‹ Abrégé de géologieChapitre 34 sur 175 · MORAINES · texte numérisé non relu

MORAINES

A Textrémité libre d'un glacier, les moraines et les matériaux transportés sur le fond s'épanouissent en un amas demi -circulaire, qualifié de moraine frontale. C'est un mélange sans stratification de gros blocs, pour la plupart anguleux, de cailloux, de petites pierres et de boue d'un gris d'ardoise. Beaucoup des cailloux de cette moraine sont polis, frottés ou rayés. Cela est surtout fréquent avec les pierres calcaires, qui reçoivent beaucoup mieux les stries, mais aussi les perdent très vite par frottement dans l'eau ou par exposition à l'air.

Quelques-uns des blocs des moraines sont de dimensions énormes et dépassent tout ce que les torrents les plus violents seraient capables de déplacer. De cette manière, un glacier se révèle à nos yeux comme un instrument de transport d'une grande efficacité, qui aide à faire arriver, dans une situation de meilleur équilibre, soit des blocs arrachés à ces hautes cimes que l'eau courante ne saurait atteindre, soit des matériaux défiant, par leurs dimensions, la puissance des cours d'eau. En même temps, les glaciers régularisent, en les emmagasinant comme dans un réservoir, les produits des chutes de neige et assurent l'alimentation des fleuves en été, soit juste au moment où ils en ont le plus besoin. D'ailleurs la neige, par sa condensation, a restitué aux régions supérieures la chaleur latente que l'évaporation avait prise dans des pays plus chauds, tandis que, pour fondre, une fois transformée en glace, elle devra emprunter h des régions inférieures le calorique nécessaire. Les glaciers contribuent donc à égaliser les climats du globe.

Déplacements de l'extrémité des glaciers. — La position de l'extrémité libre d'un glacier résulte d'une sorte de lutte entre la quantité de glace qui arrive par l'amont, et la fusion superficielle due à l'action directe du soleil comme à celle de l'air ambiant. Cette extrémité ne pourrait demeurer fixe que si les éléments qui la déterminent étaient constants. Au contraire, rien n'est plus variable, suivant les années ou les périodes, que l'intensité des chutes de neige et l'activité des rayons solaires. Aussi voit-on se produire un déplacement continuel du front du glacier. Celui-ci tantôt recule, mettant à

diIpucements des glaciers 5i

découvert son fond poli et monlonné, tantôt s'avance, labourant impitoyablement sur son passage les cultures, les plantations et les maisons. L'histoire a enregistré de nombreuses oscillations de ce genre, et plus d'une ancienne moraine, aujourd'hui cultivée, mais reconnaissable à ses gros blocs et à la forme capricieuse de sa surface, se montre en des points que les glaciers ont cessé d'atteindre.

Si l'ablation et l'alimentation sont les deux principes antagonistes qui règlent la position du front des glaciers, leur action ne se fait pas sentir avec une égale rapidité. L'ablation s'exerce, par les rayons solaires sur toute la surface libre du glacier, par le soleil et le rayonnement de l'air ambiant sur la partie inférieure du fleuve de glace. Son action est donc immédiate, et l'influence d'un été chaud doit se traduire sans délai par une diminution de longueur et d'épaisseur. Quant à l'alimentation, c'est surtout par l'augmentation de la masse des névés qu'elle est efficace. Sans doute, une partie de la neige tombe directement sur le glacier et en accroît la masse; mais cet effet est peu de chose à côté de celui que doit produire l'excès des névés accumulés pendant tout un hiver neigeux, sur la surface entière du cirque où s'alimente le glacier. Or, avant de se révéler dans les régions inférieures, cet excès de névés doit se transformer et opérer une descente progressive qui, d'après le taux moyen de la vitesse des glaciers, demande au moins quelques années.

En Suisse, l'observation montre qu'une série d'hivers neigeux met quelquefois vingt-cinq ans à manifester son action. Et comme celle-ci, une fois commencée, continue à se produire, il arrive souvent que les mouvements de l'extrémité libre soient contradictoires avec l'ensemble des circonstances ambiantes, un glacier continuant à progresser pendant une suite d'années chaudes et sèches.

Influence de la jonction des glaciers. — Il est à remarquer aussi que les déplacements de l'extrémité des glaciers peuvent devenir, en quelque sorte, disproportionnés en apparence avec la cause qui les produit. En effet, si deux d'entre eux, jusqu'alors séparés, viennent à se réunir, ils formeront en général, une fois soudés dans une gorge commune, un cou-

rant dont la largeur rie sera pas égale à la somme des largeurs des affluents. Il faudra donc que l'épaisseur du glacier résultant soit plus considérable. Mais comme la fusion de la glace s'opère surtout par la surface et que cette dernière n*a pas augmenté eu proportion de la masse, le glacier, mieux défendu contre l'ablation, s'avancera plus loin que ne l'aurait fait isolément chacun des deux affluents, cheminant sans se réunir. Ainsi, dans le cds où une exagération des chutes de neiges provoquerait la rencontre de plusiefurs glaciers habituellement isolés, l'extrémité lïbte potirfait progresser beaucoup plus loin que ne le ferait supposer l'allure des^ affluents avant leur réunion.

Profil des gorges occupées par les glaciers. — Un glacier est un remarquable ittstrument de déblaiement. La glace, par le frottement des piètres transportées, fait disparaître sous un poli uniforme toutes les inégalités de la gorge qu'elle remplit, et sa pression suffit pour écarter de son lit tous les obstacles. Aussi quand, à la suite d'une longue série d'années sèches, le niveau de la glace s'abaisse en môme temps que le front recule, on voit à découvert l'ancien lit sous la forme d'une gorge au fond assez plat, aux parois escarpées, ayant une section qui rappelle la lettre (J, tandis que la section des vallées torrentielles, où les versants sont plus sujets à s'ébouler, a plutôt la forme d'un V.

En même temps que la glace excelle à déblayer son chemin en écartant tous les matériaux meubles, elle peut aussi approfondir son lit dans les roches dures, du moins dans une certaine mesure, en pénétrant dans les joints à la façon d'un coin.

Toutes les gorges aujourd'hui occupées par des glaciers laissent apercevoir des parois polies et arrondies jusqu'à une hauteur bien supérieure à celle que la glace a jamais atteinte depuis les temps historiques (voir la figure 11). Ce fait, joint à l'existence d'anciennes moraines, semées en divers points, permet d'affirmer que le travail et les dimensions des glaciers actuels ne sont plus qu'un écho affaibli de ce qu*ils ont été autrefois. Là encore, comme pour les torrents et les rivières, nous sommes ramenés par le seul examen des faits à la notion d'une période antérieure de plus grande activité.

Page 1