PROFIL DES VALLÉES. MODELÉ DU TERRAIN
cette histoire a des. phases hien distinctes, mais, dans chacune d'elles, l'activité dynamique du cours d'eau est intermittente, comme celle du vent ou des vagues de la mer. Ce n'est que dans les périodes de crues qu'une rivière, même divagante, dépose ou remanie sensiblement ses alluvions. Or le retour des crues est très capricieux; des années entières peuvent s'écouler sans qu'il s'en produise et, par conséquent, sans que la rivière accomplisse un travail géologique appréciable ; tandis qu'une inondation de quelques heures, survenant avec violence, pourra modifier le lit majeur dans toute son étendue.
En tout cas, si les circonstances extérieures demeurent les mêmes, la marche que poursuit un cours d'eau le conduit sûrement vers une situation d'équilibre et, quand il l'a conquise, sa puissance, comme agent de remaniement et de transport, est réduite au point de se trouver parfois presque entièrement supprimée. Aujourd'hui les diverses rivières se montrent très inégalement avancées dans ce travail de conquête. Les unes, comme le Nil, ont acquis une stabilité presque absolue; d'autres, comme la Loire, remanient encore leur lit. Mais, pour toutes, les dimensions actuelles des vallées sont très supérieures à ce qu'exigent les plus fortes crues. Cela témoigne évidemment d'un état antérieur, où le régime des eaux devait être beaucoup plus violent, par suite d'une plus grande abondance des pluies et peut-être d'une plus forte valeur de la pente.
Profil des vallées. Modelé du terrain. — Dans tous les pays où l'imperméabilité du sol fait prévaloir le ruissellement, le profil en travers des vallées est concave (fig. 7) et se rapproche d'autant, plus d'un V que le régime est plus torrentiel. Cette forme concave tient à ce que les versants imperméables laissent se former à leur pied, par entraînement de débris lors des grandes pluies, des talus de dépôts meubles sur les pentes, qui viennent se souder avec le limon déposé par le cours d'eau/dans ses crues. Au contraire quand, par suite de la perméabilité du sol, cet apport latéral fait défaut, le fond du lit majeur est plat; parfois même (fig. 8) la rivière coule sur la partie la plus haute de ce fond, le lit mineur ne pou-
vant guère manquer de s'exhausser graduellement par les matières que la rivière charrie, si tranquille et si limpide qu'elle soit, et qu'elle dépose en bourrelets uniquement sur les bords du courant.
En tout cas, quel que soit le profil des versants, ceux-ci doivent s'aplatir à la longue, la pluie leur enlevant sans cesse
Rivière
Fig. 1. — Profil d'une vallée à versants imperméables.
des particules qui viennent s'accumuler à leur pied. Le travail d'une rivière et de ses affluents a donc pour effet de faire descendre en masse tout le bassin du cours d'eau, en lui imprimant un modelé dont les éléments doivent s'adoucir de plus en plus à mesure que se poursuit le cycle d'érosion. Mais
Fig. 8. — Profils de vallées à versants perméables.
celui-ci peut être interrompu par un mouvement du sol ou par un changement du niveau de base, qui déterminerait l'ouverture d'un nouveau cycle.
Dépôts d'embouchures. Barres. Deltas. — A quelque période de son évolution qu'un fleuve soit parvenu, ses eaux, à la fin de leur course, vont déboucher dans le grand réservoir de l'océan, où elles arrivent en général avec assez peu de vitesse pour ne pouvoir entraîner que du sable fin et de la vase. Si l'embouchure est un estuaire profond et que des courants sensibles balayent la côte, les détritus sont dispersés à leur arrivée dans la mer, sans que leur chute (assez rapide en raison des propriétés particulières de l'eau salée) se traduise autrement que par une barre. C'est une