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À LA GEOGRAPHIE
observations que rw ‘ons placées avant les tableaux statisti: . ; de l’Europe, de l'Asie, de l’Afrique, üe l’Amérique et de l'Océanie. Cette imperfection de la statistique générale est une conséquence naturelle du petit nombre de travaux spéciaux que l’on a publiés jusqu’à présent, et du peu de critique que l’on a mis, à quelques exceptions près, dans la rédaction de tous les résumés de Îa science. Il est temps que les personnes qui cultivent cette branche si importante et si ramifiée des connaissances humaines, s'imposent la loi d’une critique judicieuse. La méthode la plus simple serait de se vouer d’abord à des monographies, à des spécialités. On sait combien les sciences naturelles ont fait de progrès depuis que les naturalistes ont adopté celte marche. Pour se convaincre de ce que pourrait en attendre la science qui nous occupe, il suffit de jeter un coupd'œil sur les travaux des statisticiens spéciaux des divers états de l’Europe. La liste de ces écrivains utiles se trouve dans l'introduction des éditions précédentes.
Nous n’avons pas cru devoir la répéter dans celle-ci : des faits nouveaux à enregistrer nous rendent l’espace de plus en plus précieux. :
Ces travaux préliminaires étant achevés, lorsque, chacun de leur côté, ces hommes laborieux se seront mis en rapport avec ceux qui étudient les spécialités du même genre, chez plusieurs nations étrangères; lorsque les uns et les autres se seront bien compris sur les observations, les dates, les mouvemens à recon-
naître; lorsque ceux qui se sont voués à l'étude de la superficie et de la population absolue des principaux états de la terre, auront apprécié l'étendue des plaines, les montagnes, les lacs, les rivières, les causes physiques ou morales qui retardent ou accélèrent les progrès de l’agriculture, et enfin toutes les anomalies qu'offre la population; lorsque ceux qui ne craignent pas d'aborder les finances, en auront examiné avec attention et persévérance les diverses parties, auront étendu leurs investigations aux divers systèmes moné-— taires et les auront soumis à une évalua— tion uniforme, etc., ators, des auteurs de résumés réuniront en un même faisceau les faits reconnus par les statisticiens spécialistes. Alors aussi cesseront les
outes; alors plus de chances pour des interprétations mensongères où hasardées; alors nous ne verrons plus à la tribune, ou dans le conseil des rois, des hommes d'état se discréditer par les plus grossières erreurs; alors le négociant, mieux instruit, pourra combiner plus sûrement ses opérations; alors enfin les chefs des armées, plus éclairés sur les ressources:
des états, feront les préparatifs convenables pour assurer la subsistance de leurs troupes, et ne frapperont pas le pays conquis de contributions hors de toute pro-portion avec ses ressources. Grâces à cette marche la statistique s’assurera un rang distingué parmi les sciences positives et d'observation, et répandra des bienfaits:
réels dans toutes les classes de la société.
$ IL. Difficultés d'un travail géographique. — Moyen de les surmonter.
Le géographe ne doit emprunter les documens qu’il met en œuvre, qu'aux auteurs les plus dignes de foi, à ceux qui ont pu voir par leurs propres yeux les choses qu’ils ont décrites. Nous démontrerons plus loin que nous n’avons rien négligé sous ce rapport. Mais il ne suffit pas d’avoir recours aux meilleures sources, il faut savoir y puiser avec discernement.
Cet art dépend de connaissances positives et surtout d’une longue expérience.
Sans ces deux guides, on s’expose à donner comme actuel un ordre de choses qui, depuis long-temps n’existe plus; à reproduire d'anciennes conjectures, ad-
missibles, à la vérité, lorsque la science était moins avancée, mais qui doivent être remplacées par les faits positifs dont elle s’est enrichie depuis; à répéter enfin de vieilles erreurs, que le zèle éclairé ou les longues recherches de quelques savans ou bien les efforts co’:rageux de quelques voyageurs sont parvenus à déraciner de nos jours. Il faut posséder à fond l’histoire de la géographie, pour savoir choisir les meilleurs ouvrages à consulter dans la description de chaque pays, et l’art difficile de la critique, pour savoir apprécier le mérite différent des auteurs, par fois si nombreux, qui ont décrit la
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vi INTRODUCTION
même conirée, où qui en ont parcourt une partie, soit aux mêmes époques, soit à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres. Il faut avoir le moyen de discerner le vrai du faux, de réduire à
” leur juste valeur les ridicules prétentions
des auteurs nationaux, les préjugés vulgaires reçus comme des vérités incontestables dans le pays, la prévention de certains voyageurs contre le peuple qu'ils visitent, ou la partialité qui leur fait admirer toutes choses. H faut avoir le talent, si rare, de concilier le jugeinent quelquefoisdiamétralement opposé,que deux voyageurs.onL prononcé sur une même nation, sur. un même pays, sur une même ville, tantôt a des époques différentes, tantôt presque dans la même année. 11 faut conualtre enfin les sciences accessoires de la &éographie, pour n’admettre parmi la wultitude de données si diverses dont son cadre se remplit, que des faits sanctionnés par des juges compétens; car il ne suffit pas d’être sur les lieux pour apprécier l'exactitude de certains jugemens ou de certaines propositions, il faut encore posséder la science même à laquelle ils appartiennent.
« Rien, dit l’auteur spirituel des s0ouvenirs du golfe Persique, vien n’est plus remarquable que la fausselé des différentes descriptions que i’on a faites de ces rivages, sûns cependant qu’on puisse accuser les auteurs de ces descriptions d’inexactitudes volontaires. Moore, dans sa belle exposition de Lalla Rookh, ne mentionne pas une seule pierre précieuse, ou une seule fleur, sans s'appuyer de l’autorité de quelque voyageur digne de foi, et il est probable que tout ce qu'il décrit existe en effet; mais, après lavoir trouvé on aurait bien de la peine à le reconnattre, Ce sont des bancs de perles et des iles de palmiers, des bosquets de vignes et de grenadiers; mais une triste différence existe entre la peinture et le modèle. Dans le récit, tout est brillant, frais, embaumé; dans la réalité, les bancs de perles sont des tas infects de coquillages d’huitres; les bosquets. de palmiers sont de hideuses et chétives plantations, dont le vert pâle et fané se détache à peine de la couleur des rochers nus qui les entourent, et du sol brûlé qui les porte ; les thomas sont constamment couverts
une poussière blanche ; les zéphirs sont étouffans; le cristal des fontaines est une
eau saumâtre, et les flacons où brille le rubis liquéfié sont des bouteilles bouchées avec un chiffon et contenant du vin de Schiraz, qu’on prendrait pour du mauvais Porto, mèlé avec de la bierre. Rien ne ressemble moins à la mer verte des voyageurs et des poèles, parsemée d’Îles enchantées, étincelante de l’éclat des perles et rafraichie par des brises parfumées, que le véritable golfe Persique, avec ses rives sauvages et stériles, desséchées par une atmosphère qui semble menacer de destruction tout ce qui existe. » '
Des voyageurs modernes ont réduit à leur juste valeur les pompeux éloges que, sur l'autorité des auteurs persans, on prodiguait à l’excellence du climat de Schiraz; et M. Képhalide a trouvé que la vallée de Noto en Sicile, qu'on représente comme un jardin, estau contraire très montueuse et remplie de vastes landes et de déserts rocailleux. Les récentes explorations, fai— tes dans l'intérieur de l’Afrique, ont fait disparaître les immenses populations qu’on accordait aux villes de Tombouctou, de Haussa et de Bornou ; cependant Sidi- Hamet, natif de cette dernière ville, assuraità Ritchie qu’elle surpassait le Caireen grandeur! Le judicieux auteur de East dia Gazetteer réduit à 50,000 le nombre moyen annuel des pélerins qui de 1817 à 1822, ont visité la pagode de Djaggernâth, nombre 24 fois moindre que celui qui était donné par Carey. Quoique, selon les recherches de l’abbé Grégoire, il n’existe plus de Samaritains en Europe , et que leur nombre en Asie ne dépasse pas 200 individus, ees sectaires juifs croyaient et assuraient aux voyageurs, il y a quelques années, que leurs co-religionuaires de Gênes étaient au nombre de 127,960! D’après un ancien usage, les Birmans comptent dans tont l'empire 4600 myos où arrondissemens , nombre, dit M. Klaproth, qui très certainement est exagéré. Dans le Pégou, l'expression #rentedeux parait être d’un usage banal; car chacune des provinces de cet état (Henzavati, Martaban et Bassein) est donnée comme renfermant ce nombre de myos; cependant une investigation exacte a démontré qu'il n’y en avait que la moitié dans les provinces d'Henzavati et de Martaban, et que le quart dans celle de Bassein.
« La vanité nationale, dit M. de Humbold, en parlant des Mexicains, se plait à
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rille le uchées vin de ù maue. Rien rte des e d'ites des perfumées, avec ses ées par racer de
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A LA GEOGRAPHIE, vu
agrandir les espaces, à reculer, sinon dans la réalité, du moins dans l'imagination, les limites du pays occupé par les Espagnols, Dans les mémoires qui m'ont été fournissur la position des mines mexicaines, on évalue l'éloignement d’Arispe au Rosario à 300 lieues marines, d’Arispe à Copala à 400, sans compter que toute l’intendance de Sunora n’en a pas 280 en longueur. Par la mème cause, et surtout pour se concilier la faveur de la cour, les conquisiadores, les moines missionnaires et les premiers colons, ont donné de grands noms à de petites choses. Nous avons décrit le royaume de Léon, dont toute la population n’égale pas le nombre des moines franciscains en Espagne. Quelques cabanes réunies prennent souvent le titre pompeux de villes. Une croix plantée dans les forêts de la Guyane, figure sur. les cartes des missions, envoyées à Madrid et à Rome, comme un village habité par des Indiens.
Ce n’est qu'après avoir vécu long-temps dans les colonies espagnoles, après avoir reconnu de près ces ficlions de royaumes, de villes et de villages, que le voyageur se forme une échelle propre à réduire les objets à leur juste valeur. »
rois mois de séjour à Constantinople ou à St-Pétersbourg, huit jours au Caire ou à Odessa, ne donnent pas aux voyageurs qui publient leurs observations, le droit de juger des pays où se trouvent ces villes et encore moins celui de renverser les opinions émises par leurs prédécesseurs, qui y ont demeuré pendant longtemps, et qui en possèdent la littérature et en parlent la langue. Pour le géographe qui est à la hauteur de ia science, les contradictions les plusgrandes surle même pays, sur la même ville, sont loin d’offrirdes problèmes insolubles. I1sait à quoi s’cntenir sur la citadelle de Traunick en Bosnie, qu’un militaire, !’ "ertusier, dit être susceptible d’une longue défense, et que M. Desfossés trouve insignifiante. 11 n’accepte point légèrement le jugement favorable porté sur Damieta par madame Minutoli, et sur Bombey par Heber, en opposition avec ceux du capitaine Light et de Forbes.
Il sait concilier les étonnantes contradictions qu’on rerarane parmi les voyageurs qui ont visité Tir, depuis Pococke jusqu'à M. Buckingham et à M. Connor.
| n’est pas non plus embarrassé des contradictions qu’on trouve relativement aux obélisques dans Pococke, Shaw et Ri-
chardson, et il prononce facilement entre Ali-Be;;, qui dit qu’Ak-Cheher, dans la Caramanie, est une petite ville, et Mac-Kinneir qui lui accorde 15,000 maisons, c’està-dire, au moins 60,000 âmes. Il n’hésite sà rejeter comme inexacte l'assertion des journaux de Calcutta, qui publiaient, il y a uelques années, que la langue tibétaine tait l’idiome parlé depuis l'Hymalaya jusqu’à la froutière de la Sibérie; et il range parmi }-. erreurs reconnues l’assertion du Canton-Register, qui confondait naguè -
re les Bourouts établis an nord de Kach-
ghar, avec les tribus mongoles des Bouriats ou Bouretes qui, soumises à la Russie, FU les rives du lac Baïkal, éloigné de plus de 1300 milles de Kachghar. 11 sait que l’estimation de 11,000 pieds de profondeur que les nationaux, d’après une erreur de calcul de Pontoppidan donnent au trou qui se trouve en Norwège dans le district de Rake, près de Friederiks-Hall, devait être portée au moins, jusqu’à 39,86a pieds de Paris ; car M. Parrot a démontré que cette profondeur est nécessaire pour qu’on puisse compter un intervalle de 90 secondes, entre linstänt où l’on a jeté une pierre et le moment où le bruit qu’elle fait en touchant le fond de l’abime vient frapper l'oreille de l'observateur. IL sait déjà que le capitaine Beechey a détruit le charmant roman composé par le capitaine Basile Hall sur les habitans de Lieou- K'hieou. 11 ne peut plus ignorer que de célèbres orientalistes nous ont mis à même d’envisager les Chinois, les Japonais, les Indiens et les autres nations civilisées de.
l'Asie sous leur véritable point de vue. 11 sait enfin réduire à leur juste valeur lesfables débitées sur l’ignorance et les vices prétendus des Espagnols, des Portugais, des ltaliens, des Hollandais et de tant d’autres nations.
L'hypothèse suivante, relative à la France, achevera de faire sentir à quel point les relations des voyageurs les plus véridiques peuvent différer entre elles.
Supposons qu’un Siamois , ignorant la langue française et, par conséquent, obligé de s’en remettre à un interprète, sé- Jjoürne quelque temps en France, vers le milieu du xvin* siècle; puis qu'à son retour “ans sa patrie, il publie une descriptie : 1e cet état. Qu’un autre, au bout d’un certain nombre d'années, et lorsque la révolution de 89 a déjà renversé le gouvernement, et modifié l’étendne de la
vnii INTRODUCTION
France, vienne visiter le ci-devant royaume, et, à l’instar de son prédécesseur ublie aussi une relation en revenant À iam. Cette relation sera presque entièrement opposée à la première : le chef de l'état sera, selon ce nouveau voyageur, non plus un roi, wais un premier consul nommé Bonaparte. Un troisième, venu plus tard , dira que la France est un empire dont le souverain, nommé Napoléon, étend sa domination gigantesque du Nord au
Sud, depuis la mer Baltique jusqu’à Pextrémité de l'Italie sur la mer Méditerranée, et de l’Est à l'Ouest, depuis un empire , nommé Turquie, jusqu’à un Océan , dit Atlantique. Enfin un quatrième, venu après tous les autres, el se prétendant mieux instruit et plus véridique que ses deux prédécesseurs immédiats , affirmera que le premier narrateur a seul raison contre les deux autres, puisqu'il a vérifié son exactitude.
$ IV. Erclusion de l'esprit de système.
La géographie est nne science de faits et non de spéculation : le géographe doit donc se borner à décrire les traits principaux qu'offre la terre. Qu'il n’essaie pas de remonter jusqu'aux causes el d’expliqtier la configuration des côtes, lélendue des mers, la distribution des lacs et des îles, ou la direction des principales chaines de montagnes: ce sont là, sans doute , des spéculations scientifiques de la plus haute importance , mais elles sortent du domaine de la géographie pour s’encadrer spécialement dans celui de la géologie. Que l’on ne s’y trompe point : la géographie et la géologie ont beau se toucher, ce sont deux sciences entièrement distinctes, et c’est à tort que quelques savans naturalistes se sont essayés de nos jours, à faire de celle-ci une des parties intégrantes de la première. Fidèle à ce principe, nous avons exclu de cet abrégé tout système, toute hypothèse, malgré les belles pages dont nous eussions pu l’enrichir en nous aidant de plusieurs productions remarquables qui ont été publiées depuis quelques années. Notre manière de voir sur ce point esl parlagée par un naturaliste distingué : M. Lesson cite un exemple si piquant de l’abus des systèmes que nous croyons faire tine chose agréable au lecteur en le reproduisant :
«Les premiers Enropéens philosophes et naturalistes qui explorèrent les rivages de la Nouvelle-Hollandé, dit M. Lesson, furent frappés des singularités sans nombre que les productions naturelles leur offraient à c . pas: tout leur parut bizarre et paradoxal, sol, aspect, aussi bien'que végétaux et animaux. Ce caractère d'étrangeté qu'affectait la- nature sur les terres australes, parut éminemment curieux; on voulut s’en rendre compte, et bientôt on tomba dans des ex-
trêmes qui vicièrent lopinion, Il est de fait, que bien peu d'auteurs ont, sur la Nouvelle-Holiahde, des idées fixes et arrêétées, et ceuk uni les possèdent ne les doivent qu'aux relations des dernières expéditions et surtout aux écrits des Anglais établis à la Nouvelle-Galles. On ne connaissait que la lisière du pays, on voulut juger de l’intérieur. Des marins n’ont visité que les dunes littorales, où ils.né trouvèrent point d’eau douce : aussitôt les géographes sédentaires en prirent acte, et
ientôt on accrédilta l’opinion que la Nouvelle-Hollande n'avait point de rivières, suivant les uns; que son intérieur était nu, pelé et stérile; que lcs habitans buvaient de l’eau salée. D’autres prétendirent que tout l’intérieur est occupé par de yastes marécages ; quelques-uns supposèrent que ce sont des déserts sablonneux, et qu’on devrait en tenter la découverte en y transportant des tentes, des chameaux ; un grave auteur a proposé d’en faire la découverte avec des ballons! Enfin, on trouva des arbres pétrifiés sur une partie
u étendue ; vite on en conclut qu’il sem-
lait qu’on eût porté sur ces lointains rivages la tête de Méduse, pour pétrifier les êtres qui y vivent. De ces versions, laquelle croire? car elles sont toutes aussi fondées les unes que les autres, et l’on peut admettre , au centre de la Nouvelle Hollande, sans compromettre sa conscience, aussi bien des volcans que des marais ou des fleuves majestueux et navigables. »
Nous verrons, dans la description de cette partie de l'Océanie, comment tons ces systèmes se sont écroulés devant les explorations récentes, et tout ce que cette prétendue terre de désolation promet à l'activité enropéenne.
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A LA GEOGRAPHIE
$ V. Méthode, divisions, proportions.
La géographie étant une science positive, les objets qu’elle embrasse doivent ètre classés , non d’une manière pittores- propre à flatter l’imagination, mais
‘une manière logique, qui éclaire l’intelligence et aide la mémoire. La méthode pittoresque , employée avec le plus rare talent par un illustre géographe, est tolé rable, peut-être, dans un traité étendu sur la science ; mais elle doit ètre rejetée d’un ouvrage élémentaire.
L'ordre dans lequel les faits se présentent aux regards de l'observateur n’admet en réalité aucune classification : les plus rapprochés par l’analogie se trouvent disséminés de loin en loin sur la route du voyageur ; les plus opposés ; ceux qui s’éclairent le moins l’un par l'autre, s’offrent, au contraire, en même temps; partout de brusques transitions, des distr'actions qui égarent le jugement et troublent les souvenirs. Certes, dans la nature même, ce désordre a son charme.et, peutêtre, son côté instructif; mais dans une narration, une partie de l'intérêt doit se perdre déjà : Segnius irrilant animos demissa per aurem... Que scera-ce donc ‘l’un traité élémentaire avec sa sécheresse inévitable ? La méthode pittoresque y paraltra ce quelle est en effet, l’absence de toute méthode. Là, pour que l’attention se fixe à quelque chose, il faudra tracer de larges divisions ; puis dans chacune d'elles grouper les faits analogues, ctencore suivre une certaine loi, toujours la même, pour passer d’un groupe à un autre, On ne craindra pas de multiplier les titres et les indications , d'établir dans chaque chapitre un même ordre de paragraphes; car de cette symétrie résultera la clarté; de cette uniformité naltront des rapprochemens utiles. Telle est cette méthode logique, grâce à laquelle l’exposition de la science devient plus suivie, plus succincte, plus claire et plus substantielle.
Quant aux divisions que demande l'emploi de cette méthode, nous croyons
qu’elles ne doivent être déterminées par aucune idée exclusive.
Bien que la géographie physique serve de base à toutes les autres parties de la science, il nous parall contraire à une bonne méthode, d’y assujécir, dans la par-
tie descriptive, la géographie politique, :
au point de morceler celle-ci. En effet, le lecteur ne pourrait se former qu’une idée confuse d’an état dont on aurait réglé la description , soit sur les grandes divisions physiques , soit sur les grandes divisions ethnographiques dela terre.Par la manière dont nous avons traité la gévgraphie générale de chacune des cinq parties du monde, par la réunion!que nous avons faite de certains états en un groupe compacte, etenfin par l’enchainementque nous avons établi dans la description du cours des fleuves, nous croyons avoir concilié la classification naturelle et la classification politique.
Mais quelle que soit l’uniformité que prescrit la méthode logique ; plusieurs causes obligent le Ar Pa de dévier de ce principe. En effet, les cinq parties du monde offrent trop de différences dans la distribution des diverses contrées qu’elles embrassent , et dans leurs divisions politiques, il y a trop de disproportion dans l’élendue et le degré de certitude des connaissances que nous possédons sur chacune d'elles, pour qu'il soit possible d’assujétir leur description à un seul et même lan. Si d’un côté nous connaissons bien Europe, et s’il nous reste peu de chose à découvrir en Amérique, de l’autre côté, de vastes espaces en Asie, tout l’intérieur de l’Australie (Nouvelle-Hollande), la plus grande partie des contrées centrales de l'Afrique, ainsi que la surface presque entière de Boruéo , de la Papouasie et des autres grandes les de l'Océanie, où nous sont complètement inconnues ou ne sont encore explorés que d’une manière très imparfaite. Qui oserait, par exemple, remplir les cadres de la géographie de l’intérieur de l'Afrique, des vastes solitudes de l’Amérique, des grandes contrées qu'aucun pied. européen n’a encore foulées dans l’Arabie, dans le Turkestan , dans l’iInde transgangétique, et dans ces iles magnifiques qui forment les grandes terres du Monde-Marilime ? En attendant que des voyageurs intrépides ou quelque expédition scientifique, où même quelque évènement politique, soulèvent le voile qui couvre la géographie de ces régions, il vaut encore mieux laisser une lacune dans l’article
x INTRODUCTION
qui les concerne que de la combler par de que hypothèses. Si le nombre limité des
tats de l’Europe et de l’Amérique, si les grandes divisions géographiques et polibe de PAsie nous permettent de décrire ces contrées avec quelque détail, les centaines de petits états qu'offrent l’Océanie et l'Afrique ne peuvent qu'être indiqués dans le cadre étroit d’un abrégé, Après bien des essais longs et fastidieux, nous nous sommes arrêté pour chaque article aux proportions qui nous ont paru les plus convenables.
L'importance relative des pays, le morcellement de certains états et les souvenirs historiques que A Ta em certaines contrées sont autant d’élémens qui doivent entrer dans la détermination du plan à suivre pour leur description, Un abré, ds hs mg destiné à l'instruction de la jeunesse française et aux hommes du monde de 18 même nation, doit nécessairement contenir, sur ce qui concerne la France, des détails que le cadre de l’ouvrage ne permet pas de donner pour les autres états. Le grand nombre d'iles qui composent la partie principale de la monarchie Danoise oblige le géographe à en-
trer en décrivant cet état dans des particularités qu’il peut négliger sans inconvénient pour d’autres états moins morcelés dans leur territoire, Comment pourrait on , dans la description de l'empire Ottoman et de la Grèce, dans celles de la Perse et de l'Italie, passer entièrement sous silence des lieux aujourd’hui peu remarquables, mais qui, renfermant des monumens superbes ou d'importantes ruines, nous tension la puissance des Pharaons, la splendeur de Palmyre et d’Héliopolis, la gloire des beaux temps de la Grèce, la toute-puissance de la ville des Césars et
les richesses des successeurs de Cyrus?
Le géographe pourra-t-il s'abstenir de mentionner ces lieux, aujourd’hui pres--
ue méconnaissables, qui furent jadis le théâtre des scènes augustes de la religion de Moise et de la vie terrestre du Christ? Nous avons donc cru que nous pouvions augmenter les dimensions .de certains chapitres de notre ouvrage, dans le but de rendre cet abrégé plus complet, et d’interrompre de temps à autre, par quelque morceau d’une hante importance archéologique, l’aride monotonie des descriptions géographiques.
$ VI. Abus des dénominations nouvelles.
Plusieurs géographes ont trouvé nécessaire, surtout dans ces dernières années, d'imposer une foule de noms nouveaux soit à des pays déjà connus qu’ils
oupaient d’une manière inusitée , soit à
es contrées récemment découvertes et déjà baptisées par les premiers explorateurs, soit même à des lieux déjà désignés par certaines dénominations géographiques admises dans la science , quoique à la vérité elles ne fussent pas encore devenues très populaires. Dès le début de notre carrière scientifique, nous avons été frappé de cet esprit d’innovation qui menace de faire de la géographie une science aussi confuse que le sont devenues de nos jours quelques parties de l’histoire naturelle, sans cesse houleversée par l’anarchie des classifications et des nomenclatures. Nous partons d’un principe certain :
à nos yeux les noms nouveaux sont nécessaires, alors seulement qu’il s’agit d’exprimer des choses réellement nouvelles ou de désigner certains groupes ‘le pays, de montagnes où d’Îles qu’il est absolument indispensable de considérer à
part. En conséquence, nous en avons été aussi sobre que possible, quoique les travaux auxquels nous nous étions livré et la manière tout-à-fait nouvelle avec laquelle nous traitions la science, eussent pu nous servir d’excuse pour en proposer un grand nombre.
Bien loin de persuader au public que nous avions table rase devant nous et qu’il n'existait rien de bien exact dans tout ce qu'avaient fait nos devanciers, nous avons respecté toutes les classifications et les dénominations qui n’étaient
as en contradiction avec l'état actuel de a science ; et lorsque nous nous sommes trouvé dans la nécessité absolue de proposer un nom nouveau, nous avons tâché de le composer par la simple union des noms déjà connus des montagnes ou des terres principales appartenant aux nounveaux systèmes orographiques et aux noue veaux archipels que nous voulions former.
De cette manière, nous avons donné à notre nomenclature beaucoup de simplicité, et nous avons évité l'inconvénient de faire disparaître des termes consacrés
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par l'usage, r les remplacer par des désignations Insolites. D'ailleurs, presque toujours, nous avons eu soin de prévenir le lecteur de notre innovation, afin qu'il ne prit point, comme il arrive souvent dans la lecture de plusieurs géographies, nos propositions pour des théorèmes déjà démontrés et généralement reçus. Mais nous laisserons parler sur ce sujet impor-
tant notre ami M. Jules de Blosseville,
aux idées duquel de profondes études et l'expérience acquise pendant ses longues navigations donnent tant d'autorité. Le fragment suivant renferme la solution donnée par lui à une des obieeg que nous lui avions adressées lorsque nous nous occupions de la rédaction des principes généraux de cet abrégé.
«ll en était autrefois de la géographie, comme il en sera toujours de l’histoire:
les contemporains n'étaient point placés à une hauteur convenable pour porter un jugement définitif et impartial sur des découvertes brillantes et isolées, qu’ils envisageaient d’après des systèmes étroits , suivant Pimportance du moment. Aux grands voyageurs seuls il appartenait de donner des noms aux terres qu’ils avaient vues les premiers, et ces noms obtenaient le respect, comme les dispositions d’une volonté sacré.
.« Aujourd’hui tout est différent ; la carrière est presque fermée, les élémens sont réunis, et la science qui ne connaît pas de PORN est chargée d’en coordonner ’ensemble, en groupant les terres d’après leurs rapports naturels, et en observant la clarté et l’unité des noms. La nomenclature générale ne peut être arrêtée que par les peuples cosmopolites de l’Europe, appelés par leur position et leurs connaissancés universelles à dominer toutes les questions. Une autre autorité dicte ses lois à la nomenclature de détail : c’est la colonisation, puissance inévitable , dont le siège est aussi en Europe, et dont malheureusement les arrêts sont à-la-fois les moins réfléchis et les plus durables.-
«La science, toujours positive, demande des comparaisons exactes et s’accorde souvent fort mal avec le sentiment ; elle voudrait quelque chose de plus qu’une épithète pour distinguer des pays entre lesquels leur nature et leur silualion ne permet aucun rapprochement. Pour prévenir la confusion, elle aurait évité dans les Etats- Unis, la répétition continuelle. du nom
À LA GEOGRAPHIE
chéri de Washington, et de ceux de toutes les villes de l’Europe; elle aurait voulu rejeter également les Windsor et les Liverpool de la Nouvelle-Galles, Enfin, sion l’eût écoutée, un voyageur n’eût pas en l’avantage, sans sortir de la terre de Van- Diemen, de visiter les villes de Jéricho et de Brigthon, l’Abyssinie , les rives de la Tamise et du Nil; il n’y eût pas jouien même temps de la précieuse prérogative de passer et repasser le Styx avec des bateliers plus sociables que Caron.
« Outre les noms descriptifs ue tous les peuples ontemployés à l'envi, les Français et les Anglais ont autrefois imposé
énéralement à leurs découvertes ceux des
ommes et des lieux de leurs pays , en y joignant les saints du calendrier, sans consulter beaucoup les naturels. Les Espagnols ont suivi un autre principe : il est très rare qu’ils aient consacré les noms de leurs découvreurs,et presque toujoursils se sont appliqués à conserver ceux des indigènes, mais en les plaçant toutefois sous l’invocation de la Sainte-Trinité ou sous la protection des apôtres et des martyrs.
« Tout bien considéré, le meilleur nom geographique, quelle que soit son origine, doit être clair, harmonieux, bref et original. Une doublesignificationet uneétymologie savante sont en général inutiles. S’il peut indiquer, comme ceux des Phéniciens et des Malais, le caractère saillant du lieu qu'il désigne, il offre quelquefois un avanage particulier ; mais il est toujours à craindre que les mêmes motifs le fassent répéter souvent dans des localités différentes et qu’il ne finisse quelquefois aussi par perdre sa Lara Les noms des découvreurset des hommes distingués sont souvent. très bons, mais ils doivent être donnés avecimpartialité, discernement et comme par récompense. Beaucoup de personnes donnent la préférence aux dènominations usitées par les habitans même du pays, et nous sommes de leur opinion, pourvu que ces dénominations ne soient pas barbares, parce que, à tous leurs avantages qu’on sent généralement, se réunit toujours celui de l'originalité auquel nous attachons le plus grand prix. IL ne faut pas, au resle, espérer un succès facile dans: celte recherche , pour laquelle il ne suffit pas seulement de pouvoir bien s’entendre, car un pays porte autant de noms qu’il nourrit de peuplades, et les noms variés du même fleuve indiquent souvent le nom-
xu1 INTRODUCTION
bre des diverses nations dont il traverse le territoire, Les erreurs dans lesquelles on est exposé à tomber n’ont pas d’ailleurs tous les inconvéniens que l’on pourrait croire. Dans une foule d’occasions, les premiers navigateurs n'ont pas mieux réussi que s'ils avaient mêlé des lettres au hasard ; mais les noms de Canada, de Catoche, d'Yucatan, de Pérou et cent autres n’en sont pas moins fort bons et méme bien préférables à ceux de Nouvelle-Espagne, Nouvelle-Ecosse, Nouvelle-Galles du Sud, etc., ete. Quel motif eût décidé en faveur d’une des dénominations de l’Amazone ou du Mississipi ; quel nom eussions-nous préféré parmi tous ceux de l'Australie ?
« Les voyageurs modernes ont été plus heureux dans leurs efforts, parce qu’ils les ont dirigés avec plus de soin et de savoir; st nous avons pu connaître avec certitude dans l'Océanie seule , beaucoup L'ius de noms indigènes que dans l’Amériin el l’Alrique réunies Pour cette partie
u monde, on les a religieusement conservés en général, et on a pu le faire, avec d’autant plus d'avantage , qu'ils sont précis, courts et sonores coinme les langues qu’on } parle. S'il y avait quelque reproche à faire, ce serait plutôt d’avoir poussé le purisme un peu trop loin dans quelques cas, comme par exemple, en voulant retrancher les deux dernières syllabes du nom de Tongatabou, et la première voyelle ‘de celui d’Ofahiti, perfectionnement sujet à contestation et qui a l’inconvénient de ne plus faire distinguer la première ile de l’archipel dont elle fait partie, et de confondre, pour des oreilles peu savantes, la Reine du Grand-Océan avec l’ile d’Æaiti.
« Nous remarquerons particulièrement deux archipels : celui de Sa/omon , parce qu’il est le seul dont les Îles portent encore des noms européens, et celui de Viéé, parce qu’il offre l'exemple unique d’une appellation collective déterminée par ses propres habilans. A tous les autres archi-
15 il a fallu donner des noms: ceux de a Société, de Sandwich, àe Mendana, de Cook, des Mariannes, des Carolines et de Tonga, sont consacrés et fort convenables. Le dernier remplace bien avantageusement celui des Anis, donné trop précipitamment à l’hypocrisie et à la trahison. Un autre nom caractéristique a êté laissé, aussi avec pen de justesse, à
un archipel, dont les peuples ne sont pas les navigateurs par excellence de l'Océanie , et qui n’a aucun port pour recevoir un seul des navigateurs du reste du globe. Le nom du marin qui l’a découvert, Bougainville, serait bien mieux appliqué. La dénomination de deux autres archipels est encore insigniflante et en litige. Devant le nom du fameux Quiros, nous proposons de faire disparaitre ceux d’Espirilu-Santo, de Grandes-Cyclades et de Nouvelles-Hébrides, appliqués aux terres que le capitaine batir a découvertes ; et nous offrons celui de La Pérouse à cet archipel, qui vit le naufrage du voyageur français, et dont l'ile principale conservera seule les noms de Santa-Cruz où Andany. Ainsi, lesnoms des plus grands navigateurs qui représentèrent la France, l’'Espagneetl’Angleterre, dans la Polynésie et l’Australie, seraient consacrés sur les Cartes.
« Nous ne pouvons nous empêcher de dire ici que, par un esprit de perfection nement et de justice, très louable en Inimême, on a applaudi il y a quelques années à une innovation malheureuse. On a voulu satisfaire la mémoire de Tasman, sans penser aux droits que l’ancien gouverneur
an-Dienen avait acquis à la reconnaissance de la postérité, en ordonnant plusieurs des explorations hollandaises. Le nom de Terre de Van-Diemen, d'autant plus l'annee qu’il s'appliquait à un pays colonisé, offrait peu de prise à la critique; peut-être seulement aurait-on dù, par une légère modification , préférer celui de Diemenie, et ses habitans eussent toujours été des Diementiens, comme dans les anciennes relations. 11 existe, sur la côte nord-ouest de l'Australie, une seconde Terre de Diemen , à laquelle il eût mieux valu donner un autre nom, mais le changement n’était pas pressant.
Un pays important, dont la dénomination actuelle est ridicule, et qui fut aussi découvert par Tasman, semblait avoir plus de droit à réclamer le nom de ce navigateur; nous eussions eu alors la Tasmanie du Nord et la Tasmanie du Sud , au lieu de deux îles de la Nouvelle-Zélande, dont les noms indigènes, Jka-namaurct et Tavay-Pounammou sont trop barbares pour que nous les adoptions Jamais. Si l’on ne veut pas revenir sur le nom de là Tasmanie, il y aurait encore une ressource, ce serait d'emprunter celui
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A LA GEOGRAPHIE. CELL
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«llresteencore dans la division australe de l'Océanie un nom inconvenant et ridicule à faire disparaitre : c’est celui de la Nouvelle-Guinée, auquel nous proposons de substituer celui de Papouasie, dont la racine Papouas indique le peuple
qui habite cette grande le, de même que celui de Malaisie, siheureusement imaginée par M Lesson pour remplacer l’arohi-
pel d'Orient, l'archipel d'Asie, rap-
pelle l’habitation des nations malaisiennes : va la partie occidentale du Monde-Maritime. ,
$ VII. Orthographe des noms propres.
La nomenclature a plus d’importance que les savans et les littérateurs ne lui en accordent communément, et doit être regardée comme une des parties fondamentales de la géographie. Malheureusement la transcription des noms propres est livrée à l'anarchie, et nous croyons nécessaire d'entrer dans quelques explications à ce sujet, pour nous mettre à l'abri de toute critique. Mais d'abord nous emprunterons au savant Essai eur les noms d'hommes, de peuples et de lieux, de M. Salverte, le passage suivant , dans lequel ce philologue, avec sa sagacité ordinaire , fait sentir les difficultés et les inconvéniens qu'offre leur orthographe. ;
« Si de nos jours un homme de génie à qui l'on a injustement contesté l’exactitude historique, si Voltaire est tombé dans une erreur parait, en défigurant l’orthographe de la plupart des noms russes, il cherchait du moins à représenter, par la manière dont il les écrivait, leur prononciation véritable. C'était se proposer un problème difficile. Parmi les peuples qui se servent des mêmes caractères, il n’en esi pas qui ne donnent souventune valeur différente aux mêmes voyelles, aux mèines consonnes, aux mêmes diphthangues. Conserver dans sa langue l'orthographe d’un nom étranger, c’est vouloir que mille fois il soit défiguré d’une manière ridicule par ceux qui le prononcent; en altérer l'orthographe, c’est le rendre méconnaissable pour les lecteurs habitués à le retrouver dans les écrits originaux du pays auquel il A? ocre c’est exposer un copiste inattentif à introduire, sous ces noms défigurés, des personnages imaginaires, dans les récits de l’histoire et dans les relations de voyages. Zee-Haen (le coq de mer) était le nom d’un des vaisseaux du navigateur Tasman, à qui l’un de nos plus savans géographes, M. Eyriès, a restitué la découverte de la terre de Van-Diemen du
Nord. Sous la plume d’hommes qui sans doute croyaient en exprimer la véritable prononciation , ce mot devint Zeahaën et Zéachen; et sans remarquer que sous cetie forme il était tout-à-fait étranger à la langue hollandaise et à tous les idiomes teutons, on en a fait le nom d’un prétendu navigateur, à qui jusqu’à présent a été attribuée la découverte de Tasman.
« Conserver l’orthographe originale des noms et indiquer en même temps leur prononciation exacte, ce ne serait pas une tâche trop épineuse pour un observateur attentif. La même précaution, un peu plus pénible, peut-être, est plus nécessaire encore de la part d’un traducteur qui rapporte des noms étrangers tels que les a écrits, dans une autre langue, l’auteur de la relation qu’il veut faire passer dans la sienne. Comment, par exemple, si je ne suis prévenu, retrouverai-je dans , Mysore des écrivains anglais le véritable nom du royaume de Maîssour?»
La linguistique, la géographie et l’histoire considérées sous ce rapport, offrent une véritable anarchie. Chaque auteur suit une méthode différente et ajoute, aux inconvéniens de son propre système, les nuances qui résultent de l’imperfection plus ou moins grande de l’alphabet emgore pour écrire sa langue maternelle.
ce manque de plan uniforme et de la manière diverse d’exprimer tantôt des sons simples par la réunion de plusieurs lettres différentes, tantôt des sons composés au moyen d’une seule lettre, il résulte des mots entièrement méconnaissables et inintelligibles pour le peuple à la langue duquel ils appartiennent primitivement ; une multitude de lettres disparates accumulées sans raison et sans goût, leur donne, même à tous les yeux, l’aspect le plus bizarre.
Si l’on cherche les moyens de déméler ce chaos, la difficulté se présente compli-.
quée de deux élémens divers : la trans-
XIV INTRODUCTION
cription primitive ou le passage de la pronouciation à l'écriture ; puis la transcri tion secondaire ou le passage d’une écriture à tunes "€. ;
Quant à la première diMeulté, s’il s'agit des mots non encore transcrits ou que l’on voudrait réformer en se réglant sur la prononciation du pays auquel ils appartiennent, elle semble former, à elle seule, un obstacle insurmontable. Comment, en effet, plier sous le joug de l'orthographe irançaise, d’après des règles uniformes de transcription, les innombrables noms barbares de l’Aske, de l'Afrique, de l'Océanie et de l'Amérique, puisqu'on peut dire hardiment que, pour le trois quarts de ces mots, on ignore tout-à-fait comment ces peuples eux-mêmes les prononcent, les géographes neles ayant reçus que par une tradition éloignée, dont il serait souvent impossible de retrouver le fil. C’est une vérité dont nous ont convaincu les longues recherches auxquelles il a fallu nous livrer, depuis près de trente ans, pour rédiger nos divers ouvrages de géographie et de statistique et surtout notre Atlas ethuographique du globe. Nous pourrions le démontrer au besoin, par une multitude d'exemples pris dans les onvrages les plus célèbres et les plus généralement estimés.
L'exact, le savant Azara, dit lui-même, en parlant des noms des dix-neuf tribus des Machicuys, « qu’il les écrira le mieux qu’il pourra et tels que son oreille a puen saisir les sons ». Et il ajoute, « qu'il ne doute pas que si on les dictaità vingt personnes diflérentes, toutes conviendraient qu’il est impossible de les écrire, et que si elles voulaient le faire, chacune l’exécuterait d’une manière différente. »
Cependant si cette première difficulté est insurmontable pour la transcription des mots de langues de tribus barbares, qui, en parlant, avalent souvent une grande partie des syllabes, ou les profèrent avec un son guttural, un sifflement, un glapissement où un clappement de langue, elle ne se présente plus de même quant aux mots des idiomes qui sont fixés par l'écriture. Là se trouve le second obstacle, à savoir le passage d’une écriture à une autre. Les peuples de l’Europe ont en apparence le même alphabet, c’est-àdire «ile se servent des mêmes lettres; Mais ceits. °ntité n’est pas réelle, car ils assignent à ©. : 'aotèrcs des valeurs très
diverses. Pour parer à cet inconvénient, on a laissé de côté la prononciation, à moins qu’on ne la figurât entre parenthèses, À côté du terme original, et les géographes sont généralement convenus de reproduire les mots des différentes lan gues de l’Europe, qui s’écrivent en caraotères romains où gothiques de !a même manière qu'on les écrit dans le pays. Les dénominations russes font seules excep-
«tion à cette règle, parce que les Russes se
servent d’un alphabet différent de ceux des autres peuples de l’Europe. L’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg a fixé un mode de transcription du russe en allemand et en français, qui est assez généralement adopté et que nous avons suivi dans notre ouvrage.
ll ne faut pas croire néanmoins que, méme pour cette partie la plus simple de la question, toute cause d'erreur soit ainsi écartée, et qu'il suffise, pour se mettre à l’abri de toute contradiction, de consulter des ouvrages originaux, quand il s’agit des contrées de l’Europe ou des pays qui dépendent des Européens: Quelques exemples choisis parmi une foule d’autres que nous avons recueillis dans les auteurs les plus célèbres, feront voir au lecteur qu’il est presque impossible, même, dans ces cas si ae difficiles en apparence, d'éviter des méprises ou des sujets de discussion.
Le célèbre géographe et statisticien Hassel, dans la grande géographie publiée à Weimar, écrit plusieurs fois Schleëz, tandis que dans son dictionnaire géographique et statistique, il écrit Schlettz, orthographe qui est suivie par Stein, au-tre géographe et statisticien célèbre. Hassel, Stein et d’autres googrennes écrivent Kæin; M. le baron de litz, dans sa statistique de l’Europe en 1829, dans sa statistique de la monarchie Prussienne, et dans son Guide du Voyageur, écrit au contraire Cœln. MM. Reichard et Stieler, dans leur Atlas, écrivent Kanatalt; Stein, Cannstadt; et Hassel. Karistadt.
Bien souvent le insire uteur offre, pour le méme mot, 1" ‘r'hographes différentes dar: :: ‘5e suvrage.
Ainsi, par exemple, A. iiagelstam écrit, dans la statistique qui accompagne su belle carte de la monarchie Norwégiéno- Suédoise, Nedenæs et Rosendahl, et puis, on lit sur la carte, Nedenaes et Rosendal.
Mais le cas où le géographe conscien-
cription phabet quuner
qu’il soi
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teur offre, orihograic ouvrage.
istam écrit, mpagne si orwégiénodahl, et saes et Ro-
conscien-
vieux se trouve dans la perplexité la plus grande et quelquefois dans l'impossibilité absolue de confier sa décision à un autre
uide que le hasard, c’est quand il s'agit
e noms propres des langues orientales.
En effet ces langues ont ou une écriture syllabique ou des caractères tout-a-fait différens de notre alphabet euro en, et que celui-ci ne représentera jamais qu'imparfaitement, abstraitement et diversement. Là, en effet, se reproduit encore l'obstacle que nous signalions tout-à-l’'heure : la valeur différente que tes divers peuples de'l'Europe donnent aux caractères de l'aljhahet romain. Parmi ces peuples, le Anglais, les plus Le explorateurs du glouce, sont précisément ceux qni, sons ce rapport, s’éluignent le plus de tous les auircs par une prononciation sourde, bizarre et ve à mille règles exceptionnelles. 11 résulte de tout cela que l'on ne peui connaître la valeur d’une transcription déjà faite, ‘sans savoir à quelle nation de l’Europe elle est due originairement, admettant même que l’on connaisse la prononciation de ce peuple; il en résulte aussi que l’on ne peut soi-même tenter une transcription immédiate, de l’arabe en caractères romains avec la certitude d’être bien lu par tous les Européens à quelque nation qu'ils appartiennent : français, on ne transcrira que pour les Français; anglais, que pour les Anglais, et ainsi de suite; è chaque nouveleffort, pour éclairer cette confusion, ne servira qu’à l’accroltre. En effet, si vous écrivez, par exemple, Chala, comme représentant un mot écrit en caractères asiatiques, ou figurant une prononciation locale, un Français prononcera Chala, un Anglais Tohelé, un lalien Cala , un Allemand AAala, un Portugais Tehala.
De même si un lieu s'appelait, en effet, Chala (prononciation locale ou transcripton immédiate écrite à la française), l’Anglais, qui aura visité ce lieu, écrira ce nom Shaulau, l'italien Seiala, l'Allemand Schala, le Portugais Æa/a. On voit done qu’il y a sous ce rapport impossibilité de faire adopter un mème système de transcription aux nations qui se servent de l’alphabet romain ou du gothique, qui n’est qu’une nuance calligraphique du premier.
En outre, aux résultats de la transcription immédiate, viennent se méler ceux de la multiplicité des prononciations locales ou des dialectes provinciaux, sans qu’il soit possible, la plupart du temps,
À LA GEOGRAPHIE, xv
de distinguer à laquelle de ces deux causes ces résultats sont dus. À ons ceci d’un exeniple. La prononciation du bas peuple de la plupart des pays de l'Asie di de, celle des classes supérieures, et les mavigaleurs ayant communéunent affaire aux classes in Ur RE de la nn, res par conséquent des piénonciations qui different de celle de la lañigue écrie du pays. C’est ainsi que l'archipel situé entre Formose et le Japon, et qui s'appelle, en chinois, ieou K’/Aieou, à été nommé par les Anglais Louteñou (orthographe anglaise Loochoo, parce qu'ils tenaient cette dénomination d'interprètes chinois, qui parlaient le dialecte des provinces méridionales, dans lequel A’Ateow sonne presque comme {chiou ou {chou; ainsi ces Îles sont appelées en Europe, tantôt Licou K’hteou, tantôt Loutehou, quoique ses habitans mêmes prononcent ce mot Doulchou.
Ajoutons enfin à cela les canses d’erreurs qui proviennent des variamtes introduites par un même écrivain et dans un mème ouvrage, variantes dont nous ne citerons qu’un exemple fourni par M. Crawfurd. Ce voyageur écrit dans le texte de son excellente histoire de l’Archipel Indien, Gelolo, Beuroe, Xula et Amboyna, et sur la carte qui accompagne l’ouvrage, Gilolo, Booro, Zulaet Amboëna.
Faut-il signaler dans ces contradictions et dans une foule d’autres semblables des fautes typographiques; mais alors où est la faute, où est la leçon véritable? nouveau sujet de tâtonnement et d'incertitude !
Au milieu de ce chaos, sans cesse obseurci par tant de causes diverses, comment le géographe portera-t-il la lumière qui doit éclairer ses travaux° Certes, si la chose était possible, nous répondrions qu’il faut faire table rase, considérer comme non avenues toutes les orthographes proposées jusqu'ici, adopter un système de transcription uniforme, système dont on donnerait d’abord la clef à ses lecteurs, et recourir aux sources originales, aux livres écrits dans les langues asiatiques ou autres pour y trouver les noms indigènes de la contrée où se parlent ces langues et pour.en donner à-la-fois la transcription littérale et la prononciation figurée.
Malheureusement, cette tâche ne peut être accomplie par un seul homme, et aucune des parties qu’elle embrasse n’a été