LE WESPBALIEN EN EUROPE
Ainsi le grand estuaire se comble peu à peu, et sa surface
Fig. 63. — Coupe prise à travers la concession do Courricres (d'après MM. Fèvre et Cuvelotte), faille du midi ; /, faille des Plateures.
CQ
Fig. 64. — Coupe du bassin do Liège (d'après MM. Habets). E, E, faille eifélicnne ; F, F, grandes failles; G, faille Saint-Gilles ; f^ f^ petites failles.
approche de plus en plus du niveau de la mer, qu'elle va tendre à dépasser.
192 SYSTÈME GARBONIFÉRIEN
On remarque aussi un changement ordonné dans la nature des houilles, changement qui va de pair avec la modification des flores, ce qui permet de distinguer, de bas en haut : i^ la zone des charbons maigres; 2® celle des charbons demi-gras; 3° la zone des charbons gras ; 4® celle des flénus ou charbons à gaz, développée notamment dans le Pas-de-Calais (Bully- Grenay) ainsi qu'à Mons.
Le terrain houiller de la bande franco-belge a subi des bouleversements considérables, dont les figures 63 et 64 donnent une idée. Le trait principal de ces dislocations est une faille oblique, dite Grande Faille ou Faille du Midi, qui, au sud de la bande, fait chevaucher le dévonien par-dessus le westphalien plissé en zigzags. C'est l'effet de la poussée orogénique qui a mis fin à la période.
Par suite de cette poussée, une partie des sédiments houil- 1ers, qui se trouvaient au sud de l'emplacement aujourd'hui occupé par la grande faille, ont été entraînés au nord avec les terrains plus anciens sur lesquels ils reposaient. De cette manière, ce que l'exploitation atteint aujourd'hui, à partir des morts terrains, dans le Pas-de-Calais et le Nord, ce sont ces lambeaux entraînés, et souvent renversés, qui ont été ainsi jetés sur la cuvette houillère demeurée en place. Par exemple, à Anzin, celle-ci ne serait atteinte qu'à une profondeur d'environ 2000 mètres. L'accident qui sépare la partie en place de celle qui lui est superposée par charriage est ce qu'on nomme le cran de retour,
WestphaliOy Limbourg, Silésie, Pologne. — Par Aix-la-Chapelle et le Limb'ourg, la bande houillère se prolonge en Westphalie, où elle atteint sur les bords de la Ruhr un développement remarquable. Beaucoup moins disloquée qu'en Belgique, et prenant sous les morts-terrains une extension considérable vers le nord, elle a de 2 000 à 3 000 mètres, et on y compte au moins 90 couches exploitables de houille, représentant plus de 80 mètres de charbon, Là aussi, les bouilles maigres occupent la base, et les houilles flambantes à gaz le sommet.
Tout près d'Osnabriick, à une grande distance des affleurements méridionaux du westphalien de la Ruhr, une dislocation
LE WESTPHALIEN EN EUROPE i93
amène au jour un faisceau houiller contenant la flore de Bully-Grenay. Cela donne à penser que le prolongement occidental du grand synclinal westphalien ne doit pas se borner au seul bassin d'Aix-la-Chapelle et de Liège. En effet, les sondages récemment exécutés dans le Limbourg hollandais et le Limbourg belge ont révélé Texistence en profondeur d'une bande houillère, aux couches presque horizontales, avec veines d'un charbon qui donne jusqu'à 40 0/0 de gaz. Cette bande, contournant l'ancien îlot du Brabant, passe près d'Anvers et va sans doute rejoindre les gisements du nord de l'Angleterre.
Après la Westphalie, il faut aller jusqu'en Silésie et en Pologne pour revoir un beau développement du westphalien. Dans la Basse-Silésie, les couches de Schatzlar^ surmontant celles de Waldenburg, à cheval sur le westphalien et le dinantien, supportent les couches de Schwadowitz, On y compte 40 mètres de charbon en 36 couches.
Mais la plus grande richesse est concentrée dans le bassin de la Haute-Silésie et de la Moravie, sous forme de 104 couches donnant ensemble 454 mètres de charbon. Une couche atteint 16 mètres à elle seule. Le bassin se poursuit sur Gracovie et sur Dombrova.
Europe méridionale. — Le grand synclinal carboniférien de la Sambre et de la Meuse, dont nous venons d'étudier le prolongement oriental, était limité au sud par Tanticlinal de l'Ardenne, alors terre émergée. Mais au delà de cette terre, une autre dépression, qui peut-être aboutissait à l'est du côté de la Thuringe, s'était formée de façon à recevoir, à l'époque du westphalien supérieur, des dépôts d'eau douce ou saumâtre, qui constituent aujourd'hui l'assise de base du bassin houiller de la Sarre. Ces dépôts, dits couches de Sarrebruck, sont subordonnés à des grès, des conglomérats et des schistes de couleur rouge, avec tufs porpbyriques.
La flore westphalienne, soit supérieure, soit inférieure, se montre dans plusieurs des petits bassins houillers de la Bretagne et de la Vendée. Dans les Alpes occidentales, il y a quelques gisements du même âge, toujours sans mélange d'éléments marins. Tout le massif des Alpes était alors terre
i94 SYSTÈME GARBONIFERIEN
ferme et, contre son bord, au Piémont comme en Styrie, se déposaient des sédiments avec matières végétales, que le métamorphisme a transformées en graphite.
Il faut aller jusque dans les Asturies pour retrouver, au milieu de dépôts à flore westphalienne, des intercalations marines d'âge moscovien. Il est probable que la mer occupait alors une certaine surface dans les régions méditerranéennes. Mais les vestiges qu'elle a pu laisser sont encore mal connus, sauf en Espagne, près de Belmez.
Russie, Spitzberg, Asie. — Du Pays de Galles jusqu'en Silésie,la formation westphalienne s'est montrée très homogène. Un autre faciès apparaît en Russie, préparé dès le bassin du Donetz. Là, plusieurs couches marines, à Spirifer mosqaensis, alternent avec des grès et schistes qui contiennent quelques veines de houille à flore westphalienne.
Puis, au nord, l'étage devient exclusivement marin, réalisant le type du moscovien. Les calcaires sont souvent blancs, parfois même crayeux. Spirifer mosquensis y est associé à Fusulina cylindrica. La même chose a lieu dans l'Oural, où la faune seule distingue les calcaires moscoviens de ceux du dinantien. Glyphioceras slriolaium s'y montre avec d'autres goniatites. C'est donc là qu'était la mer libre, sans doute en communication par le sud-ouest avec les estuaires de l'Europe occidentale.
La mer moscovienne atteignait le Spitzberg; puis, contournant la Sibérie, elle s'étendait sur l'Asie centrale et la Chine. Dans cette dernière contrée, les lits calcaires à fusulines alternent avec d'importants gisements de houille, contenant une flore westphalienne. Mais au sud, en Indo-Chine et à Sumatra, ce sont seulement les vestiges de la mer à Spirijer mosquensis qu'on observe. Cette mer méridionale paraît s'être étendue aussi sur le Cachemire et le Sait Range.
Amérique du Nord. — Le permsylvanien des États-Unis forme l'exacte contre-partie du westphalien d'Europe, dont il reproduit par sa flore les diverses phases. Le même continent atlantique, qui touchait le bord occidental de l'Europe actuelle, s'étendait en Amérique jusqu'à l'emplacement des Appalaches. Un golfe profond et ramifié, limité à Test et au