PARTICULARITÉS DE L'ÉROSION
Une fois la pente réduite, une nouvelle phase commence et la rivière devient divaganie^ c'est-à-dire que, insuffisante pour occuper habituellement toute la largeur de son ancien lit ou lit majeur, elle s'y trace un lit moins large ou lit mineur, dont la situation dans la vallée est instable. Cette instabilité persiste jusqu'à ce que, par les méandres de son lit mineur, la rivière ait allongé son parcours, assez pour que, en moyenne, la résistance offerte au mouvement par le frottement du fond soit égale à la force du courant. Alors la rivière devient stable.
Quand un cours d'eau a cessé de divaguer, on dit qu'il est à Vétat de régime. Son lit ne subit plus que des déplacements
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Fig 5. — La ligpne sinuease A B C D représente le pro&l originel du terrain O I, O n, O in sont les positions successivemâût occupées par le lit du cours d'eau avant l'acquisition de son profil d'équilibre. — Le niveau de bâte est le niveau de la mer ou du lac où le cours d'eau débouche en O.
insignifiants et les eaux ne le dépassent que lors des crues, dont la fréquence et l'intensité varient d'ailleurs' avec l'abondance des pluies, le degré d'imperméabilité du terrain et le caractère particulier des affluents.
Particularités de rérosion. — Le travail d'affouillement ou d'érosion qu'accomplissent les eaux coiiTaates ne doit pas être comparé à l'œuvre de la goutte d'eau qui creuse la pierre par ses chocs répétés. La division dell fOChes a été préparée de longue date par les cassures naturelles, les fentes de retrait, les infiltrations, la gelée, etc. L'eau courante se contente généralement de débiter les roches ainsi divisées et de les faire écrouler en emportant leurs débris. Si elle creuse son lit, c'est en raison de la hauteur de chute dont elle dispose entre sa source et son embouchure, hauteur qui, au lieu de se répartir sur toute la longueur par une pente uniforme, tend à se concentrer le plus près possible de l'origine du cours.
d'eau, jusqu'à ce que le principal effort se dépense dans une seule cascade, précédant un long parcours à pente insensible
Le grand Canyon du Colorado.
De temps en temps, la rencontre de quelque roche plus dure arrête l'effort des eaux, qui se précipitent par-dessus
GORGES. ALLUVIO^S 29
en cataractes, cascades ou rapides, en attendant que, à la faveur du creusement opéré par leurs tourbillons entraînant du sable, elles aient réussi à emporter définitivement Tobstacle. Souvent cet arrêt momentané détermine en amont la formation d'un lac où les affluents viennent verser des deltas torrentiels. Plus tard, quand le barrage est rompu, les lacs se vident, laissant à découvert, sous forme de terrasses, les graviers ainsi déposés.
Quand, au lieu d'un obstacle qui arrête son action, Teau courante rencontre des fentes dans le terrain qu'elle traverse, elle s'y introduit immédiatement, descendant jusqu'au point le plus bas qu'elle puisse atteindre sans cesser de trouver un écoulement. Ainsi se creusent les gorges aux parois escarpées, dont le type est offert par les célèbres canyons du Colorado (fig. 6), sortes de gouffres dont les murailles sont quelquefois verticales sur un millier de mètres de hauteur.
Ces gorges abondent surtout dans les pays perméables, parce que les terrains qui les composent, calcaires ou grès, sont parcourus par des fissures nombreuses. Mais une gorge profonde peut traverser une suite de couches alternativement perméables et imperméables, si une lente ascension en masse du terrain vient accroître ou du moins entretenir constamment la force vive de l'eau courante.
Alluvionnement. — Le propre d'une rivière divagante est d'attaquer les parties concaves jie ses rives, contre lesquelles l'eau des crues vient se briser, et de les faire ébouler par portions. Mais sur les rives convexes et dans les remous, au contraire, la vitesse s'amortit et les produits de l'éboulement se déposent en formant des alluvions. Sans cesse remaniés lors des changements de lit, les matériaux de ces alluvions, qui sont des cailloux, des graviers, des sables et des limons, cheminent de proche en proche vers l'aval, et les plus gros, arrondissant constamment leurs angles par frottement mutuel, deviennent des cailloux roulés.
C'est lors des crues que se déposent les alluvions des cours d'eau. Les cailloux et graviers tombent les premiers, au sein d'une eau qui conserve encore une vitesse sensible, et tendent ainsi à former, à peu de distance du lit habituel, des bour-
relets où les matériaux sont souvent en couches inclinées. La grosseur des éléments y varie beaucoup, suivant la force des débordements successifs. Les sables vont plus loin, et se déposent dans les eaux plus tranquilles, ce qui permet quelquefois la conservation des fragiles coquilles des mollusques d'eau douce. Quant au limon, c'est un produit impalpable, tombé dans une eau sans vitesse, au moment où les eaux débordées vont rentrer dans leur lit. Souvent on y peut distinguer trois couches : Tune, inférieure, un peu mélangée de menu sable; l'autre, moyenne, qui est le vrai limon, formé de très petits grains siliceux et de silicate d'alumine ferrugineux; la troisième, charbonneuse, résultat du dépôt et de la décomposition sous l'eau des matières végétales, que la rivière charrie encore lorsqu'elle ne peut plus transporter de fragments minéraux.
Conditions du transport des cailloux et graviers. — Pour qu'un cours d'eau transporte des pierres de la grosseur d'un œuf, il faut que sa vitesse au fond soit au moins égale à 1 m. 20 par seconde. La Seine, même en temps de crue, n'atteint jamais ce chiffre et ne peut par conséquent déplacer que du petit gravier.
Cette observation est très importante; car le fond de la Seine (aussi bien d'ailleurs que celui de tous les cours d'eau principaux aujourd'hui à l'état de régime) est tapissé par une nappe, épaisse de plusieurs mètres, de gros cailloux roulés. Non seulement la rivière est maintenant impuissante à déplacer les matériaux de cette nappe; mais, quelque augmentation qu'on imagine pour le débit de ses crues, il est impossible que la vitesse sur le fond en reçoive assez d'accroissement pour mettre les gros cailloux en mouvement. Une augmentation momentanée de la pente pourrait seule produire ce résultat. Par suite, on peut affirmer que de telles rivières ont traversé, avant l'état actuel, une période où les relations mutuelles de niveau, entre la terre ferme et l'océan, n'étaient pas ce qu'elles sont de nos jours.
Variabilité de l'action des cours d'eau. — Ainsi tout cours d'eau a son histoire, plus ou moins compliquée suivant l'étendue et la composition de son bassin. Non seulement