa faible population , qui en 1839 ne s'était encore élevée qu'à 2154 âmes. Perth, dans le comté de ce nom, sur la rivière des Cygnes (Swan-River), en est la capitale. Albany , sur le King- George's- Sound, est l'autre ville la plus remarquable. Nous regardons comme une dépendance géographique de cette partie du Continent-Austral les deux petites îles volcaniques et désertes, nommées S t- Paul et S t-Pierr e ou Amsterdam, parce qu'elles sont plus près de l'Australie que de l'Afrique, bien que les géographes s'accordent à les placer dans cette dernière par tie du monde. L'île St-Paul, si remarquable par son volcan et par sa configuration, a été l'objet d'une confusion singulière, signalée depuis longtemps par Malte-Brun, et néanmoins reproduite sur des cartes anglaises, françaises et allemandes et dans les géographies et les dictionnaires géographiques publiés de nos jours, en appliquant à l'île Amsterdam, qui est la plus septentrionale, le nom et la description qui appartiennent à celle de St- Paul. Ce petit groupe est situé à près de 1000 milles à l'ouest de la Terre de Leeuwin, à la longitude orientale de 75° 28' (île St-Paul) et à la latitude australe de 38° 42'.

L'AUSTRALIE-SEPTENTRIONALE. La nécessité d'avoir un point de relâche pour les navires qui passent par le détroit de Tori es, et le désir de tirer parti des relations commerciales avec les populations Malaisiennes employées à la pèche sur la côte septentrionale de l'Australie , ont engagé le gouvernement Anglais à fonder la nouvelle colonie de Victoria, sur le magnifique Port Essington, le plus grand enfoncement de la péninsule de Cobourg. Ce sera sans doute le noyau de 1' Australie- Septentrionale; malheureusement un terrible ouragan vient de détruire complètement ce nouvel établissement.

Les DÉPENDANCES GÉOGRAPHIQUES. Notre

cadre ne nous permet de citer que le groupe suivant .

GROUPE DE LA D1EMENIE. Nous le désignons ainsi pour rappeler un des plus grands promoteurs

des découvertes géographiques parmi les Hollandais; il comprend la grande lie, que l'usage nomme depuis longtemps Terre de Van-Diemen et quelques îles plus petites qui en sont voisines. Nous y distinguerons :

La DiÈMÉNiE {Terre de VanDiemen, nommée aussi Tasmanie par quelques géographes) ; elle forme un gouvernement indépendant de Sydney Dernièrement la partie moyenne dans la direction du nord au sud et la partie orientale, étaient divisées en 11 comtés , dont voici les villes les plus remarquables : Hobart-town, ville commerçante, qui augmente tous les jours; elle compte environ 10,000 habitans y compris la banlieue; c'est la résidence de l'évèque anglican et du gouverneur. Launceston. qu'on regarde comme la seconde ville, et Georgetown, qui est encore plus importante sous le rapport commercial. Nous nommerons encore le Port Macquarie , à cause du voisinage de l'îlot Sarah , où l'on a établi la seconde colonie pénale de la Diéménie, et aussi à cause de la riche mine de houille exploitée dans son voisinage.

Parmi les Dépend an cesGëographiques de la Diéménie, nous citerons, outre l'îlot Sarah déjà mentionné, celui de Maria, où se trouve une colonie pénale, et le groupe de Furneaux où , sur la grande île de ce nom (Flinders des Anglais), on a transporté tous les indigènes de la Diéménie, restés après la guerre à mort que les colons avaient faite à ces sauvages aussi laids qu'abrutis.

Le Continent-Austral, dont la plus grande partie de l'intérieur nous est encore inconnue , malgré de nombreuses explorations , est le moins favorisé de tous sous le rapport des produits naturels. Il est surtout remarquable par la bizarrerie et l'étrangeté des formes de plusieurs de ses végétaux et de ses animaux ; c'est pour ainsi dire un monde renversé, lorsqu'on le compare à l'Ancien et au Nouveau. Le botaniste y voit des cerises qui grossissent avec le noyau à l'extérieur , des poires ayant la queue à la partie la plus large du fruit; tandis que le zoologue y trouve ces animaux justement nommés Paradoxaux , parmi lesquels il classe X ornithorhynque au corps couvert de poils , au bec de canard, aux pieds garnis d'ergots vénéneux , et pondant des œufs; animal qu'on peut ranger avec autant de raison parmi les quadrupèdes, que parmi les oiseaux, ou les reptiles. L'Européen, qui partout sur le globe a marqué sa demeure parles modifications qu'il a fait subir à la nature , a déjà introduit dans l'Australie et la Diéménie les végétaux et les animaux qui l'accompagnent dans les pays nouveaux où il s'établit. Déjà de riches moissons récompensent l'activité des agriculteurs Australiens , et de nombreux troupeaux y fournissent à l'Angleterre une immense quantité de laine excellente , qui menace de fermer ce débouché dans quelques années aux laines Espagnoles, Allemandes et Hongroises. Des couches de houille et de fer fort étendues et d'excellente qualité , commencent à être exploitées, et promettent de contribuer puissamment a la prospérité de ces établissemens dont la création primitive a élé faite d'après un

plan et dans un but encore inconnus dans les annales des nations. Nous avons déjà vu le grand essor qu'y a pris la navigation à vapeur. Mais les sommes énormes qu'ont coûté les colonies pénales n'ont pas eu tout le succès qu'on s'en promettait. Ce qui a fait la prospérité merveilleuse de l'Australie et de la Diéménic, c'est le travail des hommes libres , ce sont surtout les capitaux qu'on y a consacrés dans ces dernières années. 11 a fallu reléguer les condamnés les plus coupables dans des stations isolées telles que Norfolk , Sarah et autres, afin d'éviter leur contact avec la population nouvelle , qui y afflue depuis quelques années de tous les points du royaume-Uni. En résumé, on peut dire que malgré les fréquentes sécheresses qui désolent le Conti-

nent-Austral, malgré la rareté de ses fleuves presque tous d'un faible parcours et dont une fraction seulement est navigable, malgré la nature marécageuse d'une grande partie de l'intérieur, et l'affreuse stérilité d'immenses espaces le long du lit toral occidental et méridional , la persévérance anglaise est parvenue en moins d'un demi-siècle a y fonder des colonies déjà très florissantes et auxquels un brillant avenir semble être assuré. Elles seront sans doute le noyau d'une nouvelle Angleterre , assise au milieu du Monde Maritime , entre la Malaisie aux riches produits , à la population condensée, et la ïasmanie, qui. par son étendue, par ses ports magnifiques et son heureuse position comme point commercial et stratégique, parait destinée à dominer la Polynésie.

Groupe de la Papouasie

Ce groupe comprend la grande terre connue depuis longtemps sous le nom impropre de Nouvelle- Ou ince , auquel nous avons substitué celui de Papouasie, dérivé du nom de la partie la plus importante de ses babilans, les Papouas. Nous y distinguons:

La PAPOUASIE ou la TERRE des papouas.

La belle carte de M. Derfcldcn sépare par un dé- Lroit toute la partie nord-ouest, tandis que les récentes explorations de l'amiral d'Urville et les belles cartes qu'en a tracées M. Vincendon Dumoulin ajoutent à son extrémité sud-est de grandes terres , qu'on a crues jusqu'à ce jour en être séparées et former partie de l'archipel de la Louîsiade. Ainsi, sans tenir compte de la grande île Kasamoen (Van den Bosch) et de celle de JValsh, moins étendue, que les récentes explorations des hydrographes néerlandais ont séparées de la grande Terre , la Papouasie est actuellement formée de deux îles principales, que nous proposons de nommer Papouasie Orientale ou Papouasie proprement dite, et Papouasie Occidentale.

La PAPOUASIE OCCIDENTALE. Elle est de beaucoup la moins étendue et est habitée par plusieurs peuplades Nègres et H ara foras; les cotes le sont par des tribus de race Malaisienne. Cette ile est partagée en un grand nombre de petits territoires gouvernés par des chefs indépendans , à l'exception de la petite partie qui est soumise au sultan de Tidor, dans l'archipel des Moluques,que nous avons vu être vassal des Néerlandais. Ses localités les plus remarquables sont : les Ports Dory et de I'Aiguade , la baie de Geelwink qui , avec le détroit , la sépare de la grande Terre de la Papouasie Orientale ; le golfe de Mac-Cluer, la baie du Triton. C'est dans celte dernière, à la latitude australe de 31° 41' que les Néerlandais ont fondé en 1828 le fort du Bus , en prenant possession de toute la partie de l'ile jusqu'au cap Bonne- Espérance (Good Hope); cet établissement a été abandonné depuis quelques années-, des arbres de 20 à 25 pieds en couvrent déjà les ruines.

La PAPOUASIE ORIENTALE. C'est une des plus grandes îles du monde, et elle nous parait être la plus longue. On pourrait l'appeler Pa-

pouasie proprement dite, parce que ses habitant sont des Papouas sans mélange. Ils sont plus avancés dans la civilisation , dit M. Vincendon Dumoulin, et plus actifs que ceux de la grande Terre-Occidentale, surtout dans la construction de leurs pirogues. Ses vastes plaines sont d'une fécondité remarquable et offrent des forêts non interrompues de cocotiers. Ses localités les plus remarquables, outre la Baie de Geelwink, sont : celle de Humroldt, les golfes de l'Astrolabe et HcON.et le cll-de-sac de I'Orangerie, que les caries antérieures à celle del'exploralion du pôle Sud par d'Urville mettaient dans la Louisiade.

LCS DÉPENDANCES GÉOGRAPHIQUES de la

PAPOUASIE. Nous proposons d'y distinguer :

Les DÉPENDANCES de la PAPOUASIE-OCCI- DENTALE; ce sont :

L'ile Guebé (Goby), située presque sous l'équatour, elle est petite, mais fertile et assez bien peuplée. Ses insulaires sont depuis longtemps dans l'habitude de fréquenter les îles situées vers l'est, dans le voisinage de la Papouasie pour enlever des esclaves ou acheter les prisonniers.

Le Groupe des Papouas, dont les îles principales sont: Waigiou et Salawatty.Ce groupe est bien peuplé et dépend du sultan de Tidordans l'archipel des Moluques. C'est dans l'ile Waigiou, ainsi qu'à Dory et autres localités plus à l'est habitées par des Papouas, qu'on a trouvé les oreillers en bois mentionnés à la page 1161.

L'Archipel Nassau-Orange, qui: selon le baron Derfelden, se compose de la grande île Kasamoen (Koestemha ; Van-den-Bosch), de l'ile P oulo-Adie (Wessel) beaucoup plus petite, et d'autres encore de moindre étendue.

Les DÉPENDANCES de la PAPOUASIE-ORIEN- TALE ; elles embrassent :

L'archipel de Dampier, si remarquable par se? volcans et celui de Sciiouten, composé d'îles très petites.

L'Archipel de la Louisiade, dont les îles principales sont celles de Rosse l de St-Ai gnan, du Sud-Est et de Trobriand. Ses habitans sont des Papouas anthropophages qui excellent, comme ceux de cette grande terre, dans la construction des pirogues. Ses montagnes sont habitées, comme celles de la Papouasie, par une autre race.

AUSTRALIE ou OCÉAN IE-CENTRALE. H93

Archipel de la Nouvelle- Bretagne.

Cet archipel est situé à l'est de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) et au nord du précédent. C'est une des parties les mieux peuplées de l'Australie, sans l'être cependant beaucoup. Ses habitans appartiennent à la race des Papouas. M. Jules de Blosseville nous a assuré que ceux de la Nouvelle-Irlande sont les plus policés de cet archipel. Ils ont un culte et des temples avec des idoles à figure humaine, et d'autres qui représentent des animaux , auxquels ilsfont des offrandes. Leur taille est plus haute et leurs traits sont plus beaux que ceux des Papouas de la Papouasie , quoique , selon M. le docteur Garnot, leur angle facial soitpresque aussi aigu que celui des Nègres de Sydney.

Voici ses lies les plus remarquables :

La NOUVELLE-BRETAGNE (Birara des naturels). C'est la plus grande de tout l'archipel. On y trouve le Port-Montaigu.

La NOUVELLE-IRLANDE (Tombara des naturels), la seconde en étendue, et remarquable par la civilisation de ses nombreux habitans , leur religion , leur jalousie excessive et la propreté de leurs villages. On y trouve les ports Praslin , Likiliki , Carteket et la baie des Frondeurs. « Dans les environs du Port-Praslin , vers l'est , on voit les chutes de la magnifique cascade de Bougainville; elles sont formées , dit M. Lesson, par cinq gradins s'élevant rapidement les uns au - dessus des autres à une hauteur d'environ 30 à 40 pieds. Comme site romantique, cette cascade mérite de fixer l'attention , mais nous l'avons trouvée bien inférieure à celles de Suddi-Kiddi à la Nouvelle-Zélande et de l'île de

France. Son plus grand charme dépend des masses de végétaux qui se pressent de chaque côté, y forment d'épais fourrés où se marient les feuillages les plus opposés, les teintes les plus variables ; d'un dôme de verdure dû à d'immenses figuiers , à de gracieux arcs, enlacés de tiges volubiles recouvrant des eaux fraîches et limpides peuplées de coquilles fluviatiles , de crevettes, et embellies par des papillons ornés qui éclosent sur ses bords , ou par de riches oiseaux qui viennent s'y désaltérer. De grosses fourmies , dont la morsure est douloureuse, sont très communes en ce lieu ; et le calme de la forêt est de temps à autre interrompu par le cri d'un corbeau analogue à notre corneille , et qui imite à faire illusion l'aboiement d'un chien». Pour compléter ce que nous avons dit à la page 11G2 sur l'usage du syrinx ou flûte de Tan, que M. Lesson a trouvé au milieu des habitans de cette île, nous ajouterons d'après ce naturaliste, que cet instrument ne diffère absolument du nôtre qu'en ce qu'il présente parfois six ou huit tuyaux au lieu de sept; il est fabriqué avec des roseaux soigneusement accolés et passés au feu sur les bords. Un très bon musicien, M. le baron de Feisthamel, qui l'a examiné attentivement, le regarde comme un des instrumens dont l'invention doit remonter aux temps les plus reculés.

Viennent ensuite les îles : du DUC D'YORK (Acamata des naturels) avec un port; de la NOU- VELLE-HANOVRE , remarquable par la civilisation de ses habitans; de CAEN (Oraison de Bougainville , Refugio de Maurelle) , avec une nombreuse population; de GERR1T-DENIS (Gérard de Nys) , très peuplée ; ST-MATHIEU , avec un pic élevé; et les petits groupes des ILES FRANÇAISES , de PORTLAND , des HERMITES , de l'ECHIQUIER et celui de l'AMIRAUTÉ , dont l'île de ce nom est remarquable par son étendue

Archipel de Salomon.

11 correspond en partie aux Terres des Arsacides de Surville, et à la Nouvelle- Géorgie de Shortland. Ces il es sont en général assez bien peuplées, et la grande masse de leurs habitans appartient à la variété des Nègres Océaniens. Bien différens, dit M. Vincendon-Dumoulin, des autres Nègres de l'Océanie, qui choisissent les bords de la mer pour y fixer leurs pénates, ces anthropophages habitent l'intérieur des terres, et généralement les sommets des montagnes; ils mont sur la côte d'autres habitations que celles où ils abritent leurs pirogues. Celles-ci sont

remarquables par leur légèreté, la finesse de leurs formes, et sont en général dépourvues de balancier.

Voici les îles principales en allant du nord-ouest au sud-est.

BOUKA (A nson ou Winchelsea), remarquable par sa grande population ; BOUGAINVILLE , une des plus grandes de cet archipel; CHOISEUL, dont une partie des habitans paraît être anthropophage ; SANTA-ISABELLA, où se trouvent le Port-Praslin et la Baie des mille Vaisseaux ; elle a des montagnes très élevées: c'est la plus grande de tout l'archipel. Nous ajouterons que» un capitaine bouguis, qui a visité il y a quelques années cette île , a assuré à M. de

OCEANIE.

Rienzi que ses montagnes sont très élevées , surtout le pic nommé Sa w ira; qu'on y trouve de nombreux débris de corps marins et de quelques fossiles de grands quadrupèdes , et que quelquesunes de ses peuplades sont anthropophages . » GEORGIE , hérissée de montagnes et , à ce qu'il parait, assez peuplée ; GUADALCANAR , une des plus grandes ; elle est remarquable par son pic, que Shortland compare pour la bailleur à celui de Teneriiïe; ST-CHR1STOVAL , une des plus grandes; SESARGA (lie des Contrariétés), très petite, mais remarquable par son volcan); ILES DES ARSACIDES.

On pourrait regarder comme DÉPENDANCES de

Archipel de

En suivant le conseil d'un savant marin , M. Jules de Blosseville , nous proposons de comprendre, sous cette dénomination empruntée au nom d'un célèbre et malheureux navigateur qui y périt, ce groupe d'îles qui correspond aux îles de la Reine Charlotte de Carteret et de Santa- Cruz. Ces lies, toutes très petites, à l'exception de celle de Santa-Cruz, qui n'est cependant que d'une médiocre étendue , sont situées au sud-est de l'archipel de Salomon. La grande masse de leurs habitans appartient à la race des Nègres Océaniens. Ceux de l'Ile Santa-Cruz peuvent même être regardés comme les plus avancés dans la civilisation de toutes les peuplades comprises dans celte variété.

Voici les iles les plus importantes de cet archipel :

ANDANY ou NITENDY (Santa-Cruz des Espagnols, Egmonts-Island des Anglais). Elle dépasse de beaucoup toutes les autres en étendue. Les Espagnols , sous Mendana , avaient essayé d'y former une colonie en 1595 ; ce navigateur y mourut. Les naturels paraissent avoir un peu perdu de leur barbarie; il s'y trouve une baie très belle et très profonde. Elle est très rarement visitée par les navigateurs.

TINNACORAW ou VOLCAN, très petite, mais remarquable par son volcan.

Archipel

Suivant encore les conseils de notre ami M. Jules de Blosseville , nous proposons de réunir sous cette dénomination l'archipel que le grand navigateur Quiros , qui le découvrit, nomma Espirilu-Santo , et qui reçut plus tard les noms de Grandes -Cy clades par Bougainville et de Houvelles-Hébrides par Cook, qui en complétèrent l'exploration. Ces lies sont habitées par des Nègres Océaniens , dont quelques tribus sont incontestablement

cet archipel plusieurs iles qui environnent celles que nous venons de nommer et parmi lesquelles nous citerons :

Le Groupe des neuf Iles de Carteret , toutes très petites, mais bien peuplées. M. d'Urville le croit identique avec les iles du Massacre , visitées par le capitaine Maurelle, qui leur imposa ce nom à cause de l'assassinat de plusieurs hommes de son équipage ; le Groupe de Mortlock (Hunter) ; le Groupe de lord Howe, habité par une peuplade qui appartient à la variété malaisienne ; le Groupe de Stewart , les lies Rennel et Bellona et le petit Groupe de Laughlan.

La Pérouse.

GROUPE DE VANIKORO (Vanikolo ou La Recherche), composé de deux iles d'inégale étendue : la Recherche qui est la plus grande et Te wa /qui est beaucoup plus petite; c'est dans cette dernière que se trouvent les villages de Vanikoro et Te val.

Un grand intérêt s'est attaché à celte petite ile depuis que les capitaines Dillon et d'Urville se sont assurés que les deux navires de La Pérouse avaient fait naufrage sur ses côtes dangereuses , et que le second de ces officiers y a élevé un modeste monument au célèbre navigateur français. Les insulaires, moissonnés par un climat délétère et par les guerres continuelles qu'ils se font entre eux, mènent une vie misérable, rendue plus pénible encore par les privations auxquelles leurs superstitions les condamnent.

TOBOUA (Oury et Edgecumbe), petite, mais montueuse ; les deux iles représentées sur les cartes n'en forment réellement qu'une seule. On pourrait joindre à cet arebipel comme DE- PENDANCES géographiques les iles suivantes :

Le Groupe de Filoli (Swallow ou Keppcls-Island ?) composé de huit îlots , dont les habitons appartiennent à la race malaisienne.

Le Groupede Duff, composé de onze îlots , dont ceux du Désappointement et du Tr easurer sont les plus grands. Ses habitons appartiennent à la race malaisienne.

Kennedy. Cette ile , assez grande et assez bien peuplée , a des habitons cruels et féroces.

de Quiros.

anthropophages. Ces peuples féroces vivent dans un état de guerre perpétuelle. Voici ses iles principales :

ESPIRITU-SANTO; c'est la plus grande de toutes; Quiros voulut y fonder la Nouvelle- Jérusalem.

MALLICOLO , la plus grande après la précédente. Ses habitons, ainsi que ceux de quelques localités de la Nouvelle-Galles-du-Sud, peuvent être regardés comme les plus laids de tous les Nègres-Océaniens connus.

SANDWICH et ERROMANGO, remarquables

AUSTRALIE ou OCEAME-CENTRALE.

par leur étendue. Cette dernière est habitée par de féroces anthropophages qui vivent en état de guerre non-seulement entre eux, mais aussi avec les habitans des autres îles. Elle abonde en forêts de bois de sandal , ce qui y attira dans ces dernières années des Anglais et des Anglo-Américains, qui y ont formé des établissemens temporaires pour la coupe de ce bois. Mais ce qui est encore plus remarquable , c'est qu'en 1829 une expédition composée du Tamehameha et du Becket fut envoyée par le roi de Hawaii (Sandwich) pour s'en emparer et pour se procurer en abondance ce bois précieux , dont les forêts de son royaume commencent à s'épuiser. Malheureusement le Tamehameha périt corps et biens, et le Becket, dont l'équipage se composait de 120 Hawaiiens, retourna à Oahou après avoir

perdu Manuia, le chef de l'expédition, et presque tout son monde enlevé par les fièvres malignes qui régnent sur ces plages.

Nous nommerons ensuite : TANNA et AMBRYM, à cause de leur étendue et de leurs volcans; APEE,1'ILE DES LEPREUX et BANKS, remarquables par leur étendue ; PAOOM, rocher volcanique stérile, d'un aspect imposant et d'une grande élévation, puisque M. Bennet a vu en 1829 sa cime couronnée de neige. Enfin les îles PENTECOTE, AURORE et BL1GH.

On peut regarder comme dépendances géographiques de cet archipel : la petite île Ticopia (Tucopia, Barwel) dont les habitans d'une douceur remarquable appartiennentàla racemalaise; l'île Mitre inhabitée et celle de Cherry (Annoula), qui s'étendent au nord-est de celle de Bligh.

Groupe de la Nouvelle-Calédonie.

Ce groupe comprend la grande lie nommée Nouvelle-Calédonie et plusieurs ilôts qui l'environnent. Il est placé au sud-ouest de l'archipel de Quiros et est habité par des Nègres Océaniens , dont quelques tribus sont anthropophages .

La NOUVELLE-CALEDONIE surpasse de beaucoup en étendue toutes les terres de ce groupe. On y trouve le Havre de Balade où Cook a séjourné et le Port- St-Vincent voisin d'un volcan. Un récif immense borde la côte occidentale de cette

lie, et se prolonge dans sa direction vers le nordnord-ouest au-delà de 250 milles : c'est un des parages les plus périlleux que le navigateur puisse trouver dans le Grand-Océan. Sur ces immenses brisans sont quelques petites îles basses et peuplées que Cooket d'Enlrecastcaux nommèrent Balarea, Moulin, Reconnaissance, Surprise et Huon. Parmi les DÉPENDANCES géographiques nous citerons 1' I l e de l'observatoire; Beaupré; Loyalty; des Pins, remarquable par ses cyprès colonnaires de plus de 100 pieds de haut; Botanique (Botany); H o h o h u a ; et le petit îlot Mathew avec un volcan.

Groupe de Norfolk.

très petit , est situé entre la blie là où avait été celle de 1788 abandonnée pour rétablissement de la Diemenie (Van-Diemen). Elle dépend immédiatement de Sydney. Philip est remarquable par sa prodigieuse fertilité, sa riche végétation et la bonté de son climat.

Ce groupe

Nouvelle-Calédonie et la Tasmanie (Nou velle-Zélande). 11 se compose de trois ilôts nommés Norfolk , Nepean et Philip.

Dans celui de Norfolk se trouve la petite colonie que les Anglais ont réta-

Groupe de la

Nous proposons de comprendre sous cette dénomination , non-seulement les deux grandes iles qui forment ce que les géographes et les marins nomment la Nouvelle-Zélande, mais aussi plusieurs autres beaucoup plus petites qui en sont voisines et quelques autres qui sont situées à des distances assez considérables et que nous proposons de regarder comme des dépendances géographiques des deux grandes terres. Ces iles sont habitées par des tribus de race malaisienne qui, malgré leur état social supérieur à celui de plusieurs autres Océaniens, sont incontestablement anthropophages. Leurs fréquentes relations avec les Européens n'ont servi, jusqu'à présent, qu'à puiser dans nos arts les moyens de s'entre-dé-

Tasmanie.

truire avec plus de succès. Il faut cependant avouer que depuis la mort des féroces et cruels Shonghi, Pomaré, Moudi- Panga et autres chefs , la civilisation et le christianisme y font quelques lents progrès. Le commerce surtout y a pris un grand essor dans ces dernières années, surtout celui que l'Australie fait avec ces insulaires. Voici les îles principales de ce groupe.

ÏKA-NA-MAUWI (Eaheinomamve) ou la TAS- MANIE DU NOBD. Elle est beaucoup plus peuplée que file Méridionale et est partagée en une infinité de petites tribus indépendantes , toujours en guerre les unes contre les autres. Les chefs les plus connus dominent sur la partie nord-ouest de l'île et menaçaient de soumettre tout le reste d'Ika-na-mauwi. Shonghi , rangalira ou chef de l'hippah de Kidikidi, régnait il y a quelques années

0CKAN1R.

sur la partie occidentale de la baie des lies. C'est auprès de sa peuplade que résidaient des missionnaires anglais, qui depuisvingt ans n'y avaientfait aucun prosélyte. SUonghi avait été en Angleterre et devait à son extrême bravoure l'espèce de suprématie qu'il exerçait. Un autre chef nomme Touï avait été aussi en Angleterre; il dominait surla partie orientale de la baie des lies, où se trouve î'hippah de Kawera. Ces deux chefs alliés avaient porté souvent le ravage chez leurs voisins plus faibles, et particulièrement chez les malheureux naturels de la rivière Tamise et delà baie Mercure. Le second est mort de maladie il y a plusieurs années , et le premier a péri depuis par suite de ses blessures. Le chef le plus belliqueux et le plus féroce qui leur succéda fut Pomaré , qui depuis long-temps à la lèle d'un millier d'hommes armés de fusils, promenait aussi le ravage dans l'Ile entière. Sa résidence élait à Rorora-Reka au fond de la baie des îles ; il a enfin succombé et a été dévoré par ses ennemis. La baie des Iles et celle de Kaïpara ; les ports Wangaroa , Manou-kao , Tarrànarki et Mercury; le havre Waikato ; la rivière Shooukianga et la rivière Cholp.acki (Tamise), sont les localités les plus remarquables. Près du port Wangaroa se trouvait l'établissement fondé par les missionnaires wesleyens que les naturels ont pillé et détruit en 182G, et que le révérend John Hobbs et ses compagnons ont rétabli à Mangunca, sur le territoire du chef Patnone , près de la Shooukianga. Cette île a de belles rivières -, la suivante, moins favorisée, n'a que des torrens. A la hauteur de la Chouracki, il serait facile d'établir une communication de la mer de l'est avec celle de l'ouest , en coupant un isthme étroit et en se servant du cours des rivières. TAVAÎ-POUNAMMOO ou la TASMANIE DU SUD. C'est la plus grande , mais la moins peuplée. Le grand détroit de Cook la sépare de la précédente. Elle parait même n'être habitée qu'à ses extrémités par des tribus sauvages, moins connues que celles du nord, plus pauvres et ayant à-peuprès les mêmes mœurs. Celles qui vivent près du

cap Sud diffèrent beaucoup des autres et n'onl été visitées que par des navires anglo-américains, qui fréquentent ces parages pour y faire la pêche des phoques. L'Entrée de la Reine Charlotte, la baie Tasman, le havre Milford, les baies Dusky , Chalky et Préservation , la presqu'île de Banks, le port Macouarie sont les localités les plus remarquables. Elle produit en abondance , ainsi que l'île Stewart, le fameux phormium tenax dans ses terrains marécageux.

Dans le détroit de Foveaux, les ILES RUABUKI avec un mouillage et BENCH , et à l'entrée du détroit l'ILE SOLANDER.

STEWART , qu'on a pris jusqu'à nos jours pour une péninsule de Tavaï-Pounammou , dont elle est cependant séparée par le détroit de Foveaux. On y trouve les ports Mason , Facile, Williams et Pegasus ; ce dernier est très beau.

On pourrait regarder comme des DEPENDAN- CES géographiques de la TASMANIE (Nouvelle- Zélande) les îles suivantes qui toutes sont sans habitans permauens à l'exception du groupe de Broughton.

Le Groupe de Broughton composé de l'île Chat a m , beaucoup plus grande que toutes les autres, et celle de Pitt. Les autres ne sont que des ilôts.

Les Groupe Bount y, Antipodes et Campbell, composés chacun d'une île très petite environnée de quelques ilols ou plutôt de quelques rochers; la dernière possède un très bon port.

Le Groupe de lord Auckland , dont l'ile de lord A ne hl and est de beaucoup la plus grande; celle d'En derby vient après pour l'étendue.

Le Groupe deMacquarie, qui comprend l'île Mac quarie, de médiocre étendue, et quelques autres îlots. Il est sans habitans et n'est fréquenté que par des marins qui viennent y donner la chasse aux phoques. Ce groupe est remarquable comme étant la terre connue la plus australe de toute l'Océanie.

position astronomique. Longitude entre 125° orientale et ll)5° occidentale. Latitude, entre 56° australe et 35° boréale.

division. La Polynésie, comme l'indiquent les deux mots grecs qui forment cette dénomination, se compose d'un grand nombre d'îles, généralement disposées en chaînons ou groupes plus ou moins grands, mais toutes extrêmement petites en comparaison des vastes terres qui appartiennent aux deux autres parties de l'Océanie. L'ile Hawaii, dans l'archipel de ce nom (Sandwich) , qui est la plus

grande terre connue de la Polynésie , n'a que 3,442 milles carrés. De toutes les grandes divisions du globe , l'Océanie- Orientale offre la plus petite superficie en terre, malgré l'espace énorme sur lequel ses îles sont disséminées. Mais avant d'exposer les subdivisions géographiques de cette partie du Monde-Maritime, nous devons signaler un fait que nos lecteurs connaissent déjà en partie par tout ce qu'on a dit dans les chapitres précédens: c'est que toutes les innombrables îles qui composent cette partie de l'Océanie , considérées sous le rapport physique et mo-

POLYNÉSIE ou OCÉANIE ORIENTALE.

•rai de leurs habitons, n'offrent, à un irès petit nombre d'exceptions près, que deux grandes divisions, que noire an! i M. Lesson a proposées depuis plusieurs années , et que des savans estimables, et entre autres M. de Rienzi, qui a bien voulu nous communiquer son travail alors inédit , ont ensuite développées avec de plus grands détails. Ces deux divisions sont : le rameau des peuples, que M. Lesson propose de nommer Morigolo-Pélagiens ou Carolins, et le rameau des peuples qu'il nomme Océaniens proprement dits.

La première division embrasse les liabitans de toutes les îles de la Polynésie- Boréale , à l'exception des insulaires de Hawaii (Sandwich), et comprend ainsi

les archipels que nous avons nommés des Mariannes, de Palaos , des Carolines et l'archipel Central; la seconde division embrasse , non-seulement les habitans de toutes les autres îles de la Polynésie, mais aussi ceux de la Tasmanie (Nouvelle- Zélande), que nous avons vue former partie de l'Océanie-Centrale.

Voici les 17 archipels et groupes principaux dans lesquels nous proposons de partager cette vaste section de l'Océanie ; cette classification entièrement géographique est le résultat de longues recherches dans lesquelles nous avons été aidé par un savant géographe, officier de marine très distingué, par notre ami M. Jules de Blosseville.

jirchipel Mounin- Volcanique .

Nous proposons de réunir sous cette dénomination, qui rappelle le nom des seules îles habitées et la nature du plus grand nombre des autres, plusieurs îles encore imparfaitement connues, dont la plus grande partie correspond à V archipel de Magellan de quelques cartes récentes.

Nous les avons réunies en groupes, quoique de vastes espaces de mer en séparent plusieurs les unes des autres. Voici les noms de ces groupes et ceux des îles dont ils se composent.

GROUPE de MOUNIN-SIMA ( Bonin-Sima ) , formé de 89 îles, dont 19 ne sont que des écueils. H est habité par une colonie de Japonais, qui jusqu'à la fin du dernier siècle conservait encore son indépendance de l'empire du Japon. Vile du Nord etl' lie du Sud sont les deux terres les plus grandes, non-seulement de ce groupe, mais de tout l'archipel ; leur connaissance est due à deux savans orientalistes, MM. Abel Rémusat et Klaproth , qui nous ont fait connaître ce groupe d'après les écrits chinois. A la vérité, le capitaine Beechey, dans sa dernière exploration, n'a pu retrouver ces îles à la place qu'on leur assignait; mais comme d'un côté on peut supposer des erreurs dans la détermination des longitudes , et que de l'autre on ne saurait imaginer que cet ar-

chipel soit une pure fiction des auteurs que MM. Klaproth et Abel Rémusat ont consultés, nous croyons à l'existence de ce groupe, et nous n'hésitons pas à lui assigner une place dans cet archipel, dont la position nous paraît être la plus convenable pour l'y encadrer.

GROUPE VOLCANIQUE, ainsi nommé à cause des volcans qui brûlent dans plusieurs de ces îles ; Y Ile de Soufre , S t- Alexandre etst- A ug ust i nen sontles îles principales. Le Groupe de Peel, que M. le capitaine Beechey a visité il y a quelques années et qu'il considère comme identique avec les Iles del Arzobispo, pourrait être regardé comme la prolongation vers le nord du groupe Volcanique; dans la plus grande des îles dont il se compose, et que ce marin a nommée Peel, se trouve le port Lloyd. Tout récemment les Anglais ont colonisé ces îles, soit pour faire la contrebande avec la Chine et le Japon, soit pour avoir des slattons pour la pêche du cachalot.

GROUPE ORIEN TAL , composé d'îles d'une petite étendue et situées à de grandes distances les unes des autres. Ses îles principales sont : Guadalupa; Malagrida; Grampus, qui est peut-étrè la même que celle de.L o b o s ; Folcano et Meures.

GROUPE OCCIDENTAL , composé des petites ïïesKendrick, Dolores elBorodino. Le nom de Kendrick rappelle celui du premier grand navigateur de la confédération Anglo- Américaine.

Archipel des Mariannes.

C'est V archipel des Ladrones de Magellan et des Larrons de certains géographes ; il s'étend du nord au sud, au midi de l'archipel Mounin -Volcanique et proprement du Groupe-Oriental de ce dernier. Il appartient à la monarchie Espagnole et n'a d'habitans que dans les cinq îles les plus méridionales. Ses îles

principales sont , en allant du sud au nord :

GUAM (Guajam Guahan ou San-Juan). C'est la plus grande de l'archipel. On y trouve Agan a (San- Ignazio d'Agaïîa), capitale de l'île et siège du gouvernement de cet archipel, qui dépend du capitaine-général des Philippines; on porte à presque 3000 âmes sa population. Guam était autrefois

0CEAN1E.

très peuplée par une race qui s'était élevée à une certaine civilisation, sur laquelle les missionnaires espagnols , et depuis MM. de Chamisso et de Freycinet ont répandu tant de jour; maintenant privée de presque tous ses habitans primitifs , elle est très déchue et presque déserte. Nous nommerons aussi le port de la Caldera de Apf«,v et la raie Umatac.

ROTTA (Zaï pan ou Santa-Anna) ; c'est la plus peuplée après Guam; on n'y connaît pas de mouillage; ici comme à Tinian on voit des vestiges des grands monumens élevés par les habitans primitifs de ces îles. AGUIJAN , qui n'offre rien de remarquable. TINIAN (Buenavista) , remarquable par les ruines des monumens élevés par ses anciens habitans; elle est très fertile, mais sans bon mouillage.

SAYPAN (St-Joseph) , une des plus grandes, fertile et boisée , avec un bon port. Les Espagnols en 1815 en ont chassé les Anglo-Américains , qui

s'y étaient établis depuis 1810. Selon M. Arago il s\ trouve une petite colonie de Carolins. AGRIGAN (Grigan), où il parait que s'est établie une petite colonie d'Anglo- Américains reconnaissant la domination espagnole : on dit que son volcan fume encore. ASSOMPTION (Song-Song) et PA- GAN, remarquables par leurs volcans. Relativement à celui de l'île Assomption, nous feron« observer que le capitaine Beechey, qui a visiW cette ile, non-seulement ne l'a pas trouvé en activité , ni même fumant , comme La Pérouse l'avait vu , mais que ce marin dit au contraire l'avoir trouvé tout couvert de végétation jusque près du sommet, et que sa base est ceinte de bois Il n'évalue qu'a 202G pieds anglais la hauteur du cône qu'on avait tant exagérée. Nous nommerons en outre pour mémoire les îles FARALLON , ANATAJAN, SARIGUAN , les FARELLONES , GUGUAM, ALAMAGUAN, URACAS, FARALLON DE PAJOROS : elles sont toutes sans importance

Archipel de Palaos.

Cet archipel est connu aussi sous les noms AePeleWf Peli , Panlog ou Pannon g ; il est formé par plusieurs petites îles à l'ouest de l'archipel des Ca roi in es, et partagé entre plusieurs chefs qui se font la guerre.

La bonté de ces insulaires a été extraordinairement exagérée par Wilson. Aujourd'hui , dit un illustre marin, M. Lutke, ils pillent et enlèvent les bàtimens comme les habitans de la Nouvelle-Zélande, des lies Marquesas, et ne -diffèrent d'eux qu'en ce qu'ils ne mangent pas leurs prisonniers.

Voici ses lies principales rangées dans les deux sections suivantes :

L'archipel DE palaos ; il comprend : l'Ile BABELTHOUAP (Baubelthouap) , qui est la plus grande-, CORROR, la seconde pourl'étendue; ERI- KLITHOU, résidence d'un des principaux chefs; en 1783 il ht présentaux Anglais de l'ile Orou long, dont ces derniers n'ont pas pris possession. OU- ROUKTHAPEL, ERAKONG, ANGOUR et PILLI- LOU sont les autres îles les plus importantes.

Les DÉPENDANCES GÉOGRAPHIQUES , qui

comprennent les iles SANSEROL ( Soronsol ), ANNA, MARIERES. et quelques autres , qui s'étendent au sud-ouest.

Archipel des Carolines.

C'est un des plus grands de la Polynésie ; quelques géographes le nomment les Nouvelles-Philippines. Ses îles , disséminées sur une vaste étendue de mer, forment une longue chaîne entre l'archipel de Palaos et le grand archipel Central. Le capitaine Lutke qui a répandu tant de lumière sur cet Archipel , avant lui si imparfaitement connu , le partage en 46 groupes renfermant plusieurs centaines d'îleset d'îlots. Les peuples qui habitent ces iles diffèrent beaucoup des autres Polynésiens par leurs mœurs et leurs habitudes , mais moins cependant qu'on ne l'a prétendu. Les Caroliniens des groupes compris entre ceux de Lougounor etOulouthy, dépassent tous les habitans de la Polynésie dans l'art de naviguer, dans la construction de leurs pirogues et dans la connaissance des astres.

Il sont régis par différens chefs, dont les territoires forment autant de petits états différens. La superficie de chacune des îles liantes dépasse plusieurs fois celle de toutes les îles Basses réunies.

Les ILES HAUTES sont :

EAP(Yap, Yapa, Gouap), assez élevée et une des plus grandes de toutl'archlpel, mais encore très imparfaitement connue. D'après les dernières explorations de Y Astrolabe, elle serait divisée en deux par un canal trèsétroit. Ses habitans se distinguent par leurs progrès dans l'agriculture.

GROUPE DE ROUG (Hogoleu, Torres des Européens); composé selon le capitaine Morrell d'une soixantaine d'îles ou îlots , dont une dizaine sont hautes. Selon ce marin deux races entièrement différentes habitent les deux îles principales situées aux extrémités orientale et occidentale du groupe.

GROUPE de SEN1 AVINE, formé de la grande ile Pouïnipète, et de 15 petites iles divisées en

POLYNESIE ou OCÉANIE ORIENTALE.

trois groupes. Ses hahitans, quoique parlant une langue analogue à celle des Oualanais, et encore plus à celle des Caroliniens occidentaux , se rapprochent beaucoup des Papouas pour la couleur ; ils sont très féroces, bons navigateurs, et renommés parmi tous les habitans des Carolines parleur caractère guerrier , qui les rend très redoutables.

GROUPE DE OUALAN , formé par l'île Oualan etle petit ilot Lella. Oualan a été visitée pour la première fois par le capitaine Duperrey; c'est une des parties les plus intéressantes de cet archipel, par la civilisation assez avancée de ses habitans , qui vivent sous un gouvernement monarchique bien établi, et semblent être divisés en castes ; ils se distinguent des autres Polynésiens par leur extrême modestie et leur délicatesse en matière de chasteté conjugale. Cette lie a de bons ports.

Parmi les ILES BASSES, qui ne sont élevées que tout au plus de quelques mètres au-dessus de l'Océan, nous nommeronsjseulement les groupes suivans :

GROUPE D'OULOUTHY (Egoï ; Mackenzie) ; ses îles principales sont : Mogmog et Falalep.

GROUPE D'OULEAI ( Gouliay ; Uleaulie ; Ulecf , composé de 23 îles , dont celle d'Ouleai est la plus grande. Ce groupe est régi par Reoua, qui est le plus puissant tamon de toutes les Iles Basses, car il étend sa domination non-seulement sur tout ce groupe , le plus peuplé de l'archipel ,

mais aussi sur les groupes d'Elato , Namourrek , Lamoliaour, Sataoual , Olimirao et Eourypyk. Les habitans d'Ouleai sont les plus policés de tout l'archipel. Ils excellent surtout dans la construction de leurs bâtimens; habiles navigateurs, ils ont de fréquentes relations avec les Marianncs. Voyez page 1157, comment ils divisent la rose des vents.

GROUPE DE LOUGOUNOR ( îles Morllok »• Lougoullos) subdivisé en trois groupes, formés de 90 îlots. Dans celui de Lougounor, le plus oriental est le port Chamisso. La population de ce groupe n'est inférieure qu'à celle du groupe d'Ouleai; il est régi par le tamon Selen.

•Les groupes de NOUGOUNOR et de PYGHIRAM, remarquables par leur grande population.

Le GROUPE DE PELELAP (îles Mac-Askill) , formé de trois îlots boisés , habités par une population douce et paisible. Pelelapeslle plus étendu.

Le GROUPE NAMONOUITO , très peuplé; remarquable par sa formation ; c'est, dit M. Lulke > comme la base d'un nombreux groupe d'iles, ou même d'une seule; il offre l'apparence de toutes les îles de corail à leur origine , et laisse surprendre la nature dans la formation de ces petites terres.

Le GROUPE DUPERREY, découvert parce savant marin en 1824 ; il se compose de deux petites îles, Aouera et Pelelap.

Le GROUPE DE MONTEVERDE ; ses îles sont les plus méridionales de tout l'archipel.

-Archipel Central.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination, si convenable par la position qu'occupent les lies dont elles se composent, une foule de terres petites et basses qui n'ont pas encore reçu de nom général, malgré les espaces de mer peu considérables qui séparent les groupes et les archipels que les géographes et les marins distinguent déjà par des noms particuj liers. Ce vaste archipel, qui correspond à Yarchipel de Mulgrave de plusieurs géographes, à ceux de Marshall et de Gilbert de quelques cartes modernes , occupe réellement presque le centre de la Polynésie. On doit remarquer qu'à peu d'exceptions près , l'archipel Central ne se compose que d'attoles comme celui de Paumotou. Voici ses principales subdivisions :

ARCHIPEL DE RALIK-RADAK , ainsi nommé à cause des deux chaînes principales dont il est formé.

Chaîne deRalik. Elle comprend les groupes ou attoles : de Bigini, qui est peut-être identitique avec les iles Pescadores connues depuis plusieurs années; de Radogala ; d'UDiAi-MiLAi; de Kwaldeleu ; de Namou; de Lileb; de Tebot ; d'Onu (Elmore) qui est le principal et où réside

un des deux chefs qui dominent sur cette chaîne ; de TELOUT(!Vluskittos);deKiLi;d'EBON (Bonham) ; de Namourick et de Nantuket. Tous ces attoles sont soumis à deux chefs nommés Labonduguia et Lagadack-Nanait ; ce dernier paraît le plus puissant.

Chaîne de Radak (archipel des îles Marshall de quelques géographes). Elle est parallèle à la précédente et comprend les groupes ou attoles suivans : de Bigar , sans habitans; d'Oudirik et de Tagai, dont les habitans sont noirs-, d'Ailou; de Ligiep; d'Odiaou Romanzoff; d'Eregouf ; de Kawen ou Araktschejef ', un des plus peuplés; et d'Aour, le plus important de la chaîne, comme étant la résidence de Lamouri , qui est le tamon ou roi de tous les attoles précédens ; d'Arno, de Mediuro, et de Mille soumis à un autre chef indépendant.

L'Ile du Nouvel-An, celle de M i a d i et le groupe de Repith-Urur peuvent être classés avec cet archipel.

ARCHIPEL de GILBERT, au sud de la chaîne de Radak. 11 se divise en trois groupes , savoir :

Groupe de Scarbobough, qui comprend les attoles M athews, Charlotte , Knoy (Cook), Gilbert et Hall.

Groupe de Simpson, qui se compose des attoles Hopper (Simpson), Woodle, Henderyillb et Harbottle (Dundas).

Groupe de Bishop, où se trouvent les attoles Sydenham (Blaney) , Drummond.

Les habitans de cet archipel sont pauvres et ne

OCEANIE.

trouvent dans leurs productions qu'une existence précaire; ils vont nus et sont d'une couleur cuivrée extrêmement foncée. Ils se livrent à la navigation; leurs pirogues indiquent la misère et le peu de ressources de ceux qui les ont construites. Les îles suivantes pourraient provisoirement être regardées comme des DÉPENDANCES géographiques de l'Archipel Central, à moins qu'on ne veuille les classer parmi les Sporades-Méridionales, à cause des grands intervalles de mer qui les

séparent. Nous serions même d'avis d'en former un autre archipel que nous nommerions de Krusenstern , en l'honneur du savant marin qui le premier a essayé d'élever nos connaissances sur le Grand-Océan au niveau de celles que nous possédons sur les autres grandes mers. Voici les iles principales que nous proposons de comprendre dans cette division de la Polynésie : Le Grand Cocal; St-Augustin ; Nederlandish-, Peyster ; Ellice ; Indépendance (Michel ? ).

Archipel de J^iti.

Cet archipel , si important sous tant de rapports, est situé au sud du précédent et c'est le plus occidental des archipels de la Polynésie-Australe. Il correspond aux îles du Prince Guillaume d'Abel Tasmari, et aux îles Fidji de presque tous les géographes. Ses nombreux habitans, sans être tout-à-fait des Nègres, en ont plusieurs traits. Quoique assez avancés dans la civilisation, ces féroces et belliqueux insulaires sont incontestablement anthropophages. La partie de cet archipel qui, pendant quelque temps , fut soumise à Finow 1er, roi des lies de Tonga, a recouvré son indépendance après la mort de ce souverain. Tout l'archipel est partagé entre plusieurs chefs indépendans les uns des autres et souvent en guerre. On remarque dans cet archipel , deux grandes îles, deux autres moins étendues, une quinzaine d'autres beaucoup plus petites, et un nombre encore inappréciable d'îlots , d'écueils et de récifs. Voici les iles les plus remarquables :

Vm Lévou, la plus importante et la plus grande de tout l'archipel. Suivantle capitaine Dillon, elle est partagée en quatre districts, dont celui d'Imbao est soumis à un chef, auquel presque toutes les iles orientales paient tribut.

Vanoua-Lebou (Pau.Paou), naguère regardée comme la plus grande de tout l'archipel et la seconde de toute la Polynésie pour l'étendue. Elle 1 est partagée entre plusieurs chefs. Un d'eux, Boullendam, a acquis une sorte de célébrité. Depuis quelques années, les Anglo-Américains la fréquentent pour y acheter le bois de sandal , qu'ils vont ensuite vendre à la Chine. La baie du bois de sandal (Sandalwood bay), et les ports Vooilia et Caribata sont les positions les plus remarquables de celle île.

Tabe-Ouni, séparée de Vanoua-Lebou par un } étroit canal ; elle parait peu peuplée , mais elle est remarquable par son étendue et par une haute montagne.

KANDABON (Nawihi-Lewou, Amboa ou Bawo).

Elle est remarquable par son étendue et encore plus par son haut pic. Elle parait soumise à un seul chef. Ses habitans sont regardés comme les plus belliqueux de tout l'archipel.

ISous nommerons ensuite les lies : Niiao , importante par son étendue et par sa populalion ; Lagdemba (Alkombo), dont les habitans se distinguent par leur bravoure et paraissent être un mélange de ceux de Tonga avec ceux de Viti. Cette ile est la résidence du chef qui gouverne toutes les iles de l'est.

Laquaba (Lageba) où les missionnaires de Tahiti essaient d'introduire la religion chrétienne. On pourrait regarder comme une dépendance géographiquede cet archipel le petit GROUPE d'UNO, découvert par M. Bellingshausen. et habité par (f' une peuplade pacifique et presque entièrement ichlyophage.

Archipel de Tonga.

Cet archipel, nommé île des Amis par presque tous les géographes, est composé de trois îles principales nommées Tonga, Vavaoo , Eoua, et d'un grand nombre d'îlots et altolons. C'est une des parties les mieux connues de l'Océanie , et elle formait naguère le royaume de Finow 1er, dont dépendait aussi une partie de l'archipel de Viti (Fidji). Maintenant il est partagé entre plusieurs chefs indépendans. Ses habitans sont doux en apparence ; cependant ils complotent toujours pour s'emparer des navires qui les visi-

tent, et y réussissent quelquefois. Ils sont très adroits dans la fabrication de leurs armes et assez avancés dans la civilisation. Les missionnaires Wesleyens qui de 1822 à 1830 avaient fait d'inutiles efforts pour convertir les habitans de Tongatabou , s'étant rendus dans cette même année 1830 au groupe de Hapaï, en ont aussi converti toute la population; l'année suivante ils ont encore réussi à gagner à la foi du Christ les habitans de Vavao. D'autres missionnaires font de nombreux prosélytes dans l'île de Tongatabou même.

POLYNESIE ou OCEANIE ORIENTALE.

mi

Voici les lies principales :

TONGA ou TONGA-TABOU (l'île Sacrée-, Amsterdam de Tasinan). C'est la plus grande et la plus peuplée de tout l'archipel. Depuis quelques années, elle n'a plus de chef suprême ou de Toiïi- Tonga. Elle est gouvernée en apparence par trois grands chefs , nommés Taofa , Palou et Lavaka ; mais en réalité on peut dire que Taofa ou Tahofa réunit dans ses mains l'autorité suprême. » Lorsque les habitans de l'île , dit M. d'Urville , eurent chassé la race antique de leurs rois , Palou , Lavaka et Tahofa furent conjointement investis de la souveraine puissance. Tahofa, doué de qualités guerrières, rendit au pays d'éminens services dan s les combats, et dès-lors il s'éleva dans l'opinion des insulaires bien au-dessus de ses deux collègues qui, à des goûts tout pacifiques, joignaient l'indolence et l'incapacité. Bien plus, par une politique qui dénote un degré peu commun d'intrigue et d'habileté, Tahofa , devenu père d'un garçon, réussit à le faire adopter parla Tamaha , mère du roi chassé, et la seule personne de la branche souveraine qui fût restée dans l'île. En vertu de cette adoption , nous pûmes voir le peuple de Tonga , et Tahofa lui-même , rendre humblement à un enfant de trois ans les honneurs dus au rang suprême et à la race vénérée des Touï- Tongas. N'était-il pas merveilleux , continue ce savant marin, de retrouver aux extrémités du monde, dans une île presque imperceptible sur la carte du globe, une parodie si vraie, si frappante des grands événemens qui , lorsque nous étions encore enfans , avaient agité l'Europe entière. Ainsi la mer du Sud avait aussi son Napoléon ; peut-être n'avait-il manqué au guerrier sauvage qu'un plus vaste théâtre pour remplir aussi un hémisphère de son nom et de sa renommée. N'estil pas au moins étonnant de voir, aux deux points opposés de la terre, deux ambitieux procéder par

Archipel d

Nous proposons de réunir sous cette dénomination les îles suivantes , séparées les unes des autres par de grands intervalles de mer ; mais qu'on ne saurait encore joindre aux archipels de Viti (Fidji) , de Tonga (lie des Amis) et de Hamoa (lie des Navigateurs) , entre lesquels elles sont situées. Ces lies sont : Ooua, la plus orientale, Varaders (des Traîtres, Koutahi) et Cocos (Néoulaboulabou; qui, avec

Archipel de Hamoa

Nous proposons l'une ou l'autre de ces deux dénominations pour remplacer le nom impropre ^archipel des Navigateurs que depuis longtemps les géographes et les cartographes s'accordent à lui donner ; car l'épithète de navigateurs ne saurait être une désignation caractéristique de ses habitans , tous les Polynésiens étant plus ou moins habiles à

les mêmes moyens et s'avancer vers le même but ? Entre Napoléon et Tahofa la distance est énonne sans doute, mais aussi, entre la France etTonga- Tabou!....» Ajoutons que quelques Anglais s« trouvent au service de Palou, et qu'une petite mission anglaise s'est établie, il y a quelques années, dans cette île, dont les lieux les plus remarquables sont Bea, résidence de Tahofa , et Mafanga, le lieu sacré de l'île, le sanctuaire de la religion de ces insulaires , où sont réunis leurs tombeaux. Nous nommerons ensuite EOUA (Middelbourg) de Tasman); elle est soumise à Afoka; ANAMOU- KA (Rotterdam de Tasman); d'anciennes relations disent qu'elle a deux petits volcans; KO- TOU, petite mais bien peuplée; TOFOUA , peu peuplée; elle est remarquable par son volcan. petit mais très actif , LATTE, remarquable p3r son pic élevé.

VAVAOO (Ouavao , Wavao). C'est la seconde de tout l'archipel pour l'étendue ,• elle a ses meilleurs ports ; en 1830 , époque où elle fut visitée par lo capitaine Waldegrave, elle était régie par un chef absolu , nommé Finow, qui parait être le fils ou le neveu du sage et intelligent Finow II ; il règne aussi sur quelques autres îles. Les missionnaires de Tahiti ont essayé, sans succès, de faire connal tre la religion chrétienne dans cette île.

GROUPE d'HAPAI (Hapi ou Massée) , soumis a Toubo Toa, le plus puissant rival de Finow II. Lefuga, jadis résidence des rois de Tonga , en est l'île principale. C'est là qu'en 1806 le capitaine Maurelle a été fait prisonnier par les naturels , après le massacre de la plus grande partie de son équipage. Des rapports récens représentent le christianisme comme florissant dans ce groupe.

AMARGURA, la plus septentrionale de l'archipel, et assez bien peuplée. PYLSTAERT, au sud-ouest de Tonga, peut être réunie à cet archipel. Elle n'a d'autres habitans qu'une foule d'oiseaux marins.

Ooua-Horn.

quelques îlots, forment un petit groupe ; Bonne-Espérance (Goede-Hoop, Hope, Ononafou) ; Horn (Foudounatou) , assez / bien peuplée et soumise à un chef qui jouit d'une grande autorité sur ses habitans; Wallis, chez les habitans de laquelle on rencontre l'usage barbare de plusieurs peuplades de l'Australie, de se couper le petit doigt. Ils sont devenus ca tholiques depuis quelques années.

ou de Bougainville.

construire et à diriger leurs pirogues; nous avons même vu que plusieurs tribus des Carolines surpassent toutes les autres dans l'art nautique. C'est donc à ces dernières , de préférence à tous les autres habitans de celte partie de l'Océanie, qu'il faudrait donner cette qualification. Cet archipel , dont une partie peut correspondre a Vile Bauman de Roggewein,

OCEÀNIE.

retrouvé ou découvert par Bougainville , est appelé Hamoa ^r les indigènes. Il est composé de sept iles principales qui paraissent régies par différens chefs. Elles offrent une population nombreuse ; leurs habitans ont une haute taille, et, malgré leur férocité, se distinguent par leur civilisation. D'après les dernières explorations <le V Astrolabe , ces îles offrent plusieurs bons mouillages. Voici les principales : SEVAl (Pola; Otawhi), la plus grande de l'ar-

Groupe de

Nous comprenons sous cette dénomination trois petites îles habitées et quelques îlots déserts au sud de l'archipel de Viti (Fidji), et à une trop grande distance pour

Archipel

Cet archipel se compose de plusieurs lies dont trois sont des découvertes récentes. Presque tous ses habitans ressemblent à ceux de l'archipel de Tahiti , et un grand nombre a déjà embrassé le christianisme. Voici ses iles les plus remarquables :

MANAIA (Mangea, Mangia) qui est la principale de tout l'archipel ; elle est soumise à un chef. C'est une des plus peuplées.

AT10U (Watiou ou Wateo), une des plus importantes et des plus peuplées. Son chef domine sur les iles de Mittiero et de Maouti. On prétend que

Groupe de

Nous proposons de comprendre sous cette dénomination cinq iles hautes et à de grandes distances les unes des autres, situées au sud de l'archipel de la Société ou de Tahiti. Leurs habitans ressemblent beaucoup aux Tahitiens. Ces iles sont :

jirchipel

Cet archipel, que quelques géographes anglais appellent îles de la Société et îles de Georges, est le plus connu, le plus visité par les Européens, et après les Mariannes le premier qui ait renoncé à l'idolâtrie. Depuis 1815, tous ses habitans ont embrassé le christianisme apporté par des missionnaires anglicans, lis sont très avancés dans la civilisation, surtout ceux de Tahiti, de Raiatera, d'Huahiné etd'Eimeo, où l'on a établi depuis plusieurs années des écoles et même des imprimeries. Les missionnaires y avaient fondé V Académie de la mer du Sudy où leurs enfans et quelques jeunes naturels recevaient une éducation supérieure ; cet éta~

chipel , et une des plus grandes de la Polynésie. OPOULOU (Oyalava; Outonah),la deuxième pour l'étendue -, La Pérouse y vit un village si important qu'il le prit pour une ville. TOUTOUILA (Maouna), presque aussi grande que Oyalava ; on y trouve la Baie du Massacre , ainsi nommée , parce que c'est le lieu où Delangle et Lamanon avec neuf matelots de l'équipage de La Pérouse furent massacrés par ses féroces habitans. FAIN< FOLE (Omanouan), très petite mais très peuplée. ROSE , la plus orientale de l'Archipel , très basse et dangereuse.

Kermadec.

être regardés comme en dépendant géographiquement. Cestroisiles sont Curtis qui parait être la plus grande, Macaulat, et Raoul qui a un volcan.

de Cook.

ces insulaires, après avoir embrassé le christianisme , sont redevenus idolâtres.

ATTOLON DE MANOUAY (ilesHervey).dontlps habitans offrent la singularité de ne pas se tatouer.

AITOUTATÉ (Whitoutacké), la plus septentrionale. Autrefois ses habitans étaient anthropophages. RAROTONGA (Rarotoa); c'est la plus méridionale de tout l'archipel ; elle est haute et bien peuplée. Son chef, nommé Maké, est chrétien ainsi que beaucoup de ses sujets. Ils sont aussi civilisés que les Tahitiens.

MITTIERO et MAOUTI sont petites et basses , elles dépendent d'Atiou.

Toubouai.

TOUBOU AI qui seule a un port; ROUROTJ- TOU (Ohiteroa) ; RIM ATARA dont tous les habitans ont été convertis au christianisme par des missionnaires tahitiens; RAIVA- VAE ; et ROUTOUI connue seulement par les rapports des naturels des autres îles.

de Tahiti.

blissement est aujourd'hui abandonné. On y a publié une traduction de la Bible et plusieurs ouvrages ascétiques et d'instruction élémentaire.

Soumis naguère presque tout entier à Pomaré If, cet archipel est actuellement partagé entre plu sieurs chefs, qui reconnaissent cependant la suzeraineté delà reine de Tahiti. Pour compléter ce que nous avons dit dans la géographie générale de laPolynésie, nous ajouterons que l'agriculture et le commerce y ont fait de grands progrès. Les négocians de Tahiti possèdent déjà quelques navires construits sur les chantiers d'Eimeo , employés alternativement à la pèche des perles dans l'archipel de Pomotou , et à transporter les produits de leur sol à Woahou (Sandwich), au Chili, à la côte nord-ouest de l'Amérique et jusqu'à la

POLYNESIE ou OCEANIE ORIENTALE.

Chine. Les Anglais et les Anglo-Américains y ont établi des consuls pour proléger leurs marins et les nombreux Européens qui s'y sont fixés. Sur la demande de la reine de Tahiti, la France, en 1842, a accordée son protectorat aux iles de la Société , qui, avant peu, seront probablement des possessions françaises. Près de 300 navires abordent tous les ans dans les ports de cet archipel. Voici les îles principales qui le composent :

TAHITI (0 Tahiti; Sagittaria de Quiros ;Nouvelle-Cythère de Bougainville). C'est de beaucoup la plus grande de toutes, et une des plus étendues de la Polynésie, dont elle possède la plus haute montagne après les pics de l'île Hawaii. Pari (Paré), Papao (Papava), Matavaè (Matavai); Papéiti, Papara, Aitipeha, sont les lieux les plus remarquables; ils tirent tous leur importance de leurs mouillages. Cette île forme , avec celles de Tethuroa (Tethoroa) et û'Eimeo, le royaume de Tahiti, régi actuellement par Aimala , sœur de Pomaré III , décédé en 1827.

TETHUROA est composée de cinq îlots bas nommés Rimatou, Onehoa, Motouroua, Hoatere et Reiona, enfermés dans un rescif ; elle est renommée dans tout l'archipel par sa salubrité devenue proverbiale ; c'est le Margate des Tahitiens, qui, dit M. Beechey, vont y rétablir leur santé délabrée et prendre les bains. Il parait, par la relation du voyage de ce savant marin , que plusieurs des îles de l'archipel Pomotou, et entre autres le Groupe de la Chaîne (Chain-Island,Annaa) , sont tributaires du roi de Tahiti.

EIMEO (Moorea), malgré sa petitesse, est un des points les plus importons de toute la

Archipel Paumotou

Ce vaste groupe d'Iles comprend nonseulement toutes les lies des trois archipels nommés par plusieurs marins et géographes archipel Dangereux , de la Mer-Mauvaise et archipel Méridional, mais aussi un grand nombre d'autres îles découvertes depuis quelques années, et qui remplissent les intervalles qui séparaient les trois archipels susmentionnés. Toutes ces îles sont très basses et offrent plutôt des attolons d'îlots que des îles proprement dites; quelques-unes présentent des formes bizarres qui leur ont valu les noms de VArc, de la Chaîne, de la Harpe, etc. Plusieurs sont entièrement désertes , et les autres ont une population très faible. Les habitans du plus grand nombre ressemblent beaucoup à ceux de l'archipel de Tahiti (de la Société), sans être aussi avancés dans la civilisation, et sans avoir la douceur de leur caractère. Plusieurs sont anthropophages. Voici les attolons ou attoles et les lies les plus remarquables dont se compose cet archipel.

L'ATTOLON de LAZAREFF. C'est le plus occidental ; H n'a pasd'habitans.

Polynésie par sa fertilité, ses paysages, ses deux beaux ports, par sa fabrique de cotonnades, pai son atelier de charpente, et par le collège que les missionnaires y avaient établi. Cette île a un des plus hauts pics de la Polynésie.

MAITEA (Dezena de Quiros; Osnabruck de Wallis; le Boudoir ou le Pic de la Boudeuse de bougainville), petite, haute et d'un aspect agréable: les huîtres perlifères abondent sur ses côtes.

HUAHINE, avec un bon port et de hautes montagnes volcaniques, et TABOUAI-MANOU , peu importante, sont soumises au roi Hautia.

RAIATEA ou ULIETEA , une des principales , assez bien peuplée ; elle dépend du roi Tamatoa, Ses habitans sont très civilisés ; elle a de fort bons ports.

TAHAA (Otaha) , soumise au roi Tenuapeha, est entourée par le même rescif que Raiatea. Cerescil laisse des ouvertures qui conduisent dans ses ports et forment presque un attole.

BORABORA , petite mais une des plus belles de l'archipel , dont elle possède le meilleur port . nommé Vaitapé. Elle a une haute montagne très escarpée. Cette île , entourée par un attole , est partagée entre deux chefs nommés Mai et Te Faora.

MAUPITI (Maurua) dépend du chef Taero, et est remarquable par son pic ; elle a un port pour de petits navires ; elle est peu peuplée et entourée par un attole.

TUBAI (Moutou-iti). C'est la plus septentrionale ; elle est aussi poissonneuse, et composée d'Ilots très bas et boisés.

ou des Iles-Basses.

L'ATTOLON DES MOUCHES (Viiegen) ; c'est le plus grand.

L'ILE AURORA (Matlio, Matia). En 1803, ses habitans étaient vassaux du roi de Tahiti.

Le GROUPE DE PALISSER. C'est un des plus grands; il est subdivisé en quatre attolons, dont le troisième est le seul qui soit habité.

Le GROUPE DU ROI GEORGE (Zunder-Grond), où se trouvent deux attolons, Tioukea, le plus grand, et Oura, le plus petit. Dans les parages de Tioukea, on fait la pèche des perles. Les habitans de cette île , quoique ayant embrassé le christianisme , paraissent être encore anthropophages ; du moins c'est ce qui résulte du récit, fait par le capitaine Beechey, de la prise du brick anglais le Dragon ; ils paraissent être tributaires du royaume de Tahiti.

Les ATTOLONS DE WITGENSTEIN et de PHILIPSjl'ATTOLON DELA CHAINE (Chain-Islands, Annaa) ; le caractère entreprenant et maraudeur de ses habitans peut , dit le capitaine Beechey, les faire regarder comme les boucaniers de cette partie de l'Océanie. 11 parait qu'eux aussi sont vassaux du royaume de Tahiti.

L'ATTOLON DU DÉSAPPOINTEMENT ; c'est le plus septentrional.

L'ATTOLON D'HONDEN , vers le nord-est ; c'est le plus isolé dans cette direction.

L'ATTOLON DFS DEUX GROUPES ( Two groups). 76>

OCEAME.

Les ATTOLONSDE LA HARPE (Bow ; Heyou), de GLOUCESTER (Toui-toui), et de la REINE CHARLOTTE. Celui de la Harpe est remarquable par la pèche des perles qu'on fait dans ses parages-, ses habitans, naguère encore, étaient anthropophages.

Les ATTOLONS D'EGMONT, des QUATRE FA- CARDINS et du NARCISSO . Les habitans des deux derniers sont très inhospitaliers et sauvages.

L'ATTOLON DE MI1NERVA, qui correspond

aux îles de CLERMONT-TONNERRE - il a été visité pour la première fois , par le capitaine Duperrey. Ses habitans, que M. Beechey n'estime qu'à2ooJ sont très mélangés, et semblent descendre de plusieurs races différentes.

L'ATTOLON D'OSNABRUCK; le plus méridional. L'ATTOLON DE HOOD, le plus oriental.

L'ATTOLON MELVILLE , découvert par le capitaine Beechey.

Archipel de Mendana.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination , qui rappelle le nom de celui qui les découvrit , les deux groupes connus sous les noms de Marquises et Washington. Ces lies sont situées au nord de l'archipel de Paumotou. Leurs habitans se distinguent par la beauté de leurs formes et la blancheur de leur teint, quoiqu'on ait exagéré beaucoup trop l'une et l'autre. Ces insulaires ont la réputation d'être de mauvais navigateurs, et sont de cruels anthropophages, qui font souvent la guerre pour avoir des ennemis à manger. Ils sont soumis à plusieurs chefs indépendans les uns des autres; nie de Noukahiva paraît être partagée entre six. La France vient de prendre possession de cet archipel. Déjà deux établissemens ont été formés dans les lies de la Tahouata et de Noukahiva. 11 paraît que cet archipel , dont la surface est évaluée à 376 milles carrés (1,289 kil.) par M. Vincendon Dumoulin, et la population à 20,000 âmes, formera une division des possessions françaises dansl'Océanie, dont le siège du gouvernement sera fixé dans l'île de Tahiti. Eu égard aux époques différentes de la découverte des îles de cet archipel, nous le subdiviserons dans les deux groupes suivans :

groupe DES marquises (Marquesas de Men-

dana). Il comprend les îles découvertes par Mendana , dont les principales sont :

FATOUH1VA (Magdalena) -, c'est la plus méridionale du groupe et de tout l'archipel.

TAHOUATA (Santa-Christina) ; c'est la plus fréquentée par les navigateurs , à cause de la belle baie Waïtahou (Madré de Dios de Mendana) ; les Français y ont élevé un fort et formé un établissement.

H1VA-OA (Sanla-Dominica, Oevahoa) ; c'est la plus grande et la plus fertile de tout l'archipel, et ia plus peuplée après Noukahiva ; elle a des montagnes assez élevées.

groupe de Washington . Il comprend les îles découvertes dans la même année par Ingraham et Marchand ; ses îles principales sont:

OUAPOU (Adams d'Ingraham-, Travenion de Marchand); elle est couverte d'une végétation admirable , et dominée par un grand nombre de pics basaltiques, très extraordinaires par leurs formes élancées, qui les font ressembler à autant d'obélisques ou aux clochers aigus des églises du moyen âge.

HOUA-HOUNA (Ouahouga, Washington); c'est la sixième de tout l'archipel pour l'étendue ; elle est couverte de montagnes et d'une belle végétation.

NOUKAHIVA (Fédéra l-ls land âLlngrhaam; lie Beaux de Marchand). C'est la première pour la population et la seconde pour l'étendue de tout, l'archipel ; elle a trois baies superbes : celle de Taio-hae {Anna-Maria de Hergest; Massachusetls-Bayde Porter) est, dit M. Vincendon Dumoulin , un port fortifié par la nature , susceptible de devenir inexpugnable. Les Français viennent d'y construire le Fort-Collet.

Archipel de Hawaii.

Situé près du tropique du Cancer et à une grande distance au nord-ouest du précédent, cet archipel, connu depuis longtemps sous le nom de Sandwich , parait être destiné à jouer un grand rôle par la bonté de ses ports, par le caractère entreprenant de ses habitans et par la position qu'il occupe sur le grand chemin maritime qui unit les trois mondes. Les Hawaiiens possèdent une flottille assez bien montée et une petite marine marchande ; ils font des voyages à la côte Nord-Ouest d'Amérique, au Kamtchatka,

à Canton, et visitent quelques ports de l'Océanie. On doit même ajouter que depuis plus de trente années le gouvernement d'Hawaii a fait, par l'intermédiaire des Anglo-Américains et des Anglais, le commerce du bois de sandalavec la Chine. C'est même à cet arbre précieux qu'il faut rapporter la civilisation actuelle de ces îles ; mais cette source de prospérité parait s'épuiser rapidement, et rien ne semble devoir la remplacer. Les 200 Européens établis parmi ces insulaires y ont introduit les arts les plus indispensables à l'état so-

POLYNESIE ou OCEANIE ORIENTALE.

cial ; les maisons du roi et des prirfcipaux chefs sont meublées à l'européenne , et quelques-unes même avec luxe. Le port de Hanarourou, dans l'île Woahou, station de leurs bâtimens de guerre, est défendu par un fort garni de 30 canons. Les missionnaires anglo-américains , arrivés à Hawaii (Owhyhee) en 1820, ont converti un grand nombre de ses habitans ; ils ont ouvert des écoles qui, en 1826, étaient fréquentées par plus de îooo enfans, et y ont établi une typographie où l'on a imprimé des livres ascétiques et d'instruction élémentaire écrits dans l'idiome de Hawaii. Le nombre des écoliers monte actuellement à plusieurs milliers. Il y a eu aussi dans ces îles des missionnaires catholiques français, qui y ont fait des conversions. Depuis 1784 jusqu'en 1819 tout cet archipel fut soumis au célèbre Tamehameha Ier (Tamahamah) , que les navigateurs anglais nomment V Alfred et le Pierre Ier de l'Océanie. A sa mort, son pouvoir passa entre les mains de son fils Riho-Riho ou Tamehameha II ; c'est lui qui détruisit l'idolâtrie et le terrible tabou. Krimakou, son favori et son premier ministre, réussit à s'emparer du fort bâti par les Russes dans l'île d'Atoui, dont le roi tributaire, comptant sur la protection de ces derniers, s'était révolté ; il fit prisonnier Timouri et le fit noyer. Riho- Riho ayant entrepris le voyage de Londres, pour implorer la protection du roi, dont il reconnaissait que son royaume était vassal depuis la déclaration faite par son prédécesseur à Vancouver, y mourut avec sa femme en 1824. Kauikéouli lui succéda sous le nom de Tamehameha III ; il sait lire et écrire sa langue, parle un peu l'anglais et, sait quelques mots d'espagnol.

Depuis la mort de Tamehameha Ier, le siège du gouvernement a toujours été à Hanarourou, dans l'île de Woahou. La marine du gouvernement se compose de 4 bricks de 120 à 160 tonneaux et de 7 petites goélettes; aucun de ces bâtimens n'est armé. Les bricks, dit M. Morineau, sont commandés par des Anglo-Américains, et font ordinairement (le plus souvent pour leur compte) la navigation de la côte Nord-Ouest et des Caliïornies.

Des goëlêttes montées par des naturels du pays font le cabotage d'une île à l'autre sans donner de bénéfices , souvent même sans aucun but d'utilité. Les marins n'ont point de solde ; seulement on

leur distribue de temps à autre quelques pièces de nankin. Le roi, en temps ordinaire, n'a d'autres troupes actives que sa garde, composée d'une vingtaine d'hommes des dernières classes, nus ou vêtus de quelques lambeaux d'uniformes, armés de mauvais fusils. Il y a un arsenal, magasin rempli de fusils et autres armes en assez grande quantité : les États-Unis d'Amérique depuis 1821 , l'Angleterre depuis 1824, et la France,, ont des consuls auprès du gouvernement d'Hawaii.

Voici les îles principales de cet archipel :

HAWAII (Owhyhee, Ovaihi, Oaihé) où le capitaine Cook fut tué parles naturels, le 14 lévrier 1779. C'est la plus grande non-seulement de l'Archipel, mais aussi de toute la Polynésie. On y trouve : Kouai-Hai , ancienne résidence favorite deTame hameha Ier. On récolte une immense quantité de sel sur les étangs de son voisinage; elle a beaucoup perdu depuis qu'elle a cessé d'être la capitale dM royaume. Kaï-Roua, résidence habituelle du gouverneur de l'île ; un fort régulier domine la ville et la rade ; c'est un des lieux les plus peuplés de l'archipel. Karakakoua, gros village sur la baie de ce nom, avec une maison royale et environ 3,000 habitans. Tiah-Tatoua, autre gros village, avec une autre maison royale et un fort. C'est dans cette île que les Anglais ont établi un consul. Le bon port de Whytea a été découvert il y a quelques années sur la côte orientale ; celte île est aussi remarquable par ses hautes montagnes Mouna-Koha, Mouna-Roa et Mouna-Vororay. Nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot des heiaus ou lieux de sacrifice qu'on trouve dans cette île, parce qu'ils paraissent être les constructions les plus remarquables de toute la Polynésie; ils sont bâtis en lave. Voici la description de celui de Bukohola, situé surune éminence dans le district de Towaihae : il ressemble à uue forteresse démantelée ; sa forme, dit M. Ellis, est celle d'un parallélogramme irrégulier, et il a 224 pieds de longueur sur 100 de large. Les murailles, toutes construites en pierre, ont vingt pieds d'élévation, sur six de largeur à leur sommet, et près du double il leur base-, du côté de la mer elles n'ont que sept à huit pieds de haut, et sont épaisses en proportion; la terrasse supérieure est pavée de pierres plates et unies. Dans une petite cour délia parti», méridionale de l'édifice se trouvait l'idole principale au milieu de plusieurs divinités d'un ordre inférieur. Le prêtre, son organe, se plaçait dans un arus . espèce de cage en forme d'obélisque. A l'extérieur et à l'entrée de celte cour, on voyait le rore ou autel sur lequel s'offraient les sacrifices. Vers le milieu de la terrasse s'élevait la maisoïi sacrée du roi, dans laquelle il se tenait pendant la saison de la stricte observance du tabou, et a l'extrémité septentrionale il y avait des maisons pour les prêtres. On avait pratiqué dans les murs de cetle terrasse, et dans ceux des terrasses inférieures, des niches pour les idoles en bois. Ce tem-

OCEANIE.

pie fut érigé par Tamehameha , il y a environ trente-cinq ans. Onze victimes humaines furent sacrifiées le jour de son inauguration, à Tairi le dieu de la guerre. A Buapua, on voyait aussi un autre heiau appelé Kauaik ahaora; il avait 150 pieds de long sur 70 de large. Le missionnaire M. Ellis et ses confrères, ont vu d'autres heiaus remarquables et plus ou moins bien conservés. Dans celte même île il y avait deux pohounas ou lieux de refuge, qui rappellent une institution semblable chez les Hébreux et chez plusieurs autres peuples de l'Asie. Le Pohouna, nommé Honau-Nau , aux environs de Hare-Keave près «lu bord de la mer, a 715 pieds de long sur404 de large, et est entouré de murs de 12 pieds de haut sur 15 de large, excepté du côté du rivage, où il n'y n qu'une palissade fort basse. Ces lieux de refuge étaient des asiles inviolables pour le criminel fugitif ou l'ennemi vaincu, et pour les vieillards, les femmes et les enfans, en l'absence des guerriers. Les prêtres qui y résidaient faisaient périr tous ceux qui avaient le malheur d'offenser l'esprit de Keave.

MAOUV1 (Movri) , où se trouvent les baies de Macrrerray et de Raheina. C'est la plus grande après Hawaii et une des plus peuplées. MOROTAI (Morotay), petite, peu peuplée et sans port. WOAHOU (Oahu, Ovahou); c'est la quatrième pour l'étendue et la plus importante de tout l'archipel sous le rapport politique et administratil. L'aspect de cette île est vraiment magnifique ; ou l'appelle le jardin des îles Sandwich , parce que tous les fruits des tropiques y sont naturalisés. Hanarourou (Honolulin, petite ville située dans une belle plaine près de la baie de ce nom, avec le meilleur port de l'archipel, est la capitale de ce petit royaume. Deux forts la protègent. L'un , dit M. Morineau , placé sur un petit plateau de la montagne qui fait face au port, est très élevé , et peut battre à îa fois la ville et la rade; il n'est point muré; aucun blanc ne peut en approcher; c'est là qu'on garde le trésor, qui consiste à ce qu'on dit en 200.000 piastres provenant des économies de Tamehameha Il et de 400,000 francs appartenant à la reine son épouse; il contient 32 pièces de 12 et de 18. Le grand fort, construit par Tamehameha, est placé sur le bord de la mer, à l'extrémité sud-est de la ville ; il est muré en terre et a peu de solidité; la batterie est de 50 canons de tout calibre, depuis 4 jusqu'à 32, tous montés sur des affûts de marine. Les rues, sans être alignées, sont régulières et propres; les cases sont construites avec une sorte d'élégance et couvertes en chaume. On y remarque une seule maison en pierre : c'est le palais du roi, qui fut construit en 1824 par deux matelots français , déserteurs du vaisseau le Colosse. Cette résidence , dit M. Morineau , n'a qu'un étage; elle est couverte en bardeaux, et a deux croisées vitrées sur chaque façade, au premier seulement. Le rez-de-chaussée consiste en une grande pièce sans meubles, et sert de caserne aux gardes du jeune prince. Un double escalier extérieur conduit au premier, qui contient trois pièces :1a salle du conseilla chambre à coucher du roi et celle de ses l'avons. Le lit de Kauikéouli

est formé par 40 ou 50 nattes ; ses coussins sont de mousses de fougère. Sur une console, on remarque une jolie pendule française-, à la muraille, quelques gravures de fantaisie, françaises et anglaises , et deux bustes dorés, qui représentent Riho-Riho (Liolio) et Georges IV. Quelques maisons de commerce anglo-américaines se sont établies à Hanarourou et y ont ouvert des magasins où l'on vend tous les produits de l'industrie de leur pays, ainsi que ceux de l'Inde et de la Chine, les meilleurs vins d'Europe, etc., etc. Le capitaine Beechey y trouva deux hôtels, où les étrangers pouvaient se loger commodément et être nourris en payant un dollar par jour ; il y vit aussi dix à douze cabarets où l'on vendait des liqueurs en détail. On y avait établi aussi deux jeux de billard. Les maisons des chefs étaient garnies de tables et de chaises ; celles de la reine avaient des sofas recouverts en soie et en velours. Le jeune roi a un service en argent et plusieurs autres objets de luxe d'un prix très élevé provenant des fabriques de Londres. Comme le port d'Hanarourou est la relâche ordinaire des vaisseaux qui vont et viennent de l'Ancien au Nouveau-Continent à travers le Grand Océan, depuis quelque temps il est fréquenté, et son commerce a pris une assez grande extension. Dans les mois de février, mars et avril, il est rempli de navires baleiniers, qui, expédiés d'Angleterre ou de l'Amérique-du Nord pour les mers de la Chine, viennent faire leur première relâche à Hanarourou, où ils retournent en septembre et octobre passer l'hivernage ou se rafraîchir avant leur départ. Il en est de même des bàtimens de la côte Nord-Ouest et de beaucoup d'autres, attirés par la position et les commodités de ce port. Il n'est pas rare d'y trouver réunis à la fois dans ces mois plus de cinquante bàtimens étrangers. Depuis quelques années, on y a établi un marché où se vendent les denrées destinées à l'approvisionnement des navires. Un petit chef est chargé de prélever pour le roi le dixième du prix de chacun des objets vendus. Il n'y a point de douane à Hanarourou; les bàtimens étrangers paient pour tous droits dans» le port, 50 centimes par tonneau et une piastre par pied de leur tirant d'eau. Le produit de ces droits forme, avec la vente du bois de sandal, la presque totalité des revenus du royaume. Cette petite ville compte environ 6,ooo habitans ; elle possède des chantiers très bien fournis sur lesqnels, comme dans tout autre établissement européen de ce genre, des navires de 150 à 300 tonneaux peuvent être réparés en très peu de temps. On y publie une Gazette en langue nationale, et depuis 1838, sous le titre de Y Observateur Havaïen, une revue trimestrielle qui, parla richesse des renseignemens qu'elle contient, promet de devenir pour la Polynésie ce que le Journal publié par la Société asiatique du Bengale a été pour l'Asie; elle est rédigée parunesociété^TEuropéens. Le roi voyage à cheval, suivi de ses courtisans, de ses gardes et d'une foule de curieux qui vont à pied aussi vite que les chevaux. La reine va en voiture, suivie de sa cour et de ses serviteurs. Lorsque se présente une montagne, on démonte la voiture et les naturels la portent par pièces.

POLYNESIE ou OCEAN IE ORIENTALE.

ATQUI (Atowai, Atooi); c'est la troisième pour 'étendue. Elle a été régie pendant quelque temps par Timouri, qui dominait aussi sur l'île Onihau. lorsqu'elle formait un petit royaume séparé et indépendant, Elle n'a pas de bons ports et est très montueuse.

ONIHAU (Oneehow) est petite, basse et bien peuplée, renommée par ses ignames, ses fruits et ses nattes. Le capitaine Beechey dit que c'est une propriété du roi.

Les îles MO KO Kl N NE, TAHOUROWA, RANAI. ORUIOUA, TAHOURA, sont sans importance et désertes. RANAI seule a des cultures.

On pourrait rattacher à cet archipel comme une DEPENDANCE géographique les bancs etlesîloh dangereux que l'on découvre journellement dans l'ouest-nord-ouest de ses îles principales. Nous citerons : I'Ile aux Oiseaux (Birds-Island); le Banc des Frégates-Fraisçaisks; I'Ile Gardner , les îles Pearl, Hermès et Necker.

Sporades.

Nous comprenons sous cette dénomination, empruntée aux mers de la Grèce, ces lies et ces petits groupes de la Polynésie, qui, dans l'état actuel de la géographie, ne se laissent pas rattacher aux divisions principales de cette partie, du Monde-Maritime, à cause des grands intervalles de mer qui les en séparent. La géographie de presque toutes ces lies est fort arriérée; la plupart sont mal déterminées, et offrent sans aucun doute beaucoup de doubles emplois. Plusieurs manquent d'habitans ; celles qui en ont sont peuplées par des tribus qui appartiennent à la race malaisienne et en offrent les mœurs et les usages. Notre cadre ne nous permettant pas de les nommer toutes, nous nous bornerons à citer les principales, que nous partagerons dans les deux séries suivantes :

SPORADES-BORÉALES , ainsi nommées parce qu'elles sont situées au nord de l'équateur. Les I rincipalessont : Moor et Crespo, qu'on pourrait regarder comme les terres les plus septentrionales du Monde-Maritime. Sérastian-Lopez; San-Bartholomeo, remarquable par son étendue,

SAN-PEDRO; ROYEZ; RASSOS; BaRRADOS ; CaMI-

sares (Smith, Cornwallis); Palmyra ; Fanmng , autrefois habitée; Washington ; Noël (Chrislmas.) SPORADES-AUSTRALES , ainsi nommées parce qn'elles sont situées au sud de l'équateur. Les principales sont : Océan, Pleasant et Schanks , presque sous l'équateur-, Arthur -, Duc d'York, déserte, mais remarquable par son temple rustique; San-Beunardo , qui est peut-être identique avec les Iles lu Danger, dont les habitans sont presque blancs-, Souvaroff; Peregrino-, Penrhyn , très peuplée : ses habitans ressemblent à ceux de l'archipel de Mendana, mais ils ne sont pas tatoués,

Pâques ou Vaïiou, petite, mais remarquable en ce qu'elle est la terre habitée la plus orientale de VOcéanie , et par la civilisation à laquelle devaient être parvenus ses anciens habitans, pour pouvoir tailler et mettre sur des piédestaux les statues colossales vues par Roggewein , Cook et La Pérouse ; ces monumens grossiers, autrefois répandus sur plusieurs points de nie, n'existent plus; le capitaine Kotzebue ne vit plus que le piédestal d'une des deux qui res

taient du temps de Cook ; et le capitaine Beechey ne trouva plus à sa place qu'un tas de ruines. Sala, à l'est de la précédente ; elle est déserte, mais importante parce qu'on la regarde comme l' extrémité du Monde - Maritime du côté de l'Amérique.

Le Groupe de Gambier, que nous séparons de l'archipel de Paumotou ou des Iles-Baioes, avec lequel des géographes modernes le rangent à tort; selon le capitaine Beechey, il se compose de cinq îles hautes et de plusieurs autres beaucoup plus petites; une chaîne d'écueils de corail ceint ces dernières. C'est une des plus belles conquêtes de l'Église Catholique, et, avec l'archipel Mendana, le centre principal de ses missionnaires. Mangareva en est l'île principale. Aokena est remarquable comme résidence du prélat qui porte le titre iïévéque de Nilopolis. Dans l'île Peard , qui est la plus grande, s'élève le Mont Duff. Ses habitans offrent une des tribus les plus mélangées de la Polynésie; ils sont d'une haute taille, mais très inhospitaliers. Ce groupe est d'une grande importance pour les marins, à cause de son pic qui sert à les diriger dans la navigation de ces parages difficiles, par son port qui leur offre un abri, et surtout par Veau d'excellente qualité qu'il peut leur fournir, et que selon M. Beechey on ne trouve nulle part pure depuis la côte du Chili jusqu'à l'île de Tahiti.

l'Ile Pitcairn, élevée et sans port. En décembre 1825 elle était habitée par 64 individus de. cendans de neuf matelots révoltés du navire anglais le Bounly,z\. de 19 indigènes des deux sexes de Tahiti et de Toubouai qu'ils amenèrent avec eux. Ils reconnaissaient pour chefle vieux Smith ou John Adams.leseul desfondateursdela colonie qui fût encore existant : ils souffraient beauconp par suite de disettes imprévues. Transportés il y a quelques années, d'après leur demande, à Tahiti , sur deux navires anglais, cette petite colonie aprè^ nvoir perdu plusieurs individus par une épidémie, retourna dans son île, où en 1812, lorsqu'elle fui visitée par le navire anglais le Curaçao, elle comptait 110 habitans. L'île Pitcairn parait avoir eu des habitans à une époque reculée.

Le Groupe de Bass, composé des ile s Coro nados qui sont désertes, et de Vile Rapa (Oparo), habitée par des insulaires semblables à ceux de Tahiti, mais non tatoués, et convertis au christianisme. Cette île a un bon port nomme Aurai, situé sur sa côte est.

Palmerston , entre l'archipel de Cook et celui des Navigateurs ; elle n'a pas d'habitans; Pomaré M voulait y déporter les condamnés de son Ile. Sac-

OCEANIE.

vage (Savage), habitée par des insulaires féroces, elle est gouvernée par un chef électif qui réside

dont le physique ressemble beaucoup à celui d/s dans le village d'Epipigi-, elle offre des mouil-

iusulaires deTonga; Rotouma (Greenville), au nord lages. Onacuse (Hunter), à l'ouest de l'archipel de

tie l'archipel de Viti (Fidji); c'est la plus impor- Viti. Il parait qu'il existe au sud-est de l'île Rapa

la nte et la plus peuplée de toutes les Sporades ; (Oparo) une île plus grande appelée Manga-Neva

Cette grande division de l'Océanie em- ]>rasse toute la calotte australe comprise filtre le pôle et le 60e parallèle, à l'exception de quelques-unes des Sporades-AniHrctiques, situées à des latitudes beaucoup plus basses. C'est la partie du globe la moins favorisée de la nature : l'hiver y règne perpétuellement; un manteau de neige et de glace en couvre toute l'immense surface. La terre, privée d'arbres et d'arbustes, n'y présente que des lichens et des mousses ; mais en revanche les abîmes de la mer offrent dans quelques parages ces forêts sous-marines formées par le fucus gicjanteus , qu'on peut regarder comme le colosse du règne végétal. D'immenses cétacés, d'innombrables troupeaux de phoques , les loups de mer, si remarquables par leur agilité dans cette classe de lourds animaux , peuplent l'Océan ; îandis que Valbatros, le plus grand oiseau de mer, le corbeau austral ou pétrel géant, le manchot dit aussi ju'/tgoin, aux mœurs aussi singulières que l'aspect, et quelques antres animaux, s'abattent sur ces rives désolées. « C'est un spectacle imposant à observer, dit M . Jacques Arago, que celui de cette zone glacée, où vivent des familles innombrables de poissons, de crustacés , d'oiseaux , de mollusques, comme pour prouver qu'il n'est point un lieu dans l'univers où la puissance de Dieu n'ait fait pénétrer la vie. » On se tromperait cependant beaucoup si l'on croyait ces immenses solitudes sans aucune valeur. Depuis leur découverte, elles ont valu bien des millions aux marins anglais et anglo-américains qui îes ont fréquentées ; et ces pêches, si lointaines et si productives par les précieuses fourrures et par la grande quantité d'huile qu'elles fournissant, sont une excellente école pour les marins des nations maritimes. Voici le peu de détails dans lesquels l'état de la géographie et le cadre resserré de cet abrégé nous permettent d'entrer.

En attendant de nouvelles découvertes, nous proposons de partager toutes ces terres de la manière suivante :

Les TERRES antarctiques proprement dit tes.Ces terres sont situées entre le 45e et le 180* méridiens est de Paris, qui coupent les groupes de Madagascar et de la Tasmanie (Nouvelle-Zélande). En supposant que cet espace immense dont la latitude moyenne serait marquée par le 7o« parallèle., soit tout conligu , il offrirait la plus grande terre australe du globe; on y distinguerait, en allant de l'ouest à l'est: la Terre d'Enderby; la Terre de Kemp; la Terre de Wilkes à la vérité encore contestée, et qui correspond en partie à la Terre de Saerina, découverte par le capitaine Balleny; la Terre Adélie , découverte par l'amiral d'Urville; et la Terre de Victoria. C'est dans cette dernière, la partie qui s'avance le plus vers le pôle, qu'à la latitude de 77° 32e s'élève le majestueux Erebus , le volcan le plus austral du globe, qui esten même temps le point culminant de cet hémisphère, au-delà du 50* parallèle , et une des montagnes ignivomes les plus élevées du monde, dépassant en hauteur les volcans d'Antuco dans le Chili, le pic de Ténériffe dans les Canaries, le Colima dans le Mexique, YElna en Sicile et le Mauna Wororai dans l'archipel de Hawaii. C'est aussi à l'ouest de la Terre Victoria et au sud de la Terre Adélie, que selon M. Vincendon Dumoulin doit se trouver le pôle magnétique austral. Dans les parages de sa côte méridionale est le groupe des Iles Balleny, composé de trois îles ; la plus petite est remarquable par ses deux montagnes ignivomes , dont l'altitude n'est inférieure qu'à celle de PErebus.

La terre de Louis-Philippe , celles de palmer , de la TRINITÉ , de graham et d 'Alexandre , sont de grandes terres peut-être contiguès ; elles se dé veloppen t dans les méridiens . opposés auxTerresAntarctiques proprement dites, au sud de l'extrémité de l'Amérique, et proprement entre le 54e et le 70e à l'ouest de Paris et à la latitude moyenne du cercle polaire austral. Dans les parages de ces terres, on trouve de l'ouest à l'est plusieurs îles dont voici les plus remarquables :

Les Nouvelles-Orcades; les îles principales sont . Pomona (Coronation) , remarquable par ses hautes montagnes, et Laurie (Melvilte).

Le Shetland-Austral ; les îles les plus remarquables sont : Roi- George , Liv ingston etE lép fiant; on doit citer aussi l'ilot Déception pour ses phénomènes volcaniqueset sonport superbe ; et l'ilot Bridge m an, à cause de son

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