‹ Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (volume 2)Chapitre 33 sur 49 · DE MASS1NISSA · texte numérisé non relu

DE MASS1NISSA

Ce point d'histoire, faisant une partie considérable de celle d'Afrique, je ne le crois pas tout-à-fait étranger à mon sujet

ANCIENNE. LÏV. !1. l85

Depuis que Massinissa , sous le premier 4PP.P.63> Scipion, eut embrassé le parti des Romains, j^*^ *fa*' il leur demeura toujours fidèlement attaché. A,,îï- 3856-

. Carth. 700.

Sentant que sa fin approchait , il dit à sa Rome. 600.

femme et à ses enfans : « Qu'il ne connais- Av* ' ' l4 '

» sait dans toute la terre que le seul peuple

» romain , et parmi ce peuple, que la seule

» famille des Se i pion s; qu'il laissait en mou-

» rant un pouvoir suprême à Scipion Emi-

» lien de disposer de ses biens, et de parta-

» ger son royaume entre ses enfans; qu'il vou-

» lait que tout ce qu'il aurait décidé, fût exé-

» cuté ponctuellement, comme si lui-même

» l'avait arrêté par son testament. » Après

leur avoir ainsi parlé , il mourut âgé de plus

de quatre-vingt-dix ans.

Il avait conservé jusqu'à la fin de sa vie une santé très-robuste, qu'il dut sans doute à l'extrême sobriété dont il avait toujours usé dans le boire et le manger, et au soin qu'il eut de s'endurcir sans relâche au travail et à la fatigue. Agé de quatre-vingt-dix ans, il faisait encore tous les exercices d'un jeune homme, et se tenait à cheval sans selle. Polybe remarque avec Plutarque . que le lendemain d'une victoire remportée contre les jnsenige- Carthaimiois, on l'avait trouvé devant sa ten- renda sit te, taisant son repas dun morceau do pain bis.

Il laissa en mourant cinquante-quatre fils, dont trois seulement étaient nés d'un maria- APP.ibid. gc légitime; Micipsa , Gulussa . et Mastana- , F"L M9K*

bal. bcipion partagea le royaume entre ces trois derniers, et donna aux autres des revenus considérables Bientôt après , Micipsa

demeura seul possesseur de ces vastes Etats par la mort de ses deux frères. Il eut deux fils, Adherbai et Hiempsal. Il fit élever avec eux dans son palais Jugurtb a son neveu, fils Forufiit&jde Mastanabal. Jugurtha avait des qualités jugurtha. excellentes , était bien fait de sa personne , beau de visage, plein d'esprit et de bon sens, fuyant le luxe et le plaisir ; il s'exerçait à la course 3 à lancer le javelot , à monter à cheval 3 à chasser contre les lions ei autres bêtes féroces. Pour achever son éloge , il excellait en tout, et ne parlait point de lui-même (1). An.M. 3876. Un si grand mérite donna de l'inquiétude Av!je'c6i28. à Micipsa. 11 se voyait âgé, et ses enfans fort jeunes. Pour éloigner un compétiteur si dangereux pour ses enfans, il lui donna le commandement des troupes qu'il envoyait au secours des Romains , occupés alors au siège de Numance sous la conduite de Scipion. Jugurtha , joignant à un courage intrépide toute la prudence possible , gagna l'estime et l'amitié de toute l'armée. Scipion le renvoya avec des lettres de recommandation pour son oncle , et des témoignages fort avantageux, après lui avoir donné de sages conseils, connaissant peut-être dans ce jeune prince une ambition dont il craignait les suites.

Micipsa, touché de ces témoignages, l'adopta; et, par son testament, le fît son héritier comme ses deux autres enfans , leur recommandant de vivre tous dans une grande union , et surtout de demeurer fidèlement attachés au peuple romain, et de le regarder comme leur bienfaiteur , leur patron , leur (i ) Plunmùm facere, et minimum ipse de se loqui. Sat.

maître. Micipsa mourut peu de jours après

Jugurtha ne se contraignit pas long-temps. Il commença par se délivrer d'Hiempsal, qui conduite lui avait parlé avec beaucoup de liberté, etdeJugurt *' le fit égorger. Àdherbal vit par là ce qu'il devait craindre pour lui-même. La Numidie se divise, et prend parti entre les deux frères: Adherbal, après avoir perdu la plupart de ses places, est obligé de se sauver à Rome. Jugurtha sachant que tout y était vénal, y envoya des députés , avec ordre de corrompre , à force de présens , les principaux des sénateurs. Àdherbal, dans la première audience, exposa son malheureux état, les injustices et les violences de Jugurtha, le meurtre de son frère , la perte de presque toutes ses places , et insista principalement sur les derniers ordres que son père , en mourant , lui avait donnés , de mettre uniquement sa confiance dans le peuple romain. Son discours fut long et pathétique. Les députés de Jugurtha répondirent en peu de mots, qu'Hiempsal avait été tué par les Numides, à cause de sa cruauté; qu' Adherbal avait été l'agresseur; et qu'après avoir été vaincu, il venait se plaindre de n'avoir pas fait tout le mal qu'il aurait souhaité ; que leur maître priait le sénat de juger de sa conduite en Afrique, par celle qu'il avait gardée à Numance, et de compter plus sur ses actions que sur les accusations de ses ennemis. Les députés de Jugurtha avaient employé une éloquence plus efficace que les paroles , et elle eut son effet. Il fut résolu qu'on enverrait sur les lieux des commissaires pour partager également les provinces

ibb HISTOIRE

entre les deux rois. Le partage se fit entière» ment en faveur de Jugurtha, qui n'avait poin épargne' l'argent.

Ce premier succès enfla son courage et sa hardiesse. Il attaque son frère à force ouverte ; et pendant que celui-ci envoie vers es Romains , il enlève plusieurs de ses places, et , après le gain d'une bataille, l'assiège lui-même dans Cirtha, capitale de son royaume. Le sénat et le peuple romain déclarent par leurs députés aux deux princes , qu'ils aient à mettre bas les armes , et à faire cesser toute hostilité. Jugurtha conservant toujours une apparence de respect et de soumission envers les Romains, répond qu'il ne croyait pas que l'intention du peuple romain fût de l'empêcher de défendre sa propre vie contre les embûches de son frère, et qu'il enverrait au plus tôt à Rome pour informer le sénat de sa conduite. Il éluda de cette sorte les ordres du sénat, et ne laissa pas même aux députés la liberté d'aller trouver Adherbal.

Une seconde députation , composée de sénateurs de grand poids , et entre autres d'Emilius Scaurus, homme puissant dans la noblesse, factieux , et qui cachait de grands vices sous une apparence de probité, effraya Jugurtha, mais il sut éluder leur demande, et les sénateurs retournèrent à Rome comme ils en étaient venus. Adherbal n'ayant plus de ressource , se rendit , à condition qu'il aurait la vie sauve ; mais il fut égorgé sur-lechamp , et un grand nombre de Numides avec lui.

Malgré l'horreur que cette nouvelle excita

à Rome , l'argent de Jugurtha lui fit encore trouver des défenseurs dans le sénat. G. Memmius, tribun du peuple, homme vif, et ennemi de la noblesse, engagea le peuple à ne pas souffrir qu'un crime si horrible demeurât impuni. La guerre fut déclarée à Jugur- An. M.3»9j. tha. Le consul Galpurnius Beslia en fut char-*™}^6^ gé, homme dont l'avarice ternissait les grandes qualités. Scaurus partit avec lui. Ils emportèrent d'abord quelques places, mais l'argent de Jugurtha arrêta ces conquêtes. On fit un traité : Jugurtha parut se rendre au peuple romain. Trente éléphans, quelques chevaux, et une somme d'argent fort médiocre, furent remis entre les mains du questeur.

L'indignation publique éclata pour lors à Rome. Le tribun Memmius échauffa les esprits par ses discours. On fit venir à Home Jugurtha, afin qu'en présence du peuple romain,on examinât qui étaient ceux qui avaien t reçu de l'argent. Il s'y rendit. Un tribun , corrompu à force de présens, traîna l'assemblée en longueur, et la dissipa. Un prince numide, petit -fils de Massinissa, nommé Massiva, étant pour lors à Rome, fut conseillé de demander le royaume de Jugurtha. Celui-ci le sut, et le fit égorger au milieu de Rome. Le meurtrier fut arrêté, et mis entre les mains de la justice; et Jugurtha eut ordre de se retirer en Italie. Ce fut pour lors que, sortant de la ville , et tournant plusieurs fois ses regards de ce côté- là, il dit : a Que Rome n'at- » tendait qu'un acheteur, et qu'elle périrait » s'il s'en trouvait un (1). »

(1) Postquàm Româ egressus est, lertur saepe tacitus

IÇO HISTOIRE

La guerre recommença. Le consul Albinus réussit fort mal d'abord ; et plus mal encore son frère Àulus. Celui-ci ayant engagé l'armée dans un défilé , se rendit honteusement à Jugurtha , qui fit passer les Romains sous le joug, et leur fit promettre qu'ils sortiraient de Numidie dans l'espace de dix jours.

L. Métellus , consul, fut envoyé pour venger un pareil affront. Son désintéressement couronnait les autres vertus d'un excellent général qu'il possédait. Jugurtha, qui, pour vaincre, avait jusqu'alors moins employé l'épée que l'argent , paya de sa personne, et fit tout ce qu'on peut attendre de la bravoure, de l'habileté et de l'attention d'un grand capitaine, à qui le désespoir fournit de nouvelles forces et de nouvelles lumières.

La grande peine de Jugiirtha fut de se mettre à couvert du côté des traîtres. Depuis qu'il eut su que Bomiicar , eii qui il avait une entière confiance, avait songé à attenter sur sa vie , il n'eut plus de repos. Le jour, la nuit, le citoyen, l'étranger, tout lui était suspect, et le faisait trembler.

Marius , lieutenant de Métellus , dévoré d'ambition , vint à bout, par ses calomnies , de supplanter son général. Quelque force d'ame qu'eût Métellus , la noirceur affreuse de Marius lui arracha des larmes. L'honneur du triomphe lui fut cependant accordé à son retour à Rome , et il prit le surnom de Nu^ midicus.

Jugurtha , dans la déroute de ses affaires ,

eo respiciens postremô dixisse : Urbem, venaient et maiurè perlturam , si emptorem inveneriu Sallust.

avait eu recours à Bocchus, roi des Maures , Jugurtha dont il avait épousé la fille. Il engagea son Zw£T* beau-père à entrer en ligue avec lui contre les Romains , et il en reçut de grandi secours. Une dernière défaite de Jugurtha acheva de rompre entre eux cette liaison, qui n'était fondée que sur l'intérêt. Bocchus ayant conçu le dessein de livrer le Numide aux Romains , écrivit à Marius de lui envoyer un nomme de confiance, auquel il devait remettre son gendre. Le général romain choisit pour cet effet Sylla, jeune officier de mérite, qui servait sous lui en qualité de questeur. Sylla y alla , et y courut de grands risques par l'incertitude de Bocchus , qui enfin lui remit Jugurtha , que Sylla conduisit à Marius. Au lieu d'attribuer à son général l'honneur de cet événement, selon la règle , Sylla s'en réserva la plus grande partie. Il fit faire un anneau qu'il portait toujours , où il était représenté recevant Jugurtha des mains de Bocchus ; et il affecta dans la suite de s'en servir pour son cachet. Marius, piqué au vif, ne lui pardonna jamais cette espèce d'insulte, qui fut l'origine de cette haine implacable qui éclata depuis entre ces deux Romains , et qui coûta tant de sang à la république.

Marius entra en triomphe dans Rome, traînant captif Jugurtha, cet ennemi redoutable, Rome. 645." dont le courage était soutenu par un génie Av,JC,xo3é si fertile en finesses et en ressources, au milieu des malheurs les plus désespéras. On dit que dans la marche du triomphe il perdit l'esprit; qu'après la cérémonie il fut mené en

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Mort de prison, et que les serge n s , se hâtant d'avoir gur ' sa dépouille , déchirèrent sa robe, et lui ar rachèrent les deux bouts des oreilles pour avoir les pendans qu'il y portait. En cet état, il fut jeté tout nu dans une fosse profonde , où il passa six jours entiers à lutter contre la faim et contre la crainte de la mort, ayant toujours conservé jusqu'au dernier soupir un ardent désir de la vie. Digne récompense de ses forfaits, s 'étant toujours cru tout permis, pour assouvir son ambition, son ingratitude , sa perfidie, ses noires trahisons, et ses cruautés sanglantes et barbares.

Juba, roi de Mauritanie, a fait trop d'honneur aux lettres et aux sciences , pour être entièrement omis dans l'histoire de la fa- Histoirede niille de Massinissa , dont son père, nommé Juba. aussi Juba, était arrière-petit-fïls, et petit-fils

de Gulussa. Juba le père se signala dans la guerre entre César et Pompée, par son attachement inviolable au parti du dernier. Il se donna la mort après la bataille de Thapse , où ses troupes et celles de Scipion furent An. m. 3g58. entièrement défaites. Juba son fils, encore 5°Tc7 46 en^ant? fut uvr^ au vainqueur , qui en fit un des principaux ornemens de son triomphe. Il paraît qu'on prit grand soin de son éducation à Rome, où il acquit des lumières, qui , dans la suite l'égalèrent aux plus savans hommes qu'ail jamais eus la Grèce. Il ne quitta le séjour de cette ville que pour aller- pren- . , dre possession du royaume de son père. Au-

An M. 3974. ^ J r ,,.

Rome. 728. guste *e lui rendit, lorsque par la mort d An- Av.J. C3o. lome? ^ se vjt maître absolu de disposer des

provinces de l'empire. Juba s par la douceur

ANCIENNE. LIV. II ig5

de son règne , gagna le cœur de tous vses sujets, qui le mirent au nombre de leurs Dieux, fl avait écrit de l'histoire d'Arabie, des antiquités d'Assyrie, des antiquités romaines, de 'histoire des théâtres , de celle de la peintue et des peintres , de la nature et des propriétés de différens animaux , de la grammaire, et d'autres matières semblables, dont on peut voir le dénombrement dans la dis- :/gs mémoires sertation de M. l'abbé Sevin, sur la vie et sur df e™«*éf*

det belles-Ut"

les ouvrages de Juba le jeune. tres,P. 453,

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