PAR M. GUÉRIN DE THIONVILLE
M. Balbi , sachant que depuis longtemps nous nous occupons d'un ouvrage spécial sur les systèmes monétaire et métrique des principaux pays et des principales villes de commerce du globe , nous a prié de lui eu donner un extrait pour sa géographie. Flatté de contribuer, même pour une faible part , à la composition d'un ouvrage aussi important et aussi généralement désiré, nous nous sommes empressé de livrer cet extrait à M. Balbi , et cela avec d'autant plus de plaisir, que nous savions par expérience, combien il lui eût été difficile de réunir à temps les matériaux nécessaires pour l'exécution d'un semblable travail. Ce n'est pas qu'on manque de traités spéciaux ou particuliers sur cette matière ; mais peu sont complets et exacts , et la plupart ne sont plus à la hauteur des recherches modernes , auxquelles on doit aujourd'hui se borner.
Parmi les ouvrages qui jouissent d'une estime générale et méritée, nous avons surtout consulté le Cambiste universel de Keixy, les Tables de réduction des monnaies , poids et mesures de M. Lohmanit , et la troisième édition de l'ouvrage de Chelius, intitulé Mass lund Gewicktsbuch.
Le Cambiste est , comme on sait , le résultat d'une immense opération qui a eu pour but de déterminer, au moyen des étalons respectifs , les rapports des monnaies , des poids et mesures des diverses nations du globe. A cet effet, le gouvernement britannique s'est procuré, par l'intermédiaire de ses consuls, des étalons authentiques et les a fait comparer avec ceux d'Angleterre à la Monnaie de Londres. Ces comparaisons et beaucoup d'autres moins exactes ont été recueillies dans le Cambiste qui , malgré les erreurs qu'il renferme , est souvent un excellent guide.
Le second ouvrage, les Tables de réduction de Lohmaiîn, est vraisemblablement ce que l'on possède de plus complet sur les monnaies. L'auteur a comparé les travaux de ses devanciers , et il les cite tous. Il s'est, en outre , procuré les renseignemens les plus positifs, et les données les plus exactes auprès des autorités et des savans de beaucoup de pays, principalement des nombreux états de l'Allemagne.
L'excellent ouvrage de Chelics renferme des recherches qui se distinguent de toutes [es autres, par la clarté et la précision la plus scrupuleuse. Aussi les travaux de cet auteur sont-ils généralement estimés en Allemagne , où son nom est une des premières autorités en matière de métrologie.
Pour toutes les espèces d'or et d'argent qui ne se trouvent pas dans les documens officiels fournis par l'Administration des monnaies , nous avons suivi les tables des essais faits aux hôtels des monnaies de Paris et de Londres , dans les années 1 8 19 et 1820; et lorsque nous avons été privé de renseignemens , nous avons au moins donné , d'après Lohmann , les taux respectifs auxquels chaque monnaie est reçue dans le pays pour lequel elle est frappée ; c'est ce que nous avions l'intention de faire pour tous les pays , si la place ne nous eût pas manqué. Le même motif nous a encore empêché d'indiquer le poids légal et le titre des monnaies , d'où résulte leur valeur au pair.
Pour les poids et mesures nous avons consulté les ouvrages les plus récens et les travaux des sociétés savantes. A la vérité ces unités sont souvent incertaines et mal définies ; la discussion des opinions des auteurs, leur diversité, les bases douteuses sur lesquelles elles se
fondent sont autant de preuves de la difficulté de donner à cet égard des évaluations exactes. Celles de Chelius nous ont paru mériter le plus de confiance, et nous les avons adoptées pour les poids et pour les mesures de longueur et de capacité de la plupart des états de l'Europe.
Nous avons adopté pour les mesures de longueur des états de l'Italie , les résultats des opérations faites par divers savans italiens , pour déterminer les rapports entre ces mesures et le mètre français. Une partie de ces résultats ont été extraits par M. le baron de Prony, d'ouvrages très étendus, publiés à Turin , à Milan et à Rome , depuis 1800 jusqu'en 181 1.
Quant aux poids et mesures en usage dans les autres parties du monde, nous nous sommes vu contraint de reproduire les évaluations du Cambiste, toutes les fois que nous n'avons pu être éclairé par des documens officiels ou par des Traités spéciaux , tels que les Notices de MM. Tocchi et Dusgale sur les systèmes monétaire et métrique des régences d'Alger et de Tunis.
Forcé de nous restreindre dans d'étroites limites , les tableaux ci-après n'ont dû comprendre que les principaux pays et quelques villes de commerce importantes. Cependant nous n'oublions aucun état, quelque petit qu'il soit , lorsqu'il possède un système monétaire ou métrique qui lui est propre; mais nous ne faisons pas mention des principautés de Valachie , de Moldavie , de Servie, qui, par suite d'une longue domination, ont adopté et conservé les monnaies , poids et mesures de l'empire Ottoman. On peut en dire autant du nouvel état de Grèce sous le rapport des poids et mesures ; quant aux monnaies turques, elles ont été prohibées dans tout le royaume, sous peine de confiscation, la régence ayant décrété, au nom du Roi, en mai iS33, un nouveau système monétaire dont l'unité ou base est la drachme , pièce d'argent du poids brut de 4 grammes , 447 » et contenant 4 grammes, 029, d'argent fin. Nous n'avons négligé, du reste, aucun moyen de nous éclairer, ni épargné aucun soin pour obtenir des documens exacts. Malgré cela , nous avons pu commettre quelques erreurs, et nous recevrons avec reconnaissance les avis qui pourront contribuera perfectionner l'ouvrage dont ces tableaux ne sont que l'extrait succinct.
La partie la plus étendue et la plus complète de notre travail est naturellement l'Europe. Quant aux autres grandes divisions du globe, nous nous sommes borné aux contrées dont les monnaies et les mesures ont été, jusqu'à ce jour, définies avec quelque exactitude : ainsi, pour l'Inde, nous ne donnons que les principaux lieux où les Européens ont formé des établissemens. Malgré les changemens politiques que plusieurs des colonies de l'Amérique ont éprouvés , elles ont conservé, en grande partie les monnaies, poids et mesures que , dans l'origine, elles tenaient de leurs métropoles. Nous ne parlons donc pas des nouveaux états de l'Amérique espagnole , parce que leurs monnaies portent les anciens noms et ont la même valeur que celles d'Espagne. Il en est de même des poids et mesures. Dans les autres colonies , on se sert encore des monnaies, des poids et mesures des nations européennes qui s'y sont primitivement établies. Les monnaies espagnoles y ont généralement cours. Nous en dirons autant des colonies européennes de l'Océanie. Elles font usage des monnaies et mesures des états auxquels elles appartiennent. Les roupies d 'or et d'argent ont aussi cours à Java, et outre les mesures hollandaises, on y emploie, dans les transactions ordinaires, les poids usités à la Chine.
Il ne nous reste plus qu'à parler de la disposition de nos tableaux et de leur but d'utilité.
La première colonne de gauche comprend les noms de pays et de villes , classés par ordre alphabétique , dans chacune des grandes divisions du globe dont ils font partie , et l'indication des monnaies de compte dont les 'valeurs , en argent de France , se trouvent dans la deuxième colonne.
Nous avons consacré une place aux monnaies de compte, parce qu'elles peuvent être considérées, par rapport aux monnaies réelles, comme les poids et mesures par rapport aux marchandises. Elles servent d'étalons pour celles-ci , et forment une unité monétaire dont la valeur est fixe et indépendante des altérations que les monnaies réelles peuvent- subir. D'ailleurs il existe une variété presque incalculable entre les pièces d'argent. Elles ne sont pas seulement établies dans divers pays sur un étalon ou poids arbitraire , mais même , dans bien des états, elles sont frappées à différens poids et à divers titres. Il faut ajouter à cela qu'en beaucoup de pays les monnaies d'argent ne valent pas ce qu'elles annoncent. Dans d'autres lieux , on compte en monnaies qui n'existent plus, ou qui, même, n'ont jamais
existé. Il est donc important desavoir comment on lient les comptes dans ces endroits , comment les monnaies de compte s'y divisent, et dans quels rapports elles sont avec les monnaies effectives.
Les troisième, quatrième et cinquième colonnes contiennent les monnaies réelles d'or et d'argent et leurs valeurs au pair en argent de France. On y trouve l'évaluation des anciennes monnaies de divers pays , que nous n'avons pas cru devoir omettre, parce que beaucoup de ces monnaies sont encore aujourd'hui en circulation.
Enfin la sixième colonne comprend la dénomination et les subdivisions des unités principales des poids et mesures des pays étrangers, et les colonnes suivantes leurs rapports aux nouvelles unités métriques françaises. La partie placée à gauche delà virgule représente les unités entières du rapport en mesures françaises ; la partie de droite ou partie décimale est presque toujours calculée jusqu'aux millionièmes. C'est ainsi que l'on trouve que le gallon impérial d'Angleterre égale 4 litres 543,457 millionièmes de litre, ou 4 litres 5 décilitres , ou 54 centilitres 543 millilitres, etc., suivant l'exactitude plus ou moins rigoureuse à laquelle on veut porter le rapport.
Quoique nous n'ayons indiqué que les rapports des monnaies et mesures à celles de France, on peut toujours, au moyen d'une simple division, comparer entre elles deux de ces premières. Si l'on veut savoir combien la livre de Vienne fait en livres, poids nouveau, de Prusse , on trouve dans la septième colonne (celle des poids) que la livre commerciale de Vienne pèse o,56oon kilogr. et celle de Prusse 0,467711. Divisant la première valeur par la seconde, c'est-à-dire l'unité de poids à réduire par V unité qu'on veut trouver, on a au quotient 1,197344 livre de Prusse pour le poids équivalent à la livre de Vienne. On peut, en opérant de cette manière, comparer entre elles toutes les autres mesures. Il en est de même pour les monnaies.
Nous avons été obligé d'employer le signe — pour indiquer les subdivisions des unités principales de poids et mesures. Ainsi au lieu de dire pour l'ancien pied de France, par exemple: le pied se divise en 12 pouces, le pouce en 12 lignes, la ligne en 12 points, ce qui eût été plus exact , nous écrivons pour abréger et pour économiser la place : pied— 1 2 pouces zzr 144 lignes — 1728 points.
Pour satisfaire au désir de M. Balbi, nous avons ajouté à ce travail ? un Tableau qui comprend les principales monnaies et mesures de l'antiquité, avec leur comparaison aux unités françaises. Nous avons consulté à cet égard l'ouvrage de M. Letronne , intitule. Considérations générales sur l'évaluation des monnaies grecques et romaines , et l'ouvrage de Wurm : De mensuris , pondérions , nummis , etc. , Grœcorum et Romanorum. Comme notre but n'a pas été d'exposer , dans ce tableau, toutes les évaluations des différens auteurs qui ont écrit sur les monnaies et les mesures de l'antiquité, on n'y trouvera que celles qui sont le plus généralement admises par les savans.
De nombreux renseignemens survenus pendant l'impression sont réunis dans un Supplément placé après les Monnaies et Mesures de l'antiquité; on peut y recourir toutes les fois qu'on ne trouve pas ce que l'on cherche dans les premiers tableaux.
7 yîJjLE A (J comparatif des Monnaies et des Poids et
=Eorop e ,
MONNAIES
MONNAIES DE COMPTE
D E NOMINATIONS ET SUBDIVISIONS
VALEUR
en argent de France.
MONNAIES REELLES
DENOMINATIONS.
VALEUR
au pair en argmt de France.
Âsonûres.
Toute la Grande-Bretagne compte en livns, shillings, pence et farthings , qui forment ce qu'on appelle monnaie sterling cm monnaie anglaise.
Dana les monnaies réelle» ainsi que dans les monnaies de compte, 4 farthings = i penny; 12 pence = 1 shilling, et 20 shillings = 1 livre sterling.