‹ Abrégé de géologieChapitre 62 sur 175 · PRINCIPALES VARIÉTÉS DE ROCHES ÉRUPTIVES · texte numérisé non relu

PRINCIPALES VARIÉTÉS DE ROCHES ÉRUPTIVES

Principe de la classification. — En raison de la continuité de composition qui règne entre les roche» les plus acides et les types les plus basiques, la classification la plus pratique est celle qui consiste à mettre en évidence la décroissance progressive de l'élément blanc, depuis les roches où abonde la

il6 NOTIONS GÉNÉRALES SUR L'ÉCORCE

silice libre jusqu'à celles où tout élément 4a ce genre fait défaut. Dans chaque stade, il y aura lieu de classer les types selon que leur texture se rapprochera plus de l'état entièrement cristallin ou de Tétat vitreux.

La première classe comprendra les roches le plus franchement acides, c'est-à-dire celles où l'élément blanc est formé par l'association de la silice ou quartz avec un feldspath alcalin du groupe orthose-albite-oligoclase, ce groupe étant plus riche en silice que tous les autres feldspaths ou feldspathoïdes. Li^ combinaison en question caractérise essentiellement la famille granitique.

Famille granitique; Qranite, Graaulite, Pegmatite. — Parmi les roches du groupe le plus acide, la texture graui^^ tique est réalisée au premier chef par le granité, assemblage homogène de cristaux bien discernables de quartz, de feldspath et de mica, ce dernier minéral pouvant être remplacé par l'amphibole (granité à amphibole des Vosges et de Syène en Egypte). Dans le granité proprement dit, le quart* forme une sorte de trame ou de squelette (fig. 30) à travers toute la roche; tantôt le feldspath est en petits cristaux lamellaires (granité commun de la Gorrèie, de la Normandie et de la Bretagne, fournissant les dalles de trottoirs employées à Paris), tantôt il est en gros cristaux allongés, blancs ou roses (granité porphyroîde du Plateau Central, de Cherbourg e% de Laber-Ildut, près de Brest).

Dans la granixlite (fig. 31), le quartz est en grains isolés, parfois même en petits cristaux terminas, et au mica noir ou brun du granité commun s'y ajoute du mica d'un blanc d'argent, souvent prépondérant. Une variété de granulite avec le minéral vert appelé chlorite, résultant de l'altération du mica, constitue la protogine des Alpes.

L'isolement du quartz est surtout remarquable dans la pegmaiite, variété de granulite à très grands cristaux, où Je mica blanc se concentre en piles de paillettes hexagonales; en même temps la fréquence des druses ou cavités dans lesquelles les cristaux se sont individualisés, jointe à la présence de minéraux riches en fluor et en acide borique^ comme la tourmaline j sous la forme de prismes noirs cannelés, atteste la puissance des dissolvants sous l'empire desquels a 4û

GRANITE, ORANULITE, PEGMATITK 417

s'opérer la consolidation de la masse. Il y a des pegtnatites dites graphique*, où les cristaux de quartz se détachent en gris, dans les cassures, sur le feldspath blanc ou rose, simulant des caractères hébraïques ou cunéiformes (fig. 32].

Le quartz et le feldspath rayant tous deux le verre, le granité constitue une roche essentiellement dure et d'une grande solidité. Il est susceptible de prendre un beau poli et, dans cet état, la teinte d'un noir verdâtre foncé des lamelles de

Fig. 30. — Disposition da quartz (parties noires), dans la masse du granité commun.

mica fait un agréable contraste avec la nuance habituellement rougeâtre du feldspath et Téclat vitreux des grains grisâtres de quartz. Cependant, malgré la résistance du granité, l'action prolongée pendant des siècles des agents atmosphériques le désagrège, en fait de Varène ou sable meuble grossier, et change son feldspath en un silicate hydraté d'alumine, analogue au kaolin ou terre à porcelaine.

Le granité, manquant de calcaire et gardant toujours un grain appréciable, est peu propre à la culture des céréales. Le châtaignier y croît de préférence et les prairies s'établissent aisément à sa surface, où les parties plates forment volontiers des tourbières.

Il arrive quelquefois que, sur les bords d*un massif ou dans des filons, le grain d*une roche granitique (sans doute sous

Jr^^raHL^^^^'^^^j ^ r^v^^'if'^ffls^'^'^i^S

Fig. 31. — OraDolite. — Les grains de quarts, indiqués par des hachures croisées, et les cristaux de feldspath sont disséminés au milieu d'une p&te composée de grains cristallins de feldspath dominant.

rinûuence d*un refroidissement plus brusque) devienne assez fm pour n'être plus discerné qu'à la loupe. Les roches con-

Fig. 39. — Pegmatite graphique.

nues sous les noms de microgranite et d'aplite appartiennent à cette catégorie.

Porphyres et roches addei vitreuses. •— Les roches acides qui ont traversé deux stades de consolidation affectent la texture porphyrique et engendrent d'abord le grand groupe

MICROGRANULITE, PORPHYBES 119

des porphyres quartziferes. La pâte, dont les éléments, pour être reconnus, demandent le secours de la loupe, souvent même celui du microscope (auqmel cas il faut tailler la roche en lames minces et transparentes], forme un fond rouge, brun, gris ou verdâtre, sur lequel se détachent en clair des cristaux nets de feldspath et des grains vitreux de quartz. Les roches de cette nature, toujours dures et souvent susceptibles d'un beau poli, forment de nombreuses variétés, qui se présentent surtout en nappes et en filons, tandis que le granité et la granulite SQut plutôt en massifs. Aussi est-il très probable que les porphyres sont une manière d'être externe de pâtes

éruptivcs qui, dans la profondeur, auraient engendré des types granitiques.

En général, la pâte des porphyres est une granulite à grain très fin ou mkrogranuliie, ce qui pourrait légitimer pour eux le nom de granophyres. Même on pourrait les subdiviser en gra- Fig. 33. - Ancien cristal de quartz, nitophyres, granulophyres et bhsé et corrodé dans la pâte pegmatophyreSj suivant que les s^hérouttef'' '''''' ''"'^'^'''' produits du second stade de consolidation se résoudraient sous le microscope en microgranite, microgranulite ou micropegmatite. Quand la pâte est compacte et paraît homogène à l'œil nu, on la qualifie de pétrosiliceuse. Mais le microscope distingue, dans ces pâtes compactes, celles où la silice en excès s'isole en globules sphériques rayonnes, et celles où elle demeure confusément disséminée dans la masse en éléments très fins, formant des traînées, ce qui est le cas des vrais porphyres péirosilieeux ou felsophyres. Souvent, dans ces derniers, les anciens cristaux de quartz qui se détachent sur la pâte compacte sont brisés et ont leurs bords en partie corrodés, ce qui montre que l'équilibre chimique qui leur avait permis de se développer a été partiellement détruit lors du second temps de consolidation (flg. 33). Fréquemment les menus éléments de la pâte d'un felsophyre sont alignés, attestant que la roche,

avant sa consolidation définitive, a subi an écoulement mar* que. Cette texture fluidale a fait donner le nom de rhyolites à un bon nombre de felsophyres. Le nom de Liparites est également appliqué à cette catégorie.

Il faut encore ajouter à cette énumération les verres acides ou pechsteins, où toute la pâte est vitreuse, les pyromérides, roches parsemées de globules sphériques, dits sphérolithes, où des fibres de feldspath sont enchevêtrées avec des séparations de silice libre ; enfin la pierre ponce, roche acide vitreuse ^i, s'étant solidifiée au milieu d'un abondant dégagement de

vapeurs, a pris la texture spongieuse.

Famille syénitique. — Les roches acides contenant peu ou point de quartz libre, mais où le feldspath alcalin continue à prédominer, ont pour type granitoïde la syénite, véritable granité sans quartz, où Tamphibole remplace le mica, bien qu'il y ait aussi des syénites micacées. Il y a des syénites sodifères, riches en alcalis, comme la Laurvikite de Norvège, à feldspath chatoyant.

Une structure microgranitique de la syénite micacée engendre la minette ou ortholite^ et la même combinaison de minéraux, avec texture porphyrique, donne Vorthophyre ou irachyte (fig. 34), ainsi nommé parce que le développement des microlithes d'orthose fait que la cassure de la roche est rude au toucher. La domite du Puy-de-Dôme en est une variété. Certaines obsidiennes^ par leur teneur en silice, se rangent dans ce groupe.

A côté des syénites normales, il faut placer la famille des syénites éléolitiques, où, le quartz continuant à faire défaut, un feldspathoïde, éléolite ou leucite, vient s'associer au feldspath alcalin dominant. Ces roches sont remarquables par le grand nombre de silicates des métaux rares, zirconium.

Fig. 34. — Microlithes de feldspath entourant de plus gros cristaux dans un trachyte (grossissement 80 diamètres).

ROCHES BASIQUES. DIORITES 121

cerium, thorium» etc., qu'elles renferment. La texture microiithique est réalisée dans cette famille par les phonolites, dont quelques-unes se débitent en plaques sonores, utilisées au Mont-Dore pour les toitures.

Monzonites, Dacites» »tc. — Dans toutes les roches jusqu'ici énumérées, Télètnent feldspathique dominant était de nature alcaline. Le passage aux roches basiques, où il n'en sera plus de même, s'opère par des types intermédiaires, les uns où le feldspath alcalin est associé à un feldspath sodicocalcique, généralement de l'oligoclase, les autres où l'abaissement de la teneur en silice, résultant de l'existence du seul feldspath sodico-calcique, est compensé par une certaine proportion de quartz libre.

Au premier type appartient la monzonite^ syénite franchement granitoîde à orthose, oligoclase, amphibole et pyroxène, tandis que l'état granitoîde du second type est réalisé par la diorite quartzijere^ association d'oligoclase et d'amphibole avec quartz.

La môme composition, avec texture microgranitique, engendre la tonalité et le kersanton, roche foncée, très résistante, utilisée en Bretagne pour la sculpture, tandis que la dacite (connue dans l'Esterel) est l'équivalent porphyrique du même groupe.

Roches basiques. Diorites. — Nous arrivons maintenant aux roches basiques, dont les moins pauvres en silice for^ ment la famille des diorites, où domine le feldspath sodico^ calcique le moins basique, oligoclase ou néphéline, l'élément foncé étant plus souvent de l'amphibole que de l'augite.

La diorite est le type granitoîde de la famille, offrant un aspect agréable à l'œil par le contraste de la blancheur des gros cristaux de feldspath avec le vert foncé de l'amphibole. La texture microgranitique est réalisée par les Kersantites (Lamprophyres) et les Porphyrites mieacées, tandis que les types franchement porphyriques sont les andésites (où se range la lave de Volvic) et les porphyrites proprement dites, à microlithes d'andésine, identiques d'ailleurs avec les andésites. Le nom de ces roches dérive de leur grand développement dans la chaîne des Andes. Le porphyre rouge antique est de cette classe.

Enfin quand la roche, exclusivement composée de microlithes, prend une cassure compacte, elle forme les roches noires, d'aspect basaltique, connues sous les noms de trapp, de dioritine, etc.

Gabbros. — Avec la famille des gabbros commence réellement la série des roches basiques. Même dans les types granitoïdes, l'élément blanc cesse d'apparaître franchement, et la roche prend une teinte verte, qui a motivé autrefois la création du mot grûnoten {greenstone). Le feldspath est calcosodique, c'est-à-dire que la chaux y prédomine sur la soude; c'est le plus souvent du labrador. Le pyroxène (augite ou (Hallage), Vhypersthène, Venstatite, parfois môme le péridot-olivine, forment l'élément ferro-magnésien.

Les types granitoïdes de cette famille sont le gabbro ou euphotide (à labrador et diallagej, la noriie (à enstatite), la diabase (à augite) et Vhypérite, La dolérite est une diabase microgranitique et, dans Yophite, abondante aux Pyrénées, le développement des minéraux est intermédiaire entre l'état de microlithes et celui de cristaux (texture ophitique). Quand la texture est franchement porphyrique, on a les lamprophyres basiques ou porphyres labrador iques, dont le porphyre vert antique est le type. Le développement de sphérolithes engendre la variante: Enfin l'apparition de l'élément vitreux, dans une pâte de microlithes, fait naître les roches compactes connues sous les noms de mélaphyre et de basalte, ce dernier riche en péridot olivine et en fer magnétique.

Le basalte est une roche d'épanchement, qui a coulé en grandes nappes régulières. Lorsque la roche a pris l'état solide, le retrait y a souvent fait naître des fentes qui ont découpé la masse en prismes habituellement à six pans (fig. 35). Ces prismes, isolés et mis en évidence par les érosions, forment les orgues géologiques du Puy et du Cantal, les chaussées des géants de divers pays, les colonnades de la grotte de Staffa, etc.

Le tachylyte est un verre basaltique.

Théralites. Roches ultrabasiques. — Dans la famille des gabbros, il n'y avait qu'un feldspath calco-sodique. L'association, parfois même la substitution complète, à ce dernier,

ROCHES ULTRABASIQUES

d'un feldspathoïde , néphéline ou leucite, caractérise la famille des théralites, dont la forme granitoïde est la Teschénite, les formes microgranitiques étant la Shonkiniie et VEssexite. Les types où intervient l'élément vitreux sont les Téphrites, Leucoiéphrites (laves du Vésuve à leucite) et Leucitophyres (laves de TEilel), qui toutes trois renferment encore, avec l'augite et la leucite, un feldspath plagioclase; entin, formant le pendant des basaltes, les Leucitiles et Néphélinites, où il n'y a plus en fait d'élément blanc que des feldspathoïdes.

Enfin la famille des roches ultra-basiques, où domine le péridot, et où il n'y a plus ni feldspath ni feldspathoïde, comprend, en fait de types granitoïdes, les Péridotites, les Pyroxénites et la Lherzolite des Pyrénées, roche largement cristalline composée de bronzite, d'olivine, de diopside chromifère et de spinelle noir. A ces roches correspond, daùs la série vitreuse, la Limburgitej véritable basalte uniquement composé d'augite,de péridot et de magnétite.

Aux roches ultrabasiques se rattachent étroitement les serpentinesy formées d'un minéral tendre, silicate de magnésie hydraté, qui résulte de l'altération de masses originairement riches en péridot. Du reste, dans toutes les roches où il existe du péridot-olivine, ce minéral est dans un état plus ou moins avancé de serpentinisation.

— Colonnade basaltique.

124 NOTIONS GÉNÉRALES SUR l'ÉGORCE

Parmi les roches ultra-basiques, il est convenable, au moins en théorie, de réserver une place au/er natif. Ce minéral, qui abonde dans certaines météorites, se montre aussi en grenailles dans quelques roches, par exemple dans certains basaltes comme celui du Groenland.

Tufs. — Beaucoup de roches éruptives ont donné naissance, soit par projection, soit autrement, à des tvifSy semblables à ceux des volcans actuels. Le cas est fréquent pour les porphyrites, dont les tufs s'enchevêtrent, en quelque sorte, avec les sédiments terrestres ou marins du même âge. Souvent aussi les coulées de porphyre quartslfère sont accompagnées de tufs*, tantôt solides, tantôt argileux et bréchiformes, comme les argitolitêê du val d'AJol dans les Vosges. Des tufs plus récents, subordonnés aux épanchements d'andésite et de basalte, s*obBervent dans le massif du Gantai.

Les tufs abondent en Sicile et en Islande, où on les désigne sous le nom de tufs palagorUtiques^ à cause de la palagonite, silicate fusible d'alumine, de fer et de diverses autres bases, qui en est Télément principal. Les cUiérites, ou cendres agglomérées, produites soit par des coulées boueuses, soit par la chute des cendres dans l'eau, rentrent dans cette catégorie. Quelques-unes ont une telle finesse de grain que les détails les plus délicats des empreintes végétales se sont conservés.

Au nombre des tufs doivent figurer les brèches volcaniques ou conglomérats, tels que les conglomérats trachytiques dû Mont-Dore. Les blocs et les fragments y sont de toutes tailles et entremêlés de cendres, et leurs cavités sont tapissées de silicates cristallisés, comme ceux qu'on observe au Vésuve dans les amas chaotiques rejetés par de violentes explosions.

Page 1