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SÉRIE LIASIQUE. DONNÉES GÉNÉRALES

Traits généraux des temps liasiques. — Au début de la série éojurassique ou liasique^ on voit partout, dans le nord de l'Europe, les dépôts de sédiment débuter par des grès, où les grains roulés et grossiers de quartz empâtent de nombreux restes de vertébrés ainsi que des dents de poissons. On dirait d'une sorte de balayage, opéré par la vague qui s'avançait sur les lagunes triasiques, mélangeant les débris des êtres marins et terrestres dans une sorte d'ossuaire, comme l'indique le nom classique de bone-bed ou lit à ossements. C'est là que se montrent les premières dents de mammifères {Microlestes).

Alors commence, dans l'Europe du Nord, une époque de sédimentation marine, mais littorale, où les restes de végétaux et d'insectes terrestres se montrent plus d'une fois associés aux coquilles de mer. Les plages sont fréquentées par de grands reptiles nageurs, les sauriens, ichthyosaures (fig. 75), plésiosaures, etc., dont les squelettes entiers abondent dans certains gisements de l'Angleterre et du Wurtemberg. Les poissons ganoïdes de l'époque (Lepidotus) ont cessé d'avoir leur nageoire caudale dyssymétrique.

Les vraies ammonites, aux cloisons persillées, sont nombreuses et les principaux genres s'y succèdent dans l'ordre suivant : Psiloceras, Schlotheimia (fîg. 81), Arielites (fig. 76), jEgoceras, Amalthœus (fig. 79), Harpoceras. Mais à côté de ces types, qui caractérisent les mers continentales, on continue à trouver, dans les océans plus largement ouverts, les genres Phylloceras et Lytoceras, déjà annoncés dans le trias.

Une nouvelle famille de céphalopodes apparaît : celle des bélemnitesj représentées par leurs osselets ou rostres

SYSTEME JUBASSIQUfi

jig, 77, 78). Les huîtres parviennent enfin à prendre un grand développement, jonchant les dépôts argileux de coquilles de gryphées (fig. 80), auxquelles s'adjoignent parfois des plicatules (fig. 82). A côté de brachiopodes de type ancien, comme Spiriferina, pullulent les rhynckonelles et les térébratules (fig. 83). Enfin les crinoïdes sont fréquents et souvent très bien conservés.

Quant à la flore, elle se fait remarquer par Tapparition des premiers monocotylédonés et par le grand nombre des cycadées qu'elle contient. De plus, les caractères de la végétation de la période accusent à la fois une grande monotonie et Tabsence de zones climatologiques bien définies.

Divisions de la série liasique. — La série liasique peut être divisée en cinq étages. Celui du bas, qui correspond au prélude de l'invasion marine et comprend les gisements de bonebed à dents de poissons et ossements de vertébrés, est l'étage rhétien, ainsi nommé des Alpes Rhétiques. Il embrasse une partie de Vinfra-lias des anciens auteurs. L'autre partie forme l'étage hettangien, dont le type a été choisi dans le grès d'Hettange, près de Luxembourg. Ensuite vient le sinemur Un, bien caractérisé dans l'Auxois et spécialement aux environs de Semur; c'est la partie inférieure du lias proprement dit (ainsi nommé d'une désignation usitée en Angleterre parmi les carriers). Le système

FAUNE LIASIQUE

Fig. 19. — Ammonites {Amalthxus margaritaius.

Fig. 80. — Gryphiea arcuata.

Fig. 81. — Ammonites {Shlotheimia) angulatus.

Fig. 82. — Plicatula spinosa.

se termine par les étages charmouthien (ancien liasien) et toarcieriy ce dernier tirant son nom de Thouars en Poitou, localité où il est très fossilifère.

SÉRIE LIASIQUE !• ÉTAGE RHÉTIEN

Fig. 83. — Terebratula Waidheimia numismalis.

Le rhétien d'Europe en dehors de la barrière alpine. — Si le rhétien tire son nom des Alpes Rhétiques, c'est en Souabe, sur le côté nord de Tancienne barrière alpine, que l'importance de cette division a été pour la première fois reconnue.

L'étage y débute par une assise de grès qui se délite en sable miroitant (silbersand), avec quelques bivalves caractérisliques de cet horizon, notamment Avicula contorta (fig. 84) et Gemllia prœcursor. Au-dessus vient ce qu'en Allemagne on a nommé le cloaque, à cause de l'association des coprolithes avec des restes de vertébrés. C'est le bone-bed, ou lit à ossements, dans lequel a été trouvé, à la porte de Stuttgart, le premier mammifère, Microlestes antiquus.

Dans la région lorraine, le rhétien débute aussi par une assise arénacée, le grès de Vie {grès infraliasique), que surmonte également un bone-bed. Une couche de marnes rouges, qui se présente habituellement au sommet de l'étage, marque un retour des conditions du trias supérieur et justifie le nom de couches de jonction, donné au rhétien de la Lorraine. On suit l'étage par Kedange, le long de l'Ardenne, jusqu'à Florenville, où il est débordé par des assises plus jeunes du lias. D'autre part, il s'étend certainement de la Souabe sur la Westphalie, par où la mer rhétienne, contournant une grande terre qui s'avançait jusqu'à la Hollande, a pu atteindre l'Angleterre et envoyer de là au moins un golfe jusqu'au Gotentin.

ÉTAGE RIIÉTIEN. EUROPE 249

Le rhétien anglais ou série de Penarth forme parfois, dans le calcaire carbonifère sous-jacent, des poches riches en ossements. L'une d'elles a fourni 29 dents de Microlesies et jusqu'à 70 000 dents du squale Acrodus, En Ecosse, l'étage est représenté par un conglomérat qui, à Raasay, repose direcment sur le grès précambrien. Partout donc il y a empiétement de la mer, dépôt d'une assise arénacée et accumulation d'ossements charriés.

Le même empiétement, mais sans transport d'ossements, se manifeste en Scanie, à la pointe méridionale de la Suède. Là, près d'Helsingborg, une couche à fossiles marins s'intercale au milieu d'un ensemble de grès lignitifères, à cycadées et à fougères, accusant un rivage. Les traces de ce rivage se retrouvent à Bornholm, en Pologne et en Silésie.

C'est aussi par des grès, accompagnés de calcaires à Avicula contortaj et par des Fig. 84. — Avieuia couches ossifères, que le rhétien est contorta, représenté entre les Vosges et le Morvan.

Comme dans le Nivernais, le Bourbonnais et le Berry, le voinage du massif ancien émergé s'y trahit par la formation d'une arkose grossière, souvent bariolée, passant par places à un grès dolomitique avec empreintes végétales. C'est dans des conditions semblables que le rhétien frange le bord sudouest du Plateau Central, pour devenir plus franchement marin dans le Languedoc. Mais il faut arriver dans le bassin du Rhône, en Provence, pour voir disparaître le faciès arénacé, faisant place à des schistes et à des calcaires avec Avicula contortay dont les traces se retrouvent dans les Alpes occidentales et le Chablais. Seulement, dans le Briançonnais, et sans doute jusqu'aux Grisons, c'est à unje partie des schistes lustrés qu'il faut demander la représentation du rhétien. A partir de la Suisse, l'étage, quand il est fossilifère, manifeste des affinités avec la faune de la province alpine.

Province méditerranéenne. — La province alpine ou méditerranéenne du rhétien est bien caractérisée aux Alpes Rhétiques, dans les couches de Koessen, marnes à Avicula contorta avec calcaires à brachiopodes {Rhynchonella flssicostata

et Terehratula gregaria). Mais il est des points où cette assise se fond dans la masse du calcaire du Daehstein, importante construction édifiée par les organismes dès le trias supérieur, et pouvant même embrasser des termes supérieurs au rhétien. Au sommet de Fétage se trouve, près de Salzbourg, une assise à ammonoïdés du genre Choristoceras»

Les calcaires à brachiopodes, à Terehratula gregaria^ deviennent la forme normale du rhétien sur le bord septentrional des Alpes, et se suivent jusqu'aux Carpathes (faciès earpaihique). Mais par endroits, un calcaire alpin à Lithodendron apparaît jusque dans le Tatra. Alors la mer contournait une grande terre, comprenant la Hongrie et le massif balkanique.

Du côté opposé, elle semait des dolomies et des calcaires sur le Frioul, les Apennins, la Calabre, la Corse et même la Sicile, où se retrouvent les Terehratula gregaria et RhynchoneUa HssicosfxUa, Mais ce régime n'atteignait pas TËspagne, où le faciès du rhétien est plutôt provençal, et encore moins le Portugal, sur lequel se formaient à ce moment des grès à végétaux et des marnes à lignîtes.

Le rhétien hors de FEurope. — Les traces d'un rivage rhétien se revoient sur le bord méridional de la Caspienne, au Turkestan et dans l'Afghanistan. Au sud de ce rivage, on suit des calcaires ou des dolomies à Lithodendron et à Megalodon jusqu'au cœur de l'Himalaya, tandis que, plus au sud encore, sur la terre de Gondwana, les couches à végétaux et à combustibles de Rajmahal, avec dents de Ceraiodus et de reptiles, accusent le maintien des conditions continentales.

Un estuaire existait alors sur le Tonkin, où les houilles de Kebao sont subordonnées à des couches contenant une flore franchement rhétienne et encore pourvue de Glossopteris ; et la même chose avait lieu dans le Yunnan, sur le territoire duquel se formaient d'importants dépôts de houille grasse, dont la flore s'étendait aussi sur le Bassin Rouge du Sé-tchouen en Chine. La mer passait au sud, et laissait des vestiges sur la presqu'île de Malacca.

Mais elle respectait l'Australie et la Nouvelle-Zélande, de même que l'Afrique australe. Là, le sommet de l'assise de Reaufort, dernier terme de la série de Karroo, a livré un

^AGE HETTANOIBN 251

mammifère, Tritylodon, associé * à des reptiles dicynodontes. La grande terre australe continuait vraisemblablement à être unie au massif brésilien, à Foccident duquel se formaient dans des estuaires les dépôts à plantes rhétiennes de Cacheuta en Argentine et de la Ternera au Chili.

Aux États-Unis, une partie des grès et schistes du Connecticut (série de Newark) appartient, par sa flore, au rhétien. Et c'est à cette hauteur qu'a été trouvé, dans la Caroline du Nord, le premier mammifère américain, Dromatherium sylvestre. Si Ton ajoute que la flore rhé tienne est connue du Mexique, de la Californie, du Groenland oriental, du Spitzberg et de la terre François-Joseph, on se fera aisément une idée de l'extraordinaire diffusion de ce groupe de végétaux, qui n'ofTre pas de différences sensibles sous quelque latitude qu'on l'observe, et affirme par ses cycadées la douceur du climat, même dans les régions polaires.

C'est aussi un fait très frappant que l'extrême rareté des ammonites dans le rhétien. On n'en trouve nulle part en dehors de quelques points de la province méditerranéenne, où apparaissent de rares représentants de genres aberrants, tels que Choristoceras.

SÉRIE LIASIQUE 2» ÉTAGE HETTANOIEN

Données générales sur l'hettangien. ~ Aussi difficile à séparer stratigraphiquement du rhétien, avec lequel il a été longtemps réuni dans Vinfra-lia&, que du sinémurien qui le recouvre, l'hettangien n'en est pas moins bien défini, au point de vue paléontologique, par l'apparition dans les mers européennes des ammonites; apparition ordonnée qui permet de distinguer dans l'étage deux zones : la première à Psiloceras planorbis, la seconde à Schlotheimia angulata.

La source de cette invasion doit sans doute être cherchée dans quelque région mal connue des pays du sud-est, car on remarque que dans la province alpine, les genres PhylloceraSy

Lytoceras et Amalthaeus se montrent dès le début de l'étage, tandis qu^ils n'arriveront dans l'ancienne province germanique qu'avec la zone à Schloiheimia, Un autre genre d'ammonites très caractéristique du lias inférieur, Arietiles, Ucdt aussi dans i'hettangien.

Le genre de bivalves Cardinia {Thalassites) prospère à cette époque. Une circonstance curieuse est la présence, en des points assez distants, de couches avec débris d'insectes à la base de l'étage. Du reste, l'hettangien correspond à un progrès de l'invasion marine jurassique et plus d'une fois on le voit reposer directement sur le Keuper, de môme qu'il arrive à la zone à Schloiheimia de déborder la précédente. La barrière alpine de l'Europe était alors sensiblement réduite; mais il subsistait çà et là, par exemple dans le massif des Vosges et de la Forêt-Noire, des îlots que la mer allait peu à peu submerger.

Province européenne extra-alpine. — En Souabe, l'hettangien, ou partie inférieure du lias ol des auteurs allemands, est un mélange d'argiles schisteuses et de grès, où les couches à Psilonotus (c'est-à-dire à Psiloceras) occupent la base, contenant de nombreuses cardinies.

Très rudimentaire et même incomplet en Lorraine, il se développe aux approches du golfe du Luxembourg, probablement fermé à cette époque après avoir constitué, lors du rhétien, un détroit entre l'Ardenne et l'Eifel. Sa première zone est bitumineuse ; mais la seconde, devenue arénacée et puissante de 60 mètres, forme le grès d'Hettange (d'où le nom choisi) avec mélange de mollusques marins et de végétaux terrestres. Le grès de Luxembourg en est par sa base une dépendance. L'hettangien se poursuit le long de l'Ardenne jusqu'à Charleville, où son caractère littoral est accusé par un lit de poudingue.

On le retrouve en Angleterre, sous le nom de lias blanc, débutant au Gloucestershire par un calcaire à insectes. C'est encore avec le faciès du lias blanc qu'il apparaît dans le Cotentin, formant le calcaire de Valognes ou calcaire dVsmanville, à Pecten valoniensis. Ce calcaire, déposé conti^e un rivage, contient des grains de quartz et passe par le bas à un poudingue.

ÉTAGE IIETTANGIEN. EUROPE 253

Absent des bords du massif armoricain, Tétage se retrouve dans le Berry, formant le calcaire pavé de Saint- Amand et les dalles de Liénesse, à Ostrea sublamellosa. En Bourgogne, sa base est le calcaire à cardinies et à huîtres dit lumachelle, devenant à Thostes un minerai de fer. La zone supérieure ou calcsâve foie-de-veaa devient aussi ferrugineuse à Mazenay.

Dans la région des Causses, Thettangien déborde les étages inférieurs, s'appliquant sur Tarchéen, et son sommet, par de belles empreintes de végétaux terrestres, accuse des conditions littorales.

Peu développé en Provence, il reparaît, mais avec rares céphalopodes, dans les Alpes occidentales, et passe à Tétat de poudingue dans le massif du Mont-Blanc. Il redevient normal dans le Jura. Très fossilifère à Robiac (Gard), il apparaît au mont d'Or lyonnais comme calcaire cristallin dit choinbâtard. Abondant en fossiles à Chalindrey (Haute-Saône), il présente en Argovie une couche très riche en insectes et en végétaux.

Province méditerranéenne. Europe orientale. — Tout autre est la constitution de l'hettangien de l'autre côté de la barrière alpine. Près de Salzbourg, c'est un calcaire bariolé à ammonites, dit calcaire d'Adneth. Mais quelquefois on voit reparaître à ce niveau le type massif du calcaire du Dachsteirij hMegalodon et Lithodendron; enfin au bord de la Bohême se montre le faciès marneux et charbonneux des couches de Gresten, retrouvé en plusieurs points de la Hongrie, ainsi qu'à Steierdorf (Banat), où s'exploite une véritable houille; ces gisements, et beaucoup d'autres semblables, dessinant le tour d'une terre orientale balkanique.

Des circonstances analogues permettent de reconstituer un rivage qui passait par Cracovie et Bornholm pour atteindre la Scanie où, suivant les points, l'étage, à l'état de grès, est tantôt marin et tantôt d'eau douce.

Le régime marin demeurait franc sur la Bosnie, ainsi que sur l'Italie. En Lombardie se retrouvent les calcaires bariolés d'Adneth, et la part de l'étage est certaine dans les masses calcaires de l'Apennin comme dans celles de la Calabre et même de la Sicile. C'est donc toujours la répétition des

circonstances depuis si longtemps propres à la région méditerranéenne, mais qui vont en s'efifaçant vers l'ouest; car en Espagne, Tétage est tantôt dolomitique, tantôt gréseux avec flore terrestre.

Pays hors d'Europe. — Le type de Gresten se retrouve au Caucase. Ensuite on soupçonne des traces de Thettangien dans l'Himalaya ainsi qu'en un point de la Chine, mais toute l'Asie orientale devait être alors émergée, ainsi que l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde méridionale et l'Afrique australe.

Quant à l'Amérique, rien encore n'y indique avec certitude la présence de l'étage.

SÉRIE LXASXQUE 3» ÉTAaS SINÉMURXEN

Données générales sur le sinémurien. — Le sinémurien, dans les parties de l'Europe situées en deçà des Alpes, marque une régularisation de la sédimentation marine, qui devient beaucoup moins arénacée, engendrant des alternances d'argiles et de bancs calcaires encore mal réglés, où abonderont les gryphées et les ammonites. C'est la forme classique du calcaire à gryphées arquées.

Le genre Arietites y domine, remplacé dans le haut par Oxynoticeras. Les bélemnites commencent à abonder, représentées surtout par une forme courte et pointue, Bélemnites acutus. On y voit aussi de nombreux fragments de tiges de Pentacrinus et des brachiopodes du genre Spiriferina,

Europe extra-alpine. — Argileux et calcaire en Souabe i, mais réduit en Franconie à un grès grossier, le sinémurien à Gryphœa arcuata se montre sensiblement le même en Alsace, en Lorraine, en Franche-Comté, en Bourgogne. Son calcaire, parfois hydraulique (et exploité pour cette qualité en divers points), alterne avec des lits d'argile, d'où résultent des terres fortes et fertiles, dont l'Auxois offre le meilleur

1. Où il comprend la partie supérieure du lias a ainsi que le lias p.

ETAGE SINEMURIEN. EUROPE 255

type. Les ammonites, Arietites Bucklandi, A, bisulcatuSy y atteignent de très grandes dimensions.

Dans le golfe du Luxembourg, le sinémurien s'ensable, et la partie supérieure du grès dit de Luxembourg lui appartient, sans que la sédimentation accuse aucune interruption dans la masse sableuse depuis Thettangien.

En Angleterre, la couleur dominante de Tétage lui a fait donner le nom de lias bien. Les couches hydrauliques y abondent, et on y a recueilli de beaux squelettes d'ichthyosaures, de plésiosaures et de ptérodactyles. Mais en Ecosse la proximité du rivage se traduit par des schistes et des grès grossiers.

Gomme Thettangien, le sinémurien accuse partout le pro« grès de Tinvasion marine et, près de Bayeux, oii ses bancs sont bien réglés, on le voit reposer sur les terrains primaires. L'étage a dû couvrir tout le Morvan, s'appliquant aussi sans intermédiaire sur le' gneiss.

On le revoit, mais sous une forme un peu différente, au sud du Plateau Central. Dans les Alpes occidentales, il est à l'état de calcaires noirs, devenant spathiques dans le Ghablais, et mélangés de schistes au mont Joly. Alors, sans doute, commençait à se bien prononcer le synclinal subalpin^ pli concave entourant le futur massif des Alpes cristallines, et destiné à recevoir de grandes épaisseurs de sédiments à faciès uniforme, calcaréo-vaseux et schisteux : car une partie des schistes lustrés doit revenir à cet étage.

Province méditerranéezmd, Asie, Amérique, Afrique. — Au contraire, dans la province méditerranéenne, reparaissent, soit les calcaires d'Adneth à Arietites^ soit des calcaires blancs massifs, ceux du Hierlatz^ à brachiopodes. Le faciès d'Adneth se reproduit dans les calcaires rouges à ammonites de la Lombardie {Ammonitieû rosso inferiore), dont la base est sinémurienne. On retrouve ces calcaires dans l'Apennin, la Basilicate, la Galabre et la Sicile.

Ge sont aussi des calcaires rouges noduleux à Arietites qui nous renseignent sur le passage de la mer sinémurienne en Bucovine, tandis qu'au nord son rivage différait peu de celui de rhettangien, le sinémurien gréseux de la Scanie étant

aussi susceptible d'un double faciès, Tun marin, Tautre lignitifère.

Quelques trouvailles éparses d'Arietiies renseignent sur le passage de la mer sinémurienne en Asie Mineure et dans THimalaya. On sait de plus que des ammonites du même genre sont rejetées par les volcans de boue de Rotti, dans les îles de la Sonde, enfin qu'il s'en trouve dans le Japon.

D'autre part, on a signalé des Arietites en Amérique dans l'État de Nevada, en Californie, au Mexique, au Pérou, en Bolivie. Enfin, par 40° de Lat. Sud, on observe dans la Cordillère argentine et chilienne des tufs, des calcaires et des grès à Spiriferina rostrata et Lithotrochus HumboldtL Ces couches s'entremêlent de conglomérats à éléments porphyritiques, qui annoncent le commencement des éruptions de la chaîne des Andes. Ici l'entrée en scène de l'activité éruptive coïnciderait avec, un progrès notable de la mer, s'avançant vers le sud beaucoup plus loin qu'elle n'avait fait depuis longtemps.

L'Algérie est la seule contrée de l'Afrique où le sinémurien soit connu. Le plus souvent dolomitique et sans fossiles, il contient à In-Salah Spiriferina Walcotti.

SÉRIE LIASIQUE 4<' ÉTAGE CHARMOUTHIEN

Données générales sur le charmouthien. — Le lias moyen ou étage charmouthien (de Charmouth en Angleterre) correspond, dans l'Europe occidentale, au maximum de transgression de la mer du lias. Jamais les îlots de l'archipel européen ne s'étaient encore trouvés aussi réduits (fig. 85). Aux Ardennes comme en Normandie, on voit le charmouthien reposer directement sur les terrains anciens, en y formant de petites flaques très fossilifères, dont les plus célèbres sont celles de Maubert- Fontaine (Ardennes) et de Fontaine-Étoupefour (Calvados). Les marnes dominent parmi ses sédiments.

Le règne des Arietites est fini. En revanche, les JEgoceras se montrent {jEg. Davoei, Mg: capricornu)) puis viennent les

LE CFlAftMODTHiËN EN EUROPE

zones à AmaUhœus margaritatas et Am. spinatus. Les gryphées se dilatent, comme dans Gryphœa regularis (ancienne G. cymbiam des auteurs), et les bélemnites, notamment Bel. paxillosusy abondent au point que Tétage a souvent mérité d'être désigné sous le nom de calcaire à bélemnites.

Fig. 85. ~ L'Europe à l'époque charmonthieime.

Europe extra-alpine. — Formé en Souabe par les marnes et calcaires du lias y et du lias S, le charmouthien voit se développer en Lorraine l'assise des marnes à ovoïdes, ainsi nommées de grosses concrétions ferrugineuses, et terminée par un épisode gréseux qui se développe dans les Ardennes. De Mézières à Sedan, c'est un calcaire sableux, avec bancs durs, capables de fournir des pavés, qui alternent avec des couches de sable jaune fin.

Le calcaire noduleux, caractérisé par de grandes gryphées, se retrouve en Bourgogne, recouvrant les couches à ciment de Venarey et de Pouilly-en-Auxois, assez riches en bélem-

DE LAi>PAREÎ(T. — ABRÉGÉ, 6« ÉDiT.

ni tes pour qu*on en ait fait le calcaire à bélemnileSy nom que Tétage mérite encore en Calvados, aux environs de Vieux- Pont. Sur le même horizon se présentent, dans le Berry, des marnes contenant un grand nombre d'ammonites pyriteuses, et, en Angleterre, un grès marneux (marly sandstone). Au rebours des étages inférieurs, qui affectaient en Ecosse un faciès franchement littoral, le charmouthien y reste marneux, nouvelle preuve que les rivages avaient reculé vers l'ouest.

Ce recul s'est produit aussi en Scanie, où le charmouthien est marin, tandis que le faciès d'eau douce apparaissait dans les étages précédents.

La même chose a lieu dans la.Sarthe, où les couches charmouthiennes s'appliquent sur les divers étages du primaire redressé, en Poitou, où elles recouvrent la granulite, en Vendée, où leur poudingue de base repose sur l'archéen.

Toujours marneux et calcaire sur le revers sud du Plateau Central comme dans le bassin du Rhône, où il contient, comme ailleurs, des plicatules et le Pecten aequivàlviSy le charmouthien, dans le Briançonnais, est formé de calcaires noirâtres à bélemnites, avec quelques accidents bréchoïdes [brèche à échinodermes) et coralligènes, collés à titre de récifs contre les îlots anciens des Alpes.

Province méditerranéenne, Asie, Afrique, Amérique. — La forme méditerranéenne du charmouthien comporte soit des marnes tachetées^ soit des calcaires comme ceux du Tyrol, où se développe un type nouveau de brachiopodes, très caractéristique de la région pélagique, Pygope (P. Aspasia). C'est ce faciès calcaire qui, continuant la tradition des précédents étages, se montre en Lombardie, dans l'Apennin, en Calabre et en Sicile. Il se poursuit même en Andalousie, mais sans atteindre ni le reste de l'Espagne ni les Baléares, où l'étage reste de type nord-européen.

Les marnes tachetées se poursuivent le long des Garpathes et dans le Tatra. La terre balkanique persistait, mais était longée à l'ouest par une mer passant sur la Bosnie et l'Épire, pour se rendre ensuite en Anatolie, arroser le Caucase et passer sur l'Himalaya.

ÉTAGE TOARCIEN 259

La mer devait avoir fait des progrès en Algérie; car le charmouthien du Tell y est de type alpin. L'étage s'étend jusqu'aux environs de Figuig.

Enfin, en Bolivie et dans la Cordillère chilienne, les fossiles de l'étage sont les mêmes qu'en Europe.

SÉRIE LIASIQUE 5« ÉTAGE TOARCIEN

Données générales sur le toarcien. — Les contours de la mer toarcienne ont à peine différé en Europe de ceux de la mer charmouthienne ; si sur quelques points, comme en Ardenne, il y a eu rétrogradation du rivage, sur d'autres, comme en Poitou, il s'est produit un peu d'empiétement. L'étage paraît correspondre à une période de stabilité, pendant laquelle le fond des mers de l'archipel européen n'a guère reçu que des sédiments vaseux, souvent bitumineux. Vers la fin de la période, ces sédiments font place à des dépôts ferrugineux qui prennent la forme oolithique, et au développement des^quels il semble que les microorganismes aient dû concourir, en facilitant la précipitation du carbonate de fer amené par les eaux continentales.

C'est la famille des Harpoceras qui domine' parmi les ammonites du toarcien. D'ordinaire, Harpoceras (Lioceras) serpentinum occupe la base, Hildbceras bifrons le milieu et Lioceras opalinum le sommet de l'étage. Le genre de bivalve Posidonia (P. Bronni) y est abondant. Les bélemnites sont encore nombreuses et présentent certaines formes très allongées {Bel. acuarius),

Europe extra- Alpine. — En Souabe, le toarcien débute par le lias s, ou schistes bitumineux à posidonies, avec nombreux restes de reptiles et de poissons ainsi que de végétaux terrestres (conifères et cycadées). Puis, après les marnes du lias ç, apparaissent les marnes à Trigonia navis, que les Allemands ont coutume d'attribuer au jura brun.

La composition est sensiblement la même en Alsace, où

les argiles supérieures se montrent remarquablement fossilifères à Gundershoffen ; et les marnes à posidonies continuent à former en Lorraine la base de l'étage ; mais, sur le revers occidental du massif vosgien, comme le long du bord de l'Ardenne, se développe au sommet la limonite oolithiqae, activement exploitée aux environs de Nancy et de Longwy. En profondeur, cette limonite devient du carbonate, ce qui donne à penser que la forme sous laquelle se présentent ses affleurements résulte d'une altération postérieure au dépôt.

La même limonite, succédant toujours aux schistes à posidonies, existe en Franche-Comté (Ougney), continuant à accuser des conditions littorales, dues sans doute à une chaîne d'îlots qui, sur l'emplacement des Vosges, empêchait, à la fin du toarcien, la pénétration du faciès souabe dans le bassin de Paris. De même, le voisinage du Morvan explique en Nivernais la présence du minerai de fer du toarcien supérieur, à Rhynchonelîa cynocephala.

Essentiellement marneux dans le Berry, ainsi que dans l'Auxois, où il contient à sa base la pierre à ciment de Vassy, près d'Avallon, le toarcien est argileux et calcarifère, avec oolithes ferrugUieuses, dans le Poitou. A Thouars, où il est très fossilifère, il débute par un poudingue superposé à l'archéen. Enfin, dans le Bocage normand, on le voit déborder, comme le charmouthien, sur le terrain primaire, formant aux environs de May des flaques fossilifères riches en petits brachiopodes spéciaux (couche à Leptœna), d'apparence paléozoïque.

Un terme important du toarcien de Normandie est Yargile à poissons de la Gaine, célèbre par les miches ou grands nodules de calcaire marneux qu'elle contient. Ce sont des concrétions formées autour de restes de sauriens et de poissons, ceux-ci renfermant encore dans leur cavité stomacale de petites ammonites bien conservées. Là aussi se trouvent des débris de céphalopodes encore munis de leur poche à encre.

C'est à l'état d'argile tenace, d'un bleu foncé, que le toarcien se montre en Angleterre ; les débris de végétaux terres-

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