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celles, qui depuis des siècles ensanglantent les rives du Gange, lorsque les Hindous célèbrent le courrack-pouja. Nous citerons entre autres la grande danse de médecine ou de pénilence , célébrée tous les ans au mois de juillet par les Minetares , qui habitent le long du Missouri. Dans cette fête horrible, on voit les pénitens se mutiler, ou prier leurs prètres de leur enlever avec un couteau des morceaux de chair ; l’un fait enlever sa peau par bandes; un autre veut que la coupure soit en forme de croissant ; un troisième se fait percer l'épaule et y fait passer une courroie qui traine par terre et à laquelle est attachée une tête de bison ; d’autres encore se percent de flèches les parties musculeuses des bras , des jambes, et même du corps. Les malheureux qui se mutilent ainsi par pénitence chantent ou se lamentent, mais sans se plaindre des tortures qu’ils subissent voontairement. Les Mbayas , les Guanas , les Payaguas et autres nations du Paraguay , célèbrent une fête non moins cruelle. Les hommes se pinceat les uns les autres aux bras, aux cuisses et aux jambes, en saisissant avec leurs doigts le plus de chair qu’ils peuvent, et ils percent d’outre en outre ce qu’ils ont pincé, avec un éclat de bois ou une très grosse arêle de raie. Ils se répètent de temps en temps cette opération jusqu’à la fin du jour, de manière qu’ils se trouvent tous lardés de la même façon et de pouce en pouce sur les deux cuisses, les deux jambes et les deux bras depuis le poignet jusqu’à l’épaule. On ne tinirait jamais si l’on voulait mentionner toutes les extravagances et toutes les bizarreries cruelles enfantées par l’ignoranceet la superstition chez les peuples indigènes de cette partie du monde.
Le CHRISTIANISME, qui étend sa bienfaisante influence sur tout le Nouveau- Monde, depuis les terres Arctiques jusqu’au-delà des confins de la Patagonie , offre les subdivisions suivantes : l’E-
lise Catholique est dominante dans l’empire du Brésil et dans toute PAmérique ci-devant Espagnole, par consé-
iquent dans tous les nouveaux états qui se sont élevés sur les débris des colonies fondées par les Espagnols , et que nous avons indiqués à l’article Division pohtique. Mais il faut avouer que dans quelques villages éloignés des grandes
villes du Mexique, de la Colombie, du Pérou, etc., lesindigènes conservent leurs anciennes idoles à côté des saints que les prêtres espagnols leur ont apportés; ces gens superstitieux couronnent encore de fleurs les objets de l’ancien culte, et leur adressent de préférence des prières secrètes; on assure qu'en quelques endroits l’adoration même du soleil à son lever est pratiquée en vachette. La religion catholique est aussi celle que professent les habitans de la république d'Haïti, ceux du Bas-Canada, des iles Trinité, Ste-Lucie, Tabago et d’autres parties de l’Amérique-Anglaise, ainsi que d’une portion considérable des Etats-Unis , surtout du Maryland et de la Louisiane. Les ZEglises Episcopale où Anglicane, Presbytérienne, Réformée et Luthérienne dominent dans les Etats-Unis et dans l’Amérique-Anglaise.
La plus grande partie des habitans des Possessions Danoises et Suédoises professent le lutñéranisme , tandis que presque toute la population des possessions Hollandaises suit les dogmes du ca/vinisme. L’EgliseGrecque orthodoxe est dominante dans lPAmérique- Russe. Dans les Etats-Unis et dans l’Amérique-Anglaise, on rencontre des disciples de toutes les sectes nées parmi les protestans ; les méthodistes, les quakers, les baptistes, elc., elc., sont les sectes qui comptent le plus de croyans ; ces trois sectes ont fait même beaucoup de prosélytes parmi les Nègres, surtout dans l’Archipel des Antilles.
Le JupaismE n’est professé que par un petit nombre d'individus ; les États-Unis, les Antilles-Anglaises, Hollandaises et Françaises, et les Guyanes Hollandaise et Anglaise sont les pays, où les Juifs sont le plus nombreux.
aouveRnEMEnT, L'Amérique , lors de l’arrivée des Espagnols, offrait toutes les nuances de gouvernement, depuis le despotisme paternel des Incas jusqu’à l’indépendance la plus absolue qu’on rencontre encore parmi les tribus les plus abruties, où chaque individu ne dépend que de luimême. On doit cependant faire observer que le gouvernement de presque toutes les nations indigènes, quel que soit l’état de leur civilisation , se présente toujours sous des formes adoncies, qui contrastent singulièrement avec le despotisme qui rè-
gne en Asie et en Afrique, même parmi.
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presque toutes les nations les plus policées. Î le florissant empire du Pérou était régi par un despotisme théocratique ; si le lateau de Cundinamarca offrait, chez les uyscas comme chez les Japonais, un pontife et un roi absolu , le gonverne-
ment des Natchez était fhAdocratique , et celui du puissant empire Mexicain ressemblait plus à celui de nos monarchies févdales du moyen âge qu'aux empires despotiques de l’Ancien-Continent. Tlascala, Cholula et Huetxocingo étaient des républiques . et l’on peut considérer comme telles les petits états formés par les féroces peuplades qui dominaient les côtes orientale et septentrionale du Brésil, chez lesquelles rien ne se décidait qu’à l'unanimité des voix.
Maintenant, la plupart des nations indépendantes de l'Amérique forment autant de petites républiques, avec des chefs tantôt électifs, tantôt héréditaires ; quelques-unes, réunies ensemble, forment des confédérations, telles que la fameuse confédération des Cinq-Nations, celles des Sioux, des Arrapahces, des Criks-Supérieurs, etc. Le gouvernement des Osages, des Kanses , des Panis ou Padoucas, des Missouris, des Mahaws, des Otos, des Guaycurus et de plusieurs autres nations, est une espèce d’o/igarchie républicaine. Le gouvernement des Araueans présente un mélange d’aristocratie et de démocratie; et celni des Tcherokis offre déjà une imitation de l'administration intérieure des Etats- Unis. On peut dire en général que les nations indigènes indépendantes vivent sous un gouvernement patriarcal, et que leurs chefs, électifs chez les unes et héréditaires chez tes autres, ne jouissent
ue d’une autorité très bornée. C’est or-
inairement le plus brave guerrier, le chasseur le plus habile et le plus cou- À FE que ces tribus choisissent pour chef.
Les Amériques Anglaise, Française, Es-
agnole , Hollandaise, Danoise, Russe et
uédoise offrent, à quelques modifications près , les formes administratives de leurs métropoles respectives. Les Etats-Unis forment une puissante confédération de 24 républiques, se gouvernant chacune par ses autorités locales pour tout ce qui concerne les relations civiles et municipales, mais sujettes à une autorité centrale pour tout ce qui regarde la dé-
fense commune, la politique extérieure, les douanes et les postes. La constitution Anglo-Américaine , qui a servi de modèle aux confédérations des Etats-Unis du Mexique et des Etats-Unis de l’Amérique- Centrale, est desirée pass uissant parti dans les Provinces-Unies du Rio de la Plata, et a servi de prétexte à des troubles graves dans la Culombie. Cette dernière forme même aujourd’hui une fédération plutôt qu’une république. Le Pérou, la Bolivia, le Chili, l'Etat oriental de l’Uraguay et Haiti sont des r'épubliques dont les formes administratives ressemblent beaucoup à celles des Etats-Unis. Toutes ont un congrès divisé en deux chambres, celle des représentans et celle des sénateurs; cette dernière est présidée par le chef de la république, qui a le titre de premier président. L'empire du Brésil est une monarchie constitutionnelle, dont le pUatue législatif réside dans l’empereur, e sénat et la chambre des députés ou des représentans des provinces. Le Paraguay est une véritable monarchie despotique; le docteur Françia, qui la régit, prend depuis plusieurs années le titre de directeur ; ilest le chef de l’église et de l'Etat.
sænpusTRIS, C’est une grande erreur assez répandue en Europe que de regarder tous les indigènes de l’amérique non convertis au christianisme, commeerrans, vivant de la chasse et de la pêche et privés entièrement des arts les plus indispensables à la vie sociale. Quoique depuis longtemps les peuples Américains les plus avancés dans la civilisation se soient éteints ou aient adopté les religions, les lois et la civilisation de l’Europe, on ne eut raisonnablement révoquer en doute es progrès que plusieurs nations indigènes avaicnt faits dans les arts et dans les institutions sociales. Les historiens de la découverte de l’Amérique nous ont transmis une foule de faits, qui attestent l'existence de ces dernières dans le Pérou, la Nouvelle-Grenade, le Mexique, le Guatemala; et les monumens conservés encore sur les plateaux de Cuzco, de Cundinamarca et d’Anahuac, ainsi que les imposantes ruines des villes del Pallenqué et de Tutha, au nulieu des solitudes de l’état de Chiapa, Jrosenr sans réplique combien ces prétendus sauvages avaient dû cultiver les arts que suppose leur con-
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struction. De nos jours, les peuples indigènes soumis presque tous aux nations de l’Europe et à leurs descendans, n’offrent, dans le petit nombre de peuplades indépendantes répandues sur des territoires que ces derniers regardent comme enclavés dans leurs possessions, que des nations ou entièrementabruties on marchant lentement vers la civilisation. Les Tcherokis, les Criks ou Moskoghis, les Chakthas , les Osages, les Yutas, les Yabipai, les Moqui, les Casas-Grandes, les Araucans et quelques autres ont un gouvernement régulier , exercent l’agriculture et les arts les plus indispensables à la vie sociale, savent travailler l’argile pour faire de la poterie et de la faïence peintes. Le goût de ce genre de fabrication semble mème avoir été jadis commun aux prpe indigènes des deux Amériques.
Les pre des Maniquarez, dit M. de Humboldt, célèbres depuis un temps immémorial, sont encore travaillées par des femmes, suivant la méthode employée avant la conquête. Les Maypures, les ol les Caribes, les Ottomaques, les Guanos et autres peuples sont connus que fabriquer de la poterie peinte. Les apoyes , les Parecas, les Javaranas , les Curacicanas , les Macos indépendans et une foule d’autres peuples de l’Amérique-du-Sud, ainsi que plusieurs de l’Amérique-du-Nord, cultivent sur un territoire assez étendu des bananes, du manioc, du mais, du coton, et savent employer ce dernier à tisser des hamacs ou à faire de la toile grossière pour s’habiller. Ceux qui vivent sousun climat froid savent préparer les fourrures qui leur servent d’habillement et qui forment même l’objet d’un commerce très important avec es nations d’origine européenne. Selon La Pérouse, les habitans du Port-des- ‘Français savent même travailler le fer et le cuivre ; ils fabriquent à l’aiguille une sorte de tapisserie, nattent avec beaucoup d’art et de goût des chapeaux et des corbeilles de roseaux, taillent , sculptent et polissent la pierre serpentine. Les habitans de la baie Tchinkitane montrent une certaine adresse dans la tannerie, la sculpture, la peinture et les arts. Toute l’industrie des nations les plus abruties se borne à la construction de leurs misérables cabanes, de leurs grossiers canots et à la fabrication de leurs ares et de leurs flèches ; ces nations vivent exclusi-
vement du produit de leur chasse et de leur pêche ; elles voient tous les jours di-t minuer leur nombre, et sont refoulées dans les forêts par la marche progressive de la civilisation des nations moins sauvages et des établissemens des Euro-
péens.
Parler de l’industrie et des arts des nouveaux habitans de l'Amérique , c’est parler de l’industrie et des arts de l’Europe et de ses habitans , qui depuis trois siècles se sont établis d’un bout à l’autre du Nouveau-Monde. Les Anglais, les Français et les Allemauds y ont importé leur industrie, C’est aux Etats-Unis, où elle a pris le plus grand essor , où depuis quelques années le Rhode - Island, le Massachusetts, le Connecticut, la Pennsylvanie, le New-York , le New-Jersey et l'Ohio offrent des produits, qui égalent presque ceux des meilleures fabriques et manufactures de l’Europe. Parmi les nouvelles républiques de l'Amérique ci-devant Espagnole, celles qui se distinguent le plus par leur industrie sont les états de Mexico, de la Puebla, de Queretaro et de Guadalaxara, dans la confédération Mexicaine ; les villes de Lima, de Cuzco et de Guamangua, dans la république du Pérou; de Quito, de Bogota et de Caracas, dans la Colombie; de Guatemala, San-Salvador, etc., etc., dans la confédération de l’Amérique-Centrale ; de Buénos - Ayres, dans celle du Rio de la Plata; de Santiago, dans le Chili. Dans l'empire du Brésil , l’industrie était restée encore plus arriérée que dans la ci-devant Amérique-Espagnole; mais depuis quelques années elle a fait des progrès sensibles dans toutes les grandes villes, surtout à Rio-de-Janeiro à Bahia et à Pernambuco. Plusieurs arts ont pris de nos jours un développement extraordinaire à la Havane, dans l’Amérique-Espagnole, ainsi que dans les villes
rincipales du Canada , de la Nouvelle-
Écosse et du Nouveau Brunswick, dans l’Amérique-Anglaise. Les Mexicains, en outre , excellent dans la fabrication d'ouvrages de bimbeloteries en bois, en os et en cire, et dans celle de meubles aussi remarquables par leurs formes que par le choix des bois et le brillant poli qu'ils savent leur donner. L'exploitation des métaux précieux est encore dans tous les nouveaux états de l'Amérique cidevant Espagnole, la branche d'industrie la plus importante ; mais ses produits
ontextraordinairemen. diminué : par suite des évènemens, les travaux ayant été suspendus, les plus riches mines ont été
nondées et ne sont plus exploitées, ou
ont devenues d’une exploitation très coûteuse, Mexico , Guanaxuato , Puebla, Bogota , Quito , Caracas , Lima, Cuzco, ‘Santiago, Buénos-Ayres et Rio-de-Janciro ,se distinguent surtout par la manière dont on y travaille les métaux précieux.
On doit ajouter que la fabrication du savon, celle de la poudre destinée à l’exploitation des mines, que la préparation des cuirs et les différentes manipulations qu’on fait subir au tabac, ainsi que les manufactures de toile grossière et de draps ordinaires, emploient un grand nombre de bras dans tous les pays que nous venons de nommer. On doit aussi faire observer que la liberté de la presse ayant fait naître un nombre prodigieux de journaux , l'imprimerie se trouve actuellement répandue d’un bout à l’autre de tout le Nouveau - Continent. Nous avons déjà vu à la page 962 que cet art admirable a méme pénétré chez les peuples indigènes indépendans.
commence, On peut dire que la navigation , qui est la base principale du commerce, a été inconnue de tout temps d’une extrémité à l’autre de l’Amérique , puisque aucune de ses nations indigènes ne s’est élevée au-dessus de la construction de simples pirogues. Cela est d'autant plus remarquable, que nulle autre partie du globe n'offre autant de fleuves navigables, pendant un si long espace, que l'Amérique. On peut expliquer cette singularité, en observant que les nations indigènes les plus policées de ce continent se sont établies toutes sur des plateaux, où la navigation ne saurait prospérer,.
Aussi remarque-t-on que les Omaguas etles Payaguas, les seuls peuples indigènes chez lesquels cet art était un peu plus avancé que parmi les autres, appartiennent à l’'Amérique-Méridionale et vivent sur les bords de l’Amazone et du Paraguay, dont ils dominaient autrefois les rives et les affluens; mais le peu de progrès faits 3: ‘à civilisation par ces deux peuples navig. “urs, ne leur permit d’avoir que ée six : ‘5 ranois, Il estaussi remarquable ce soir “courage aveclequel les Caribes insulaire, <i continentarx, les Tayabares et iss Cahesès, tribus is dis maitresses de la ci-devant capitainerie
de Pernambuco, et les Neughaibas qui
habitaient avec des Guyanas, des M1mayanas et des Yuruanas la grande ile Marajo , montés sur de faibles canots, portaient la dévastation et le carnage à d'immenses distances , et livraient sur mer de terribles combats à leurs ennemis.
Les habitans de la fameuse lagune d’Itza ou del Peten dans la province de Vera- Paz, étaient aussi une nation maritime ; ils avaient un grand nombre de barques assez bien construites. Tout le monde connait la singulière construction des bateaux des Esquimaux, et l'intelligence que plusieurs peuples de la côte Nord-Ouest montrent dans l’art de construire leurs embarcations.
Mais si parmi les peuples indigènes on ne voit aucune nation maritime, les peuples d’origine européenne présentent déjà dans l’Amérique-Anglaise du Nord, une nombreuse marine marchande, et dans les Etats-Unis, non-seulement une des principales nations maritimes du globe, mais la seconde puissance commergante du monde, Les Anglo-Américains possèdent une marine militaire imposante, qui a soutenu avec honneur son indépendance contre la reine de l'Océan el a puni les puissances barbaresques qui avaient osé l’insulter ; son pavillon flotte dans tous les ports; ses pêcheurs ont pénétre dans les mers glaciales de l’un et de l’autre hémisphère , et son commerce a pris un tel développement, que ses négocians sont devenus pour ainsi dire les courtiers de l’Ancien et du Nouveau- Monde.
L'activité commerciale des Caribes , qu'un voyageur célèbre appelle les Boukhares du Nouveau-Monde ; les grands marchés établis à Tenochtitlan ou l’ancien Mexico, à Tlascala et autres gran-
des villes de l'Amérique Etinoiale, sont à-peu-près tout re ‘hitoire | du commerce de PAmé:i nr ie plus important avant l’arrivée des Euro-
péens. Mais l'établissement des peuples de l’Europe dansle Nouveau-Monde commence une ère nouvelle pour cet hémisphère. La variété et l’importance de ses productions donnèrent en peu de Lemps une grande étendue à ses relations commerciales. Malheureusement la manière vicieuse avec laquelle on y a fait le commerce jusque après la seconde moitié du xvin siècle, a privé l’Europe et l’Améri-
bas qui des M1ande ile canots, rnage à ent sur ennemis.
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que des immenses avantages qu’elles en auraient tirés , sion lui avait accordé la liberté dont il a joui par la suite. Le système de Galvez qui, en 1778, proclama successivement la liberté du commerce entre les treize principaux ports de l’Espagne et l’Amérique ci-devant Espagnole, augmenta extraordinairement l’exploitation des mines et donna un grand développement à la culture des productions agricoles, Les progrès des colonies fran- Gaises, n1glaises et portugaises, ainsi que ceux des colonies des autres nations maritimes de l’Europe ne furent pas moins considérables, etl'indépendance des treize rovinces de l’Amérique - Anglaise du ord , puissamment favorisée par la France et reconnue par l’Angleterre en 1783, vint augmenter considérablement les produits de l’agriculture, le commerce et la navigation non-seulement des colonies déclarées libres, mais même du Canada, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et d’autres parties qui restèrent attachées à l’Angleterre, Depuis lors les manufactures et les fabriques de l’Europe, trouvant un plus grand nombre de consommateurs , firent d’étonnans progrès. La pêche de la baleine dans les mers australes et boréales , celle de la morue sur le grand banc de Terre-Neuve , le transport des immenses quantités de sucre, de tabac, de coton, de café, de riz, de froment, de cuirs et defourrures exportées tous les ans pour les ports de l’Europe, et les quantités non moins considérables des produits des fabriques et des manufactures de cette dernière importées en Amérique , ont enrichi ces deux parties du monde, ont donné un prodigieux développement à l’induskrie européenne et à sa marine marchande , et ont fait avec raison regarder le commerce de l’Amérique comme le plus riche et le plus utile que l’Europe pouvait exploiter. Le soulèvement de la partie française de St- Domingue, d’abord son émancipation, ensuite et plus tard la reconnaissance de son indépendance par la France; la résidence du roi de Portugal transférée de ce royaume au Brésil en 1808, et la séparation définitive qui eut lieu en 1822 de celte vaste colemie de sa mère-palrie; l'insurrection de toutes les colonies espagnoles sur le Continent, et leur organisation définitive en états indépendans de l'Espagne ; les innovations plus ou moins
avantageuses qu'a éprouvées l’administration dans toutes les colonies restées attachées aux puissances européennes , et l’étonnante prospérité de l'ile de Cuba, qui en fut une des conséquences prineipales ; toutes ces causes réunies changèrent entièrement les anciens rapports commerciaux de l’Amérique avec l'Europe etanvrirent de nouveaux débouchés à l’industrie de cette dernière. Les guerres sanglantes qui eurent lieu, d’abord entre les Espagnols et les colons, ensuite entre les nouveaux états, puis les troubles qui les agitent intérieurement, ont suspendu ou diminué considérablement l'exploitation des mines, et ont arrété l’essor qu’avaient pris l’agriculture et le commerce. Malgré tous ces désavantages, les relations commerciales de ces deux parties du monde entre elles sont encore tellement importantes , que le commerce de l’Amérique, quoique déchu dans ces dernières années, conserve encore le rang que la richesse et la variété des productions du Nouveau Monde lui avaient assigné dès le commencement de sa découverte. Ces résultats n’ont rien d'étonnant. De tout temps le commerce maritime a propagé la civilisation dans le monde; mais c’est en Amérique qu'il a réalisé sa conquête la plus grande, la plus féconde en beaux résultats.
Après la lassitude produite par les croisades et les guerres stériles du moyen âge, le génie européen s’est tourné vers l’O— céan, a cherché des mondes pour satisfaire san activité ; et l'Amérique est devenue le grand théâtre de ses exploits militaires et de ses spéculations commerciales, Jusque alors le commerce, borné au bassin de la Méditerranée , avait peu développé la navigation ; la découverte du Nouveau- Monde, en agrandissant le théâtre, a multiplié les sources et les produits des spéculations, et a commencé l’histoire de la marine moderne. L'Amérique a sur l’Inde l'avantage d’avoir fourni à l’Europe un commerce actif, elle a contribué plus que toute autre partie du monde à augmenter sa population , à accroitre sa richesse et à développer sa puissance, tout en recevant de l’Europe les germes féconds de sa civilisation, les lumières bienfaisantes de sa religion et tous les prodiges de son industrie.
Les EXPORTATIONS principales de l’Amérique consistent en argent, or, cuivre, diamans, topazes, sucre, café, coton, ta-
Due EE De
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bac, riz, blé, cire, fourrures, cuirs, morue, cacao, Indigo, vanille, quinquina , cochenille, cannelle, girofle, muscade, salsepareille, ipécacuanha, baume de copahu, gaiac et autres drogues médicinales; bois de campèche, de Fernambouc ou brésillet et autres bois de teinture, mahogoni ou acajou, cèdre et autres bois d’ébénisterie et de construction, ambre, etc., elc. Les principaux articles d’IMPORTA-
TION sont : draps, toiles, étoffes de soie, velours, chapeaux, quincaillerie , armes et une foule d'objets sortis des ateliers et des manufactures de l’Europe; eau-de-vie, vins, sel, thé, poissons salés. Mais l’on ne peut mentionner les principaux articles du commerce de cette partie du monde sans parler de la chasse aux hommes, exercée dans l’Amérique-Equinoxiale par des Européens dès le commencement même de sa découverte , et continuée presque jusqu’à nos jours par les Caribes, les Marepizanos, les Amuizanos, les Manitivitanos et autres nations indigènes, avec les mêmes atrocités et les mêmes horreurs qui accompagnent la traite des Nègres en Afrique et celle des esclaves dans l’Océanie. Avant les efforts louables faits par plusieurs philantiwopes d’Angleterre, de France et d’autres contrées , qui ont provoqué l’abolition de la traite des Nègres, proclamée par les rois de Danemark, d’Angleterre, de France, des Pays-Bas et autres souverains, les esclaves étaient peut-être l’article d’importation le plus considérable ; le nombre des malheureux Africains arrachés chaque année à leur sol pour aller arroser de leur sueur les champs de l’Amérique, ne saurait être évalué, terme moyen, audessous, de 100,000. Le Brésil seul a pendant plusieurs années de suite tiré de l’Afrique plus de 100,000 noirs par an.
Récemment encore ce commerce infâme, malgré les traités et les défenses les plus sévères, secontinuait avec une prodigieuse activité ; Rio-de-Janeiro, Bahia, et Pernambuco en sont les grands entrepôts dans le Brésil, et St-Thomas et La Havane dans les Antilles. IL faut espérer que ce scandale cessera bientôt.
Les principales places maritimes commerçantes de l’Amérique sont : Nerw- York , Philadelphie , Boston , Baltimore, la Nouvelle-Orléans et Charleston, dans les Etats-Unis; Vera-Cruz, Tampico de Tamaulipas et Acapulco,
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dans le Mexique ; la Guayra, Porto- Cabello | Guayaquil et Carthagène , dans la Colombie; Callao , qui est le port de Lima, dans le Pérou; Valparaiso, dans le Chili; Buenos-Ayres , dans la confédération du Rio de la Plata; Montevideo, dans l’Etat-Oriental de l’Uraguay ; Rio - de - Janeiro , Bahia , Pernambuco, Maranham et Parà, dans l’empire du Brésil; Portau-Prince,Cap-Haîtien(Cap-Français), Les Cayes etJacmel, dans la république d'Haïti; La Havane et Matanzas, dans l’île de Cuba et San-Juan dans l’ile de Porto-Rico, comprises dans l’Amérique- Espagnole ; Kingslown, dans la Jamaiïque ; Bridgetown, dans la Barbade, Halifax, dans la Nouvelle-Ecosse, Quebec, dans le Canada, Georgetown, autrefois nommée S{abroek, dans la Guyane, pays compris dans l’Amérique-Anglaise; St- Pierre, dans la Martinique, Pointe-a- Pitre, dans la Guadelonpe , îles dépendantes de l’Amérique-Française ; Paramartbo, dans la Guyane, S/-Eustache.
et Willemstadlt, dans les Antilles, comprises dans l’Amérique - Hollandaise ; Christianstad dans l'ile Ste-Croix et St-Thomas , dans l’ile de ce nom, dans l’Amérique-Danoise. On doit même faire observer que, parmi les places très commerçantes que nous venons de nommer, les suivantes surtout se distinguent par la richesse et l’étendue de leurs relations commerciales : New-York, La Havane , Philadelphie, Vera-Cruz, Rio-de-Janeiro, Bahia, Buenos-Ayres, et Kingston ; celle de New-York peut mémeêtre regardée sous cerapport comme la seconde place commerçante du monde.
On doit ajouter en outre que toutes les grandes villes de l’intérieur de l’Amérique et surtout celles des Etats-Unis , de l’Amérique-Anglaise et de l’Amérique cidevant Espagnole , font un commerce très étendu. Nous en signalerons l’importance dans leur description respective.
ETAT SOCIAL DES AMÉRICAINS, Le Nou-!
veau-Continent offre comme l’Ancien plusieurs foyers de civilisation indigène { mais la détermination de leur nombre, la démarcation de leurs limites présentent encore beaucoup de difficultés. Le silence absolu de l’histoire, la négligence des historiens de la découverte et de la conquête de PAmérique, le peu de critique des an-
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Portoagène , li est le Valpa- Ayres ,, > de la -Orienineiro , ham et ; Port- 'ançais), publique 18, dans s l’île de \érique- Jamaide, Ha- Juebec, iutrefois ne, pays ise; S/inte-a- , dépen- Paraustache.
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ciens voyageurs, qui ontnégligé de parler dans leurs relations d’une foule d’objets si nécessaires pour asseoir un jugement convenable sur l’état social des nations , rendent cette tâche très difficile, pour ne pas dire impossible. La vaste érudition et la sagacité de M. de Humboldt, les savantes recherches de MM. Castañedo, Warden, Me. Cullock, Atwater, Say, Mitchill, Duponceau, Raffinesque, lord Kingsborough, Constancio , Jomard, etc., les faits nouveaux recueillis par MM. Dupaix, Cabrera, Juarros, Beullock, Latour- Allard , Baradère et Franck, ont jeté beaucoup de lumières sur cette importante partie de l’histoire de l’homme et nous ont encouragé à hasarder de coordonner les faits principaux qui s’y rapportent, en classant les principales nations du Nouveau-Monde, d’après les foyers de civilisation qui nous paraissent pouvoir ètre regardés comme indigènes, et en signalant la part qui est due à linfluence des Européens. Cet essai destiné à faire partie de notre Tableau Physique, Moral et Politique des cinq parties du Monde, tout imparfait qu’il est, pourra néanmoins fournir au lecteur le moyen de comparer sous cet important point de vue les peuples de l'Amérique avec ceux des autres parties du monde; il est pour ainsi dire le complément de ce que nous avons dit dans l’article efhnographie et dans ceux qui sont relatifs à l’industrie, au commerce, à la religion et au gouvernement des Américains.
Le Nouveau-Monde nousprésente d'abord trois nations remarquables par l'état social avancé où on lesa trouvées lorsqu'elles furent subjuguées par les Espagnols. L'examen des institutions politiques et religieuses des Mexicains, des Péruviens et des Muyscas, de leurs mœurs, et l’état auquel les arts avaient été portés chez ces peuples, touten signalant des différences énormes entre leur civilisation respective et la civilisation de l’Ancien-Continent, surtout comparée avec celles des Grecs, des Romains et des peuples actuels de l'Europe, laissent entrevoir cependant quelques rapports avec l'état social des anciens Egyptiens, des Etrusques et des Tibetains. Quetzacoatl, Manco- Capac et Bochica, dit M. de Humboldt, sont les noms sacrés des trois grands-prêtres et législateurs des plateaux d'Anahuac, de Cuzco et de Cundinamarca. Les anciennes traditions les représentent comme des hommes venus du côté de l'Orient d'un pays inconnu, et comme étant bar-
us et moins basanés que les indigènes au milieu
esquels ils parurent. Ces hommes extraordinaires changent tout d’un coup l'état des Meæicains, des Péruviens et des Muyscas; ils
réunissent les tribus errantes dans les forêts; ils enseignent aux hommes à labourer la terre, aux femmes à ourdir des étoffes ; ils leur donnentuu système religieux particulier et leur apprennent les arts les plus indispensables à la vie sociale ; ils remplacent les usages barbares par des institutions politiques, qui rendent ces trois nations les plus puissantes et les plus policées du Nouveau-Continent. Les teocallis ou pyramides des Mexicains et des autres peuples 4z{èques, leur papier de maguey et leurs peintures hiéroglyphiques ; les temples du soleil, les cordelettes ou quippos et les quatre grandes fêtes des Péruviens; les pélerinages annuels à lraca et dans ses environs . devenus célèbres par les prétendus miracles de Bochica ; l’inviolabilité des péterins, aussi sacrée sur le plateau de Bogota que dans les déserts brûlans de l’Arabie et sur les bords majestueux du Gange; les imposantes ruines de Mitla ; des villes fortifiées et de grands monumens en pierres ; les grandes routes tracées au milieu des cordillères et les ponts hardis élevés sur les torrens les plus larges et les plus fougueux ; les calendriers des Mexicains , des Péruviens et des Muyscas; tous ces faits, attestés par les voyageurs anciens et modernes, sont autant de preuves évidentes de la grande civilisation qu’avaicnt atteinte ces trois peuples avant d’être soumis à l'influence européenne. L'amphithéâtre de Copan, avec ses pyramides, ses bas-reliefs et ses colonnes; le temple de la grotte de Tibulca; le vaste palais royal ou falcazar d'Utatlan; les places fortes de Tecpanguatemala etde Mixco ; les restes imposans des vastes capitales d'Utatlan, de Patinamit et d’Atitlan , ainsi que des forteresses de Parraquin, de Socoleo , d'Uspantlan, déposent en faveur de l'état social auquel s'étaient élevés les Quiches, les Kachiqueles, les Zulugiles et autres nations du Guatemala. A côté de ces peuples il faut aussi placer les Chapanèques, les Maya, les Ilzaez, les Zapotèques, les Tarasques dans le royaume de Mechoacan, les habitans des républiques de Tlascala, de Cholula et de Huelxocingo, dont la civilisation rappelle l’état social des Mexicains. C’est encore à ce foyer qu'on doit, selon nous, réunir le Cibola et le Quivira, contrées non moins célèbres par les fabuleuses richesses qu’on leur a attribuées que par l’état avancé dans lequel on a trouvé leurs habitans, visités au milieu du xvi® siècle par le frère Marcos de Nizaet par Francisco de Coronado, comme aussi les Moqui, dont la ville principale , située sur les rives du Yaquesila , offrit à la vue d’autres religieux espagnols, qui la visitèrent beaucoup plus tard, une population nombreuse, des places publiques et des maisons à plusieurs étages. C’est encore avec ces peuples qu'il paraît plus convenable de classer ces nations vêtues de la côte du Nord-Ouest, visitées dans la seconde moitié du xvin siècle, chez lesquelles on a trouvé des habitations à deux étages, ornées de sculptures et de statues en bois, des espèces de temples, des monumens en l'honneur des morts, et de grands tableaux peints sur bois, des flûtes ou sifflets de Pan à onze tuyaux, et des pirogues construites très artistement
Les Natchez et quelques autres nations, au nord de l'équateur, les 4raucans et d'autres peuples au sud de ce cercle, présentent d’autrès genres de civilisation , qui paraissent s'étre développés indépendamment de toute influence des Mexicains, des Quiches, des Muyscas, des Péruviens et des autres nations civilisées que nous venons de nommer, Les Araucans, si différens de tous ces peuples, nous retracent même, comme le dit un savant distingué, M. Walckenaer, les vertus et les mœurs des temps héroïques de la Grèce. Plusieurs monumens épars sur la vaste surface du Nouveau-Monde, à d'immenses distances les uns des autres, et dans des contrées uaguere encore habitées, ou parcourues actuellement par des nations tout-à-fait sauvages ou trés peu avancées dans la civilisation, signalent au philosophe l'existence d’autres foyers de civilisalion d'un genre tout différent. Le silence de l'histoire a ouvert de nos jours un vaste champ aux conjectures et aux systèmes; plusieurs savans ont traité ce sujet, mais sans avoir pu offrir encore des résultats satisfaisans. Ce qui nous parait démontré, c'est l'existence de plusieurs nations dans un état social très différent, à des époques , tantôt cloignéestantôt contemporaines, mais toutes de beaucoup antérieures à la découverte de l'Amérique par Colomb. Ce sont ces nations inconnues qui paraissent avoir élevé ces nombreux {urnuli, ces forts carrés, ces immenses retranchemens découverts sur le territoire de l’Union depuis le lac Ontario jusqu’au golfe du Mexique et entre les Allegheny et la chaine Missouri-Colombienne (Rocky Mountains). Des conjectures assez généralement admises s'accordent à regarder les 4lligheoui (Allighewi) coinme le peuple auquel on doit ces constructions; on lui attribue aussi !e vase vu l’idole à trois tètes semblable à la trimourti ou trinité indienne , le buste assez ressemblant aux bourkhans des Bouriètes, trouvé il y a quelques années près de l'Ohio, les momies tirées de la caverne du Mammouth et les sculptures gravées sur les rochers, dont nous parlerons dans la description de l’état de l'Ohio. D'un autre côté les figures symboliques qui couvrent les rochers granitiques le long du ba: Orénoque, sur les rives du Cassiquiare, et entre les sources de l’Essequebo et du Rio-Branco, lieux qui ne sont occupés depuis long-temps que par des hordes barbares, qui errent dans ces solitudes et qui n'ont aucun moyen d'exécuter de semblables travaux, paraissent aussi devoir être attribuées à une autre nation inconnue, qui depuis long-temps a cessé d'exister. Quelques-unes de ces sculptures grossieres, dit M. de Humboldt, sont liées aux intéressantes traditions des Tamanaques relatives à la croyance d’4malivaca, qui est le personnage mythologique de l'Amérique barbare équinoxiaie aussi étranger à cette nation que Manco-Capac, ‘Bochica et Quetzacoalt l'étaient aux Péruviens, aux Muyscas et aux Mexicains.
Les traditions populaires recueillies par les premiers voyageurs et, il y a quelques années, par un savant naturaliste, auquel on doit la mesure des lus hautes montagnes de l'Amérique, s'accordent
me
à attribuer à un peuple inconnu les constructions gigantesques élevées dans les environs de Cuzco et dans ceux du lac Titicaca, long-temps avant l'apparition de Manco-Capac sur ces hautes plaines. Mais ici nous devons signaler un fait curieux et de la plus haute importance pour l'anthropologie ; c’est que les cranes de cette nation inconnue, trouvés par M. Pentland dans lestombeaux, et dont plusieurs ornent la grande col-: lection craniologique formée par M. Cuvier, se distinguent de ceux de toutes les autres races connues, par leur extrème dépression et par l’avancement extraordinaire de leurs mäàchoires. Mais aucun de ces débris d’une civilisation antérieure non-seulement à l’histoire, mais même à presque toutes les traditions du Nouveau-Monde, ne mérite l'attention du philosophe comme les ruines des grandes villes de Culhuacan (Palenquè) et de Tulha, découvertes vers la moitié
‘du xvint siècle dans les solitudes de la province
de Chiapa, et dessinées plus tard par le colonel
Dupaix; on les regarde justement comme les plus magnifiques de toute l'Amérique. Leurs sculptures remarquables par les sujets qu’elles représentent le sont aussi parla construction particulière qu'offre la tête de leurs figures : c'était sans doute une autre race, entièrement différente de toutes celles que l’on connait, qui habitait ces contrées et qui éleva ces édifices. Ses temples, ses tombeaux , ses aqueducs , ses pyramides, ses bas-reliefs ornés de caractères en signes figurés, et les dimensions colossales de ses constructions autorisent à appeler cette ancienne ville de Culhuacan la Thèbes Américaine.
L'examen de l’état social dans lequel on a trouvé tous les peuples que nous venons de nommer, et la comparaison de leurs monumens avec ceux de l'Asie et de l'Afrique ouvriront, un jour, nonseulement un champ immense aux conjectures sur leur origine, inais ils nous paraissent déjà signaler au philosophe d'assez probables communications entre différentes parties des deux continens , à des époques que l’on n’a encore aucun moyen de déterminer. S'il est vrai, comme quelques savans ingénieux l'ont avancé, que les temples pyramidaux des Mexicains et d’autres peuples de l’Amérique-Centrale, les systèmes politiques et religieux de ces mêmes peuples, des Péruviens et des Muyscas, leurs calendriers astronomiques et leurs almanechs astrologiques si compliqués, le développement extraordinaire de leur système féodal et la division de leur population en castes, leurs couvens d'hommes et de femmes, leurs congrégations religieuses suivant une discipline plus ou moins sévère, leurs traditions enfin et leurs quippos paraissent porter l'empreinte d’anciennes relations avec différentes contrées de l'Asie; d’un autre côté les constructions massives et un grand nombre de sculptures colossales accompagnées de légendes en signes figurés, trouvées dans le Guatemala et le Yucatan, nous rappellent forcément les immortels monumens de l’ancienne Egypte, tandis que les momies, découvertes en plusieurs parties de l'Amérique, semblent nous reporter, les unes aux îles Sandwich et jusqu’à
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celles de Fidji, au milieu de l'Océanie, à cause des tissus qui en forment l'enveloppe, les autres à l'archipel des Canaries, dans les parages de l'Afrique, par leur frappant rapport avec les momies des Guanches, peuple entièrement éteint, mais compris dans la grande famille atlantique répandue encore de nos jours dans toutes les hautes vallées de l’Atlas. Ce sont surtout les monumens de Palenquè qui paraissent laisser peu de doute sur les anciennes communications des deux mondes, même entre le Guatemala et l'Egypte.
Du moins c’est l'opinion très probable d’un juge très compétent. M. Jomard, qui a décrit sur les lieux les monumens élevés par les Pharaonsdans la vallée du Nil et qui a étudié sur les nombreux dessins de M. Castaüedo, rapportés par M. Baradère, ceux de la Thèbes Américaine, s'exprime sur ce point de la manière la plus positive en , “pondant aux questions que nous avons eu l’honneur de lui adresser. « Quand on a étudié avec soin, dit ce savant, le mode de sculpture égyptien, c'est-à-dire , la sculpture en relief plat et la sculpture en relief dans le creux, ce singulier système d’un relief très faible, mème dans les sculptures colossales ; quand on considère encore le système général des tableaux égyptiens sculptés et peints; celui des encadremens des tableaux ; l'emploi des légendes ou signes de l’écriture distribués par colonnes verticales et horizontales ; le genre des poseset des attitudes profilantes, le choix des attributs et des accessoires; la forme de certains meubles, et bien d’autres caractères de ces tableaux , que j'ai retrouvés dans les sculptures en bas-relief de Palenquè, je dis que les rapports sont presque incontestables. » Nous verrons plus bas dans la description de l’état de Chiapa , qu'un autre savant, notre ami M. Constancio, avait déjà émis cette opinion.
Mais on ne peut s'occuper des nations civilisées de l'Amérique sans parler des Européens. Celle race , qui depuis tant de siècies est à la tête de la civilisation , n’a encore fait sentir sur aucune partie du monde sa prépondérance morale et politique d’une manière plus complète que sur ‘« Nouveau-Monde. Nous avons déjà signalé à la page 954 l'immense développement qu’elle a pris d’un bout à l’autre du Nouveau-Continent et sur les vastes terres qui en dépendent. Langues, religions, lois, gouvernemens, usages, mœurs, sciences , arls, animaux, végétaux, tout y a été importé ; c'est pour ainsi dire une nouvelle Europe, qui en moins de trois siècles s’est élevée comme par enchantement au-delà de l'Atlantique, mais avec une infinité de nuances dépendantes de la configuration physique du sol, de son état primitif de culture et des habitudes des peuples indigènes qui l'habitent. Les terrains élevés, par exemple, des confédérations du Mexique et du Guatemala , ceux des états de Colombie, du Pérou et de Bolivia, doués d’un climat tempéré, offrent depuis long-temps la culture , les croyances , les institutions et les usages de l'Europe civilisée, à côté des produits, des restes d'usages et d’habitudes de l’ancienne civilisation indigène. Les plaines immenses des Etats-Unis, du Rio de la Plata et de l'empire du Brésil , cou-
vertes de verdure, présentent des peuples cnterement pasteurs; les Ianos de la Columbie nous offrent les Zambos, qui, enfantés par l'union de l'Américain avec le Nègre et devenus de véritables Bédouins, parcourent avec leurs troupeaux ces brülantes solitudes, et semblent menacer par leur activité et leur audace extraordinaires les paisibles habitans des villes, des montagnes et des bois. Cette jeune Europe rivalise déjà d'industrie et de puissance avec l'ancienne, partout où les troubles , qu'ont suivi son émancipation, ne sont pas venus entraver la marche de son développement, Sur tous les points les efforts réunis de la civilisation et des gouvernemens d’un côté, des entreprises commerciales et des missionnaires de l’autre , ont refoulé les hordes sauvages dans * les bois, dans les montagnes ou dans les parties les plus éloignées des habitations. Ses établissemens extrêmes sont pour ainsi dire les postes avancés de la civilisalion au milieu des habitations clairsemées des peuples barbares, qui peu-à-peu finissent par adopter la vie de leurs nouveaux voisins, disparaissent, ou bien s’éloignent de plus en plus. D’un autre côté la civilisation européenne, dit M. de Humboldt, s’est répandue comme par rayons divergens des côtes ou des hautes montagnes vuisines des côtes, vers le centre de l’Amérique-du-Sud, et l'influence des gouvernemens diminue à mesure que l’on s’éloigne du littoral. Des missions naguère encore entièrement dépendantes du pouvoir monacal, habitées par la seule race des indigènes cuivrés, forment une vaste ceinture autour des régions plus anciennement défrichées, et ces établissemens chrétiens se trouvent placés sur la lisière des savanes et des furèts, entre la vie agricole et pastorale des colons et la vie errante des peuples chasseurs. Les Africains même, qu’un commerce infâme a arrachés à leur sol pour mettre en culture les Antilles et les terres chaudes de l'Amérique, apres avoir brisé les chaines du pius
dur esclavage, organisés en nation, offrent de- -
puis quelques années, au milieu dela méditerranée Colombienne , une puissante république régie par de sages 'ois et participant à tous les avantages qui accompagnent les croyances et la civilisation de l'Europe. L'instruction publique a fait de grands progrès à Haïli, et cetle république de Noirs est incomparablement mieux régie, plus tranquille et plus heureuse que la Colombie, le Chili et Buenos-Ayres.
Mais nulle part en Amérique le philosophe ne contemple un spectacle plus imposant que celui que lui offre l'étonnante prospérité de la contfédération Anglo-Américaine. C’est un véritable phénomène encore sans exemple dans les annales des nations. Grande et florissante dès son enfance même, cette puissante confédération démontre tout ce que peut la liberté soutenue par de sages institutions, l'esprit de concorde, l'amour de la patrie , le respect pour les lois et pour la religion , l’activité et le travail assidu. Elle compte à peine un demi-siècle d'existence politique, et déjà des villes riches et populeuses s'élèvent sur tous les points de ses côles immenses, déjà les vastes solitudes de l'intérieur offrent des villes
florissantes et de nombreux villages, et ses antiques 1orèêts sont remplacées par des campagnes bien cultivées que parent les plus riches dons dela nature, et alimentent les usines nombreuses, où l'on forge et travaille les métaux arrachés aux entrailles de la terre. Des édifices magnifiques, des temples somptueux, des maisons élégantes, de beaux théâtres, des places superbes décorées de beaux monumens, des canaux et des chemins en fer d'une lungueur extraordinaire, des magasins immenses, des chantiers nombreux, des ateliers de toute espèce s’élèvent sur l'emplacement mème des misérables cabanes de ses anciens habitans; et des milliers de vaisseaux, chargés de tousles produits des manufactures des peuples les plus industrieux et des productions de tous les climats, sillonnent les eaux de ses fleuves, qui ne portaient naguère 4 que l’informe pirogue du sauvage. Fulton, l’hon- ‘neur immortel de cette florissante république, ‘à appliqué la vapeur à la navigation , et la mer du Canada , le mystérieux Mississipi, l'immense Missouri et leurs nombreux affluens sont parcourus par des vaisseaux à vapeur, qui rapprochent entre elles les contrées les plus éloignées, qui vivifient des colonies languissantes établies depuis long-temps sur leurs bords, en font naitre de nouvelles, et, créant une échelle non interrompue de stations entre la Nouvelle-Orléans et le Canada , transformèrent en quelques années, en états florissans, ces pays naguère presque entièrement déserts. Ici tout a changé et change à chaque instant. Là où régnait la barbarie fleurit aujourd'hui la civilisation ; à des peuplades de chasseurs ont succédé des nations agricoles ; le commerce a remplacé le pillage ; la puissance de sages lois a été substituée aux violences de la force brutale; et de nombreux instituts philanthropiques et les consolations d'une religion de paix soulagent et confortent l'humanité dans ces lieux mêmes où elle eut tant à souffrir de la barbarie et des superstitions atroces des anciens habitans. On ne peut admirer assez les rapides progrès qui signalent chaque année l'existence de cette nouvelle Europe, riche de toute l'instruction et de toute l’activité de l'ancienne, et qui semble mème vouloir les surpasser. Il n’est pas de contrée sur le globe, quelques pays de la confédération Germanique et du nord de l’Europe exceptés, qui possèdent des moyens d'enseignement aussi multipliés que cette partie de l'Amérique, où l'état de New- York offre mème le phénomène unique dans les annales du monde civilisé, de compter plus d'écoliers qu’il n’a d’enfans sur son territoire. Les savantes écoles de médecine à Philadelphie , à New-York, à Boston et à Baltimore; les académies des beaux-arts de Philadelphie, de New-York et de Boston; l’école militaire de West-Point, imitation de la célèbre école poly- ‘technique de Paris; les universités des principaux états, les collèges plus ou moins nombreux dans tous, complètent les études élémentaires faites par une jeunesse aussi nombreuse que docile, dans des écoles primaires mullipliées sur tous les points. La société philosophique améri-
caine à Philadelphie, celles des sciences et arts, et des antiquaires à Boston ; la société philosophique de New-York, les sociétés d'agriculture de Philadelphie et de New-York, l'institut américain de Washington, celui d’Albany et plusieurs autres établissemens de ce genre rivalisent déjà, par leurs savans mémoires, avec les instituts correspondans de la vieille Europe; et les musées , les collections d'histoire naturelle, les bibliothèques et les athénées qui s'établissent dans toutes les villes principales de la confédération, sont autant de garans des progrès que les sciences et les arts devront à ces enfans de l'Europe. Chaque citoyen veut s'instruire, veut connaitre les affaires du corps politique dont il fait partie ; et plus de 800 écrits périodiques, nombre presque égal au tiers de la totalité des productions de ce genre qu’on publie dans tout le monde civilisé , se chargent de remplir ce double objet , et forment la partie principale d’un commerce de librairie, dont la valeur égale presque celle de ce même commerce dans toute l'Europe Méridionale. Enfin, en moins d'un demi-siècle, la confédération Anglo-Américaine a vu quadrupler sa population, doubler presque le nombre de ses états et l'étendue de son territoire ; elle en a complété la reconnaissance géographique par les mémorables explorations faites par des officiers intelligens; elle a réuni, par d'immenses et nombreux canaux, l'Atlantique à la mer du Canada et les principaux fleuves entre eux, et a sillonné en plusieurs sens par de longs chemins en fer plusieurs parties de sa vaste surface; elle s’est déjà établie sur les rives du Grand-Océan, a déjà civilisé plus d’une horde barbare, et a fait respecter son pavillon sur toutes les mers. Sans colonies lointaines, elle a donné un immense développement à son commerce et à sa marine marchande, qui ne le cède qu’à la marine anglaise, et qui est déjà supérieure à celle de toutes les autres nations du globe. Jamais de semblables merveilles n'ont été enfantées en si peu temps, même par les plus puissans monarques et après plusieurs règnes de gloire.
L'histoire de l’'humme nous présente dans cet hémisphère quelques contrastes assez frappans, qui lui donnent un caractère tout particulier et qui méritent d’être signalés. Nous voyons par exemple, dit M. de Humboldt, l'usage du papier de pite ou maguey très commun chez les peuples
de la race Aztèque et Toltèque dès les temps les
plus reculés ; tandis que les Grecs et les Romains, à l’époque mème de leur plus grande splendeur, éprouvaient des difficultés pour se procurer du papyrus. Les Tollèques, que ce voyageur célébre appelle les Pélages du Nouveau- Monde, les Chichimèques, les Nahuatlaques, les Acolhues, les Tlascaltèques et les 4ztèques firent des migrations du nord au sud du Nouveau-Continent, presque contemporaines à celles qui eurent lieu dans la partie ocdentale de l’Ancien-Continent; mais, par une singularité bien remarquable, au lieu d’y apporter, comme celle-ci, la ruine et le carnage, au lieu d'y étouffer la civilisation , les migrations améri-
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les arts et les institutions sociales , dont il reste encore des vestiges incontestables parmi les péuplades de la côte Nord-Ouest. Un autre fait non moins remarquable, c’est que le Danemark, la Suède et la Russie étaient encore plongés dans la plus profonde ignorance , lursque les peuples du plateau d’Analiuac avaient déjà fait d'assez grands progrès dans la civilisation et jouaient un rôle si brillant parmi les nations du Nouveau- Monde. Mais malgré l’usage des peintures hiéroglyphiques répandu d’un bout à l’autre de l’Amérique, aucune nation pas mème la Mexicaine, dont la peinture symbolique était plus perfectionnée et qui possédait même quelques germes des caractères phonétiques dans la représentation des noms propres, ne s’est élevée à l’invention d’un seul alphabet, ni mème d’un système d'écriture semblable à celui des Chinois, tandis que nous voyons les autres parties du globe nous offrir tant d'alphabets inventés à différentes époques, avec des formes si variées et d’après des systèmes si différens. Cependant nous avons vu tout récemment les Tcherokis (Cherokees) faire de granüs progrès dans la civilisation ct créer un alphabet pour écrire leur propre langue; cetalphabet est en grande partie syllabique. IL est aussi curieux de voir la culture des céréales, la vie pastorale et l'usage du lait se perdre sur l’Ancien- Continent dans la nuit des temps, tandis que les habitans de l'Amérique, avant l’arrivée des Européens, ne cultivaient d’autres graminées que le maïs ou zéa, n'élevaient aucun troupeau el ne se nourrissaient d'aucune espèce de laitage, quoique des pâturages aussi vastes qu'abondans , et deux espèces de bœufs indigènes dans l’Amérique-du-Nord, eussent pu changer les sauvages chasseurs en bergers paisibles, et remplacer par l’usage du lait une nourriture moins abondante et achetée par tant de peines et de dangers.
La propagation étonnante des chevaux et des
bœufs européens, soit domestiques, soit deve-
nus sauvages, a produit une véritable révolution dans la manière de vivre de plusieurs nations américaines. Les Guaycurus, les Chunchi, les Leuvuches, les Huilliches et les Peliuenches au sud, les Jelans, les Apaches , les Cumanches et les Tancurds au nord, grâce au cheval qu'ils ont su dompter et dont ils pussèdent de nombreux troupeaux, sont devenus de veritables Tartares. Montés sur ces animaux, ils font de fréquentes excursions à de très grandes distances, et répandent partout le pillage et la désolation. Les Æbipons , les Minuanos et les Charruas dans la ci-devant vice-royauté de Buenos-Ayres, et, parmi les nations Colombiennes, les Outlachouts (Oolashoots), les Tchopounnich (Chopunnish), les Chochonis (Shoshonees) et les Sokulks, ensuite les £Echelouts (Esheloots), les Enechures (Eneshures) et les Tchillouckillequaus (Chilluckittequaws) possèdent aussi un grand nombre de ces utiles animaux, dont ils se servent constamment dans leurs courses et dans leurs guerres. Les Peons espagnols dans la confédération du Rio de la Plata et les Sertanejos
portugais dans les provinces brésiliennes.de San- Pedro, de San-Paulo , de Pernambuco et de Rio- Grande-do-Norte se youent entièrement à garder les plus grands troupeaux de.bœufs du globe, et ont acquis par, ce genre.de vie toute.la férocité des nomades de l'Asie, Occupés sans cesse à monter à cheval , à jeter le lacet et à rassembler les besliaux, ces hommes féroces, mais hospitaliers, ont contracté des habitudes. inconnues aux nations civilisées dont ils descendent, et croupissent dans la plus profonde ignorance, il est juste, cependant de faire observer que parmi ces pâtres. ceux de la Banda-Orientale, qui vivent loin: des femmes, au milieu d'immenses solitudes sont les plus abrutis et les plus vicieux; tandis que lespaisibles bergers du Tucuman qui, vivent réunis.en pelites peuplades, offraient ayant les guerres qui désolent ces vastes plaines, les mœurs innocentes de l'antique Arcadie; de jeunes counles, dit un géographe célèbre, y improvisaient même au son d'une guitare des chants alternatifs dans le genre de ceux que Théocrile et Virgile ont tant embellis. ù
Nous avons signalé ailleurs les singularités les plus remarquables qu’offrent les peuplesbarbares ou sauvages de l'Amérique. Ici nous nous arréterons un instant pour contempler cette foule de nations si différentes pour la langue, les mœurs, les usages etles croyances religieuses, mais presque toutes. nomades et belliqueuses, qui vivent dans la Région nommée Missouri Colombhienne dans!” 4tlas ethnographique du Globe; clleembrasse les vastes solitudes de la partie moyenne de l'Amérique-du-Nord comprise entre le Mississipi et le Grand-Océan, Nous.croyoos devoir le faire, d'autant plus que, à l'exception des peuples Esquimaux et de quelques autres peuplades des deux Amériques, ce que nous en dirons peut s'appliquer jusqu’à un certain point à toutes les autres nations non civilisées du Nouveau-Monde. Semblables sous plusieurs, rapports aux grandes nations nomades de l’Asie-Moyenne, ces nations en diffèrent essentiellement par leur nombre très borné, par la vie pastorale qu'clles.ne connaissent guère, et par leur élat social. beaucoup moins avancé. inutilement les vastes plaines: du Missouri et de ses grands afflueas et le superbe bassin de l'Oregon ou Colombia se parent chaque année de pâturages abondans, de plusieurs végétaux utiles à la vie sociale , et sont parcourues par d'immenses troupeaux. de bœufs, musqués, de bizons et de chevaux , leurs stupides habitans végètent au milieu de ces trésors que la nature bienfaisante étale devant eux, sans songer à en tirer aucun parti. Livrés à-la-foisà tous,les maux qu'entrainent la disette et l'état de guerre perpétuelle dans lequel elles vivent, ces nations abruties ajoutent à leurs souffrances celles, que leur imposent. des superstitions et des: usages aussi absurdes que barbares. Les produits de la chasse chez toutes, ceux de la pèche dans la partie inférieure du bassin de l’'Oregon ou Colombia, et ceux d’une agriculture. encore, très, imparfaite chez quelques tribus qui chassent daas le bassin du Missouri, forment, à quelques exceptions près, la subsistance précaire de tous ces peu-
ples, Quoique le voisinage et le commerce des Européens semblent n'avoir servi qu'à ajouter des maladies destructives et le vice de l'ivrognerie aux vices et aux souffrances auxquels elles étaient déjà livrées, il est cependant juste d’avyouer que quelques-unes de ces nations offrent des commencemens d'un état social développé naturellement chez elles et supérieur À celui des peuples abrutis d'autres régions du Nouveau-Monde. Le philanthrope se réjouit même en voyant la marche lente, mais toujours progressive de la civilisation européenne, et les heureux résultats obtenus depuis le commencement du siècle actuel parmi quelques-unes des nations de ce groupe. Il ne voit peut-être pas éloigné le moment où le manque d'espace, assez vaste pour pouvoir fournir suffisamment à une subsistance précaire due à la chasse ou à la pêche, forcura ces peuples nomades à renoncer à leur vie vagabonde pour se livrer à la vie pastorale ou agricole et jouir detous les avantages physiques et moraux qui en sont les suites.
L'anthropophagie nulle part n'était jadis plus répandue que dans le Nouveau-Monde, où elle parait mème avoir été en vigueur chez presque toutes les nations de l'Amérique-Méridionale. Les Tupinambas, les Tayabares, les Cahetès, les Pétigoares etles Tapuyas dans le Brésil, les nombreuses nations du Pérou, avant l'apparition de Manco-Capac sur le plateau de Titicaca, etles Caribes qui dominaient dans l'archipel des Antilles et le lung des côtes entre l'Amazone et le golfe de Maracaybo, sont les nations principales que l'histoire signale parmi les anthropophages de cette partie du Nouveau-Monde. Maintenant l’anthropophagie règne encore parmi les Botecudos, les Purys, les Bougres, les Mundrucus et quelques autres tribus brésiliennes, parmi les Daricavanas, les Puchirinavis, les Manilivitanos, les Guaypunabis, les Guagas, les Carapuchos, les Guajaribes, dans la cidevant Amérique Espagnole du Sud, et parmi quelques tribus Caribes le long de l'Orénoque. Les Tapuyus de la ci-devant capitaiuerie de Porto-Seguro mangeaient mème à ce qu'on assure les corps de ceux qui mouraient parmi eux, et c'étaient les devins qui étaient chargés de préparer cet horrible festin; es Capanaguas ne dévorent les chairs rôties de leurs morts, que sous prétexte de les honorer, Nous rappellerons à ce propos que cette coutume cruelle et bizarre, que les anciens auteurs attribuent aussi aux Scythes et aux Massagètes, est inconnue aux nations abrulies du bassin de l'Orénoque. « L'anthropophagie, dit M. de Humboldt, n’est parmi ces peuples que l'effet d'un système de vengeance; ils ue mangent que des ennemis faits prisonniers dansun combat; les exemples où, par un raffinement de cruauté, l’Indien mange ses parens les plus proches, sa femme, une maîtresse devenue infidèle , sont extrêmement rares.» Quoique les vieillards jouissent d'une grande considération parmi les tribus à demeures fixes et même chez plusieurs nomades, on assure cependant que parmi les Sioux , les Assiniboins et les peuples chasseurs du Missouri, ainsi que parmi plu-
sieurs autres nomades des deux Amériques , les malheureux qui ne pores plus suivre la tribu dans ses courses sont impitoyablement abandonnés par leurs enfans au milieu des hais, où ils meurent bientôt de faim, ou deviennent la proie des bêtes féroces,
D'un bout à l’autre du Nouveau-Monde , chez les peuples non civilisés, la femme, au lieu d’être la compagne de l'homme dans ses plaisirs et dans ses peines, n’esten général que sun esclaye et pour ainsi dire sa bête de somme, Ce sont les femmes qui supportent tous les travaux les plus pénibles . qu sont chargées dela construction descabanes,
ela préparation des ne pour les habillemens et du transport des effets lorsque la tribu change de domicile, C'est seulement parmi quelques peuplés de la grande famille colombienne, tels que les Sokulks, les Chochonis (Shoshonees), les Ciatsops et les Tchinnocks, ainsi que parmi les Guay curus du Brésil et parmi un petit nombre d'autres nations des deux Amériques que les femmes sont mieux.traitées, et qu'elles jouissent même d'une considération presque égale à celle de l'homme. Les Américains n'ont en général qu'une seule femme : on prétend même que quelques nations ont en horreur la polygamie, comme les Cocamas, les Moxos, les Chiquitos et les Panos. On a trouvé la polygynie en vogue chez quelques hordes d’Ævanos et de Maypures, où
plusieurs frères n'ont, comme à Ceylan et au
Tibet, qu'une seule femme en commun. Néanmoins on trouve également des peuples polygames dans les régions équinoxiales et dans les hypérboréennes. Toutes les nombreuses hordes répandues jadis le long des côtes du Brésil et connues sous le nom impropre de Tupi, étaient polygames à l'exception des Tupinambus de Per nambuco et de quelques autres, et punissaient l'adultère de la peine de mort; les Machakalis l'étaient aussi, et les Araucans, dans le Chili, le sont encore. Les Chochonis (Shoshonees) et autres tribus de la nation Serpens (Snake) sont communément polygames, mais les femmes qui appartiennent au même homme ne sont pas généralement des sœurs comme chez les Minnelariéset les Mandanes. Plusieurs individus chez les Killamuks, les ape les Tchinnocks (Chinnocks), les Cahtla et autres peuples Colombiens sont aussi polygames; de même on en rencontre plusieurs chezles Chipiouans, nation nombreuse et hyperboréenne qui vit à côté des Esquimaux.
ptvisi0ow, Le Nouveau-Monde, regardé sous le rapaatk purement géographique, offre d’abord deux grandes divisions : le Continent et les Iles qui l’environnent.
On donne le nom d’Amérique-Continentale ou de Nouveau-Continent à la pen on appelle Amérique-Inaire la seconde. La nature et l'usage
ont encore subdivisé l’Amérique-Continentale en Amérique du Nord, que quelques géographes ont proposé de nommer Colombie, et en Amérique du
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