ARABIE
Voici les villes et les lieux les prement dite :
Le Caire (El-Kahira), très grande ville, située dans une plaine sablonneuse à 400 toises de la rive droite du Nil, au pied du mont Moqattam. Ses rues sont étroites , tortueuses et non pavées; quelques-unes sont si étroites que souvent les balcons de deux maisons opposées se touchent ; plusieurs sont couvertes par le haut, ce qui les garantit des rayons du soleil; cela a lieu surtout dans les rues où se tiennent les marchés; plusieurs ont des embranchemens en zigzag aboutissant à des impasses innombrables. Chacune de ces ramifications a une entrée, que les habitans ferment quand il leur plaît. La description de cette ville par M. Jomard nous apprend que le Caire est divisé en 53 quartiers appelés karah, dont 16 sont les principaux. Plusieurs se distinguent les uns des autres par la population qui leur est spéciale, comme celui des Juÿfs, le quartier Copte, le quartier des Grecs et celui des Francs ou Européens. Quatre places se distinguent par leur étendue : celles de Qarameydan , de Roumeyteh, de Birket-el-fil et d'El-Ezbekyeh ; les deux dernières sont inondées pendant les hautes eaux ; la quatrième est la plus grande de la ville; on peut la comparer pour l'étendue à deux fois celle de Louis XV à Paris. Elle offre un magnifique spectacle lorsqu'un grand nombre de barques illuminées la parcourent dans tous les sens au mois de septembre, quand la crue du Nil est au maximum.
Les maisons en terre et en briques, comme toutes celles de l'Egypte en général, sont mal construites ; la plupart ont deux et jusqu’à trois étages. N'étant éclairées que par des fenêtres sur des cours intérieures , elles présentent du côté de la rue l'aspect de prisons. Les palais des beys et des hachefs et les maisons des premiers cheykhs ou chefs de la religion, de l'agd , de l'oualy, du cadi et des autres fonctionnaires, se distinguent , au premier abord, des maisons des simples particuliers par une construction
plus remarquables de l'EGYPTE pro-
moins vicieuse , un aspect plus orné , une plus grande étendue. Le rez-dechaussée est en pierre de taille, et chaque assise est ordinairement peinte en rouge ou en vert. Au-dessus , et à chaque étage, on voit des balcons très saïllans , en grillage ou en boiseries travaillées au tour, plus ou moins artistement. Presque toutes ont une grande salle ouverte au rez-de-chaussée, nommée mandar où belvédère, où le maître donne ses audiences, et d'où il voit tout ce qui entre dans la cour ; une autre grande pièce au rezde-chaussée, en forme de T, pavée en marbre, ornée au centre de jets d’eau et garnie de divans ou larges sophas; des salles de bains, des jardins situés au-delà du principal corps de logis, et de vastes écuries bien entretenues. Les magasins sont simples au dehors comme au dedans, et n'at. tirent nullement par l’artifice des étalages ; les femmes n'y ont pas d'emploi et en sont exclues. Les cafés, au nombre d'environ 1,200, sont des salles simplement garnies de nattes, avec des banquettes qui règnent tout autour , où l’on ne prend guère que la liqueur dont ils tirent leur nom, et cela, selon M. Rifaut, moyennant 2 paras la portion, ce qui équivaut actuellement à 2 centimes.
Une multitude de mosquées, plus élégantes les unes que les autres, couvertes d’arabesques du meilleur goût et ornées de minarets admirables de richesse et de grâce, donnent à cette capitale un aspect imposant et varié, Quatre :# distinguent parmi toutes les autres par leur étendue et leur architecture : celle de Toulour , vaste édifice du 1x° siècle, qu’on regarde comme le plus beau monument arabe qui reste en Egypte, quoiqu'à moitié ruiné ; on y admire surtout la délicatesse des sculptures et ses beaux portiques en arcades. Viennent ensuite la mosquée d’El-Hakym, également remarquable par son antiquité, son étendue et ses ornemens; celle de El-Azhar (Loub-el-Ozab), avec une coupole magnifique ; ses dépendances offrent une grande quantité d’appartemens destinés à loger les pélerins qui vont à la Mecque ; mais, ce qui la rend surtout célèbre, c’est le collège qui y est annexé et qui est le premier du pays. C’est là qu’enseignent les plus célèbres docteurs de l’islamisme ; une bibliothèque établie dans le collège facilite les études des élèves; cette mosquée est aussi la plus fréquentée. Enfin la mosquée de Sultan-Hasan , la plus remarquable par la grandeur et l'élévation de sa coupole, par la hauteur de ses deux minarets, par la variété des marbres qu'on y a prodigués et par ses ornemens en arabesques travaillés en pierre dure, en bois et en bronze.
Parmi les 31 bains principaux, on remarque par leur grandeur ou leur richesse ceux d’Hammdäm- Yezbak, d'El-Soultan , d'El-Moyed, d’Et-Tanbalch, de Margouch, de Soungor, d'El-Soukkarieh, etc. On doit aussi mentionner les citernes, vastes bâtimens destinés à procurer de l’eau gratuitement à tout le peuple; les plus remarquables sont ornées de colonnes de marbre et de grilles en bronze, artistement travaillées. Ordinairemert l'étage supérieur est occupé par une école gratuite, où l’on apprend seulement à lire, écrire et compter, entretenue par la même fondation que la citerne. Quelques-unes des portes de la ville; l'agueduc, qui conduit l'eau du Nil à la citadelle ; quelques-uns des marchés ; les jardins ; surtout celui dit Gheyt-Qasim-Bey, où se réunissaient les membres de l'institut d'Egypte; et les vastes cémetières dans l’intérieur et au-dehors de la ville, méritent d'attirer l'attention du voyageur. Les tombeaux, particulièrement ceux nominés Tourab-el-Seydeh, El-Qarafeh et Tourab-Qayd-bey sont ve-
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DESCRIPTION DE L'AFRIQUE. e61 re 5 EL marquables par leur étendue et par la profusion des colonnes, des marbres, des sculptures et des ornemens. A l'égard des jardins, il faut remarquer qu'ils différent entièrement de ceux de nos villes; on y cherche en vain des allées, des promenades et du gazon ; ce ne sont que des bosquets touffus, des massifs d'orangers et de citronniers et des berceaux de vignes.
La citadelle est située à une des pointes du Mogattam qui la domine et qui rend impossible sa défense, inconvénient auquel le vice-roi a remédié en faisant construire un fort sur une hauteur voisine. C’est la résidence ordinaire du vice-roi, qui y a un logement magnifique. C’est aussi dans cette partie du Caire qu'on voit encore les ruines du palais royal de Salah- Eddin (le fameux sultan Saladin \ dont le salon de Joseph , orné de piliers de granit rouge, est le plus important débris. Selon M. Champollion jeune un incendie a dévoré, il y a 4 ans, les toits de ce grand ct beau monument, et on est à démolir ce qui reste. Non loin on trouve le fameux puits de Joseph, que le grand Saladin a fait creuser près de sa résidence, et dont on admire la profondeur et l'étendue.
Cette ville doit beancoup d’embellissemens et plusieurs établissemens au vice-roi Mohammed-Aly. Nous citerons entre autres les constructions nouvelles exécutées dans le château du Caire, tant pour le palais du viceroi que pour les établissemens militaires.
Nous avons signalé ailleurs la grande importance commerciale de cette ville, dont la population nous paraît devoir approcher actuellement de 330,000 âmes; au temps de l'expédition de l'Egypte elle s'élevait, d’après les calculs de M. Jomard, à 260,000 âmes. Le général Minutoli ne l’évalue qu'à 300,000, nombre que M. Rifaut porte jusqu’à 450,000.
Dans les environs immédiats et à quelques milles de distance de la moderne capitale de l'Egypte on trouve plusieurs lieux remarquables; nous citerons les suivans : Bourg et le Vreux-Caine, sur la rive droite du Nil; on les regarde comme les deux ports du Caire. A Boulaq on remarque la douane, le bazar, les bains, ‘imprimerie arabe , persane et turque , une école ou coliège, des fabriques de soieries et d'indiennes qui occupeut plus de 800 ouvriers, et de très beaux jardins; on estime sa population actuelle au-delà de 18,000 habitans. Au Vieux-Caire, qui parait correspondre à l'ancienne Z abylone et quiestle Fostat où Masr el Atik des Arebes, on voit les greniers dits vulgairement de Joseph ; ce sont sept cours carrées, dont les murs en briques ont 15 pieds de hauteur; ils renferment des tas de blé d'une hauteur prodigieuse; on croit voir, dit M. Rifaud, des montagnes recouvertes avec des nattes. L'ize pe Roupas, où se trouvent de beaux jardins; on y voit aussi le fameux Wilomètre, situé à son extrémité méridionale. Choubra, petit village remarquable par la maison de plaisance que le vice-roi ÿ a fait bâtir dernièrement ; on y voit un kiosque de 280 mètres de circonférence, dont le milieu est orné d’une superbe fontaine en marbre de Carrare, et de beaux jardins, au centre desquels est bâti un vaste harem. Mohammed-Aly y passe une partie de l'été, Une partie reuferme un jardin d'expérience, où l'on essaie d’acclimater des végétaux élrangers, Asou-Zaser, lieu important par le grand hopital où l'on soigne 1,200 malades, mais qui peut en recevoir jusqu'à 1,800 , et par une école de médecine et de chirurgie, fréquentee par trois cents élèves ; un des Égyptiens formés à Paris vient d'y ètre nommé professeur pour la laugue française et la traduction de nos ouvrages de médecine.
Duvzéu où Gxzéx, sur la rive gauche du Nil, chef-lieu d’une préfecture, petite ville, industrieuse, que quelques voyageurs regardent comme la plus agréable de toute l'Egypte, et que les pyramides qui portent sou nom et une brillante victoire de Bouaparte ont rendue célèbre. Ces immenses mausolées qui sont les plus grands monumens de ce genre que les hommes aient jamais élevés et dont l'origine remonte beaucoup audelà des temps historiques, ont été depuis la mémorable expédition d'Egypte le sujet de
savantes recherches de la part de M. Jomard et d'autres archéologues; elles ne laissent plus aucun doute sur leur destination, L'intérieur de celles de Chéops et de Chephrènes, qui sont les plus grandes, offre de vastes chambres, dont les murailles sont formées de blocs immenses, et ont un sarcophage au milieu de la pièce principale, Dans la pyramide de Chephrènes, qu'Hérodote prétendait n'avoir aucune chambre dans son intérieur, Belzoni, qui y pénétra le premier de nos jours, retrouva dans ia grande salle, qui en occupe le centre, l'inscription faite par les Arabes qui l'avaient visitée dans le moyen âge, et un immense sarcophage avec des ossemeus qui furent reconnus avoir appartenu à un bœuf, La pyramide de Chéops est la plus grande de ioutes; sa hauteur , qui d’après les caleuls erronés de Gemelli aurait été de 520 pieds et de 480 selon l'estimation de Savary, n’est d’après les mesures exactes prises par la Commission d'Egypte que de 428 pieds 3 pou ces à lignes. Un sphinx colossal, le plus grand peut-être qu’on ait encore sculpté, puisqu'il aurait selon Pline 143 pieds de long, s'élève au pied de la pyramide de Chephrènes; il a été pendant plusieurs siècles presque tout recouvert de sable, jusqu'à ce que l'entreprenant M. Caviglia le mit entièrement à découvert dans la partie antérieure; avant cette longue et difficile opération , il n’en paraissait que le cou et la tête, qui ont ensemble 27 pieds de hauteur. Sur le second doigt de la patte gauche de devant M. Caviglis découvrit une inscription en vers grecs, à laquelle la signature d’Arrien ajoute un nouvel intérèt. D'autres importantes inscriptions ont été découvertes, ainsi qu'un pelit temple bâti à côté du sphinx et qui comme lui avait été jusqu'alors enseveli sous les sables, La troisième pyramide qu’on attribue à Mycerinus, est beaucoup moins grande que les précédentes , mais elle les surpassait de beaucoup en beauté, ayant été toute revêtue en beau marbre de la Thébaïde arraché par les Arabes afin d'orner d’autres édifices, Non loin se trouve une quatrième pyramide de si petite dimension que sa hauteur est dépassée par beaucoup d’chélisques. Toutes ces pyramides sont construites avec d'immenses blocs de pierres de taille; la masse de la plus grande est évaluée à 6,000,000 de tonneaux, Dans les environs on voit aussi plusieurs tumuli ensevelis sous les sables et visités intérieurement pour la première fois par M. Caviglia ; leur intérieur offre de belles sculptures et des peintures remarquables par la vivacité de leurs couleurs; M. Salt regardait à tort ces tombeaux comme plus anciens que les pyramides. SaQQARAu où SakkarA , village situé à la gauche du Nil, remarquable par son champ des momies, l'ancienne nécropolis de Memphis, et par ses pyramides qui sont en briques ou en pierre et les plus hautes après celles de Gyzéh ; M. Msara a découvert d'immenses galeries sous la plus grande, et le général Minutoli à pénétré en 1821 dans une autre, dans l'intérieur de laquelle il trouva deux chambres, une couverte de hiéroglyphes en relief et l’autre de hiéroglyphes seulement tracés en noir.
Béprécakin, Mir-Raumneu et Meur, villages entre lesquels se trouvent les débris de l'antique Muwruis , la seconde résidence des Pharaons; les découvertes faites par les savans Français, pendant l'occupation de l'Egypte par leurs armées, ont résolu tous les doutes qui reslaient-encore sur l'emplacement de cette métropole célèbre. On doit à M. Jomard une description complète de ses ruines. Memruis était bâtie sur la rive gauche du Nil et avait selun Diodore de Sicile 150 stades de rirconférence. Le palais des Pharaons s’étendait en longueur d’une extrémité de lu ville à l'autre; c'était vraisemblablement uu amas de différens logemens, accompagnés de chapelles , de cours , de bosquets, de jardins, etc. Cette ville renfermait plusieurs temples magnifiques : un des plus beaux était celui de Vulcair ; on vantait beaucoup la grandeur et la beauté de ses portiques, et le colosse de 75 pieds de long.et couché sur le dos qu’on y voyait du temps d'Hérodote. Visà-vis du portique méridivnal s'élevait un bâtiment dans lequel le bœuf Apis était nourri. Un autre temple remarquable était celui de Sérapis ; on y abordait par une avenue de sphinx d'une grandeur prodigieuse; les sables s'amoncelèrent successivement à l'entour de ces simulacres, au point que du temps de Strabon, les uns étaient ensevelis jusqu’à la imoitié du corps, les autres jusqu'à la tète, et qu'aujourd'hui ils ont disparu. Memphis communiquait par des canaux avec le fameux lac Maris et avec le lac, ou pour parler plus exactement, avec Ja lagune Maréotis. Cet avantage contribua à la rendre le centre des richesses, du commerce et des beaux-arts. L'ancienne capitale, la magnifique Thèbes fut oubliée et la gloire de Memphis subsista jusqu’au temps où ses plus beaux édifices furent détruits par le téroce Cambyse, quoique cependant elle continuât à figurer par sa popula-
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tion et son étendue cumme la seconde ville de l'Egypte. La fondation d'Alexandrie la fit beaucoup décheoig jusqu'à la conquête des Arabes. Prise d'assaut par ces féroces conquérans en 640, elle fut détruite de fond en comble. Nous ajouterons qu'il parait très probable que c'était dans cette capitale et non pas à Tanis que résidaient les Pharaons du temps de Moïse. Le village de Mausanau, est à la droite du Nil, près de Torrah (Troja); les vastes flancs de la montagne voisine offrent les carrières d'où l’on a tiré le beau calcaire employé à bâtir Memphis et les pyramides. Ces carrières ont été exploitées sous les Pharaons, les Perses, les Lagides, les Romains et dans les temps modernes à cause de leur voisinage des capitales successives de l'Egypte, Memphis, Fosthat et Le Caire. Mewr, autre village sur la gauche du Nil, important par ses ruines qui ont appartenu à l'ancienne Memphis. M. Caviglia y a exhumé la statue colossale du grand Sésostris, de 34 pieds et demi de haut. Daucnour (Acanthus) et Anoustn, petits villages, sur la même rive du Nil, remarquables par leurs pyramides, Près d’Abousir se trouvent les fameuses catacombes d'oiseaux mentionnées par Niebubr, Davison, l'expédition française, Clarke et les autres voyageurs; ce sont de vasies corridors remplis du haut en bas de petites jurres où sont déposées les momies de ces animaux.
Nous allons maintenant indiquer les autres villes et lieux les plus remarquables en descendant le Nil, depuis l’extrème frontière de l'Égypte jusqu'aux embouchures de ce fleuve dans la Méditerranée. Nous avons écrit entre parenthèses et en italique les noms anciens des lieux correspondans aux modernes.
Dans le SAID ou la HAUTE-ÉGYPTE on trouve:
Assouax, à la droite du Nil, petite ville remarquable par son commerce, par sa position pittoresque et par les antiquités qu'on trouve dans son voisinage. Tout près, au sud, on voit encore les murailles et autres ruines de la ville bâtie par les Arabes sur l'emplacement de l'antique Sxèxe, ville encore populeuse et florissante pendant le moÿen âge, et si renommée dans l'antiquité par le fameux puits au fond duquel, au jour du sulstice d'été, l'image du soleil se peiguait tout entière, phénomène qu’on a voulu révoquer en doute comme impossible , mais que les gens versés dans l'astronomie ne font au cune difficulté d'admettre. « Syène , dit un géographe célèbre, qui sous tant de maîtres divers fut le poste avancé de l'Égypte, présente plus qu'aucun autre point du globe ce mélange confus de monumens qui, jusque dans les destinées des nations les plus puissantes, rappelle la fragilité humaine. Ici les Pharaons et les Ptolér:‘:s ont élevé ces temples et ces palais à moitié cachés sous le sable mobile ; ici les Romains et les Arabes ont bâti ces forts, ces murailles; et au-dessus des débris de toutes ces constructions, des inscriptions françaises attestent que les guerriers et les savans de l'Europe moderne sont venus placer ici leurs tentes et leurs observatoires. Mais la puissance éternelle de la nature présente un spectacle encore plus grand. Voilà ces terrasses de granit de couleur rose grisâtre , coupées à pic et à travers lesquelles le Nil roule en écumant ses flots impétueux; voilà ces carrières d'où l’on a tiré les obélisques et les statues colossales des temples égyptiens ; un obélisque ébauché en partie, attenant à son rocher natal, atteste encore les efforts de l'art et de la patience. Sur la surface lisse de ces roches , des sculptures hiéroglyphiques représentent les divinités égyptiennes, les sacrifices et les offrandes de cette nation cui, plus qu'aucune autre, a su s'identifier avec son pays, et qui, dans le sens le plus littéral, a gravé sur le globe les souvenirs de sa gloire. »
Dans les environs de ce lieu remarquable, dont M. Jomard a donné v”: description très détaillée , on trouve, à la gauche, les catacombes ou les kypog :: : de Syène ; vis-àsvis et au sud, une suite d'îles riantes et fertiles auxquelles leur verdure et leur situation délicieuse ont mérité le nom de Jardins du Tropique. Celle que lon nomme El-Sag, vis-à-vis Assouan , est la fameuse Élép hantine des enciens ; on y voit les restes du nilomètre décrit par Strabon , mais on vient de démolir entièrement les deux temples de l'époque d'Aménophis IL°, pour bâtir une caserne et des magasins à Syène! Plus au sud , on trouve l'île d'El- Heif, lieu décrit par Michel-Ange Lancret ; c’est la PAi/æ si célèbre par ses temples, qui y attiraient jadis un si grand nombre de pélerins, et où était cet obélisque, dont l'inscription joue un si grand rôle dans l'interprétation des hiéro-
glyphes. Nous n'oublierons pas la cataracte, dont on a tant exagéré et dont on exa:
gere encore l'élévation, mais qui, mesurée de nos jours, s'est trouvé@ n'avoir que 5 à 6
pieds de chute perpendiculaire. .
Koum-Omnou ( Ombos), à la droite du Nil, misérable endroit remarquable par son dor grand temple et par un autre beaucoup plus petit , décrits par MM. Chabrol et Jomard, Le Str grand , d’une très belle architecture, a été comnencé par Epiphane et continué par ses suc. de cesseurs. On y a trouvé, ainsi qu'en d’autres endroits, quelques peintures qui, n'ayant pas iv été achevées, prouvent, selon la remarque de M. Jomard , que les Egyptiens employaient Ch pour le dessin les mêmes procédés géométriques que les modernes, c'est-à-dire, en divi. rois sant les tableaux par carreaux. Dans les environs, et en descendant le Nil, on trouve à trs la droite les vastes carrières de Djebel-Selseleh (Silsilis), décrites par M. Ro- del zière, dont on a tiré ces blocs immenses qui ont servi aux constructions colossales de dan Thèbes et pour les temples d'Edfou et d'Esné, Ces carrières sont très riches en inscriptions do! de la xvrri* dynastie, et offrent plusieurs chapelles creusées dans le roc par Aménophis. en Memnon, Horus, RhamsèsleGrand ou Sésostris, Rhamsès son fils, Rhamsès-Meïamoun trés et Ménéphtah II‘; elles ont aussi des inscriptions hiératiques. Leur monument le plus dan: inportant est un grand spéos commencé par le roi Horus et remarquable suriont, dit tem M. Champollion , par la variété des époques des bas-reliefs qui le décorent, et qui font 5 de cette immense galerie un véritable musée historique. M. Richardson vit, sur Ja rive atar droite du fleuve , un sphinx qui n'avait pas été achevé, des pierres à peine dégrossies, ne à et en d'autres endroits des blocs presque détachés et les éclats qui sont encore tout près, les p comme si l'ouvrier avait quitté le travail la veille ; mais près de vingt siècles se sont déjà rapi écoulés ! Enrou (4pollinopolis-Magna), à la gauche du Nil, petite ville d'environ 2,000 table habitans, dont la principale industrie consiste à fabriquer des vases de terre, auxquels ils donnent les formes qu’on voit encore représentées sur les plus anciennes sculptures des qui hypogées. On y voit un des plus grands temples de l'Égypte, assez bien conservé et d'une culte 5 belle architecture, mais dont les bas-reliefs sont de mauvais style et de l’époque des Pio- Phar lémées. De misérables cabanes en briques sont bâties sur le toit, dans le péristyle et norn j devan: le propylon de ce magnifique édifice. Edfou renferme un autre temple beaucoup posit plus petit qui ressemble à ceux de Phylæ, Denderah et autres. prés Esxé ( Latopolis), à la gauche du Nil, chef-lieu de préfecture, ville assez cotmer. char. çante; c'est le rendez-vous des caravanes du Dar-Four et du Seunaar; on y tient un grand Phar marché pour les chameaux, renommé dans toute l'Égypte, et on y fabrique des tissus nium de coton , beaucoup de poterie et une espèce de châles appelée milayeh. Parmi les ruines tende de Latopolis on admire le beau portique d'un grand temple, d'assez belle architecture, de r! mais dont les bas-reliefs sont détestables; leur superficie, avec celle des hiéroglyphes, côté ont été estimées à 5,000 mèlres carrés ou 45,000 pieds. Ce beau monument a été changé celui en magasin de coton. Il est surtout important par ses sculptures mythologiques, et C'est par le Zodiaque de son plafond, dont l'interprétation a fait attribuer à ce temple une 1680 immense antiquité. M. Champollion, fondé sur plusieurs faits, pense que c’est au con- que 1 taire le plus moderne de tous ceux qui existent encore en Égypte. Le temple de Contra- premi Lato, sur la rive droite, vient d’être démoli pour renforcer le quai d’Esné, que le Nil me- ancie. nace et finira par emporter, On estime la population d’Esné à environ 4,000 âmes. Dans le tro ses environs vers le sudeest est situé E /-X a b, misérable village près duquel on voit les connu hypogées si intéressans de l'ancienne E Le t h y ia, découverts par la Commission d'Egypte guaier et décrits par M. Costaz, les ruines d'un temple périptéral, ainsi que les murailles de la aucun ville, que le docteur Richardson trouve être trop bien conservées pour pouvoir faire re- ciens monter leur construction aux anciens Égyptiens. Les hypogées, quoique moins grands et naire moins décorés que ceux de Thèbes, sont de la plus haute importance pour les archéo- auque logues, à cause des nombreux Las-reliefs peints, et assez bien conservés qu'on voit sur tien e leurs murailles ; ils retracent, dans une série de tableaux d'une belle exécution et d'une des gr grande précision, les scènes principales de la vie domestique des anciens Égyptiens , tels une $c que les travaux de l’agriculture et de la moisson , les vendanges, les danses champêtres, les débris funérailles , etc. Enmenr ( Hermontis), à la gauche du Nil, village important par ses dé- 53 pie bris d'anciens édifices et surtout par les restes imposans d'un grand temple, et du voisinage Le pe!
des magnifiques ruines de Thèbes, Spring
Lougson (Luxor), Karnak et Man-Amoup à la droite, Menyxer-Anou, Gourwan et autres misérables villages à la gauche, sont situés sur l'emplacement de l'ancienne Tuëses (appelée Diospolis-Magna par les Grecs), dont MM. Jollois et Devilliers ont donné une description détaillée dans le grand ouvrage sur l'Egypte, Déjà du temps de Strabon elle n'offrait que les débris de sa grandeur, répandus le long du Nil sur un espace de 80 stades. L'époque de sa plus grande splendeur connue a été sous les Pharaons de la xvrn, x1x° et xx° dynastie, que M. Champollion piace entre 1832 et 1500 avant Jésus. Christ, C'est pendant ces règnes brillans qu'eurent lieu, selon ce savant, l'expulsion des rois pasteurs, la restauration de la monarchie égyptienne, les vastes conquêtes de Sésos. tris en Afrique et en Asie, la construction de ses plus magnifiques édifices et des temples de la Nubie, la sortie des Juifs sous la conduite de Moïse , et l'établissement des colonies dans la Grèce par Danaüs. C'est aussi à cette époque que Thèbes paraît avoir eu plus de 30 milles de circonférence et que ses temples et ses palais offraient des richesses immenses en or, en argent, en ivoire et cu pierres précieuses, Enlevés plus tard par Cambyse, ces trésors servirent à embellir les palais de Persepolis , de Suze et autres dont nous avons parlé dans la description de la Perse, Diodore de Sicile cite encore, comme témoin oculaire, un temple qui avait 13 stades de tour et dont les murailles avaient 24 pieds d'épaisseur et 45 coudées d’élévation, Dévastée plus tard par Ptolémée Philométor, et détruite l'an 8 avant Jésus-Christ, par Cornelius Gallus, premier préfet de l'Égypte , cette antique cité ne se releva plus et n’offrit depuis lors qu'un amas de ruines, qu'on peut regarder comme les plus magnifiques et les plus anciennes qui existent sur tout le globe. Voici un tableau rapide des principaux débris épargués pat la barbarie des conquérans et l'action inévitable du temps. ; :
Parmi ces restes imposans, nous citerons à la gauche du Nil : l'immense hyppcdrome, qui, comme le Cércus-Masimus de l’ancienne Rome, est changé en champ livré à l'agriculture. Les ruines de Medynet-Abou, étonnante réunion d'édifices appartenant à des Pharaons, à des Ptolémées » et à des empereurs romains, et au milieu desquels s'élève l'énorme et gigantesque palais de Rhamsès-Méiamoun. On y admire un grand nombre de com. positions religieuses et historiques qui sout gravées sur le Pourtour de la cour; elles représentent diverses fêtes et des scènes, telles qu’offrandes, sacrifices , Combats, courses en chars, initiations, et elles retracent les conquêtes de l’un des plus illustres d'entre les Pharaons, Les ruines de l'immense monument connu des Grecs sous le nom de Memnonium, mais que M. Champollion dit être l'Aménophion des Égyptiens. Ces ruines s'é. tendent sur un espace d'environ 1,800 pieds de longueur; on y voit des débris de plus de 18 colosses, dont les moindres avaient 20 pieds de haut; on y admire encore, du côté du fleuve , deux colosses qui , quoique assis, n'ont pas moins de 61 pieds de haut ; celui situé vers le nord jouit d'une grande célébrité, sous le nom de colosse de Memnon. C'est le portrait du troisième Aménophis de la xvi dynastie, qui régnait vers l'an 1680 avant Jésus-Christ, et la célèbre statue du Memnon , dont les anciens racontaient que la bouche faisait entendre des sons harmonieux aussitôt qu’elle était frappée par les Premiers rayons du soleil levant. Plusieurs inscriptions en vers et en prose faites par des anciens voyageurs grecs et romains, venus pour entendre ces sons, sont encore visibles sur le tronc, les jambes, les cuisses et le corps de cs colosse; le docteur Richardson yYareconnu celles de Julie Bomilla, Cécile Treboulla, Pulitha Balbina et autres qui accompaguaient l'empereur Adrien et sa femme Sabine. Ni les savans de l'expédition d'Égypte, ni iucun voyageur moderne ne furent assez heureux pour entendre ce son, que plusieurs antiens assurent avoir entendu. La téte colossale dite du Jeune Memnon, d'une extraordinaire beauté et du poids de ra lonneaux, se retrouve maintenant au musée de Londres , auquel Belzoni en a fait présent. Le tombeau d'Osymandias , dont le véritable nom égyp* tien est Rhamesseum, du nom de son fondateur Rhamsès-le-Grand. C’sst le plus ruiné des grands monumens de Thèbes. Parmi les parties les moins dégradées , on remarque une sa/le hypostyle, dout environ 30 colonnes subsistent encure intactes, et les énormes débris de la statue colossale de Rhamès-le-Grand, qui, quoique assis n'avait pas moins de 33 pieds de baut, non compris la base, second bloc de 33 pieds de long sur 6 de hauteur. Le petit temple d'Hathôr, remarquable par son élégance et par ses ornemens. La grande Syringe, avec ses longs corridors et ses grandes salles souterraines, Les ruines de Gournah
exagéré et dont on exa:
rouvé®@ n'avoir que 5 à 6
oit remarquable par son 1. Chabrol et Jomard, Le ie et continué par ses suc.
intures qui, n'ayant pas : Egyptiens employaient es, c'est-à-dire, en divi.
dant le Nil, on trouve à s), décrites par M. Ropstructions colossales de très riches en inscriptions ns le roc par Aménophis.
fils, Rhamsès-Meïamoun Leur monument le plus remarquable suriout, dit le décorent , et qui font chardson vit, sur Ja rive erres à peine dégrossies, ui sont encore tout près, vingt siècles se sont déjà tite ville d'environ 2,000 vases de terre, auxquels anciennes sculptures des ez bien conservé et d'une e et de l’époque des Ptotoit, dans le péristyle et n autre temple beaucoup ;.
ture , ville assez comer.
naar; on y tient un grand on y fabrique des tissus milayeh. Parmi les ruines l'assez belle architecture, celle des hiéroglyphes, u monument a été changé tures mythologiques, et attribuer à ce temple une , pense que c’est au conpte. Le temple de Contrarai d'Esné, que le Nil meiviron 4,000 âmes. Dans e près duquel on voit les r la Commission d'Egypte si que les murailles de la es pour pouvoir faire re- , quoique moins grands et ortance pour les archéoconservés qu’on voit sur : belle exécution et d'une es anciens Égyptiens ; tels les danses champètres, les age important par ses dénd temple , et du voisinage