EXPLICATION DU VOLCANISME
naturel que ces fluides tendent à se dégager dans certaines conditions de température, de pression et d'équilibre chimique. Le fait que leur sortie tumultueuse précède toujours l'ascension des laves est significatif, et nous semble justifier cette conclusion, que la cause principale des éruptions est le départ des gaz incorporés à la masse ignée.
Celle-ci a commencé de longue date à monter à travers les parties faibles de l'écorce (lesquelles se trouvent généralement à la jonction des masses continentales, bien définies avec les. grandes dépressions maritimes). Ainsi se sont créés des réservoirs, en communication lointaine par leur base avec le noyau igné, et dont chacun peut subir, pour son compte, une élaboration distincte de celle qui s'opère dans les autres ; ce qui expliquerait à la fois la différence des produits de deux foyers éruptifs distincts, et la variation avec le temps des produits d'un même foyer.
De temps en temps, les gaz emprisonnés dans ces réservoirs atteignent, par suite de la viscosité des laves, une tension suffisante pour provoquer de violentes explosions. D'autres fois, comme aux îles Sandwich, la lave est si parfaitement fluide, qu'elle monte sans peine et sans projections jusqu'à 4000 mètres de hauteur; et quand elle débouche dans la chaudière du cratère, la sortie rapide mais tranquille des gaz produit de véritables fontaines jaillissantes de feu, qui sont une des merveilles du Mauna Loa.
On a pensé plus d'une fois que l'intervention de la mer était nécessaire pour expliquer les paroxysmes, dont chacun résulterait d'une vaporisation subite des eaux marines, arrivant par quelques fissures au contact de la masse ignée. Mais il semble qu'on puisse aisément se passer de cette hypothèse. Nombre de volcans, parmi les plus actifs, sont éloignés de la mer de plus de deux cents kilomètres, et l'on se figure mal les eaux océaniques parcourant une telle distance, à travers des canaux étroits et sinueux, en quantités suffisantes pour provoquer une explosion. Quand, de plus, aux îles Sandwich, on voit la lave bouillante se maintenir constamment à une grande hauteur, dans un massif entièrement volcanique, situé en plein océan et oii les preuves abondent d'une facile communi-
cation avec la mer, sans que Jamais il se produise une seule explosion, il doit paraître évident que Tascension des laves n'a pas besoin du secours des eaux marines. La provision des gaz dissous dans le réservoir interne suffit à expliquer les violents dégagements de vapeurs qui accompagnent certaines éruptions, d'autant mieux que l'expérience des laboratoires, par exemple celle du rochage qui se produit dans la coupellation de l'argent, montre que les gaz retenus par un métal en fusion tendent à se dégager par saccades, au moment où une première croûte est déjà formée.
Réponse à quelques objections. — On a soutenu plus d'une fois, au nom des mathématiques, l'impossibilité de l'existence d'un noyau liquide à l'intérieur de notre planète. Tantôt on s'est fondé sur certaines données astronomiques, dont la valeur serait différente, affîrmait-on, si. le globe était en majeure partie liquide. Tantôt on a invoqué l'aplatissement terrestre, trop considérable, au dire de quelques-uns, pour l'hypothèse en question. Tous ces calculs sont obligés d'accepter, pour point de départ, des données numériques établies par des expériences de laboratoire et dont il est illégitime d'étendre la signification à une masse telle que notre terre. Parmi ces données, les unes s'appliquent à des liquides parfaits, qui ne peuvent avoir rien de commun avec le mélange de métaux et de gaz dont se composerait le noyau; les autres concernent des solides plus ou moins homogènes et élastiques, auxquels la croûte terrestre n'est en rien comparable. Aussi pensonsnous que ces objections théoriques (dont quelques-unes ont déjà dû être abandonnées par leurs auteurs) ne sauraient être considérées comme décisives.
D'ailleurs, quand même elles le seraient, il suffit, pour les mettre d'accord avec la théorie que nous avons exposée, d'admettre une chose extrêmement vraisemblable : à savoir que la pression imprime aux matières ignées, malgré leur haute température, un état pratiquement équivalent à la solidité; état dont elles ne sortent que quand une cause locale fait cesser cette compression.