‹ Abrégé de géologieChapitre 51 sur 175 · NOYAU IGNÉ · texte numérisé non relu

NOYAU IGNÉ

dans le second, à 1 656 mètres, le thermomètre s'est tenu à 55° centigrades. Au fond du troisième, on a enregistré 69°,3.

Il est donc permis de dire que, aussi loin qu'on soit descendu, la température ne cesse de croître régulièrement. En outre, le taux moyen de cet accroissement, lorsqu'on part d'une altitude voisine du niveau de la mer, s'exprime par un degré géothermique compris entre 32 et 37 mètres.

Hypothèse du noyau igné. — Or il ne s'agit plus ici d'un échauffement local, qu'il soit loisible de rapporter à une cause accidentelle. C'est toute Técorce terrestre qui se montre ainsi le siège d'un échange incessant et régulier de chaleur entre les couches profondes et les couches extérieures. Les données expérimentales que nous venons d'enregistrer nous autoriseraient, à la rigueur, à calculer la profondeur pour laquelle la température atteindrait le degré nécessaire à la fusion de toutes les roches, et nous trouverions que cette profondeur n'est vraisemblablement qu'une très petite fraction du rayon terrestre. Mais cela même n'est pas nécessaire. Il nous suffira de constater que l'échange observé nécessite l'existence d'un noyau à température élevée, et que la provision de chaleur de ce noyau doit être telle, qu'elle puisse lutter avec efficacité contre le refroidissement de l'espace, alors que la chaleur solaire, réduite à ses seules forces, ne pourrait entretenir à la surface du globe qu'une température moyenne d'une quinzaine de degrés. De plus, comme cette source interne, d'après ce que nous savons de l'ancienneté de l'écorce, doit suffire à sa tâche depuis un nombre incalculable de siècles, le bon sens commande de la chercher dans un vaste réservoir de matières à très haute température, que Fécorce solide défend contre le rayonnement, absolument comme la croûte scoriacée d'une coulée de lave lui permet quelquefois de garder sa chaleur pendant des années.

Ce réservoir représenterait le reste de l'énergie calorifique, emmagasinée à l'origine dans la masse brillante de notre planète, alors que, selon la belle conception de Laplace, elle venait de se détacher de la nébuleuse solaire, avec laquelle jusqu'alors elle avait été confondue. On pourrait le considérer comme un bain de matières métalliques, où dominerait le fer.

et qui tiendrait en dissolution des gaz réducteurs, tels que les composés hydrogénés du soufre et du carbone. Ainsi s'expliquerait la forte densité du globe, égale à plus de trois fois le poids spécifique moyen des matières de Técorce superficielle, et il serait également permis d'y trouver la justification du magnétisme de notre planète. Ajoutons que les météorites, qui sont considérées comme des fragments de matière planétaire, se montrent riches en fer, natif ou combiné au soufre, au phosphore, même au carbone; enfin que les comètes laissent reconnaître au spectroscope la flamme des hydrocarbures, ce qui, par analogie, semble justifier Thypothèse qui vient d'être exposée relativement à la constitution du noyau.

Explication des phénomènes volcaniques. — Si Ton adopte cette manière de voir, rien n'est plus simple que l'explication qu'on en tire pour les phénomènes volcaniques. On se représente sans peine, sous la croûte solide, Ja masse ignée, qui peut-être est pratiquement solide à cause de la pression qu'elle supporte, mais qui reste capable de reprendre l'état liquide si la pression vient à diminuer. Dans ce cas, la masse ignée devient le siège de réactions incessantes, et notamment de dégagements gazeux, qui doivent la faire monter à travers les fissures de l'enveloppe et l'amener au jour dans les parties disloquées, lesquelles correspondent aux rides de l'écorce les mieux accentuées, et coïncident pour ce motif avec les rivages maritimes. Ainsi se détachent du réservoir commun, pour cheminer, désormais isolées, dans les sillons intérieurs de la croûte, des colonnes liquides destinées à s'épancher sous la forme de laves, et cela d'autant plus aisément que les fissures demeureront mieux ouvertes. De temps en temps, les gaz emprisonnés dans ces nappes atteignent une tension suffisante pour provoquer de violentes explosions : d'autres fois, au contraire, comme aux îles Sandwich, les matières sont assez fluides pour que les cheminées ne s'obstruent pas, et alors l'ascension de la lave est continue et exempte de phénomènes explosifs.

Nous avons vu en effet que diverses vapeurs, et notamment la vapeur d'eau« sont intimement mélangées à la lave. Il est

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