GLACES POLAIRES
Glaces polaires. — Le phénomène des glaces qui, dans les régions tempérées, est localisé au cœur des massifs montagneux, prend dans les hautes latitudes une extension considérable. La limite des neiges persistantes s'y abaisse progressivement jusqu'à atteindre le niveau de la mer et le sol disparaît, comme au Groenland, sous un manteau uniforme de neige et de glace, qui laisse à peine émerger quelques cimes.
La calotte gktciaire des régions arctiques ne transporte que très peu de pierres, ce qui n'a rien de surprenant, puisqu'elle est rarement dominée par des escarpements. Elle chemine cependant, avec une vitesse qui paraît même supérieure à celle des glaciers suisses, striant et polissant les roches sur son passage, et de véritables fleuves circulent sous sa masse. Le trop-plein de la calotte du Groenland s'écoule à la mer par de vrais glaciers, dont le front a quelquefois une immense largeur, mais dont beaucoup débouchent simplement au fond de profondes échancrures de la côte, appelées fjords. Après avoir flotté quelque temps, l'extrémité des glaciers polaires se brise en morceaux, qui deviennent des glaces flottantes ou ice bergs. Ces glaces flottantes de glaciers ne doivent pas être confondues avec les banquises qui se forment, le long des côtes, par congélation directe de l'eau de mer; ces dernières ont rarement plus de 5 ou 6 mètres d'épaisseur dans les mers arctiques, le froid de l'atmosphère ne se faisant plus sentir sous une couche de glace de cette puissance. En revanche, elles sont chargées de pierres et de boue, provenant des éboulements de la côte, et, quand elles se détachent en été pour flotter au gré des courants, les pierres se disséminent sur le fond de la mer.
Dans les parages antarctiques, la banquise, alimentée par des glaciers qui présentent un front immense, acquiert une énorme épaisseur. En beaucoup de points la glace flottante dépasse le niveau de sa ligne de flottaison de près de 40 mètres, ce qui exige entre 200 et 300 mètres d'épaisseur totale.
Si les glaces polaires n'ont pas de moraines à leur surface, du moins elles entraînent une moraine profonde^ formée par les matériaux arrachés au terrain sous-jacent; c'est une boue
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grise, parsemée de cailloux, les uns arrondis, les autres anguleux, la plupart frottés et rayés.
Quelque intense que soit aujourd'hui le froid des contrées voisines du pôle, il ne paraît pas suffisant pour expliquer toutes les accumulations de glace qu'on y observe. Aussi plusieurs d'entre elles sont-elles considérées comme des restes d'une époque antérieure, où les causes de froid étaient encore plus actives.
Glaces des rivières. — Un phénomène, qui a quelque analogie avec celui des banquises flottantes, se produit en hiver dans certaines rivières rapides et peu profondes. Des plaques de glace se forment sur le fond, pendant les nuits claires, à cause du rayonnement des cailloux qu'elles enferment à leur base. Ensuite elles viennent flotter à la surface et sont emportées par le courant, servant ainsi d'instruments pour déplacer des matériaux sur lesquels la rivière n'aurait pas de prise.
Le même effet de transport se répète sur les grands cours d'eau, dans certains hivers exceptionnels, lors de la rupture des embâcles que l'accumulation des glaces a fait naître en travers des étranglements du fleuve.