VIE FAMILIALE A SAIGON
Madame de la Grandière et ses enfants ne furent pas les premiers à venir d'Europe pour apporter en Cochinchine ratlirancti irt les joies du foyer familial, llsavaient été précédés par d'autres depuis un tem|)S. Oh! pas bien long, car le premier mariage européen dans la colonie ne remonte qu'à 186;i, et encore ne put-il élre célébré que parce que l'épousée était venue de Java. Mais la progression fut rapide, ^ en 1865, bien que les familles se comptaient encore, les quadrilles commençaient pourtant à pouvoir se former aux réceptions du gouverneur, et le soir, en parcourant les paisibles rues de la ville, il n'était
(I) Ce dock fut terminé et mis à Peau le 10 mai 180G. Il reçut immédiatement la frégate la Persévérante.
point rare crenfcndro les sons familiers d'un piano évoquer le souvenir de la pairie absente. » (Du Hailly).
Nous n'insisterons pas sur ce que la vie de famille avait, alors surtout, de bienfaisant au milieu d'une société privée d'intérieur solide et forcément livrée à tout ce que rExtréme-Orienl a de mauvais dans sa vie et ses mœurs.
La présence de madame de la Grandière, femme d'une bonté rare et d'une distinction supérieure, celle de ses enfants, dont Tcnjouement et la grâce charmante donnaient aux réunions de Thôtel du gouverneur un attrait qui avait manqué jusqu'à ce jour en Cochinchine, étaient un nouveau témoignage du dévouement sans bornes avec lequel M. de la Grandière s'était attaché à son œuvre. 11 croyait à la Cochinchine et il n'avait pas craint d'exposer ce qu'il avait de plus cher à son climat dévorant, aux pénibles étreintes des soucis et des inquiétudes qui étaient inévitables dans sa haute position.
Ce pénible voyage, un trop long séjour au milieu des alarmes et des angoisses si naturelles de la part d'une mère et d'une épouse douée d'une sensibilité exquise, abrégèrent une existence consacrée tout entière à l'accomplissement religieux de ses devoirs. Mais le passage en Cochinchine de Madame de la Grandière ne fut point inutile ; elle exerça autour d'elle une influence bienfaisante, et contribua à inspirer aux colons et aux indigènes eux-mêmes la persévérance et la foi en l'avenir dont son âme si pure était remplie. (Vial).
Pour mieux encore fixer les idées sur la progression rapide et constante de la famille européenne en Basse-Cochinchine, nous dirons que, dix ans plus tard, en 1874, on ne comptait encore, parmi les élèves des établissements scolaires de Saigon, que quatre ou cinq enfants européens et une douzaine de métis, tandis que fin 1905, le nombre des élèves à Saigon était de :
Garçons: 70 européens, 116 métis.
Filles : 205 européennes, 74 métisses.
Sans compter les bambins et bambines de l'École maternelle, dont le nombre s'élevait au chiffre de 50, y compris 10 métis.