‹ Abrégé de géologieChapitre 93 sur 175 · TRIAS MOYEN. EUROPE · texte numérisé non relu

TRIAS MOYEN. EUROPE

grès bigarré. C'est le faciès littoral, causé par le voisinage de TArdenne, toujours émergée.

Angleterre. France orientale. — La mer du muschelkalk n'a pu communiquer avec TAngleterre qu'en faisant le tour par la Hollande. Encore n'a-t-elle laissé aucune trace bien nette dans ces régions septentrionales. On a coutume d'attribuer au trias moyen le conglomérat calcaire, à ossements de dinosauriens et dents de Ceratodus qui, dans le centre de l'Angleterre, s'intercale au milieu des grès rouges et des marnes du new red.

Du reste, le faciès calcaire du muschelkalk s'atrophie aussi, en partant des Vosges, dans la direction du sud-ouest. Contre le bord oriental du Plateau Central, on voit surtout des grès et des arkoses, que leur nature arénacée avait autrefois fait attribuer au grès bigarré, mais que certaines trouvailles de fossiles conduisent à rattacher au trias moyen, devenu gréseux à cause du voisinage du massif archéen.

En revanche, près des Alpes et du Jura, le caractère marin est plus franc; même, dans les Préalpes, on voit apparaître des calcaires à Diplopora, forme alpine d'algue calcarifère, qui jouera un grand rôle dans la province méditerranéenne. Mais en Provence, non loin de l'îlot archéen des Maures, le muschelkalk à encrines redevient normal, si ce n'est que sa base est gréseuse, tout en contenant des cératites.

Province méditerranéenne. — Si maintenant nous passons dans la province méditerranéenne du trias, qui va des Alpes bavaroises aux Alpes lombardes par le Tyrol, nous y trouverons à la fois une plus grande richesse en ammonoïdés et une plus grande variété de sédiments. Tandis que le calcaire de Virgloria, équivalent latéral de la dolomie de Mendola, représente le wellenkalk, aux assises supérieures du muschelkalk edlemand correspondent en Lombardie les calcaires de Recoaro et d'Esino, dont la célèbre dolomie du Schlern n'est qu'un faciès local propre au Tyrol méridional. Cette dolomie, puissante de 1 000 mètres et massive, offre des restes de polypiers et de diplopores. Elle résulte vraisemblablement de l'enrichissement en magnésie d'un calcaire à la construction duquel les prairies sous-marines d'algues calcarifères

avaient puissamment concouru. Ailleurs, ce sont des schistes qu'on observe à ce niveau.

La série se termine par les couches de Saint-Cassiariy à Trachyceras Aon, véritables tufs de porphyre basique, avec nombreux fossiles offrant une association curieuse de formes à faciès primaire avec des céphalopodes franchement secondaires. C'est l'horizon de la Lettenkohle germanique.

L'influence de la province alpine et méditerranéenne se faisait sentir à l'occident jusqu'aux Baléares et à l'embouchure de l'Ebre, tandis qu'à l'ouest de ces points le muschelkalk gardait le faciès germanique. C'est aussi l'influence alpine qui régnait en Piémont et dans les Apennins de la Ligurie, comme en témoignent plusieurs apparitions de couches à encrines et à diplopores, devenues plus ou moins métamorphiques. La Basilicate, la Calabre, la Sicile, étaient dans les mêmes conditions.

Par le Semmering et le Bakony-Wald, on suit le rattachement du trias alpin à celui de la Silésie, où ses formes se mélangent à celles de la province germanique. A partir de là, on retrouve des traces de la même mer en Bucovine, sur les Balkans, la Bosnie, la Dalmatie, et on est ainsi conduit, de proche en proche, jusqu'aux rivages de l'Asie Mineure, où le golfe d'Ismid, sur la mer de Marmara, laisse affleurer un calcaire à Protrachyceras,

Asie, Afriç[ue, Amériç[ue. Régions arctiç[ues. — A partir de ce point, on perd, faute de connaissances précises (ie la région, les traces de la jonction qui a certainement existé entre la mer triasique de l'Europe et celle de l'Inde, où, dans le Sait Range, le calcaire à cératites supérieur offre une riche faune d'ammonoïdés, bien développée aussi dans l'Himalaya, avec les couches à Daonella,

Bien entendu, au sud de ce bras de mer indien, la terre de Gondwana persiste, et avec elle la terre africaine du Karroo, où la représentation du trias moyen doit être cherchée entre le milieu de l'étage de Beaufort, riche en Glossopteris, et la base de l'assise de Stormberg, dans laquelle ce genre si caractéristique cesse d'être représenté.

Par la Birmanie, la mer indienne arrivait au Pacifique,

SÉRIE NÉOTRIASIQUE 237

laissant, comme celle de Tétage précédent, des traces sur les rivages de la Mandchourie, du Japon et de la Sibérie, et pénétrant même jusqu'au Spitzberg, où les Piychitesy Ceraiites et Daonella prospéraient tout comme dans Tlnde.

De l'autre côté, la mer du trias moyen baignait l'Alaska, les monts Cascades et la Californie, atteignant même le Nevada. Mais, plus à l'est, dans les Montagnes Rocheuses, l'étage reprend la forme de grès rouges et de marnes bariolées gypsifères.

Les Américains ont désigné sous le nom de série de Newark une bande de grès rouges, avec schistes noirs et conglomérats, qui s'étend tout le long du bord atlantique des États- Unis. En quelques points, une flore semblable à celle de la Lettenkohle y a été recueillie. Il y a donc lieu de faire dans cette série une part au trias moyen. Mais ici c'est le faciès continental qui prédomine, et il est probable qu'à cette époque encore, une grande terre, ou un groupe de terres, occupait la place de l'Atlantique septentrional, sur les côtes duquel aucun fossile marin du trias moyen n'a jamais été rencontré.

En revanche, la mer arctique de l'époque s'avançait au sud jusqu'à l'île des Ours.

Page 1