Abrégé de l'histoire d'Angleterre
L.A publication de l'Histoire d'Anglci ci i par le docteur John Lingard^ est un des événements littéraires les plus remarquables de nou e époque ; et la révolution qu'elle a
S réduite dans les esprits , non pas seulement ans la patrie de Tauteur , mais eu France èt dans l'Europe entière, est de celles dont les résultats promellcnt d'être durables. Un prêtre catholique a conçu la pensée courageuse de combattre, au sein d'une nation protestante , une coalition d'histoxiens protestants , et particulièrement de lutter contre * Vautori té du plus renommé de ces historiens, autorité devenue européenne , et que les philosophes du dix-huitième siècle avoient eu Fart de créer, d'agrandir, de cimenter; au point de la rendre respectable , même à leurs plus grands ennemis. Pour vaincre dans un tel combat , cet écrivain n'a employé d autres armes que la vérité : il l'a cherchée avec dés . soins infatigables ; il Ta présentée avec can-
ij PRÉFACB.
deur et simplicité : à ses clartés se sont éva^ noules les m^urs grossières , les assertions hasardées , les impostures astucieusement concertées ; etceHametaiit vaiaé, ce prince
• de l'histoire , a paru , sans compter tout le reste (i), ce qu^il est réellement , un écrivain superficiel et un dangereux romancier.
C'est vainement que quelques esprits^ obstinés dans leurs préventions , essaient encore de ranimer celle vieille admii^ation qu'il leur fâche de voir s'éteindre pour cette vieille idole du pliilosophisme : malgré leurs efforts qui, de jour en jour, deviennent visiblement plus timides ^ le coup est porté et Hume ne s'en relèvera pas« Ou tous les antiques monumenls, tous les titres originaux de rAnglelerre catholique § sont des pièces apocryphes et des sources men- . songères , ou il est évident que cet éci ivaia ne Les a pas étudiées , et n'a pa4 même soup^ çonné l'existence d'un grand nombre de ces
. précieux matériaux : voilà la preuve d'igno-^^ rance. Ou il faut rejeter, en ce qui concerne rAQgleterre réformée, les témoignages des contemporains dans tous les partis , et les documents officiels les plus positifs et les plus autiicntiqùes, ou c'est une nécessité de
(i) Ce resté se cômpdse d'invptëtés de lont genre^
on scrieiises ou badines, doot il a^saisouoe sesbexufi^, titv ses. TOfiosoDges.
i>R£§ACE. iij
convenir que , s^il en est encore un graftd nombre et des plus importants , qu'il n'a pas connus (car, ainsi que Taftirme, avecconnoissance de cause, son savant antagoniste, rérudilion de Hume ne va jamais pliJà loin que la leclure des livres et des pièces imprimées), il a certainement dénature aveë intention, présenté sous un jour faux et artîQcieux, ceux qu'il n^a pu méconnoîlrç; 'voila la preuve de la mauvaise foi.
C'est sUi* céà titrés originaux , c'est sur ces témoignages et ces documents authentiques des annales anciennes et mbdernéâ de son pays, que le D. John Liiigard a élevé un «QQnmnent historique , qui n'a rien à re^ douter du témps ni des passions des hommes,
1)arce que les fondements en sont inébranables ; et lui appliquant ; dans un sens con^ tràire^ pe que nous venons de dire de Tiiisr toi^d protestant: ou il fàudra désormais prouver que toutes ces sources historiques sc^i c^otihées , ou ce sera une nécessite de convènir que le rival de Hume réunit les deux prlticipàles qualités qu'onu exige de cefui qui entreprend décrire l'histoii e : la coQiiQissance approfondie des faits et l'amour de la vérité.
Ce caractère qui lui appartient exclusive-* ^ irieât, et qui le plâdè, nôn pas scfutëmerit au-dessus , ce rie seroit point assez dire , mais à part' de tous left autres hiàtoriéhs tno" dernes de son pays , se fait remarquer, dès
iv PRÉFACE.
les preoûères page^ dê^sa narration , et ne se dément pas un seul instant, soit qu'il recueille avec sagacité, au milieu des ténèbres des praniers siècles , les faits épars dans leurs chroniques obscures et incomplètes, pour en former un tissu historique plus clair, moins incohérent, (jue tout ce qui avoit été entrepris jusqu'à lui sur ces antiquités nationales; soit qu'il suive , k travers les révolutions du gouvernement féodal , les traces d'abord presque insensibles des institutions parlementaires , qui depuis ont tant influé sur les destinées de la nation angloise et du monde entier, et qu'il en développe savamment l'accroissement et les vicissitudes \ soit qu'il raconte les guerres continentales dés deux monarques conquérants dont s'enorgueillit l'Angleterre , les désastres de leurs successeurs, les querelles acharnées des deux maisons rivales , qui se disputèrent si long-temps un tronc inondé de leur propre sang ; partout il abonde en faits nouveaux , inattendus, toujours soutenus de le lU's preuves incontestables, faits qui remplissent les lacunes laissées par ses devanciers, dissipeht les obscurités qu'ils n'avoient pas su éclaircir, et complètent une suite de tableaux, dont toutes les, parties sont coordonnées entre elles , et dont Tesprit saisit , à la fois et facilement , l'ensemble et les détails.
Mais, quoique le D. Lingard se montre, dans celte partie de son travail > érudit plus
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PBEFACE. ' V
profond , narrateur plus exact^et plus habile
que ceux qui Font précédé ; cependant il est Yrai de dire que, si Fon en excepte les rapports du Saint-Siégc avec F Angleterre et les actes des pontifes a Fégard de ses rois , cii*constances historiques de la pkis ^ande iniportance et qu'il présente seul sous leur véritable point de vue, cet historien n^a pas souvent occasion de s'écarter des voies communes que tant d'autres ont stvvies ; et que poui' être plus exacte , plus claire , plus abondante , Fhistoire de l'Angleterre catholique conserve, dans son livre, à peu près son ancien caractère* C'est à Fépoque de la reforme, que tout y prend une face nouvelle : ici finissent les erreiu*s et les omissions queW quefois hmocentes , et commencent les mensonges volontaires et calculés des historiens protestants ; ici Fhistoire devient , sous la plume du D. Lingai d comme une révélation nouvelle des plus horribles études plus effrayantes vérités ; ici sont exposés , dans leur affreuse nudité, les règnes hideux de * - Henri VIIl, d'Edouard Yl, ou plutôt de ses tuteurs et conseillers, d'ËUsabeth, qui com^ bia la mesure des crimes et des cruautés de sa race. Les passions orgueilleuses et indomptables de Henri VIII séparent violemment FE^hse d'Angleterre du centre de la catholicité, et la laisse cependant Jusqu'à un certain point , catholique ; sous Edouard VI , le fanatisme astucieux de ceux qui gouvemoient ce
Digitizod
T|î PREFACE. * *
roî-enfant, jelte W premiers fondements de l'Eglise anglicane et protestante ; le règne trop court de Marie voit la nation retourner avec jode, et comme par une pente naturelle, au catholicisme; Elisabeth et ses ministres la râknènent bientôt Ysro la réforme , par une suite d'atrocités légales et de manœuvres^ machiavéliques , qui forment, du règne de ce tyran femelle, l'époque peut-être la plusatroce et ' la *plus révoltante d'une histoire si féconde en crimes politiques et en grandesca^strophes. Les malheura, la^ captivité , la .mort de la reine d'Ecosse, se rattachent aux intrigues basses et criminelles du cabinet anglois par une foule de liens jusqu alors invisibles , ^ue le D. Lingard sait,« pour Ja; première fois , mettre à découvert ; et pour la première fois , l'infortunée Marie Stuart , trouve un défenseur^qui démontre son iii-^ nocence, non par de vaines déclamations, mais par des faits concluants et d'une incon<testable authenticité. Cependant , du seii^ d'un système de religion fondé- sur l'anar^ ehiedes croyances, s'élève, par degrés^ une opposition qui menace le pouvoir politique, en même temps qu'elle repousse toute auto* rilé religieuse : elle commence à donner ses^ pr^[mer& signes de vie> sous Elisabeth nvâme et vers ses dernières années^ , et s'élève d^ mœa^nte sous le premier des* Stuaits,.
dont elle intimide la foiblesse vaniteuse , et qu'elle réduit, presque malgré lui, à se faire'
PREFACE. Vij
rinstriunent hypocrite et crud de toil into*
lérance fanatique. Ce règne débile achève d'user les ressorts déjà atïbiblis du gouver* iietiieiit monarchique : le système imprudent
danslequel s'engage lesuccesseur de Jacques, syiième qui offre le mélange déplorable du despotisme et de l'impuissance , les brise arec éclat; et la réforme anglaise , qui a commencé par offrir un roi pontife , réunissant sur sa tête tous les poUYt)irs divins et humains, nous montre, après un siècle à peine écoulé, un roi dont la tète tombe sur wi échafkud j et ce siècle , où des persécutions inouies et sans relâche sont ejiLercées çontre les cathoUques , où leur sang n'a cessé de couler, devient , au milieu de cesr révolutions politiques , une ère nouvelle, et jusqu'à ce }Our inconnue^ de martyrs et de confesseurs.
La mort tragique de Charles W est le pomt où se trouve suspendue jusqu'à ce jour là narration du nouvel historien : il achève en ce moment le grand et terrible tableau de cette révolution , décidé qu'il est à s'arrêter à cette autre révoluti<m de 1688^ laquelle a fait l'Angleterre telle que nous la voyons aujourd'hui. Il est facile dec^mcevoir pourquoi ie docteur Lingard ne veut pas aller plus^ loin : il seroii téméraire à un prêtre catho^ liqué de raconter j dans« son pi*opre pays , l'histoire d'une dynastie protestante qui règne encore^ dont il est le sujet, et quicompie
DigitizGd by G
Viij PRÉFACE.
a peine cent ans d'existence. Cette nouyelle
histoire dont toutes les parties sont intime- . meut liées entre elles , parce que tout y est le résultat, en quelque sorte nécessaire, d^uu système nouveau de politicrae, dont il nV a
point d'exemple dans les fastes du monde, attend encore son dénouement ; elle ne peut
être bieu failc que quand ce dénouemeuL sera arrivé.
Il n'est pas besoin , sans doute, de beaucoup de raisonnements pour prouver que ce grand et beau monument, fait pour Finstructien de l'âge mûr , ne pouvoit êtf e trop tôt abrégé dans Fintérêt de la jeunesse, pour qui, depuis plus de cinquante ans, on abrège l'histoire de Hume sous toutes les formes ;
Sour qui, d'après un tel guide, riiis Loire 'Angleterre est devenue une école de mensonges historiques et d'impiétés philosophiques*
Uun de nous avoit donc à peine achevé la traduction de Touvrage du docteur Lingard , que nous nous sommes hâtés d'entreprendre ce nouveau travail , persuadés qu^il ^ étoit non seulement utite^ mais d'une indispensable nécessité.
Cette entreprise ne laissoit pas que d'offrir d'assez grandes difficultés : il n'est rien sans doute de plus rebelle à l'analvse qu'un livre dont chaque page , quêlquerois même chaque ligne , est le récit d'im fait , et dans lequel s enchaînent tellement ces faits si mu^