‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 2)Chapitre 449 sur 628 · REPUBLIQUE DE LA NOUVELLE-GRENADE · texte numérisé non relu

REPUBLIQUE DE LA NOUVELLE-GRENADE

d'homme (andar en cargucro), comme on dit aller à cheval. Aucune idée humiliante n'est attachée au métier de carguero. Les hommes qui s’y livrent ne sont pas des Indiens, mais des Métis, quelquefois même des Blancs. Les car- &ueros portent communément 6 à 7 arrobas ou 765 à 88 kilogrammes; il y en a de très robustes qui portent jusqu'à 9 arrobas. Quand on réfléchit, dit M. de Humboldt, sur l'énorme fatigue à laquelle ces malheureux sont exposés en marchant huit à neuf heures par jour dans un pays montueux ; quand on sait qu'ils ont quelquefois le dos meurtri comme des bêtes de somme , et que des voyageurs ont quelquefois la cruauté de les abandonner dans la forêt, lorsqu'ils tombent malades ; quand on pense qu'ils ne gagnent, dans un voyage d'Ibague à Cartago , que 12 à 14 piastres ou 60 à 70 francs dans l’espace de quinze jours, quelquefois mème de vingt-cinq ou trente jours, on a de la peine à concevoir comment ce métier de carguero, un des plus pénibles de ceux auxquels l'homme se livre , est embrassé volontairement par tousles jeunes gens robustes qui vivent aux pieds des montagnes. Malgré cela leur nombre est si grand au Choco , à Ibague et à Medellin, que l’on en rencontre quelquetois des files de cinquante à soixante. Les mines du Mexique offrent aussi une classe d'hommes qui n’ont d'autre occupation que celle d'en porter d’autres sur leur dos. Dans ces climats, continue M. de Humbotdl, la paresse des blancs est si grande, que l’on voit des directeurs des mines avoir à leur solde un ou deux Indiens qu’on appelle leurs chevaux (cavallitos), parce qu'ils se font seller tous les matins, etqu’appuyés sur une pelite canne, et jetant le corps en avant, il portent leur maitre d'une partie de la mine à l’autre. Parmi les cavallilos et les cargueros , on distingue et l’on recommande aux voyageurs ceux qui ont le pied sùr et le pas doux et égal. On est peiné d’entendre parler des qualités de l’homme dans des termes qui dési. gnenl l'allure des chevaux et des mulets.

Dans le DEPARTEMENT DU CAUCA : Po- PAYAN , Située sur le fleuve de ce nom, dans une position des plus belles qu'on puisse imaginer; mais au pied des grands volcans de Puracé et de Sotara. Plusieurs beaux édifices vrnent cette ville ; la rue de Belem est sa plus belle partie. Cependant ses places n’ont rien de remarquable et la plupart des maisons qui les entourent tombent en ruine, depuis qu'on s’est battu dans la ville. La gucrre a porté un grand dommage à son com- : merce et à son industrie , et a contribué à diminuer sa population, qu'on n’estime plus qu’à 7000 àmes. Malgré ses pertes Popayan est encore une des villes principales de la Colombie par son hôtel des monnaies, par son évéché, par son universilé du second rang, par son collège et parce qu'elle est l’entrepôt commercial entre Quilo et Bogota. En 1826 on y publiait un journal.

Dans les environs de Popayan on trouve le petit village de Puracé, célèbre dans le pays à cause des belles cascades de la rivière Pusambio , dont l'eau est acide, ce qui l'a fait nommer ÆRio-Pi. nagre , par les Espagnols. Elle forme trois cascades, dont les deux supéricures sont très con-

sidérables ; la hauteur de la seconde est de plus de 120 mètres, Nous nommerons ensuite : Cat, petite ville, importante par sa population, son collège et son commerce; CARTAGO, par son

pour faciliter la navigation ; PorrorELLo, très petite ville, importante par la beauté de son port, et mal famée pour son climat délétère, qui lui a valu le triste surnom de sepullura de los Euro-

commerce ; BAnBACOAS, par ses riches mines peanos (tombeau des Européens). Malgré ce

d’or, et Pasro, remarquable par la grande élévation du plateau sur lequel elle est située ; c'est une plaine entourée de volcans et de soufrières, qui dégagent continuellement des tourbillons de fumée, et à laquelle on n'arrive qu'à travers des ravins profonds et étroits comme les galeries d'une mine, Les malheureux habitans de ces déserts ne recueillent de leur sol aurifère que des patates. Iscuanne, misérable et très petite ville, située au pieü de la Cordilière , importante par la belle qualité de platine qu'on relire des riches mines de ce métal situées dans son voisinage. SAN-BUENAVENTURA , misérable hameau, très im : portant par la belle baie de son nom , qui est fréquentée par plusieurs vaisseaux marchands.

Quinoo, chef-lieu de la province du Choco , une des parties les moins peuplées de la Colombie et une des contrées les plus humides que l'on connaisse, mais aussi une de celles qui, eu égard à son étendue, produit le plus d’or etde platine. Nous avons déjà signalé à la page 1040 la singulière méprise des géographes et des carlographes relativement au chef-lieu de cette province.

Dans le DEPARTEMENT DE L'ISTHME : Pa-

grand inconvénient on y a tenu pendant longtemps une des plus riches foires du monde.

Le gouvernement colombien a diminué son insalubrité, en faisant abattre une partie des bois qui, s’étendaient jusqu'à ses portes. Sa population que quelques géographes portent jusqu’à 8000 âmes, n'était il y a quelques années que de 1122 habitans. Sanri460, petite ville d'environ 5000 habitans. Mais avaut de quitter ce département nous devons dire un mot sur la péche des perles, dont on exagère tant la richesse, et sur une colonie qui s’est formée dans ces dernières années et sur laquelle les géographes gardent le plus profond silence, malgré son importance et la singularité de son origine. Cette colonie a été fondée audessous du cap Blas sur la côte de Darien, par sept pêcheurs, dont trois Anglais, deux Américains et deux Colombiens ; elle comptait déjà, il y a plusieurs années, 120 personnes de tout âge. Leur occupation principale est la pêche des tortues et la vente de leur chair fraiche ou salée, de l'huile et de l'écaille qu’ils en retirent. Depuis elle a vendu annuellement pour la valeur de 700,000 fr, La péche des perles a été cédée en 1823, pen-

NAMA , chef-lieu du département de l’Isthme , ville dant 10 ans par te congrès à une compagnie anépiscopale, bien bâlie, au fond d’une vaste baie glaise, qui arme depuis lors deux bâtimens, dont et sur une péninsule formée par la côte méridio- l’un est chargé de pêcher dans les parages de la nale de l’isthme auquel elle donne son nom. La mer des Antilles, surtout près du Rio-Hacha; cathédrale et le collège sont ce qu'elle offre de l’autre dans ceux de l'archipel de las Perlas, que plus remarquable. En 1826, on ÿ publiait deux nous avons dit appartenir à ce département. On journaux, Panama est une place forte du second nous a assuré, il y a quelques années, que les rang ; elle servait autrefois d’entrepôt aux tré- produits de cette pèche étaient si peu considérasors du Pérou destinés pour l'Espagne ; elle fait bles, que les actionnaires avaient l'intention d'a-

encore un commerce important. On nous assure que sa population, qu'on à étrangement exagérée, n'arrive pas même à 10,000 âmes. Panama n'a réellement pas de port; on n’y voit ni quai, ni bassin, ni chantier ; la rade est fort mauvaise à cause des vents du nord qui y sont quelquefois très violens. Nous rappellerons au lecteur que l'on a entièrement abandonné le projet de couper l'isthme par le canal mentionné à la page 928; mais on nous assure que l'on s'occupe du projet d'un chemin en fer, qui meuetait de Portobello à Panama ou à Chorrera, en profitant cevendant de la rivière de Crurès que l'on rendrait vavigable le plus haut possible. «

Viennent ensuite CuonnenA et Los SanTos , petites villes de 4000 âmes, population très forte pour une province si mal peuplée, et assez importantes par leur commerce; on les cherche en vain sur des cartes récentes signalées comme les meilleures, quoique l'on ÿ trouve indiqués bicn d'’autreslieux, qui n’ont aucune importance etqu comptent à peine quelques centaines d’habitans. NaTA, dont la population dépasse 4000 âmes; Cauces, petite ville d'environ 1200 habitans, mais assez commerçante , étant l'entrepôt entre Panama et Portobello ; Cuacres, dont la population w'arrive pas à 900 âmes, mais importante par le

fleuve qui l'arruse , dont le lit doit être amélioré

bandonner leur entreprise.

Dans le DEPARTEMENT DU MAGDALENA :

CARTHAGÈNE , Ville épiscopale, située sur une ile sablonneuse , non loin du Magdalena et chef-lieu du département de ce nom. Carthagène a un des plus beaux ports de l'Amérique, etestla station ordinaire d’une partie de la marine militaire de toute la Colombie et la première place forte de cette ci-devant république; mais ses fortifications ont besoin d’être réparées en plusieurs endroits.Quelques églises, quelques couvens etsurtout ses immenses citernes sont les constructions les plus importantes de cette ville, qui possède une université du second ordre , une école de navigation et un collège. On doit cependant avouer qu’en général Carthagène offre un aspect lugubre, ce qu’elle doit en partie à ses longues galeries, à des colonnes basses et lourdes, à desrues étroites et sombres et à des terrasses trop saillantes, qui y dérobent la moitié du jour. Malgré tout ce qu’elle a souffert pendant la guerre de l'insurrection, Carthagène compte encore environ 18,000 habitans en y comprenant ceux du faubourg Gimani, qui communique avec la ville par un pont de bois. Elle est encore le centre d’un commerce étendu etde communications régulières entretenues par des paquebots avec l'Europe, les Etats-Unis et les Antilles.

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Tunsaco, village indien, où se retirent pendant les grandes chaleurs les personnes les plus riches de Carthagène ; dans la forèt voisine s'élèvent 18 à 20 petits cônes, dont la hauteur n'est que de 7 à 8 mètres ; les indigènes les appellent les Folcancitos (les Petits-Volcans), à cause des éruptions d'air qui ont lieu à de très petits intervalles accompagnées d'un bruit sourd et assez fort. Souvent ce phénomène est accompagné d’une éjection boueuse comme dans les volcans semblables de Macalouba et de Taman, que nous avons mentionnés aux pages 418 ct 555. EL-CARMEN, petite ville, regardée comme le lieu le plus salubre de la province de Carthagène. Toiu, renommée par son baume. Moupox, importante par sa population, qu’on porte à 10,000 àmes, par son collège et par son commerce.

OcaKa, ville très petite, mais remarquable par le congrès qu'on y a tenu en 1828, et parce qu'on a eu le projet d'en faire la capitale de toute la Colombie, SanTA-ManrA , ville épiscopale , importante par ses fortifications, son port et son commerce ; on lui accorde 6000 habitans. Ce nombre doit être sûrement bien diminué après le terrible désastre qu’elle éprouva en 1834 par le tremblement de terre qui y fit tant de ravages et qui fut accompagné de l’éruption d'un volcan. Santa-Marta a été déclarée port-franc. Rio-HacuA, remarquable par la pèche des perles qu'on fait dans ses parages et dont nous venons de parler, elle a un port et compte un millier d’habians.

Dans le DEPARTEMENT DE BOYACA : Tux, autrefois riche, populeuse et florissante , et aujourd'hui en grande partie ruinée et déserte, malgré l’université du second ordre cet le collège qu'on y a établis. C’est à Tunja qu'avant l'arrivée des Espagnols résidait le zaque ou roi des Muyscas, nation très puissante, maitresse alors du plateau de Bogota. De même que les daponais, les Muyscas étaient gouvernés simultañément par deux chefs : l’un d'eux, espèce de pontife, résidait à lraca , oü ilétait, comme le Dalaï-Lama et le Daïri, l'objet de la vénéralion d’un grand nombre de pélerins qui allaient lui offrir des présens: l’autre, qui était le chef politique, ou le roi, avait le titre de zague et résidait à Tunja ; les z/ppa ou princes de Bogota lui payaient un tribut annuel. Les Muyscas adoraient le solcilet avaient fait de si grands progrès daus la civilisation, qu’on peut les regarder, après les Mexicains, les Zapotèques, les Péruviens, les Queches et les Kachiqueles, comme la nation indigène la plus policée du Nouveau- Monde. Les Muyscas paraissent avoir eu des hiéroglyphes dans le genre de ceux des Mexicains; ils possédaient trois calendriers différens, représentant leurs trois années , rurale de 12 à 13 lunes , ecclésiastique de 37 lunes et civile de 2 lunes. Ce peuple est aussi remarquable pour avoir eu la semaine la plus petite offerte jusqu'à présent par l’histoire de la chronologie, n’étant composée que de trois jours. Le monument muysca le plus curieux que l’on possède est le calendrier lunaire sculpté sur une grande pierre , découverte vers la fin du xvin siècle. 11

VELLE-GRENADE. 1047 est bon de rappeler que les Muyscas, aiñsi queles Arcadiens, avaient une antique tradition d'un temps où la lune n'accompagnait pas encore la terre. Celle idée, qui ne renferme aucun sens symbolique, semble confirmer la présomption d'anciennes communications eutre l'Europe et l'Amérique,

Les autres lieux le plus remarquables sont :

Poyaca, petite village, remarquable par la bataille perdue en 1819 par les Espagnols ; il donne le nom au département. Cuinquiquira, petite ville, qu'on peut regarder comme la Notre- Dame de Lor'elle de la Colombie, à cause du grand nombre de pélerins qui accourent de tous les côtés pour y visiter l’image de la Sainte-Vierge conservée dans l'église des Dominicains et pour lui faire des offrandes. Sanra-Rosa , la mieux bâtie ct la plus peuplée de toute la province de Tunja. Socawoso, petite ville assez florissante, quoique très déchue en comparaison de ce qu'elle était lorsque, sous la domination des Muyscas, un grand nombre de pélerins allaient visiter son temple du soleil et assistaient tous les quinze ans à la célébration du sacrifice humain, qui devait marquer l'ouverture d’une nouvelle éndiction ou cycle de quinze années. La victime était appelée guesa, qui veut dire errant, sans maison. C'était un enfant que l’on arrachait à la maison paternelle. 11 devait nécessairement être pris d’un certain village situé dans les plaines appelées maintenant les Llanos de San-Juan. Le guesa était élevé avec beaucoup de soin dans le temple du soleil jusqu'à l’âge de dix ans; alors on le faisait sortir pour le promener par les chemins que Bochica avait suivis, à l’époque où, parcourant les mêmes lieux pour instruire le peuple, il les avait rendus célèbres par ses miracles. À l’âge de quinze ans, lorsque Ja victime avait atteint le nombre de sunas égal à celui que renferme l'indiction du cycle muysca , elle était menée en procession par le suna, qui donnait son nom au mois lunaire. On la conduisait vers la colonne, qui parait avoir servi pour mesurer les ombres solsticiales ou équinoxiales et les passages du soleil par le zénith. Les prêtres, æeques, suivaient la victime; ils étaient masqués comme les anciens prêtres de l'Egypte. Les uns représentaient Bochica, qui est l’Osiris ou le Mithra de Bogota , auquel, dit M. de Humboldt, on attribuait trois têtes, parce que, semblable au Trimourti des Hindous , il renfermait trois personnes qui ne formaient qu’une seule divinité ; d’autres portaient les emblèmes de Chia, la femme de Bochica, Isis, ou la lune; d’autres étaient couverts de masques semblables à des grenouilles, pour faire allusion au premier signe de l’année ; d'autres enfin représentaient le monstre Fomagata, symbole du mal, figuré avec un œil, quatre oreilles et une longue queue. Lorsque la pro- cession , qui rappelle les processions astrologiques des Chinois et celle de la fête d'Isis des anciens Egyptiens, était arrivée à l'extrémité du suna, on liait la victime à la colonne qui s'élevait dans une place circulaire, et une nuée de flèches la couvrait. On lui arrachait immédiatement le cœur pour en faire offrande au Rot Soleil, à

1048 AMERI Bochica. Le sang du guesa était recueilli dans des vases sacrés. Cette cérémonie barbare, dit M. de Humboldt, présente des rapports frappans avec celle que les Mexicains célébraient à la fin de leur grand cycle de 52 ans.

Nous nommerons encore dans ce département :

PampLonA , petite ville très déchue, malgré son collège et la richesse des mines d’or et de cuivre de ses environs. SAN-Jose DE Cucura, importante par sa population. Rosankio DE Cucura, remarquable par les séances du congrès, qui en 4821 donna la première constitution à la Colom-

Cette république a enfin terminé la grande affaire des limites, avec celle de la Nouvelle-Grenade , et paraît même commencer à jouir des bienfaits de la paix intérieure, qui depuis la dissolution de la Colombie, y a été continuellement troublée. D’après la nouvelle organisation, son territoire est divisé en 8 provinces, que l’Al/gemeine-Zeitung, journal auquel nous les empruntons, nomme de la sorte : Quito, Chimbora- 20, Imbabura, Guayaquil, Manabi, Cuenca, Loxa , et l’Archipel de Gallapagos. N'ayant aucun moyen d’en connaître les subdivisions , nous ‘offrons dans le tableau ci - dessous les trois départemens de la ci-devant république de Colombie, qui correspondent à la

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