‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 39 sur 146 · OPÉRATIONS DANS LA PLAINE DES JONCS · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DANS LA PLAINE DES JONCS

Les débuts de Tannée 1866 s'étaient annoncés paisibles et prospères. Le l)udget des recettes avait été arrêté à 5.056.000 francs. Les provinces étaient tranquilles et, dès son arrivée à Saigon, le gouverneur avait reçu de nombreuses députations de notables annamites et chinois venus présenter leurs hommages, et à l'amiral de la Grandière pour son heureux retour, et à l'amiral Roze pour son départ. Le gouverneur, avajit de quitter la France, avait obtenu diverses décorations pour les personnes qui avaientsecondéseselTorts, entre autres trois Annamites : le phû Tran-Tir-Ca, le doi liuynh-Gông-Tan qui furent faits chevaliers de la Ltégion d'honueui*^ le d^i Tr^a-Bâ^

LOc qui reçut la médaille militaire. L'aunée s'ouvrait sous des auspices d'autant plus brillants que les puissances voisines manifestaient toutes des dispositions amicales à Tégard de la Cocbincbine française.

il restait pourtant une région douteuse à surveiller: la Plaine des Joncs. Territoire fort peu accessible, où les rebelles annamites avaient trouvé refuge, et d'où ils pouvaient presque impunément rançonner les villages. Des approvisionnements d'armes et de munitions, débarqués à Hâ-Tién et Racli-Gia, leur étaient venus par les provinces de rOnest. L'amiral lit remarquer aux gouverneurs annamites qu'il y avait là nue violation de la neutralité prescrite par le traité de 1852 ; il no réussit qu'à obtenir des formules de politesse.

liC 'iO janvier 1866, Phau-thaub-Giâng était revenu de Hué avec le titre de kiuh lu-çrc des trois provinces occidentales. On pouvait s'attendre à ce qu'il mit bon ordre à tout ; il n'en fut rien. 1^ noble vieillard était débordé ; malgré ses avis aux gouverneurs, les menées des rebelles de ta Plaine des Joncs s'accentuaient et s'étendaient chaque jour. Des postes détachés, dans la province de My-Tho, furent attaqués. Au commencement de mars, les rebelles appelèrent le peuple aux armes par une proclamation où, entre autres promesses, ils disaient que « l'appui des Japonais leur était assuré i>. I>es possibilités se trouvaient quoique peu devancées, mais il est bon de signaler cette tendance ancienne de penser au Japon comme à une puissance militaire de premier ordre, longtemps avant que cette puissance ne se soit réalisée ; il est bon de rappeler aussi que les quelques fous qui, en 1905, ont tenté de troubler la province de Bién-Hoà, annonçaient, eux également, que les Japonais allaient leur venir en aide. Il est vrai que ces gens n'étaient pas plus insensés dans leui*s dires que certains Européens dans leurs propositions extravagantes au lendemain des victoires nipponnes en Mandchourie.

A la fin de mars, les rebelles avaient surpris le village de Gâi-Nira (province de My-Tho). Délogés une première fois par un détachement français, ils s'y rétablirent ; on fut obligé de revenir à la charge et de laisser un poste au marché. Cette situation ne pouvait pas durer, une expédition fut résolue. Le fort de Thàp-iMircri, position centrale des rebelles, fut l'objectif. Trois sentiers y conduisaient à travers les marécages, chacun fut pris par une colonne, et la marche concentrique commença partout en même temps. Le total des forces en mouvement s'élevait à 100 soldats français et 250 miliciens annamites commandés par les capitaines Boubée, Paris de la Boliardière, Gally-Passebosc, le quân Tan et le huy$n LOc. Tous les retranchements d fortins placés sur les trois routes furent enlevés dans la même journée. Le lendemain, 16 avril, M. Gally attaqua le fort principal, Dou-Tà, défendu par 850 hommes, parmi lesquels un déserteur français, et 40 pièces d'artillerie. La compagnie de débaruement de la Fusée, requise la veille par le chef de la colonne,

't part à l'action. Après une vive défense, les rebelles s'enfuirent

abandonnant armes et bagages. Cette affaire coûta à la colonne deux tués el dix-sept blessés. Le jour même, le capilaioe Gally-Passebosc poursuivit les fuyards jusqu'à Thàp-Mu-M qu'il trouva évacué.

Si l'on prit dans cette expédition pas mal d'armes el de munitions de guerre, on ne réussît, en revanche, qu'à faire deux ou trois prisonniers. Le thién hç Du-o-ng, qui commandait les rebelles, parvint à s'échapper; néanmoins, l'on arrèUi à Câi-Thia (province de My-Tho) plusieurs Annamites, deux Tagals et le déserteur français Linguet, qui tous faisaient parlie des bandes de la Plaine des Joncs.

Au retour de l'expédition de Thàp-Mircri, le 24 avril, quinze soldais franç-jis se noyèrent dans le Vaïco, en face do Tan-An, par suile d'un manque complet de prévoyance de leurs chefs. {!>\)e des chaloupes qui ramenaient les troupes avait mouillé au milieu du fleuve avec un ghe long à la remorque, destiné sans doute au va et .vient des troupes entre la terre et le bord. Quoi qu'il en soit, quinze hommes « armés, équipés et sac au dos d reçurent l'ordre de passer de la chaloupe dans la barque, qui devait lés mener à terre. Heureux de descendre, gais et contents, ils s'entassèrent à l'avant, à l'arrière et jusque sur la pailloltedu ghe long; comme ils se tenaient debout, leurs mouvements un peu désordonnés firent pencher le bateau d'un côté, instinctivement ils se jetèrent sur l'autre bord, la barque chavim aussitôt. Les malheureux chargés de leurs sacs et et sanglés dans leur fourniment coulèrent à pic comme des masses de plomb. On put repécher onze cadavres qui furent enterrés sims cercueil, dans une même fosse, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le petit cimetière européen de Tàn-An. L^n monument a été élevé plus tard (personne n'a pu nous dire à quelle époque) sur la tombe ; il se compose d'une dalle en maçonnerie et ciment surmontée d'une croix et d'un écriteau en bois avec plaque de bronze qui auraient bien besoin d'être remplacés. L'écriteaù porte assez incorrectement : A la tnémoire des Français qui ont succombé pendant Vexpédition de ThàjhMu&i, avril i866 K

(l) Notre dernière visite à la tombe date du U février 1906. Quant aux renseignements sur la catastroptie, grâce à la bonne obligeance de M. Charrin, administrateur de Tàn-An, nous les avons pu tenir d'un octogénaire, M. Huynh-Binh-Tan, huyèii honoraire, (|ui dit avoir fait partie de l'expédition comme quan de la milice de Tân-An ; plus tard, il fut chef de canton dans la même province.

Vial, dans son livre, rapporte que ce fut <? une chaloupe chargée de soldats qui chavira, onze se noyèrent i. (ieltft aflirmalion est invraisemblable, il dit également « qu'un monument fut élevé à leur mémoire en face tJe l'inspection •, ce qui encore est erroné, car l'ancienne inspection (emplacement de la perception actuelle), aussi bien que la nouvelle se trouvent fort loin du cimetière. Le dire de Vial permet néanmoins d'assigner des limités à la construction du monument, car son livre date de 1874.

Enfin, il circule encore une autre version recueillie par le Père Demarcq, curé de Tàn-An, qui a bien voulu nous la communiquer. D'après celle-ci,

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