I. DE LA SAIGNÉE
Cette opération , souvent nécessaire dans les maladies du cheval, s’accomplit soit avec une lancette ou une flamme , a la veine du cou.
On doit toujours conserver !e sang , afin de connaître exactement la quantité tirée, et de s’assurer de la qualité: si, après qu’il est coagulé, on trouve sur la surface une g^lée blanche, ou plutôt légèrement jaune, cette ci t constance indique un état inflammatoire du corps ; mais afin de rendre ce pronostic utile , le sang ne doit pas être tiré par un orifice trop étroit, et il ne faut pas non plus le laisser couler le long des bords du vase qui le reçoit.
Le sang tiré d’un cheval en santé se coagule promptement et parait comme une gelée uniformément rouge, avec une petite quantité de fluide qui ressemble à l’eau et qui flotte sur la surface ; on peut, en le lavant, lui donner une couleur légère parfaitement semblable à celle de ( la peau de chamois ou de daim. i
Le sang le plus pur contient donc cette gélatine, et si on ne l’aperçoit pas , c’est que la coagulation a lieu avant que la matière colorante ait
eu le temps de s’en séparer ; mais comme le sang qui est extrait d’un animal attaqué d’une inflammation générale ou de fievre , conserve toujours plus long-temps sa fluidité que le sang pur; et comme les particules sont spécifiquement* plus pesantes que le fluide avec lequel elles sont mêlées, ell es se déposeront nécessairement peu -à-peu au fond du vase, tant que la masse continuera d’être liquide , laissant une couche de gélatine jaune à sa sut face.
Nous venons d’observer que le sang d’un animal sain , quand on le laisse se coaguler , paraît former deux parties, la gélatine rouge, appelée caillot, et l’eau ou serum ; et que la première peut ensuite être séparée par le lavage en deux parties, savoir, les particules de couleur rouge ou globules rouges, ainsi appelées par les anatomistes , et la gélatine ou lymphe coagulable de couleur jaune. La proportion qui existe entre ces diverses parties du sang, puait dépendre de l’état du système -, à l’époque où il a été tiré. Quand le corps est sain et vigoureux, il n’y a que très peu de serum ; quand il est plus excité que dans l’état naturel, ou qu’il est dans un état d’inflammation , il y en a encore moins ; et quand l’animal est faible et débile, il y a généralement abondance de serum. Une autre circonstance qui doit fixer l’attention dans l’examen du sang, est la solidité ou ténacité du coagulum: en santé , le sang qu’on laisse se coaguler , a une consistance légèrement solide et se casse aisément; mais quand le système est fortement irrité, comme dans une inflammation générale, la solidité de la masse est si grande que le doigt peut à peine y pénétrer. D’un autre coté, quand les forces vitales
sont faibles , comme dans le dernier période de la fîevre symptomatique , le sang perd presque le pouvoir qu’il a de se coaguler. Je me rappelle un cheval morveux sur lequel on fit des expériences;, et qui mourut par suite de doses fortes de mercure réitérées. La débilité qui en était résultée était excessive, et le sang paraissait clair et de couleur à-peu-prés pelure d’oignon. Par là , on doit reconnaître la nécessité d’examiner le sang qui est tiré d’un cheval malade , parce que cette inspeciion aide à loi mer un jugement sur la naiure de la maladie, et à indiquer les remèdes convenables. Quand la surface du sang est jaune, et, surtout, si en même temps la coagulation est ferme et solide , on peut être certain que la maladie est inflammatoire , et c’est le cas de répéter la saignée. Si , d’un autre côté, la masse du sang manque de solidité et a plus de serum qu’à l’ordinaire, on peut, avec sûreté , conclure que le système est en état de débilité, et, conséquemment, que la saignée est tout-à-fait contraire.
Dans les cas de fievres symptomatiques, il est nécessaire de tirer quatre ou cinq pintes de sang à la première saignée : j’en ai vu même extraire six pintes avec un avantage sensible. C’est à ce période de la maladie ( lors de son invasion ) qu’une copieuse saignée est particulièrement utile, etc’est par un préjugé absurde , qui l'emporte sur cette pratique , qu’un si grand nombre de chevaux ont été détruits par ces fievres. 11 est vraiment plaisant d’enlendieun païfieniet ou un maréchal prononcer sur la qualité du sang avec l’afïectation d’une sagacité infaillible , observant souvent qu’il est trop chaud, et, conséquemment, que le cheval doit
avoir la fîevre ; qu’il est trop foncé et, conséquemment , d’un mauvais aspect; ou qu’il est trop épais, et qu’ainsi il n’est pas propre à la circulation. Quelquefois ils le trouvent plein d’humeurs.
A l’égard de la chaleur du sang, il suffira d’observer qu’il conserve à peu près la même température durant sa circulation , soit que l’animal réside dans les plus chaudes ou dans îe.s plus froides contrées, soit en santé ou pendant la fievre la plus violente.
Quant à la couleur du sang au moment où il s’échappe du corps , il peut être rouge ou noir à la volonté de l’opérateur, puisqu’en pressant sur la veine peu de temps avant de l ouvrir , on peut toujours le faire paraître noir. Si l’on ouvre une artère , le sang qui en découle sera d’une couleur d’écarlate. L’opinion que le sang est quèlquefois épais ou visqueux dans le corps a été soutenue par un grand nombre de savans très estimables; mais elle est maintenant universellement abandonnée, parce qu’il a été prouvé qu’elle était erronée.
Je regarde comme une mauvaise pratique de saigner fréquemment les chevaux, quand le besoin n’est pas urgent, parce qu’ils acquièrent par là une complexion plétorique; et, à moins que l’opération ne soit régulièrement faite , et pratiquée ensuite par degrés à des époques plus rapprochées, il peut en résulter des maladies dangereuses. Les chevaux d’une forte complexion qui sont, par conséquent , sujets aux maladies inflammatoires , recevront plus de soulagement d’un exercice modéré et long-temps continué et d’un bon traitement. Quand on pratique la saiguée pour obtenir la guérison de maladies
inflammatoires importantes, on doit faire une large ouverture à la veine et tirer le sang à plein, parce qu’on diminue par là Faction du cœur et des artères, et plus promptement que si on le tirait doucement par une petite ouverture. Dans les cas d’inflammations extérieures et circonscrites, une saignée locale est éminemment utile. Elle se fait par l’ouverture de quelques veines contiguës à la partie lésée , ou par la scarification de la partie enflammée.
Ainsi, dans les maladies qui tiennent à un accroissement trop considérable de sang dans les vaisseaux du cerveau , on obtiendra souvent dsi soulagement en ouvrant l’artère temporal, et quand l’oeil est très enflammé , il sera utile de scarifier la surface intérieure de la paupière.