‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 3)Chapitre 38 sur 457 · CHAPITRE xX · texte numérisé non relu

CHAPITRE xX

Des principales classifications du genre humain.

Deruis long-temps les géographes et quelques naturalistes offrent dans leurs plusieurs classifications du genre humain que l’on ne doit pas négliger dans un traité de géographie. Les plus importantes et les plus généralement admises nous paraissent être les suivantes : la classification par races, basée sur les Principales différences physiques qu'offrent les peuples considérés sous ce point de vue; la classification Jondée sur les différences offertes par l'état social, d'après laquelle on a distingué tout le genre humain

en peuples sauvages , peuples barbares et peuples civilisé

es su s ; celle qui a pour base la nourriture, d'après laquelle on a voulu classer les nations en peuples anthropophages (man-

geurs d'hommes), échtyophages (mangeurs de poissons), frugivores, carnivores, acrido= phages (mangeurs de sauterelles), &éophages (mangeurs de terre), omnivores, etc. ; celle basée sur la situation topographique, en distinguant les peuples en montagnards et habitans des plaines ; enfin celle appuyée sur la manière de vivre * en partageant la population du globe en peuples nomades, Pécheurs, chasseurs , agriculteurs, commercans , manufacluriers, navigateurs, ete. Mais toutes ces prétendues classifications principales sont ou inutiles, ou encore trop vagues et trop incomplètes pour pouvoir être admises dans un traité de géographie, du moins dans l'état actuel des sciences sur lesquelles on a fondé ces classifications.

La classification basée sur Les différences physiques, ou celle des variétés de l 'espèce humaine, malgré les savans travaux dont elle a été le sujet, est encore on ne peut plus

ouvrages

h) . LREGE DE GÉOGRAPHIE

imparfaite, On s'est trop hâté +, classer tous les peuples connus d'aprés le pen d'observations, la plupart imparfaites et trés souvent erronées, qu'on avait pu recueillir sur leurs caractères physiques et moraux, Il en est résulté des divisions trop générales, comme celle qu'a proposée le savant M. Link, qui ne reconuait dans le genre humain que trois races ou variétés éminemment distinctes: la #/anche où caucasique, la jaune où mongolique et la nègre où éthiopique ; et celle du célèbre Blumenbach qui en compte cinq, en ajoutant aux trois précédentes la race malaise et la race américaine, D'autres savans ont proposé des classifisations basées sur un nombre de divisions principales encore plus nombreuses, Nous nommerons celles qu'ont proposées notre ami, feu Desmoulins et M, Bory de Saint- Vincent : le premier porta à onze le nombre,des cspèces humaines , le second en compte quinze, Mais ces dernicres classifications, malgré le grand nombre d'espèces qu'elles admettent, sont loin d'être complètes, puisque nous pourrions citer des peuples dont les caractères phssiques offrent non-senlement des différences aussi graudes que celles choisies par ces deux savaus naturalistes pour déterminer le type de chacune de leurs espèces humaines, mais qui, tout bien calculé, pourraient être regardées comme beaucoup plus importantes que quelques-unes de leurs divisions principales. Après avoir mürement réfléchi sur cet important sujet, ainsi que sur les nombreux faits que nos longues études géographiques nous ont fourni l’occason de remarquer, nous croyons pouvoir affirmer que les géographes n’ont pas encore assez recueilli de faits bien observés, pour que l'on puisse être en état de donner ure classification générale du genre humain d'après ses variétés principales. Lorsque la surface de la terre sera entièrement connue, et que l'on connaîtra bien tous les caractères physiques des nombreux peuples qui l'habitent, alors seulement les Cuvier, les Humboldt, les Homes, les Link, les Blumenbach, les Virey, les Lesson et autres savans naturalistes pourront proposer des classifications, qui, bien loin d'offrir le vague ou les erreurs des classifications faites jusqu'à présent, rendront un service éminent à la science, en proposant sur des bases solides et d'après des caractères bien déterminés une nouvelle classification du genre humain, En attendant nous n'avons adopté dans notre géographie aucune de ces classifications; nous nous sommes seulement borné à indiquer les simples variétés de couleurs et quelques autres traits remarquables du caractère physique des différens peuples que nous avions à décrire, lorsque ces indications nous parurent devoir intéresser le géographe et le naturaliste.

Parmi le grand nombre de dénominations particulières que l'usage impose aux produits des mélanges des principales races humaines, le géographe ne doit pas ignorer les suivantes , qui sont employées dans presque tous les voyages et dans les descriptions des pays saus ètre presque jamais accompagnées de leur définition respective. ‘

On appelle mulätre le produit d'un blanc européen avec une négresse; il tient également des deux races par la couleur, la conformation, les cheveux demi crépus. Les Brésiliens désignent ce mélange par le mot de pardo. Le:blane avec un Indien produit les métis des Indes-Orientales: et avec les naturels de l'Amérique des mestices où mest-indiens, dits communément mestizo, et au Brésil mamelucos; c'est un être généralement faible. Le nègre avec l'Américain donne naissance à des individus, le plus souvent très vigoureux, d'un brun noir cuivreux qu'on nomme généralement sambiou lobos , et que les Brésiliens désignent sous les noms de caribocos et de cafusos. Quelquefois ces individus sont nommés chino (chinois) au Mexique. On appelle encore zambo le descendant d'un nègre et d'une mulâtresse, ou d'un nègre et d'une china A Banca on nomme febko les descendans d'un chinois et d'une malaise, et dans l'Inde , ouganèse, ceux d'un Indien avec une négresse. L'union d’un blatic avec une Hottentote donne un métis nommé baster, M. Virey observe que tous ces mélanges simples peuvent se perpétuer, soit entre eux, soit avec d’autres races et former des variétés permanentes, Le produit de la seconde génération, de la troisième et suivantes reçoivent aussi des dénominations particulières, et que nous ne pouvons ni devons indiquer dans cet ouvrage. Nous remarquerons seulement avec M. le docteur Garnot que les créoles sont des Européens d’origine nés en Amérique, et que les albinos de l'Afrique, les cagots des Pyrénées, le cretins du Valais, etc., etc., ne sont pas des races, mais de simples variétés accidentelles qui peuvent être considérées comme le résultat d'affections maladives,

La classification basée sur les différences offertes par l'état social, quoique encore

après le peu d'observa- | pu recueillir sur leurs générales, comme celle humain que trois races jaune où mongolique et ompte cinq, en ajoutant res savans ont proposé encore plus nombreuses, inset M, Borÿ de Saintes, le second en compte ombre d'espèces qu'elles iter des peuples dont les graudes que celles choichacune de leurs espèces es comme beaucoup plus près avoir mürement réque nos longues études croyons pouvoir affirmer observés, pour que l'on enre humain d'après ses ent connue, et que l'on s qui l'habitent, alors seubach, les Virey, les Lesson ,qui, bien loin d'offrir le sdront un service éminent aractères bien déterminés n'avons adopté dans notre ulement borné à indiquer quables du caractère phyindications nous parurent

‘usage impose aux produits doit pas ignorer les sui- 18 les descriptions des pays ctive.

égresse ; il tient également emi crépus. Les Brésiliens idien produit les métis des ices où mest-indiens, dits e généralement faible. Le hs souvent très vigoureux, nbos , et que les Brésiliens is ces individus sont nomdescendant d'un nègre et mme /eko les descendans d’un Indien avec une nés nommé baster. M. Virey soit entre eux, soit avec de la seconde génération, particulières, et que nous arquerons seulement avec gine nés en Amérique, et ns du Valais, etc., etc., ne peuvent être considérées

t social, quoique encore

nuances principales de leur civilisation , appréciée sans préjugés et d'après l'état actuel de nos connaissances ethnographiques. bn La division banale admise par tous les géographes et par plusieurs naturalistes, division d'après laquel!e tout le genre humain est partagé en peuples civilisés, peuples lLarbares el peuples sauvages, est très inexacte, lorsqu'on examine avec impartialité le rang que l'on y assigne à chaque peuple, Cela vient en grande partie de la manière différente d'envisager la civilisation, et de l'acception que l'on donne à ce mot, employé si souvent dans un sens positif, malgré tout le vague qu'oftre sa véritable signification, Plusieurs savaus distingués ont déjà réclamé contre l'injustice d'une classification évidemment erronée; mais aucun d'eux ne nous parait jusqu'à présent avoir rempli ce vide immense qu'offre la géographie politique, Les faits que uous-avons eu occasion de recueillir et de rapprocher entre eux daus nos recherches géographiques et ethnographiques , en parcourant une foule d'ouvrages, nous ont conduits aux résultats suivans : 1° que la civilisation prise dans le seus qu'un donne généralement à ve mot conduit à des jugemens erronés; 2° que pour les éviter autant que possible, le mot civilisation doit embrasser religion, lois, coutumes , mœurs, gouvernement, genre de vie, organisation sociale, arts, sciences, littérature langage ; ioutes choses susceptibles de variations, de degrés; et suivant les evmbinaisons qu'elles produisent, elles doivent modifier à l'infini le caractère qu'on assigne à chaque peuple ; 3° qu'il y a bien des degrés de civilisation et même bien des surtes différentes de civilisation ; 4° qu'il est presque impossible, ou qu'il est au moins trés diflicile de déterminer d'une manière précise le point qui sépare la barbarie de la civilisation; 5° que plusieurs peuples qu'ou doit regarder comme européens, et qui outl'avantage de-participer aux lumières qui accompagnent le christianisme, sont inférieurs sous le rapport de la ci. vilisation à plusieurs uatious civilisées de l'Asie, que l’usageet d'imposantes autorités classent encore parmi les peuples barbares; 6° que de grandes masses, et quelquefois même la majorité d'autres natious , placées depuis long-temps à la tête de la civilisation sunt aussi sous ce même rapport, inférieures aux Chinois, aux Japonais, aux Birmans , aux Hisidous, chez lesquels presque tout individu mâle sait lire, écrire, compter; connait la législation e son pays, et recoit une éducation qui le rend apte à l'exercice d'une foule d'arts et métiers dans lesquels depuis long-temps il a atteint une si haute perfection, que les peuples les plus polieés de l'Europe n'ont pu égaler de nos jours qu'avec tous le secours de us instrumens perfectionnés ; 7° que les nations asiatiques que nous venons de nommer et bien d autres, tels que les Arabes sédentaires, les Persans, les Tibet ins, les Coréens et autres uations , possédant plus ou moins des traits que l'on attribue aux peuples regardés généralement comme policés, doivent ètre incontestablement classés parmi les peuples civilisés ; 8° que l'on doit aussi y classer les Malais, les Bugis, les Bissajos , les Kalmouks les Mongols et autres peuples, quoique la civilisation chez ces derniers y soit caractétisée d'une manière moins remarquable ; g° qu'on pourrait regarder comme des peuples barbares les peuples qui n'ont ni écriture ni littérature, ce qui leur est commun avec les peuples sauvages, parce qu'ils ont des institutions qui les rapprochent des peuples qui sont au premier rang de. la civilisation. Tels étaient les habitaus des iles de la Société et de Sandwich avant d'avoir adopté le christianisme , et tels sont ‘encore les Araucans, les Ca rolins, les T'engas, les Vitis, les Nouveaux-Zélandais , etc. , etc. ; 10° qu'on pourrait enbir regarder comme peuples sauvages les tribus chez lesquelles l'intelligence a acquis le moins de développement, dont les individus ne tieunent les uns aux autres que par le moindre rapport possible, et chez lesquelles les arts les plus nécessaires à la vie, ou n'existent pas du tout, ou se trouvent dans un état extrème d'imperfection. Tels sont les naturels de la Nouvelle-Hollande, ceux de la Tasmanie (ile de Vau-Diémen), de fa Nouvelle-Calédonie , les sauvages abrutis de la Nouvelle-Californie, etc., ete., qui n'ont aucune idée de l'agriculture, et chez qui la pèche ou la chasse ne se fout qu'avec les mo eus les plus imparfaits. Chacune de ces trois grandes divisions du geure humain peut ue ne à l'infini selon les nuances différentes de l'état social qu'elles représentent,

Le peu que nous venons de dire signale assez les difficultés qui accompagnent cette seconde manière de classer les habitans de la terre; il démontre à combien de faux jugemens on s'expose en admettant la classification donnée par les géographes et par certains naturalistes, en même temps qu’il peut servir de guide au lecteur pour assigner à chaque peuple la place qu'il mérite d'occuper daus l'échelle de la civilisation.

Quant aux autres classifications qui ont pour base la zourriture, la position topographique et les occupations , il nous semble qu'elles sont inutiles , ou pour le moins très vagues. La plupart de ces prétenduesclassifications principales du geure humain se rencontrentdans tous les grands états et même dans plusieurs d’une médiocre étendue; les autres ne sont que des subdivisions de la grande classification qui a pour base les nuances dans l'état social, Ainsi nous trouvons sur les vastes territoires de Ja Colombie, et de l'Inde anglaise, les peuples montagnards et les habitans des plaines, les peuples nomades , les chasseurs. les agricoles, les frugivores, les ichtyophages et les carnivores. Nous voyons le petit royaume des Pays-Bas nons présenter dans les plaines de la Belgique tous les prodiges d'une agriculture perfectionnée , daus les villes maritimes tout le mouvement qu'on observe chez les peuples navigateurs, et dans les villes les plus industrieuses toute l’activité qui distingue les peuples considérés comme essentiellement manufacturiers. Ne voyonsnous pas l'empire d'Autriche, qu’on regarde comme un état purement agricole, reproduire dans plusieurs cantons de la Bohëme, de la haute et basse Autriche, de la Moravie et du royaume Lombard-Vénitien , toutes les merveilles de l'industrie qui ont donné tant de «x.ébrité aux cantons les plus manufacturiers de l'Angleterre et de la France, et nous offrir dans le port de Trieste un commerce qui, pour l'étendue de ses relations et pour la valeur de ses importations et exportations, rivalise avec les principaux ports des monarchies Auglaise et Française, et avec ceux de la confédération Anglo-Américaine, pays réputés les plus commerçans du moude? Ne trouvous-nous pas aussi dans la Suisse, malgré sa petite étendue, des peuples pasteurs et presque nomades, dans les beaux montagnards qui habitent les hautes vallées de Berne, Lucerne, Schwitz, de l'Unterwald, d'Uri, de Glaris, d’Appenzell, de Vaud, des Grisons et du Valais; des peuples entièrement agricoles , dans les plaines fertiles de Zurich, Soleure, Schaffouse et Bâle ; et une population essentiellement adonnéeau commerce , aux fabriques et aux manufactures, dans les villes et dans les bourgs des cantons de Zurich , de Glaris, de Saint-Gall, de l’Appenzell-Extérieur, de Genève, de Neufchâtel et de Bàle? Enfin l'Angleterre, qu’on persiste toujours à regarder comme un pays uniquement manufacturier et commercant, ne nous offre-t-rÎle pas dansses grandes exploitations agricoles la partie du globe où l'agriculture est peut-être arrivée à un point de perfection qu’elle n’a encore atteint nulle part, sans excepter mème les pays qui passent pour être les plus essentiellement agricoles ? Nous ponvrions multiplier ees exemples presqu'à l'infini ; nous croyons que le peu que nous en avons donné suffit pour faire sentir toute l'inutilité et tout le vague de ces prétendues classifications générales qui sont démenties par un nombre presque égal d’exceptions. Après avoir réfléchi long-temps sur ce sujet, nous croyons que dans l’état actuel de la géographie on devrait se borner aux quatre divisions suivantes du genre humain. Elles nous paraissent être, jusqu’à un certain point , la base de toute géographie politique, et comme teiles, nous voudrions les donner dans cet abrégé, afin de mettre ensemble des sujets qui doivent être réunis, et pour éviter les répétitions que sans ces classifications nous serions obligés de faire dans les descriptions générales et particulières des différentes parties du monde. Ces quatre divisions sont : /« classification politique, la classification relative aux nuances principales de la civilisation, la classification ethnographique et la classification relivieuse.

La première offre tous les états du globe, ou la répartition de ses habitans d'après les corps politiques ou les etats différens auxquels ils appartiennent, C’ést le sujet de la géographie politique proprement dite, et nous renvoyons, pour les généralités et pour les détails, aux tableaux que nous avons donné à la fin de l'introduction à la géographie politique de chaque partie du monde et à la description spéciale de ses principaux états. La seconde offre la classification du genre humain en peuples civilisés, peuples barbares et peuples sauvages. Noire cadre ne nous permet de rien ajouter à ce que nous avons dit sur ce sujet. Le jugement de nos lecteurs et Les faits que nous aurons occasion de

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connues dans chacune de ces trois divisions. Les deux autres classifications forment le sujet des deux chapitres suivans.

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