II. Plusieurs lignes annexes, savoir
1° D'Aden à la Réunion et à Maurice.
2° De Pointe de Galles à Pondichéry, Madras et Calcutta.
30 De Singapour à Batavia'.
40 De Saigon à Manille.
50 De Saigon à Hongkong et Schanghaï.
6*» De Hongkong à Yokohama.
Pour des raisons commerciales — Saigon ne faisait aucun trafic à cette époque là avec les Philippines — la ligne annexe de Saigon à Manille ne fut jamais inaugurée, tandis que la ligne principale fut bientôt prolongée jusqu'à Hongkong puis jusqu'à Schanghaï.
A l'ouverture du canal de Suez (16 novembre 1869), la ligne principale fut doublée et les départs curent lieu tous les 14 jours ; jfnaîR AAia ne dura que peu de mois. Avec la guerre de 1870-1871,
réduit à un départ tous les 28 jours, ce qui était plus our le commerce. Ce ne fut qu'en 1873, au rema-
niemeot de tous les services des Messageries Maritimes que celui sur Saigon et l'Extrême-Orient fut repris tous les 14 jours, tel quMI a lieu encore aujourd'hui*.
Après tant d efforts qui convergeaient tous vers l'organisation du territoire conquis et l'apaisement dos populations dominées^ on était en droit de s'attendre à une relative tranquillité, d'autant plus que déjà vingt jours après la prise de Gtii-Hoà, Nguyen-Bâ-Nghi qui commandait alors en chef à Bién-Hoà, avait fait entendre des propositions de paix (nous en parlerons plus loin).
L'amiral Taisait tout d'ailleurs pour gagner la population. Il remit l'impôt de l'année, accueillit avec bienveillance ceux qui, après avoir pris la fuite, vinrent réclamer leurs propriétés ; il renvoya les prisonniers de guerre dans leurs villages pour s'y faire inscrire et y vivre de la vie de paix et de travail des habitants. Les bras manquaient malgré tout à l'agriculture et les bëtes de somme aussi. Il
(I) Nous devons tous ces renseignements à la bonne obligeance de M. de Bailioud^ agent principal des Messageries Maritimes à Saigon. Comme complément, nous donnons ci-après Tarrété concédant le terrain où se trquvent actuellement les Messageries Maritimes, :
<r L'administration des Messageries impériales ayant accepté les conditions qui avaient été imposées pour la cession défmitive des terrains nécessaires à sou installation,
f Le vice-amiral gouverneur, commandant en chef, décide,
c La partie des terrains qui avait été concédée temporairement à la compagnie des Messageries Impériales, sera cédée à cette administration à titre de possession définitive, après que les modifications demandées y auront été faites, et cette cession aura lieu aux conditions suivantes :
« La compagnie des services maritimes des Messageries Impériales s'engage, jusqu'à concurrence de la somme de 22.564 piastres, à payer les travaux ci-aprés désignés, à mesure de la preuve de leur exécution, sur des bons du génie et de l'administration de la marine, savoir :
1o Un pont tournant sur VArroyo ChinoiSy joignant la ville de Saigon et rétablissement des Messageries.
2» Le dégagement, le nivellement et Tappropriation des quais et voies publiques menant au pont et aux abords du pont.
3o Dans les environs du pont, les quai ou warfs que permettra de faire le reste des fonds disponibles après l'achèvement des premiers travaux.
c En conséquence, un marché sera passé immédiatement pour TadjudicaUon de ces travaux.»
Saigon, le 2 avril 1863.
Le Ve-Aï Bonard.
Les principaux immeubles des Messageries furent construits en 18G4 par M. Domergue, agent principal de la C»e, colonel du génie en retraite (général de brigade provisoire pendant la guerre). Les matériaux manquaient alors pour ce genre de construction, du moins étaient-ils rares et mauvais ; la Compagnie dut installer une briqueterie à son usage et les tuiles des toitures sont encore marquées à son chiffre.
fut interdit d'abattre les buffles ^Eafin l'agiotage effréné qui se faisait sur la monnaie de zinc fut enrayé par un judicieux emmagasinage des sapèques et diverses mesures restrictives à leur circulation en masse d'un territoire dans l'autre.
Pourtant le pays était loin d'être tranquille. La piraterie a toujours plus ou moins existé dans Tempire d'Ânnam, et bien des individus eu Cochinchine^ sous les dehors paisibles du cultivateur, du pécheur, du batelier, s'entendaient à merveille pour tantôt dévaliser quelque riche propriétaire, tantôt pirater une jonque marchande. Le réseau delUiïque aux si nombreux cours d'eau se prêtait on ne peut mieux à ces opérations de flibuste qui réclament non moins de rapidité dans l'entreprise que dans la dispersion après coup. Avec la disparition des autorités annamites, la fuite momentanée de bien des gens, le manque de surveillance des municipes parfois intéressés au désordre, il est tout naturel que le brigandage se soit grandement développé. Les recrues ne lui manquaient pas ; aux malfaiteurs coutumîers s'étaient venus joindre des soldats que la défaite avait diperséset qui trouvaient le métier de bandit plus conforme à leurs goûts, à leurs aptitudes que le travail honnête et régulier.
Cet état de choses se compliquait et s'aggravait encore par l'intervention cachée des mandarins recourant à une tactique nouvelle. Les affaires de Chî-Hoà et de My-Tho avaient enseigné trop positivement à tous que, ni en rase campagne, ni même derrière des
(1) « Ce qui priva le corps expéditionnaire, écrit Pallu, de quelques repas de viande fraîche, mais ce .qui sauva Tagriculture. » Quel m alheur que les troupes n'aient pas eu cette médiocre carne de buffle à manger ! Aloi*s surtout que Fauteur dit aiUeurs, en parlant de la môme époque, c les marchés de Saigon et de la Ville chinoise étaient abondamment pourvus plus d'un soldat revenu en France, plus d'un matelot remis à la
portion congrue, se souvient sans doute avec un mélange de |j(laisir et de regret, du temps où la broche tournait sans cesse sous les palmiers araquiers de Ch<r-Quâii et de Ch(r-Lérn. > Mais il y a mieux, L. de Grammont en parlant du Cambodge écrit: e: Nos marchands y ont circulé tout Tété dernier (1861) et y ont fait déjà de grands achats de bétail. » Alors, comme aujourd'hui partiellement encore, les bœufs venaient du haut pays.
i'allu de la Barrière est coutumîer de ces contradictions, par exemple après avoir exposé la prise de la Redoute le ^4 février, il dit (page 70) , « les troupes reprirent leurs sacs, qu'elles avaient mis à terre pour marcher à l'assaut y> puis, cinq lignes plus bas, « l'armée se reposa jusqu'à trois heures ; elle était sur pied depuis quatre heures du matin, le sac au dos. p Or, vers neuf heures les troupes étaient établies dans les logements des soldais annamites, ainsi que le relate Fallu, TafTaire avait duré deux heures et il est certain que, pendant une heure au moins, les ^mmes n'ont pas eu le sac au dos. Nous reconnaissons volontiers qu'un livre qui s'adresse à tout le monde, doit, pour intéresser, avoir du coloris, sinon toute relation technique devient horriblement ennuyeuse à lire ; mais encore faut-il que les nuances demeurent acceptables, qu'elles coo* servent a" »«wûo.. «u^ vratsemblance.
murailles, Tarmée annamite ne pouvait tenir tôte aux Français. On abandonna donc la lutte en masse, et Ton tenta pir des moyens moins militaires^ mais bien plus efficaces, de fatiguer le corps expéditionnaire. Il s'agissait de faire le vide autour do lui, de rendre le pajs inhabitable. Dans ce but, les pirates furent encouragés et conseillés. Les incendies de propriétés devenaient fréquents, les assassinats se multipliaient. De là à une guerre ouverte de partisans, il n'y avait qu'un pas, et bientôt ce pas devait être franchi.
En attendant, des agents secrets parcouraient les* deux provinces, prêchant le pillage et le meurtre, embauchant des jeunes gens pour l'armée régulière, et poussant l'audace jusqu'à lever, au nom du roi, l'impôt dont Tamiral avait fait remise. Tous ceux des Annamites qui s'étaient déclarés pour la France furent menacés de mort ; quelques- Vins X perdirent la vie. Les mandarins revenus de leur stupeur première, s'enhardissaient naain tenant jusqua venir de nuit visiter leurs f^ipieos administrés ; ils portaient, selon les gens, d es paroles d'eucQii;ij:agemej)t à la résistance ou de terribles menaces. On leur a reproché celte cpnduite, c'est injuste. Aucune trêve, aucune suspi^qsiou d'armes n'avait été convenue, et ce qu'ils faisaient était de bonne guerre, tout en attirant aux populations civiles et à eux-mêmes rapplicatiion de la dure loi des représailles.
A Saigon même, une situation particulière se développait. Les navire3vivriers et charbonniers avaient déversé dans ce port une foule d'bjOmmes de moeurs violeut43S, des individus dallures louches ; c'éjiait cçtte môme tourbe aventurière et interlope qui se retrouve invariablement sur les derrières de toute armée en campagne. La pjyapar^ veoait pour faire du commerce, mais se livrait surtout à ^ contJrebianda de^ armes et munitions de guerre, déjà sérieusement IMsrtVIu^ P^ 1^ Chinois. Les crimes qu'ils commettaient contre les leijWB rataient ijQ[^)unis. Vers le milieu du mois d'avril (1861), relate Pa||iu, un matelot américain fut tué dans une rixe par un de ses Ciwpatriotes, l'autorité française ne put intervenir : il n'y avait à Saigon ni tribunal^ ni juge.
Cet état de choses n'aurait pu durer longtemps sans faire le vide complet autour des Français. Des mesures énergiques étaient indispensables. L'amiral Charner les prit. Le blocus dû Mékong et de tous les cours d'eau du delta, sauf la Rivière de Saigon, fut signifié le ^ avril 1861, de môme que l'interdiction d'amener par mer des riz dans l'empire d'Annam. Le 19 mai, le territoire conquis fut déclaré en état de siège. Voici la teneur du document officiel :
Le vice-amiral commandant en chef les forces navales françaises dans les mers de Chine, et les forces de terre et de mer en Cochinchinc ;
Considérant qu'en attendant l'institution de tribunaux conipctents pour juger les crimes et délits, il est urgent de pourvoir à leur répression ;
Considérant, en outre, que la guerre continue d'exister entre le gouvernement de l'Empereur et le gouvernement de Huô' ;
Déclare :
Conformément à loi du 9 au 11 août 1849, article 5, chapitre II, les provinces de Saigon, de Mj-Tho et tous les territoires occupés par nos troupes sont en état de siège.
Néanmoins, conformément à l'article 7, chapitre III de la loi précitée, l'autorité civile continue, comme par le passé, d'exercer les pouvoirs dont elle est revêtue, et cç n'est que du moment où cette autorité devient insuffisante que, sur un ordre d'informer du commandant en chef, l'action de l'autorité militaire commence.
Le général commandant les troupes du corps expéditionnaire, les commandants particuliers de Saigon et de MJ-Tho, sont chargés de donner toute la publicité possible à la présente déclaration.
L'état de siège ainsi déclaré fit naitre un incident diplomatique. L'Espagne n'avait pas été nommée. La France entendait donc posséder sans partage les territoires conquis en Cochinchine. Le plénipotentiaire de Sa Majesté catholique, colonel Palanca Guttierez, crut devoir protester tout en réservant l'action de l'Espagne. L'amiral Cbamer, qui avait des instructions formelles, maintint sa décision . Il ne put que prendre note de la protestation e: en exposant qu'il avait reçu l'ordre de s'emparer de Saigon, de le posséder sans partage, de conquérir et d'organiser une certaine partie du territoire, il rappela que l'Espagne devait trouver, sur un autre point de la Cochinchine, la compensation de ses glorieux sacrifices. »
Cette questiou ajournée de la sorte, fut résolue plus tard par les gouvernements métropolitains. A Saigon, elle divisa les deux plénipotentiaires, mais n'altéra en rien et à aycune heure leurs rapports personnels.
L'état de siège fut incontestablement d'un grand secours à la domination française. On ne conçoit même pas qu'en présence du manque de toute magistrature civile, il n'ait pas été déclaré dès le premier jour ; on conçoit encore moins la nécessité d'une déclaration, vu que les territoires occupés ne nous appartenaient pas régulièrement, la guerre n'ayant point cessé, et que ce dernier état comporte de lui-mêhie Tadministration militaire et la justice martiale.
Sagement, intelligemment et surtout humainement appliqué, l'état de siège n'eût pas manqué d'amener des résultats de tout premier ordre. Malheureusement, les actes de piraterie vulgaire, confondus avec les entreprises des partisans, firent voir un bandit dans chaque Annamite pris lels armes à la main. Fallu de la Barrière a fort bien décrit la situation du moment et Tétat d'âme de bien des Français :
L'ignorance de la langue, le faux témoignage, la nécessité de se défendre, l'imitation des coutumes anglaises et un fond de férocité qui se réveille chez certains hommes et qui rappelle cette humeur de destruction qui poussait les Espagnols à faire disparaître les Indiens : telles furent les principales causes qui empêchèrent de distinguer entre les Annamites qui nous résistaient. Combien de ces brigands n'étaient que des soldats mal armés !
Cest une dure extrémité que d'avoir vingt délégués investis du droit de faire don de la vie, et si honnête et si ferme que soit l'autorité d'un chef, elle est impuissante à réformer l'infirmité des caractères. Dans cette guerre de répression qui eut pour théâtre les deux quadrilatères, les ordres donnés furent terribles, ils ne furent jamais impitoyables : « Vous empêcherez de maltraiter le peuple inoffensif, » (Instructions adressées aux commandants des colonnes mobiles.)
Ce fut une bien triste période de rhistoîre de la colonie, et si nous voulions croire ce qui se racontait, il en faudrait conclure que les exécutions sommaires étaient devenues pour certains un genre de sport. Bien avant les monstrueux spectacles de l'Afrique occidentale et de Kouang-Tchcou-Wan, le monde dit civilisé aurait donc pu étaler ceux de la Basse-Gocliinchine. Nous aimons à croire, cependant, qu'il y a eu beaucoup de hâblage dans les récits, et (|ue la vantardise a créé parfois des histoires extraordinaires, invraisemblables. Nous rapellerons Tanecdole typique de cet interprète annamite, ancien catéchiste parlant latin, qui fut pendu avec les six pirates qu'il accompagnait. Il fit des efforts désespérés pom' se faire reconnaître, ta corde déjà au cou le mallîeureux criait encore éperdument : « Egosum Peirus! » Le quartier-maître chargé de la pendaison, n'ayant passé en fait d'école que par celle des gabiers, n'y comprit rien, ne voulut rien savoir, et envoya Tinterprèle se balancer au bout d'une vergue. . . comme les autres !
Cependant les négociations avec le gouvernement, annamite se poursuivaient toujours ; taudis que les malfaiteurs, les partisans, encouragés par une relative impunité, se groupaient, entouraient certains chefs, finissant par former des bandes assez nombreuses pour résister aux petites colonnes mobiles et môme attaquer les postes. Durant les premières pluies et tant que se poursuivit le repiquage des riz, les mouvements furent assez restreints ; après, ce devint l'insurrection.
Jusqu'à ce moment, les négociations et les troubles allèrent de pair, il nous les faut suivre de même.
Nous avons dit que vingt jours après la prise de Clii-Iloà, Njçnyen- Bâ-Nghi lit parvenir à l'amiral Gharner des propositions de paix. Ce futlephu Khà qui servit d'intermédiaire ^ De Bièn-Hoà il s'était rendu presque sans suite à bord du Primaugnel, stationné dans la I{ivière de Saigon, vers l'endroit où aboutit la roule deBiôn-lloà (Point A). Un canot de la corvette le conduisit à Saigon. Le phû Khâ était porteur d'un message tout asiatique^ s'élendant longuement sur les calamités de la ^erre, mais, au fond, ne proposant rien. 11 fallut
(1) D'après une autre version, ce fut rancieu quan an Vàn, de la province de Gia-fijnh, alors en disgrûce, qui porta les propositions. Comme les iiégociatious se sont prolongées durant plusieurs mois, il est possible (lue les deux personnages aient servi successivement d'intermédiaire*
établir des conditions qui, de prime abord, ne furent pas acceptées à Bi(*u]-Hoà, Nguyeu-Ua-Nghi déclarant, dans sa première dépêche^ que « tous les avantages étaient pour la France, qu'il n'y en avait aucun pour l'empire d'Ânnam id. Le négociateur annamite feignait ignorer une conséquence essentielle de la guerre, que le vaincu ne saurait réclamer des avantages.
Le vice-amiral répondit le 26 avril « que, si la paix était signée, le commerce extérieur des Annamites, alors détruit par les croiseurs, reprendrait librement son cours ; que par le fait de rélabiissenient des Français à Saigon et à My-Tho, la prospérité de la Ba^e-Cochinchiue se développerait même au delà de ce qu'elle était avant la guerre, qu'enfln, la France, au lieu de créer des diffiî^ultés aii gouvernement de ilué, pourrait, dans bien des circonstances, lui prêter son appui. En transmettant ces réflexions au phông bien qùàn thi>, il dit qu'il serait heureux de recevoir une réponse qui fit entrevoir quelque possibilité de conciliation. y>
L'amiral Charner joignit à sa réponse un argument plus positif en faisant connaître à Nguyen-lià-Nghi la mesure qu'il avait prise trois jours auparavant: l'interdiction d'amener par mer des riz dans l'empire d'Annam.
Cette nouvelle, dit Pallu, consterna les Annamites. Même après la prise de My-Tho, ils avaient continué d'espérer que les rigueurs de la guerre iie les atteindraient pas dans un approvisionnement qui, pour eux, est la première condition de la vie. Le kinh Itfc/c se récria sur tant de dureté, sur les faits accomplis, sur l'inflexibilité des conditions qui lui étaient transmises, enfin sur cette nouvelle calamité ^3 mai iSbi). « Depuis trois ans que vous nous faites la guerre, rien dans ce malheureux énripire n'a échappé aux coups que vous nous avez portés. Nos magasins ont-été uicendiés, nos forteresses prises et démantelées, nos bâtiments de guerre brûlés, notre commerce ruiné ; nos jonques chargées d'é^oHfes précieuses ont été coulées, nos soldats tués, nos maisons détruites. V^us nous demandez de Targent ; nous sommes devenus pauvres. Est-ce donc un spectacle agréable au Maître du ciel que celui de tant de calamités dont vous êtes cause ? Maintenant vous arrêtez les riz ; nos peuples mourront donc de faim. » Et à la fin, non sans fierté : « Puisque c'est la dernière ressource que Votre Excellence nous laisse, eh bien ! nous trouverons encore des armes et nous vous combattrons. »
Le vice-amiral répondit (7 mai 1861) « qu'il ferait ses efforts pour repousser les armes par les armes ».
Celte réponse néanmoins ne rompit pas les négociations et, ci-aprés nous reproduisons encore la lettre du 7 juin de l'aihiral Charner au phông bien qudu thù*; elle est intéressante en ce qu*elle contient loutes les conditions exigées pour revenir à la paix.
J'aurais répondu moins tardivement à la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, si je n'avais été persuadé que, dans nia précédente correspondance, j'ai fait connaître, cbune manière détaillée, les bases d'après lesquelles nous pourrions conclure une paix durable.
Toutefoîs, dans la crainte d'avoir commis quelque oubli, je vais récapituler les conditions d'après lesquelles je dois traiter :
1" Libre exercice du culte chrétien.
2® Cession de Saigon et de sa province.
3° Cession de My-Tho et du terrain qui l'entoure.
4*» Cession de Thû-Dslu-Môt, dans la province de Biên-Hoà.
5<> Libre navigation des cours d'eau de l'Ouest.
6° Libre circulation des Européens dans l'intérieur de l'empire, à la condition pour eux de se soumettre aux lois du pays.
70 Remise entre les mains du consul du port le plus voisin, des Européens prévenus d'infractions aux lois.
80 Droit de représentation réciproque des. deux souverains de France et de Cochinchine à la cour l'un de l'autre.
90 Etablissement de consulats et liberté donnée au commerce européen dans les ports principaux.
10° Amnistie pour tous les faits relatifs à la guerre.
Il® Indemnité de quatre millions de piastres.
12» Admission de l'ambassadeur espagnol à prendre part au traité à intervenir.
Jusqu'à présent, Votre Excellence, ne tenant aucun compte des faits accomplis, n'a approuvé que deux clauses, le libre exercice du culte chrétien et l'admission de l'ambassadeur espagnol à prendre part au traité.
Votre Excellence s'est plainte constamment de l'exagération de mes demandes, mais tout en m'assurant de son vif désir de la paix, elle a jusqu'à présent évité de formuler d'une manière précise les concessions qu'elle consentirait à nous faire.
Votre Excellence a plusieurs fois fait remarquer qu'en retour des avantages que nous réclamions, nous n'avions aucune compensation à lui présenter, et que la cession de la province de Saigon équivalait à celle de toutes les provinces de l'Ouest de la Basse-Cochinchine.
J'aurai l'honneur de répondre encore que la paix permettra à l'empire d'Annam de faire sûrement et avantageusement le commerce ; de cesser d'être sous le coup de nouvelles attaques de notre part; de pouvoir communiquer avec les provinces de l'Ouest, qui sont exposées dans ce moment à échapper à sa domination.
Si la guerre, au contraire, se prolonge, la situation de l'empire ne peut manquer de s'aggraver. Votre Excellence, sans nul doute, a dû déjà remarquer cette tendance.
JNous n'insisterons pas longuement snr la faiblesse, la puérilité même des arguments invoqués de part et d'autre durant ces négociations. La guerre ne saurait s'accommoder de phrases, les linasseries diplomatiques, les roueries d'affaires n'y servent de rien. Le plus fort impose des conditions que le plus faible est obligé d'accepter en totalité ou en partie, selon son degré d'infériorité. La discussion ne peut porter que sur ces conditions, et c'est Télat relatif de potence des belligérants au moment des négociations qui dicte seul ce ((ue le vainqueur devra abandonner de ses prétentions et ce que le vaincu pourra retenir de la rançon exigée. Ouvrir des pouri)arlers
en dehors de ces conditions est passer à côté de la question, cela ne saurait aboutir à rien.
Si l'amiral, sans entrer dans des démonstrations d'avantages et de prospérité que chaque individu, chaque peuple comprend à sa façon et sur lesquels il est parfaitement oiseux de vouloir ergoter, avait tout simplement envoyé ses conditions en faisant remarquer que tout retard à les accepter risquerait de les aggraver et qu'en attendant la guerre continuerait comme devant, il n'aurait pas eu la paix une minute plus tôt, c'est probable, mais il se serait épargné des illusions, des ennuis et peut-être aurait-il évité une bonne moitié des troubles qui se sont poursuivis le long de l'année. Ije moins fort, lorsqu'il n'a pas encore perdu tout espoir, cherche à négocier longuement, à gagner du temps. C'était le cas de la cour de Hue, elle espérait nous lasser^ elle caressait la chimère d'une intervention de grande puissance quelconque ; les Annamites l'ont dit maintes fois^ quoiqu'ils aient toujours été incapables d'en nommer aucune, de rien définir. Ils s'abandonnaient à des rôves, à de vaines espérances, et n'avaient donc nulle envie sérieuse de faire la paix. Leurs intentions réelles furent démasquées peu après, et il fallut bien se rendre à l'évidence. Au reste, pour obtenir que la nation mise en état d'infériorité par la lutte consente à subir les conditions imposées, il faut, tout d'abord, la réduire, et c'est ce qui, à cette époque, restait à faire : l'Annam avait été battu, non réduit.
On se trouvait encore loin de la paix. L'esprit des populations tout autour de notre conquête s'accusait rien moins que favorable. Vînh-Long, comme Bièn-Hoà, était devenu un foyer propagateur de la résistance. Les familles riches, les personnages influents des régions soumises, s'étaient retirés en grande partie dans l'Ouest et y entretenaient reffervescence. Même dans les limites de l'occupation, il se formait des centres hostiles. Gô-Công en fut un des premiers. La dynastie des Nguyën y comptait de nombreux partisans ; des membres (le la famille impériale y vivaient, d'autres y étaient enterrés. ' Aussi, lors(|ue le brigandage évolua vers l'insurrection, le pays de Gù-Công fut-il en tète du mouvement.
Le hnyen Toai, (|ui avait administré cette région avant notre venue, parvint à réunir quelque six cents hommes composés principalement de don dien et de soldats réguliers ayant combattu à Chi-lloà. 11 attaqua Go-Công le 22 juin au petit jour. L'enseigne de vaisseau Vial, directeur des affaires indigènes, n'avait à sa disposition qu'une poignée de fusiliers marins, 27 en tout officiers compris ; de plus, la lorcha fAmphitrite était mouillée dans le voisinage.
Prévenu à temps par des espions, M. Vial fit bonne garde toute la nuit et lorsque les Annamites armés de lances, formés en trois colonnes, avancèrent au bruit du gong et du tam-tam
croyant surprendre la garnison, ils furent reçus à coups de fusil. M. Vial avec dix marins se porta au-devant d'eux, son feu les arrêta un moment ; mais il dut reculer vivement vers la place du marché voyant qu'il allait être tourné. C'est tout juste si la retraite s'effectua, déjà l'ennemi paraissait au bout des rues. Le feu calme, bien ajusté, des Français abattit, à cette courte distance, les premiers qui débouchèrent; mais, d'autres suivaient, il fallut continuer de les abattre. A un moment donné, les dix Français, poussant une charge, en vinrent au corps à corps. Le fusilier marin Bodiez, posté avec quelques camarades dans une pagode voisine, voyant l'enseigne serré de près et en grand danger, courut au dehors pour le dégager. Il parvint, en effet, à le couvrir de son corps, mais fut tué raide sans même avoir eu le temps de décharger sa carabine. Quant à M. Vial, il eut pour son compte deux coups de lance et une brûlure de fusée annamite à l'œil.
Cependant, les chefs ennemis, qui marchaient en tête des colonnes, étaient tombés. Leurs hommes, décimés par le feu des carabines, ébranlés dans leur confiance, ne se voyant plus de guides, battirent en retraite emmenant les blessés et une partie des morts. Ils laissèrent néanmoins sur le carreau quatorze des leurs dont le huy$n Tosii. M. Vial, tout blessé qu'il fût, monta alors sur la lorcha et fit envoyer quelques coups de canon aux files de partisans qui se retiraient par les talus de rizière de la plaine.
Du côté des Français, grâce à la vigilance et au sang-froid de tous, il n'y eut qu'un tué et un blessé.
Le lendemain, à la pointe du jour, un autre chef de bande, le quan Binh, dont le contingent n'avait pas pris part à l'affaire de la veille, fit marcher, à son tour, ses hommes contre Gô-Công. Un coup de canon à boulet suffit pour leur faire rebrousser chemin. Le 24 juin arrivait du renfort ; le capitaine de frégate Lebris vint avec la corvette Duchayla mouiller à l'embouchure du Rach La. Il parcourut la région et dispersa les bandes.
La contrée pourtant ne revint pas au calme et le quâu Bjnh, qui remplaça le huyOn Toîii, terrorisa encore longtemps le pays. C'était un chef de régiment don dien — il venait d'être promu îânh binh — membre d'une famille riche du pays, ayant combattu à Chi-Hoà où il commandait un corps de volontaires. B|nh se fit remarquer ensuite par ses coups audacieux et son implacable rigueur envers les Annamites partisans de la France. Il réussit d'autant mieux qu'il était soutenu, en ce pays de Gô-Công, par le nombreux parti des parents du souverain et des anciens mandarins dont les familles vivaient dans la région. Des groupes plus infimes, composés de propriétaires fonciers et de descendants ou alliés des rebelles de 1833 (révolte de Khôi) qui c nourrissaient de vieilles rancunes contre les gens de la cour et de l'administration, se rangeaient volontiers du côté des nouveaux dominateurs du pays, en les aidant à repousser
les troupes de pillards qui essayèrent de dévaster leurs propriétés. * (Vial).
Parmi les coups de ce fijnh, on peut citer l'assassinat de son ancien ami, le bâ hO Huy, qui avait accepté les fonctions de chef de canton sous les Français et qui, établi à fiông-San, non loin de Gô- Công, sous la protection de nos navires, venait de charger un de ses serviteurs de porter un pli aux autorités françaises, où il indiquait la retraite de B|nh. Le serviteur trahissant spn maître, lui-même un hlche (l'homme qui vend son prochain est toujours un lâche nonobstant les raisons qu'il invoquera : on peut se battre, on ne doit pas se trahir), remit le pli à fiinh. Celui-ci vint, sur le champ, enlever Huy ; mais, serré de près par les Français qui s'étaient mis incontinent a sa poursuite^ il s'enfuît avec ses compagnons à travers la rizière, abandotmant sur le chemin le cadavre décapité du chef île canton.
A Oô-Cùng mémo, il menaça de mort le xâ tru-ô-ng (maire) qui continuait de remplir ses fonctions sous le régime nouveau. Ce malheureux, perdant la tête, lui offrit tous ses biens et alla jusqu'à se mettre volontairement entre ses mains. Bfnh le fit exécuter.
Dans la région de My-Tho, ce fut le phû CAù qui dirigeait tes bandes. Ce vieux mandarin, homme influent, énergique, était lépreux, aux trois quarts paralytique, mais d'une remarquable activité; il faisait mouvoir ses bandes avec la plus extraordinaire célérité*, luimême ne fut pris qu'un an plus tard.
(I) L'histoire nous montre parfois uue de ces activités exceptionnelles emprisonnée dans un corps impotent, pres(fue inerte. Vers la fin de la Guerre de Trente ans, l'armée suédoise fut commandée par le général Torstensson qui, goutteux, perclus de douleurs, se faisait enlever de sa chambre et porter en litière sur le front des troupes. Plus il était paralysé, plus, semble-t-il, ses soldats étaient vivement conduits. Â aucune époque de cette longue guerrejes mouvements ne se firent avec une telle rapidité.
Pour en revenir au phu Câu, des doutes ont été émis sur son titre et jusque sur son nom. M. de Grammont dit, c étant atteint de lèpre, H n'avait pu, d'après les lois annamites, obtenir aucun grade dans le mandarinat, mais on a dit qu'il avait en poche des pouvoirs illimités signés de la main mtjme de Tir-l)trc.» L'empereur ne signe rien, nous le répétons; ensuite, la lèpre ne s'est peut-être déclarée chez Càu que longtemps après son entrée en fonctions. Cependant, il plane une grande incertitude aujourd'hui sur l'identité du pei"sonnage.
D'après M. i^anlus Cua, CAu aurait réellement rempli les fonctions de tri phû dans la province de My-Tho avant l'arrivée des Français; quant â son nom^ personne ne le sait plus. Le peuple l'appelait phu Câu et non phn Cao ou Kao comme récrivent Pallu et de Grammont ; mais le vocable câu n'est pas un ïiom, c'est un titre qu'on donne aux fils de mandarins et qui signifie oncle maternel. Le phu CAu aurait donc lui-même été ttls de mandarin et, plus tard, la population qui l'appelait d'abord Câu tout court, aurait mis son giade devant le litre. C'est d'autant plus plausible qu'il est d'usage chez les Annamites, lorsqu'ils parlent d'un mandarin, de ne pas jn-ononcer son nom par déférence
Un autre chef à signaler fut le thiôn hO Du'O'ng, qui opérait également dans la province de My-Tho. Enfin, un certain nombre de petits chefs battaient l'estrade, levant des contributions, et, s'ils n'arrivaient
pas à faire grand mal aux Français, en faisaient, par contre, énormément aux populations annamites.
Cet état de troubles qui allait s'aggravant et les négociations qui traînaient toujours, rendaient la situation de- plus en plus difficile. Des mesures extra énergiques s'imposaient, et d'autant plus qu'on finit par s'apercevoir de la duplicité des négociateurs annamites. Le 21 juillet 1861, le capitaine L. de Grammont, alors directeur des affaires indigènes (a résidé d'abord à Thu-Dau-Mpt, puis à Hôc-Môn de fin décembre 1861 au 26 avril 1862), fit arrêter, du côté de Trâng-Bàng, trois individus (Miru, Tri et Thai), porteurs de notes sur les allées et venues des Français dans les postes ainsi que d'une proclamation impériale qui, authentique ou non, ne pouvait manquer d'être connue à Biên-Hoà . En voici une traduction libre d'après le le capitaine de Grammont :
3"c jour de la y lune (i^r mars i86i) *
Tnrorng-Dâng-Que, Lâm-Duy-Nghla et NguySn-Luân, ont adressé une pétition au Roi, et le Roi l'a approuvée dans les termes suivants :
« Il y a trois ans que les Français sont venus nous troubler dans le Gia-Bjnh ; ils ont détruit la forteresse, tué ou dispersé les défenseurs. Aussi, tous nos fidèles sujets en sont-ils exaspérés et principalement les habitants delà Basse-Cochinchine que nous croyons tous disposés à s'unir à nos troupes pour venger nos communes défaites. Les Français sont d'une race différente de la nôtre, ils veulent nous opprimer et faire violence à nos femmes. Tous ceux donc qui seront indignés de ces faits se joindront à nous.
a Y aurait-H parmi vous quelqu'un qui voulut les servir et se traîner à leur remorque ?
« Autrefois, nous avons adressé une proclamation aux autorités des six provinces, dans laquelle nous disions :
Que chacun de nos serviteurs dociles à notre conseil^ engage le peuple à se soulever et à former une milice de la manière suivante :
Celui qui engagera lo hommes sera nommé bâ ho.
Celui qui engagera jo hommes sera nommé chdnh lue pham suât doi (capitainé). Il recevra une ration du gouvernement et des armes pour l'exercice.
Celui qui engagera loo sera nommé phô vç.
Celui qui en engagera de 200 à 400 sera élevé à un grade proportionnel au nombre ^individus qu'il aura gagnés.
Celui qui aura formé une garde de joo hommes sera nommé chành tiguyén phhm ccr (colonel).
Si quelqu'un prend un Français, il recevra 4 barres d'argent.
Si quelqu'un tue un Français, il recevra deux onces d'argent.
Si quelquun tue un Annamite au service des Français, il recevra une once d^ argent.
(1) La troisième lune répond au mois d'avril.
- su -
a En promettant ces récompenses, nous voulions engager notre peuple à se saisir des Français. Dans le Gia-Binh, il y a déjà 308 hommes braves qui suivent nos troupes pour les combattre ; à Vînh-Long, il y en a 140. Sans parler des cinq bataillons et du régiment des milices cantonales qui étaient dans la province de Saigon et qu'on a conduits à Biên-Hoà; il y a encore cinq régiments de milice organisés secrètement.
« Est-ce que la fortune ne nous sourit plus ?
« Nous savons bien que les difficultés sont plus grandes aujourd'hui dans le Gia-Binh et le Binh-Tu*ôrng, dont nous avons perdu les chefs-lieux. Nous pensons donc que tous ceux qui s'en sont retournés au sein de leurs familles ont bien fait, mais ils doivent maintenant tous se lever en masse pour venir à nous ; nous les accueillerons avec joie pour combattre et chasser les Français de nos provinces. Ils retourneront alors en paix jouir après la victoire des récompenses qu'ils auront méritées. »
Le Roi, Tir-Dirc. *
Il va de soi que, du coup, les négociations furent rompues. La situation devint plus nette, elle n'en fut pas moins difficile ; car si le Gia-Binh jouissait d'une relative tranquillilé, il n'en était pas de même du pays de Gô-Công ni de My-Tho. Dans cette dernière province surtout, le phû C;\u se montrait d'une dévorante activité. A une trentaine de kilomètres, vers le Nord-Ouest de My-Tho, avait été établi le poste avancé de Gày-Lây (le long du Fleuve se trouvaient, en remontant, le poste de Rach Gâm et celui de Gâi-Bè) ; au milieu, à peu près, de la droite qui joint Cûy-LAy à My-Tho, le sol se relève l^èrement et forme une sorte de plateau où se trouvent, en allant de la citadelle vers le poste, les deux localités de ThuOc-Nhiêu et de My-Qui. Là s'était retranché le phû CAu, de là il lançait ses bandes à l'attaque de nos postes. Celui de Cay-LOy fut plus particulièrement exposé à ses entreprises (29 août, 1 5 septembre) . L'énergique capitaine Ghassériau (de l'Infanterie de Marine) put le garantir un temps. A la fin, « le marché fut incendié. Pour avoir quelque tranquillité autour de nos points d'occupation, nous fûmes bientôt obligés de brûler un peu comme les indigènes, à telles enseignes que, chacun détruisant pour sa cause, la ruine du pays ne devait pas tarder.»
A cette même époque, le capitaine de vaisseau Lebris fut envoyé
(1) Présenté dans celte forme, le document paraît apocryphe. M. de Grammonl a trop européanisé. Les pièces officielles annamites n'ont en tête ni date, ni titre, (juelquefois même pas la dénomination de raulorité qui les émet: le sceau y pourvoit et elles se terminent par Tannée de régne et la date, ain.si, Minh-Mgng, ii^ année, 8^ mois, '22^ jour, c'est-à-dire, la lie année de Minh-Mcing, le 80 mois, etc. L'empereur ne signe aucune pièce ; s'il y a lieu, il met un point rouge en tête de la première ligne [ckâu diim) et la pièce reçoit le sceau voulu (voir les Institutions annamiles, Tome I, page 265).
Nous ne critiquerons pas davantage ce document, car les individus arrêtés ont été authentiques, eux, et leurs intentions, leurs relations avec les autorités annamites n'étaient pas douteuses.
dans le quadrilatère * où, après trois semaines de marches et de contremarches, dans un pays presque inondé, il parvint, avec rinfatigable 2« compagnie du 101'' de ligne, sous le commandement du lieutenant Bellinger (plus tard directeur des affaires indigènes à Can-Giu^c) à disperser les bandes principales et à arrêter les travaux dérensirs commencés par elles à My-Qui. Mais, après cette trouée vigoureuse et le moment de répit qu'elle nous donna (du 1" au 14 septembre), il fallut organiser contre ce même My-Qui une expédition plus importante qui fut conduite par le capitaine de vaisseau Desvanx, chef de la province ; nous y fûmes particulièrement aidés par les Espagnols (14-25 septembre).
Pour donner une idée plus exacte encore de ces incessantes guérillas^ nous reproduisons ci-après la partie de V Extrait du journal (tun officier détaché à My-Tho (d'après M. de Grammont) qui va du 29 août au 30 novembre 1861.
29 Août. — Attaque de Cây-Lây défendu par M. Chassériau (bandes du phu Câu) ; il est secouru par M. Hanès et 50 hommes qui palissadent le fort.
4 Septembre. — Les bandes se montrent au fort Bourdais sur l'Arroyo de la Poste, à trois milles de My-Tho ; M. Mac-Dermott, lieutenant de vaisseau, est envoyé à leur poursuite (fusiliers marins).
j Septembre. — Saisie de jonques chargées de fusils pour les Annamites.
14 Septembre. — Départ pour les opérations du quadrilatère à la recherche du phù Câu. M. Desvaux partira plus tard.
rj Septembre. — Attaque de Cây-Lây par le phû Câu lui-même. M. Chassériau, avec deux pierriers annamites et des boîtes de conserve transformées en boîtes à mitraille, le reçoit vigoureusement.
21 Septembre. — Arrivée de renforts espagnols par le Noriagaray.
22 Septembre. — Départ de la deuxième colonne et du commandant Desvaux.
2} Septembre. — La Soledad (felouque), employée depuis quinze jours dans le Rach Gâm, ouvre le passage en détruisant les barrages de ThuAc- Nhiéu.
2j Septembre. — Prise de Mj-Qui ; le père du phû Câu est fusillé.
28 Septembre. — Retour des colonnes.
29 Septembre. — Recherches dans le bas du fleuve pour découvrir les assassins du maire de Gô-Công.
14 Octobre. — Attaque de la canonnière Gougeard pas les forts de Câi- Thia (My-Lu-o-ng et Mj-Dû-c).
22 Octobre. — Chasse aux pirates du Rach Cà-Hôn (un peu en aval de My-Tho).
}o Octobre. — Bataille de pirates dans le Rïjch Gani : 22 blessés annamites.
) Ntw^mfrr^.— Bataille de pirates dans le Rach Gâm : 14 blessés annamites.
(1) L'auteur, M. de Grammont, veut parler sans doute du territoire que Ton appelait alors le «: quadrilatère occidental », soit le pays compris entre le Mékong, le Vaïco occidental, la mer et le Cambodge.
9 Novembre, — Expédition à la découverte vers My-Quf et Pliù-
MJ.
14 Novembre. — Le mouvement recommence surle Vaïco. ' jj Novembre, — Les mandarins lèvent des contributions au vieux M}- Tho.
ly Novembre, — Attentats isolés : piraterie, même sur les Européens. Le sergent de Gîy-Lây, attaqué en roui-e.
28 et jo Novembre, — Affaires diverses et incendies aux environs.
C'était, comme on voit, non loin du Mékong, c'est-à-dire dans le voisinage des trois provinces de l'Ouest restées au pouvoir des Annamites, que toujours les coups de main avaient lieu. La proximité de Vînh-Long devait certes y être pour beaucoup et si, momentanément, la lutte n'est pas devenue guerre proprement dite, c'est que les bandes qui opéraient dans la région n'avaient réussi ni à grossir leurs effectifs ni à s'armer convenablement : la population du du territoire occupé ne les suivait pas. Exception faite des diverses affaires de My-Qui, le caractère de ces hostilités n'a eu rien de militaire ni même d'insurrectionnel en ce temps ; il resta ce qu'il était au début : banditique.
A l'Est, là surveillance se trouvant plus facile, les secours plus à portée, aucuns partisans ne se hasardèrent dans le Gia-Binh ; les réguliers, par contre, tenaient toute la rive gauche de la Rivière de Saigon. Après avoir fui d'abord jusqu'à Biôn-Hoà, ils étaient repassés sur la rive droite du Donnai (fiîîng-Nai), le 31 septembre, à Bông-Vâng (route de Biên-Hoà à Thû-Dau-MOt) dont ils firent leur base. Ils établirent ensuite un camp retranché à My-Hoà, sur la voie mandarine de Saigon à Bièn-Hoà, puis occupèrent Lài-Thièu et Thû- Birc, défendant la voie mandarine par des traverses et des batteries. Enfin, ils se rapprochèrent de Thû-Dau-MOt, essayant d'enserrer la place et d'obliger la garnison à repasser la Rivière. Des attaques eurent lieu, des sorties également, nous en parlerons ; mais, avant, il est nécessaire de dire un mot des chrétiens qui résidaient dans la province de Biên-Hoà.
En cette région que limitent la Rivière de Saigon et le Donnai, ainsi qu'au delà de ce fleuve, s'étaient établies depuis pas mal d'années de nombreuses familles de chrétiens qui avaient fui les persécutions dans le Trung-Ky (Annam actuel). Les mandarins d'alors, sans doute pour laisser se peupler la contrée, n'avaient trop rien dil, les indigènes bouddhistes ne s'occupaient guère des nouveaux venus, et la prédication leur gagna nlême des prosélytes. Depuis la conquête et surtout depuis la mise en état de défense de Thû-Dau-M()t, devenu un boulevard pour avancer sur Bièn-Hoà, les autorités annamites changèrent d'attitude à l'égard des chrétiens. Tout d'abord ceux de ces malheureux qui habitaient sur la rive gauche du Donnai furent pourchassés. Il s'enfuirent dans le huy^n de la rive droite, pensant être à l'abri de nouveaux tracas ; quant aux infortunés qui ne par-
xiarenl poîat à s'échapper, on Ips enferma, au nombre d'environ âOU, dans une pagode murée près de Biên-Hoà.
Lorsque les réguliers passèrent sur la rivo droite, ils chassèrent devant eux les fugitifs chrétiens s'emparant de leur paddy et de leurs bestiaux. Beiiucoup de ces pauvres gens arrivèrent à Thû-Dau- MOl dans un état lamentable^ demandant asile et protection aux autorités françaises. M. de Grammonten recueillit ainsi quelque 800 qu'il installa dans des maisons abandonnées, grandement aidé par le P. Robert, chef de la mission catholique. La majorité se composait de femmes et d'enfants. Avec les jeunes gens, M. de Gramm^iit forma une conipagnie auxiliaire qui, dit-il, rendit par la suite de bons services.
Vers ce temps, Thù-Dau-MOl avait, outre sa garnison, une division navale composée de la frégate stationnaire la Persévérante (capitaine de frégate comte d'Uarcourt), du Dachayla (capitaine de vaisseau Lebris) et d'une petite canonnière. Le poste et les villages furent attaqués avec acharnement les 15 et 21 octobre, les 19 et â1 novembre et le l^r décembre. Il fallut exécuter à chaque fois de vigoureuses sorties pour éloigner les assaillants qui cherchaient, principalement, à incendier les villages. Dans chacune de ces prises tf armes, les troupes étaient dirigées, soit par le commandant Lebris, soit par le comle d'Harcourt. Ces différentes affaires coûtèrent à la garnison 2 auxiliaires indigènes tués, 2 oÇiciers, 3 soldats d'infanterie de niariue et 5 partisans annamites blessés. L'ennemi eut plus de 150 hommes tiors de combat. Le résultat Unal a été que Thû- Dàu-Mçt et les environs furent préservés de la dévastation.
Pendant que ces attaques se succédaient contre le poste de la rive gauche, d'autres réguliers, qui s'hélaient barricadés à Lai-Thiéu, prot^eaient et encourageaient une foule d'écumeurs d'arroyos. Enhardis par rimpiinité, ceux-ôi vinrent jusqu'à Tembouchurè du Rqich Tra y brûler un "de nos postes indigènes. Pour arrêter ces incursions, le commandant d'Harcourt enleva très heureusement Lâi-Thîêu, qui fut occupé après par le chef de partisans Nguyën-Vàn-Thîët à notre solde: Gelle occupation et l'établissement de divers postes le long de la Rivière de Saigon rendirent un peu de sécurité à la navigation et forcèrent les réguliers annamites avec leur suite de pillards à se replier sur le camp de My-Hoà.
^près la prise de-My-Tho, les grandes opérations militaires durent être suspendues en raison des pluies et aussi de l'effectif, de l'état de fatigue des troupes. Il restait évidemment Biên-Hoà et Vînh-Long à réduire. Ce devait être la tâche du successeur de l'amiral Gharner qui trouva en arrivant, et malgré les coups de main, les actes de banditisme, un établissement bien administré, solide, prospère. Assurément^ il y aura derechef des opérations de guerre, des troubles et des soulèvements, mais ce seront les suites inévitables d'une con-
quèle non encore saoctioaDée par un Iraité, non encore reconnue par totite la population indigène. La situation même des territoires occupés, qui séparaient 1^ Basse-Cochinchine annamite en denx tronçons, devait forcément conduire l'ennemi à troubler les Français, à chercher ses communications au travers du pays en notre pouvoir ; elle devait tout aussi forcément nous amener à conquérir l'un et l'autre tronçons.
Pour le moment, il n'y avait qu'à attendre la saison propice afin de continuer ce que les victoires de Chi-Hoà et de My-Tho avaient commencé. Celait une nouvelle campagne à entreprendre, mais dans des conditions toutes autres de force morale sinon matérielle.
Lorsque la campagne de 1861 fut terminée, le commandant en chef estima que la puissance militaire des Annamites était abattue et que la conquête avait pris désormais le caractère que l'on a pu obseni-er dans les premiers temps de l'occupation de l'Algérie par les Français. Cette œuvre qui demandera du temps et les efforts de plusieurs officiers généraux, n'entrait pas dans la mission qu'il avait reçue et qui se trouvait remplie. Le contre-amiral Bonard, désigné par un décret impérial en date du 8 août 1861, comme gouverneur et commandant en chef des forces françaises en Cochînchine, n'arriva à Saigon que le 17 novembre, après une traversée longue et difficile. Le }0 novembre 1861, à neuf heures du matin, tous les chefs de service se trouvèrent réunis dans la pagode de r Ouvrage-Neuf. L'ancien commandant en chef dit aux officiers de terre et de mer qui l'entouraient et qui n'étaient plus sous ses ordres < qu'il leur, faisait ses adieux ; que dansle cours de sa longue carrière qui datait du premier empire, il n'avait jamais rencontré une réunion d'officiers, de marins et de soldats qui fussent plus généreusement animés de l'ambition si noble de faire leur devoir. »
L'armée de Cochinchine connaissait le prix de cet éloge. (Fallu de la Barrière] .
Aux lignes de Pailu, nous ne pouvons ajouter que ceci ; Les combattants de l'expédition de Cochinchine formaient une petite armée d'élite comme on en voit rarement. L.a pléiade d'oHiciers qui assuma la direction administrative du pays, se montra de tous points supérieure, et nous devons franchement reconnaître que, ni comme travail, ni comme savoir, elle n'a été dépassée depuis. Les d'Ariès. ie-s Aubaret, les Borcsse, les Lamallle, les Philastre, lesGarnier, pour ne citer que ceux-là, ont laissé en Coclùnchine le souvenir d'une inlelligentc, savante et incomparable activité.