Chapitre III
L'EAC
Nous pourrions résumer d'avance tout ce chapitre, où il sera question du rôle de l'eau dans la nature, en disant de façon générale que l'eau, en ses divers états — solide, liquide ou de vapeur — exerce un rôle de nivellement. Elle tend sans cesse, par son travail, à détruire, à démolir, à abaisser tout ce qui est élevé à la surface de la terre ; et, d'autre part, à combler, par les débris qu'elle entraîne, tout ce qui s'y trouve de creux et de dépressions. On peut donc dire que, si aucun obstacle ne contrecarrait son travail lent mais constant, l'eau finirait par faire de notre planète un sphéroïde, c'est-à-dire une sphère presque parfaite et dont la surface serait à peine ridée par quelques irrégularités.
Des trois états (gazeux, liquide, solide) de l'eau, nous n'étudierons ici que Vétat liquide et Vétat solide, soit parce que l'eau à l'état de vapeur (nuages) exerce peu d'action sur la croûte terrestre, soit parce que son rôle, en cette qualité, appartient plutôt à la météorologie.
Art. 1. — L'eau liquide
Les eaux peuvent exercer sur les roches ou sur les terrains une action chimique et une action mécanique.
1° Action chimique. — Par action chimique de l'eau, on entend la propriété qu'elle a de dissoudre certaines roches. C'est ainsi que, surtout si elle s'est chargée, d'une façon quelconque, d'acide carbonique, elle dissout les calcaires et attaque même le granit, qu'elle décompose et désagrège. C'est l'eau des océans qui à cet égard peut produire les effets les plus considérables à cause des sels qu'elle contient. Quant à l'eau de pluie, qui s'est enrichie en une certaine mesure d'acide carbonique par son passage à travers l'atmosphère, elle peut dissoudre, en s'infiltrant dans le sol et à la longue, le sel gemme, le gypse et les calcaires, et y produire des grottes et des cavernes, et même des sortes de galeries plus ou moins longues, où même elle formera des lacs et des cours d'eau souterrains. Toutes ces cavités peuvent encore s'agrandir par des éboulements accidentels. Il y a des grottes et des cavernes en plusieurs pays ; la plus fameuse de ces cavités se trouve dans le Kentucky, aux États-Unis, et porte le nom de Mammoth Cave, On a exploré cette grotte jusqu'à une profondeur de quatre à cinq lieues, et l'on y a parcouru une couple de cents allées, dont la longueur totale est de plus de 350 kilomètres. — Parfois, les grottes sont comme décorées de stalactites et de stalagmites, dont la formation, qui souvent se continue, s'explique de la façon suivante. Que l'on suppose une eau chargée de calcaire qui suinte à la voûte d'une grotte : T acide carbonique qui imprègne cette eau se dégagera, et il restera un dépôt de calcaire que chaque goutte nouvelle augmentera de volume par sa partie inférieure ; il en résultera une sorte de cône qui s'allongera et pendra à la voûte : c'est la stalactite. D'autre part, des gouttes d'eau se détacheront aussi et tomberont sur le sol, en y formant auss'î un cône qui s'élèvera peu à peu, et qui est la stalagmite. Finalement, les deux cônes, s'allongeant l'un vers l'autre, se rencontrent et forment en se soudant une colonne que les cristaux de
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calcite rendent brillante. Il faut mentionner aussi les sortes de draperies qui se forntent parfois à la voûte, grâce aux dépôts calcaires qu'y laissent les eaux suintant peu à peu. Et le spectacle offert par ces colonnades et ces draperies de couleur blanche est parfois féerique, surtout si Ton peut y produire une illumination à l'électricité ou au gaz acétylène. Les nombreux touristes de l'Est américain qui visitent les îles Bermudes peuvent y voir une grotte de ce genre, décorée de stalactites et de stalagmites. La grotte la plus remarquable, à ce point de vue, paraît être celle de la région des Causses, dans la Lozère (France) : elle a 300 pieds de longueur, 150 de largeur, et contient plus de 200 colonnes brillantes dont les plus grandes atteignent une hauteur de près de 100 pieds.
2"^ Action MÉCANIQUE. — C'est comme agent mécanique, au point de vue de la géologie, que l'eau exerce l'action la plus considérable. Et cette action, elle commence aussitôt que la goutte de pluie arrive sur le sol.
Il importe de remarquer que, dans la nature, l'eau est soumise à un continuel état de circulation. En effet, si l'on prend les océans pour point de départ, la chaleur solaire détermine à leur surface une évaporation constante, dont le produit, c'est-à-dire la vapeur, s'élève dans les airs et s'y condense pour former les nuages. Poussés par le vent, ces nuages, ou amas de vapeurs, passent sur les continents, s'y refroidissent, et se condensant davantage encore tombent en " pluie " dans les pays tempérés et en " neige " dans les régions froides. On comprend par là pourquoi nos vents de ngrd-est, qui viennent de l'Atlantique, sont si humides et nous apportent si souvent de la pluie ou de la neige. Enfin, de cette eau, ainsi arrivée sur le sol, il se ]^it, pour ainsi dire, trois destinations : 1° Une partie, considérable parfois, retourne dans l'atmosphère par l'évaporation: on évalue aux trois quarts la quantité d'eau tombée en pluie dans le bassin du Mississipi, et qui retourne aux nuages par l'évaporation. Il convient aussi de tenir compte de la quantité d'eau rejetée dans l'atmosphère par la transpiration des plantes, et qui est cause de la fraîcheur que
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l'on constate dans le voisinage des forêts. 2° Une partie pénètre dans le sol, par infiltration, à travers le calcaire ou le sable, jusqu'à ce qu'elle rencontre une couche d'argile et s'y accumule. Ce sont les nappes d'eau formées de la sorte qu'on utilise par les puits ordinaires, et aussi par les puits jaillissants ou artésiens, si la différence de niveau des terrains fait que l'eau sorte d'elle-même des
profondeurs du sol. D'autre A part, si la couche d'argile où l'eau s'accumule vient couper par J exemple la pente d'une hauteur, If l'eau s'en échappe, et c'est une ^^^^^^^<^^- L'eau des sources est >^^^ pure et saine, quand elle a traversé des terrains sablonneux, y Fig. 24.— Explication des laissant les germes nuisibles sources. qu'elle pouvait contenir. 3° En-
fin, une partie de l'eau coule sur le sol, surtout s'il est en pente, et se rassemble en certains points pour devenir ruisseau, torrent, rivière et fleuve, par lesquels les océans la voient revenir comme à son point de départ, d'où l'évaporation la fera repartir pour un nouveau cycle de circulation. Et c'est ainsi qu'il y a au moins une portion notable de l'eau qui, après s'être évaporée de la surface de la mer, y revient à la fin. — Or, c'est au cours de cette circulation constante de l'eau qu'elle produit sur les terrains son action mécanique, dont l'aperçu suivant donnera une idée suffisante. Dans cette étude, il y a lieu de traiter à part l'action de la mer et l'action des eaux courantes ordinaires.
Action de la mer, — Par suite de l'attraction de la lune et du soleil, les eaux de la mer éprouvent des variations de niveau, qui sont \eflux et le reflux. Il n'y a guère, en plein océan, qu'une différence de niveau de trois pieds entre la haute et la basse mer ; tandis que le long des côtes, selon la
Fig. 24. — (Coupe d'un terrain.) A, couche perméable. — B, couche imperméable. — C, l'eau se déverse en sources.
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forme des rivages, les plus hautes marées peuvent atteindre des hauteurs de 30 ou 40 pieds. D'autre part, suivant l'état de la mer, une lame peut exercer, sur un obstacle qu'elle rencontre, une pression qui va de 6000 à 60,000 livres par mètre carré. On peut se rendre compte par ces chiffres de la puissance de pareils coups donnés des dizaines de fois par minute contre des falaises, d'autant plus que chaque lame qui déferle entraîne avec elle des galets qu'elle projette avec force sur l'obstacle qui l'arrête. Aussi, à la longue, le pied d'une falaise attaquée de la sorte s'émiette, se creuse, et voit à la fin s'écrouler sa partie supérieure. Il résulte, de ces effets longtemps répétés, un recul prononcé des falaises, qui se fait plus ou moins rapidement à proportion de ce que le terrain attaqué est plus ou moins résistant. Et même, si la nature des roches composant la falaise n'est pas homogène, certaines parties plus dures peuvent résister plus long-temps à l'attaque des eaux, et donner lieu à la formation de pyramides, de caps détachés, qui restent isolés au milieu des eaux. Le cap Percé, sur la côte de la Gaspésie, offre un exemple bien connu de phénomènes de ce genre.
Quant aux parties détachées des falaises attaquées par la mer, si elles sont formées de calcaire, le mouvement des eaux les désagrège rapidement, les pulvérise, les enlève pour les déposer ailleurs en une sorte de boue ; si elles sont composées de roches très dures, elles perdent leurs angles en roulant les unes sur les autres par le mouvement des vagues, elles se transforment en galets qui continuent à s'user et disparaissent, en produisant un sable fin qui se dépose au bas des rivages, pour y former, parfois sur une grande étendue, des sortes d'esplanades et des plages plus ou moins inclinées.
Voilà, en abrégé, quels sont les résultats du travail de la mer le long de ses côtes : un effet d"'érosion", par laquelle une partie du terrain est désagrégée, démohe par le choc de la vague ; un effet de " transport ", par lequel les matières ainsi enlevées sont entraînées au gré du flot ; un effet d'" édification ", qui consiste en ce que ces débris sont dé-
posés par la vague en certains endroits dont ils modifient la surface de diverses façons.
Action des eaux courantes, — Les cours d'eau de tout genre, torrents, rivières et fleuves, exercent aussi un rôle d'érosion et d'édification sur la surface des terrains. Ces cours d'eau se forment les uns par les autres, à partir de la goutte de pluie et du grain de neige qui fond.
" Erosion ". — Quand les gouttes de pluie tombent sur une terre végétale, elles sont en partie absorbées et retenues par cette terre qui agit à la façon d'une éponge, et aussi par les racines des arbres et les gazons. Au contraire, si elles tombent sur une terre dépourvue de végétation, elles ruissellent sur le sol et, en pays de montagnes, elles se rassemblent facilement pour former des cours d'eau temporaires ou torrents, qui, en certains pays, font de grands ravages en dénudant de plus en plus les terrains et en causant des inondations. Chez nous, si les torrents n'existent que très peu, le déboisement excessif des hauteurs n'est pas moins redoutable, parce qu'il nuit fortement au régime des eaux. En effet, les hauteurs boisées exercent ici un rôle de réservoir d'alimentation pour les cours d'eau, soit en retenant l'humidité produite par les pluies, soit en empêchant la fusion rapide des neiges accumulées durant l'hiver ; et par suite elles empêchent la crue rapide des cours d'eau qui cause des inondations plus ou moins désastreuses.
Quant aux rivières et aux fleuves, leur action constante sur leur fond et leurs rives les a creusés et rongés au moins lors de leur formation, et s'exerce encore aujourd'hui en une certaine mesure et en de certaines circonstances. Quelquesunes des rivières de la Province, par exemple celle du Gouffre, à la Baie Saint-Paul, la rivière Sainte-Anne, dans le comté de Portneuf, la rivière Etchemin, etc., montrent le travail d'érosion opéré sur leurs rives, et qui a produit des élargissements considérables aux dépens des terrains avoisinants. Tel est l'effet produit sur les terres meubles par les cours d'eau. — D'autre part, lorsque le cours d'eau a pour lit un terrain pierreux: 1^, S'il y a dans ce lit une étendue formée par une roche plus tendre, celle-ci est rongée plus vite,
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et il se forme là un bassin ou lac plus ou moins considérable : telle est Torigine de nos lacs Saint-Louis et Saint-Pierre que le fleuve Saint- Laurent a creusés dans son cours supérieur. 2°, Si le lit d'un cours d'eau est composé de deux couches superposées, la supérieure plus dure, l'inférieure plus Fig. 25. — Comment se tendre, il arrivera que, pour peu que le forme un lac. cours d'eau atteigne celle-ci en quelque endroit, il la rongera plus vite que la couche supérieure et produira là d'abord une simple cascade, puis une cataracte. On a là l'explication de la formation de la chute Montmorency, de la chute Sainte-Anne, etc., dans la Province, et surtout de la chute Niagara dans Ontario. Pour ce qui est de celle-ci, on peut voir, par la vignette 26, comment^ elle recule constamment,
*3^ ^ . . "^"^"^ ,.A , Lac Ontario
Fig. 26. — Recul de la chute Niagara.
soit d'environ 30 cent, ou un pied par année : cela est dû à ce que le lit inférieur, qui est de roche marneuse, cède plus vite à l'action de l'eau que le lit supérieur, qui est de calcaire, et qui surplombe et s'écroule de temps en temps. — Le travail des eaux est également remarquable dans les fameux canons ou gorges profondes (de plus de 5000 pieds) du Colorado, etc., aux Etats-Unis : la roche étant là homogène, la rivière a surtout fait son travail sur le fond de son lit, sans ronger notablement ses bords, et produisant ainsi une sorte de canal étroit et de profondeur énorme.
" Edification ". — On donne ce nom au transport et au dépôt des substances minérales enlevées par la mer et les
cours d'eau aux terrains qu'ils attaquent ou qu'ils traversent. Nous venons de voir le travail de destruction et de démolition que la mer et les cours d'eau opèrent sur les côtes, les rivages et les rives. Mais ces substances minérales dont les eaux se sont chargées, elles ne les tiennent pas longtemps en suspension, à cause de leur poids qui tend à les entraîner au fond. Nous avons déjà vu que la mer finit par réduire en une sorte de boue les blocs calcaires qu'elle arrache aux falaises, et en sable fin les galets, blocs plus durs, dont elle fait d'abord des cailloux qui s'usent peu à peu par leurs frottements mutuels. Ces boues calcaires, plus légères, sont parfois transportées par les courants et déposées à de grandes distances dans la mer. Les sables, plus lourds, restent moins longtemps en suspension dans les eaux, et se déposent le long des côtes en plages plus ou moins étendues.
Quant aux cours d'eau, on nomme alluvions les matières minérales qu'ils détachent de leurs rives pour les déposer plus ou moins rapidement, et qui sont des sables, des graviers et des cailloux. — Pour donner une idée de la masse des substances que peuvent transporter de la sorte les cours d'eau, nous dirons que le Danube charrie annuellement 60 millions de mètres cubes de matériaux, et que l'on évalue à 10 kilomètres cubes la masse des substances que la mer reçoit chaque année de tous les fleuves de l'univers.
Plus la vitesse d'un cours d'eau est grande, plus il transporte loin les matériaux dont il s'est chargé. Comme cette vitesse va en diminuant à mesure qu'il approche de son embouchure, il n'a plus en suspension, de façon générale, lorsqu'il y arrive, que les substances les plus légères, c'est-àdire les limons et les sables fins. Les cailloux, les sables grossiers n'ont pas tenu longtemps dans les eaux, et sont allés au fond à peu de distance de leur point de départ et presque toujours au milieu même du lit. En cas d'inondation, les matériaux légers se sont déposés sur les rives mêmes et sur les terres où les eaux se sont épandues. Dans les conditions normales, et si ces substances légères sont abondantes, elles se rendent jusqu'à Tembouchure, où les
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rives sont presque toujours lar^^ement écartées, formant un estuaire. Et alors, deux sortes de phénomènes peuvent se produire :
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Fig. 27. — Formation d'une barre.
1 ° Lorsque l'eau douce du fleuve rencontre Teau de mer dans l'estuaire, et que les marées y sont fortes, les matériaux charriés jusque-là se déposent rapidement et forment en travers ce qu'on nomme une barre, c'est-à-dire une sorte de levée, où s'arrêtent aussi et se mêlent à la masse les galets et les sables que la mer pousse et agite. Cette barre n'est pas fixe, mais elle se déplace en une certaine mesure, sous l'action de la marée qui monte ou qui baisse ; et sa mobilité même, et l'incertitude où l'on est de la place qu'elle occupe en un moment donné, rendent la navigation difficile dans les estuaires de certains fleuves. — Ce qu'on désigne sous le nom de barachois, dans la Gaspésie, ce sont des barres qui se sont formées à l'embouchure de certaines rivières de cette région.
2° Si, par contre, l'apport d'un cours d'eau se fait dans une mer où les marées sont faibles, comme, par exemple,
dans la Méditerranée, les matériaux qui y vont au fond sont peu dérangés par la mer, et ils forment à la longue une sorte d'île généralement triangulaire qui partage en deux branches le cours du fleuve. Cette île triangulaire se nomme delta (du nom de la quatrième lettre de l'alphabet grec). Comme d'autres deltas peuvent aussi se former dans ces deux delta. branches du fleuve, on voit comment
Fig. 28. — Formation d'un
il se fait que certains fleuves se jettent dans la mer par plusieurs bras. On donne au fameux delta du Nil une longueur de 100 milles et une largeur de 200 milles ; et à celui du Mississipi une surface de plus de 13,000 milles carrés. Les deltas peuvent s'accroître du côté de la mer (leur sommet étant toujours dirigé vers la terre ferme). C'est ainsi que le delta du Pô s'accroît de plus de 200 pieds par année, du côté de la mer Adriatique ; et le delta du Rhône, de plus de 150 pieds par année.
Art. 2. — L'eau solide
Comme on le sait bien en notre pays, la forme solide de l'eau, c'est la neige et la glace. Le rôle que joue l'eau solide dans la modification de la surface de la Terre est beaucoup moins important que celui qu'y exerce l'eau liquide, parce que la diversité des climats qui régnent sur le globe terrestre ne lui permet pas d'exister partout, comme c'est le cas pour l'eau liquide. Toutefois, ce rôle est encore
Fig. 29. — Cristaux de la neige.
considérable, et il est d'ailleurs de même nature, puisqu'il consiste, lui aussi, dans la démolition ou destruction des lieux élevés et dans le transport des débris vers lés enfoncements du sol.
Neige. — Lorsque la température ne dépasse pas 30° Far., l'eau ne tombe plus en pluie, mais à l'état de neige. Les flocons de neige ont la forme d'étoiles variées, à six bran-
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ches. Dans les régions polaires, et aussi à une certaine altitude, où la température ne descend jamais plus bas que 30"^, c'est donc toujours de la neige qui tombe, et jamais de la pluie. Aussi les neiges persistent toujours sur les hautes montagnes et sont dites étemelles. Les neiges éternelles commencent à exister à une hauteur de 8000 pieds dans les pays tempérés, à 12,000 pieds dans la zone équatoriale.
Sous la forme de neige, l'eau n'exerce guère d'action sensible sur la surface des terrains, quoique par ailleurs elle puisse avoir une action même considérable, par exemple pour le repos et l'amendement des terrains cultivés qu'elle recouvre durant l'hiver, et pour alimenter les cours d'eau utilisables pour l'industrie et le commerce. D'autre part, l'accumulation de la neige sur des pentes rapides est parfois la cause de dommages considérables dans les vallées, lorsque son propre poids ou le vent la précipite en masses considérables qui rasent les habitations, abattent les arbres, arrachent des blocs de rochers. On nomme avalanches ces chutes de monceaux de neige.
Névé. — Le névé est une neige granuleuse qui résulte à la fois du tassement des amas de neige dans les dépressions de terrain, causé par la pression qu'exercent constamment les couches supérieures de neige, et du gel des gouttelettes d'eau résultant de la fusion partielle que produisent les rayons solaires sur la surface de la masse neigeuse. Le névé, dont le mètre cube pèse de 1000 à 1200 livres, diffère beaucoup de la neige récemment tombée, dont le poids par mètre cube n'est que de 170 livres, et de la glace, dont le mètre cube pèse plus de 1800 livres. Sur les hauts sommets, où la neige n'éprouve jamais même un commencement de fusion, il n'y a aucune formation de névé ; mais elle y conserve la forme de poussière plus ou moins mouvante.
A mesure que les neiges s'accumulent par dessus, le névé qui est au-dessous subit une pression croissante, sous laquelle les grains qui le composent s'agglomèrent ensemble et composent à la fin une glace compacte, dure, opaque d'abord à cause des bulles d'air qui s'y trouvent, et transparente ensuite, d'un bleu d'azur.
GEOLOGIE
Glace, — La glace, ou l'eau congelée, est le plus puissant
agent de démolition des montagnes, à cause de ce fait remarquable que Teau, en se congelant, augmente de volume, et cela avec une force extraordinaire. Pour peu qu'il existe des crevasses sur le sommet ou le flanc des montagnes, lorsque se congèle l'eau qui s'y est introduite, elle fait éclater les blocs de rocher.
Et alors l'effet produit diffère suivant qu'il s'agit de montagnes granitiques ou de montagnes calcaires.
Dans les premières (Fig.
30), il se fait un véritable déchiquetage, d'où résultent des ''aiguilles", qui sont des pics, des pointes aiguës. Les montagnes Rocheuses offrent de beaux exemples de ces formations. Quant aux montagnes de roche calcaire (Fig. 31), leurs sommets, déjà arrondis ou équarris par les agents atmosphériques, se séparent, sous l'action de la glace, en blocs plus ou moins carrés, et il en résulte des sortes de murailles ou de tours de vastes dimensions, qui ont l'aspect de forteresses colossales.
Glaciers. — On a heureusement défini le glacier : un fleuve de glace. En effet, comme un fleuve véritable, ces énormes masses de glace, qui résultent de la formation du névé sur le flanc des hautes montagnes, descendent d'un mouvement très lent, en se moulant sur le fond des dépressions ou des vallées.
Comme cela se comprend bien, il ne peut se former de gla-
Fig. 30. — Effet de la congélation de l'eau sur une montagne granitique.
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Fig. 31. — Effet de la congélation de Teau sur une montagne calcaire.
ciers, sur la pente des montagnes, que si Talimentation en neige dépasse ce que la fusion peut en détruire. Les glaciers ne peuvent donc se former qu'à une altitude assez grande.
'' Origine ". Comme il a été dit plus haut, la neige tombée en flocons sur les sommets subit, sous l'action du soleil, un commencement de fusion : les gouttes d'eau qui en résultent s'enfoncent dans la neige et deviennent par la congélation des grains de glace ; la neige se fait alors granuleuse, c'est le 'névé". Sous la pression de la neige qui continue de s'accumuler par dessus, le névé s'agglutine et se transforme en glace. Une masse de glace ainsi formée est un glacier.
"Descente". Par l'effet de son propre poids, qui s'augmente sans cesse comme résultat de nouvelles chutes de neige sur sa surface supérieure, par suite aussi de la déclivité des dépressions où il
Fig. 32. — Un glacier, qui fond à son extrémité inférieure ou " front ".
s'est formé, le glacier descend avec lenteur vers le bas des montagnes. Cette descente, qui est naturellement plus rapide durant la saison d'été, varie d'un pied à un pied et demi par jour ; elle atteint un mille, en moyenne, au cours d'une vingtaine d'années. — Comme il arrive pour les rivières (ou cours d'eau liquide), les glaciers (ou cours d'eau solide) s'avancent plus lentement quand leur lit devient plus large. C'est à leur surface et en leur milieu que leur descente est la plus rapide : et cela est dû au frottement que subissent leur fond et leurs bords, sur le lit et les rives de roche. — Souvent, on a recueilli à la partie inférieure des glaciers des objets qui s'étaient trouvés engagés dans leur masse. ' C'est ainsi que, en 1861, on retrouva, au front d'un glacier des Alpes, les débris d'une catastrophe qui avait eu lieu 41 ans auparavant, lors d'une ascension sur le mont Blanc.
" Crevasses ". Comme la marche du glacier se fait, en général, sur des surfaces de niveaux variés et en des dépressions plus ou moins contournées ; comme, d'autre part, la glace n'est pas élastique, il en résulte dans sa masse des fissures longitudinales ou latérales qui s'élargissent lentement, et deviennent des crevasses plus ou moins larges et plus ou moins profondes. Il peut arriver, par suite des mouvements ultérieurs du glacier, que ces crevasses se referment et que leurs bords se ressoudent.
" Moraines ". On donne ce nom à des levées de roches et de terre qui s'accumulent, comme des sortes de cordons, sur les bords des glaciers.
La partie centrale du glacier s'avançant plus vite que ses côtés, comme il a été dit plus haut, les débris qui s'accumulent à sa surface se trouvent rejetés le long de ses bords, et y forment des moraines latérales. — Comme il arrive parfois que deux glaciers, descendant de directions différentes, se rencontrent et se soudent pour n'en plus former qu'un, leurs moraines latérales intérieures se joignent aussi en une moraine médiane sur la surface du glacier unique qui s'est constitué. — Enfin, à mesure que la partie antérieure, ou le front, du glacier entre en fusion, lorsqu'il arrive à une
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région où la température le p)ermet, les débris contenus dans sa masse s'accumulent en une moraine frontale.
Les glaciers considérables peuvent transporter de la sorte et laisser sur les terrains des blocs énormes de roches, même de plusieurs milliers de pieds cubes ; ce sont les blocs erratiques. En plusieurs localités de la Province, on voit de ces blocs, de dimensions diverses, que les glaciers ont arrachés aux Laurentides.
'* Erosion " et " Sillonnement ". Il y a, dans les Alpes, des glaciers longs de 12 à 15 milles, larges de 3 milles et plus ; au Spitzberg, il y a un glacier large de 11 milles. Quant à l'épaisseur des glaciers, elle est généralement d'une
Fig. 33. — Surface moutonnée et striée par le passage d'un glacier.
centaine de pieds ; mais elle atteint parfois, en certains points, de 600 à 1200 pieds. On pourrait donc croire que l'action mécanique de ces masses en marche est énorme et même irrésistible sur les surfaces où elles s'avancent. Toutefois, cette action mécanique est loin de valoir en importance celle qu'exercent à la longue les cours d'eau sur les reliefs de terrain.
Le plus souvent, le glacier ne peut même creuser son lit, à moins qu'il ne s'avance sur un terrain de faible résistance. Tout ce qu'il peut faire, en général, c'est d'user et de polir la surface des gorges où il descend, et de donner un aspect moutonné aux lits rocheux sur lesquels il a passé. Et comme
souvent il entraîne sur sa surface inférieure des fragments^ de roc, ces fragments lui servent comme de burins plus ou moins gros, avec lesquels il laboure, '' sillonne " ou strie les roches sur lesquelles il s'avance. — Le grand rôle du glacier, c'est de transporter des débris de roches, avec une puissance formidable, des hauteurs jusque dans les plaines, et surtout, comme nous le verrons plus loin, d'alimenter des cours d'eau.
Dans la province de Québec, des roches moutonnées et des roches striées indiquent, en divers endroits, l'action d'anciens glaciers.
'' Fusion ". Quand le soleil frappe la surface du glacier et que la température s'y élève au-dessus de 32° Far., la glace y fond d'une façon plus ou moins considérable. Il est probable aussi qu'en dessous du glacier, au contact de la roche où il glisse, il se produit une certaine fusion. Mais c'est au front du glacier, et à mesure qu^il descend dans des régions assez chaudes, que la fusion se produit de façon complète. Ainsi, le front ou l'extrémité du glacier se détruit sans cesse, et se termine par un talus ou escarpement ; mais aussi la poussée du glacier fait que ce front se renouvelle constamment. Du reste, la fusion totale n'a pas lieu brusquement dès que le glacier dépasse la limite des neiges perpétuelles, mais bien deux ou trois mille pieds plus bas: il arrive de la sorte qu'il y a des régions où l'on voit, sur les rives du fleuve de glace, des pâturages, des jardins, des champs en culture.
Les eaux qui proviennent de la fusion progressive de la masse se réunissent sous le glacier, s'écoulent sur les pentes, et rejoignent les eaux produites par la fonte beaucoup plus active du front : il en résulte des torrents persistants, qui se réunissent à la fin pour former des rivières et même des fleuves. Le Danube et le Rhin en sont des exemples.
'' Répartition actuelle des glaciers ". Pour qu'il existe des glaciers en une région déterminée, il faut que Thiver soit froid et humide, et Tété tempéré, (conditions qui se remplissent dans les pays à température modérée), et aussi, naturellement, qu'il y ait des plans inclinés où la glace
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puisse descendre. Sur le continent américain, la chaîne des Cordillères et des Rocheuses contient donc des glaciers, excepté dans les régions équatoriales, où l'atmosphère est trop sèche sur les hauteurs : il n'y a pas de glaciers entre le sud du Chili et le nord du Venezuela. Au delà de ces limites, au sud et au nord, existent les fleuves de glace ; ceux de la Colombie-Britannique sont bien connus pour leur ampleur et leur pittoresque. — Dans l'Europe tempérée, il n'y a de <?laciers que dans le Caucase, les Pyrénées, et surtout les Alpes (où l'on en compte plus de 2000). — C'est en Asie, dans l'Himalaya et dans la chaîne, encore plus élevée, du Karakoroum (situé au nord de l'Inde), que se trouvent les glaciers actuels les plus considérables. Il y a de ces glaciers dont la longueur dépasse 58 kilomètres.
" Calottes polaires " et " Icebergs ". Dans les régions tempérées, ce n'est que sur des montagnes assez élevées que l'on trouve des neiges perpétuelles et, par suite, des glaciers : et cela est dû, on le comprend, à ce que la chaleur n'y est
Fig. 34. — Extrémité d'un glacier polaire.
jamais assez forte pour y fondre entièrement les neiges et les glaces. iVu contraire, dans les contrées arctique et antarctique, où la température reste toujours basse, la neige et la glace sont persistantes même à la surface du sol. Et c'est ainsi que des pays entiers y sont constamment recouverts d'une couche ou ''calotte" de glace. On aura une idée de l'étendue que peuvent avoir ces calottes polaires, en considérant que, en 1888, Nansen mit 46 jours à traverser oelle qui recouvre entièrement le Groenland. La glace de
GEOLOGIE
ces calottes se forme, comme celle des glaciers, par une transformation lente de la neige.
Ces calottes de glace descendent lentement vers la mer. Tantôt, elles y arrivent sur une grande étendue de la côte, surplombant parfois jusqu'à ce que leur extrémité se détache et tombe dans les flots. Tantôt, elles y descendent par de profondes échancrures, nommées " fiords ". D'après des géologues, la rivière Saguenay, qui est d'une énorme profondeur, ne serait qu'un de ces fiords jadis parcouru par un glacier ancien. En tout cas, le bord libre de ces glaciers s'avance peu à peu dans la mer, et la glace, étant plus légère que l'eau, tend à flotter horizontalement à sa surface. Alors, soit par l'effet de la différence de niveau qui vient à se produire entre la partie du glacier qui descend et celle qui flotte déjà, soit par l'effet du flux et du reflux qui soulève et abaisse l'extrémité du glacier, il s'y fait des craquements et des brisements : des blocs plus ou moins considérables se détachent et s'éloignent par l'action des courants (Fig. 35). Ces blocs sont les '' icebergs ".
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Fig. 35. — A, glacier polaire. • C, glaces flottantes ou icebergs.
B, glace qui commence à flotter. —
Les icebergs, poussés par les vents et les courants, descendent vers le sud, pour ce qui est de TAtlantique, jusque vers Terre-Neuve, où ils fondent en rencontrant le Gulf-Stream qui vient du golfe du Mexique.
Ces glaçons polaires sont parfois des masses énormes. Comme leur partie immergée doit être 7 ou 8 fois plus haute que la partie qui s'élève sur la mer, et comme cette
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partie émergée atteint parfois jusqu'à 300 pieds, il faut en conclure que leur hauteur totale serait de 2100 à 2400 pieds. Et comme, d'autre part, il n'y a pas de glacier qui ait une épaisseur si considérable, il faut penser que les icebergs qui ont de telles dimensions ont été d'abord des bancs de glace qui ont flotté à plat et qui, par l'effet d'une fusion irrégulière, ont perdu leur équilibre premier et se sont mis sur champ.
Pour ce qui est du rôle géologique joué par les glaciers polaires, on comprend qu'ils ne peuvent manquer de détacher du fond de leur lit des roches qu'ils s'incorporent et entraînent jusqu'à la mer. Les icebergs portent avec eux les blocs pierreux ou les matières terreuses qui se trouvent dans leur masse, et, à mesure qu'ils fondent, les laissent tomber au fond de la mer ou sur les plages où ils ont pu venir s'échouer. C'est à une action de ce genre qu'on attribue la formation du Grand Banc de Terre-Neuve, dont le bas-fond serait dû à l'accumulation des débris apportés en cet endroit par les nombreux icebergs qui viennent y fondre.
Outre cette action d'exhaussement du fond de la mer, due aux roches apportées par les icebergs, il faut ajouter que la fusion de ces glaçons flottants restitue à l'océan, pour une certaine partie, l'eau qu'il a perdue par l'évaporation.
Et, enfin, il importe de remarquer que, au point de vue géologique, le rôle des glaciers polaires est exactement le même que celui des glaciers des montagnes : ils polissent le lit sur lequel ils glissent et transportent au loin, grâce à la course des icebergs, les roches et les débris qu'ils arrachent et entraînent dans leur masse.