ABRÉGÉ
INTRODUCTION
La Géologie est la science qui a pour objet la structure de Técorce terrestre. Par ce mot à'écorce nous entendons, sans rien préjuger relativement à la constitution intérieure de notre planète, la partie du globe accessible à nos investigations. En effet, la plus grande profondeur qu'un outil de sondage ait encore atteinte n'est guère que de 2 000 mètres, quantité tout à fait insignifiante à côté des 6 000 et quelques kilomètres que compte le rayon du globe. Aussi la portion de la terre que nous pouvons directement observer ne forme-t-elle qu'une noiince pellicule relativement à l'ensemble.
L'étude de cette écorce n'est pas, pour l'homme, un simple objet de curiosité. Elle lui est imposée par la nécessité où il est d'aller chercher, dans le sein de la terre, les substances nécessaires au développement de la civilisation matérielle. En effet, c'est là que sont renfermés, avec les matériaux de construction, les minerais d'où l'on extrait les métaux, les matières premières des produits chimiques, les amendements indispensables à l'agriculture, enfin et surtout les combustibles minéraux, ce pain quotidien de l'industrie moderne.
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Or la recherche de ces substances utiles demande à être guidée par des règles précises, qui dispensent le mineur des longs et coûteux tâtonnements où Tentraineraient des travaux poussés à l'aventure. Ignorées au début, ces règles sont nées, les uBes après les autres, de l'expérience des générations successives, s'appliquant à définir les conditions de gisement des minéraux. Longtemps cette définition ne s'est traduite que par des formules empiriques, suffisantes pour servir de base à Vart des mines. Mais à mesure que ces formules devenaient plus précises, elles prenaient aux yeux des esprits généralisateurs une signification telle, qu'il suffisait de les rapprocher intelligemment les unes des autres pour en tirer la connaissance des grandes lignes architecturales de l'édifice terrestre. Ainsi s'est constituée, sinon la géologie proprement dite, du moins la partie descriptive de cette science ou la géognosie.
D'autre part, l'état actuel de notre planète n'est pas le produit d'un acte créateur instantané. De même qu'un édifice se compose d'assises superposées, dont les plus anciennes occupent la base et que souvent, si la construction a embrassé une longue durée, on en peut démêler les diverses phases d'après le style des parties successives; de même l'écorce du globe est constituée par des matériaux d'origines et de dates diverses. De cette façon, il est impossible d'étudier l'architecture de la terre sans toucher du même coup à son histoire. Ainsi, après s'être d'abord simplement proposé la découverte de règles pratiques pour guider les mineurs, on arrive, par la force des choses, en face du plus intéressant des problèmes, celui qui consiste à déchiffrer Yhistoire de la planète terrestre. Et comme, lorsqu'il s'agit de la nature, toute l'histoire se résume dans la grande idée d'ordre, les efforts du géologue doivent tendre à mettre en évidence cette notion fondamentale, en nous apprenant à reconnaître Vordre suivant lequel les matériaux du globe ont été disposés dans le temps et dans Vespace,
C'est cette mission historique qui fait, à vrai dire, le principal intérêt de la Géologie ; intérêt d'autant plus grand qu'au Heu d'une succession monotone de phénomènes identiques, l'histoire de la terre nous fait assister à une suite merveilleusement ordonnée de transformations, et met sous nos yeux, à
INTRODtJCTIOK i
mesure que nous remontons le cours des âges, des tabJ«auK de plus en plus difTérents de ceux qu'il nous est donné de contempler aujourd'hui.
Mais de là résultent aussi des difficultés d'un ordre tout particulier. Quand Thistorien cherche à faire revivre, à l'aide des monuments, des inscriptions ou des sépultures, ces peuples primitifs à l'égard desquels la tradition est restée muette, il est puissamment aidé dans sa tâche par la connaissance des nécessités de la nature humaine. Un secours analogue fait souvent défaut au géologue, et jparmi les matériaux dont le globe se eompose, matériaux qui tous sont des monuments du passé, beaucoup s'écartent à un tel degré des objeto habituels de nos expériences, qu'4>& peut à peine soupçonner les conditions sous l'empire desquelles ils ont dû. se constituer.
Heureusement cette variété ne porte que sur les ass<>ciation8 et les combinaisons des substances. Ces dernières n'ont jamais changé, non plus que la nature des forces auxquelles elles oui toujours été soumises. L'observaHon directe, et, à son défaut, l'expérimentation, doivent pouvoir rendre compte des combi* naisons constatées, et ainsi l'étude du présent s'impose comme seule apte à nous fournir la clef du passé.
Cette nécessité éclate dès le premier coup d'œil qu'on jette sur l'écorce solide. En effet, partout où des travaux de carrières, de mines ou de chemins de fer ont entamé cette écorce sur une certaine étendue, on constate que les matériaux ou roches dont elle est formée se groupent autour de deux types principaux.
Le premier comprend des roches disposées en assises, couches, ou feuillets parallèles d'une grande régularité, et que, pour ce motif, on appelle roches stratifiées. Chacune peut être aujourd'hui plus ou moins solide, à la faveur d'un ciment naturel qui en a aggloméré les éléments. Mais il est visible que ceux-ci sont des débris, empruntés à des roches préexistantes (d'où le nom de roches détritiques), et généralement à angles arrondis, comme tout ce qui a subi un transport. De plus, ils sont disposés de telle sorte, que leur plus gi'ande dimension soit couchée dans le plan même des feuillets, comme si^ ayant été en suspension dans un liquide, ils
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étaient tombés sur le fond en vertu de la pesanteur, ce qui leur vaut la qualiAcation de dépôts sédimentaires. Leur analogie est parfaite avec les sédiments qu'on voit aujourd'hui se former à Tembouchure des fleuves ou le long des rivages maritimes; et cette analogie se complète lorsque, au sein de ces roches stratifiées, on trouve, à l'état de pétrifications ou fossiles, les restes des animaux qui vivaient dans les eaux où s'est opéré le dépAt.
L'autre catégorie de matériaux de l'écorce consiste en roches massives, dépourvues de toute stratification. Elles soiit formées d'éléments parfois vitreux, beaucoup plus souvent cristallisés, qui ne sont pas des débris charriés, et dont l'arrangement accuse la prise en masse d'une matière primitivement fluide ou visqueuse. Leur analogie avec les laves volcaniques est évidente, d'autant mieux que, quand le contact des deux catégories de roches peut être observé, on voit souvent celles de la seconde pénétrer à travers les dépôts stratifiés en veines ou en filons, absolument comme les laves modernes sont parfois injectées au milieu des terrains avoisinants. Il est donc légitime d'attribuer à ces roches massives une origine interne ou êruptive.
Puisque l'écorce terrestre se montre ainsi constituée, cela veut dire que sa formation résulte vraisemblablement du jeu simultané d'agents semblables à ceux qui, de nos jours encore, engendrent, d'un côté les sédiments, de l'autre les roches éruptives; les premiers, nés de la constante dégradation de la terre ferme par les eaux; les secondes, dues à l'activité volcanique, c'est-à-dire à l'énergie interne de notre globe.
Or, si l'intensité et le mode de groupement des forces ont pu varier dans le cours des siècles, du moins leur essence a toujours été la môme. Voilà pourquoi, afin de bien comprendre l'histoire ancienne de notre planète, il est utile et même indispensable de lui donner pour préface l'étude des phénomènes dont nous sommes aujourd'hui les témoins ; étude qui réclame à la fois la connaissance de l'état présent du globe et celle des diverses actions par lesquelles sa surface est constamment remaniée.