‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 628 · VUES GÉNÉRALES SUR LA GÉOGRAPHIF · texte numérisé non relu

VUES GÉNÉRALES SUR LA GÉOGRAPHIF

INTRODUCTION

dre, le moment ne nous parait pas encore venu d’entrer dans tous les détails du plan et de la distribution des diverses

arties qui le composent : nous sentons le Dent e faire connaître auparavant les idées générales qui ont dominé tout l’ensemble de ce travail.

SI. Bornes de la géographie. — Séparation de la géographie et de la statistique.

« La confusion extrême que l’on voit régner , tant dans les définitions fondamentales que dans les attributions et la circonscription des diverses branches de la géographie, me paraît provenir, chez quelques auteurs, de l’isolement plus ou moins complet dans lequel ils ont envisagé la géographie, et du point de vue sous lequel ils ont examiné quelques connaissances qui l’avoisinent ; chez d’autres ce sont des études spéciales qui les ont fait par trop abonder dans certaines parties de cette science, en même temps qu’ils en négligeaient de plus importantes ; beaucoup encore ayant mal saisi l’ensemble de la géographie et de ses divisions prineipales, ont gardé le silence sur plusieurs de ses divisions, les ont faussement désignées, les ont confondues ou placées entre elles dans des rapports inexacts ; enfin quelques écrivains ont compris dans la géographie une foule de choses qui en sont tout-à-fait distinctes. C’est ainsi que, pour ne point s’être attachés à classer d’abord cette science dans l’ordre qu’elle doit occuper dans le tableau des connaissances humaines , pour ne point s’être occupés à définir et à tracer les liaites de celles qui en approchent le plus près, la plupart des tuteurs allemands enveloppent la géographie dans la statistique , tandis que presque tous les Français comprennent dans celle-ci les nombreux rameaux de la première ; c’est ainsi que l’économie , l’arithmétique politiques ont été confondues avec la statistique ; la cosmogra- Phie dans la géographie et même dans la {0pographie ; la géologie dans la géobraphie physique ; c'est ainsi qu’on a placé, tantôt dans la géographie, tantôt danse

la statistique, l’Aydrographie et la géognosie , la chorographie et la {upographie, et que resserrant souvent cette dernière dans la sphère étymologique de sa dénomination, on en a fait par fois la description universelle d’un pays étendu.»

Ainsi s’exprimait, en 1819, M. le baron de Férussac , dans son mémoire sur la nécessité de fixer et d'adopter un corps de doctrine pour la géographie et la statistique. Nous pourrions apporter les résultats de notre propre expérience à l'appui des justes plaintes de ce savant. Mais nous nous contenterons d’ajouter quelques réflexions relatives à la statistique, parce que c’est à cette dernière science que des mains peu exercées ont, de nos jours, fait le plus d'emprunts mal calculés.

La géographie étant la description de la terre en général et de ses divisions politiques en particulier, on voit que cette science , pour étre traitée complètement doit recourir à plusieurs autres, Mais ce serait en faire une véritable encyclopédie, et la rendre inaccessible au plus grand nombre de lecteurs, que de vouloir y comprendre la cosmogonte , Puranographie, l'astronomie, la géologie, l’histoire naturelle dans ses différentes branches, la physique, la metéorolugie, l'anthropologie, la statistique, l'économie politique , le dessin et la cartographie, l’histoire ancienne, celle du moyen äâge et l’histoire moderne, l'archéologie, l'ethnographie et une foule d’autres sciences qu’il serait fastidieux d’énumérer , et avec lesquelles la géographie à des points de contact plus où moins nombreux. Les principaux faits de quelques-unes de ces scien-

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ces seulement doivent y étre indiqués , mais aucun ne doit y être décrit et traité en détail, la connaissance en étant présupposée. La surface, la population absolue et la population relative, les revenus et la delle, les /orces de terre et de mer étant les principaux élémens de la force et des ressources d’un état , entrent également dans la sphère de la géographie et dans celle de la statistique, mais avec cette différence que le géographe se contente des résultats généraux, et que le statisticien descend dans les détails de chacun de ces élémens. Ainsi, par exemple, le premier se contente de savoir que la surface de la France est de 154,000 milles carrés ; que sa population absolue en 1826 était de 32,000,000 d’habitans ; que sa population relative était de 208 habitans par mille carré ; que son revenu à la même époque était de 987,600,000 francs; que sa dette montait à 3,900,000,000 francs; que son armée était de 279,957 hommes, etc. Le second au contraire veut savoir quelle portion des 154,000 milles carrés est destinée à la culture des céréales où aux pâturages, quelle autre est occupée par des vignobles, des potagers, des jardins et des vergers, par des cultures particudières, ou bien par des bois, par des ferres inculles, par des routes, rivières, montagnes et rochers; combien de ces milles carrés sont envahis par des propriètes bâties, par des étangs, par des murais, par des mines et carrières, etc.

Le statisticien ne se borne pas à savoir que la France à 32,000,000 d'habitans ; mais il veut connaître comment cette population est partagée sous le apport elhnographique et religieux, pour juger par là de la force ou de la faiblesse de l'état, selon le plus ou le moins d’homogénéité entre les élémens dont la population se compose ; car en général, un état composé d’habitans parlant tous la même langue et professant tous la même religion offrirait plus d’élémens d'union et par conséquent plus de force et de durée, que celui qui serait formé par l'agglomération de plusieurs nations parlant des idiomes différens et professant des religions diverses. Lestatisticien veut en outre savoir combien, sur ces 32,000,000 d’habitans, il y en a du sexe masculin et du sexe féminin, combien de célibataires, de gens mnariés

et de veufs, et comnent les uns et les autres se divisent sous le rapport de l’âge; combien sont propriélaires, adonnes au commerce, aux manufactures, ou.

à la navigation; combien appartiennent à l’état ecclésiastique où à. l’état militaire; combien sont employés dans les différentes administrations du royaume; combien se livrent aux arts libéraux; quel est le nombre des écoliers, des pauvres, des prisonniers, des criminels; combien il y a d'enfans illégitimes; dans quel rapport les #aissances sont aux décès, les naissances aux mariages, et une foule d’autres choses qui sont du domaine exclusif de la statistique. Si le géographe se contente de connaitre la somme générale de la recette et de la dette, le statisticien entre dans tous les détails du budget , et veut savoir combien de millions sur les 987,600,000 ont été le produit de la contribution fonetere, de la contribution personnelle ut mobiliére, etc. ; combien proviennent de l'enregistrement et des domaines ; combien des droits à l’importation et de ceux sur les sels; combien des droits sur les boissons, sur les tabacs, et enfin quelle à été la recette des postes et celle de la loterie, etc. Il demandera de plus quelle est la quote part de chaque département. En décomposant la dette en ses différentes parties, il veut savoir à combien monte la defte fondée, et à combien la dette flottante ; il distingue dans la première les rentes à 3 pour cent de celles à À à 4 172 et à 6 pour cent; il sépare dans la seconde, les né rêts aux receveurs généraux de ceux des bons royaux, des escomptes à la banque, des intéréts aux communes , etc.; il veut connaître la somme destinée chaque année à l'amortissement de la dette fondée, le nontant de la dette viagéère et celui des cautionnemens. 1l ne lui suffit pas de savoir que l’armée est de 279,957 hommes; mais il veut connaître la force des différentes armes qui la composent, le pied de paix, le pied de guerre et le nombre effectif sous les drapeaux, et en outre les départemens qui fournissent particulièrement les recrues de certaines armes , afin d’en conclure la différence que présente la taillecommune de l’homme ans les différentes régions du royaume.

INTRODUCTION

S IL. Reproches que l’on fait à la statistique. — Moyens de les éviter.

Si les géographes de profession, si méme les hommes qui ne s'occupent de la «science géographique que par occasion où nécessité, s'étaient tenus dans des bornes raisonnables et n’avaient admis dans leurs traités que des données statistiques pui= sées à de bonnes sources, en les signalant au lecteur et en indiquant l’année à laquelle ces données se rapportent, ils n’auraient pas attiré à la géographie et surtout à la statistique des reproches en apparence mérités. Le peu d’accord qu’on remarque entre certaines évaluations ne doit pas être attribué à l’imperfection des deux sciences, mais au peu de soin et d’attention de quelques écrivains, à l’ignorance, à la présomption ou à la mauvaise foi d’un grand nombre d’autres.

Dira-t-on que la statistique donne des résultats contradictoires, parce que trois auteurs écrivant en 1827, évaluaient la population de la France, le premier à 30,760,000 âmes, d’après le recensement fait à la fin de 1821, en y comprenant l’armée et la flotte; le second à 30,485,291 pour la même année, en faisant abstraction de l’armée et de la flotte; le troisième à 31,845,428, d’après le recensement qui eut lieu au commencement de 1827? Osera-t-on soutenir que la statistique n’aboutit en définitive qu’à des groupes de chiffres illusoires et indignes de la confiance des esprits sérieux, parce qu’en dépit de tous les calculs et de tous les raisonnemens auxquels nous nous sommes livré, appuyés sur le recensement de l’année 1819, pour prouver que la population du Portugal continental s'élevait en 1822 à 3,173,000 âmes, deux savans estimables, mais étrangers à cette science, reproduisant les anciennes évaluations approximatives faites en 1798 et basées sur le nombre de feux, la portaient contre toute probabilité en 1827, l’un à 3,680,000, l’autre à 3,683,400 âmes? Est-ce à l’imperfection de la statistique qu’il faut s’en prendre si des littérateurs, si des savans recommandables, peu familiarisés avec les difficultés sans nombre qu’elle offre même à ses adeptes, commettent, lorsqu’ils se lancent dans une carrière si éloiguée de leurs études spéciales, les mépri-

ses les plus ridicules? L'un, par exemple, attribue à la seule ville de Boston la totalité des importations et des exportations de toute la confédération Auglo-Américaine; l’autre, confondant le mouvement du port de Liverpool avec sa marine marchande, fait monter cette dernière à 1,180,914tonneaux! nombre presque neuf fois plus grand que le tonnage de ce port, et qui dépasse la moitic de toute la marine marchande du Royaume-Uni. Celui-ci prétend prouver la supériorité morale des habitans du duché de Bade sur ceux du royaume de Wurtemberg, en fondant ses calculs sur des documens évidemment erronés, puisqu'ils lui donnent pour résultat définitif un seul accusé sur 1600 habitans dans le grand-duché de Bade, tandis que, selon ces mêmes documens le royaume de Wurtemberg n’en compterait pas moins d’un sur 169! celui-là voulant estimer la surface des principaux états du globe puise ses chiffres à des sources diverses et range dans une même colonne, en prétendus milles carrés allemands de 15 au degré, des évaluations dont les unes sont réellement exprimées dans cette mesure, mais dont plusieurs autres ont pour véritable unité le mille géographique de 60 au degré et même le mille anglais de 69 :

au degré : d’où il résulte que la Chine est représentée dans ce tableau comme ayant une surface supérieure à plus de la moitié de toute la partie terrestre du globe!

On doit avouer que si la statistique particulière a produit déjà un grand nombre d'ouvrages d’un mérite réel, il n’en est pas de même de la statistique générale, malgré les profondes connaissances et les travaux remarquables de quelques savans.

Les travaux que nous avons eus à faire en ce genre nous ont prouvé que la stalistique générale est encore dans l’enfanee, pour ne pas dire au berceau, et que l’auteur le plus consciencieux est justement celui qui remplit le moins de colonnes, tant sont grandes les lacunes qu'offre encore cette science, nan-seulement pour les pays situés hors d'Europe, mais même pour presque toutes les contrées de cette partie du monde. Nos lecteurs peuvent s’en assurer facilement en parcourant les

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