‹ Abrégé de géographie [microforme] (volume 3)Chapitre 39 sur 457 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De lu classification ethnographique , ou de la division des habitans de la terre d’aprés leurs langues.

Pour procéder avec méthode dans cette importante classification qui parait être la plus durable de toutes celles qu'on peut faire du genre humain, il faut commencer par définir ce que c'est qu'une sation. Cette définition, qu’on cherche en vain dans les géographies , est de la plus haute importance pour le géographe et pour l'historien , et est la base de la classification qui nous occupe.

Généralement parlant on peut prendre en trois acceptions différentes le mot ration, selon qu'on le considère sons le rapport historique ou politique, géographique et ethnographique, et génethlétique.

Sous le rapport politique où historique, on donne le nom de ration à tous les peuples, quelque différens qu'ils puissent ètre relativement à la religion qu'ils professent, à la langue qu'ils parlent et au degré de civilisation auquel ils se sont élevés, lorsqu'ils sont soumis at mème pouvoir suprème, ou en d’autres mots, lorsqu'ils forment dans leur ensemble un corps politique indépendant de tout autre , sous quelque titre que ce soit. C’est ainsi qu'on appelle Russes, Autrichiens et Anglo- Américains tous les nombreux peuples différens, dont la réunisa forme les empires Russe et Autrichien et la confédération Anglo-Américaine, C’est ainsi qu'on donne le nom de Français à tous les habitans de la monarchie Française, quoiqu'il y eu ait un grand nombre qui sont Geltes, Allemands, äasques et Lialiens. C’est ainsi qu'on appelle Anglais tous les habitaus de l'archipel Britannique, malgré la différence de leur origine, plusieurs étant Irish ou Irlandais, Caldonach ou Écossais, Welches ou Gallois.

. Sous le rapport géographique, on donne le nom de ation à tous les habitans d’une région qui à des confins géographiques, c’est-à-dire des confins naturels, indépendamment des divisions politiques auxquelles ils appartiennent et des langues différentes qu’ils parlent. C'est ainsi qu'on appelle Zrdiens tous les habitans de la vaste région comprise entre l'Himmalaya et la mer des Indes, l'Indus et le Gange. C'est ainsi qu'on nomme Italiens tous les habitans de la fertile péninsule qui se développe à l'est et au sud des Alpes entre l’Adrialique et la Méditerranée. C’est ainsi qu'on appelle Sumatriens et Javanais les peuples qui habitent les grandes îles de Sumatra et de Java.

Enfin, on donne le nom de nation aux habitans d’une contrée quelconque qui parlent une même langue et ses divers dialectes, indépendamment des grandes distances qui les séparent, de la différence des corps politiques dont ils font partie , de celle de la religion qu'ils professent, et de l'état différent de civilisation où ils se trouvent. C’est ainsi qu'on nomme Espagnols, Portugais, Français t Anglais tous les nombreux descendans des colons que depuis trois siècles l’Europe a envoyés dans les différentes parties du globe. C’est ainsi qu'on appelle Chinois tous ces milliers d'individus, sortis primitivement de la Chine, que le commerce et l'industrie ont fait établir à Java, à Bornéo, dans les Philippines et en d’autres îles de la Malaisie (archipel Indien), ainsi que dans la presqu'île de Malacca et sur plusieurs points de l’Indo-Chine. C’est ainsi qu'on appelle Grecs et Arméniens tous les nombreux Grecs et Arméniens qui demeurent dans différentes parties des empires lusse, Autrichien et Oltoman.

Le nom de nation, dans le sens politique ou historique , est aussi variable que le sont les évènemens qui changent si souvent la face de la terre. Sans parler des grandes révolutions qui sont le sujet de l'histoire ancienne et moderne, n'avons-nous pas vu de nos

jours de grandes contrées changer quatre ou cinq fois de domination, et par conséquent figurer sous autant de noms différens dans la liste des nations? Une division des peuples, fondée sur cette base. est done la moins propre de toutes, étant la plus inconstaute ct la

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moins durable. Celle qui classerait toutes les natious de la terre, en prenant celle appellation dans le sens géographique, quoique moins variable que la précédente , n’en serait pas moins impropre, puisqu'en offrant des divisions qui ne correspondent pas à celles de l'ethnographie, elles sont en outre presque toujours en opposition avec les divisions politiques, sans avoir pour cela l'avantage d'être invaritables. Cette dernière qualité ne se retrouve que dans la division ethnographique.

La langue est le véritable trait caractéristique qui distingue une nation d'une autre; quelquefois même elle en est le seul, puisque toutes les autres difiérences produites par la diversité de race, de gouvernement, des usages, des mœurs, de la religion et de la civilisation, ou n'existent pas, ou bien offrent des nuances presque imperceptibles. Quelle différence essentielle présentent maintenant entre elles les principales nations de l'Europe, si ce n'est celle de la langue? Les progrès de la civilisation, la succession des changemens politiques, si fréquens de nos jours, et la multiplicité des rapports produits par le commerce et l’industrie, ont pour ainsi dire entiérement effacé ce qui constituait les nuance: principales du caractère individuel de chaque nation européenne ; quelle différence esseutielle offrent entre elles les nations policées de l'Iude, de l’Indo-Chine, de la Malaisie (archipel Indien), et la plupart des innombrables peuplades de l'Amérique, si ce n'est aussi celle de la langue différente que chacune d'elles parle, et qui fait qu'un Malabar diffère d'un Telinga, d'uu Bengali et d'un Malharatte; un Siamois d'un Péguan, d'un Hirman et d'un Tonquinois; un Malais d'un Javanais, d'un Bugis et d'un Tagaie ; un Mexicain d'un Tarasque, d'un Huastèque et d'un Totonaque; un Huron d’un Sawanou , et un Guarani d'un Péruvien !

Mais, outre que la langue est ordinairement le seul ou le principal trait caractéristique d'une nation, ce trait a l'avantage d'être presque toujours inaltérable, se conservant à travers la série des siècles; car ni le laps de temps, ni les variations des gouveruemens , ni les changemens de religion et des institutions sociales et politiques, ne sauraient, généralement parlant, le détruire. Ne voyons-nous pas les Croates de Feldsberg, dans la Basse-Autriche, et ceux des villages de Froelersdorf, de Grittenfeld et de Prezau , dans la Moravie, conserverleur langue au milieu des peuplades allemandes qui les environnent ? Ne voÿons-nous pas quatre autres peuplades slaves, les Seeleni, les Kures, le Wenden et les Semgallen, conserver aussi, depuis tant de siècles, chacun leur dialecte lettou different, malgré les longues et intimes relations avec les Allemands qui les pressent de tous côtés, malgré les nations finnoises qui les environneut, et malgré l'influence toujours croissante de la domination russe? C'est ainsi que les /ndiens, les Chinois, les Juifs, les Arméniens, es Basques , les Caldonach, et une foule d'autres nations , se sont conservées à ravers la série des siècles, malgré les révolutions qu’elles ont subies, et malyré la domination et le contact de tant de peuples étrangers avec lesquels elles se sont trouvées.

Comme dans la description générale de chaque partie du moude on offrira dans un ta-

bleau toutes les familles ethnographiques qui lui appartiennent, avec leurs langues principales , nous nous bornerons ici à définir ce que l’on doit entendre par famille, par langue-sœur et par dialecte, résumant ensuite la mappemonde ethuographique de notre Atlas, Ce sera le cadre général auquel se rapporteront les cinq tableaux correspondaus aux cinq parties du monde.

… Souche ou famille cthnographique est un groupe de langues qui offrent entre elles une grande analogie. Elles présentent pour ainsi dire tant de traits de famille, qu’on leur reconuait une origine commune, d'autant plus que l'histoire vient d'ordinaire à notre secours en nous indiquant les traces des migrations des peuples qui les parlent. Ces langues-sœurs cunstituent les familles ou les souches ethnographiques.

Les dialectes, généralement parlant, sont des manières différentes de prononcer une langue. Nous ne croyons pas qu'on puisse donner une définition plus exacte, quoiqu’elie laisse encore beaucoup à desirer: car à côté d'une prononciation plus ou moins sonore ou sourde, accentuée ou effacée, se glissent aussi des constructions souvent tout-à-fait différentes et des mots inconnus.

Les recherches que nous avons faites pour la rédaction de l'Atlas ethnographique nous ont démontré qu'on peut faire monter au moins à 2,000 le nombre des langues connues. Quelque grand qu'il puisse paraitre, ce nombre est bieu loin d'être exagéré, Il nous étonue,

a parce que nous avons des idées très inexact cure dans l'enfance, et que la ligue de dém encore bien loin d’être déterminée avec pr fondent sur les opinions de ces aute pres quelques textes de la Bible, e

ee es des laugues, parce que leur histoire est enarcalion entre une langue et ses dialectes est écision. La plupart de nos idées sur ce urs qui prétendaient fixer le nombre des langues d'a- {sur l'observation de l'état où se trouvent actuellement cel'es des pays les plus connus. Mais les Opinions de ces auteurs sont arbitraires, et le petit nombre des idiomes de l'Europe ne peut Pas servir de mesure pour connaître celui des autres parties du monde, La région du Caucase, Les plaines de l'Oréuoque et de l'Atnazone, la côte de la Nouvelle-Californie et plusieurs iles de l'Océanie prouvent sans ré combien seraient erronées les conséquences de semblables comparaisons.

L'état imparfait de l'ethnographie ne nous a permis de classerdans l'At] gues, el environ 5,000 dialectes, Dans ce nombre prodigieux d'idiomes, 153 appartien nent à l'Asie, 53 à l'Europe, 115 à l'Afrique, 117 à l'Océanie, et 423 à l'Amérique. Lu appliquant à l'ethnographie les cinq grandes divisions du globe suivies par les géographes, quoique leurs limites respectives y subissent de grandes inodifications , dues au domaine très étendu de certaines langues, nous avons partagé toutes les laugues connues dans les cinq classes suivantes. Elles forinent pour ainsi dire la

cu prenant celle appelprécédente, n’en serait ï spoudent pas à celles de es u avec les divisions podernière qualité ne se ne nation d'une autre; ifiérences produites par de la religion et de la e imperceptibles. Quelle ales nations de l'Europe, ccession des changemens ts produits par le comi constituait les nuance:

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