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GÉNÉRALITÉS SUR L'ÉOCÈNE

caractère particulier qui distinguait cette région pendant les périodes antérieures; c'est-à-dire qu'on y voit dominer, se poursuivant sur de grandes étendues, des calcaires à la construction desquels les organismes ont pris une part notable. Seulement ce n'est plus à des dicérates ni à des rudistes que cette tâche est dévolue; c'est à de simples protozoaires et surtout aux nummulites, qui ont mérité d'imposer leur nom à l'ensemble de l'éocène méditerranéen ou terrain nummulitique. Au moment où s'ouvre la période éocène, le climat de l'Europe est tempéré plutôt que très chaud; l'hiver est encore nul ou presque nul et la végétation continentale paraît ne pas éprouver de variations sensibles entre le 40® et le 60® degré de latitude. Mais bientôt, sur l'Europe méridionale, la mer nummulitique s'installe dans de longs sillons. L'Europe revêt alors une physionomie africaine. Sous l'influence d'une mer chaude, touchant au tropique vers le sud, s'établit un régime de saisons sèches et brûlantes, alternant avec des saisons pluvieuses et tempérées, la température moyenne annuelle étant d'environ 25<» sous la latitude de la Provence. Alors se trouve réalisée la plus grande élévation thermique que l'Europe ait connue dans les temps tertiaires. Les palmiers abondent en France, les cocotiers ou des arbres analogues prospèrent en Angleterre et les arbres à feuilles caduques semblent encore relégués sur les hauteurs, d'où ils ne descendront qu'à la fin de l'éocène. La période s'achève à peu près dans ces conditions, sans que les régions les plus voisines du pôle cessent de nourrir une végétation qui témoigne d'une moyenne annuelle supérieure d'une vingtaine de degrés à celle que l'on constate de nos jours dans les mêmes parages. C'est avec l'éocène que commence le développement des mammifères. Les pachydermes sont prépondérants et représentés par des animaux analogues aux tapirs, dont les principaux sont : à la base de la série, Coryphodon; au milieu, Lophiodon\ au sommet, les précurseurs de Palœoiherium, l'animal du gypse parisien. Les poissons de la famille des squales ' abondent. Parmi les sédiments littoraux pullulent les individus du grand genre Cerithium (fig. 131, 132, 133), avec sa section PotamideSj ainsi que les turritelles

SYSTEME EOGENE : SERIE EQCENE

(fig. 134). Enfin les plus caractéristiques des foraniinifères ' éocènes sont les nummuliies (fig. 135), ainsi nommées de leur

Fig. 131. — Cerithium {Potamides) lapidum.

Fig. 13-2. — Cerithium tricarinatum.

Fig. 133. — Ce^thium mutabile.

ressemblance avec des pièces de monnaie et capables de constituer par leur accumulation des bancs entiers, privilège

Fig. 134. -- Turritella faaciata.

Fig. 135. — Coupes de Nnmmulites dans un calcaire.

qu'elles partagent avec d'autres protozoaires, tels ,que les alvéolines, en forme de fuseaux, les miliolites, semblables à des grains de millet, et les Orbitoides appartenant à la section àïle Orthophragmina.

DIVISIONS DE L'ÉOCÈNB ^37

DiTisionB de la série éooène. — Les ammonites n'ayant pas survécu aux temps secondaires, le critérium qui depuis si longtemps nous servait pour la différenciation des étages cesse de pouvoir être appliqué. Les divisions paléontologiques des terrains tertiaires ne sont donc pas exactement comparables à celles des périodes antérieures et n*ont pas la même valeur.

Heureusement, d'une part, les sédiments de cet âge ayant été moins complètement dispersés par Térosion, on peut faire intervenir avec plus de fruit la considération des changements survenus dans le contour des rivages aux diverses époques. D'autre part, l'étude attentive des nummulites et autres foraminifères a enfin permis de fonder, sur ce groupe d'êtres inférieurs, une division applicable aux types pélagiques de la série éocène. De plus, le développement rapide et subit que prend, avec le tertiaire, la classe des mammifères, et l'ordre remarquable qui préside à la succession des types, fournissent, pour les gisements d'eau douce de la période, les éléments d'une classification qui s'harmonise bien avec la précédente.

Les étages inférieurs de l'éocène, autrefois réunis en un seul par d'Orbigny sous la dénomination de suessonien (du Soissonnais), sont : le landénien, de Landen, dont la partie supérieure forme le sparnacien (d'Épernay), et Vyprésien (d'Ypres en Flandre).

Ensuite viennent le laiétien (de Lu tèce), partie inférieure de l'ancien étage parisien et le barlonien (de Barton en Angleterre); ce dernier étage étant pris dans son sens le plus large, de façon à comprendre l'ancien étage priabonien (de Priabona en Yicentin), équivalent du ludUen (de Ludes dans la montagne de Reims).

La caractéristique paie ontologique de chacun de ces difîé- >ents étages sera indiquée aux paragraphes correspondants.

Dl LAPPARENT. — ABR^^ai^, 6* éoilN 22

338 STSTEMI iOGBNB : SBRII ÉOCÈNE

8ÉRIB ÉOGÉNE 1* ÉTAGE LANDÉNIEN

Doiméet généralei sur le landénien. — Le débat du landénien, ou thanétien (de Tîle de Thanet en Angleterre), marque une date importante pour Thistoire du bassin anglo-parisien. La mer, qui avait quitté ce bassin, y revient par le nord. jetant sur la craie des sables fins, glauconieux, où Tinfluence septentrionale se trahit par la présence de certains genres de cyprines et d*astartes, alliés à ceux des mers boréales actuelles. Cyprtna Morrisiy Pholadomya Koninckij sont les espèces les plus fréquentes à ce niveau, où Ton trouve aussi des céphalopodes cloisonnés du genre Ataria.

Cette mer n'atteint pas la latitude de Paris, et sur son bord, en Champagne, se sont développées diverses formations de rivage, dont une est intéressante par sa riche faune de mammifères, qui a reçu le nom de faune cemaysiennej parce qu'elle a son principal gisement à Cemay près de Reims. De petites espèces, encore alliées aux mammifères secondaires, les didelphes Neoplagiaulax, PkenaeoduSj etc. ^ y sont associées & des placentaires très primitifs, comme Arctocyon, en compagnie d'oiseaux marcheurs, Gastornis. Des associations tout à fait semblables se voient au même moment dans les Montagnes Rocheuses d'Amérique.

Les traces de la mer thanétienne se retrouvent dans le sud de l'Aquitaine, où la transition est continue des dernières assises crétaclques aux calcaires à foraminifères (operculines et miliolites) de la base de l'éocène. Le même passage ménagé s'observe dans la région libyque et dans l'Inde, où les premières nummulites apparaissent à cette hauteur.

A la phase marine du thanétien succèdent les épisodes fluvio-marins du sparnacien, avec lesquels apparaissent les mammifères Coryphodon et Lophiodon,

On ne connaît pas, jusqu'à présent, de nummulites dans le landénien du nord. Celui du midi contiendrait Numm. spileo censis.

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