CONTRE-AMIRAL DUPRÉ
Siltfation en 1S71, — Troubles dans rOuest, Assassinai de M. Saliaii ei du P. AlumneL — Départ en congé de Camiral lïupiè.
Sîuif l'attaiiue de Cày-L)ydans la nuit de Noël, le cours de 1870 n'avait été troublé, en Cochinchine, par aucune lentative de rébellion, l/annèe 1871 sera, elle aussi, calme et propice à la colonisation. Toutefois, il n\*sl pas (jne la piraterie qui soit copable de désoler un pays, des sinistres de toutes s^^rles peuvent sabattre sur lui. C'ev^t ainsi qu'autour du Tel un terrible incendie s'était déclaré à Rach-Cîiâ. Cent cinquante trois maisons devinrent la proie des flammes, l>eaucoup de commerçants chinois de la localité furent entièrement ruinés, durant plusieurs années Rach-Giâ se ressentit de ce sinistre.
Ht puisque nous louions de Chinois, signalons aussi la population oncoi^e très indépendante et vagabonde de la i-éiiion de Bjic-Liêu, r^i-Mau* Ce pays était alors peu connu et de nombreux va«;abouds chinois y trouvaient refuge. Ils S4' lieraient principalement à la pèche des crevelte^, viN'aient un peu en nomades, et, sans songer à troubler
la Cochincbine, ils évitaient pourtant tout contact avec les autorités. A la moindre alerte, ils décampaient et allaient chercher refuge dans les marais de la presqu'île de Cà-Mau, où il était impossible de les atteindre. De temps à autre, on en arrêtait quelques-uns. liCur réponse invariable était qu'ils venaient de Phnom-Penh et il fallut encore pi usieurs années avant de pouvoir placer ces gens sous un
contrôle administratif quelconque-
Les préliminaires de la paix, ratifiés par l'Assemblée nationale le 1" mars 1871, ayant fait cesser Téta t de guerre entre la France et l'Allemagne, l'interdiction de la colonie aux sujets allemands ne pouvait plus être maintenue. Un arrêté du 27 avril 1871 (le traité de Francfort date du 10 mai 1871) ouvrit de nouveau la Cochinchine aux Allemands, les navires battant pavillon allemand purent remonter la Rivière à partir du 6 mai 1871.
Au point de vue territorial et administratif, l'amiral Dupré fit procéder à un remaniement des inspections. En 1867, elles avaient été portées à 28, puis, dans la suite, ramenées à 25. L'amiral, par une décision du 7 juin 1871, en réduisît le nombre à 18 dont voici les noms: Bà-R|a, Biên-Hoà, Châu-Boc, Chfr-Lân, GcnCông, Hà-Tièn, Long-Xuyên, Mô-Gày, My-Tho, Rach-Gia, Sa-Béc, Saigon, Soc-Tràug, Tàn-An, Tày-Ninh, Thû-Dau-Mot, Trà-Vinh et Vînh-Long ; les inspections supprimées, c'est-à-dire fondues dans celles ci-dessus, étaient : Bâc-Trang, Bên-Tre, Can-Tho-, Cày-L;)y, Gan-Giuoc, Long- Thành et Trâng-Bàng.
L'amiral s'occupa aussi de renseignement. Par un arrêté du 10 juillet 1 871 , il institua à Saigon une école normale coloniale indigène, à laquelle était annexée une écolo primaire. Cet établissement devint par des transformations successives le collège Chasseloup-Laubat d'aujourd'hui ^
Comme masure d'intérêt général, il convient de signaler l'arrêté du 3 juillet 1871 interdisant d'abattre, dans l'étendue de la colonie, les vaches et les génisses propres à la reproduction. Cet arrêté assura de nouveau l'approvisionnement en viande de boucherie que les achats irraisonnés au Cambodge et l'abattuge subséquent des bêtes reproductrices avaient fortement compromis.
Un autre arrêté, fiscal, fut celui du 5 octobre 1871 qui établit à partir du 1«r janvier 1872 une ferme des alcools de riz. Notons, en passant, qu'une ferme plus ancienne^ celle des jeux, rapportait en
(1) En 1874, récole normale indigène fut remplacée par un collège indigène. En 1877, ce collège fui installé dans les bâtiments qui venaient d'être construits pour lui et prit le nom de collège Chasseloup-LauJ)at. En 181)1, les élèves européens de Fécole municipale des garçons, qui avait été supprimée, furent admis au collège et formèrent un quartier tout à fait distinct du quartier indigène.
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1871, la fort jolie mais non moins démoralisante somme de 2.8â8.880 francs, alors que le budget des recettes avait été fixé à 9.550.000 francs !
Le bu(Jget des recettes pour 1872 fut augmenté de près de la moitié, et porté à 14..500.000 francs. C'était, pensons-nous — et plus d'un contemporain a pensé de même — aller un peu vite en besogne. Quelle que puisse être la c manière ]» dont on présente les augmentations d'impôts, elles sont toujours plutôt mal accueillies par les populations, à plus forte raison les impôts nouveaux. Nous ne sommes pas assez bien renseigné pour ouvrir une discussion sur les opérations fiscales de 1872, mais nous pouvons signaler un fait, et nous le devons, c'est que nos ennemis profitèrent de la situation pour susciter de graves désordres dans la région comprise entre Vînh-Long et Trà-Vinh.
TROUBLES DANS L*OUEST. ASSASSINAT DEN. SALICETl ET DU P. ABONNEL
Vers la fin de décembre 1871 et dans le courant de janvier 1872, les populations de l'Ouest furent assaillies de bien vives appréhensions. Des émissaires parcouraient le pays. On sut que des affiches avaient été posées de nuit dans les villages, appelant la population à se soulever contre les Français qui allaient créer de nouveaux et lourds impôts.
Le 7 février 1872. une bande, composée d'anciens chefs rebelles et (le vagabonds, pilla le marché de Trà-Côn (prov. de Can-Tha). Des miliciens accourus en toute hâte, refoulèrent la bande sur le poste de Tn'i-Ôn (prov. de Can-Tha), qui lui tua plusieurs hommes et le chef principal. Gin(| jours après, divei'ses autres bandes brûlèrent l'école et la chapelle en paillotte de Ba-Vac, menaçant du même coup la chrétienté de Câi-Mo"ng(prov. de Bén-Tre). Des renforts furent dirigés immédiatement sur les lieux ; ils opérèrent dans toute l'ile de Mô-Cày, pendant que des canonnières surveillaient les cours d'eau. Quelques groupes furent cernés et un petit nombre de rebelles tués, mais il semble que le gros des bandes parvint à traverser le Co- Chièn, car, dans la nuit du 16 au 17 février, de quatre à cinq cents hommes vinrent attaquer Trà-Vinh. Les miliciens y faisaient bonne garde, et les assaillants repoussés prirent la direclion du Nord, vu qu'entre Vùng-Liém et Trà-Vinh se concentraient d'autres bandes.
Dans la soirée du 16, l'inspectenr de Vînh-Long, M. Saliceti, s'était rendu à Vuog-Liém. Le lendemain matin, accompagné de deux chefs de canton, d*un interprète et de 15 miliciens, il s'avança dans la direction de Trà-Vinh. Très imprudemment, le capitaine Saliceti marchait en avant de son escorte qui, d'ailleurs, paraît avoir suivi dans un éparpillement complet. En traversant un bois, il tomba dans
une embuscade et fut enlevé avec ueqf de ses hommes^ ssins mèige qu'aucuQ ait pu décharger son fusU.
Dès la nouvelle, diverses colonnes partirent à la recherche des malheureux. On retrouva dix cadavres, la tète de M. Saliceti avait été suspendue à un arbre. Le 18, un nouvel attentat fut commis. Le P. Abonnel de la chrétienté de M§c-Bâc (prov. de Trà-Vinh), en allant seul de Câi-Mo-ng à sa demeure, fut assassiné près du canal Luro. Le 19 février au soir, les colonnes se rejoignirent à Long-Th^ (prov. de Trà-Vinh) après avoir tué 80 rebelles, fait 40 prisonniers et enlevé 4 chevaux ; elles continuèrent à parcourir la région aidées par les chrétiens et les Chinois de Giong-Rung.
Afin d'empêcher le retour de semblables attentats, de sévères mesures répressives furent prises. Le village où M. Saliceti avait été tué fut détruit. A Mô-Cày, le village de Tàn-Phû, origine de la révolte, subit le même sort. Onze des principaux chefs furent exécutés à Trà-Vinh, un autre l'avait été à Tàn-Phù. Après ces exemples, la tranquillité revint; il faut dire aussi que, malgré leurs inquiétudes, les populations se prêtaient de moins en moins à ces désordres dont elles reconnaissaient fort bienrinutilitéetractionruineuseàleur égard.
Ce fut probable à la suite de cette affaire que l'aviso à vapeur de la station de Saigon, le Bourayne, conduisit à Hué M. Legrand de la Liraye pour demander à la cour des explications au sqjet de certains émissaires porteurs de bâug câ'p qu'on avait arrêtés à Chy- Lan et dans l'intérieur. « La mission n'a pas eu de suite, dit L'Indépendant de Saigon du 15 mars 1872, attendu que notre envoyé a trouvé le gouvernement de Hue engagé dans une lutte intestine très sérieuse et assez occupé chez lui pour qu'il ne lui soit guère loisible de songer à nous créer des embarras chez nous. »