TRAITÉ ENTRE LEURS MAJESTÉS LE ROY LOUIS XVI
ET NGUYÊN-ANH ROY DE COCHINCHINE.
Préambule. — Nguyin-Anh, roy de Cochinchine, ayant été dépouillé de ses Etats, se trouvant dans la nécessité d'employer la force des armes pour les recouvrer, a envoyé en France le sieur Pierre-Joseph-Georges Pigneau de Béhaine, évoque d'Adran, dans la vue de réclamer le secours et l'assistance de Sa Majesté le roy triis-chrétien ; et Sa dite Majesté étant convaincue de la justice de la cause de ce prince, et voulant lui donner une marque signalée de son amitié, comme de son amour pour la justice, s'est déterminée à accueillir favorablement la demande faite en son nom. En conséquence, elle- a autorisé le sieur comte de Montmorin, ministre de ses camps et armées, chevalier de ses ordres et de la Toison d'Or, son conseiller en tous ses conseils, ministre et secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances, ayant le département des affaires étrangères, à discuter et à arrêter avec ledit sieur évéque d'Adran, la nature, l'étendue et les conditions des secours à fournir, et les plénipotentiaires, après s'être légitimés,* le comte de Montmorin en communiquant ses pleins pouvoirs, et l'évéque d'Adran en produisant le sceau du royaume de Cochinchine, ainsi qu'une délibération du grand Conseil du dit royaume, sont convenus des points et articles suivants :
Article premier. — Le roy très-chrétien promet et s'engage de secourir de la manière la plus efficace les eflîbrts que le roy de Cochinchine est résolu de faire pour rentrer dans la possession et jouissance de ses Etats.
Art. 2. — Pour cet effet. Sa Majesté très-chrétienne enverra incessamment sur les côtes de Cochinchine, à ses frais, quatre frégates avec un corps de troupes de 1.200 hommes d'infanterie, 200 hommes d'artillerie et 250 Cafres. Ces troupes seront munies de tout leur appareil de guerre, et nommément d'une artillerie compétente i.
Art. 3. — Le roy de Cochinchine, dans l'attente du service important que le roy très-chrétien est disposé à lui rendre, lui cède éventuellement.
(1) Les troupes devaient être prélevées sur les régiments d'/^te (te France et de Bourbon. L'artillerie devait comprendre 2 pièces de huit, 4 obus'iers, 2 mortiei-s. Il était stipulé, eu outre, l'envoi d'une frégate, de deux Mie^ et de plusieurs transports.
ainsi qifà la couronne de France, la propriété absolue et la souveraineté de Tîle formant le port principal de la Cochinchinc, appelé Hoi-Nan, et par les Européens. Touron*, et cette propriété et souveraineté seront incommutablement acquises dès que les troupes françaises auront occupé nie susmentionnée.
Art. 4. — Il est convenu, en outre, que le roy très-chrétien aura concurremment avec celui de Cochinchine la propriété du port susdit, et que les Français pourront faire sur le continent tous les établissements qu'ils jugeront utiles, tant pour leur navigation et leur commerce, que pour garder et caréner leurs vaisseaux et pour en construire. Quant à la police du port, elle sera réglée sur les lieux, par une convention particulière.
Art. 5. — Le roy très-chétien aura aussi la propriété et la souveraineté de l'île de Poulo-Condore.
Art. 6. — Les sujets du roy très-chrétien jouiront d'une entière liberté de commerce, dans tous les £tats du roy de Cochinchine, à l'exclusion de toutes les autres nations européennes. Ils pourront, pour cet effet, aller, venir et séjourner librement sans obstacles et sans payer aucun droit quelconque pour leurs personnes, à condition toutefois qu'ils seront munis d'un passeport du commandant de l'île de Hoi-Nan. Ils pourront importer toutes les marchandises d'Europe et des autres parties du monde, à l'exception de celles qui seront défendues par les lois du pays. Ils p ourront également exporter toutes les marchandises du pays et des pays voisins, sans aucune exception ; ils ne paieront d'autres droits d'entrée et de sortie que ceux qu'acquittent actuellement les naturels du pays, et ces droits ne pourront être haussés, en aucun cas, et sous quelque dénomination que ce puisse être. Il est convenu de plus qu'aucun bâtiment étranger, soit de commerce, soit de guerre, ne sera admis dans les Etats du roy de Cochinchine, que sous le pavillon français et avec un passeport français.
Art. 7. — Le gouvernement cochinchinois accordera aux sujets du roy très-chrétien la protection la plus efficace, pour la liberté et la sécurité, tant de leurs personnes que de leurs eftets, et, en cas de difficultés et de contestation, il leur sera rendu la justice la plus exacte et la plus prompte.
Art. 8. — Dans le cas où le roy très-chrétien serait attaqué ou menacé par quelque puissance que ce puisse être, relativement à la puissance des îles de Hoi-Nan et de Poulo-Condore, et dans le cas où Sa Majesté très-chrétienne serait en guerre avec quelque puissance, soit européenne soit asiatique, le roy de Cochinchine s'engage à lui donner des secours en soldats, matelots, vivres, vaisseaux et galères ; ces secours seront fournis trois mois après réquisition ; mais ils ne pourront être employés au delà des îles Molluques et de la Sonde, et du détroit de Malacca. Quant à leur entretien, il sera à la charge du souverain qui les fournira.
Art. 9. — En échange de l'engagement énoncé dans l'article précédent, le roy très-chrétien s'oblige d'assister le roy de Cochinchine, lorsqu'il sera troublé dans la possession de ses Etats ; ces secours seront proportionnés à la gravité des circonstances ; cependant ils ne pourront, en aucun cas, excéder ceux énoncés dans l'article deuxième du présent traité.
(1) C'est le port actuel de Tourauu
— lOi —
Art. lo. — Le présent traité sera ratifié par les deux souverains contractants, et les ratifications seront échangées dans l'espace d'un an, ou plus tôt, si faire se peut.
En foi de quoi, Nous, plénipotentiaires, avons signé ce présent traité, et y -avons fait apposer le cachet de nos armes. Fait à Versailles, le 21 novembre 1787.
(L. S.) Le comte de Montmorin.
t P.-F.-G., évèque d'Adran (L. S.).
Article séparé. — Dans la vue de prévenir toutes difficultés et mésentendus, relativement aux établissements que le roy très-chrétien est autorisé à faire sur le continent, pour l'utilité de la navigation et du commerce, il est convenu avec le roy de Cochinchine que ces mômes établissements seront et appartiendront en toute propriété à Sa Majesté très-chrétienne, que la juridiction, la police, la garde et tous actes d'autorité, sans exception, s'y exerceront privativement en son nom.
Pour prévenir les abus auxquels les établissements mentionnés cidessus pourraient donner lieu, il est convenu expressément qu'on n'y recevra aucun Cochinchinois poursuivi pour crime, et que ceux qui pourraient s'y être introduits, seront extradés à la première réquisition du gouvernement. Il est convenu également que tous les Français transfuges seront extradés à la première réquisition du gouverneur de Hoi-Nan ou de celui de Poulo-Çondore. Le présent article séparé aura la môme forme et valeur que s'il était inséré mot à mot dans le présent traité.
En foi de quoi. Nous, plénipotentiaires, avons signé ce présent article séparé, et y avons fait apposer le cachet de nos armes. Fait à Versailles, le 28 novembre 1787.
(L. S.) Le comte de Montmorin.
f P.-J.-G., évcque d'Adran (L. S.).
L'émioent prélat, après bien des démarclies, voyant enfin qu'il ne pouvait rien obtenir du gouverneur de l'Inde, prit le parti de revenir en Cochinchine ; il n'y revint cependant pas les mains vides. Soit qu'il eut prévu l'insuccès, soit qu'il avait simplement voulu augmenter encore les forces accordées par le roi de France, il s'était appliqué, chemin faisant, à recruter du personnel et réunir du matériel de guerre, dont il paya une partie au^ moyen des 15.000 livres que sa famille lui avait fournies pour les besoins de la cause.
C'est ainsi que les négociants de l'Ile de France et de IJonrbon firent partir, sur les instances de l'évècfue et au moment de son passage (1788), deux navires chargés d'armes et de munitions ; les négociants français de Pondichéry, mieux inspirés et plus patriotes que leur gouverneur, avaient donné également à Mgr de IJéhaitie deux navires marchands chargés d'approvisionnements, d'armes et de munitions. Sur ces derniers navires, qui étaient escortés par la frégate \a MédiLse, arrivaient aussi plusieurs officiers français que d'autres vinrent rejoindre successivement. Ces vaillants soldats venaient offrir à Nguyen-Anh leur science, leur courage et leur vie, pensant évidemment servir aussi la cause de la France en servant celle du prince annamite. Ce service sous un drapeau étranger n'a
d'ailleurs rien qui doive surprendre. Il était d'usage assez fréquent sous Taricien régime. De plus, tous ces officiers appartenaient au cadre colonial où ils étaient entrés et qu'ils pouvaient quitter avec beaucoup de facilité. Quant aux volontaires <, ils n'étaient point liés par un engagement d'une durée déterminée et leur coniral était révocable à leur gré, à moins qu'ils ne fussent en débet envers l'Etat. Voici des noms que nous extrayons des intéressiiuts ouvrages du P. Louvet(£ra Cochùichinf religieuse) et de M. A. Faure (Mgr Pigmau de Béhaine), Le seul regret que nous ayons en la circonstance^ c'est de ne pas pouvoir, faute de documenls, donner des renseignements plus détaillés sur cette poignée de braves Français auxquels les Nguyën ont du l'empire d'Annam.
Pour la marine, MM, :
Dayot (Jean-Marie), lieutenant de vaissejiu auxiliaire du cadre colonial, neveu de M. Charpentier de Cossigny (ex-gouverneur de rinde), appartenait à la station lociile de l'Inde, cr II avait eu des malheurs dans sa carrière. Alors qu'il faisail le service de caboteur, il fut pris par des pirates du port de Vizandrut, entre Goa et Bombay, dans le golfe de Gambaye, et fort mtdtraité. Il s'était échappé de leurs mains, mais le navire avait été capturé. Dayot n'eut généralement pas de chance dans sa vie aventureuse. Elle se termina tristement. » (A. Faure). Dayot entra au service du chûa de Cochiiichine en 1 790. II obtint le titre de commandant en chef de la flotte cochinchînoise. Avec une division de deux navires, le Bong-Nai et le Prince-de-Cochinchine, il fit respecter le pavillon annamite dans tout l'Exlrème-Orient. M. Dayot se noya dans le golfe du Tonkin en 1809 étant encore toujours au service du souverain de Gochinchine.
Magon de Médine, lieutenant de vaisseau du cadre colonial, (juitta la corvette le Pandour pour passer au service du chûa de Gochinchine en 1788. Il n'y resta sans doute que peu de temps. Les divers ouvrages que nous avons pu consulter ne font que le nommer et ne parlent pas de son départ.
Vannier (Philippe), du cadre colonial -, prit du service en Go-
(1) frLes roUmiaire^y dans la marine, de raucieii tenjps, élaieiil d(is jeune.s gens issus de famUIes aisées, ayant re(;a une inslruclioii libérale, et '|ui, attirés par le charnie de l'inconnu et des aventures lointaines, enihanfuaient comme pensionnaires sur les hàtiinents de l'Etat. On leur allouait un franc par jour pour frais de table. Ces volontaires, après un certain temps de navigation, par degrés successifs, parvenaient au grade d'élève, ou aspirant de nMrine, (jui leur conféiait la (jualité d'ofticier. » (A. Faure).
{^\ a 1^ nom de Vannier ne figure sur aucun des rùles des bâtiments de s que nous avons consultés. U devait de même que Dayot isle Sellé, appartenir au cadre colonial. » (A. Faure).
chinchine eu 1788; il commaiida successivement le Bong-Thutùv, le Bông-Nai et le Phung-P ht (Phénix)- Il fut élevé, plus tard, à la dignité de mandarin de i^e classe et retourna en France en 18^5.
Girard de l'Isle Sellé (Julien), du cadre colonial, commandante Prùice-de-Cochinchine .
Guillon (Jean-Baptiste), volontaire de 2*= classe embarqué sur la frégate la Dryade, passa, en 1788, au service du roi de Cochinchîne, qui le nomma, au début, lieutenant de vaisseau sous les ordres de Vanuier. Il rentra eu France après quinze ans de service, en 1804.
Guilloux (Guillaume), volontaire de 1"^^ classe, provenait de la corvette le Duc-de-Chartres. Guilloux s'était fait débarquer à Pondichéry dès 1784. Il fut nommé lieutenant de vaisseau en même temps que Guillon et placé sous les ordres de Girard de Tlsle Sellé.
De Forçant entra au service du cbûa en 1788. Il commanda V Aigle {Ung-Phi) et mourut en Cochinchine dans le courant de 1809.
Chaigneau (Jean-Baptiste), enseigne à bord de la Flavie, n'entra au service du cbùa qu'eu 1794, époque où son navire fut désarmé à Macao. Il se maria dans le pays — les Annamites le connaissaient sous le nom de Nguyèn-Vàn-Thâng — et eut un tils, M. Duc Chaigneau, auteur des Smivenirs de Hue, Autorisé par l'empereur, il lit un voyage en France (1820), et revint Tannée suivante avec le titre de consul et des présents de Louis XVIII pour Gia-Long. Malheureusement, l'empereur d'Arinam venait de mourir et Chaigneau dut quitter définitivement le pays, en 1824, chassé, pour ainsi dire, par Minh-Mang qui ne voulait plus d'Européens à sa cour. Il revint en France avec toute sa famille-
Tardivet (Emmanuel), volontaire de 1*^*= classe de la corvette le Pandmir.
Malespine (Etienne), volontaire de d^ classe du Pamlour. Prend déjà à rilede France (1788) le commandement du navire particulier le Capitaine-Cook chargé d'armes et d'approvisionnemeuls pour Nguyèn-Anh.
Desperles (Dominique), chirurgien-major provenant également du Pandour,
L'entrée au service du chùa pour Tardivet et Desperles peut être fixée à 1789-1790, époque où le Pandour se trouvait dans les eaux de Cochinchine. La cessation de leur service ainsi que celle de MM. Girard de Tlsle de Sellé et Guilloux n'a pas pu être établie par nous.
Pour l'armée de terre, MM. :
Olivier de Puymanel (Victor-Joseph-Cyriaquc-Alexis), volontaire de 2= classe provenant de la frégate la Drgade, enlré au service du chùa en 1788. Il dirigea une sorte de camp d'instruction, plus spécialemeut destiné à former des cadres, et organisa Tarmée cochinchinoise dont il fut le chef d'état-major. L'histoire le connaît s-
nom de coloDel Olivier ; les Annamites lui donnaient divers noms, entre autres celui de ôngcai Tin. C'est lui qui construisit la citadelle de Saigon. Il mourut à Tagede âl ans, à Malacca, où il était allé se faire soigner en 1799.
Le Brun (Théodore), volontaire de 1"^ classe provenant de la frégate la Méduse, se fit débarquer à Macao le 13 janvier 1 790 et passii la même année au service du cliùa. 11 fut engagé comme ingéiiicur et leva le plan de Saigon * ; mais il ne resta que quinze mois euviron au service de Nguy?în-Anh, ne se trouvant pas suffisamincnl payé, de plus, peu disposé « à servir sous les ordres d'Olivier, volontaire de 2c classe seulement, pourtant chef d'état-major de Tarméc de Cochincbine, fonctions qui lui donnaient autorité sur son colh'îgue ».
(1) Le P. Louvet affirme (I^gr. (TAdrany 2c édition 1900) c|ue c'est Le Bruu (|ui donna les plans de la citadelle de Saigon. M. Triro-ng-Vînli-Ky dit, au contraire, que ce fut Olivier de Puymanel qui la conslruisit en 1780. Le plan de Saigon fait à Têpoque semble résoudre la question. En elTot, nous avons eu sous les yeux la copie d'une réduction dont voici lecarlouche: Plan delà ville de Saigon fortifiée en i7fH) par le colonel V, Oliriei\ Réduit du grand plan^levé en 1795 par ordre du Roy de Cochinchine par Bi*un ingénieur. Reste à lirer au clair la date qui n'est pas d'accord avec les états de services de Le Brun.
La citadelle de Saigon avait, d'après la réduction susmentionnée, la forme d'un carré baslionné, aux côtés exlérieui*s d'environ 500 métrés de long, aux dehors originalement, sinon pratiquement disposés, et ne répondant à aucun des types classiques a1oi*s en usage. Mieux documenté, nous espérons, un jour, revenir sur celte curiosité de forUfication ancienne.
n est bon de mentionner ici également ce (lu'a dit M. Tivo-ng-Vlnh-Ky (Souvenirs historiques \mr Saigon et ses environs) de Tancienne citadelle, qui ne ressemble en rien au plan (fue nous avons vu, mais qui pourtant est plus d'accord avec les données historiques relatives à la }K)sitiou et à rétendue de la citadelle :
La citadelle d'Olivier, qui avait remplacé celle de Dàm, fut démolie à son tour sous Minh-Mang, après la révolte de Khùi. Une autre, moins grande, la remplaça, ce fut celle prise par les Français en 1859.
« Elle avait presque la forme octogone (plan imposé par Gia-Long) avec huit portes suivant les bât quai (huit casiers de divination chinoise) représentant les quatre points cardinaux et leurs subdivisions.
« La citadelle, ainsi que ses fossés et ses ponts, élait eu grosses pierres de Bién-Hoà. La hauteur du mur était de quinze coudées annamites (7n»5U).
« Le centre, où se dressait le màt de pavillon, se trouve à peu prés à la cathédrale actuelle. On y apercevait de très loin la cime d'un lilao. Elle s'étendait: du Sud au Nord, de la rue Mac-Mahon jus(jifau mur de la citadelle détruite et réparée après en terre par les Français ; et, de l'Est à rOuest, de la rue d'Espagne à la rue des Mois.
« A l'Est, s'ouvraient les deux i)ortes antérieures (cù-a tien). L'une s'appelait Gia-Binh mon, regardait le square et le canal du marché de Saigon; l'autre, Phan-Yênmôix, se trouvait du côté de rArlillcrie,sur une rue descendant le long du canal de Kinh Cây-Càm.
«La partie postérieure, à l'Ouest, a\ait également deux portes Fpw^- Khuyët mon et Cong-Thinh mon, dans la direction du deuxième et du troisième pont de l'Avalanche (Chu-Bông, Chu-Xôm-Kiçu),
Laurent Barisy * fut surtout chargé du service des approvisionnements à Tétranger . Il contribua aussi à l'organisation de l'armée annamite en dirigeant le camp dit « des recrues >.
Despiaux (Jean-Marie), médecin, attaché à la personne de Nguyen- Anh. Ce fut lui qui soigna, avec beaucoup de dévouement, l'évoque d'Adran dans, sa dernière maladie.
D'après MM. Louvet et Faure, tous ces olïiciers étaient secondés par environ 350 matelots, canouniers, maîtres, etc. qui avaient abandonné le service de la France pour se mettre à celui de l'évéque d'Adran. Faure prétend même y joindre les équipages de la Revanche, de V Espérance dd VAriel et de la Flavie, désarmés à Macao en 1794 pour ne pas tomber au pouvoir des Anglais. Ces chiffres nous paraissent de tous points exagérés.
D'après les rôles d'équipage des douze bâtiments de l'Etat qui ont navigué dans les mers des hides et de la Chine, de 1 785 à 1 790, Faure a pu établir qu'un total de 369 marins se sont fait congédier ou ont déserté en cours de campagne et c'est sur ce chiffre qu'il a tablé.
Une première objection à faire, c'est que les susdits bâtiments ayant relâché dans bien des ports, on ne saurait admettre que tous ces gens soient venus prendre du service en Cochinchine ^, Une seconde objeclion, c'est que l'action de Mgr d'Adran sur les équipages et les états-majors ne commence que lors de son passage à l'Ile de France en 1 788 et ne semble pas même avoir duré deux ans. Or voici quelques données livrées par Faure lui-même :
« I^ partie gauclie, au Nord, donnait, avec deux portes, Hoài-Lni mon, PhuC'Viên mon, sur l'Avalanche (premier pont).
« Le côté de la ciUdelle, avec les portes Binh-Biên mon et Tuyen-Hoà mon, se trouve dans la rue Mac-Mahon; elles donnaient Tune sur la route stratégique, Tautre sur la roule haute de Ghçr-Lcrn. »
(1) «Ce Laurent Barisy était-il français ? Son nom et son prénom Tindlqueraient, mais les documents officiels se taisent sur sa nationalltt';, alors qu'ils la mentionnejit expressément au regard des autres officiers d'origine française. Nous avons compulsé vainement les cadres de nos troupes coloniales de Flnde et de l'Ile de France, les rôles d'équipage de nos hâtiments de guerre : Laurent Barisy n'y figure pas. Les documents cochinchinois le qualifient tantôt de capitaine, tantôt de lieutenant-colonel Barisyman, selon qu'il dirige le camp « des recrues », ou qu'il commande un navire de guerre, car il paraît qu'il a été tour à tour marin et soldat.» (A. Faure).
(2) Dans un rapport du commandant du Pandour (Gras de Préville) on lit : « I^ quantité de nos matelots employés sur les vaisseaux étrangers annonce manifestement la nécessité de leur donner les moyens d'existence si l'on veut les conserver sous le gouvernement qui leur a donné le jour, gouvernement qu'ils chéri<5sent et au((uel ils consacreraient avec plaisir Ieui*8 industries. L'on ne ks verrait plus, aller enrichir une nation rivale dont la forUiue ne tend qu'à nous préparer do nouvelles humiliations. >
La frégate la Résolution partie de Brest le 13 mai 1 785 et désarmée à nie de France le 16 février 1789, passe à Canton et à Malacca en 1787 et repasse pour la troisième et dernière fois à Pondichéry en mai-juin 1788, c'est-à-dire au moment où Té vèque venait à peine d'y arriver. Le rôle de la RésohUion accuse 38 marins ayant déserté ou s'étant fait congédier en cours de campagne, et, parmi ces marins^ quatre Anglais, un Portugais et deux mousses/gens qui n'étaient guère faits pour servir le prélat. Il y a toul lieu de croire que fort peu de ces individus, pour ne point dire aucun, ne soit entré an service du chiia.
La frégade la Vénus partit de Brest le. 18 juin 1785 et se perdit corps et biens dans le Golfe de Perse ou sur la côte d'Afrique. I^ frégate, qui a passé la dernière fois à Pondichéry en juin-juillet 1788, n'a pas été dans les mers de Chine. Les 54 marins qui l'avaient abandonnée jusqu'à cette date, n'ont conséquemment dû fournir qu*un bien faible contingent à Nguyèn-Anh.
Li frégate la Dryade partit de Lorient le 27 décembre 1 787 et rentra à Brest le 33 août 179U. Son rôle d'équipage accuse 21 marins congédiés ou portés déserteurs en cours de campagne, dont un novice cl trois mousses. Ce navire a passé de 1788 à 1789 par Cavité, Macao, Tourane. Phù^Quôc, Poulo-Condore, Pondichéry. Pour celui-là on peut admettre qu'une quinzaine d'hommes ont pris service en Cochinchine.
L,a frégate la Méduse partit de Lorient le 27 décembre 1 787 et retourna à Brest le 27 octobre 1791. D^iprès le rôle d'équipigc, 120 marins ont abandoimé le bord, parmi lesquels un novice et nu interprète cochinchinois. Ici nous pouvons dire qu'une part, peut-être une centaine, a passé en Cochinchine, çt l'on ne s'en étoimera pas alors qu'on se rappelle que c'est à bord delà }fédme que Mgr d'Adran est revenu en Cochinchine.
La corvette la Subtile partit de Lorient le 30 septembre 1784 et rentra à Brest le 2 avril 1787. La corvette perdit en cours de voyage par congédiement et désertion 48 hommes dont il est -probable pas un n'est allé en Cochinchine.
La frégate VAstrée, partit de Brest le 13 décembre 1780 et y revint le 25 février 1 790. Elle accuse un manque de 15 hommes sur le sort desquels nous ne pouvons pas nous prononcer.
Ces lignes prouvent et au-delà que nos marins naviguaient alors volontiers à Tétranger qui, évidemment, les payait mieux. Selon A.'Faure, le Commandant du Pandour s'abuse en croyant que les 31 hommes qui ont abandonné son navire en cours de campagne ont tous passé sur des bâtiments anglais. Nous adoptons volontiers l'avis de Faure, mais le rapport de Gras de Prévijle ne permet pas moins de soutenir que tous les dé>(»rteurs n'ont pas passé au service du chiia et (|ue rembarquement à bord de l'Anglais les attirait aussi.
La péclamation fînissail sur un ton presque comminatoPre : « Vous devez sentir que si je voulais me dédommager par voie de compensation, j'en trouverais facilement les moyens. > Les Anglais cédèrent. VArmùie fut ramenée à Saigon et satisfaction pleine et entière donnée au pavillon cocbinchinois.
En 1796, Nguyèn-Anh revint attaquer Qui-Nhan. Il échoua et dut retourner à Saigon. Mais peu après son retour, il fut appelé par Tiôu-Trieu, le fils de Nhac, qui lui, venait de s'emparer de Qui- Nho-n par surprise et faisait sa soumission à Nguyen-Anh, craignant de ne pouvoir tenir tête à l'armée de son cousin.
En toute hâte, le chùa fit partir des troupes de secours. Elles arrivèrent trop tard, le roi de Hué avait déjà repris Qui-Nho-n et fait mettre à mort Tieu-Trieu. Nguyen-Anh n'en continua pas moins d'avancer, toutefois il ne fut pas plus heureux contre Qui-Nhan dans cette quatrième expédition (1798) que dans les précédantes.
En 1799, enfin, la campagne aboutit. Qui-Nho-n fut pris et occupé. Malheureusement, au succès de Nguyeii-Anh venait se joindre une perte immense. Son ami et conseiller le grand évéque avait quitté ce monde. Mgr de Béhaine mourut au Binh-Dinh, le 9 octobre 1799, à l'âge de cinquante-huit ans. Ses restes furent transportés à Saigon, où Nguyen-Anh leur fit des obsèques royales et prononça lui-même l'oraison funèbre, dont voici la traduction telle qu'elle a été donnée par le P. Louvet * :
Je posstîdais un sage, l'intime confident de tous mes secrets, qui, malgré la distance de mille et mille lieues, étiit venu dans mes Etats et ne me quitta jamais, lors môme que la fortune me tournait le dos. Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui qu'elle a repassé sous mes drapeaux, au moment où nous sommes le plus amis, une mort prématurée vienne nous séparer tout à coup. Je parle de Pierre Pigneau, décoré de la dignité épiscopale et du glorieux titre de plénipotentiaire du roi de France. Ayant toujours à Tesprit le souvenir de ses anciennes vertus, je veux lui en donner un nouveau témoignage. Je le dois à ses rares mérites. Si en Europe, il passait pour un homme au-dessus du commun, ici, on le regardait comme le plus illustre étranger qui ait jamais paru à la cour de Cochinchine.
Dès ma plus tendre jeunesse, j'eus le honneur de rencontrer ce précieux ami dont le caractère cadrait si bien avec le mien. Quand je fis les premières démarches pour monter sur le trône de mes ancêtres, je l'avais à mes côtés. C'était pour moi un riche trésor, où je pouvais puiser tous les conseils dont j'avais besoin pour me diriger. Mais tout à xoup, mille malheurs vinrent fondre sur le royaume, et mes pieds devinrent aussi chancelants que ceux de Thieu-Khu-o-ng, de la dynastie des Ha. Alors il nous fallut prendre un parti qui nous sépara comme le ciel et la terre. Je lui remis entre les mains le prince héritier, et véritablement il était digne qu'on lui confiât un si cher dépôt, pour aller intéresser en
(t) Mgr d'Adran par Louis-Eugène Louvet, 2e édition.
ma faveur le grand monarque qui régnait dans sa patrie. Il réussit à m'obtenir des secours ; ils étaient déjà rendus à moitié chemin, lorsque ses .projets rencontrèrent des obstacles et n'allèrent pas au gré de ses désirs.
Mais, à l'exemple d'un ancien, regardant mes ennemis comme les siens, il vint par attachement pour ma personne se réunir à moi, pour chercher l'occasion et les moyens de les combattre. L'année que je rentrai dans mes Etats, j'attendais avec impatience quelque- heureux bruit qui m'annonçât son retour. L'année suivante, il arriva au temps qu'il avait promis. A la manière insinuante et pleine de douceur avec laquelle il formait le prince mon fils, qu'il avait ramené, on voyait qu'il avait un talent unique pour élever la jeunesse. Mon estime et mon affection pour lui croissaient de jour en jour. Dans les temps de détresse, il nous fournissait des moyens que lui seul pouvait trouver. La sagesse de ses conseils et la vertu qui brillait jusque dans l'enjouement de sa conversation nous rapprochaient de plus en plus. Nous étions si amis et si familiers ensemble que, lorsque mes affaires m*appelaient hors du palais, nos chevaux marchaient de front. Nous n'avons jamais eu qu'un m^me cœur. Depuis le jour que, par le plus heureux des hasards, nous nous sommes rencontrés, rren n'a pu refroidir notre amitié, ni nous causer un instant de déplaisir.
Je comptais que cette santé florissante me ferait goûter encore longtemps les doux truits d'une étroite union. Mais voilà que la terre vient de recouvrir ce bel arbre. Que j'en ai de regrets ! Pour manifester à tou t le monde 'es grands mérites de cet illustre étranger et répandre au dehors la bonne odeur de ses vertus qu'il cacha toujours, je lui donne ce brève t d'instituteur du prince héritier, avec la première dignité après la royauté et le surnom d'Accompli, rfélas ! Hélas ! quand le corps est tombé et que l'âme s'envole au -ciel, qui pourrait la retenir? Je finis ce petit éloge,, mais les regrets de la cour ne finiront jamais. O belle ame du Maître, recevez cette faveur !
Le I2« jour, ii* lune de la éo*^ année de Ki^n-Hirng *.
Sur la tombe de i'évcque, Nguy&tt-Anh fit éiigor un imposant mausolée qui reçut une plaque de marbre — elle existe toujours — où il fit graver eu lettres d'or l'iascription suivante :
L'illustre docteur français, Pigneau de Béhaine, chrétien dès son enfance, fut versé dans toutes les onjiaissances des savants. Il était encore jeune quand il vint dans notre royaume, qui était alors rempli de troubles. Ledocteur fut pour nous unauxiiiaire dévoué ;il se montra,dans ces circonstiinces difficiles, aussi distingué par son instruction que par la prudence de ses conseils. Il voulut bien se charger de la mission importante de demander l'appui d'une flotte alliée dans un pays lointain, et il ne put nous l'amener qu'après avoir franchi les montagnes et afiVonté
(I) Kièn-HiTiig, ou Lè-Hièn-Toug, conmieuça la première année de son régne en 1740, il mourut dans la 47'* année «le régne, en 178G. Nguyën-Anh ne tenant compte ni de sa mort ni de son successeur, Lé- Chiêu-Thong, date son oraison funèbrede la60oannéede Ki5n-Hu*ng (I79j) tout comme si ce dernier régnait encore.
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les périls de la mer. Pendant plus de vingt ans, il travailla avec une ardeur constante, soit en étudiant le meilleur gouvernement, soit en suggérant les mesures à prendre pour nous faire reconquérir et pacifier nos provinces. Toutes les actions de ce sage méritent d'être transmises comme des exemples à la postérité. Si notre royaume est parvenu au plus haut degré de splendeur, il le doit surtout au génie et aux soins du grand Maître. En Tannée Ky-Mùi (i799\ il vint dans la province de Qui- Nho-n, et mourut au pcrt de Thi-Nai, le onzième jour du neuvième mois, dans la cinquante-septième année de son âge. Le dixième mois de la même année, il fut élevé par nous à la dignité de premier ministre et de précepteur du prince royal. Il fut enseveli au nord de la ville de Gia-Djnh, dans le lieu qu'il avait désigné pour recevoir son tombeau. Ce monument a été érigé le mois du milieu de l'automne de l'année Canh-Thân*.
Le tombeau fut entouré d'un mur et gardé par un poste militaire de cinquante hommes. En mourant, Gia-Long fit jurer à son fils et successeur, Minh-M^ng, de toujours entretenir cette garded'honneur. liC serment fut tenu jusqu'à la mort de Lê-Vàn-Duyèt, le gouverneur du Nam-Ky (1832). En Annam, est-il besoin de le redire, les souverains, pas plus que leurs sujets, n'ont une idée bien nette de ce qu'est ia parole denn^e, le serment prêté.
Depuis l'occupation française, le mausolée ainsi que le terrain qui l'entoure ont été déclarés propriétés nationales, d'abord par l'amiral Charner en août 1861, si nous nous en rapportons à La Cochinchine Française en i 575 (page 73 et 247), puis par décret impérial de 1863 — il n'existe plus trace à Saigon des documents oflicieis — ensuite par l'amiral Duperré (Décision n» 106 du 16 avril 1875).
En quittant Qui-Nhan, N^uyon-Anh y avait laissé un corps de troupes, sous les ordres de Vo-Tanh. Ce général se vit bientôt cerné par iesTây-So-n qui revenaient à roffensive (fin 1 799) Mais la place, fortement approvisionnée, laissait le chùa sans inquiétude. Dans les premiers mois de 1800, il vint à la rescousse. Toutefois, les Tny- 80*11 avaient si bien accumulé les moyens de défense, qu'ils rempcchèrcnt d'approcher.
Durant ces opérations de guerre, deux nouvelles moris vinrent attrister NRuy?n-Anh. Celle du prince héritier Canh (février 1801) et, quatre mois plus tard, celle du prince Hi (Chj-Bua)un autre deses fils.
Xguyen-Anh, profondément affecté de toutes ces pertes et de l'insuccès de ses armes contre Qui-Nho-n, eut une heure de découragement. Il écrivit au brave défenseur de la place assuîgée, V5-Tanh, d'abandonner la citadelle et de percer jusqu'à lui. Mais celui-ci avec un dévouement et un sens militaire bien dignes d'admiration, pria le chùa de le laisser à son poste, de le sacrifier au besoin, et de
(t)Ce mois répond au tiuiUème mois de Tannée annamite (septembre 1800) Voir à ce sujet les Institutimis annamites^ Tome il, page 265.
marcher droit sur Hue alors presque sans défense. Par cette manœuvre, bu bien lui, Vo-Tâiih, retiendrait l'armée tây-so-n autour de Qui-Nh(/n, ou bien celte armée, levant le siège, irait défendre Une, el, des deux manières, Tavanlage restait au chùa.
Nguyeii-Anli suivit ce conseil. Tourane fut occupé. Hue pris (13 juin 1801). Le roi Nguyen-Ouang-Toàn, qui défendait la place, dut s'enfuir abandonnant tout. . . sauf son trésor. Malheureusement, Qui-Nho-n, réduit à la dernière extrémité par la famine, succomba. Vô-Tành se fil sauter après avoir envoyé une lettre aux T4y-Scrn les priant d'épargner ses troupes. Ngô-Tùng-Ghûu, son lieutenant, prit du poison.
Les TAy-So-n respectèrent la prière de l'hérOïque soldat, et ses restes mêmes, recueillis par eux, furent ensevelis avec de grands honneurs.
Qui-Nhan était donc de nouveau au pouvoir des Tày-Son, mais eux se trouvèrent, après leur entrée, presque dans la même situation que les défenseurs nguyen, c'est-à-dire sans vivres. Aussi Nguyèn-Auh, lorsqu'il revint, peu après, entamer un siège à son tour, n'eut-il qu'à faire comme naguère Fennemi : attendre. El il le put d'autant mieux que des renforts envoyés par l'Ai-Lao et 5.000 Siamois venus à travers le Laos rendirent l'investissement plus serré. Au mois de mars 1802, la garnison dut abandonner la place, de nuit, pour aller se réfugier au Laos. La Cochinchine entière était ainsi purgée des Tây-San.
C'est à la suite de la prise de Qui-Nhom que Nguyèn-Anh, rétabli dans ses Etats héréditaires, prit le titre d'empereur * sous le nom de Gia-Long (juin 1 802) qui signifie quelque chose comme ptvspérilé florissante (gia = beaUj nobley se réjouir ; long = grand, élevé, florùsanlj .
Mais son ambition n'était point satisfaite. Le Tonkin restait à prendre. Il ny avait plus de Trlnli, le dernier Le était mort en Chine et Nguyèn-Quang-Toân, avec les débris de son armée, ne pouvait opposer une résistance sérieuse. Gia-Long se mit en campagne au mois de juin, sitôt après son courorjnemenl et, vers la mi-juillet, il entrait à llà-NOi. Nguyen-Quang-Toan fut pris et écartelé;une trentaine de membres de sa famille périrent de mort lente.
(1) Contrairement à la plupart des auteui-s qui appellent les souverains d'Annam roi, nous les nommerons empereur à partir de Gia-Long :
1® Parce que ni les altribuUons, ni le titre ne correspondent à ceux que nous connaissons au roi. Le souverain est auguste et saint, il est le fils du ciel, le premier lettré du pays, le chef des armées, il est Vimperator dans toute la force du terme.
2o Parce que parmi les princes tributaires d'Annam figurent des roi, entre autres celui du Cambodge.
3" Parce que les liens de vassalité avec la Chine ne sont guère plus, à partir de la dynastie des NguySn, que de pure forme.
La guerre civile était terminée, et avec elle finissait aussi la persécution des chrétiens qui n'avait cessé de durer dans les pays soumis aux Tày-So-n. Trente années de paix religieuse vont laisser, comme dit le P. Louvet, à l'Eglise de Cochinchîne le temps de panser ses blessures et de se préparer à de nouveaux combats.
DYNASTIE DES NGUYEN
Gia-Long (1802-1820).— Dès son avènement, le nouvel empereur fit proclamer une amnistie en faveur de tous les Tûy-So-n qui se rendraient dans les cinq jours.
Les descendants des Lé et des Tr|nh vinrent saluer le maître, qui leur accorda des titres bonorifiques et des terres. Le roi du Cambodge envoya une ambassade, celui de Nam-Chu-ong vint en personne.
Comme ses prédécesscui-s, Gia-Long demanda l'investiture à la Chine ; mais, sans attendre la réponse, il procéda à l'organisation de son empire. Et bien lui en prit, car la cour de Pékin ne le reconnut qu'en 1804.
Les dix-huit années du règne de Gia-Long fyrent paisibles. Parmi les principaux travaux ordonnés par l'empereur, nous citerons : Un recensement général de la Basse-Gochinchine. Ui révision du code (c'est celui qui est encore actuellement en vigueur). L'éUiblissement d'une route passant par tous les chefs-lieux de province, et qui, des frontières de la Chine, allait jusqu'à celles du Cambodge.
Ce dernier Etat, envahi par le Siam (1810-1813) demanda des secours à l'empereur qui lui expédia des troupes. Deux fois les Siamois se retirèrent sans combattre. En 18I:J, le traité de La-Bîch mit fin à ces désordres par la reconnaissance pleine et entière du protectorat de l'Annam sur le Cambodge.
Sous le règne de Gia-Long, les Anglais essayèrent d'entrer en relation avec l'Annam, mais sans succès. En 1804, l'ambassadeur anglais, Sir Roberts, dut partir sans avoir rien obtenu. En 1808, une flotte anglaise de sept navires qui était remontée jnsciu'à Hà-Noi, fut brûlée sans que la Grande-Bretagne vengeât l'affront.
En 1818, le comte de Kergariou, commandant la frégate la C;/bèl(\ vint demander au nom du roi de France, Louis XVIII, l'exécution du traité de 1787 en ce qui regardait Tourane et Poulo-Condore. Il fut reçu avec beaucoup d'honneurs, mais n'obtint rien. Gia-Long n'avait plus besoin de la France, c/était incontestable ; mais, la France demeurait-elle en droit d'exiger l'exécution d'un contrat qu'elle, tout d'abord, n'avait pas respecté ? Les officiers français, arrivés à la suite de Mgr d'Adran, étaient venus de leur propre mouvement, sans avoir engagé la responsabilité du pays. Le traité de 1787 était nul, et l'empereur, très-justement, le considéra comme
tel. M. Chaîgneou profila des circonstances pour domander au souverain la permission de revoir la France, ce qui lui fut accordé. Il fut môme chargé d'une mission pour le roi Louis XVIII.
Vers la fin de son existence, Gia-Long choisit pour successeur le prince Bam,. fils d'une de ses concubines. Il refusa d'écouter l'avis (le ses vieux maréchaux qui lui firent remarquer que, selon la coutume, c'était à un fils du prince Canh que devait revenir la couronne.
Gia-Long mourut le 25 janvier 1820. Ce prince a été une des plus grandes figures de l'histoire d'Annam. Infatigable, ne se rebutant jamais, calme et méthodique, il avait encore pour lui cette qualité, qui fait les esprits supérieurs, de savoir discerner les hommes et de donner à chacun la place qui lui convient. Scepli(|ue en religion, il ne fit point de mal aux chrétiens, mais il ne leur fit pas non plus le bien qu'il aurait pu leur faire.
A regard des Européens, il fut ce qu'ont été, ce que sont encore toujours les Extrêmes-Orientaux. Et s'il paraît avoir moins eu que ses congénères les préjugés de sa race pour les Barbares du Couchant, c'est qu'il s'était plus trouvé qu'aucun autre dans la nécessité de se servir d'eux. Mais, sitôt maitre incontesté, il procède par extinction avec les Français qui lui ont conquis son empire. Les Anglais sont repoussés. L'ambassadeur de France est éconduit. Lorsqu'il s'agit d'assurer la succession au trône, il préfère le fils d'une concubine à l'héritier légitime, son petit-fils, craignant sans doute que les idées et l'influence de Tévèque français, précepteur du prince Cânh, mort ciUholi(|ue, ne se fussent répercutées sur les enfants de celui-ci. Il a eu néanmoins encore (|uel(iues égards pour ces braves serviteurs qui lui avaient assuré la victoire ; son successeiu', Mii:h-Mang, n'en aura plus. L'or,ui!oil et raveuglenient asiatiques reprendront le dessus. ' Souvent on a attribué les préjugés des peuples de race jaune à risolenient dans lequel ils ont vécu durant de longs siècles, à leur éducation toute particulariste, à leur degré de culture fort avancé, à leur enseignement philosophique, toutes choses qui les mcltaieut en situation de ne rien nous envier. La crainte d'une invasion européenne, appuyée sur Texemple des Indes, rendait certes ces populations fort circonspectes et peu enclines à ti-aiter de quelque manière que ce fût. Mais, aujourd'hui, que la supériorité de la race blanche leur est démontrée ; aujourd'hui, que Texislence politique ne leur est plus permise que de par la volonté des grandes puissances, leur aversion ne saurait être expliquée par les seules raisons que nous venons de donner. La société chinoise qui, jusque dans nos possessions européennes, a pris pour devise <(loiU pour les Chinois et par les Chinois » ne se comprendrait pas. Les Japonais qui, après s'être assimilé notre science, après avoir triomphé des armes russes, font des efforts pour s isoler et se refermer sur eux-nivimcs, ne se comprendraient pas davantage. Dans cette résistance à la péaétra.tioja
européœnc, H y a sûrement autre chose qu'une simple appréheû-^ sîon politique ; il s'y révèle toute une caractéristique de race. Le jaune plat et rampant à la face du maître, ne se connaît pas d'orgueil avec Tiuférieur ; nouobstant les leçons du passé, son aveuglement est toujours tel, qu'il ne conseut pas à nous accorder cette . supériorité iutellectuelle dont pourtant nous lui fournissons des preuves jom-nalières. L'action physiologique et psychologique de de quatre mille ans sur la race jaune ne saurait être délruite ou. modifiée en quelques années. Des siècles peut-être seront nécessaires pour transformer le caractère ^inique, et cette transformation ne semble pas devoir s'accomplir sans violence ni combats. L'avenir nous réserve à n'en pas douter encore plus d'une lutte sanglante avec le monde jaune. Ce sont là les dures nécessités du progn^s demandé au choc de deux civilisations aussi opposées que celles de nos deux races.
Minh'Mang (1820-1841). — Lors de son avènement, le nouvel empereur était loin de laisser présager ce qu'il serait plus tard, fin esprit sensé et pondéré, il suivit d'abord la politique de spn père. 11 entretint des relations commerciales avec les colonies voisines; mais, redoutant le caractère envahisseur, entreprenant des Européens, il ne leur permit guère de pénétrer dans ses propres Etals. Plus tard, il leur fît interdire l'entrée du pays sous peine de mort. Il reçut assez mal l'ambassadeur anglais, John Crawfurd, envoyé par le gouverneur général du Bengale. M. Ghaigneau, revenu, en 1821, comme consul et commissaire du roi de France pour la conclusion d'un traité de commerce, ne put rien obtenir. En 1822, M. Courson de la Ville Uélio, commandant la frégate la CUopàire, vint mouiller à Touranc, M inh-Mang refusa de le recevoir. En décembre 1824, MM. Ghaigneau et Varujier, les deux derniers officiers français résidant en Cochinchine, exposés au mauvais vouloir de l'empereur, en bulle à la jalousie haineuse des mandarins, durent quitler pour toujours ce pays auquel ils avaient sacrilic leurs forces, leur savoir el leurs plus belles années. 11 ne restait donc en Annam, comme Européens, que les missionnaires.
En 1825, parut à Tourane la Thétis commandée par M. de Hougainville. L'empereur lui fit envoyer des présents, m lis refusa de recevoir la lettre du roi de France, sous prélexte « que personne ne pouvait la lui traduire. i>
En 1831. l'amiral Laplace vint également à Tourane à bord de la Favorite. Sa démonstration, insuffisante, ne produisit aucun ellel sur Minh-Mang. Il dut se retirer sans avoir rien pu obtenir.
Comme administrateur, Minh-Mîuig voulait tout centraliser. Ne tenant aucun compte des aspirations, des particularités de race, des antipathies entre Gochiuchinois el Tonkinois, il appliqua partout le même syslèiae d'adminislraliou dure et coercitive. Le Cambodge fut
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organisé en deux provinces Nam-Vang (Phnom-Penh) et Gô-S§l (Piirsat).
Aces travaux d'organisation vinrent se joindre des soucis d'intérieur. Les fils du prince Cânh pouvaient s'ériger en dangereux rivaux. Leur perte fut résolue. « Miuh-Mang, dil-on, eut des. relations avec la veuve de son frère et la rendit enceinte. Quand la grossesse fut apparente, il la condamna à mort pour inceste, elle et ses deux fils, ses propres neveux. 11 leur accorda cependant la faveur de choisir le genre de mort *. » (J. B. Tru-ong-Vînh-Ky).
Après ses neveux, il compta se débarrasser des deux mandarins qui avaient prié Gia-Long de nommer un de ses petits-fils conmie successeur. Les deux vieux compagnons d'armes de son père avaient d'ailleurs une liberté d'allure et de langage qui le gênaient. Ils se trouvaient alors tous deux à Hue où ils étaient allés, dit Pctrus Ky, à l'occassion de l'avènement au trône de Minh-Mang^.
L'und'eux.le trungquàn (maréchal duceutre) Nguyen-Vàn-Thieng, qui gouvernait le Tonkin, faussement accusé de haute trahison, fut exécuté. L'autre, le ta quûn (maréchal de l'aile gauche) Lè-Vàn-Duyçt, présent à la cour lors de l'inique condamnation de Nguy§n-Vàn- Thieng, fut plus heureux que celui-ci, il parvint a saisir le secrétaire chargé de confectionner la lettre devant le condamner. Le misérable fut trouvé en possession de cette pièce ainsi que du sceau de son maître.
Le maréchal le fit décapiter sur l'heure et demanda à Minh-Mang de retourner au pays de Nam-Ky dont il avait le gouvernement avec le titre de long trïn ^. L'empereur se sentant pénétré n'osa pas refuser. Ce Lè-Vàn-Duyçt mourut à Saigon en août 1832 et, jus(|u'à sa dernière heure, il resta le protecteur des Français et des chrétiens.
Kn ce même temps, le vaisse^m la Favorite, commandant De la Place, amena un consul pour Hué, M. Chaigneau, neveu de celui que nous connaissons. Les démarches furent vaines.
Lorsque l'empereur appiit la mort de Lè-Van-Duyot, il supprima sîi charge, et la Basse- Cochinchine, divisée en six provinces distinctes '^ reçut autant de gouverneurs. Celui de Saigon institua un
(1) Cette faveur appelée tam ban trieu dien, consiste à envoyer au condamné privilégié trois engins de destruction: trois coudées de cordon de soie rose, un verre de poison, un sal)rc.
(2) Les deux titres de long Iran {ch^f province), long doc {chef gouverner) ont été employés, le premier pour désigner les gouverneurs de province du Tonivin, le second pour ceux deiaBasse-Cochinchine. Sous Gia-Long la Cochinchine oroprenient dite était administrée directement par Hue, il n y avait pas de tongdôc. Lé-Vân-Duyet n'avait donc pas le même titre que les gouverneurs de province du Nam-Ky, s'il y en a eu. Au reste, se> pouvoii*s étaient hien ceux d'un gouverneur générijl.
(3) Ces provinces furent : Bién-Hoà (Dông-Nai) ; Gia-Dinh (Phan-Yén) ; My-Tho (Binh-Tircrng); Vînh-I^ng (Long-Ho, s appela d'abord Vînh-Thanh);
Iribunal sous sa propre présidence pour ftiire le procès à la mémoire du défunt.
Cet outrage avait profondément blessé les officiers du vieux maréchal ; et ils s'irritèrent d'autant plus, que de vils adulateurs de Minh- Mang représentèrent DuyOt et son entourage comme ayant voulu se rendre indépendants. Le bô'chanh ^ de Saigon. Bqich-Xuàn-Nguyèn, accusa tout particulièrement le pho v^ huy ^, Lè-liiru-Khôi-^ d'avoir fait exploiter les forôls de concert avec Lé-Vàn-Duyét.
Lè-Hiru-Khôi, dégradé, reçut Tordre de se rendre h Hue. Ce fut le signal de la révolte (1833) *. Minh-Mang par sa lyranniquc administration et sa cruauté, s'était aliéné l'esprit de ses sujets. Aussi Khôi qui, en réponse à l'injonction de l'empereur, avait pris les armes, n'eiit-il pas de peine à soulever les populations. En quelques semaines, la Basse-Gochinchine lui fut soumise. Le tong doc (gouverneur^ et le bô chành de Saigon payèrent de la vie leur ignoble accusation.
Chûu-Boc (An-Giang); Hà-Tiêii (Can-Cao). Dans la suite, cerUiiiies provinces furent momentanément réunies sous un seul chef, dont le gouvernement prenait alors une désignation formée de deux caractères empruntés aux noms de ces provinces. Ainsi le chef des provinces de Chàu-Boc et de Hà- Tién s'est appelé An-Hà long doc, c'est-à-dire gouverneur de An (-Giang)- Hà f-Tién).
(1) Chef des services administratifs et financiers d'une province. (S) Lieutenant-colonel de la Garde.
(3) M. Tru"ang-VTnh-Ky, dans son Cours dlmioire annamite^ le nomme I^-Vân-Khôi, mais tel n'est pas le non) donné dans le volumineux ouvrage Vocôvg hài, ou Livre d'or des militaiies méritants.
(4) L'histoire de la révolte de Kliôi {Ngiiy Khôi) est relatée dans le Vo công bài, 16G« volume, 17c année de Minh-Mang (183(5), chapitre Thâuphnc Phan-Yen (Reprise de la Cochinchine) au-dessous de la vie de Tru-ong- Minh-Giang, le répresseur de la révolte. Quant à une biographie iiuelconque de Khôi, nous n'avons pu découvrir que les deux versions suivantes :
D'après iM. Hà-Bàng-Bàng, professeur de car jctè '-es chinois à Den-Tre, Khôi n'était pas un Annamite, il était originaire de la tribu des Mois Dâ- Vâch. Tout jeune, il avait été fait prisonnier par Lè-V}lii-i)uy>)t, dans une campagne que le maréchal fit contre les Bâ-Vâch. Lè-Vau-Duyét le prit en affection, l'éleva, le fit entrer dans la famille des Lé et Tappeia Le- Van- Khôi.
Lorsque la révolte éclata en Basse-Cocliinchine, le frère de Khôi, Be- Vàu-Vàn, s'insurgea également au Tonkin. Ce frère avait été adopté par le maréchal du centre, Nguyèn-Vân-Thiëiig, qui lui imposa le nom patronymique de Nguyèn, de là son autre nom : Nguyèii- Vân-Vân,
D'après M. Trwo-ng-Minh-Ky, parent du gouverneur général Trirang- Mioh-Giâng, et qui possède sur cette époque d'assez sérieuses données, Khôi devait être Tonkinois et était lieutenant du chef de bande Ba-Vành. Ce chef occupait à une époque tout le territoire de So-n-Tày, Lè-Vàn-Duyét, envoyé contre lui, parvint à décider Khôi à se soumettre et celui-ci n'arrivant pas à Convaincre son chef, le tua et vint, avec les siens, fa,ire sa sou-
Dès le début, Khôi prit la contre-paiiie de Miuh-Maiiji^. Il se fil le protecteur des chrétiens, qui s'enrôlèrent en grand nombre sous sa bannière et envoyèrent une députation vers Mgr Taberd, alors à Chantaboun, l'invitant de rentrer à Saigon. Celte députation fut arrêtée à Ilà-Tièn et massacrée. Khôi se tourna alors vers M. Marchand, missionnaire apostolique réfugié, en cette heure, à Miic-Bâc (province de Trà-Vinh). Un groupe de fidèles lui fut envoyé qui le conduisit à Ch<?'-Quân, où, durant plusieurs mois, M. Marchand officia, visitant tour à tour chaque chrétienté des environs, prodiguant partout les soins de son ministère.
Cependant, la division s'était mise dans le camp dos rebelles. Un (les chefs fit défection, tandis que Tarmée impériale commandée par Tru-o-ng-Minh-Giâng approchait rapidement par terre et par mer. Khôi ordonna de faire rentrer M. Marchand dans la citadelle de Saigon, qui bientôt fut assiégée. Une diversion des Siamois relarda la prise de la place. Enfin, le 8 septembre 1835, les troupes impériales l'enlevèrent d'assaut.
Khôi était mort de chagrin durant le siège *. La plupart des défenseur furent massiicrés. Quant à M. Marchand et aux chefs de la révolte, en tout six, ils furent enfermés dans une cage et conduits à Hué où ils subirent la peine des rebelles (làng tri) *.
L*inapaîsable rancœur de Minh-M^ng contre Lé-Van-Duyêt, contre celui qui l'avait si souvent empoché dans ses sanguinaires projets, lui fit commettre, trois ans après la répression de la révolte, un acte de bien lâche vengeance, il fil prononcer un jugement contre l'ancien maréchal, en suite duquel son mausolée fut renversé et Ja tombe reçut cent coups de bâton. Un poteau chargé de chaînes fut drcî^sé dessus ; il portait celte inscriplion : Quiên fjêèn phiic
mission à Dii>tH qui se l'attacha eu le comblant de faveurs et en le traitant comme son propre fils.
Quoique cette seconde version nous paraisse la plus vraisemblable, nous nous sommes cru obligé de les citer toutes les deux aiin que, plus tard, un continuateur ait moins de difficulté à se diriger au milieu du dédale des contradictions où nous nous heurtons trop souvent. Uno note que nous croyons futile, même erronée,aura ])eut-êire, dans la suite, sa très apiu'éciable valeur, aussi, par principe, donnons-nous toujours les notes inédites que nous pouvons recueillir, même alors que -notre opinion personuelle ne leur est pas acquise.
(t) C'est le tong Tram qui lui avait succédé dans le commandement de la place.
(2) La mort lente, ou lâjig tri, « consiste à arracher les chairs du corps par menus morceaux, juscjuà ce qu'il soit complètement décharné ; aussitôt après, aux hommes, on coupe les parties sexuelles ; pour les femmes, on recouvre ces parties d'une étoffe, on leur ouvre le ventre et on en retire les intestins jus([u'à ce que la vie soit éteinte. Après cela,ou enlève i«s membres, ou couiie les arliculatious et ou brise les os. p (Code annamite).
pAdpj^à' (enchaîner, eunuque, supporter, loi chutîmenf, endroit), c'est-à-dire enlroit où l'eunuque est e)ichainé selon la loi *.
Quelle avait été la part des missionnaires dans celte révolte ? La voix du peuple dit qu'ils étaient pour la guerre, la mission combat énergiqueinent ce dire. Qaant à notre opinion personnelle, nous ferons simplement remarquer que jusqu'au moment de son entrée dans la citadelle de Saigon, M. M u'chund était libre ; et qui3, dans les premiers temps surtout, il n'avait tenu quVi lui, soit de ne pas se rendre à Ciio"-Oîiàn, soit de se sauver et d'imiter, en ceci, ses c jnfrériis mieux avisés ou moins courageux. Son historien, I eminent i*. Louvet, aflirme. positivement que M. Marchand s'est toujours refusé à prêter sou inlluence morale aux rebelles. Sans vouloir discuter ce point que la conduite première du missionnaire contredit un peu, nous ferons observer que la situation sous Khôi a beaucoup d'analogie avec celle de Nguyén-Anh.
Khôi se battait contre le pouvoir de lluê tout comme Xguyéu- Anh. Le preinier oxupait la Basse-C)chinchiue tout comme le second, qui n'avait m>And pas su la garder. Kliôi avait cherché, en la persoime du missionnaiœ, un signe de ralliement pour les chrétiens^ et, plus tard, sans doute, un conseiller et un intermédiaire auprès de la France dont il efit sollicité l'appui. Nguyèn-Anh, lui, avait trouvé dans Mgr de BJhaine l'homme de la situation. Khôi ne le trouva point. Si le chef rebelle avait réussi, M. Marchand eût été « un grand patriote, un illustre homme d'Etat ». Mais Khôi vaincu, le missionnaire fut a martyr d. A noire avis, M. Marchand a été un irrésotu, car il a fait soit trop, soit trop peu. Ou bien il devait fuir et oui abandonner dès le début, ou bien il devait au nom de ta foi et dcr droit se lancer a corps perdu dans le soulèvement. Il ne risquait pas plus d'un côté que de l'autre, et la religion y eût également gagné.
Pendant que Minh-Mang noyait dans le sang la révolle en Uasse- Cochinchine, cinq provinces du Tonkin se soulevaient à leur four. Elles avaient connue chef un descendant de l'ancienne famille royafe, Lê-Duy-Lu-ang. L'arm je impériale en eut facilement raison. Le prétendant et plusieurs partiscUis de marque furent mis en cage, conduits à Hué et exécutés.
Après, ce fut le niing Vàn-Vîln*,prince feudataire de Bao-L^c'',qui se mit en révolte, ravageant les provinces de Thai-Nguyen, Cao-Bàng
(I) Triro-iig-Viiih-Ky place cet évéïitjiu iiU avaiiLIu révolte de Khôl et en fail même un des motifs de la révolt»*.
(i) Polrus Ky rappelle Nùng-Vân-Vàn, ce qui nous paraît inexact. Nimg est un litre comme sire, seigneur, etc.
(3) Bao-Lac expression chinoise qui désigne le Luông-Brabâng. Ce pays, tout comm«^. le Laos, le Cambodge, était tantôt tributaire de TAnnam et tantôt du Siam, suivant les fortunes de la puîssaiic^e. Les Annamites appellent ses habitants Mu-trng- frâng. Le Luông-Urabâng était un refuge pour
et Lang-Sorn. Il fut vaincu également et brûlé vif dans les bois où il s*élait caché.
Au Cianibodge, le roi Néàc-Ong-Ghàn avait dû fuir devant les Siamois (1834). 11 fut rétabli dans ses Etats par le gouverneur général du Nam-KySTru-ang-MInh-Giâng. Phnom-Penh, défendu par une citadelle, reçut une garnison annamite. Le Cambodge fut divisé en trente-trois phù et administré comme la Cochinchine. En 1836, Néàc-Ong-Chàn mourut. Sa seconde fille, Ngçc-Vàn, devint reine. Elle régna, tandis que le général annamite gouvernail.
A toutes ces difficultés, vinrent se joindre la famine et le choléra . Tant de calamités frappèrent Tesprit de Minh-M^ng qui s'accusa devant le ciel des maux de son peuple. Mais toutes les cérémonies propitiatoires, tous les actes de contrition qu'il accomplit, ne Tempôchèrcnt point de persécuter les chrétiens.
Depuis la révolte de Khoi, sa haine contre les Européens en général et les missionnaires en particulier, ne fit que s'intensifier. De 1833 à 1838, sept missionnaires furenfl mis à mort, un nombre considérable de chrétiens furent exécutés, jetés en prison, ou condamnés à l'exil. Et le penseur non prévenu est bien en droit de se demander s'il n'eût pas mieux valu pour la religion et pour l'humanité que les missionnaires eussent remis à des temps meilleurs leur propagande, plutôt que de faire ainsi massacrer des milliers et des milliers d'innocentes victimes.
La vérité a son temps, la foi vient à son heurp, et lorsque les sociétés font, durant des siècles, couler le sang à floU^ pour défendre leurs vieilles croyances, c'est que, certainement, elles ne sont pas mûres pour en recevoir de nouvelles.
L'abbé I^unay dans son Histoire de l'Amiam dit :« Le roi semblait avoir juré d'anéantir la religion catholique dans ses Elats, pas plus que ces prédécesseurs, pas plus que les Césars de l'ancienne Rome, il ne réussit dans son projet ; l'Eglise d'Anuam sortit mutilée mais triomphante de cette lutte gigantesque, la plus terrible qu'elle ait jamais eu à soutenir.^)
les princes et les chefs de parti malheureux, 11 était aussi une voie de retraite pour so sauver jus({ues en Birmanie, de là ce nom do Sanh-Lo (Chemin de la vie) qui sert (|uel(juefois à le désigner.
(i) Nous employons l'expression de gouverneur général, non pour traduire un litre, mais pour définir une situation. Tnrang-Minh-Giang était investi du commandement en chef des troupes et du gouvernement des provinces d'An-Giang (Châu-Doc) et Hà-Tién, son titre était tir&ng quân An-lîà tong doc. En fait, il gouvernait toute la Basse-Cochinchine dont les tongd£(c lui éttiient nécessairement subordonnés. Dans fa suite, les kinh lu-çrc (créés par Tir-Birc) se trouveront en la mémo situation. Celui des six provinces (pays de Nam-Ky) résidait à Saigon et administrait la province de Gia-Oinh (|ui n'avait ni tong doc ni tuan phû. (Voir à ce sujet les Institutiens annamites. Tome I. pages 25g-260 et 289-290).
La comparaison de Tabbé Lauiiay ne nous parait guère exacte. À Rome, le terrain était préparé : une société moralement pourrie, qui se décomposait cliaque jour davantage. Le clirislianisme y vint à rhcure juste, et le dévouement des martyrs lui procura l'appui voulu. Au pays d'Annam, il était arrive à conlre-temps.
Loin de nous toute pensée anti-clirélienne ; nous sommes, au contraire, intimement convaincu que TAnnamile et les peuples de race jaune ont besoin d'en arriver à ce christianisme, échelon supérieur de révolution religicMise et morale des peuples. Loin de nous ridée de vouloir en rien amoindrir l'abnégation, la grandeur dVime de cette vaillante phalange de missionnaires, qui, presque tous, ont payé de la vie leur dur apostolat et, pourtant, une bien douloureuse exclamation nous échappe : a: Que de sang, que de sang ! > *
Vers la fin de sa vie, Minh-Mang éprouva le besoin d'envoyer une ambassade en France. Craignait-il quelque intervention française h la suite du meurtre des missionnaires, ou voulait-il se rendre compte des forces dont disposait notre pays ? Des documents de Iluë permettront peut-être un jour d'éclaircir ce point. En tout cas, le roi Louis-Philippe refusa net de recevoir les envoyés. Au retour en Annam, ceux-ci apprirent la mort de Minh-Mang. Leur souverain s'était tué en tombant de cheval (21 janvier 1841). Il avait atteint sa cinquantième année d'âge et sa vingt et unième année de règne
Thiêu'Tri (i8U'1847). — Le fils et successeur de Minh-M^ng, Nguyen-Phuac-Thi, connu sous le nom de ThiOu-TrL possédait à peu près tous les défauts dç son père, sans avoir aucune de ses qualités. A la fin du deuil impérial, Thi^u-Tri demanda et obtint l'investiture de la Chine.
Un des premiers actes de son règne fut de retirer les troupes annamites du Cambodge. Son gouverneur général Tru-ang-Minh- Giàng revint à Chûu-Boc où il mourut (octobre 4841). Alors commença la lutte contre les Siamois qui envahirent le Cambodge sous prétexte de soutenir un des frères de l'ancien roi, Néâc-Âng-Buông. La reine NgQC-Vûn et ses sœurs vinrent se réfugier à Chûu-Boc, tandis que Siamois et Annamites se battaient sur le territoire cambodgien. La lutte dura tout le long du règne de ThiOu-Trj et se termina en 1847 par un traité de paix. Néàc-Âng-Buông fut proclamé roi et les Siamois obtinrent Battambang, Angkor, ainsi que le Laos méridional.
(1) La prédication en Cochinchiue a coiUê la vie à (|uiiize missionnaires européens. Le nombre des martyrs annamites connus est d'environ deux cents. Le chiffre de ceux qui tombèrent dans les villages et en exil échappe à tout calcul. D'après le Père Louvet, rien que de 1858 à iSGâ « le nombre des chrétiens qui furent brûlés, noyés, massacrés, ou qui périrent de faim et de misère dans les prisons s'élève à environ 10.000 *. Et ceci ne concerne que la Cochinchine ; au Tonkm la persécution fut plus sanglante encore.
A part celte campagne, les événement les plus importants de ce règne se rapportent tous aux Européens.
En 184-3, le capitaine Favin-Lévôque, commandant la corvette française, VHéroine, vint à Tourane réclamer cinq missionnaires détenus à Hue depuis deux ans. Après des difficultés et des temporisations toutes asiatiques, I<îs missionnaires furent rendus à l'énergique capitaine dont les seules menaces avaient réduit la cour et les mandarins.
En 1845, une frégate américaine, la Constitution ^ en croisière dans les mors de Chine, ayant appris que Mgr Lerèbre était prisoiinier à Hue, vint réclamer sa mise en libeité. Econduit et n ayant pas d'instructions, le commodore américain se retira. Mais, peu après, le contre-amiral Cécile envoyait à Tourane iAIcmè^ie, commandant Fornier-Duplan, à Tinjonctiou duquel ThiOu-Trj dut obéir.
En 1847, deux vaisseaux français, la C/oîr<? (commandant Lapîerre) et la Vklorieme (commandant Rigault de Genouilly), mouiHèrent dans la baie de Tourane. Il venaient réclamer, au nom du gouvernement fninçjiis, la sécurité de nos nationaux et la liberté religieuse pour les chrétiens d'Annam. Thièu-Tri irrité de celle ingérence résolut d'en tinir par nu coup d'éclat. Son pian était d'inviter les états-majors à un banquet et de les faire massacrer^ puis de brûler el de couler les navires. Prévenu par un annamite chrétien, le commandant Lapierre, chef de la division, se tînt snr ses gardes ; il refusa Tin vital ion. Les mandarins voyant la première partie de leur programuicmanquée, passèrent il la seconde. Mal leur en prit, au bout de deux heures de combat (15 avril), il ne restait de la flotte annamite (cinq navires à l'européenne el une cenUiine de jonques) que des débris flottant à la dérive.
Thî(Ju-Tri, rendu furieux par cette humiliante défaite, décréta Texécution sommaire de tout Européen trouvé en Annam. Dans un accès de vengeance puérile, il alla jusqu'à détruire les objets d'origine européenne qui se trouvaient dans son palais. TluOu-Tr| mourut le 4 novembre 1847.
rir-ôirc (1848 a. p. 9' 1.-1883). ~ Le pnnce Nhjtm,qni succéda k ThIOa-Tri sous le nom de Ttr-Birc, n'était que le second fils de l'empereur. Son aine, Hoàng-Bâo, mécontent, essaya de se révollcr. Arrêté et mis en prison, il s'y pendit, à ce qu'on prétend. Celte coutume qui permet au souverain de choisir son successeur parmi tous ses enfants mâles — par conséquent d'écarter du trône un incapable ou un indigne — el qui semblerait autant sonséi» que légitime, a conduit aux révoltes les plussiiuglanles et s'est montrée, dans l'histoire d'AntKun, bien inférieure au mode<ie succession dans la postérité mdie selon l'ordre de primogénilure.
Comme ses pn'décesseui's, Tii-Birc se fit recojinuitre par la Chine ^ Cesouveraiu rétablit, avec quelques modifications de titre et d'attributions, les anciens tong tr3[n, ou gouverneurs généraux, de Gia-Long. Le Tonkin et la Basse-Gochinchine reçurent chacun un kinh lirç-c, sorte de contrôleur général de l'administration, intermédiaire obligé entre les tong doc (gouverneurs de province) et Huê. Celui de lias>e-Cochinchine résidait ù Saigon ; lui et son lieutenant qui, tous deux, assumcroLt des rôles importants lors de la conquête Trançaise, méritent une mention spéciale.
Nguyën-Tri-Phu'O'ng fut nommé chânh sir (kinh lu-çrc) des six provinces le 2^ mois de la 4« année de Tir-Birc (mars 1851) ; son second, soit le phô si'r, fut I^han-Thanh-Giang. Tous deux étaient du pays de Nam-Ky. L'un et l'autre furent des hommes d'élite bien au-dessus de leurs contemporains.
Nguyen-Tri-Phurong, originaire de la province de Gia-Blnh, avait débuté comme simple linh, puis il était devenu tho lai. Son esprit naturel et la science acquise par un travail incessant lui valurent des fonctions de plus en plus élevées. Il n'a jamais pris aucun grade littéraire et représente une de ces exceptions qui sont à l'éternel honneur de ceux sachant les créer, de ceux qui rendent hommage au savoir, même et surtout alors qu'il n'est pas diplômé.
Phan-Thanh-Giâng, né à Bào-Th^nh (province de Befn-Tre) *, était le fils c^'un employé subalterne de l'administration qui fut condamné à la peine du do (Iravail pénible). Il obtint de suivre son père. Bientôt les mandarins s'aperçurent et du cœur et de l'intelligence du jeune garçon ; ils le poussèrent vers les études. L'élève justifia leurs espérances ; brillamment il passa tous ses examens et parvint, dans la suite, grdce à son savoir et à l'élévation de son caractère, aux premières charges du pays.
Au début de la guerre, ces hauts mandarins, en qui l'empereur avait toute confiance, furent rappelés, soit ensemble, soit successivement, à Hue pour la défense de la capitale. C'est ainsi que le kinh lu'çrc du Nam-Ky ne réparait à Saigon que vers la fin de 1860 et son lieutenant qu'en 186:2 -'. Les afiaires du Nam-Ky avaient été transmises, à leur arrivée à Hué, au ton thît Hi^p.
(1) A Toccasion de celte investiture, notons que les ambassadeurs chinois vinrent porter les insignes et le titre de souverain d'Annam jusques à Hu^, alors que, sous les rè^çnes précédents, ils ne s'étaient rendus qu'à Hà-Nôi, où le roi venait à leur rencontre.
(2) Pour faciliter les recherches sur la carte, nous ferons suivre, dorénavant, la désignation de certaines localités peu connues du nom de la province actuelle où elles se trouvent.
(3) Comme preuve de leur séjour en Rasse-Cochinchinc avant ces deu\ dates, nous invoquerons; 1<» une ordonnance de Tir-D«Jro 7<^ année (I85i)
L'indomptable énergie de Nguyen-Tri-Phirang, la grandeur d*ûme de Phan-Tlianh-Giàug, leur «ivoir général, ont fait des ces hommes, après Gia-Long, les deux plus imposants caractères de l'hisloire moderne d'Annam. A côté d'eux, leur souverain paraît petit, et Ton est d'autant moins disposé à lui pardonner ses fautes. Tir-Birc maltraita surtout les chrétiens, et si, sous le règne de son père, la persécution s'était tant soit peu relâchée, sous le sien, elle redevint ce qu'elle avait été du temps de Minh-Mang. Le bruit de toutes ces atrocités avait finalement trouvé un écho en Europe. Les nations catholiques s'indignaient à juste titre et l'empereur Napoléon 111 qui, déjà en cette heure, cherchait à étendre Tintluence de la France en Extrême- Orient, résolut de parler ferme.
M. de Montigny, nommé plénipotentiaire, partit pour demander à la cour de Hué un meilleur traitement des missionnaires et des indigènes chrétiens, puis aussi pour essayer d'entamer des négociations au sujet du traité de Versailles. Le Catinat prit les devants, son commandant, M. Leiieur de Ville-sur-Arce, fut chargé de porter à Ty-Birc des présents, et «nirtout une lettre contenant les demandes du gouvernement français; il arriva à Tourane le 16 septembre 1856.
Fort mal inspiré, encore plus mal conseillé par la Chine, le souverain annamite défendit sous des peines sévères de recevoir l'officier français et, d'une façon générale, d'entrer en relations avec les barbares d'Occident. Le commandant du Catinat poussé à bout par les mandarins, qui l'avaient même menacé du feu de leurs batteries, canonna les forts de Tourane, puis descendit avec sa compagnie de débarquement, attaqua la garnison à la baïonnette, encloua soixante pièces de canon et noya une grande quantité de poudre. Il obiint ainsi que ses lettres fussent portées à Hue.
Malheureusement, le mauvais temps et les événements qui se déroulaient en Chine ne permirent pas au Catinat d'attendre notre ambassadeur retardé lui-même par des typhons, il partit pour Hongkong. Un mois plus tard, la corvette la Capricieuse arrivait à son tour à Tourane. Les négociations furent reprises, mais l'absence du plénipotentiaire empêcha de traiter. La corvette s'en vint également à Hongkong. Le commandant, M. Collin, avait pourtant été
relative aux don dien, où est inentiouné le kinh lirçrc Nguyen-Tri'Phirçrng (voir les Institutions annamites, Tome lll, page 70 et suivantes). 2«> La copie d'un rapport de Phan-Thanh-riiâng de la i3« année de Tv-Dirc (i860) en faveur d'une concession de 14 mau (8 hecl. 78 a. i6 cta.) de terre pour te looibeau de Lê-Vân-Duyét h Gia-Binh. Selon toute probabilité, ce rapport a été établi à Hue par Phan-Thanh-(iiâng après son départ de la Basse- Cochincbine. La copie, que nous avons vu, le 4 septembre 1905, à Tinspection de Gia-Binli, porte la grille de M. Boresse (lieutenant de vaisseau venu en Cochinchine sur le Primavguet, commandant d'Ariés) commissaire du gouvernement, préfet de Saigon (directeur des affaires indigènes).
c poliment » reçu et même invité avec son état-major à un Testin chez le mandarin deTourane. Prévenus àjemps, les officiers français ne touchèrent à aucun des mets: ils étaient empoisonnés. Nous n'insisterons pas davantage sur de pareils procédés relevant d'une mentalité toute spécitile et d'un âge qui n'est plus.
Lorsque trois mois plus lard, M. de Montigny arriva enfin (2.1 janvier 1857), Ty-Bii-c, revenu de sa frayeur première, fui plus intraitable que jamais. Pendant que nous perdions notre temps en négociations stériles, il avait fait élever de fortes batteries le long de la rivière de Hué, de nombreux barrages en coupaient le coui's et les meilleures troupes de l'armée annamite étaient concentrées à Tourane. Tir-Bircse préparait à une énergique résistance, aussi le plénipotentiaire français se vit-il obligé de repartir (13 février 1857) sur le petit vapeur qui l'avait amené sans avoir rien obtenu.
Toutes ces démonstrations navales exécutées sans logique ni esprit de suite, n'avaient que confirmé les Annamites dans leur croyance en notre faiblesse. L'arrogance, le dédain des mandarins à l'égard des barbares d'Occident ne connurent plus de bornes. Au départ de M. de Montigny, les autorités firent placiirder des incriptions portant : « Les Français aboient comme des chiens et fuient comme des chèvres ». Les persécutions, un moment suspendues, reprirent alors leur cours et s'accusèrent plus féroces que jamais. Cependant l'heure de la jusiice approchait, le sang de tant de mulheureiises victimes, qui criaient vengeance au ciel, allait être apaisé.
« Mgr Pellerin,vicaire apostolique delà Cochinchine septentrionale, voyant Torage effroyable qui se déchaînait sur lés missions d'Anna m crut devoir, sur le conseil même de M. de Montigny, aller en France, pour exposer à l'empereur la situation critique des chréliens et lui demander un secours sérieux, capable d'obtenir enfin la liberté religieuse aux missionnaires et à leurs néophytes. )» (P. Louvet).
Pour Tintelligence de ce qui va suivre, nous donnons ci-après le tableau des six provinces de la Basse-Cochinchine et des gouverneurs au moment de l'arrivée des Français.
Province princuule Province subordonner
dirigée par un thnj doc dirigée par un luan phù
GlA-DlNH BiÊN-Ho\
Phqm- The-Hûn Nguyhi'Dicc-Hoaèi
VÎNH-LONG DlNH-TirÔNG
Trurrng- Vûn-Huyèn Nguy^n-Binli- Tan
An-Giang Hà-Tièn
Phan-Khâc-Thân Nguyèn-Binh
Les provinces réunies ainsi di'ux à deux formaieiil les gouveriieinenls de Bjiili-Bi^n (Giu-Blnli et Biêii-llou), Vuih-Tiràtig (Vîiih- Loiig el Bliili-Tirù-ng) et An-llà (An-Giaiig et llà-Ti^n) à la fêle des(|uels se plaç^iil le long doc.
Remarquons eu passant que le tong d5c Ph^m-The-Hièii était tont uouveau daus ses fonclious et avait remplacé Vo-Dtiy-Niuli mort pou de temps avant l'arrivée des Français.