DE L'EUROPE
avait au Férol, à Cadix et à Carthagène 12 vaisseaux de ligne, 19 frégates et 30 bâtimens inférieurs; mais aucun d'eux, selon le rapport fait aux cortès d’Espague par le ministre de la marine, n’était en état de tenir la mer. Dans la même année, la flotte portugaise offrait un spectacle non moins déplorable. Quelques années de station dans les bassins anglais suffirent pour détruire presque entièrement la raagnifique flotte danoise dont l'Angleterre s’est emparée en 1807, lors du bombardement de Copenhague. C’est apparemment à cause du mauvais élat auquel se trouvent réduits presque tous les bâtimens de la marine militaire anglo-américaine sur les lacs, qu’il n’en est jamais fait mention dans les différens rapports au congrès, publiés dans les journaux. Selon le capitaine Trant, la flotie ottomane, quoique encore assez nombreuse et possédant même un des plus grands vaisseaux de guerre qui existent, est en mauvais état ; plusieurs de ses gros bâtimens sont incapables de tenir la mer.
La flotte du vice-roi d'Egypte se compose au contraire de navires aussi remarquables par la beauté de leur construction que par leur force; nous avons dit alleurs les motifs qui nous ont engagé à la réunir à la flotte ottomane. Tous les faits incontestabies que nous venons de citer prouvent combien il serait important d’indiquer l’âge des bâtimens de guerre dans tous les tableaux statistiques généraux des forces navales. Nous ne croyons cependant pas qu'aucun auteur lait fait Jusqu'à présent.
Malgré notre correspondance très étendue, il ne nous a pas été possible de nous procurer ces quatre élémens sur tous les navires qui composaient les marines existant au 1°" janvier 1827. Ne pouvant omettre dans la Balance cet élément principal de la force des états, et devant le présenter autant que possible de manière que la flotte d’une puissance soit comparable à celle des autres, nous avons pensé qu’une classification qui ne s’éloignerait pas beaucoup de celle qui est adoptée par les marins, quoique modifiée de manière à laisser moins de vague dans la qualification de la force des navires, serait celle qui offrirait le moins d’inconvéniens. Nous avons en conséquence rangé tous les bâtimens de chaque état dans les trois classes suivantes : dans la
première, sous la dénomination de vaisseaux de dègne, tous les navires audessus de 50 canons ; dans la seconde, destinée aux frégates, tous ceux de 38 à 50 ; et nous avons réservé pour la troisième, composée des bdfimens inférieurs, tous les navires au-dessous de 38 canons. Par des raisons qu'il serait trop long d’exposer ici, on a exclu de cette dernière toutes les chalaupes canonnières; on a cru cependant devoir faire une exception pour les canonnières pontées de la Suède, à cause de leur importance, et parce que leur construction particulière pourrait presque autoriser à les regarder comme des bricks. Nous rappellerons à ce sujet que la Suède, la Russie, le Danemark et la Norwège sont les étais qui possèdent actuellement le plu. grand nombre de ces bâtimens de guerre; la première n’a pas moins de 200 canonnieres découvertes et 100 chaloupes canonnières; la Norwège en compte 105 de diverses grandeurs; la Russie 121 et le Danemark 80. La différence énorme entre le xombre nominal des canons dont un bâtiment angloaméricain est armé et le nombre réel, nous a engagé à ranger dans nos trois elasses tous les bâtimens de la marine militaire des Etats-Unis d’après le nombre de canons indiqué par les documens que nous avons été assez heureux pour nous procurer. C’est ce qui fait que le nombre de vaisseaux, de frégates et de bâtimens inférieurs que nous assignons à l'Union, diffère sensiblement des nombres correspondans qu’on trouve dans les documens officiels. La même remarue doit s’étendre aux flottes anglaise et rançaise. Mais dans celles-ci, de même que dans les flottes de toutes les autres puissances maritimes, nous ne nous sommes permis aucune modification sur le nombre de canons indiqué dans les états officiels, parce que, comme nous l’avons vu, la difference est assez petite pour pouvoir être négligée. Malgré cela notre classification a fait disparaître toutes les frégates de la flotte francaise, parce que le nombre de leurs canons nous a obligé de les ranger avec les vaisseaux de ligne.
En suivant la classification adoptée en France et dans d’autres pays, la flotte de cette monarchie se composait, au 1°" janvier 1827, de 69 vaisseaux de ligne, 51 frégates et de 213 bâtimens inférieurs ;
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dans le tableau nous avons mis 110 vaisseaux de ligne, 0 frégates et 213 bâtimens inférieurs. Cette remarque doit s'étendre aussi à la flotte grecque.
Mais il y a deux autres circonstances relatives aux forces navales des états, qu’il ue faut pas négliger lorsqu’on veut dresser un tableau général; nous voulons parler des vaisseaux en activité et des vaisseaux en construction. Bien des géographes et plusieurs statisticiens ont cru à tort devoir exclure de l'évaluation des forces maritimes des états, non-seulement tous les navires qui sont encore en construction , mais mème tous ceux qui étant depuis long-temps achevés ne sont pas en activité de service, quel que soit d’ailleurs l’état où ils se trouvent.
Notre manière de voir a été entièrement différente. Les vaisseaux de guerre, nous sommes-nous dit, coûtent des sommes immenses à l’état, et leur construction exige un temps très considérable. Dès qu'ils sont capables de servir , ou seulement susceptibles d’être mis en activité par des réparations, qu’ils soient armés ou non, ils constituent toujours des ressources militaires d’une haute importance qui existent en effet et dont le gouvernement peut disposer. Nous devons donc en tenir compte et les ranger tous dans la colonne que le nombre des canons leur assigne. Nous n’avons pas été les. seuls à penser de la sorte, puisque c’est d’après cette base que plusieurs auteurs et un grand nombre de journaux ont évalué et évaluent encore le matériel des flottes de quelques états. C’est ainsi, par exemple, que sur les 12 vaisseaux de ligne et 15 frégates dont la construction a été décrétée en 1816 par le congrès des Etats- Unis , sept vaisseaux seulement et quatre frégates avaient été lancés à l’eau jusqu’à la fin de 1826; tous les autres bâtimens étaient encore sur les chantiers et bien loin d’être achevés. Néanmoins presque tous les voyageurs, les journaux d’'Europe et même ceux d'Amérique s’accordaient alors à parler de la flotte des Etats-Unis comme si elle eût été tout en état de mettre à la voile, Mais l’emploi différent que les puissances maritimes font du matériel de leurs flottes offre des différences bien plus grandes dans l'évaluation de leurs forces respectives , si l’on ne fait pas attention à cette circonstance qui est majeure pour le géo-
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graphe et le statisticien. La marine militaire anglaise, composée en 1814 de 1054 bâtimens, dont 261 vaisseaux de ligne et 264 frégates , montés par 171,549 hommes, ne comptait déjà en 1816 en service effectif que 281 bâtimens, dont 41 vaisseaux de ligne, 13 de 44 à 50 canons, 63 frégates et 164 autres bâtimens infé-
rieurs. Le tableau suivant offre les différences énormes que présentait la flotte anglaise vers la fin de décembre 1826, considérée dans trois circonstances diverses , savoir : bélimens en commission (in commission); bétimens dans les stations ordinaires (in ordinary) et bâtimens en construction.