CHAPITRE IV
CONSIDÉRATIONS GÉOGÉNIQUES.
Si nous considérons maintenant le sol de la Belgique sous le rapport des phénomènes qui s'y sont passés et des époques où ils ont eu lieu , nous verrons, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, que la formation des depuis que Dumont nommait ardennai» est le phénomène le plus ancien dont ce pays nous offre des traces , mais que l'époque où cette formation a eu lieu, comparativement à celle des dépôts d’autres contrées, n’est pas encore bien déterminée , puisque ce n’est qu'avec doute que nous l’avons rapportée à la période silurienne.
Quant au terrain rhénan, son époque de formation immédiatement avant le terrain dévonien proprement dit est suffisamment démontrée. D’un autre côté, le rapprochement des terrains dévonien et liouiller de Belgique, avec ceux que les géologues considèrent comme type de ces groupes, est assez généralement admis maintenant.
Nous avons vu aussi que tous ces dépôts sont plus ou moins modifiés, que leurs couches ont été fortement relevées, plissées, quelquefois renversées, et qu’elles sont traversées par de nombreux filons dont les uns sont des dykcs porphyriques et les autres des filons cristallins, fragmentaires ou meubles.
L’époque de la formation des d)ke« porphyriques du terrain rhénan paraît être à peu près contemporaine de ce terrain, puisqu'ils ne pénètrent pas dans le terruin dévonien. Il est probable que ceux du terrain silurien sont aussi à peu prés de l’époque de ce terrain ; attendu
GÉOLOGIE DF LA RF.LGIQIE.
que l’on remarque nnp libère différence pntrc ces dykes Pt ceux du terrain rhénan, parmi lesquels on n’a pas encore rencontré la roche quartzifère de Maires (hyalophyre de Dumont).
L’époque où les roches siluriennes et rhénanes de Belgique ont été modifiées n’est pas non plus très facile à déterminer; mai», quand on fait attention que ces roches ont éprouvé les actions métamorphiques à un degré beaucoup plus fort que celles du terrain dévonien, ou est porté à croire que cette action a commencé avant la formation de ce terrain, ce qui est en rapport avec l'opinion que nous venons d’émettre sur l’époque des éruptions porphyriqnes. D’un autre côté, la circonstance que les roches les plus métamorphosées, c’est à dire celles où l’on peut supposer que les forces métamorphiques ont déterminé la transformation de matières schisteuses et qunrtzcuses en matières feldspnthiques, ne sont pas ordinairement celles qui sont en contact immédiat nvec les roches plutoniennes, vient appuyer l’opinion que les éjaculations intérieures exerçaient une action métamorphique moins forte lorsqu’elles pouvaient se faire jour à l’état liquide, que quand elles agissaient à l'état gazeux.
Enfin, lorsque l’on prend en considération que les roches dévoniennes et houillères ont aussi subi des actions métamorphiques, qu’elles sont aussi fortement plissées et renversées que les roches anterieures, mais que les roches postérieures ont conservé une position à peu près horizontale et ne présentent plus d’altération du même genre, on est porté ù conclure que les grands phénomènes qui ont modifié et plissé les roches se sont prolongés en Belgique jusqu’après la formation du terrain houillcr, mais qu’ensuite ces phénomènes n'ont plus agi nvec la môme force.
Si maintenant nous cherchons à mettre ces données en rapport avec la Ncrie generale des révolution» admises par M. Êlie de Beaumont (p. 441), on pourrait en conclure que les premières modifications des loches siluriennes remontent au système du Morbihan ou à celui du Longmynd, et que l’éjaculation des porphyres de Quenast et de Lessines se rapporterait an système du Wcstmoreland, système dont M. de Beaumont nnnonce avoir reconnu des traces en Ardcnne.
Ce célèbre géologue voit ensuite un effet du système des ballons dans la disposition du front méridional de l’Ardenne le long du bassin de Paris, mais la concordance de stratification que l'on observe entre le calcaire de Tournay et l’nmpélite de Chokier ou entre celui-ci et la houille de Liège annonce que les soulèvements des Ballons et du Forez n'ont pas exercé de grands dérangements dans le sol de la Belgique.
C’est au système dit des Pays-Bas que M. de Beaumont attribue le
CONSIDÉRATIONS GÉUGÉMQl'ES.
plimmenl de non terrain*» ilnonifiK et liouillcr*, et c’est effectivement avec l’orientation de ce système que s’accorde la direction générale des couches de ces terrains à l’ouest de In ligne que nous avons signalée comme allant de Namur à Bochefort (|J. 510). Mais la direction, plus vers le nord, de ces mêmes couches de l’autre côté de la ligne dont il s’ngit annoncerait que la direction normale a été modifiée, soit par l’influence des plis formés dans le sol inférieur lors du soulèvement du Westmoreland, soit parce que cette partie de la Belgique aurait subi l’action d’une révolution postérieure, récurrente avec celle du Westmoreland et qui n’aurait pas été reconnue jusqu'à présent.
L’iipe de>* liions qui traversent ces dépôts n’est pas non plus encore très bien déterminé. La circonstance que nos filons iiiélutliféros s’arrêtent ordinairement avec le calcaire houiller, et qu’ils se trouvent souvent entre les étages différents, a porté plusieurs géologues aies considérer comme antérieurs a l’nmpélite de Chokicr, et comme étant à peu près contemporains des dépôts dans lesquels ils sont intercalés. Or, sans vouloir rejeter entièrement celle manière de voir, nous ferons remarquer qu’à Bleybcrg (p. 520), le minerai de plomb pénètre au moins dans le. système de l’ampélite; que, en second lieu, on peut très bien concevoir pourquoi les matières des filons, quoique éjaculées postérieurement à la houille de Liège, ne pénètrent pas dans cet étage, puisqu’il suffit pour produire ce résultat que le calcaire se soit mieux prêté à recevoir les injections que les schistes et la houille; circonstance qui est en quelque manière attestée par les cavités et les fractures si abondantes dans le calcaire, tandis que les plis sans fractures que l’on remarque fréquemment dans les houilles et dans les schistes annoncent que ces roches avaient conservé un certain état de mollesse lorsque le plissement a eu lieu. On conçoit également que la résistance que certains systèmes de couches opposaient à l’introduction des matières éjaculées d’en bns , déterminait ces matières à se pincer entre deux systèmes plutôt que d’en traverser un qui leur offrait plus de résistance.
D’un autre côté, quand on fait attention que les gîtes métallifères qui se trouvent dans les dépôts dévoniens et houillers contiennent beaucoup de fer et qu’ils forment quelquefois des nappes ou de petits bassins au dessus de ces dépôts, on voit un nouveau motif pour placer leur origine à l’époque de la révolution qui a plissé les dépôts dont il s’agit, puisque c’est elle qui a immédiatement précédé la foimation du grès des Vosges, roche qui renferme une si grande quantité de fer.
Les rapports intimes qui lient les minerais métalliques avec les sables
Gf.OI.OGtE 0E LA BELGIQUE.
et les argiles qui les accompagnent, nous ont porté à leur assimiler la formai Ion de ces ssnblc* cl de ces argile» ; mais cette opinion est encore plus loin d'être généralement adoptée que celle relative aux minerais. Car, d’un côté, la ressemblance qui existe entre ces matières et l'argile plastique de Paris les a fait longtemps considérer comme tertiaires. D’un autre côté , la position relevée des dépôts d’argile , leurs rapports avec les minerais métalliques et l’opinion où l’on était alors que ces minerais ne pénétraient jamais au delà du calcaire houiller, avaient porté Cauchy (1) à considérer ces argiles comme à peu près contemporaines des mntières dans lesquelles elles sont intercalées. Enfin, Dumont a émis (2) l'opinion qu’elles se rapportent au terrain crétacé, parce qu'il y a remarqué de la ressemblance avec les argiles et les sables qui se trouvent dans la partie inférieure des dépôts crétacés du Hainaut. Si l’on ajoute à ces grandes divergences d’opinions la circonstance que quelques unes de ces argiles ressemblent nu limon quaternaire on est tenté île se demander si ces dépôts, c’est à dire le minerais métalliques, les sables et les argiles ne représentent pas tout ce qui s’est formé dans les parties du sol belge qui étaient émergées pendant les périodes secondaires et tertiaires?
Sans revenir sur ce que nous avons dit (p. 464) touchant l 'origine des films fragmentaires en général , non» ferons remarquer que peu de dépôts de ce genre sont plus favorables que ceux qui nous occupent à l’opinion qui attribue celte origine à des éjaculations venant de l’intérieur. En effet , on conçoit , d’après ce que nous avons dit sur le gisement de ces dépôts, que leur formation est à peu près inexplicable si l’on veut l’attribuer à l’action unique des eaux superficielles, car, si ces sables et ces argiles provenaient de la destruction d’autres roches , comment se fait-il que l’on n’y reconnaît pas de traces de ces roches? Comment se fait -il qu’ils forment des amas tantôt complètement blancs, tantôt complètement jaunes, tandis que ces couleurs ne se présentent que comme des accidents rares dans toutes les roches antérieures, non seulement de la contrée, mais aussi des autres pays environnants? Si ces sables et ces argiles avaient été amenés par des eaux superficielles, comment se fait-il qu’au lieu d'être déposés selon les lois de l’hydrodynamique, ainsi que les dépôts nettement stratifiés, on les voit quelquefois remplir des cavités qui n’ont pas d’ouvertures vers le jour, et, quand ils sont composés de mntières de nature ou de couleur différentes, on voit
(1) Oinslilulinn gMlngiqiic rie la province rie Xamtir, dans le tome V des Mémoires couronnât par r Académie de Rruxrllr*.
(2) Uullclin de l'Académie royale de Iiolÿiquet t. XIX, 2* partie, p. 21.
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gourent que les parties distinctes, nu lieu de se. disposer en bassin ou en voûte, sont irrégulièrement entrelacées l’une dans l’autre, et ne se placent pas indistinctement dans toutes les cavités, mais suivent certaines règles générales, qui les fait arrêter à certains dépôts particuliers? Au contraire, bî l’on admet que ces matières ont pris leur position par l'effet d’injections venues de l'intérieur, toutes les particularités de leurs gisements s’expliquent facilement, l'entrelacement des matières différentes est une conséquence naturelle de l’injection, leur présence plus fréquente dans les roelies susceptibles de se fendiller, ou entre deux systèmes différents de roches, est également une conséquence de ce qu’ils devaient prendre des positions déterminées par la résistance plus ou moins forte qu’opposaient les masses traversées. On conçoit de même pourquoi il y a de ces matières qui offrent une véritable stratification, car lorsque l’éjaculation continuait après que les cavités étaient remplies, les matières éjaculées devaient se répandre à la surface, et, si celle-ci était recouverte d'une eau un peu agitée, ces matières devaient se déposer en couches plus ou moins régulières. D’un autre côté, en attribuant cette origine interne aux sables et aux argiles dont il s'agit, on évite une grande difficulté géogénique : celle de devoir leur attribuer une origine différente de celle des minerais métalliques dont ces matières sont les compagnes fidèles; ou bien de devoir contester à ces minerais le mode de formation qui leur est assez généralement attribué.
Du reste, on ne doit pas perdre de vue que, tout en attribuant une origine analogue à celle des filons à une partie de nos argiles et de nos sables, nous sommes bien loin de prétendre qu’il n’y en ait point qui appartiennent aux systèmes dans lesquels elles sont intercalées, car, outre ce que nous venons de dire de celles de ces matières qui se sont épanchées au dessus des envités par où elles ont été n jetées , il y en a, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, qui sont régulièrement stratifiées avec les autres roches qui les accompagnent, soit qu’elles représentent des couches de schiste ou de quartzite qui ont été altérées par des émanations gazeuses qui leur ont fait subir une seconde transformation, soit qu’elles représentent des couehes qui auraient échappé à l’action des causes que nous supposons avoir transformé les argiles et les sables originaires en schiste, en psammites ou en quartzites.
Nous avons fait remarquer que la formation des matières quartzeuses que nous avons désignées collectivement par le. nom de phfautlcs ( clar.ia a des ouvriers) présentait quelquefois des incertitudes. Une première remarque à faire, c’est que le phtunite, qui est assez rare dans la série des terrains, se présente dans un grand nombre de systèmes en
GÉOLOGIE DE LA BELGIQUE
Belgique ; car on le trouve en noyaux ou en blocaux dans les poudingues de Burnot, en rognons dans le calcaire houillrr, en couches dans l’étage houillcr moyen et puis mêlé avec les sables et les argiles de filons ; mais il est à remarquer que ce mélange a lieu principalement dans les parties superficielles, ce qui semble annoncer que cette formation s’est prolongée jusqu'après celle des principaux dépôts de sables. Du reste , uous croyons que l’origine de ces phlauitcs superficiels a beaucoup de rapports avec celle des sables, c’est à dire que dans certains cas, surtout quand la matière siliceuse était éjaculée en grande abondance et que la précipitation était déterminée par une cause prompte, elle sc précipitait en sable, tandis que, vers la tin des émanations, cette matière, devenue plus rare, arrivait nu jour à l’état de solution et se déposait lentement en rognons ou en concrétions qui se fendillaient ensuite. Cet état de la silice, dissoute en petite proportion dans certaines eaux, paraît attesté par In grande quantité de crinoïdes qui ont été transformées en matière siliceuse, et qui ont sans doute vécu nu milieu d’une eau chargée de silice.
Le mode de formnlion des poudingues de .Unlmcdy laisse aussi des incertitudes; car, d’un côté, la présence de noyaux contenant des fossiles plus récents que le terrain silurien sur lequel ils reposent annonce que ces noyaux y ont été amenés par des eaux superficielles; d'un antre côté, la couleur rouge des matières qui forment ces lambeaux jointe à leur stratification, à peu près horizontale, nous portent à croire qu’ils ont été déposés pendant la période permienne. Or, comme les autres dépôts permiens sont éloignés de plus de quntre myriamètres, sans que l’on voie aucune trace de dépôt de cette nature dans l’espaie intermédiaire, nous sommes aussi norté à croire que ces lambeaux ne sont pas les restes d’un massif qui aurait couvert cet espace, c’est à dire la plus grande partie de l’Ardenne, de sorte qu’il nous paraît plus probable que, à l’époque où se déposait le vaste massif permien des Vosges et du Palatinat, il y avait dans les environs de Malmcdy de petits bassins dans lesquels il s’opérait des éjaculations de matières rougeâtres.
Etal de i» Belgique pendant les périodes secondaire et tertiaire. — Nous avons déjà fait remarquer que, excepté une petite portion du territoire belge qui fait géognostiquement partie de la Lorraine, les terrains triasique et jurassique manquent en Belgique, d’où quelques géologues ont conclu que ce pays était émergé pendant la période correspondante. Nous n'avons ni les moyens ni l’envie de combattre cette opinion, puisque nous admettons avec ces géologues que l’écorce du globe a éprouvé de fréquentes oscillations , ainsi d’ailleurs
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que le démontrent les nltcrnntives de terrnin mnrin et de dépôts d’enu douce qui se reirnirquent dans beaucoup de localités , notamment dans le bassin de Paris. Nous nous bornerons à faire remarquer que nous sommes loin d’être convaincus que l’on doive admettre qu’il v ait eu émersion ou dénudation partout où il manque un dépôt de la série géoguostique, parce que, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, nous ne croyons pas qu'il s’est toujours formé des dépôts nu fond de la mer, soit parce que certaines localités étaient trop éloignées drs sources chargées de matières terreuses, soit parce que la disposition du sol et la direction des courants ne permettaient pas aux sédiments de se déposer. Ce qui est certain , c’est que les eaux de la mer ont recouvert une grande partie de la Belgique pendant les périodes crétacée et tertiaire.
Les dépôts de ce3 périodes sont stratifiés, n’ont point éprouvé les grands dérangements subis par les dépôts primaires, ne présentent pas de traces de métamorphisme et ne renferment pas de filons longitudinaux; mais leur émersion actuelle, ainsi que l’existence de failles, prouve qu’ils ont subi l’action de phénomènes qui les ont soulevés et disloqués, tandis que d’antres circonstances annoncent que les éjaculations de l’intérieur ont puissamment contribué à leur formation.
O11 a vu notamment dans le chapitre procèdent que les argllex terliaireK forment souvent des dépôts épais et peu étendus dans le sens horizontal, quelquefois elles remplissent des dépressions du sol inférieur, mais d’autres fois elles forment des protubérances ou cônes surbaissés qui, comme nous l’avons déjà dit, sont entourés de sables ou de limon. Or, on ne conçoit pas comment des matières amenées par des eaux superficielles ont pu prendre la forme de taupinières sur un plateau, tandis que cette disposition se comprend très facilement lorsque l’on suppose que ces matières ont été amenées par éjaculation. D'uu autre côté, quoique, sur le plateau entre Braine-le-Cointe et Jurbise en Hainaut, par exemple, le sable jaunâtre soit généralement supérieur à l’argile noirâtre, la coupure de quelques-uns de ces cônes argileux, parles travaux durhemin de fer, a fait voir des nids de sable jauneenfouis dans l’argile, comme des témoins qui attesteraient le passage de celui-là au milieu de celle-ci.
Les sables de Dicst sont aussi dans le cas de répandre de la lumière sur l’origine de ces dépôts et sur les dislocations subies par le sol de la Belgique, car on a vu dans le chapitre précédent que ces sables forment le couronnement d’une chaîne de collines qui s’étend au milieu de plaines moins élevées. Or, pour supposer qu’ils aient été amenés
GÉOLOGIE DE LA BELGIQUE
<lan3 celte position par des eaux superficielles, il faudrait egalement admettre qu’il y a eu dans ces contrées une vaste nappe de nature analogue, qui a été dénudée et dent les collines actuelles ne sont plus que les témoins; mais, outre que nous ne pouvons concevoir une force de dénudation suffisante pour avoir enlevé, sauf deux petits massifs de collines, toute la partie de cette immense nappe qui se serait étendue du Pas-de-Calais à la Dyle, on doit, en supposant la possibilité d’une semblable action, se demander comment il se fait que cette immense masse de matière en mouvement n’ait plus laissé de trace de son passage? Si l’on suppose, au contraire, que, à une époque où ces contrées étaient encore sous l’eau, il s’est formé entre Cassel et Diest une grande fente, sur plusieurs points de laquelle il est sorti du sable et des matières ferrugineuses, on sentira que ces matières ont dû prendre précisément la disposition que. nous leur voyons. Une circon-tance qui vient encore à l'appui de cette hypothèse, c’est que l’on aperçoit quelquefois dans 1rs dépôts inférieurs aux sables de Diest des especes de filons ou de bandes verticales plus ou moins imprégnées d'hydrate ferrique, et que l’on peut considérer comme les conduits ou cheminées par où les émanations postérieures sont arrivées au jour (1).
Si, d’un autre côté, nous comparons la direction générale de cette grande fente nvec celle des systèmes de montagnes admis par M. Élie de Beaumont (p. 111), nous verrons qu’elle est sensiblement la même que celle du Tatra (2).
L’examen des cours d’eau qui traversent les plaines de la Flandre, du Brabant et île la Hesbaye, nous conduit aussi à reconnaître les traces d’une autre révolution postérieure. En effet, lorsque l’on jette les yeux sur une carte de ces contrées, on voit que la plupart de ces cours d’eau ou sections de cours d’eau, notamment la Lys, l’Escaut jusqu’à Gand,
(i) II est asscx remarquable que ces espèces de filons ferrugineux, qui maintenant me paraissent si intéressants pour appuyer rhypolh.se des éjaculations, in 'aient ancicnnemnot induit en erreur, en me portant à croire que les grès ferrugineux n 'étaient que des acriden s ou des bigarrures des autres dépôts sableux, au lieu de reconnaître, ainsi que l'ont fait depuis MM. Elie de Beaumont, d’Archinc et Dumont, qu'ils avaient généralement une position supérieure à tous les dépôts éorènes. Il est a-seï probable que le dépôt de Groenendael, qui est aussi de nalute ferrugineuse, mais qui renferme les fossiles du calcaire de Bruxelles, a été imprégné d'hydrale ferrique de la même manière, soit que l’éjacu ation ferrugineuse y ait eu lieu à uns é|»oque antérieure à celle du sable de Diest, soit quelle ail eu lieu en meme l mps, sans être accompagnée de sable, comme dans les localités où l'on voit de véritables dépôts de sable do Diest.
Ce rapprochement avec le système de Tatra de la ligne sur laquelle se sont propuiU les sables do Diest, porterait â les ranger dans le terrain miocène; mais, comme il n'c»l point impossible que l'éjaculation des sables n’ait eu lieu qu'à une époque plus récente que celle oii la fracturea été opérée, j’ai cru devoir suivre le classement auquel Dumont avait été conduit par ses éludes slratigraphiquos et qui est maintenant confirmé par la paléontologie.
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la Dendre, la Senne, la Dyle, la Gette, présentent généralement la même direction ; si l’on fait ensuite attention à la facilité avec laquelle le moindre obstacle fait dévier le cours d'une eau qui sc fraye un lit, on sent qu’il est bien difficile qu’une semblable uniformité soit le résultat de simples érosions, et si l’on ajoute que la direction de ces cours d’eau est aussi à peu près parallèle à celle de la côte de Flandre, on est porté à supposer que ces lignes sont le résultat d’une diNlocntlon du sol, qui aura produit des failles dont le bord le plus élevé nurn déterminé la direction des cours d’eau, ainsi que Dumont avait déjà été conduit à le reconnaître pour les vallées de la Hesbnye, d’après une autre considération (1). Car cet ingénieux observateur ayant reconnu que les bords des vallées qui traversent celte contrée ne présentent que du limon du côté occidental, tandis que du côté oriental on voit ordinairement paraître plusieurs assises inférieures nu limon, telles que le tuffeau de Lincent, le tuffeau de Maestricht, la craie blanche, etc., il en a conclu que ces vallées devaient leur origine à des failles ou dislocations qui avaient produit des fentes parallèles, accompagnées de mouvements du sol, par suite desquels les massifs compris entre ces fentes s’ étaient plus élevés du côté de l’O. que du côté de l’E., ou plus abaissés du côté de l’E. que du côté de l’O., ainsi qu’on peut le voir par la figure ci-jointe.
A. Limon. D. Tuffeau de Lineeni. C. Tuffeau de Maeslrichl. D. Craie blawhe.
Le parallélisme de ces lignes avec la côte de Flandre donne lieu de croire que c’est à cette même dislocation qu’est due l’émersion d’une grande partie des contrées qu’elles traversent, tandis que la direction de ces lignes, sensiblement la même que celle du système des Alpes occidentales, annonce que cette dislocation a eu lieu entre les terrains miocène et pliocène.
On voit par ce qui précède qu’en suivant la pente du sol belge vers la mer du Nord on y reconnaît des traces de révolutions et de dépôts successivement plus récents et qui annoncent que ce sol s’est graduelle-
(t) Bulletin de l'Académie de Bruxelles, t. IV, p. 473.
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mont élevé nu dessus des eaux. Mnis ces exhaussements se sont-ils faits d’une manière régulière et quel n été l'état des parties successivement émergées? Ce sont là des questions auxquelles il est difficile de répondre, car, si l'absence assez générale de dépôts secondaires et tertiaires sur les parties élevées de l’Ardenne et du Condros semble indiquer que ces parties étaient déjà émergées pendant les périodes correspondantes, la présence d’un lambeau crétacé, avec des nnitnnux marins, sur les plateaux cntreSpn et Francorchnmps, conduirait à une conclusion contraire, du moins pour la période crétacée et précisément pour ln partie la plus élevée de l’Ardenne. Probablement que cette partie a éprouvé un soulèvement particulier postérieur à celui de la masse principale du plateau.
Si, d’un autre (ôté, nous recherchons quelles sont, dans les terrains anciens de 1a Belgique, les fractures postérieures nu plissement, nous dirons que l’inspection des cartes nous porte ù indiquer trois systèmes de fractures qui se rapportent à trois révolutions qui figurent dans les tableaux de M. de Beaumont.
L’un de ces systèmes sc remarque dans les vallées de la Semois, de la Lesse, de l’Ourte vers Houffalize, de l'Amblève, etc., qui par leur direction de l’E.-S.-E. à l’O.-N.-O. rappellent le système des Pyrénées. L’autre comprend la vallée de la Meuse de Mézières à Namur, celle de l’Ourte et de la Meuse de Durbuy à Maastricht, ainsi que celles de plusieurs autres cours de l’Ardenne et de l’Eifel qui, par leur direction du sud au nord, rappellent le système des îles de Corse et de Sardaigne.
Enfin, le troisième des systèmes que nous venons d’indiquer, et qui est le plus fortement marqué, se manifeste principalement par ln grande fracture où coulent ta Sambre et la Meuse de Mnubeuge à Liège, fracture dirigée de l’O.-S.-O. à l’E.-N.-E. ; ce qui ln range dans le système de ln chaîne principale di s Alpes, c’est à dire entre les terrains tertiaires et quaternaires. Cette conclusion, tirée de considérations géogéniques, est confirmée par les caractères géognostiques, car la postériorité de cette fracture à la formation des terrains tertiaires est attestée pur la manière dont elle coupe ces dépôts, et son antériorité au diluvion est également attestée par l’abondance de ce dépôt dans l’intérieur tnêtne de cette fracture. Cette révolution présente un caractère très remarquable que n'offrent pas les deux autres. En effet, on ne voit lien qui annonce que les dislocations du sot qui ont produit les fractures rapportées aux systèmes des Pyrénées et des îles de Corse et de Sardaigne aient été accompagnées, dans l'Ardenne et le Condros, par de grands mouvements des eaux qui auraient transporté des débris de ces contrées sur les parties basses du
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pays, tandis qu’il est démontré que, lors de la formation des fractures rapportées nu système de In chaîne principale des Alpes, de vastes courants ont transporté les débris de l’Ardenne dans les vallées et sur les plaines qui s’éteudent au pied de cette contrée. Or, comme il est bien probable que celle-ci était émergée depuis longtemps lors de cette catastrophe, il y a tout lieu de croire que les eaux qui ont opéré ce transport y avaient été poussées par une grande révolution qui avait son siège ailleurs, ce qui est une nouvelle preuve en faveur du rapprochement avec la chaîne principale des Alpes, car, de toutes les révolutions qui ont agi sur le sol de l’Europe, il n’y en a probablement aucune qui oit déterminé un aussi grand déplacement des eaux que celle qui a fait surgir cette vaste chaîne (1).
Les débris transportés par ce grand mouvement sont en général composés des roches les plus résistantes de l’Ardenne, principalement de quartzites, de poudingues et d'intermédiaires entre ces roches et. les roches schisteuses; mais on n’y voit pas, ou presque pas de calcaire, quoique les fractures dont nous avons parlé et les eaux qui les ont suivies aient traversé les calcaires dévoniens et houillers, et que ces calcaires soient aussi très résistants. On a cherché à rendre raison de cette circonstance, en supposant que les eaux qui ont transporté ces fragments étaient chargées d’un acide qui avait la propriété de dissoudre le calcaire; mais cette explication paraît insuffisante lorsque l’on fait attention que les rochers de calcaire qui bordent les vallées présentent des fractures tout aussi fraîches que ceux de quartzitc,- tandis qu’ils auraient dû être au moins arrondis, si les eaux qui ont rempli ces vallées avaient été assez acidtdées pour dissoudre les fragments. Peut-être que le fait que nous venons de signaler tient ii deux autres causes : la première, que le sol de l'Ardcnne aurait été beaucoup plus disloqué et plus agité que celui du
(l) On objecte ronlro relie manière de voir que les débris de l*Ardennc ont en quelque mauière rnvonné autour de relie rentrée, et l'on rile à l'appui de relie opinion la présence de fragments de roches d’Ardenoo, trouvés au midi, dans le bassin de l'Oise. Mais la racolé de ces fragments, romparée â leur grande abondance vers le nord, est, selon moi, une présomption en faveur de l'hypothèse qui fait venir du midi la grande masse d'eau diluvienne: car, outre que les inondations actuelles peuvent amener des fragments de roelies ardeunaises dans le bassin de l’Oise, puisque rette rivière prend sa source en Ardenne, on conçoit, tout en admettant que les eau* diluviennes ont été poussées du midi au nord, qu’au moment oit la force qui les poussait aura eessé d'agir, l'influencede la pente du sol aura repris ses droits, el qu’une partie des eaux aura rétrogradé dans le sens de nos cours d’eau actuels. Quant aux fragments que l'on pourrait trouver en Lorraine, on ne doit pas y mettre beaucoup d’importance, car il serait bien difficile de juger si ces fragments viennent de l'Antenne plutôt que de, terrains primaires qui sont au midi. Mais il n’est pis même à ma connaissance qu’il existe deces fragments douteux, et je puis dire que des blocs, que l'en avait annoncés comme venant de l'Ardenee, ont été reconnus comme appartenant aux déjiOts jurassiques sur lesquels ils reposent.