‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 21 sur 49 · PREFACE, XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE, XXXIX

j'aurai besoin en cela , comme en beaucoup d'autres choses , de l'indulgence des lecteurs.

§ ii.

Observations particulières sur cet ouvrage.

Le volume que je donne ici au public , est le commencement d'un ouvrage où je me propose d'exposer l'histoire ancienne des Egyptiens , des Carthaginois , des Assyriens , tant de Ninive que de Babylone , des Mèdes et des Perses , des Macédoniens , et des diflerens Etats de la Grèce.

Comme j'écris principalement pour les jeunes gens , et pour des personnes qui ne songent point à faire une étude profonde de l'histoire ancienne r je ne chargerai point cet ouvrage d'une érudition qui pourrait naturellement y entrer ; mais qui ne convient point au but que je me propose. Mon dessein est , en donnant une histoire suivie de l'antiquité , de prendre dans les auteurs gréa et latins ce qui me paraîtra de plus intéressant pour les faits , et de plus instructif pour les réflexions.

Je souhaiterais pouvoir éviter en même temps «, et la stérile sécheresse des

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abrégés , qui ne donnent aucune idée distincte , et l'ennuyeuse exactitude des longues histoires , qui accablent un lecteur. Je sens bien qu'il est difficile de prendre un juste milieu qui s'écarte également des deux extrémités ; et quoique , dans les deux parties d'histoire qui font la matière de ce premier volume , j'aie retranché une grande partie de ce qui se rencontre dans les anciens, je ne sais si on ne les trouvera pas encore trop étendues : mais j'ai craint d'étrangler les matières, en cherchant trop à les abréger. Le goût du public deviendra ma règle, et je tâcherai dans la suite de m'y conformer.

J'ai eu le bonheur de ne pas lui déplaire dans le premier ouvrage que j'ai composé. Je souhaiterais bien que celui-ci eût un pareil succès , mais je n'oserais l'espérer. La matière que je traitais dans le premier, belles-lettres , poésie , éloquence , morceaux d'histoire choisis et détachés , m'a laissé la liberté d'y faire entrer une partie de ce qu'il y a dans les auteurs anciens et modernes , de plus beau , de plus frappant , de plus délicat , de plus solide, tant pour les expressions que pour les pensées et les sentimens. La beauté et

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la solidité des choses mêmes que ^offrais au lecteur , l'ont rendu plus distrait ou plus indulgent sur la manière dont elles lui étaient présentées ; et d'ailleurs la variété des matières a tenu lieu de l'agrément que le style et la composition auraient dû y jeter.

Ici je n'ai pas le même avantage. Je ne suis pas tout -à -fait le maître du choix. Dans une histoire suivie , on est obligé de rapporter bien des choses qui ne sont pas toujours fort intéressantes , surtout pour ce qui regarde l'origine et le commencement des empires : et ces sortes d'endroits , pour l'ordinaire , sont mêlés de beaucoup d'épines, et présentent peu de fleurs. La suite fournira des matières plus agréables , des événemens qui attachent davantage ; et je ne manquerai pas de faire usage des précieuses richesses que les meilleurs auteurs nous offriront. En attendant , je supplie le lecteur de se souvenir que , dans une grande et belle contrée , tout n'est pas riches moissons , beaux vignobles , riantes prairies, fertiles vergers ; il s^y rencontre quelquefois des terrains moins cultivés et plus sauvages. Et pour me servir d'une

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autre comparaison tirée de Pline (i ) , parmi les arbres , il y en a qui , au printemps, étalent à Fenvi une quantité infinie de fleurs, et qui , par cette riche parure , dont l'éclat et les vives couleurs flattent agréablement la vue , annoncent une heureuse abondance pour une saison plus reculée. Il y en OCommea d'autres (*) qui sont plus tristes , et gmers. ^- ^ j3jen que fer^[es eiî bons fruits,

n'ont pas l'agrément des fleurs , et semblent ne prendre point de part à la joie de la nature renaissante. Il est aisé d'appliquer cette image à la composition de l'histoire.

Pour embellir et enrichir la mienne, je déclare que je ne me fais point un scrupule ni une honte de piller partout , souvent même sans citer les auteurs que je copie , parce que quelquefois je me donne la liberté cTy faire quelques changemens. Je profite autant que je puis des solides réflexions que Ton trouve dans la seconde et la

(i) Arborum flos , est ptenl veris indicium , et anni renascentis : flos , gaudium arborum. Tune se novas , aliasque quàm surit oslendunt , (une variis colorum picturis in certamen usque luxuriant. Sed hoc negatum plerisque. Non enim omnes florent , et sunt tristes quaedam , quaeque non sentiunt gaudia annorum ; neo ullo flore exhilarantur , natal es ve pomorum recursus annuos versicolori nuutio promittuut. Plin. BisU ju L 16. c, %Z.

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troisième partie de l'Histoire universelle de M. Bossuet , qui est un des plus beaux et des plus utiles ouvrages que nous ayons. Je tire aussi de grands secours de l'histoire des Juifs du savant M. P rideaux , Anglais , où il a merveilleusement approfondi et éclairci ce qui regarde l'Histoire Ancienne. Il en sera ainsi de tout ce qui me tombera sous la main, dont je ferai tout l'usage qui pourra convenir à la composition de mon livre , et contribuer à sa perfection.

Je sens bien qu'il y a moins de gloire à profiter ainsi du travail d'autrui j et que c'est , en quelque sorte , renoncer à la qualité d'auteur. Mais je n'en suis pas fort jaloux , et je serais trèscontent , et me tiendrais très-heureux , si je pouvais être un bon compilateur , et fournir une histoire passable à mes lecteurs , qui ne se mettront pas beaucoup en peine si elle vient de mon fonds ou non , pourvu qu'elle leur plaise.

Je ne puis pas dire précisément de combien de volumes sera composé mon ouvrage ; mais j'entrevois qu'il n'ira pas à moins de cinq ou six. Des écoliers , pour peu qu'ils soient studieux, pourront faire aisément cette lecture

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en particulier dans le cours d'une an née , sans que leurs autres études en souffrent. Dans mon plan , je destinerais la seconde à cette lecture ; c'est une classe où les jeunes gens sont capables d'en profiter , et d'y trouver quelque plaisir , et je réserverais l'histoire romaine pour la rhétorique.

Il aurait été utile , et même nécessaire , de donner à mes lecteurs quelque idée et quelque connaissance des auteurs anciens d'où je tire les faits que je rapporte ici. La suite même de l'histoire me donnera lieu d'en parler , et m'en fournira une occasion naturelle.

jugement En attendant , je crois devoir dire

qu'il faut . . 1 j * ■»

},orter sur ici quelque chose , par avance, sur la îeîp^dîges', crédulité superstitieuse qu'on reproche

les oracles \ i i . i , •

des anciens a la plupart de ces auteurs , dans ce qui regarde les augures , les auspices , les prodiges , les songes , les oracles. En effet, on est blessé de voir des écrivains , d'ailleurs fort judicieux, se faire un devoir et une loi de les rapporter avec une exactitude scrupuleuse , et d'insister sérieusemeht sur un détail ennuyeux de petites et ridicules cérémonies , du vol des oiseaux à droite ou à gauche , des signes marqués dans les

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entrailles fumantes des animaux , de l'avidité plus ou moins grande des poulets en mangeant, et de mille autres absurdités pareilles.

11 faut avouer qu'un leeteur sensé ne peut voir sans étonnement , que les hommes de l'antiquité les plus estimés pour le savoir et pour la prudence , les capitaines les plus élevés au-dessus des opinions populaires , et les mieux instruits de la nécessité de profiter des momens favorables , les conseils les plus sages des princes consommés dans l'art de régner , les plus augustes assemblées de graves sénateurs ; en un mot , les nations les plus puissantes et les plus éclairées , aient pu , dans tous les siècles , faire dépendre de ces petites pratiques et de ces vaines observances , la décision des plus grandes affaires , comme de déclarer une guerre , de livrer une bataille , de poursuivre une victoire ; délibérations qui étaient de la dernière importance , et d'où souvent dépendaient la destinée et le salut des Etats.

Mais il faut en même temps avoir l'équité de reconnaître que les mœurs, les coutumes , les lois ne permettaient point alors de s'écarter de ces usages ;

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que l'éducation , la tradition paternelle et immémoriale , la persuasion et ïe consentement universel des nations , les préceptes et l'exemple même des philosophes , leur rendaient ces pratiques respectables ; et que ces cérémonies , quelque absurdes qu'elles nous paraissent , et qu'elles soient en effet , faisaient , chez les anciens , partie de la religion et du culte public

Cette religion était fausse , et ce culte mal entendu : mais le principe en était louable, et fondé sur la nature.

C'était un ruisseau corrompu, qui par* tait d'une bonne source. L'homme, par ses propres lumières , ne connaît rien au delà du présent. L'avenir est pour lui un abîme fermé à la sagacité la plus vive et la plus perçante , qui ne lui montre rien de certain sur quoi il puisse fixer ses vues , et former ses résolutions. Du côté de l'exécution il n'est pas moins faible et moins impuissant.

Il sent qu'il est dans une dépendance entière d'une main souveraine, qui dispose avec une autorité absolue de tous les événemens , et qui , malgré tous ses efforts , malgré la sagesse des mesures les mieux concertées , le réduit , par les moindres obstacles , et par les plus

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légers contre-temps , à l'impossibilité d'exécuter ses projets.

Ces ténèbres, cette faiblesse , l'obligent de recourir à une lumière et à une puissance supérieures. Il est forcé par son propre besoin , et par le vif désir qu'il a de réussir dans ce qu'il entreprend, de s'adresser à celui qu'il sait s'être réservé à lui seul la connaissance de l'avenir , et le pouvoir d'en disposer. Il offre des prières , il fait des vœux , il présente des sacrifices , pour obtenir de la Divinité , qu'il lui plaise de s'expliquer , ou par des oracles , ou par des songes , ou par d'autres signes qui manifestent sa volonté ; bien convaincu qu'il ne peut arriver que ce qu'elle ordonne , et qu'il a un extrême intérêt de la connaître , afin de pouvoir s'y conformer.

Ce principe religieux de dépendance et de respect à l'égard de l'Etre suprême est naturel à l'homme : il le porte gravé dans son cœur ; il en est averti par le sentiment intérieur de son indigence , et par tout ce qui l'environne au dehors , et l'on peut dire que ce recours continuel à la Divinité , est un des premiers fondemensde la religion,

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et le plus ferme lien qui attache l'houi-

me au Créateur.

Ceux qui ont eu le bonheur de connaître le vrai Dieu , et d'être choisis pour former son peuple , n'ont point manqué de s'adresser à lui dans leurs besoins et dans leurs doutes, pour obtenir son secours , et pour connaître ses volontés. Il a bien voulu se manifester à eux , les conduire par des apparitions , par des songes , par des oracles, par des prophéties , et les protéger par des prodiges éclatans.

Ceux qui ont été assez aveugles pour substituer le mensonge à la vérité , se sont adressés , pour obtenir le même secours , à des Divinités fausses et trompeuses , qui n'ont pu répondre à leur attente , et payer l'hommage qu'on leur rendait, que par Terreur et l'illusion, et par une frauduleuse imitation de la conduite du vrai Dieu.

De là sont nées les vaines observations des songes , qu'une superstition crédule leur faisait prendre pour des avertissemens salutaires du Ciel , ces réponses obscures ou équivoques des oracles , sous le voile desquelles les esprits de ténèbres cachaient leur ignorance , et par une ambiguïté étudiée ,

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se ménageaient une issue, quel que dût être l'événement. De là sont venus ces pronostics de l'avenir , que Ton se flattait de trouver dans les enïrailles des bêtes , dans le vol et le chant des oiseaux , dans l'aspect des astres , dans les rencontres fortuites , dans les caprices du sort ; ces prodiges effrayans, qui répandaient la terreur parmi tout un peuple , et qu'on croyait ne pouvoir expier que par des cérémonies lugubres , et quelquefois même par l'effusion du sang humain ; enfin ces noires inventions de la magie , les prestiges , les enchantemens , les sortilèges , les évocations des morts , et beaucoup d'autres espèces de divinations.

Tout ce que je viens de rapporter était un usage reçu et observé généralement parmi tous les peuples ; et cet usage était fondé sur les principes de religion que j'ai montrés sommairement.

On en voit une preuve éclatante dans l'endroit de la Cyropédie , où Cambjse, père de Cyrus , donne à ce jeune prince des instructions si belles et si propres à former un grand capitaine et un grand roi. Il lui recommande surtout d'avoir un souverain respect pour les Dieux ; de ne former jamais aucune Tom. I C

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