FAUNE TRIASIQUE
de calcaires avec organismes pélagiques, tandis que, à l'ouest aussi bien que dans TAmérique du Nord, on voit prédominer
les lacs salés et les lagunes, dont le fond se comble avec des argiles et des grès aux couleurs vives et bariolées.
Les plages incertaines de ces lagunes sont fréquentées par de nombreux reptiles labyrinthodontes, tels que Chiroiherium , dont les traces de pas (fig. 69) abondent en Saxe comme au Connecticut, et par d'autres reptiles, ceux-là bipèdes, les dinosauriens, souvent signalés par des traces à trois doigts, qui offrent une grande analogie avec celles des oiseaux.
Les mers largement ouvertes voient s'épanouir, parmi les
céphalopodes, la grande famille des ammonites, représentée par Ceratites (fig.
70), Trachyceras (fig. 71), etc.
Fig. 69. — Traces de Chirotherium.
Fig. "70. — Ceratites nodosus.
Fig. 71. — Trachyceras Aon,
Dans les ceratites, les lignes de suture se compliquent de dentelures localisées sur les lobes, tandis que les selles en sont exemptes. Les autres ammonoïdés du système offrent à
SYSTEME TIUASIQÛË
cet égard une grande diversité, et il en est, comme Pinacoceras, qui montrent la différenciation la plus avancée que la ligne de suture ait jamais subie chez les ammonites.
La famille des ostracées, à peine représentée dans le permien, se développe dans le trias, en compagnie de pélécypodes des genres Halobia {Daonella) (fig. 72), PseudomonotiSy etc. D'innombrables échinodermes de la famille des encrines (flg. 73) laissent leurs dépouilles dans ks calcaires de l'époque, en compagnie de petites algues calcarifères, D^lopora, Gyroporella, capables de constituer des bancs entiers.
A côté des genres nouveaux de mollusques qui apparaissent avec le trias, on voit per-
Fig. 72. — Halobia {BaoneUa) Lommelù
Fig. 73. — Enerinus litiiformis.
sister un certain nombre de types anciens de brachiopodes et de céphalopodes (en particulier des orthocères), grâce auxquels la faune marine triasique offre en quelques points un caractère de transition.
La flore triasique appartient déjà à Tère des gymnospermes par la prédominance des cycadées (ZamiieSy Otozamites, Pterophyllum), des conifères telles que Voltzia^ et des salisburiées. Les prêles (Equisetum) y sont représentés par des formes géantes; et la plupart des cryptogames vasculaires de l'ère paléozoïque ont disparu.
Types et divisions du système. — Le système triasique se présente en Europe sous trois faciès distincts : 1« un faciès pélagique ou de haute mer, reconnu d'abord au Tyrol et dans les Alpes autrichiennes, mais encore mieux carac-
DIVISIONS DU TRIAS. ÉTAGE WERFl^NIEN 229
térisé dans la région asiatique; 2^ un faciès mixtes celui de la Franco nie, de la Souabe et des Vosges, offrant la triple division d'où est venu le nom de Irias, division fondée sur Tintercalation d'une assise calcaire coquillière et marine {muschelkalk, conchylien de d'Orbigny), entre deux étages, celui du bas, arénacé et d'origine plutôt continentale, celui du haut, argileux, lagunaire et saumâtre; 3" un faciès lacunaire et continental, développé surtout dans l'ouest de TEurope, et auquel appartient en majorité le nouveau grès rouge d'Angleterre. Du reste, les nuances vives et bariolées sont caractéristiques des sédiments du trias. Elles se retrouvent jusque dans le type pélagique du système, où les calcaires marmoréens sont souvent tachés de rouge.
Le trias inférieur ou série éotriasique forme l'étage werfénien (de Werfen dans les Alpes orientales). C'est aussi ce qu'on a appelé l'étage scythien. Dans la série mésotriasique onvirglorien (du col de Virgloria) se rangent, d'abord le dinarien, puis le ladinien. Enfin la série néotriasique ou étage du Keuper comprend le <yro/ieAi, surmonté dujuvavien. Encore faut-il ajouter que les Allemands ont l'habitude de placer au sommet du trias l'étage rhétien, que nous décrirons avec le système jurassique.
Chacun de ces étages ou sous-étages se subdivise lui-même en zones, d'après les ammonoïdés dominants. On en a dis tingué plus de 20.
Données générales sur le werfénien. — Longtemps le trias inférieur n'a été connu que sous la forme qu'il affecte dans l'Europe septentrionale et la région méditerranéenne occidentale, c'est-à-dire une suite d'assises gréseuses, de couleur rouge ou bariolées de rouge, qui lui ont valu le nom de grès bigarré (bunter Sandstein des Allemands). Cette formation continentale ou lagunaire, n'offrait guère en fait de fossiles que des végétaux terrestres et des traces de pas de reptiles, avec quelques mollusques ou entomostracés, d'eau douce ou saumâtre.
Les progrès de la géologie dans les Alpes orientales ont fait reconnaître, au même niveau, l'existence d'assises marines, développées à Werfen près de Salzbourg, et dont on
a fait l'étage werfénien. Le genre d'ammonoïdés Tiroliteg en était caractéristique. Depuis lors on a reconnu que le werfénien d'Europe ne pouvait donner qu'une idée très incomplète de la série marine du trias inférieur. C'est dans l'Inde, la Sibérie et l'Asie orientale que l'étage se présente avec tout son développement. On y a distingué sept zones d'ammonoïdés, débutant par Otoceras pour continuer par Proptychites et finir avec FUmingites, le tout embrassé sous la dénomination d'étage scythien, et divisible en trois sousétages.
Province germaniç[ue. — On donne le nom de province germanique à la partie de l'Europe qui, s'étendant, de la Silésie à l'Angleterre et comprenant la région vosgienne, a vu se développer partout le faciès du grès bigarré.
Quand la formation est complète, comme c'est le cas en Souabe, on distingue une assise inférieure, avec grès souvent tigrés : une assise moyenne ou grès bigarré principal, généralement riche en conglomérats; enfin une assise supérieure, assez mélangée d'argile, avec gypse, sel gemme et dolomie. C'est le rôth, où se font sentir les préliminaires de l'invasion marine qui marquera la période suivante.
Les fossiles du grès bigarré sont des prêles, Equisetum arenaceum, et des conifères, Voltzia heterophyllay avec des traces de pas de reptiles. Le Rôth contient, jusqu'aux environs de Bade, des mollusques marins du genre Myophoria. Plus on va vers Test et plus le caractère marin s'y prononce, s'affirmant en Thuringe orientale et en Silésie par des ammonoïdés du genre Beneckeia.
La base de l'étage manque dans les Vosges, où les énormes poudingues du grès vosgien appartiennent à l'assise moyenne. Ces conglomérats attestent la destruction, presque sur place, d'un ancien massif qui, à en juger par la distribution des éléments, devait être un peu au sud des Vosges actuelles. L'assise supérieure ou grès à Voltzia est celle qui fournit les pierres rouges de construction si usitées dans tout le pays. Tout le grès bigarré a dû se déposer contre une terre pourvue d'un relief inégal et soumise à un affaissement progressif; C£),r il est des points des Vosges où le grès à Voltzia repose
l'étage WERFÉNIEN en EUROPE 231
directement sur les terrains antérieurs au trias. La même chose a lieu près de Sierck, où le grès bigarré supérieur, comblant les inégalités du substratum dévonien, déborde les assises antérieures.
Plus à l'ouest, TArdenne était émergée. On n'y trouve que quelques lambeaux de poudingues, comme celui de Malmédy, qui semblent représenter d'anciens deltas lacustres, et pourraient d'ailleurs appartenir au permien aussi bien qu'au trias.
Les roches rouges se poursuivent en profondeur sous la Westphalie, et reparaissent aussi à Helgoland, établissant la jonction du bassin germanique avec les lagunes où s'est déposé le grès tacheté qui forme en Angleterre la base du nouveau grès rouge (new red sandstone)^ assise assez puissante de grès et de conglomérats, répondant aux mêmes conditions de dépôt qu'en Souabe.
Proyince méditerranéenne occidentale. — C'est aussi sous la forme de grès rouges que le trias inférieur apparaît dans les Pyrénées et en divers points de l'Espagne orientale, alors occupée par des lagunes qui, appuyées à l'ouest contre le massif ancien, devaient être en communication lointaine et difficile avec la mer werfénienne de l'orient, dont il semble qu'on trouve une trace en Sardaigne.
L'Afrique du Nord devait être moins éloignée du régime marin, à en juger par les calcaires à myophories signalés en quelques points des provinces d'Oran et de Gonstantine, et se reliant sans doute aux formations analogues de la mer de Marmara.
Province alpine. — C'est auprès de Salzbourg que se montrent les schistes werféniens à Tirolites, associés à des argiles avec gypse et sel gemme, qui montrent qu'on était encore loin du régime marin franc. Ce régime est mieux accusé dans le Tyrol méridional, où les calcaires apparaissent, et dans les Alpes Càrniques, où il y a passage du calcaire werfénien au calcaire à bellérophons. La mer a aussi laissé des traces en Dalmatie, en Bosnie et en Bucovine, ce qui invite à cherchôr vers l'est sa jonction probable avec la mer asiatique. Mais la communication devait être peu facile, car sur 212 espèces de
e.'i2 SYSTÈME TRIASIQUE
céphalopodes reconnues dans le scythien d'Asie, 25 seulement ont été retrouvées dans la province alpine.
D'ailleurs, dans l'ouest de la région alpine, les conditions redevenaient littorales, comme l'indiquent les puissantes masses de grès dits quartzites de Modane.
Russie, Asie, Amérique. — La Russie orientale devait former alors une grande lagune, sans communication directe avec la mer alpine. Des grès rouges et des marnes bariolées s'y étendent de la mer Glaciale à la Caspienne, sans autres fossiles que des végétaux terrestres. Mais ce golfe débouchait au sud-est dans la mer asiatique, car un calcaire à Tirolites apparaît dans la steppe Kirghiz, tout à côté de marnes à fossiles d'eau douce, tandis que d'autres marnes contiennent da sel et du gypse.
Par l'Arménie et le Darvaz, la mer werfénienne se poursuivait sur le Sait Range et l'Himalaya. Le scythien y débute par une assise à Otoceras et à Bellerophon, qui fait le passage au permien, et continue par les calcaires et grès à Ceratites,
La même mer atteignait le Pacifique par le Tonkin; mais elle continuait à respecter au sud la terre de Gondwana, où se formaient les grès de Panchet, à Gîossopieris et reptiles, ayant leurs équivalents en Australie en Nouvelle-Zélande.
La mer werfénienne du Pacifique, faisant à l'est le tour du continent de l'Angara, venait en baigner le bord septentrional et oriental, déposant, près de l'embouchure de l'Amour comme à celle de l'Olenek, des grès et schistes avec céphalopodes du trias inférieur, notamment des Meekoceras. Les mêmes céphalopodes se retrouvent dans l'Idaho et la Californie, montrant que la mer empiétait un peu sur l'ouest de l'Amérique du Nord, mais avec des contours peu difTérents de ceux du Pacifique actuel.
Quant à la région atlantique des États-Unis, il s*y est déposé un puissant système >de grès rouges, où il est possible que le trias inférieur soit représenté ; mais on n'en a pas de preuves paléontologiques.
SERIE MESOTRIASIQUE / 233