LE WESTPHALIEN EN AMÉRIQUE
sud-est par cette terre appalachienne, au nord par le territoire archéen et cambrien des grands lacs, s'ouvrait assez largement sur une mer qui submergeait la plus grande partie de la région des Montagnes Rocheuses, se comportant à l'ouest des États-Unis comme la mer moscovienne à l'est de l'Europe. Dans ce golfe, dont le Mississippi marque à peu près l'axe, se sont entassés les sédiments houillers, logés surtout dans trois synclinaux; celui de Test ou appalachien, s' étendant de la Pennsylvanie jusque dans l'Alabama; celui du centre, occupant Taire comprise, au sud du lac Michigan, entre le Mississippi et TOhio, et séparé du premier par le pli saillant ou anticlinal de Cincinnati; enfin celui de l'ouest, s'étendant de l'Iowa à l'Arkansas.
Dans le synclinal appalachien, l'étage débute par le conglo^ mérat de Potisvilley équivalent du millstone grit, et d'autant plus épais qu'on se rapproche de l'ancien rivage oriental du golfe. Les coal-measures^ qui viennent ensuite et présentent les particularités connues en Europe, y compris les dislocations, se développent dans deux régions : l'une, limitée et isolée au cœur même des Appalaches, où le charbon est de l'anthracite. C'est la région de VanthracUe; l'autre, formant la grande bande houillère du pays, et divisible en deux assises : celle du bas ou série d'Alleghany, avec plusieurs couches de houille bitumineuse; celle du haut, ou série de Conemaughy pauvre en charbon, avec la flore des upper measures d'Angleterre.
A plusieurs reprises, des lits à fossiles marins se montrent dans les deux séries. Productus Cora, P, punctatuSy Spirifer cameraius et Fusulina cylindriea s'y rencontrent.
Le westphalien inférieur prend un développement exagéré dans l'Arkansas, où sa puissance atteint près de 2500 mètres. Plusieurs horizons marins y existent, contenant les genres de goniatites Gastrioceras et Pronorites. Les intercalations marines sont particulièrement remarquables dans le terrain houiller de Plllinois et de l'Iowa, où elles montent plus haut et sont bien plus fréquentes qu'en Pennsylvanie, ce qui concorde avec la plus grande proximité de la mer occidentale, dont les calcaires, généralement à Fusulina cylindriea^ affleu-
i98 SYSTEME CARBONIFÉRrEN
milieu de schistes abondants en restes végétaux qui sont ceux des couches d'Ottweiler. C'était donc bien là que se faisait le contact entre le régime continental et le régime marin.
La mer passait en Dalmatie et en Bosnie, et respectant le massif ancien de la Hongrie et des Balkans, revenait sur la Crimée, pour s'épanouir largement en Russie.
Russie, Spitzberg. — L'ouralien russe commence, dans le bassin du Donetz, avec les calcaires à Fasuli/ia Verneuili, couronnant le système des couches exploitables du moscovien. Puis viennent d'autres calcaires à fusulines, avec des arkoses qui montrent que la terre ferme n'était pas bien loin. Près de Moscou, l'étage prend la forme de dolomies. Enfin, dans le voisinage de l'Oural, il est tout entier calcaire. Les fusulines allongées et renflées ont remplacé les formes cylindriques du moscovien et c'est là surtout qu'abonde Schwagerina princeps. Là aussi se rencontre Gastrioceras Martanum, accompagné de Pronorites cyclolobus.
De l'Oural, par le nord de la Russie, la mer passait sur l'île des Ours, déposant à la base un calcaire à fusulines, et pardessus d'autres calcaires, à Productus et à Spirifer, Elle atteignait ensuite le Spitzberg, mais sans le dépasser beaucoup, témoins les grès et schistes à Cordaites de la baie de la Recherche.
Asie, Afrique, Australie. — Les traces de la mer ouralienne se retrouvent en Asie, sous forme de calcaires à fusulines et à Productus, dans le Tien-Ghan, le Pamir, les monts Nan-Ghan, l'Altaï mongol et le Kan-sou. Cette traînée septentrionale devait être séparée par une île chinoise d'une autre mer à fusulines venant de l'Afghanistan et s'étendant sur la Chine méridionale, où le bassin de Lo-ping contient à la fois des couches marines et des lits à végétaux westphaliens de type européen. Ces intercalations nous font présager la prochaine émersion de la Chine.
On revoit les calcaires à fusulines ou à Schwagerina, d'un côté à Vladivostock et au Japon, de Tautre en Birmanie, en Indo-Chine, à Sumatra. C'est probablement à cet étage qu'appartient en Inde la partie inférieure des calcaires à Prodactus et à fusulines allongées, superposés à un conglomérat avec
l'étage OURALIEN hors D'EUROPE 199
galets striés, que beaucoup d'auteurs regardent comme glaciaire, en le rapportant au premier.
Par la Perse, la mer ouralienne passait sur l'Asie Mineure, en Palestine, au Sinaï et dans le désert égyptien. On ne sait pas encore jusqu'où elle allait vers l'ouest. Mais la plus grande partie de l'Afrique était terre ferme; seulement la mer devait être peu éloignée du Zambèze et de l'Afrique australe, où la base du grès de Karroo, riche en Glossopteris, repose, comme l'ouralien de l'Inde, sur un conglomérat à galets striés. Les mêmes circonstances se reproduisent en Australie, dans la Nouvelle-Galles du Sud; mais là, des couches marines apparaissent, sans iusulines, du reste, et se poursuivent en Tasmanie. L'océan Pacifique occidental était alors à peu près constitué dans ses limites actuelles.
Amérique. — Le Stéphanien est représenté en Pennsylvanie par l'assise duAfono/i^a^to, débutant par la célèbre couche de houille de Pittsburgh, qui couvre, avec une régularité remarquable et; une puissance variable entre i et 2 mètres, un territoire de près de 60 000 kilomètres carrés. Dans cette assise (upper-coal-measures), dont la flore est celle du stéphanien supérieur, plusieurs couches de calcaires à çrinoïdes ou à Productus sont intercalées, attestant qu'en Amérique la formation du stéphanien, comme celle du westphalien, s'est poursuivie dans des estuaires plus largement ouverts qu'en Europe. Dans la région de l'anthracite, les couches du haut sont certainement stéphaniennes.
Le bassin de l'Illinois montre, dans ses upper measureSj jusqu'à 13 intercalations marines à fusulines. Les mêmes calcaires existent dans l'Iowa, et quand on arrive dans l'Arkansas, on voit le caractère marin se prononcer encore davantage par l'apparition des goniatites de l'Oural, Gastrioceras Marianum, Pronorites cyclolobus. Le faciès marin est tout à fait net dans le Kansas, où l'ouralien ne se compose que de calcaires à fusulines. C'est le missourien des géologues américains. Spirifer cameratus y accompagne Athyris subtilita. De rares veines de houille existent dans l'ouralien du Texas, du Nevada et du Nouveau Mexique, et l'étage se poursuit, sous sa forme marine à fusulines, jusqu'en Californie et en Colombie
200 SYSTÈME CARBONIFÉRIBN
britannique, d'où, par T Alaska et le Pacifique, il va rejoindre le bassin du nord de la Chine.
D'autre part, le calcaire à fusulines se revoit au Guatemala, ainsi que près de Tembouchure du fleuve des Amazones. Mais la plus grande partie du Brésil était terre ferme, et la province de Rio Grande do Sul y présente le fait intéressant de Tassociation des Lepidodendron et Stigmaria avec le genre de fougères Gangamopteris, caractéristique de la flore australe à Glossopteris ; de sorte qu'on peut penser que le Brésil méridional offrait, au moins par moments, un terrain de jonction entre les deux grandes provinces botaniques, celle du nord, à flore stéphanienne normale, et ceUe du sud, avec flore d'Australie et d'Afrique australe.