LE CÉNOMANIEN EN EUROPE
crayeux. C'est seulement dans Touest, à partir du Berry et sur le bord de TArmorique que Tétage se montre sous forme arénacée, exprimée par les sables et grès du Maine, à grandes trigonies, que couronne un cordon de marne blanche à grandes huîtres {Ostrea columba, O, biaurieulata). En remontant vers le nord, on voit le faciès du calcaire crayeux, moucheté de grains verts de glauconie, envahir la base du cénomanien, dont la partie moyenne reste à Fétat arénacé {sables du Perche), Enfin, en Normandie, la transformation est complète, et tout Tétage est formé par une craie glaaconieuse à silex (ancienne craie chloritée des auteurs), avec Pecten asper, Acanthoceras Manielli, Ac. rotomagense. C'est cette craie, terminée par un lit très fossilifère, qui forme à Rouen Tescarpement de la côte Sainte-Catherine.
Mais rassise change peu à peu vers le nord. Dans le Boulonnais, la glauconie est concentrée à la base, et le reste est à Tétat de marne crayeuse grise, exploitée pour ciment. 11 est vrai que, quand on se rapproche des anciens massifs du Brabant et de TArdenne, on voit le cénomanien prendre la forme d'un gravier glauconieux, témoignage de la transgression survenue, et que les mineurs saluent du nom de tourtia. Sa rencontre dans les sondages annonce la proximité du terrain carboniférien. Mais, en s'écartant de ces massifs, le cénomanien redevient d'abord argileux, puis calcaire, exempt de glauconie, comme dans la craie ammonitifère de FAube et le tuffeau h ammonites de l'Yonne. C'est seulement aux environs de Sancerre que se montre, dans la partie supérieure de ce tuffeau, la marne à ostracées, déjà vue dans le Maine, et indice d'une communication déjà ouverte avec la mer de l'Aquitaine, où ce faciès est encore mieux développé.
Régions méditerranéennes. — En effet, le détroit ligérien, longtemps fermé, venait de se rouvrir, et les Charentes, un moment occupées par des formations d'estuaire à lignite {gardx>nien)f étaient maintenant baignées par une mer où prospéraient les huîtres, les caprines, les rudistes et les orbitolines. C'est le régime méditerranéen, qui s'étendait au moins jusqu'à l'embouchure de la Loire, et faisait sentir son influence, d'un côté jusqu'au Perche, de l'autre jusqu'au Sancerrois.
316 SYSTEME CRETACIQUS
Largement étendu sur toute la région pyrénéenne, ce régime se poursuivait par les Corbières et atteignait la Provence, où il entrait en contact, d'une part avec une influence septentrionale, amenant par le nord des fossiles de la craie de Rouen, d'autre part avec une influence encore plus méridionale, celle qui provoquait alors en Algérie et jusqu'en Syrie le dépôt des, marnes à Hekrodiadema libycum, avec grandes huîtres, constituant le faciès africanosyrien de l'étage.
En revanche, à cette époque, le Dauphiné continuait à offrir des grès verts grossiers, attestant des conditions tout à fait littorales.
Europe septentrionale. — Revenons maintenant dans les régions du nord. L'Angleterre nous offrira, dans le grès i^ert supérieur et le chloritic-marl, un épisode littoral, précédant le régime marneux de la craie grise. Puis, en Westphalie, nous retrouverons, contre le massif houiller, un tourtia et des marnes plus ou moins glaucanieuses {plœner)y se poursuivant jusqu'à Lûnebourg, où la fréquente apparition d'une petite bélemnite {Bel. uliimus) affirme la persistance des influences boréales, en même temps que l'application directe du cénomanien sur le trias porte témoignage de l'invasion marine. Enfin, en Saxe et en Bohême, le voisinage des anciens massifs se traduit par le faciès arénacé que prend l'étage, devenu un grès, le Quadersandsiein, débordant parfois sur le granité, dont il remplit les inégalités par un conglomérat grossier à végétaux terrestres.
Région alpine. Paya hors d'£urc^[>e. — Le cénomanien, le plus souvent calcaire, s'étend en Suisse tout le long des Alpes et se fond ensuite dans le grès de Vienne ou grès carpaihique. On le revoit plus d'une fois en Transylvanie à l'état de conglomérat grossier, difficile à distinguer de Talbien. Mais il devient marneux ou sableux dans le sud-est de la Russie. Glauconieux au Caucase et en Perse, il apparaît en Inde, à Trichinopoly, avec une riche faune d*ammonites, spécialement riche en Phylloceras et Lytoceras, faune qui se retrouve à la fois au Japon, dans l'Afrique orientale et à Madagascar.
Dans le Texas et les Montagnes Rocheuses d'Amérique, le cénomanien occupe de grandes surfaces, étant formé par les grès du Dakota^ où des restes de dicotylédones alternent avec
l'étage turonien 317
des couches marines, dans des conditions qui accusent la lente invasion par la mer d'une surface longtemps demeurée continentale. Les dépôts marins se poursuivent jusqu'en Californie et aux îles de la Reine-Charlotte, où ils recommencent à contenir des espèces d'ammonites attestant leur liaison avec la province indo-japonaise. Non loin de là, des gisements plus littoraux, situés dans la chaîne des Cascades, offrent une flore terrestre identique avec celle qu'on a découverte au même niveau à Atane (Groenland), à cette différence près que les palmiers, présents dans les gisements des Cascades, font défaut au Groenland.
SÉRIE NÉOGRÉTAGIQUE 2« ÉTAGE TURONIEN
Données générales sur le turonien. — Deux circonstances caractérisent l'époque turonienne : d'abord, dans le. bassin anglo-parisien, la sédimentation crayeuse s'introduit définitivement; tout au plus la craie se mélange-t-elle d'un peu de sable et de mica aux approches du massif armoricain. Ensuite, dans la région méditerranéenne, la famille des rudistes se complète par l'apparition des Hippurites, qui vont jouer un grand rôle en Provence et dans Les Pyrénées.
Les ammonites plus spécialement propres au turonien sont celles des genres Mammiles et Prionotropis. Le genre Pachydiscus y débute. On peut distinguer deux sous-étages : celui du bas ou ligérien (de la Loire), niveau du Mammites nodosoides et aussi d'un inocérame très abondant, Inoceramns îabiatus ou Drohlematicus (fig. 128) ; celui du haut ou angoumien (d'Angoulême), qui dans le nord est caractérisé par Scaphites Geinitzl; tandis qu'au sud il voit l'éclosion des Hippurites, accompagnés de Biradiolites cornupastoris.
Bassin de Paris, Europe septentrionale. — Le turonien en Normandie est à l'état de craie marneuse, n'ayant de cordons de silex que dans le haut. Sa composition est à peu près semblable dans le Boulonnais, où la craie est à la fois marneuse et noduleuse.
SYSTEME CRETACIQUB
Dans le Perche, le type marneux se poursuit, fournissant la chaux hydraulique de Senonches ; mais déjà, dans le haut, oh voit apparaître une craie sableuse et micacée. Ce faciès se développe au sud, envahissant presque tout le ligérien, et donne le tuffeau (de Touraine), si remarquable par la finesse et Tégalité de son grain, tandis que, par-dessus, une craie jaune, abondante en nodules siliceux et en bryozoaires, représente Tangoumien, transformé près de Saumur en un grès siliceux.
Toujours à l'état de craie marneuse en Champagne, où il fait face à Textérieur du bassin de Paris par une ligne de falaises, bien visible à Rethel, Tétage se charge d'argile en approchant du nord, et engendre les dièves des mineurs, dont Taffleurement porte les belles prairies de la Thiérache.
En Angleterre, on retrouve le type du Boulonnais, c'est-à-dire une craie sans silex à la base, et une assise plus dure {chalk rock) avec silex au sommet.
Les marnes et calcaires marneux, parfois glauconieux, dominent dans le turonien ou plaener supérieur de Westphalie. Le même faciès, parfoi? associé à un peu de grès, se revoit en Saxe et en Bohême, où le turonien, débordant le cénomanien, peut se trouver directement superposé au granité. Dans toutes ces régions d'ailleurs la faune devient assez uniforme.
Europe méiidionale. Région alpine. Pays horsd'Europe. — C'est dans les Charcutes que se prononce le faciès à rudisles. Des calcaires ligériens à Mammites Rochebrunei y supportent la pierre de taille d'Angoulême et de Périgueux, à Biradioliies, dont l'équivalent se revoit dans la Chalosse. Aux Corbières, la même superposition se constate; mais ce sont les hippurites qui deviennent nombreuses dans l'angoumien, où l'entassement de leurs cornets fait naître des barres calcaires, en lentilles au milieu des marnes; il en est de même en Provence, au Beausset. A cette époque, le massif ancien des Maures envoyaitau nord-ouest, à la rencontre des Cévennes,
Fig. 128. -— Inoceramua labiatus.
L*ÉTAGE EMSCHÉRIEN 319
lin éperon indiqué par plusieurs gisements de végétaux terrestres. Cet éperon servait d'appui aux constructions hippuritiques, et sa pointe est marquée par Tapparition du faciès arénacé (grès d'Uchaux), Les rudistes n'ont pas pénétré au nord de cette région, où l'abondance des conglomérats gréseux trahit l'instabilité et l'irrégularité des rivages dans le Dauphiné.
Le synclinal préalpin continuait à être occupé, de la Suisse aux Garpathes, par un bras de mer à sédimentation calcaire ou schisteuse; mais, sur le revers sud des Alpes, le régime hippuritique prévalait, s'avançant par moments jusque sur les îlots de la chaîne, comme il a fait à Gosau, près de Salzbourg et en plus d'un point de la Transylvanie, où les gastropodes de la famille des actéonelles et des nérinées alternent en bancs avec les lits à hippurites. Là aussi, il y a transgression du turonien sur les terrains anciens.
En Italie, c'est encore à l'état de calcaires à rudistes que le turonien est développé. Ce type s'étend sur la Sardaigne et la Sicile, sur la Dalmatie et l'Albanie. On le retrouve en Algérie, mais alors associé avec des marnes et calcaires, dont les ammonites ont des afOnilés avec certaines espèces qu'on a recueillies, dans le sud de l'Hindoustan, en compagnie de Mammites très voisins du nodosoides ainsi que dHïnoceramus lahiatm.
Dans l'Amérique du Nord, la base du groupe du Colorado^ débutant par des lignites, contient ensuite, dans des couches crayeuses, les fossiles du turonien marin. L'étage s'étend jusqu'au Minnesota, où on le voit directement appliqué sur les terrains primaires. Ainsi l'invasion marine continuait à progresser.
SÉRIE NÉOCRÉTACIQUE 3" ÉTAOE EMSCHÉRIEN
Données générales sur l'emachérien. — C'est à l'époque emschérienne que la mer paraît avoir occupé le plus de place, non seulement en France, mais en Europe (fig. 129). Encore
SYSTEME CRETACIQUE
«st-il difficile 4e dire ce quelle pouvait lusser subsister des anciens massifs; car en plus d'un point on rencontre sur ces derniers, k une énorme distance des affleurements crayetix, des silex avec fossiles de Tétage, derniers débris d'une formation dont la dissolution par les eaux météoriques, pour-
Fig. 129. — L'Europe à l'époque ernschérienne.
suivie pendant toute la durée des temps tertiaires, a fait disparaître tout autre élément.
Un fait très remarquable est l'énorme diffusion du faciès crayeux, capable de se poursuivre depuis le Midi de la France jusqu'aux approches de la Scandinavie et de l'Ecosse. Rarement il s'était produit une pareille uniformité de conditions. Mais la Méditerranée continuait à former une région à part, toujours réservée au travail des rudistes.
L'emschérien inférieur ou coniacien (de Cognac) voit apparaître, surtout dans le midi, une famille d'ammonites qui, par un très curieux retour du passé, présente des cloisons
L*EMSGHÉRIEN EN FRANCE 3âi
semblables à celles des cératites du trias. Ce sont les Tissotia. L'emschérien supérieur ou santonien (de Saintes), est la zone à Placenticeras syrtale, accompagné de divers Mortonieeras. Dans le nord, où les coquilles d'ammonites n'ont été que trfts rarement conservées, c'est par des oursins du genre Micraster que se distinguent les deux sous-étages; au premier appartient M. decipiens (M. cortestudinarium); au second M. coranguinum.
Bassin de Paris, Tonraine. — L'emschérien du bassin de Paris offre une composition très uniforme. Sa partie inférieure est plus riche en cordons de silex noirs, et c'est elle qui contient, en Picardie comme en Normandie, les assises de craie nodnleuse, propre aux constructions. Le santonien est tantôt pourvu de petits silex cariés, tantôt à Tétat de craie blanche tendre sans silex, où apparaissent en Picardie des bélemnitidés du genre Actinoeamax. D'une façon générale, les silex sont beaucoup plus rares dans la craie de la Gham* pagne.
Du côté de Chartres, et surtout dans le Perche, la craie blanche, sans perdre ses caractères extérieurs habituels, laisse voir quelques fossiles nouveaux, notamment des oursins, qui montrent que l'influence du bassin de l'Aquitaine se faisait sentir jusque là. Mais en Touraine, à Villedieu, la transfor* mation est encore bien plus accusée. Tout l'emschérien, réduit à quelques mètres, est à l'état de calcaires durs et de marnes, riches en ammonites, localisées en des niveaux bien définis. Micraster turonensis y remplace M, decipiens^ et l'appa-^ rition de quelques rudistes du genre Sphœrulites affirme encore mieux les affinités méridionales.
Région méditerranéenne. — La source prochaine de ces dernières doit être cherchée dans les Charentes, avec lesquelles la Touraine communiquait par la région de l'embouchure de la Loire. Les calcaires, noduleux, marneux ou cristallins, des Charentes, renferment une riche faune, coniacienne à la base, santonienne au sommet; mais, dans l'étage supérieur, se montrent deux horizons d'hippurites, C*est donc là que commençaient, au moins d'une façon sporadique, les conditions physiques propres à ce mode spécial d'activité
322 SYSTÈME CWÉTACIQUE
zoogène, conditions qui demeuraient le privilège exclusif des régions méditerranéennes.
Ce régime reparait dans les Pyrénées de la Haute-Garonne et dans les Gorbières, puis dans le Gard, où les hippuiites se montrent dès le coniacien, enfin en Provence, tant à Martigues qu'au Beausset. Partout les barres hippuritiques forment des accidents lenticulaires, au milieu de couches qui contiennent des ammonites et des oursins (notamment Micraster iuronensis) ; et comme l'aspect extérieur des hippurites est très peu variable, il a fallu de patientes études de détail pour apprendre à distinguer les espèces, et à préciser leur distribution entre plusieurs niveaux définis. Au début, on les avait regardées comme à peu près identiques, en les attribuant toutes au turonien. Or elles se répartissent entre Tangoumien, le coniacien et le santonien, sans préjudice de celles que nous verrons monter dans Taturien.
Un fait intéressant est la juxtaposition qui s'opère, dans le midi de la France, entre le faciès hippuritique méditerranéen et celui des craies à Micraster du nord. Tandis que, à l'abri de l'éperon occidental des Maures, les rudistes prospéraient en Basse Provence, des courants, issus du bassin de Paris, et longeant un synclinal subalpin, amenaient jusqu'à Nice le Micraster coranguiimm, déposant au passage les calcaires blancs à silex de la Drôme.
Europe du nord. Région alpine. — G'est le faciès typique de la craie qui prévaut en Angleterre, où le santonien est généralement dépourvu de silex.
Ce faciès s'étend à l'Allemagne du nord, où on le retrouve à Helgoland. Mais en Westpbalie, en bordure du massif rhénan, alors émergé, la sédimentation se montre plus littorale, sous la forme des marnes, en partie glauconieuses, de l'Emscher Grund, capables de se changer par endroits en roches quartzeuses. Ce type littoral est encore bien mieux caractérisé à Aix-la-Chapelle, où l'emschérien est formé de sables et d'argiles avec végétaux terrestres. Le faciès arénacé se reproduit en Bohême, à la hauteur du santonien, se traduisant par le Qaadersandstein supérieur, qui donne naissance aux rochers si pittoresques de la Suisse saxonne.
L*ÊrAGE ATURIEN 323
Dans la région des Alpes orientales, on voit reparaître, notamment à Gosau, des conditions semblables à celles du turonien; c'est-à-dire que des bancs à hippurites s'y montrent, alternant avec des marnes avec ammonites. La proximité du rivage est attestée par des couches saumâtres avec bancs de lignite, et le même fait se reproduit en plus d'un point de la Hongrie et des Balkans, tandis qu'en Italie le régime est plus franchement marin.
Africnie, Asie, Améiiq[ue. — Calcaire et marneux en Algérie, où les ostracées continuent à prospérer comme elles avaient fait précédemment, Temschérien se revoit en Egypte, en Palestine, en Perse, en Inde, à Madagascar et dans l'Afrique orientale.
La mer emschérienne a couvert de grandes surfaces dans l'Amérique du Nord. Au Texas, elle a déposé une véritable craie, et, dans le voisinage des sources du Missouri, ses traces sont demeurées sous la forme des schistes et des calcaires du Niobrara, dont la partie moyenne contient des rudistes, tandis qu'au sommet apparaît une couche littorale avec ossements d'Hesperornis. Au Canada, le faciès est également littoral, comme en témoignent d'importants gisements de charbon.
SÉRIE NÉOGRÉTAGIQUE 40 ÉTAGE ATURIEN
Données générales sur Paturien. — C'est avec l'aturien que finit la grande invasion des mers de la craie. L'établissement du nouveau régime se traduit par plus de variété dans les sédiments, mais surtout par la fréquente apparition, dans le midi, du faciès d'estuaire, tandis qu'au nord les craies phosphatées révèlent aussi des conditions littorales, précédant la localisation tout à fait étroite des mers de l'aturien supérieur.
Dans le nord, l'époque aturienne est par excellence l'ère des genres ActinocamaXy Belemnitella, issus des régions septen trionales, où ils atteignent leur maximum de développement.
324 SYSTÈME CRÉTACIQtJE
L'aturien inférieur ou sous-étage campanien (de la Charapagne charentaise) est caractérisé, en fait d'ammonitidés. par PachydUcas nenbergicus et Heteroceras polypîocum. L'aturien supérieur ou maêstrichtien (dordonien de Goqtiaiid) voit prédominer les genres Baculite$ et Scaphites, ainsi que les oursins du genre Hemipnemtes. Il est très curieux de voir, à cette époque, les rudistes, sphérulites, radiolites et même hippurites, pénétrer jusque dans les régions du nord, ainsi au Limbourg.
Le maêstrichtien est aussi Tépoque où se prononce , parmi les foraminifères, Tépanouissement du genre Orbitotdes.
Bassin de Paris, Limbourg. — Le régime crayeux, qui s'était définitivement installé, dans le bassin de Pcris, avec le santon ien, trouve son expression la mieux caractérisée avec Taturien, dans la craie blanche à bélemnites, roche tendre, traçante, et qui après lavage est propre à la fabrication du blanc de craie.
Les silex, qui étaient devenus rares avec le santonien, reparaissent en général dans cette craie blanche, qui peut se partager en deux assises, savoir : la craie de Reims et d'Épernay, à Actinocamax qnadratm et la craie de Meudon^ à Belemnitella mucronata. Cette dernière peut être regardée comme la base du maêstrichtien, dont l'équivalent se trouve au Gotentin, aux environs de Valognes, sous la forme, non plus de craie, mais de calcaire jaune à baculite$.
En Picardie, des grains de phosphate apparaissent à la base de la craie à bélemnitelles; c'est la décalcification de cette assise qui a engendré les sables phosphatés riches de la contrée. Dans le Hainaut, la craie phosphatée correspond à un niveau plus élevé, et précède immédiatement, à Ciply, le taffeau, de Saint- Symphorien, équivalent du inffeau de Maéstricht^ très riche en bryozoaires, avec scaphites, baculites, rudistes, Hemipneustes et OrbitoideB. Il s'agit donc ici d'un mode de sédimentation très localisé.
Allemagne. Région alpine. — Autour d'Aix-la-Chapelle, et sous l'influence du voisinage du massif rhénan, l'aturien s'ensable comme avait fait remschérien, mais sans cesser de contenir des bélemnitelles. La vase calcaire reparait en
L'ATURIEN en EUROPE 325
Westphalie, avec des fossiles qui accusent des conditions plus pélagiques que dans le bassin de Paris; ainsi les ammo** nitidés caractérisent la craie de Haldem, qu'on retrouve jusqu'à l'île de Rùgen, et les mêmes espèces se recueillent en Galicie dans la craie de Lemherg.
Cette mer aturienne à céphalopodes faisait sentir son influence dans les Alpes bavaroises et les Garpathes, sans exclure, notamment à Gosau, le retour accidentel du régime hippuri tique, toujours florissant dans la zone méditerra-* néenne, notamment dans le Frioul.
En revanche, des courants issus du bassin de Paris, et suivant la même voie que ceux du santonien, déterminaient dans le Dauphiné la formation de dalles ou lauzes à béiemnitelles, localisées dans un détroit subalpin qui rejoignait à Nice la mer méditerranéenne.
ProTenoe, Languedoo, Aquitaine. — A l'ouest de ce détroit, il s'était établi, depuis la fin du santonien, un isthme reliant les Gévennes au massif des Maures, lequel, largement étalé dans la direction de Marseille, envoyait, sui\rant le littoral actuel du Languedoc, un long promontoire jusqu'aux sources de la Garonne. De cette manière, la Provence et le Languedoc, isolés de la mer, abritaient une longue bande de lagunes, d'abord saumâtres, puis d'eau douce. Dans ces lagunes s'est entassée la série de Fuveau^ avec ses couches d'un lignite qui est presque de la houille, et où abondent les débris de végétaux de marais et de rivières. Et après le dépôt de ces couches campaniennes est venu celui d'un calcaire lacustre à gastropodes des genres Lyohnus et Physa,
La longue bande des lagunes languedociennes venait déboucher à l'ouest dans un golfe de la mer qui couvrait alors toute l'Aquitaine. Aussi voit-on les marnes marines avec hippurites, cette fois campaniennes, apparaître à la Montagne des Cornes, près de Rennes-les-Bains, ainsi que dans l'Ariège, à Leychert, étant recouvertes par l'épisode arénacé du grès d'AleU Le caractère marin se prononce encore mieux dans la Haute-Garonne, à Ausseing, où un calcaire marneux à Pachydiscas neubergicus contient aussi une lentille hippuritique et supporte un calcaire-nanHin ^ Ort^itoïdes et Hemipneustes, Enfl^
326 SYSTÈME CRiTAGIQUB
c'est dans la Ghalosse, sur le prolongement continental de la fosse sous-marine de TAdour, que Taturien se montre le plus franchement marin. Les céphalopodes de Haldem existent dans les calcaires bleuâtres de Tercis, en compagnie d'oursins spéciaux, et sans rudistes.
Pour retrouver ces derniers, il faut s'éloigner de la région pélagique en se dirigeant vers Tancien détroit poitevin, désormais fermé d'une façon définitive. Alors, au-dessus de la craie blanche campanienne de Royan, on voit se développer les calcaires et les sables dordoniens, avec Orbitoïdesj Hemipneustes et divers rudistes, notamment des hippurites. Évidemment cette région devait être en communication avec le Limbourg, mais par une voie qu'il serait aujourd'hui bien difficile d'indiquer avec précision.
Asie, Afrique, Amérique. — La mer aturienne, avec accidents hippuritiques, passait sur l'Asie Mineure comme au Sinaï, puis en Perse et dans le Baloutchistan, où une faune très voisine de la faune maëstrichtienne se trouve en compagnie d'un gros oursin du genre Noetlingia. Cet oursin a été recueilli en plein Sahara oriental, près de Bilma, ce qui prouve qu'à cette époque, la mer qui se retirait de notre Europe formait en Afrique un golfe profond.
Le sud de l'Hindoustan, aux environs de Trichinopoly, continuait à être visité par une mer à Pachydiscus et Lyioceras, dont les espèces se retrouvent au Japon et à Sakhalin d'un côté, en Patagonie, sur la terre antarctique (île Seymour), à Madagascar et à Natal de l'autre. D'ailleurs, par Vancouver, cette mer se reliait à celle qui, dans les Montagnes Rocheuses, déposait la série du Montanay à Bacalites, Scaphites et Heteroceras. De là, par le Texas, la mer atteignait l'Atlantique, qui jetait sur le New-Jersey des sables glauconieux à bélemnitelles et baculites.
Enfin la mer américaine a touché le Groenland occidental où, par 70<>45' de latitude, une flore terrestre à Dimpyros est associée à des fossiles de la série du Montana.
l'étage danien
SÉRIE NÉOGRÉTAGIQUE 5* ÉTAOE DANIEN
Données générales sur le danien. — L'étage danien forme un terme de passage entre le néocrétacique et le tertiaire. Intimement lié au premier par sa distribution géographique, il s'en distingue parce qu'il ne contient plus d'ammonites. C'est d'ordinaire par un nautile, Nautilus danicusj qu'on le caractérise. Il est à remarquer qu'à l'époque danienne les algues calcaires du genre Lithothamnium ont prospéré dans nos régions.
Le montierty ainsi nommé du calcaire de Mons en Belgique, constitue le terme supérieur du danien. C'est là surtout que' se prononcent les affinités tertiaires.
Le garumnien du midi de la France est la forme pyrénéenne du danien. Le type exclusivement marin de l'étage, réalisé dans la Chalosse, affirme son caractère de transition par la coexistence de formes crétacées d'oursins, telles que Micraster tercensis, avec des foraminifères, operculines et miliolites, qui annoncent le tertiaire.
C'est dans le danien de la Catalogne qu'apparaît la dernière hippurite.
Danemark, Hainaut, Bassin de Paris. — Le type du danien est le calcaire jaune de Faxe (Danemark), pétri de bryozoaires. Ce calcaire, où l'on observe un polypier voisin du corail rouge, est parfois aussi à l'état de véritable craie à silex.
Le même horizon, caractérisé par des bryozoaires d'affinités crétacées, se retrouve au Hainaut dans le tuffeau de Ciply, Tout près de là, sous la ville de Mons, les puits traversent un calcaire pétri de foraminifères et de débris d'algues. C'est le calcaire de Mons, avec grands cérithes à la base, et nombreux fossiles, dont les uns sont des oursins crétacés, et les autres des gastropodes de faciès tertiaire.. La présence de plusieurs genres d'eau douce accuse un estuaire.
Dans le bassii^ de Paris, le danien est représenté par ce qu'on appelait autrefois le calcaire pisolithique. Il n'y a que très peu de gisements de ce calcaire, comme ceux de Montereau, qu'on puisse assimiler au danien de Faxe. Tous les autres appartiennent au montien et forment deux séries : la série inférieure est constituée par des calcaires concrétionnés où dominent les débris d'algues {Lithothamnium), et se rencontre en petits lambeaux au milieu de la craie aturienne (Vigny, Laversine). La série supérieure, dont fait partie le calcaire pisolitbique de Meudon, débute par un banc à foraminifères, petits oursins et grands cérithes, que couronnent des marnes avec blocs corrodés, où Ton recueille les gastropodes du calcaire de Mons, c'est-à-dire un mélange de potamides saumâtres et de physes d'eau douce. C'est donc un mouvement de retraite de la mer qui s'accentue, et pour cette raison il parait convenable de maintenir le montien dans le néocrétacique.
Région méditerranéenne et alpine. — En dehors du bassin de Paris, on ne trouve plus le danien que dans le Midi. Encore, de la Provence à TAriège, n'est-il représenté que par des formations d'eau douce, à savoir les argiles rutilantes de la Provence et du Languedoc, surmontées par le calcaire lacustre à Lychnus et à Bauxva de Rognac {rognacien). Cet étage est riche en ossements de grands reptiles, notamment de dinosauriens, dont quelques-uns sont alliés aux cératopsidés de l'Amérique du Nord.
A partir de l'Ariège, des couches marines s'intercalent dans les calcaires lacustres, et ces intercalations se prononcent dans la Haute-Garonne, où le calcaire lithographique à Bauxia, surmontant des couches saumâtres avec cyrènes, est associé à des lits marins avec Micraster tercensis. C'est que, de plus en plus, on pénètre dans le golfe aquitanien. En effet, dans l'ouest, le faciès mixte du garumnien disparait et, dans la Chalosse, on ne trouve plus, toujours en prolongement de la fosse de l'Adour, qu'un type exclusivement marin, celui des calcaires marneux de Tercis et d'Angoumé, avec Micraster tercensis et autres oursins des genres Ananchytes, Isaster, etc.; le tout accompagné, depuis l'Ariège, d'operculines et de miliolites.