DIGRESSION
Mœurs et Seipion, le destructeur de Carthage, était ^cond'soN Pr0Pre fus au fameux Paul Emile, qui vainpion l'Afri- quit Persée, dernier roi de Macédoine, et par conséquent petit-fils de cet autre Paul Emile, qui fut tué à la bataille de Cannes. M fut adopté par le fils du grand Seipion l'Africain, et nommé Scipio Mmiiianus ; ce qui , selon la loi des adoptions, réunissait les noms Veiu paier. des deux familles. Il en soutint également f. i c. I2. l'honneur par toutes les grandes qualités qui peuvent illustrer la robe et l'épée. Pendant tout le cours de sa vie, on ne vit rien en lui que de louable; actions, discours, sentimens. Il se distingua particulièrement ( éloge bien rare maintenant dans les gens de guerre) par un goût exquis pour les belles - lettres , et pour toutes sortes de sciences, et par l'estime singulière qu'il faisait des personnes lettrées et savantes. Partagé entre les armes et les livres , entre les travaux militaires du camp et les occupations paisibles du cabinet, ou il exerçait son corps par les fatigues de la guerre , ou il cultivait son esprit par l'étude des sciences. Il avait toujours entre les mains les ouvrages deXénophon (1), si pleins d'instructions solides , soit pour la guerre , soit pour la politique. Tout le monde sait qu'on lui attribuait les comédies de Térence, ouvrage le plus achevé que Rome ait jamais Excerp. è produit pour l'élégance et la finesse. L'union io°3. P' intime de Seipion avec Polybe, acheva de
(i) Africanus semper socraticum Xeoophontem in maaibus habebat, Cicer. TuscuL Qœsùon.L 2. n. 62.
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perfectionner en lui les rares qualités qu'un heureux naturel 3 et l'excellente éducation que Paul Emile lui avait donnée, y faisaient déjà admirer Pendant les cinq premières années qu'il fut à l'école de Polybe , il sut bien profiter des leçons qu'il y recevait. Il avait conçu une aversion extrême pour les plaisirs également dangereux et honteux auxquels s'abandonnait la jeunesse romaine.
Il possédait à un degré éminent la générosité, le noble désintéressement, le bel usage des richesses; vertus si nécessaires aux personnes d'une grande naissance.
Emilie, femme du premier Scipion l'Africain, et mère de celui qui avait adopté notre Scipion , avait en mourant laissé une riche succession à ce dernier. Quand elle fut morte , Scipion abandonna tout ce riche héritage à sa mire Papiria, qui , ayant été répudiée il y avait déjà quelque temps par Paul Emile, et n'ayant pas de quoi soutenir la splendeur de sa naissance , menait une vie obscure , et ne paraissait plus dans les assemblées ni dans les cérémonies publiques.
Etant obligé , en conséquence de la succession de sa grand'mère , de payer, en trois termes différens , aux deux filles de Scipion son grand-père adoptif, la moitié de leur dot, qui montait à cinquante mille écus ; à l'échéance du premier terme , Scipion fît remettre la somme entière. TibériusGracchus, et Scipion Nasica , qui avaient épousé ces deux sœurs, crurent que Scipion s'était trompé ; ils allèrent le trouver. Scipion teur dit qu'il n'ignorait pas la disposition dus lois ;
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qu'on en pouvait suivre la rigueur avec des étrangers 9 mais qu'avec des proches 'et des amis, il convenait d'en user avec plus de simplicité et plus de noblesse , et il les pria de recevoir la somme en son entier.
Paul Emile son père étant mort, Scipion céda à son frère Fabius , qui était moins riche que lui, plus de soixante mille écus, qui étaient sa part de la succession paternelle» 11 lui donna outre ceia quinze mille écus , pour porter la moitié des frais que ce même frère devait faire pour un spectacle de gladiateurs, en l'honneur de la mémoire de son père.
Après la mort de Papiria sa mère , il laissa à ses sœurs tous les présens magnifiques qu'il lui avait faits. Tou tes ces différentes preuves de sa grandeur d'ame , lui attirèrent des applaudissemens universels.
Les exercices de la chasse , auxquels il se plaisait extrêmement , contribuèrent beaucoup à rendre son corps robuste , et capable de soutenir les plus rudes fatigues. Toutes ces belles qualités, tant du corps que de l'esprit, furent les solides fondemens de cette gloire et de cette réputation, qui ont rendu le nom de Scipion si illustre.
de ta famille et de la "postérité