‹ Abrégé de l'histoire d'AnnamChapitre 52 sur 146 · DÉPART EN CONGÉ DE L'AMIRAL DUPRÉ · texte numérisé non relu

DÉPART EN CONGÉ DE L'AMIRAL DUPRÉ

Avant de quitter Saigon, le gouverneur signa encore un arrêté, daté du 2 mars 1872, qui distrayait les Postes du service du Trésor. Cet arrêté abrogea celui du 1â janvier 186â dont nous avons parlé antérieurement.'

Le contre-amiral Dupré partit en congé pour France par le l;ourrier du 7 mars 1872. L'intérim fut exercé par le général d'Arbaud, en vertu de pouvoirs que lui avait conférés directement le ministre de la marine.

A l'occasion de son départ, les notabilités saigonnaises remirent une adresse à l'amiral qu'il est bon de rappeler ; elle fait voir que dès répoque où la Cocbinchine n'eut plus à compter avec les insurrections^ elle pensa à remplacer le régime militaire par le régime civil :

En apprenant votre départ, nous venons vous témoigner des bons souvenirs que laissera parmi nous votre administration qui a donné à la colonie la loi sur le travail, qui a patronné le projet dç réorganisation du

corps des inspecteurs, enfin qui a pris Tinitiative des principales questions qui intéressaient le développement de la production et de Tilvenir de la colonie.

Puisse votre séjour dans la métropole hâter la réalisation des voeux que nous formons tous pour l'assimilation des institutions au régime civil et politique des colonies les plus favorisées.

L'histoire de notre temps nous apprend que la prospérité des colonies que Ton fonde ne marche que parallèlement aux institutions libérales qu'on leur donne et à la part qui leur est réservxe dans l'administration de leurs intérêts.

Nous espérons que par votre bienveillant appui près le gouvernement de la République, ce beau pays qui ne demande qu'à développer les éléments de richesse qu'il contient sera bientôt doté de ces instruments inévitables du progrès et de la civilisation, et que vous reviendrez parmi nous pour continuer l'œuvre que. vous avez si heureusement commencée.

Celte adresse suggéra au journal U Indépendant de Saigon (ii^ du 1er mars 1872) les réflexions suivantes:

Pourquoi n'aurions-nous pas un gouverneur civil, pourquoi n'aurionsnous pas un conseil général, composé de gens intéressés à la prospérité de

la colonie et, par conséquent, propriétaires, commerçants ou industriels

Ce qui est vrai, c'est qu'un pouvoir sans contrôle est despotique, et, par suite, mauvais en principe. Ce qui est vrai, c'est que ce pouvoir changeant généralement tous les deux ans, l'inquiétude motivée qui en résulte dans les esprits arrête tout élan, toute initiative particulière et nuit au développement de la colonisation.

Ces réflexions ne manquent pas de justesse, surtout celle relative à la trop courte durée de séjour des amiraux. Mais si, théoriquement, elles sont inattaquables, il n'en est pas moins vrai que l'expérience de vingt-sept années de régime civil en Cochinchine a démontré d'abord, que la durée moyenne de séjour de gouverneurs n'a guère varié, ensuite — et le rédact^îur de V Indépendant aurait pu savoir cela de son temps - - que les sociétés^ colonies ou métropoles, ne prospèrent que lorsqu'elles ont des hommes capables, résolus et honnêtes à leur tête. Le système gouvernemental et administratif, sans être indifférent certes, influe pourtant bien moins qu'on ne pense sur le développement et le progrès des peuples. Les institutions d'un pays, nous le répétons, ne valent que par les hommes qui les pratiquent.

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