ARTICLE PREMIER
Ij'Egypte est un royaume d'Afrique , qui , dans une étendue assez bornée , renfermait autrefois un grand nombre de villes et une multitude incroyable d'habitans (1). Elle est **•*£ * ornée au levant par la mer Rouge et l'Isth- ' ilïld. .«* me de Suez, au couchant par la Libye , au L *'** 27'
( i ) Dix-huit mille villes , et sept millions d'habitans, ÏOM. I. 1
nord par la nier Méditerranée , et au midi par l'Ethiopie. Le Nil parcourt ? du midi au nord , toute la longueur de l'Egypte , dans l'espace de deux cents lieues environ : sa plus grande largeur est de cinquante lieues.
On peut diviser l'ancienne Egypte en trois principales parties : la Haute-Egypte , appelée autrement Thébaïde , qui était la partie la plus méridionale; l'Egypte du milieu, nommée Heptanome, à cause des sept départemens qu'elle renfermait ; la Basse-Egypte, qui comprenait ce que les Grecs appellent Delta, et tout ce qu'il y a de pays jusqu'à la mer Rouge , et le long de la mer Méditerranée , jusqu'au mont Casius. Les villes de Syenne et d'Eléphantine séparaient l'Egypte de l'Ethiopie ; et du temps d'Auguste elles servaient de bornes à l'empire romain. Claustra otim romani imperii. Tacit. ann, 1. 2. c. 61.
ARTICLE II
Haute-Egypte ou Thébaïde.
ïhèbes , qui donna son nom à la Haute- Egypte , le pouvait disputer aux plus belles villes de l'univers. Ses cent portes , chantées par Homère , sont connues de tout le mon- 1. «TTsi. de. et lui ont fait donner le surnom d'Héca- Strab$ s"' tompyle ? Pour la distinguer de Thèbes , ca- Tadt. Unn. pitale de la Béotie. Elle était très-vaste et très - peuplée. Les Grecs et les Romains ont célébré sa magnificence et sa grandeur. C'est le roi Busiris qui l'avait bâtie, et qui en avait fait le siég-e de l'empire.
On a découvert dans la Thébaïde (on TajH
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pelle maintenant le Sayde) des temples et des royagt r/e palais encore presque entiers , où les colon- Theve,i0inés et les statues sont innombrables. La sculpture , l'architecture et la peinture y avaient à l'ervi étalé tout leur art et toutes leurs richesses. Strabon, en décrivant les raretés Uh de la Thébaïde , parle d'une statue fort ce lèbre de Memnon. dont il avait vu les restes. On dit que cette statue, lorsqu'elle était frap- p 8l6 pée des premiers rayons du soleil levant , rendait un son articulé. Strabon entendit ce son, mais il doute qu'il vînt de la statue.
article m.
Egypte du milieu ou Heptanome.
Cette partie de l'Egypte avait pour capitale Memphis. On voyait dans cette ville plusieurs temples magnifiques, entre autres celui du dieu Apis , qui y était honoré d'une manière particulière. Le dieu Apis était un jeune bœuf qu'on honorait à Memphis comme un Dieu. Nous aurons occasion d'en parler plus au long. La ville de Memphis avait été bâtie par le roi Uchoréus. Elle était située svir le bord occidental du Nil.
Le grand Caire, qui semble avoir succédé à Memphis, a été bâti de l'autre côté du Nil. Le château du Caire est une des choses les plus curieuses qui soient aujourd'hui en Egypte. Il est situé sur une montagne hors de la ville , bâti sur le roc qui lui sert de fondement, et entouré de murailles fort hautes et fort épaisses. Ce qu'il y a de plus beau et de plus rare à voir dans ce château, c'est le puits de Joseph
On lui donne ce nom, soit parce que les Egyptiens se plaisent à attribuer à ce grand homme ce qu'ils ont chez eux de plus remarquable , soit parce qu'en effet cette tradition s'est conservée dans le pays. C'est une preuve au moins que l'ouvrage est fort ancien , et certainement il est digne de la magnificence des plus puissans rois d'Egypte, ainsi que du goût antique des Egyptiens. Ce puits est comme à double étage, taillé dans le roc vif, d'une profondeur prodigieuse. On descend dans le réservoir qui est entre les deux puits, par un escalier de deux cent vingt marches , large d'environ sept à huit pieds, dont la descente douce , et presque imperceptible , laisse un accès très-facile aux bœufs qui sont employés pour faire monter J'eau. Ces bœufs font tourner continuellement une roue, où tient une corde, à laquelle sont attachés plusieurs seaux. L'eau tirée ainsi du premier puits , qui est le plus profond, se rend par un petit canal dans un réservoir qui fait le fond du second puits, au haut duquel elle est portée de la même manière , et de là elle se distribue par des canaux en plusieurs endroits du château.
La partie de l'Egypte dont nous parlons ici, est célèbre par plusieurs raretés qui méritent d'être examinées chacune en particulier. Je n'en rapporterai que les principales : les obélisques, les pyramides, le labyrinthe , le lac de Mœris , et ce qui regarde le Nil. Obeiisques. L'Egypte semblait mettre toute sa gloire à dresser des monumens pour la postérité. Ses obélisques font encore aujourd'hui, autant par leur beauté que par leur hauteur, le pria-
cipal ornement de Rome. Un obélisque est une aiguille quadrangulaire, d'une seule pierre , menue , haute et perpendieulairement élevée, pour servir d'ornement à une place , et qui est souvent chargée d'inscriptions ou d'hiéroglyphes. Ce sont des figures ou des symboles dont les Egyptiens se servaient pour couvrir et envelopper les mystères de leur religion. Toute l'Egypte était pleine de ces sortes d'obélisques , qu'on taillait pour l'ordinaire dans les carrières de la Haute-Egypte , d'où on les enlevait par le moyen du Nil, sur des radeaux (1) proportionnés à leurs poids.
Sésostris avait fait élever dans la ville d'Hé- Diod- '• a liopolis deux obélisques d'une pierre très-dure, tirée des carrières de la ville de Syenne , à l'extrémité de l'Egypte Ils avaient chacun 120 coudées de haut, c'est-à-dire, 3o toises ou 1 8o pieds. L'empereur Auguste , après avoir réduit l'Egypte en province, les fit transporter à Rome ; l'un des deux a été brisé depuis. Auguste y en laissa un troisième , qui piin. i. 36 était d'une grandeur énorme. Il avait été8'"0, construit par Ramessès; il avait employé vingt mille hommes à le tailler. Constance le fit transporter à Rome.
Une pyramide est un corps solide ou creux., Pyramide». qui a une base large et ordinairement carrée, qui se termine en pointe. Il y avait en Egypte Herod- lib* trois pyramides plus distinguées que toutes les etc. autres , et qui , selon Diodore de Sicile , ont -. fjf '4* *' mérité d'être mises au nombre des sept mer- Plin- '■ 36-
(i) Le radeau est un assemblage de plusieurs pièces de bois plates , qui sert à voiturer des marchandises sur une rivière.
veilles du monde. Une des trois avait 77 toises de hauteur perpendiculaire. Le haut, qui d'en bas semhlait être une aiguille, était une belle plate - forme , dont chaque côté avait seize à dix-sept pieds.
Dix années entières furent employées à couper les pierres et à préparer les matériaux, et vingt autres à construire ce vaste édifice , qui, au dedans, avait une infinité de chambres et de salles. On avait marqué sur la pyramide , en caractères égyptiens, ce qu'il avait coûté simplement pour les aulx, les poireaux, les ognons et autres pareils légumes fournis aux ouvriers; et cette somme montait à seize cents talens d'argent, c'est-à-dire, à quatre millions cinq cent mille livres. Il est aisé de conjecturer que la dépense pour le reste devait être immense.
Telles étaient les fameuses pyramides d'E~ gypte , qui , par leur figure autant que par leur grandeur, ont triomphé du temps et des barbares. Les princes qui les ont fait bâtir, n'avaient d'autre vue que d'éterniser leur nom, et de se préparer un superbe et magnifique tombeau après leur mort; mais par une juste punition du souverain Juge , la mémoire de ces rois a été ensevelie dans l'oubli , et l'on dispute sur les noms de ceux qui ont été les auteurs d'ouvrages si vains. On croit communément que ce sont les rois Chéops et Chephren; mais ces princes ambitieux ne purent pas seulement avoir le vain avantage qu'ils s'étaient proposé, car la haine publique qu'on leui portait à cause des duretés inouïes qu'ils exerçaient sur leurs sujets, les obligea de se
ANCIENNE. LÏV. ï. 7
faire inhumer dans des lieux inconnus, afin de dérober leurs corps à la connaissance et à la vengeance des peuples.
Cette dernière circonstance que les histo- D£d- l u riens ont soigneusement remarquée , nous apprend quel jugement nous devons porter de ces ouvrages si vantés dans l'antiquité. Il est raisonnable d'y remarquer et d'y estimer le bon goût des Egyptiens par rapport à l'architecture. Dès le commencement , et sans qu'ils eussent encore des modèles qu'ils pussent imiter, ce bon goût les porta à viser en tout au grand, et à s'attacher aux vraies beautés, sans s'écarter jamais d'une noble simplicité. Mais quel cas doit-on faire de ces princes qui regardaient comme quelque chose de grand de faire construire , à force de bras et d'argent , de vastes bàtimens , dans l'unique vue d'immortaliser leur nom, et qui ne craignaient pas de faire périr des milliers d'hommes pour satisfaire leur vanité ? Autant l'industrie des architectes est louable et admirable dans ces ouvrages, autant l'entreprise des rois est-elle insensée, digne de blâme et de mépris. C'est à peu près l'idée que nous en donne Pline , qui appelle ces ouvrages une folle ostentation de la richesse des rois, qui ne se termine à rien d'utile (1).
Ce jugement qu'on doit porter des pyrami- Labyrinthe. des, peut être appliqué aussi au labyrinthe , CH^' l % qui était un ouvrage encore plus surprenant, selon le témoignage d'Hérodote qui l'avait vu. Diod. /. On ''avait bâti à l'extrémité méridionale du/7**1,
(i) Regum pecunise otiosa ac stulta ostentatio. Plin.L 36. c. la.
piin, i. 36. ïac de Mœris. Ce n'était pas tant un seul palais , qu'un magnifique amas de douze palais disposés régulièrement, et qui communistrab.i.iq. quaient ensemble : quinze cents chambres p. 8n entremêlées de terrasses, s'arrangeaient autour de douze salles , et ne laissaient ^oint de sortie à ceux qui s'engageaient à les visi ter. Il y avait autant de Bàtimens sous terre, qui étaient destinés à la sépulture des rois ,, et à nourrir les crocodiles sacrés. Les douze rois, dont nous parlerons en leur temps, avaient fait bâtir ce labyrinthe auprès de la ville d'Àrsinoé. On sent assez que la vanité et le désir d'éterniser leur mémoire, était le principe de cette folle et inutile entreprise.
Lac de Le plus grand et le plus admirable de tous *lœT%d *es ouvra&es des r0^s d'Egypte , et sans contredit le plus utile , était le lac de Mœris : aussi Pomp. Hérodote le met-il au-dessus des pyramides
Mêla. l.i, . . . , i
et du labyrinthe. Il avait cent pieds de profondeur. Les anciens lui ont donné 180 lieues de circuit et 3oo pieds de profondeur ; mais les modernes , dont ie sentiment paraît plus raisonnable , ne lui en donnent que huit au plus (i). Le roi Mœris , pour obvier et remédier à l'irrégularité des' inondations du Nil , fit creuser ce lac, qui depuis a porté son nom. Quand le débordement du Nil était trop grand, et qu'il y avait à craindre qu'il n'eût des suites funestes , ses eaux étaient reçues dans ce lac. Ce lac communiquait au Nil par le moyen d'un grand canal qui avait plus de quatre lieues de longueur et cinquante pieds de lar-
(i) Mœris aliquandô campus, nunc lacus, viginti millia passuum in circuitu païens. Mêla. l.-i.
geur. De grandes écluses ouvraient le canal et le lac.ou les fermaient r.eîon le besoin. Pour les ouvrir ouïes fermer, il en coûtait 5otaiens ou 5o,oooécus. Au contraire, quand l'inondation n'était pas assez abondante , et menaçait de stérilité, on tirait de ce même lac, par des coupures et des saignées, une quantité d'eau suffisante pour arroser les terres : par ce moyen, les inégalités du Nil étaient corrigées.
On voyait au milieu de ce lac deux pyramides de trois cents pieds de haut, dont chacune portait une statue colossale , placée sur un trône. C'était une preuve qu'on les avait érigées avant que le fond du lac eût été rempli d'eau , et qu'un lac de cette étendue était l'ouvrage des hommes.
Les anciens ont mis les sources du Nil Sources du dans les montagnes de la lune , au dixième degré de latitude méridionale ; mais nos voyageurs modernes ont découvert que ces sources sont au pied d'une grande montagne du royaume de Goyame en Abyssinie, vers le douzième degré de latitude septentrionale, retranchant quatre ou cinq cents lieues du cours que les anciens lui donnaient. Ce fleuve sort de deux fontaines , éloignées l'une de l'autre de trente pas , chacune de la grandeur d'un de nos puits ou d'une roue de carrosse. Il parcourt, du midi au nord, cinq à six cents lieues de pays ; et après avoir traversé l'Ethiopie et l'Egypte , il vient se décharger dans la mer Médit erranée,par plusieurs embouchures qui forment un Delta.
Le Nil est la plus grande merveille de l'E- D-ibordcgypte. Comme il pleut rarement dans ce pays, neuve. e co
ce fleuve supplée à ce qui lui manque de ce côté-là , en lui apportant , en forme de tribut les pluies des autres pays , par son déborde Temps et ment annuel. La crue de ce fleuve commence
durée du dé- , r . . . 1 r» î
bordement. a se taire sentir vers la fin de mai , et conti- Hérod.t.2. nue d'augmenter jusqu'au mois de septembre , vers lequel temps il s'arrête , et va toujours depuis en diminuant , après quoiilren tre dans son lit 9 et reprend son cours ordi - Diod.i. i. naire. La juste mesure du débordement du
Nil , selon Pline , est de seize coudées. Quand il n'y en a que douze ou treize, on est menacé de famine; quatorze apportent la joie, quinze font la tranquillité de l'Egypte , et seize lui procurent l'abondance et les délices (1).
Fécondité ïl n'y a point de pays dans le monde, où causée parie ja terre son p|us féconde qu'en Egypte , et c'est au Nil qu'elle doit sa fécondité ; car, au lieu que les autres fleuves emportent le suc de*? terres, et les épuisent en les inondant, celui ci , au contraire , par un heureux limon qu'il traîne avec lui , les engraisse et les fertilise d telle sorte, qu'une même terre porte, dans une même année , trois ou quatre sortes de fruits différens. Dès que le Nil est retiré , le laboureur n'a qu'à retourner la terre , en y mêlant un peu de sable pour en diminuer la force, après quoi il la sème sans peine, et presque sans frais ; deux mois après, elle est couverte de toutes sortes de grains et de légumes. On sème ordinairement dans les mois
(i) Quatuordecim cubita hilaritaîem affermit , quindecim securitatem , sexdecim delicias. Plin. L S. c. 9.
d'octobre et de novembre , et on fait la moisson dans les mois de mars et d'avril.
Le Nil ne contribue pas moins à la nourriture des bestiaux, qui sont une autre source de richesses pour l'Egypte. On ne peut exprimer combien les pâturages sont gras et abondans , et combien les troupeaux , à qui la douceur de l'air permet d'y demeurer jour et nuit, s'engraissent en peu de temps.
On comprend aisément que le Nil ne pou-* canaux vant de lui-même couvrir toutes les campagnes , il a fallu faire de grands travaux pour faciliter l'inondation des terres , et pratiquer une infinité de réservoirs et de canaux pour porter les eaux de tous côtés ; mais comme , malgré tous ces canaux , il reste encore bien des terres , dans les lieux élevés 3 qui ne peuvent point avoir de part à l'inondation du Nil, on y a pourvu par le moyen de pompes en pompes. forme de vis, qui la communiquent aux lieux les plus élevés.
Les anciens ont imaginé plusieurs raisons causes des subtiles du grand accroissement du Nil, que J* ^1demcntc Ton peut voir dans Hérodote et ailleurs, Ce Hérod.i. n'est plus maintenant une matière de problè- zw. /. i me | et l'on convient presque généralement7*' 35, i9 que le débordement du Nil vient des grandes Seiu jyatm pluies qui tombent dans l'Ethiopie , d'où ce Quœst- u * fleuve tire sa source. Rien n'est si beau à voir que l'Egypte dans deux saisons de l'année; Double spec
tacle cètusé
car, si l'on monte sur quelque montagne ou par ie wii. sur les grandes pyramides du Caire, vers les mo;s de juillet et d'août , on voit une vaste mer , sur laquelle il s'élève une infinité de villes et de villages , avec plusieurs chaussées
qui conduisent d'un lieu à un autre ; le tout entremêlé de bosquets et d'arbres fruitiers , dont on ne voit que les têtes , ce qui lait un coup-d'œil des plus agréables. En hiver , au contraire, c'est-à-dire, vers les mois de janvier et de février , toute la campagne ressemble à une belle prairie, dont la verdure émailiée de fleurs , charme les yeux. L'air est alors embaumé par la grande quantité de fleurs que fournissent les orangers, les citronniers, et les autres arbres ; et il est si pur, qu'on ne peut en respirer de plus sain : en sorte que la nature , qui est alors comme morte dans un grand nombre de climats, semble presque n'avoir de vie que pour celui-ci.
Canal de Le canal , qui faisait la communication des |?™munica" deux mers, la mer Rouge et la Méditerranée, n'est pas un des moindres avantages que le Hérod. t. 2 Nil procurait à l'Egypte. Sésostris , ou , selon d'autres, Psammétichus, fut le premier qui en forma le dessein , et qui commença l'ouvrage. strab. i 17. Néchao, successeur du dernier, y employa des piîn. 1 6. sommes immenses et un grand nombre de C'D?àdor 1 1 troupes. Il abandonna cet ouvrage , effrayé c *9 par un oracle qui lui avait répondu que c'é-
tait ouvrir aux étrangers un chemin dans l'Egypte. L'ouvrage fut recommencé par Darius, fils d'Hystaspe ; mais ce prince le quitta aussi. Enfin, il fut achevé sous les Ptolémées, qui , par le moyen des écluses , tenaient le canal ouvert ou fermé , selon leurs besoins. Ce canal avait cent coudées de largeur ; de profondeur , autant qu'il en faut pour porter les plus grands vaisseaux , et de longueur, plus de mille stades , c'est-à-dire , plus de cinquante
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lieues. Cet ouvrage, qui était d'une si grande utilité pour le commerce , est presque entièrement comblé , et à peine en reste-t-il quelque vestige.
ARTICLE IV
Basse-Egypte.
Il me reste à parler de la Basse-Egypte. Sa figure , qui ressemble à un triangle ou à un deîta (1), lui a fait donner ce dernier nom , qui est celui d'une lettre grecque. La Basse- Egypteforme une espèce d'île. Elle commence à l'endroit où le Nil se divise en deux grands canaux, par lesquels il va se jeter dans la mer Méditerranée. L'embouchure qui est à droite . s'appelle Pèiusienne; l'autre, C ano pique, du nom des deux villes dont elles sont voisines , Pelusium et Canopus , appelées maintenant Damietie et Rosette.
La capitale de la Basse-Egypte était la ville d'Héliopolis, ainsi appelée à cause d'un temple magnifique qui y était dédié au Soleil. Hérodote , et après lui d'autres auteurs , racontent une chose qu'on disait se passer dans ce temple , et qui serait bien merveilleuse si elle était vraie : c'est au sujet du Phénix. Cet oiseau , si l'on en croit les anciens, est unique dans son espèce. Il naît dans l' Arabie, et vit cinq ou six cents ans. îl est de la grandeur d'un aigle , et d'un fort beau plumage. Lorsque , chargé d'années, il voit sa fin approcher, il forme un nid de bois et de gommes aromatiques, après quoi il meurt. De ses os et de sa moelle il naît un ver, dont il se forme un au-
l£ HISTOIRE
tre phénix. Son premier soin est de rendre à son père les honneurs de la sépulture : pour cela ? il compose une boule de quantité de parfums , du poids qu'il se sent capable de porter ; puis il la vide en partie , y dépose le corps de son père 3 et en ferme avec soin l'entrée avec des parfums ; alors il charge ses épaules de ce précieux fardeau , et va le brûler sur l'autel du Soleil , dans la ville d'Héliopolis.
Cette vieille tradition, fondée sur une fausseté évidente ? a pourtant établi un usage commun dans presque toutes les langues, de donner le nom de Phénix à tout ce qui est „ singulier et rare dans son espèce : Rara avis
Satyr. 6. , ~ r
in terris, dit Juvénal , en parlant de la difficulté de trouver une femme accomplie : et Sénèque en dit autant d'un homme de bien, que le cours de plusieurs siècles forme à peine(i). Ce que Ton dit aussi de la voix mélodieuse des Cygnes, n'est fondé que sur une erreur populaire , démentie par l'expérience de tous les jours. Cependant, non-seulement les poètes, mais les orateurs, les philosophes mêmes en ont fait usage , et l'ont supposé comme une chose constante et indubitable. Revenons à notre sujet.
Alexandrie, bâtie par Alexandre-le-Grand, qui lui donna son nom, devint, dans les temps postérieurs , la capitale de la Basse-Egypte , et égala presque la magnificence des anciennes villes d'Egypte. Sous les Ptolémées , elle devînt le centre du commerce d'Orient et
(1) Yir bonus... tanquàm Phœnix , semel anno quiagentesimo nascitur. Epist. 42.
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d'Occident. Les marchands y abordaient de toutes les parties du monde.
Ce fut pour la commodité du commerce strab. m. que l'on bâtit tout près d'Alexandrie , dans />/,„./. 3 l'île de Pharos , une tour qui en porta aussi c- I2 le nom. Au haut de cette tour, il y avait un fanal pour éclairer de nuit les vaisseaux. Elle a communiqué son nom aux autres tours destinées au même usage: Phare de Messine, etc. Elle était comptée au nombre des sept merveilles du monde.