SYSTÈME TRIASIQUE 3*^ SÉRIE NËOTRIASIQUE
Données générales sur le trias supérieur. — L'apparition des couches de charbon, dans la Lettenkohle, présageait, à la fin du trias moyen, une prochaine retraite du régime marin hors de la province germanique. Cette retraite s'effectue dès le trias supérieur ou keuper, non que l'eau salée renonce à visiter la province, mais parce qu'elle ny apparaîtra plus désormais que sous forme de lagunes, où l'évaporation fera naître des gîtes de sel et de gypse, au milieu de sédiments argileux et bariolés.
11 n'en est pas ainsi au delà de la barrière alpine, où le
régime marin persiste, engendrant d'importantes assises de calcaires et surtout de dolomies. Les algues calcarifères jouent encore un grand rôle dans Tédification de ces massifs ; mais, en général, le genre Gyroporella y remplace Diphpora. Quant aux amlnonoïdés, on assiste au déclin de Trachyceras, à TépanouisiSement des Pinacoceras et TropiteSy enfin à
Fig. 74. — L'Europe à. la fin du trias.
(Les hachures interrompues marquent le régime lagunaire.)
l'apparition du genre Phylloceras, destiné à demeurer essentiellement méditerranéen.
Le trias supérieur a été souvent divisé en étage carnien à la base, et étage norien au sommet, ce dernier ayant pour synonyme juvavien (de Juvavo, nom latin de Salzbourg).
Province germaniç[ue. -- Dans toute la partie de l'Europe située à l'ouest d'une ligne reliant les sources de la Vistule au détroit de Gibraltar (fig. 74), la forme normale du keuper est celle des argiles, bariolées de rouge, qu'en France on a improprement nommées marnes irisées.
TRIAS SUPÉRIECR. EUROPE 239
En Franconie, des argiles bariolées gypsifères {Gypskeaper) sont surmontées par des grès, que l'abondance des restes végétaux du genre Equisetum a fait nommer grès à roseaux, et qu'encadrent des marnes avec dolomies à fossiles marins, couronnées par une marne à concrétions calcaires {Stemmergelkeuper). Cette dernière assise contient les restes de grands dinosauriens. Ainsi constamment la terre ferme et les lagunes se sont disputé le terrain.
En Lorraine, la partie inférieure des marnes bariolées contient d'importants gisements de sel gemme et de gypse *, et le grès keupérien qui les surmonte renferme par endroits des veines d'une houille impure, qu'il ne faut pas confondre avec la Lettenkohle du trias moyen. C'est encore par des dolomies que se termine le trias supérieur lorrain, où apparaissent sporadiquement quelques espèces marines, notamment le mollusque Myophoria GoldfassL
Angleterre, France occidentale et méridionale. Espagne. Alpes occidentales. — Les marnes bariolées [variegated maris) se retrouvent en Angleterre, avec veines de gypse et de sel, et grès subordonnés. Les fossiles sont des reptiles et des crustacés du genre Estheria. Les espèces marines se montrent encore plus rarement qu'en France. Cependant elles ont réussi à pénétrer au moins jusque dans le comté de Warwick. L'Irlande orientale, la Cornouailles et le Cotentin paraissent marquer la limite occidentale des lagunes du trias supérieur, qui aurait déposé contre ces anciens massifs des conglomérats avec argiles rouges.
A partir des Vosges, les argiles bariolées se poursuivent, avec leur composition normale, sur la Haute-Saône et atteignent le bord du Morvan, où le voisinage du littoral granitique se traduit par des couches d'arkose. Les argiles rouges avec gypse continuent sur l'Auxois, le Bourbonnais et le Berry, comme dans le Jura et le mont d'Or lyonnais. Les indices de sel n'y font pas défaut.
1. D'où le nom de saliférien^ que d'Orbigny avait donné au trias supérieur, mais qui s'applique mal à TAUemagne, où le sel existe surtout dans le trias moyen.
GontournaDt le Plateau Central, les lagunes se sont étendues sur l'Aquitaine et ont engendré, dans les Pyrénées, des gîtes sali f ères comme ceux de la Ghalosse et de Salies, ainsi que les marnes gypsifères qu'on suit de la Haute-Garonne aux Gorbières. Le même faciès s'étend sur l'Espagne orientale, à l'exception toutefois des provinces méditerranéennes. On le retrouve aussi en Provence, mais avec un développement tout particulier des cargneules (carnioles, cornieules) où dolomies cloisonnées.
Ges cargneules, accompagnées de gypse, deviennent le faciès dominant du trias supérieur dans les Alpes occiden: taies, c'est-à-dire dans la Maurienne et le Briançonnais, où des schistes lilas et verts les accompagnent. On les retrouve à Bex, en Suisse, associées à un important dépôt salifère. Mais plus loin se prononce un faciès schisteux, celui des schistes lustrés^ qui vont de la Tarantaise aux Grisons, où ils ont subi un métamorphisme accentué.
A partir de la vallée du Rhône, le trias supérieur revêt un faciès mixte, et l'apparition de bancs à gyroporelles indique que la barrière alpine n'était pas assez continue pour ne pas permettre de temps en temps le mélange du type septentrional avec celui de la région méditerranéenne, dont nous allons maintenant parler.
Province méditerranéenne. — Au sud-est de la barrière alpine, le régime marin continuait à prévaloir dans les couches de Raibl et les oolithes à Cardita crenata qui, vers l'est seulement, s'entremêlent de grès à végétaux terrestres (Lunz). Au-dessus se développe, dans les Alpes bavaroises et le Tyrol comme en Lombardie, la Dolomie principale ou Grande Dolomie, à Turbo solitarius et Avicula exilis, remplacée aux environs de Salzbourg par la série importante et disloquée des calcaires de Hallstatt, bariolés, souvent marmoréens, avec nombreux ammonoïdés. Mais ces roches elles-mêmes ne forment que des îlots se fondant latéralement dans un grand massif calcaire, le calcaire du Dachsiein, où les gyroporelles sont associées à de grosses coquilles bivalves du genre Megalodon.
Du reste, ce massif a dû se former à peu de distance d'un